BEAUCAIRE — BEAUCHAMP
lége de la nature il faut joindre encore celui des communications maritimes. En effet, jusqu’é la hauteur de Beaucaire le fleuve est navigable pour les alléges , les tartanes, les bombardes, les bricks méme, qui arrivent a pleines voiles, soit des ports provengaux, soit du littoral italien et espagnol. De plus, un chemin de fer relie maintenant cette ville & Alais et & Montpellier par Nimes, un autre va jusqu’a Avignon, Enfin le chemin de fer de Lyon a Avignon la met en relation avec toutes les voies de fer du pays.
La foice de Beaucaire, ouverte au 1°" juillet , ne commence guére A s’animer que vers le 15. A cette date, tous les bateaux chargés qui lui viennent du nord, du midi et de Pouest, ont jeté leurs amarres le long de ses quais. Les marchandises roulent sur le port, circulent dans les rues, s’empilent dans les magasins. Aprés les choses, les hommes. Vers le 20 du méme mois, acheteurs et vendeurs sont en présence, se tatent d’abord, s’essayent comme des lutteurs pour en venir plus tard 4 des propositions sérieuses. Bientot dans cet espace, ot dix mille Ames sont 4 l’étroit en temps ordinaire, se groupe et se foule une population flottante qu’on peut évaluer année commune 4 cent mille tétes. La chaque commerce a son quartier : dans celui-ci les laveurs de laines , les vendeurs de denrées coloniales dans celui-la; & droite les marchands de draps, a gauche les fabricants d’indiennes. Cette dernitre branche de commerce trouve surtout en cette occasion de larges débouchés. Aussi les principales manufactures de lAlsace y envoient-elles des représentants. Les transactions faites 4 Beaucaire, flottantes et variables comme sa population, n’ont pu encore étre soumises 4 une évaluation statistique; mais il est hors de doute que leur chiffre s’éléve a plusieurs milliards. La foire s’y termine le 28 juillet, 4 minuit, et les effets souscrits pour ¢tre payés en foire ne sont exigibles qu’a cette date.
Beaucaire est aussi le rendez-vous des industriels d’ordre inférieur , qui spéculent sur la curiosité musarde et crédule. Les albinos , les automates, les chiens savants , les ménageries, les femmes-géants, les déhitants d’élixir, Vhommehérisson, les cabinets de cire, tout part de Beaucaire avant de faire son tour de France. Et c’est un bon calcul; car le soir, quand ’heure des affaires est passée , cette population nomade, arrachée a ses habitudes , jetée sur ce point pour huit jours seulement , va chercher sur la promenade extérieure des distractions et des plaisirs. I] faut voir comme on se heurte, comme on se coudoie au milieu de ces deux lignes de beaux ormes, paralléles au Rhone. L’air, espace, manquent. Et puis c’est un bruif, une confusion, une poussiére! les grosses caisses, les hautbois, les clarinettes, les cymbales , se mélent aux voix nasillardes des charlatans forains; le jargon provengal, sonore et accentué, se confond avec le patois languedocien, plus saccadé et plus incisif; le Corse, le Génois, Espagnol, le Portugais, le Grec, le Barbaresque, y croisent leurs idiomes : c’est une véritable Babel.
Une brochure authentique de Napoléon, encore simple capitaine, porte le titre de Souper de Beaucaire.
Louis REyBaAup.
BEAUCE. De temps immémorial on a donné le nom de Beauce & une étendue de pays assez considérable, comprenant le pays Chartrain, le Dunois, le Vendémois, le Mantois et le Hurepoix. Ce sont de vastes et fertiles plaines parsemées de villes, bourgs, villages, et qui produisent une grande quantité de froment et nourrissent de nombreux troupeaux de moutons et de bétes A cornes. La ville de Chartres est regardée comme la capitale de la Beauce. Au reste, cette contrée n’a jamais formé une province particuliére, car elle n’a jamais donné son nom a aucune juridiction , soit spirituelle , soit temporelle. Il n’y a jamais eu non plus de seigneurs particuliers qui aient
porté ie titre ou le nom de seigneurs de Beauce. La Beauce est comprise aujourd’hui dans le département d’ Eur e-et- Loir.
BEAUCHAMP (A cpunonse bE), né & Monaco, en 1768, était le fils du major de place de cette ville, homme de plaisir, mélomane trés-prononcé, et qui, possédant peu de fortune, eut cependant le talent de marier avantageusement ses cinq filles. S’il n’enrichit pas son fils ainé, ce ne fut pas safaute. Deux des sceurs de M. de Beauchamp étaient d’une rare beauté : Painée épousa le comte de Neuilly, maréchal de camp , 4gé de soixante ans, mais riche de 60,000 francs de rentes. Elle devint lectrice de la reine Marie-Antoiprette. Ses enfants, qui vivent encore, ont rempli des places 4 la cour de Louis XVIII. La plus jeune inspira une ardente passion a M. de Millo, frére du cardinal de ce nom, maréchal de camp, propriétaire d’un régiment italien au service de France et gouverneur de la principauté de Monaco. Le vieux général avait déja eu d’un premier mariage sept enfants; de son second, avec M'* de Beauchamp, qui n’avait que quinze ans, sont issues deux filles. Nous parleronsailleurs de l’ainée, la célébre madame de Campestr e. Laseconde devint successivement, par le crédit de M™® d’Arjuzon et du chevalier de Pougens , lectrice, dame d’atours, puis dame du palais de la princesse Borghese, et épousa un écuyer du prince, le marquis de Saluces , créé baron de empire.
Quant 4 Alphonse de Beauchamp, il avait été envoyé 2. Paris pour y faire ses études. Elevé dans le grand monde, fréquentant la maison du duc Joseph de Valentinois, prince de Monaco, admis dans la société de sa sceur, la lectrice de: la reine, et dans la société de g@n autre sceur, la marquise de Millo, il contracta’, avec les%aabitudes du grand monde, le gout des plaisirs dispendieux. Son pére le rappela pour le faire entrer comme lieutenant au service de Sardaigne. Mais il se sentait peu de godt pour le métier des armes; il uonna sa démission, et lorsque la révolution de 1789 vint a éclater, il embrassa avec ardeur des opinions trésdifférentes de celles qu'il a professées depuis. Ses principes lui attirérent une longue détention dans la forteresse de Ceva. Ayant enfin obtenu sa liberté, il vint en France; et comme il se sentait du godt pour la littérature, il se mit, comme beaucoup de jeunes gens le faisaient alors, aux gages des libraires. C’est @ lui que l’on doit la premiére ¢able du Moniteur ou Dictionnaire de la Révolution francaise, dont Girardin était ’éditeur.
Il obtint ensuite un emploi au ministére de la police, dans la division du conseiller d’Etat Réal. Tous les documents concernant les émigrés et les anciens Vendéens se trouvaient dans les cartons confiés 4 sa charge; il y puisait largement dans ses instants de loisir les notes qui devaient servir de matériaux a son Histoire des Guerres de la Vendée et des Chouans. Cet ouvrage obtint un succes prodigieux , et eut trois éditions. S’il enrichit les libraires, il profita peu a son auteur, et ’'exposa méme aux plus grands dangers. On reprocha & Beauchamp d’avoir abusé d’un dossier qui lui était confié : il fut destitué , et il aurait été enfermé au donjon de Vincennes , peut-étre méme livré 4 ure commission militaire, s’il ne se fat retiré quelque temps 4 Reims pour laisser passer Y’orage. Il obtint en 1810, par la protection de sa niéce, une petite place dans les Droits réunis, et la perdit en 1814. Mais il en fut amplement dédommagé lorsqu’il consentit & soutenir comme écrivain les opinions les plus exagerées de la Restauration.
Dans un écrit publié au commencement de 1815, il avait rejeté sur M. Bouvier-Dumelard, ancien préfet de Toulouse , la responsabilite de tout le sang inutilement versé dans la mémorable bataille livrée le 4 avril 1814 sous les murs de cette ville, en cachant au maréchal Soult les dépéches qui lui annongaient la déchéance de Napoléon. M. Bouvier-Dumolard intenta pendant les Cent-Jours et gagna contre Beauchamp un proces en calomnie, et il abandorma aux
pauyres les ‘dommages et intéréts que lui avait adjugés la police correctionnelle.
Doué @une mémoire prodigieuse, qu’avait alimentée le travail ingrat et presque mécanique des Tables du Moniteur, Beauchamp fit son profit d’un grand nombre d’anecdotes plus ou moins scandaleuses tombées dans l’oubli de la génération contemporaine. I] commit la faute d’en attribuer le récit A Fouché d’Otrante lui-méme, qui venait de mourir, et il s’en servit pour composer les prétendus Mémoires posthumes de Fouché, duc d’Otrante. Le fils du conventionnel crut devoir venger la mémoire de son pére contre une licence que !’on permettrait difficilement 4 un romancier, qui a plus forte raison devait étre interdite a un historien, et il demanda satisfaction aux tribunaux. Malgré les efforts de M®° Couture, son habile avocat, Beauchamp fut condamné a des dommages et intéréts, et, ce qui lui était le plus sensible, la suppression de toute I’édition fut ordonnée.
Beauchamp mourut du choléra en 1832. Nous n’entreprendrons pas ici l’énumération de ses nombreux écrits. La Table du Moniteur est son ccuvre de patience, et I Histoire de la Vendée \e seul titre littéraire qu’il puisse invoquer. Toutes ses compositions se distinguent par l’abondance des idées, I’élégance, l’extréme facilité du style; mais elles se ressentert de la précipitation forcée du travail. On désirerait surtout plus de critique et de choix dans ses compositions historiques , bien qu’il se flattat d’avoir une vocation particulitre pour ce genre. BRETON.
BEAUFFREMONT (Famille pe). Voyes Baurrre- MONT.
BEAUFORT, nom d’une des plus célébres familles Angleterre, originaire de )’Anjou.
BEAUFORT (Jean), I** du nom, fils naturel de Jean de Gand, troisiéme fils d’Edouard III, fut plus tard légitimé, ainsi que ses fréres. En 1397 Richard II le créa comte de Somerset et grand amiral, puis, en 1398, marquis de Dorset. Henri IV lui ayant enlevé ce dernier titre, le parlement, dont Beaufort était le favori, insista pour qu’il lui fat rendu; mais il y renonga volontairement en faveur de son frére, Thomas Beaufort, qui fut ensuite duc d’Exeter.
BEAUFORT (Jean), 11° du nom, filsde Jean I", fut eréé par Henri V duc de Somerset, et ne laissa qu’une fille unique, mariée A Edmond Tudor, somte de Richmond, duquel elle eut un fils, qui fut depuis le ro: Henri VII.
BEAUFORT (Epmonp), duc et comte de Dorset, frére du précédent, s’effurga, aprés la mort du duc de Bedford, de devenir régent de la France; et Richard, duc d’York, lui ayant été préféré, il concut contre lui la haine la plus implacable. En 1445, la régence ayant de nouveau été promise au duc d’York pour cing ans, Beaufort parvint, grace a Pintervention de la reine Marguerite et de son favori, le duc de Suffolk , 4 décider Henri VI A manquer 4 sa parole et A se faire confier ’administration de la France, au détriment du duc d’York. Mais Beaufort apporta tant de négligence dans Pexercice de ces fonctions que les Frangais purent reprendre aux Anglais la Normandie et tout le littoral du nord de la France, a l'exception de Calais et de Guines, Aussi, lorsqu’il revint en Angleterre, en 1550, le peuple témoigna a sa vue une telle indignation que le roi dut le mettre pour quelque temps ala Tour. Il n’en continua pas moins cependant a étre tout-puissant en cour; et cette constance de sa fortune ne fit qu’enflammer dayantage la hainede son rival, le duc d’York. Arrété, en 1554, dans la propre chambre & coucher de la reine, i] fut conduit A la Tour sous accusation de haute trahison, en raison de sa conduite en France. Les supplications de la reine réussirent alors A grand’peine a lui sauver la vie et la liberté; mais bientOt aprés cette princesse Ini fit rendre son gouvernement de Calais et de Guines. Le due York, qui prit les armes contre le parti de la cour, défit complétement, en 1455, larmée royale A la bataille de Saint-Albans, ot Beaufort fut tué dans la mélée.