‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 423 sur 488 · BEAUHARNAIS · texte numérisé non relu

BEAUHARNAIS

et renfermé au Luxembourg, d’ou on le fraduisit au tribunal révolutionnaire, qui le condamna & mort, le 23 juillet 1794, quelques jours avant qu’on y envoydt Robespierre et seg partisans. Exécuté le méme jour, a V’Age de trente-quatre ans, ilavait écrit 4 sa femme, aussi en prison, et dont il était depuis longtemps séparé, pour lui recommander leurs enfants Hugéne et Hortense ; mais le sort devait se charger de les pourvoir.

Nous donnerons des articles particuliers 4 l’impératrice Joséphine, ainsi qu’a ses deux enfants, le prince Eugéne et la reine Hortense, mére du président dela république. Le prince Eugéne, aprés la chute de Empire, resta prince allemand, et sa famille a gardé son titre de Leuchtenberg. C’est a ce mot que nous retrouverons sa descendance. Mais d’autres personnages de la famille Beauharnais méritent encore de nous occuper ici.

[ BEAUHARNAIS ( Marte-Anne-FRANcoise MOUCHARD, plus connue sous le nom de Fanny, comtesse de) était née 4 Paris, en 1738. Son pére, receveur général des finances, lui avait fait donner une éducation brillante. On ne connaissait alors d’autres pensionnats pour les demoiselles que les couvents; mais on y admettait des maitres d’agréments de tous les genres. Fanny fut auteur 4 lage de dix ans : c’était Vimpatience d’un jeune talent tourmenté d’un besoin précoce de se produire. Les religieuses lui enlevérent son poéme, et le malencontreux manuscrit fut brdalé; mais le talent qui l’avait créé lui resta, ef quelques années aprés Fanny put se livrer a ses inspirations sans avoir a craindre la censure de ses scrupuleuses institutrices; elle fut citée dans les salons de la capitale. Elle était jeune, riche et jolie : ces avantages rehaussérent I’éclat de ses succés. La Société patriotique bretonne, l’académie de Lyon, celle des Arcades de Rome et d’autres sociétés littéraires s’empressérent de Vadmettre dans leur sein. En ’an VIII, le Lycée de Toulouse, qui remplagait l’ancienne Académie des sciences et celle des Jeux floraux de la méme ville, la recut au nombre de ses associés. Elle épousa le comte de Beauharnais, chef d’escadre, oncle d’Alexandre et de Francois. Cet hymen ne fut pas heureux : les époux se séparérent aprés quelques années d@union. Fanny Beauharnais s’était retirée au couvent des Visitandines de la rue du Bac.

Devenue libre, elle put se livrer 4 son godt pour la littérature. Elle réunissait chez elle Mably, Bitaubé, Bailly, d’Arnaud, Mercier, Dorat-Cubiéres, etc. En 1788 elle put réaliser un projet congu depuis longtemps : elle quitta Paris pour aller visiter la terre classique des arts. Son voyage fut une nouvelle étude dont elle sut profiter. Elle avait déja publié plusieurs ouvrages en prose et en vers, et elle arriva en Italie précédée d’une brillante réputation. Les éloges et les critiques sévéres ne lui manquérent pas. Le poéte Lebrun fit contre elle quelques épigrammes, plus poignantes qu’ingénieuses. Madame Fanny Beauharnais eut le bon esprit dene pas s’en facher, et d’en rire la premiére. Elle partagea avec mesdames d’Hautpoul et Pipelet (princesse de Salm) les honneurs du Lycée Thélusson. Les poésies légéres, les concerts, les bals, avaient succédé aux cours graves et parfois monotones de La Harpe. Les rapports de famille, une conformité parfaite de gout et de caractére lunissaient A Joséphiae, veuve d’Alexandre Beauharnais , son neveu, et qu’attendaient la plus haute fortune et les plus déplorables revers. L’ancienne noblesse, dans les jours fastueux du Consulat et de ’Empire, assiégeait les salons de Joséphine et de sa tante. Les soirées de madame Fanny Beauharnais réunissaient les notabilités d’autrefois et celles du jour; le siécle qui commengait et celui qui venait de finir s’y trouvaient représentés, Elle conserva dans un Age déji avancé beaucoup de fratcheur et des traits brillants d’expression et de bonté. Les homm.ages qu’elle recevait n’étaient pas désintéressés, et ses nombreux admirateurs ¢taient plus politiques que sincéres,

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