‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 441 sur 488 · BEC-DE-LIEVRE — BECHAMEIL · texte numérisé non relu

BEC-DE-LIEVRE — BECHAMEIL

deux filles : une avait épousé le duc de Brissac, et autre, Desmarest, directeur des finances, puis sur la fin contrdleur général. « C’était @ailleurs, nous dit Saint-Simon, un homme d esprit et fort sa place, qui faisait une chére délicate et choisie en mets et en compagnie , et qui voyait chez lui la meilleure de la ville et la plus distinguée de Ja cour. »

Le théatre nous a tellement habitués 4 ne nous représenter les financiers quecomme des personnages aussi ridicules par leurs maniéres que disgracieux dans toute leur personne, que le lecteur sera tout étonné, sans doute, d’apprendre que notre Apicius était bien fait et de bonne mine. Rien de plus naturel dés lors qu'il fot fat et important; les parasites quwil recevait a sa table n’avaient pas peu contribué en effet, par leurs flatteries, 4 lui inspirer une confiance exagérée dans son mérite personnel. Redevable de nombreux succes galants aux mémes causes qui lui faisaient tant d’amis et d’admirateurs a la cour et a la ville, Béchameil se laissa persuader qu’il avait tout l’air du duc de Gramont; comique illusion de la vanité assurément, et qui fournit au vieux ct spirituel oncle de ce seigneur, regardé comme le modéle le plus accompli de l’élégance et des grandes maniéres, V’idée dune plaisanterie un peu risquée, et que nous ne rapporterons ici qu’en citant encore les propres termes de Saint-Simon. « Le comfte de Gramont le voyant se promener aux Tuileries : Voulez-vous parier, dif-il 4 sa compagnie, que je vais donner un coup de pied au cul a Béchameil, et qu’il m’en saura le meilleur gré du monde? En effet , il lexécuta en plein. Béchameil, bien étonné, se retourne, et le comte de Gramont 4 lui faire de grandes excuses sur ce qu’il l’a pris pour son neyeu. Béchameil fut charmé, et les deux compagnies encore davantage. »

Disons-le hautement : malgré tout son mérife, malgré la juste réputation de sa table, malgré méme la faveur toute particuliére dont Louis XIV Vhonorait a titre de connaisseur @un goat exquis en tableaux, en pierreries, en meubles, en batiments et en jardins, il est douteux que Je nom de Béchameil fat parvenu jusqu’a nous, s’il n’avait pas eu le bon sens de s’occuper avec une studieuse sollicitude de l’art de convenablement et dignement traiter ses convives, s’il edt dédaigné de donner a cet égard des conseils 4 son cuisinier, et s'il se fat reposé de ce soin sur le zéle vénal de quelque maitre @’hétel. Ce sera vraisemblablement dans |’une de ces conférences sur l’application intelligente des vrais principes de la cuisine francaise a l’art de bien vivre, qu’aura jailli de son large cerveau la merveilleuse combinaison que ses contemporains reconnaissants dénommérent tout aussitot sauce ala Béchameil.

BECHAMEIL (Sauce a la). Il y ena de deux sortes, celle @ la bourgeoise et celle & la minute.

Pour faire la sauce a la Béchameil a la bourgeoise, il faut prendre 25 décagrammes de yeau et 12 décagrammes de jambon, que l’on coupe en dés; on y ajoute deux carottes et deux oignons coupés en tranches, deux clous de girofle, du laurier, deux échalotes, du persil et des ciboules hachées ; puis on assaisonne de poivre et de muscade rapée, avec peu de sel; on y ajoute 12 décagrammes de beurre, et l’on passe le tout sur le feu sans faire prendre couleur; puis on y méle une cufllerée de farine qu’on mouille avec un litre de lait ; et l’on fait bouillir le tout trés-doucement, en tournant toujours pour que la sauce ne s’attache pas; elle doit avoir la consistance @une bouillie. Lorsqu’elle est a point, on la passe au lamis.

La Béchameil a la minute se compose avec un morceau de beurre, des champignons coupés en tranches, un bouquet garni et deux gousses dail. On fait roussir le tout 1égerement, et l’on y ajoute une pincée de farine, qu’on délaye avec un demi-litre de lait, en tournant jusqu’a ce que la sauce soit bien lige. Aprés avoir passée 4 Vétamine, on y ajoute une pineée de persil blanchi et haché trés-fin. En y

BECHAMEIL

ajoutant de bon bouillon ou du jus de viande, la sauce n’en est que meilleure; mais, dans tous les cas, il faut la faire réduire jusqu a ce qu'elle ait consistance de créme.

BECHE. Cet outil se compose d’un fer rectangulaire , tranchant par sa pointe inférieure, ayant un manche en bois, qui s’éléve 4 une hauteur suffisante pour pouvoir étre saisi par les deux mains de Phomme qui l’emploie. Les béches varient entre elles par la largeur, la longueur, la force de leur lame, par leur mode d’assemblage avec le manche, enfin par le genre d’appui réservé au pied de Pouvrier, La réunion du manche et du fer se fait ou au moyen d’une douille, ou, ce qui est plus solide, au moyen de l’élargissement du manche en forme de pelle a sa partie inférieure, laquelle partie est fixée entre deux lames qui, en s’unissant par le bas, forment la lame unique de Voutil. Le pied de l’ouvrier se pose ou sur la partie supérieure et plus épaisse de loutil, ou sur un hoche-pied a ce destiné,

Quoique la béche soit plutét un instrument de jardinage que @agriculture, cependant on attribue a son emploi une grande part dans la fertilité des provinces de Flandre. Dans quelques parties de la France, et particulitrement dans les cantons vignobles , la béche remplace la charrue, et son action suffit pour amender les terres. En 1854 on a inventé en Allemagne une bécheuse @ vapeur, qui retournait

335 métres carrés de terre par heure.

On nomme béche de mer ou trépang une espéce comestible d’holothurie.

BECHER (Jean-Joacuim), auteur de Ja premiére théorie scientifique de la chimie, naquit 4 Spire, en 1635. La mort prématurée de son pére l’obligea de se livrer a l’enseignement pour subvenir a ses besoins et a ceux de sa famille. Mais son zéle et son courage lui firent surmonter tous les obstacles. Il acquit des connaissances trés-étendues en médecine, en chimie, en physique, et méme en politique ainsi qu’en administration. Il devint successivement professeur 4 Mayence, conseiller aulique impérial 4 Vienne, et premier médecin de lélecteur de Baviére. Tombé en disgrace a Vienne, il se rendit successivement 4 Mayence, a Munich, & Wurtzbourg, 4 Harlem et dans d’autres villes, et termina en 1685 4 Londres une vie fort agitée.

Il avait beaucoup d’ennemis, et ce n’est pas tout a fait a fort qu’on l’accusait de charlatanisme; mais les services qu'il rendit & la chimie sont incontestables. Il fut le premier 4 chercher l’explication physique et chimique des phénoménes inorganiques de la nature. C’était le but de son important ouvrage Physica Subterranea (Francfort, 1669). Il fit aussi une étude toute particuliére des phénoménes de la combustion. Il enseignait que tout métal est composé dune matiére terreuse, d’un principe combustible identique, et dune substance mercurielle particuliére. Si l’on vient a chauffer un métal de maniére 4 en changer la forme, la substance mercurielle se dégage, et il ne reste plus que la chaux métallique. La théorie phlogistique de Stahl, acceptée comme vraie jusqu’a la venue de Lavoisier, et dont tous les historiens de la chimie ont dans ces derniers temps proclamé la puissante originalité, est la tout entiére en germe.

BECHER (A trrep-Jutes), l'un des chefs du mauvement démagogique qui éclataa Vienne au mois d’octobre 1848, était né a Manchester, en 1803 ou 1804. Ses parents, qui appartenaient a la classe du haut commerce, vinrent de bonne heure s’établir avec lui en Allemagne, et il alla étudier le droit successivement a Heidelberg, & Goettingue et a Berlin. Arrété pendant quelque temps pour ses opinions, il y eut a son égard une ordonnance de non-lieu; et il put s’établir comme avocat a Elberfeldt. Mais son caractére, fougueux et excentrique, le porta bientot a négliger sa clientéle, déja assez considérable, pour la culture des beaux-arts. Aprés avoir rédigé 4 Cologne un journal d'art et de littérature, il se rendit & Dusseldorf pour y vivre de Ia vie d’artiste, et il s’y lia in-

—- BECHIR 693 timement avec divers artistes d’un grand rmérite, entre autres avec Grabbe. Plus tard il fut nommé professeur de théorie musicale 4 La Haye, puis, en 1840, il alla remplir les mémes fonctions 4 Londres. Chargé de pleins pouvoirs pour la poursuite d’un procés important, il se rendit en 1845 de Londres & Vienne, ol de nombreuses recommandations de Mendelssohn l’eurent bientot lancé dans le monde artistique et littéraire. A cette époque l'art l'occupait exclusivement , et les articles de critique qu’il publiait & ce sujet dans les journaux exercaient une grande influence, bien que ses propres compositions fussent généralement peu godtées. II venait de publier une brochure ou déborde lenthousiasme le plus chaleureux de l’art sous le titre de : Jenny Lind, esquisse de sa vie (2° édit., Vienne, 1847), lorsque les journées de mars 1848 le rejetérent inopinément dans le tourbillon de la politique. Membre du comité central démocratique, il entreprit avec la collaboration des principaux meneurs de son parti, tels que Tausenau, Jellinek, Stiffft et Kolisch , le journal intitulé le Radical, qui parut depuis le 16 juin 1848 jusqu’au jour de la prise d’assaut de Vienne, et qui pendant la lutte excita la population 4 opposer aux forces impériales une résistance désespérée. Arrété en conséquence quelques jours aprés, il fut condamné judiciairement le 22 novembre 1848 a la peine de mort, et passé le lendemain au matin par les armes, avec Jellinek et consorts, dans les fossés de la Porte-Neuve & Vienne.

BECHIQUES (de £7, toux ). On donne ce nom aux médicaments internes propres 4 calmer la toux; ils soni adoucissants, vulnéraires, ouastringents. — Dans la premiére classe on range les racines de réglisse , de tussilage, de guimauve, de grande consoude; les fleurs de mauve, de guimauve, de violette, etc.; les amandes, les figues, les raisins secs, les dattes, les jujubes, lorge, le gruau, les gommes arabique et adragant, l’amidon , le miel, le sucre, les huiles d’olive et d’amande douce, etc. ; enfin , toutes les substances qui relachent les tissus et calment l’irritation : ces médicaments se prennent en tisanes chaudes ou ti¢des, en sirops, en tablettes, en pates ou en conserves; leur action est souvent avantageuse dans les rhumes et les affections catarrhales chroniques. — Les médicaments béchiques dits vulnéraires sont fournis par les racines de fougére, d’ortie, de fraisier, de scille et diris, les feuilles de capillaire, les baumes de Tolu et du Pérou et quelques gommes-résines; ils excitent la transpiration et favorisent Vexpectoration. — Le kermés, le soufre et quelques eaux minérales hydrosulfureuses sont des béchiques astringents.

BECHIR ou BESCHIR, émir ou prince du Liban, déposséaé en 1840, étaitnéen 1763. Il appartenait 4 Pancienne famille de Chaas, et avait été élevé au commandement de Ja montagne en 1799. Tantét adversaire, tant6t allié de Djezzar, pacha de Saint-Jean-d’Acre , il vit sa puissance soumise aux vicissitudes les plus diverses , surtout aprés la conquéte de la Syrie par Méhémet-Ali, vice-roi d’Egypte. Sous le titre de chérif du Hauran, il réunissait sous son autorité les Druses et les Maronites. Son palais, d’une architecture mauresque, offrait une sorte d’amalgame des croyances de ces deux peuples : une mosquée et une église étaient enfermées dans son enceinte fortifiée, et ’émir, selon les événements, allait, dif-on, a la messe ou ala priére musulmane. Sous la suzeraineté de Méhémet-Ali, emir Béchir exercait un pouvoir incontesté dans tout le Livan , surtout depuis qu’il avait fait massacrer les membres de la puissante et ancienne f2mille du cheick Khassin, de la province de Khorawan, la seule qui pouvait contrebalancer Vinfluence morale de Béchir, particuliérement auprés des Musulmans, dont Khassin conserva toujours laréligion. Ce cheick avait seul échappé la destruction de sa famille. Toute la montagne était partagée entre les membres de la famille du vieux Béchir, qui gouvernaient sous ses ordres. Lorsque les Druses se révoltérent en 1834, contre le Joug égyptien, Ibrahim-Paeha les

fit rentrer sous l’obéissance et kes désarma. Mais aprés le traité du 15 juillet 1340, les Anglais jetérent des armes dans la montayne, une insurrection eut lieu; le vieux Béchir resta fidéle 4 Méhémet-Ali, malgré quelques membres de sa famille favorables au soulévement. Forcé de quitter le siége de sa puissance, il fut dépouillé de sa digpité par la Porte et remplacé par l’émir Khassin. Le vieux Béchir se rendit alors a Malte, puis en Ilatie, et plus tard 4 Constantinople, mais sans pouvoir obtenir sa réintégration. II est mort a Kadikoei, prés de cette capitale, le 31 décembre 1850.

BECHSTEIN (Jean-Matruiev), naturaliste, né dans le duché de Saxe-Gotha, en 1757, et mort en 1822, s’est acquis une réputation honorable par ses travaux sur les principales branches de histoire naturelle; travaux qui ont eflicacement contribué a vulgariser la science tout en l’avangant. Si l’on estime ses recherches sur lornithologie, sur l’histoire naturelle particuliére de ]’Allemagne et sur l'art du forestier, on n’accorde pas moins de mérite a sa traduction allemande de P Histoire naturelle des Reptiles par Lacépéde, ot de nombreuses notes critiques et des additions importantes suppléent aux parties que l’auteur frangais a laissées incomplétes.

BECK (Curétien-Daniet), également célébre comme littérateur , archéologue , philologue et historien, naquit, le 22 janvier 1757, a Leipzig, ou il fit toutes ses études et ou il mourut, en 1832. Nommé en 1782 professeur extraordinaire, et en 1785 professeur ordinaire des langues grecque et latine, il accepta en 1819 la chaire dhistoire; mais il y renonca peu de temps aprés, pour reprendre sa chaire des langues grecque et latine. La société philologique fondée par lui en 1785 fut en 1809 transformée en un gymnase royal, dont il conserva la direction jusqu’é sa mort, et qui a produit une foule de sujets distingués.

Beck consacrait la plus grande partie des loisirs que lui laissaient ses fonctions a des recherches sur les littératures anciennes, ef on a de lui une foule d’ouvrages, de dissertations historiques et philologiques, tous fort estimés, bien que plusieurs soient restés inachevés. Nous citerons surtout ses éditions de Pindare, d’Apollonius, d’Euripide, d’Aristophane et de Calpurnius; ses excellents programmes, au nombre de plus de quatre-vingts, sur divers sujets historiques et archéologiques; son Histoire générale du Monde et des Peuples, et ses Eléments archéologiques pour servir @ la connaissance de Vhistoire de Vart antique.

On a aussj de lui des traductions allemandes du Tableau de VEmpire Ottoman de Mouradgea d’Ohsson, de I’ Histoire dela République Romaine de Ferguson, et de l’Hisloire Grecque de Goldsmith.

BECKER (Jean-Paiuipre), l'un des démagogues les plus remuants de ce temps-ci, et le fils d’un menuisier, est né le 19 mars 1809, A Franckenthal, dans le Palatinat du Rhin, et apprit le métier de brossier. Son apprentissage terminé, il se maria dés l’dge de dix-huit ans, et s’établit pour son propre compte. Professant des opinions politiques trés-radicales, la révolution frangaise de juillet 1830 dut naturellement surexciter ses passions et le jeter plus que jamais dans le mouvement démagogique. Becker devint un des rédacteurs du Messager de l'Ouest de Siebenpfeiffer, en méme temps que I’un des propagateurs Jes plus actifs de Association pour la liberté de la presse , et l'un des principaux acteurs de la féte de Hambach. Le role qu'il y joua lui attira une nouvelle incarcération; mais il fut relaché l'année suivante, et ne cessa pas dés lors de s’occuper avec le plus grand zéle de la mise en liberté de ses co-détenus. Les nombreuses persécutions que lui yalurent ses opinions démocratiques le déterminérent a s’expatrier en 1837, Il alla donc en 1#38 se fixer en Suisse, et 14, tout en s’occupant A Bale et 4 Berne d’entreprises commerciales et d’opérationa industrielles, il ne discontinua pas d’agir dans V'intérét de son parti. Outre plusieurs articles dans la Gasette du Jura et autres feuilles radieales, il publia Un

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