‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 422 sur 488 · BEAUFORT — BEAUHARNAIS · texte numérisé non relu

BEAUFORT — BEAUHARNAIS

La reine Anne d’Autriche avait pour ce jeune prince plus que de la bienveillance. I] parait quwinstruit de l’intérét que prenait Ja reine & la conspiration de Cinq-Mars, le duc avait mieux aimé se réfugier en Angleterre que de faire des ayeux qui compromissent cette princesse, Ason retour, aprés ja mort de Richelieu, Anne d’Autriche le recut avec la plus grande distinction, et dit publiquement en parlant de lui : « Voila le plus honnéte homme de France. » Elle lui donna méme la plus grande marque d’estime en le chargeant de la garde de ses deux fils au moment de la mort de Louis X11, tes croyant alors en péril. Mais cette intimité dura peu, Aprés lentrée aux affaires du cardinal Mazarin, voyant son crédit baisser, le duc de Beaufort s’emporta de la maniére du monde la plus imprudente. « Il refusa, dit le cardinal de Retz, tous les avantages que la reine lui offrait avec profusion; il fit vanité de donner au monde toutes les démonstrations dun amantirrité; il ne ménagea en rien le duc d'Orléans. II brava dans les premiers jours le prince de Condé; il Poutra ensuite par la déclaration publique qu’il fit contre madame ce Longueville en faveur de madame de Monthazon, dont il était épris. Cette déclaration était relative 4 la contrefagon qu’on accusait celle-ci d’avoir faite de lettres de madame de Longueville 4 Coligny. Enfin il forma la cabale des Importants, et, selon le style de tous ceux qui ont plus de vanité que de sens, il ne manqua pas en toute occasion de donner de grandes apparences aux moindres choses. L’on tenait cabinet mal & propos, l’on donnait des rendez-vous sans sujet; lechasses méme paraissaient mystérieuses. Enfin il manceuvra si adroitement qu’il se fit arréter au Louvre par Guitaut, capitaine des gardes de la reine. » Le lendemain i} était au donjon de Vincennes, et ne parvint a s’échapper que grace au déyouement d’un homme du peuple qui s’était fait son gedlier pour assurer sa fuite.

La nouvelle de son évasion parvint bientét a la cour. Mazarin ne montra ni chagrin ni surprise; la reine, qui ne haissait Beaufort que par raison d’Etat, apprit la nouvelle avec indifférence. Six mois aprés, le duc présenta requéte au vere at étre justifié de accusation portée contre lui. L’arrét rchabilitation ne se fit pas attendre. Il fut prononeé sans débats. Ce jour fut pour lui un véritable triomphe. Toute la population de Paris chanta des vaudevilles en son honneur. Le sobriquet de Roi des hailles que lui avait donné la cour fut le refrain obligé de joyeux couplets improvisés par les poétes populaires.

Le duc alla se loger rue Quincampoix et se fit marguillier de Saint-Nicolas des Champs pour étre au centre de son royaume. Ce n’était du reste pas par de vaines et affectueuses démonstrations que Beaufort avait obtenu une immense popularité, mais par des services essentiels rendus aux habitants de la capitale. A ’époque dela Fronde, les troupes de Mazarin arrétaient dans toutes les directions les convcis dirigés sur Paris. Un conyoi considérable était parti d’Etampes; Beaufort se metza la téte de la nombreuse escorte qui devait protéger sa marche; ce convoi se composait de grains et de bestiaux. Le maréchal de Graminont, a la téte de Varmée royale, fut contraint de se retirer devant la troupe de Beaufort , et le convoi arriva sans encombre a sa destination.

Quand le prince de Condé commenga la guerre civile, le due de Beaufort devint un de ses lieutenants. C’est alors qu’éclata entre lui et son beau-frére, le duc de Nemours, une si violente inimitié qu’iis se battirent en duel. Le combat eut lieu en 1652, & Paris, derriére hotel de Vendéme, et le duc de Beaufort tua son beau-frére d’un coup de pistolet.

Quand Louis XIV revint 4 Paris, le duc de Beaufort se soumit A l’autorité royale, ct ne prit aucune part a la lutte que Condé prolongea quelques années encore. Ce ne fut plus qu’un sujet soumis qui servit le grand roi en soldat fidéle aufant que brave. En 1664 i] fut chargé @une expédition

navale contre les corsaires de Djidjelly; l'année suivante il battit deux fois sur mer les Algériens. En 1669 il alla & Candie secourir les Vénitiens, attaqués depuis vingt-quatre ans par les Turcs. Quinze jours aprés son arrivée, il fut tué dans une sortie. Son corps ne fut pas reconnu parmi les morts ; aussi a-t-on supposé qu’il avait été enlevé; et dans le vague de mille conjectures contradictoires, on |’a dit prisonnier en Turquie, et on a cru le retrouver dans le Masque de fer de la Bastille. Ses funérailles furent célébrées avec une magnificence extraordinaire 4 Rome, a Venise et a Paris. Il ne s’était point marié, et ne laissa point d’enfants naturels.

BEAUFORT (Louis be), savant historien frangais, gouverneur du prince de Hesse-Hombourg et membre de la Société royale de Londres, mort 4 Maéstricht, en 1795. Dans son petit livre sur U’Incertitude des cing premiers siécles de Uhistoire romaine, 1738, il porta le premier une main courageuse sur I’échataudage de romans qu’on ¢tait convenu jusque alors d’appeler histoire des premiers temps de Rome. Sa critique incisive déyoila les contradictions et les falsifications que les auteurs anciens s’étaient permises sur cet objet, et Niebuhr, ainsi que M. Michelet, ont suivi ses traces en tdchant de réédifier la ou Véléve du sceptique Bayle n’avait fait que détruire. Le second ouvrage de Beaufort, intitulé : De la Républiqueromaine, ou plan général de Vancien gouvernement de Rome (1766, 2 vol, in-4°), augmenta encore ga réputation.

BEAUGENCY, ville du département du Loiret, sur la rive droite de la Loire, peuplée de 5,029 ames, est une station du chemin de fer d’Orléans & Tours. On y fabrique des serzes drapées; les environs produisent de trés-bons vins d’ordinaire; on y trouve des sources ferrugineuses. Beaugency woffre rien de remarquable qu’un vieux pont de trente-huit arches sur la Loire. Sous les premiers Capétiens c’était une des places les mieux fortifiées du royaume. Elle eut des seigneurs héréditaires. Le dernier, Raoul IJ, vendit sa seigneurie a Philippe le Bel, qui la donna en douaire a la reine Clémence, veuve de Louis le Hutin. Ala mort de cette princesse, cette terre fut rémie au domaine. En {870, aprés la reprise d’Orléans par les Prussiens, lorsque le gros de ’armée de Ja Loire couvrit la retraite en se dirigeaut sur Blois, le 17° corps fit halte 4 Beaugency (6 décembre), et y fut rejoint par une partie du 16¢ et quelques brigades du 21°; ces troupes, noyau de la deuxiéme armée de la Loire, étaient sous les ordres de Chanzy. Le 7 un vigoureux effort fut tenté par Pennemi pour déborder la drvite qui s’appuyait a la ville; il n’y réussit pas et l’attaque recommenca le lendemain. L’offensive fut prise en méme temps des deux cotés. Le duc de Mecklembourg , qui commandait, ne put rien obtenir ni sur le centre ni sur les ailes, et les Francais conseryérent leurs positions. Malheureusement !a surprise de Beaugency tentée avec succés dans Ja nuit du 9 par une force considérable, obligea Chanzy a la retraite. Les Allemands n’avaient pas engagé moins de 120,000 hommes dans cette bataille, pendant laquelle la ville, ov il n’y avait que des blessés , fut bombardée a outrance.

BEAUHARNAIS (Famille pe), noble famille de l’Orléanais, ot dés 1390 Guillaume de Beauharnais épousait Marguerite de Bourges.

BEAUHARNAIS (FrANGoIs, marquis DE), né a La Rochelle, le 12 aodt 1756, représenta, comme chef de la famille, la noblesse aux états généraux de 1789, et y mérita le surnom de Jéal Beauharnais par sa persévérance a défendre les priviléges de ce corps et les droits du roi. Il voulut méme, en 1792, arracher Louis XVI 4 sa position équivoque, en lui faisant quitter la France; mais ce projet n’ayant pas réussi, Beauharnais émigra, et devint major général de l’armée de Condé. Lors du procés du roi, il éerivit au président de la Convention pour s’offrir comme otage, et demander a venir le défendre ala barre. Aprés le licenciement de V’armée de Condé il sollicita vainement des puissances étrangéres le moyen de

transporter en Vendée cing cents gentilshommes, 4 la téte desquels il annongait qu’il était prét 4 combattre. Plus tard il écrivit 4 Bonaparte pour le sommer de rendre le trone aux Bourbons. Bonaparte, qui venait d’épouser Joséphine, veuve du vicomte Alexandre de Beauharnais, frére de Frangois , répondit a cette lettre en mariant la fillede Francois, encore émigré, 4 M. de Lavalette, qu’ilnomma 4 cette occasion directeur général des postes. On sait par quel dévouement elle illustra son nouveau nom.

Le marquis de Beauharnais , ayant enfin reconnu Napoléon , fut successivement nommé ambassadeur prés la reine @Etrurie, et pres le roi d’Espagne. Ce fut en cette derniére -qualité qu’il refusa de seconder Murat, qui le pressait d’entrer dans le complot qui devait rendre ’empereur maitre de ce pays. Napoléon, a cette nouvelle, donna V’ordre de Vexiler en Pologne ; mais un copiste ayant par erreur écrit Sologne, le marquis en profita pour aller habiter dans ce pays le domaine de ses péres, la Ferté-Beauharnais, que le prince Eugéne avait rachetée. L’empereur apprit cette erreur dans un de ses moments de gaieté; il en rit aux éclats, et ne la fit point rectifier. Le marquis resta exiléjusqu’a Ja Restauration, qui cependant n’eut aucune fayeur pour lui. Il est mort aveugle, 4 Paris, le 3 mars 1846.

Francois de Beauharnais avait épousé en premiéres noces sa niéce, Marie-Francoise pe BEAuHARNAIS, dont il avait eu Emilie-Louise DE BEAUHARNAIS, qui épousa, comme nous Vavons dit, Je comte de Lavalette, en 1802. — D’un second mariage, le marquis de Beauharnais eut Horéense- Louise-Francoise pp BEAUHARNAIS, née en 1812, qui épousa d@abord Henri Sigfried Richard comte de Querelles, dont elle est devenue veuve en 1846, et qui en 1848 se remaria avec M. Laity, ancien aide de camp du président.

BEAUHARNAIS (ALEXANDRE, Vicomte DE), frére puiné du précédent, naquit ala Martinique, en 1760. Il était major en second d’un régiment d’infanterie , lorsqu’il épousa mademoiselle Tascher de la Pagerie, devenue depuis limpératrice Joséphine. Il se distingua dans les guerres d’Amérique, sous les ordres du maréchal de Rochambeau, revint en France, et fut trés-bien accueilli de la cour; ce qui ne Vempécha pas, cependant, d’embrasser en 1789 la cause de la liberté. Nommé aux états généraux par la noblesse de la sénéchaussée de Blois, il fut un des premiers de son ordre a se réunir au tiers état. Dans la s¢ance du 4 aodt il appuya la suppression des priviléges et l’égalité pour tous les citoyens. Il fut élu secrétaire de l’Assemblée nationale, puis membre du comité militaire. Il travailla avec ardeur aux préparatifs qu’on fit au Champ de Mars pour la premiére Fédération ; il était, dit Mercier, attelé 4 la méme charrette que l'abbé Sieyés.

Il eut le tort de trop se souvenir de son métier de soldat quand i] loua la conduite de Bouillé pendant les troubles de Nancy; mais il montra une grande dignité lorsqu’on annonga a l’Assemblée, qu’il présidait, la fuite de Louis XVI. « Messieurs , dit-il, le roi est parti cette nuit; passons a Yordre du jour! » Aprés avoir présidé une seconde fois lV Assemblée nationale, i} fut détaché 4 ’'armée du Nord, en qualité d’adjudant général; il commanda le camp de Soissons sous les ordres de Custine, et préta le serment exigé aprés le 10 aodt. Paryenu au grade de général en 1792, il refusa le ministére de la guerre; mais il accepta, l’année suivante, le commandement de la premiére armée du Rhin. Toutefois, il ne conserva pas longtemps cette position : indigné de la hauteur avec laquelle les représentants du peuple lui ordonnaient de détacher 15,000 hommes pour renforcer Varmée de la Moselle au moment od la sienne luttait A grand’peine contre Wurmser, et prévoyant ce qui résulterait de l’'accomplissement de cet ordre, il donna sa démission, et se retira A la Ferté-Beauharnais, ot il remplit avec zdle et dévouement les fonctions de maire.

Arrété dans cette paisible retraite, il fut transféré a Paris,

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