BEC-DE-CORBIN — BEC-DE-LIEVRE
avail de la ressemblance avec le bec d’un corbeau ou corbin. Un bec-de-corbin était une canne d’armes , une hallebarde courte, une pertuisane, dont la lame rappelait en quelque chose Vancienne hache d’'armes, |’ancienne masse d’armes. Le bec-de-corbin armait des compagnies de gentils-hommes préposés a la garde du roi. Bouillier donne & entendre que les mots bec-de-corbin et bec-de-faucon étaient synonymes ; mais le dernier est fort ancien, tandis que le bec-decorbin est usité surtout depuis Louis X1; il était porté par la seconde compagnie de ses gardes du corps. G*! Barpin.
Bec-de-corbin était aussi le nom de certaines pommes de cannes imitant le bec d’un corbeau, lesquelles se faisaient de bois d’inde, dor, @ivoire ou de corne; on y adaptait assez souvent une lorgnette, et la canne prenait elle-méme le nom de canne @ bec-de-corbin; elle était portée d’ordinaire surtout par les financiers et les médecins, s'il faut en croire la tradition thédtrale, qui en a fait l’insigne obligé de ces deux professions. — En architecture, c’est le nom une moulure.
BEC-DE -CORNE. Voyez Catao.
BEC-DE-F AUCON, arme de demi-longueur , dont le fer avait de l’analogie avec le bec de loiseau ainsi appelé. On a confondu quelquefois le 6 e c-d e-cor bin et le bec-defaucon ; ce dernier était une imitation de l’angon; il était quelquefois garni d’un fer crochu , comme I’a été la hallebarde, quelquefois d’une massue. Les piétons se servaient du bec-de-faucon pour tirer a terre les gens d’armeset les y assommer. A la bataille d’Azincourt, en 1415, les archers anglais se ruérent & coups de bec-de-faucon sur la gendarmerie de France. G*! Barbi.
BEC-DE-LIEVRE. On donne ce nom a une division yerticale et permanente de l'une des lévres, a cause de la ressemblance qu’on a cru trouver dans cette maladie avec la forme de la lévre supérieure du liévre. Le bec-de-liévre est congénial ou accidentel : le premier ne s’observe qu’a la lévre supérieure; le second peut exister indistinctement a Pune ou a V'autre lévre, ou a toutes les deux a la fois.
Le bee-de-liévre congénial peut étre: 1° simple, ou présenter la bifidité des parties molles seulement; 2° compliqué de division du lobe du nez ou d’une des ailes du nez; de séparation dela voite palatine , soit seulement en avant, soit dans toute son étendue ; de séparation de la vodte palatine et du voile du palais; de direction vicieuse des dents correspondantes ; de saillie des os sur lesquels s’appuie la lévre malade, d’absence de la vodte palatine tout entiére et de los vomer. Sa division est souvent verticale, mais plus souvent oblique et sinueuse; elle peat avoir lieu sur la ligne médiane, mais elle se présente plus fréquemment a gauche lorsque le bec-de-li¢vre est compliqué. Lorsqu’il est simple, on ne la voit jamais sur la ligne médiane, mais un peu de cdté et le plus souvent a gauche. Cette différence était expliquée par Dupuytren par la précocité du développement des parties droites dans la formation du fetus, laquelle tient au vaisseau du cordon ombilical, qui raméne le sang du placenta, pour aller le distribuer dans le foie, situé un peu plus a droite qu’a gauche.
On n’admet point qu’il puisse y avoir une variété de becde-litvre congénial triple. Lorsque la division est unique , elle se trouve donc plus souvent au-dessous de l’ouverture nasale gauche que vers la cloison du nez qui est rejetée au cété opposé. Elle peut occuper en hauteur une partie ou la totalité dela lévre; dans ce dernier cas, son extrémité supérieure s’ouvre dans la narine, et souvent alors un petit prolongement de la peau s’étend en maniére de pont de la base du nez vers son aile; et si la fente est double, chacune d’elles communique également avec une narine; la portion moyenne correspond ordinairement alors a la sous-cloison nasale,
Le bec-de-lidvre constitue une difformité des plus graves, surtout lorsqu’il est double. La fente triangulaire des levres,
la saillie des dents et du bord alvéolaire qui restent a découvert, I’écrasement du nez, défigurent d'une mawmére hideuse et nuisent 4 la déglutition, a la digestion et a la formation de la parole. Chez l'enfant nouveau-né le bec-delievre peut empécher la lactation; alors il est nécessair> ou de lui procurer une autre nourriture, ou de lui faire immédiatement Vopération qui remédie 4 cette difformité. Si les cavités nasales communiquent avec celle de la bouche par la fente des os du palais ,-le mucus découle des premiéres dans la seconde, les aliments passent en partie dans le nez et sortent par les narines ; la voix est altérée = quelquefois la difficulté d’avaler est portée a un degré assez considérable. Lorsque le bec-de-liévre existe a la lévre inférieure, et qu'il a été déterminé par quelque blessure ou qu’il est la suite de la gangréne, il donne lieu @ un écoulement continuel de la salive, qui finit par détériorer la santé.
Les causes du bec-de-liévre congénial sont encore tout a fait inconnues ; quelques chirurgiens l’attribuent a un arrét de développement; d’autres , M. Velpeau , par exemple, le considérent comme le résultat d’une maladie intra-utérine. Une foule de causes aprés la naissance s’opposent a |’oblitération de la fissure plus ou moins compliquée qui constitue le bec-de-liévre ; parmi ces causes, il faut citer le passage de lair ou des aliments, ef surtout Vorganisation d’une membrane muqueuse revétue d’un véritable épiderme. I] en est autrement pour la vodte palatine : aussi longtemps que dure J’accroissement des os, on y observe une tendance marquée, sinon a l’oblitération compléte, du moins 4 une diminution réelle.
Pour la lévre seulement, l’opération du bec-de-liéyre consiste dans Vavivement des bords de la plaie et leur coaptation. L’avivement a lieu au moyen de l’excision, qui peut se pratiquer avec les ciseaux. La coaptation exige le concours des trois moyens généraux employés pour la réunion des plaies, savoir : la suture, les emplatres agglutinatifs, et un bandage unissant. S’agit-il d'un bec-de-liévre double , c’est-a-dire de deux fentes séparées par un lambeau, il faut autant que possible conserver cette portion moyenne. S’il y avait quelque complication, comme par exemple déviation dune ou plusieurs dents incisives, il faudrait les attirer en arriére au moyen d’un fil métallique. Mais ce n’est pas la place d’insister sur ces divers procédés opératoires.
Si le bec-de-liévre est unique ou double, mais sans complication , sa guérison est ordinairement facile et heureuse. S’il est compliqué de la fente du voile et de la voite osseuse du palais, la guérison de la lévre n’offre pas en général dé grandes difficultés ; mais celle des parties profondes exige du temps et des opérations successives, dont le résultat n’est pas toujours aussi certain. Il y a méme des cas ot Ja guérison est tout a fait au-dessus des ressources de l’art. Quoique lopération du bec-de-liévre ne soit point par elle-méme dangereuse, elle peut cependant étre quelquefois accompagnée de circonstances trés-graves : c’est ainsi que dans le cas ot les deux cétés du bec-de-liévre ne seraient pas exactement affrontés, une hémorrhagie pourrait se faire par leur face postérieure, et le sang passer insensiblement dans Pestomac.
L’époque la plus favorable a laquelle il convient de faire Yopération du bec-de-liévre congénial est généralement fixée & lage de trois mois, conformément a la pratique de Dupuytren : alors la vie est assurée et les chances de mortalité moindres qu’a la naissance. Cependant ii est des cas dans lesquels il faut opérer immédiatement aprés la naissance : par exemple, lorsque le bec-de-liévre apporte un obstacle invincible a la succion du mamelon, et par suite a l’alimentation. On peut dire que existence prolongée du inal entraine beaucoup plus d’inconyénients qu’on ne semble se Pimaginer; il nuit au développement des facultés intellectuelles, par la géne qu'il produit dans la prononciation Quand la disjonction palatine le complique, plus on attend,
plus les os s’écartent, & cause du défaut de résistance du dehors. Dans ce dernier cas, la succion et la déglutition elleméme peuvent en ¢tre rendues extrémement difficiles, et la mort par inanition devenir inévitable. D" Alex. Ducxkerr.
BEC-EN-CISEAU , genre d’oiseaux palmipédes de la famille des longipennes, qui ressemblent aux hirondelles de mer par leurs petits pieds, leur queue fourchue et leurs longues ailes. Les becs-en-ciseau ou rhyncops, qu’on nomme aussi coupeurs d'eau, se dislinguent de tous les autres oiseaux par la forme extraordinaire de leur bec, aplati sur les cotés, dont la mandibule supérieure est plus courte que V’inférieure ; les bords de ces mandibules se répondent sans s’embrasser. Cette forme si anomale de leur bec ne leur permet de prendre leur nourriture qu’en la relevant de la surface de l’eau avec leur mandibule inférieure pendant quils volent. G. Cuvier en indique quatre espéces, dont la plus connue est la rhyncops nigra, qui habite les mers des Antilles. L. Laurent,
BEC-EN-FOURREAU. Voyez Cotforampne.
BEC-FIGUE, BEQUE-FIGUE ou VINETTE, petit oiseau trés-délicat, fort gras et assez commun dans la Proyence , le Languedoc, l’Italie, et généralement dans tous les pays ou la figue , sa principale nourriture, vient en abondance. Voisin du genre gobe-mouche, le bec-figue appartient au genre farlouse, sous-famille des becs-fins. Il est du reste assez semblable au rossignol par sa couleur et sa grosseur. Le poéte Martial dit de la dénomination de cet oiseau :
Cum me ficus alat, cum pascar dulcibus uyis, Cur potius nomen non dedit uya mihi ?
Dés le temps de Tibére le bec-figue était fort estimé chez les Romains. Suétone rapporte que cet empereur donna quatre cent mille sesterces a Aselius Sabinus pour avoir composé un dialogue dans lequel le champignon, le bec-figue, Vhuitre et la grive faisaient assaut de qualités.
Il y a une si grande quantilé de bec-figues dans Vile de Chypre qu’on les marine au sel dans des-barils. On en fait un grand commerce a Venise. Ordinairement les bec-figues se mangent rolis; on leur coupe la téte et les pieds sans les vider. En automne, la chair de cet oiseau est excellente et donne un bon suc; elle est de si facile digestion qu’on la recommande aux conyalescents.
On a donné le nom de bec-figue @hiver a la linotte et au pipif.
BECHAMEIL ( Marquis pE ). Ne chicanons point sur les moyens darriver 4 Pimmortalité, et constatant purement et simplement un fait irrécusable , avouons tout d’abord que le nom placé en téte de cet article est impérissable, puisqwil est indissolublement lié 4 une des plus savantes et des plus ingénieuses combinaisons de l’art culinaire , a une sauce dont invention remonte au siécle du grand roi, a ce siécle prodigieux qui a fait en toutes choses notre éducation, et qui a imposé a l'Europe entiére le joug de notre cuisine, de nos modes et de notre littérature. La sauce a la Béchameil ( voyez Yarticle suivant) est incontestablement une des inventions qui font le plus @honneur a la cuisine francaise, ou elle tient le méme rang et joue le méme rdle que la sauce & la d’Orléans et la sauce & la Condé, noms glorieux, auxquels le marquis de Béchameil, surintendant de la maison de Monsieur, frére de Louis XIV, était assurément digne de joindre le sien, quoiqu’il fat de beaucoup moins bonne maison.
C’était en effet un simple financier, qui mourut en 1704, trés-Agé, mais qui avait été fort dans les affaires au bon temps, c’est-a-dire au temps de la Fronde, alors que la France était au pillage, et qui s’y était considérablement enrichi, tout en conservant cependant une assez bonne réputation. Cette circonstance , assez rare 4 cette époque parmi les gens de sa sorte, lui permit de marier avantageusement ses