BELETTE — BELGIQUE
Barbian-Belgiojoso , elle ne put se résigner a vivre sous la domination autrichienne et vint s’établir 4 Paris, ou son esprit cullivé et ses sentiments patriotiques attirérent autour d’elle V’élite de la littérature et des arts. MM. Mignet, Augustin Thierry, Sainte-Beuve, Stendhal, Henri Martin, devinrent les commensaux fayoris de son hétel. En 1848 elle se jeta avec ardeur dans le mouvement révolutionnaire, retourna 4 Milan et prit part 4 la campagne 4 la téte d’un bataillon de volontaires qu’elle avait levé. Ses biens furent mis sous le séquestre, et elle ne put rentrer dans leur possession que plusieurs années apres. Aprés 1860, elle rentra dans son pays, ou elle est morte en 1871. Elle était veuve depuis le 17 février 1858.
On a de cette femme remarquable plusieurs ouvrages écrits en francais, notamment : Zssai sur la formation du dogme catholique (Paris, 1846, 4 vol.), sans nom d’auteur; Souvenirs d exil (1850), Notions histoire a l usage des enfants (1851), Asie Mineure et Syrie, souvenirs de voyages (1858, in-8), Scénes de la vie turque (1858, in-18) el Histoire de la maison de Savoie (1864, in-8).
BELGIQUE, Etat de Europe créé en 1815, et qui comprend la plus grande partie des ci-devant Pays-Bas autrichiens , avec les anciens comtés de Flandre, de Hainaut, de Namur, et certaines parties des aneiens duchés de Brabant, de Luxembourg et de Limbourg.
La Belgique occupe l’intervalle compris entre le 0° 4’ et le 3” 49’ de longitude orientale, et entre le 49° 30’ et le 51° 31’ de latitude septentrionale. Elle est bornéeau nord par la Hollande, a Vest par le Limbourg hollandais et la Prusse Rhénane , au sud et 4 l’ouest par la France, au nord-ouest par la mer du Nord. O’est dans la direction du nord-ouest au sud-est, c’est-a-dire d’Ostende a Arlon (277 kilométres) et dans celle du sud au nord, de Chimay 4 Turnhout (160 kilométres), qu’elle atteint sa plus grande étendue. Sa superficie tolale est de 2,945,594 hectares , ou environ 295 myriamétres carrés, répartis comme suit, en négligeant les fractions, entre les différentes provinces dont se compose le royaume : Luxembourg, chef-lieu Arlon, 44 myr.; Hainaut, chef-lieu Mons, 37 myr.; Namur, chef-lieu la ville du méme nom, 36 myriam.; Brabant, chef-lieu Bruxelles, 32 myriam.; Flandre occidentale, chef-lieu Bruges, 32 myriam. ; Flandre orientale, chef-lieu Gand, 30 myr.; Liége, chef-lieu la ville du méme nom, 28 myr. ; Anver's, chef-lieu la ville du méme nom, 28 myr.; Limbourg, chef-lieu Hasselt, 24. La population (1866), forte de 4,839,094 habitants, présente en moyenne 16,403 habitants par myr. carré, soit encore 164 habitants par kilom. carré; de ces chiffres il résulte que, toutes proportions gardées , la Belgique occupe le premier rang parmi les Etats de I’Europe les mieux peuplés. La population des deux Flandres forme environ le tiers du chiffre indiqué plus haut; celles du Brabant et du Hainaut constituent le second tiers, et le dernier se trouve réparti entre les diverses autres provinces. C’est relalivement le Hainaut qui est la plus peuplée de toutes ces provinces, car on y compte 227 habitants par kilométre carré, taadis que dans le Luxembourg ce nombre n’est plus que de 44. Le recensement général opéré en 1866 démontra que depuis 1830, V’accroissement annuel de la population en Belgique a été en moyenne de 21,000 habitants; chiffre qui ne pourra encore qu’augmenter a mesure que se consolideront de plus en plus tous les grands intéréts nationaux, et que le commerce ainsi que V’industrie pren— dront des développements plus importants. La population des campagnes est a celle des villes 4 peu prés comme $ est i t On compte en effet dans 86 communes urbaines 1,188,618 habitants; et dans 2,438 communes rurales, 3,261,621 habitants. En 1839, le nombre des parcelles de terre cadastrées dans le royaume s’élevait & 5,653,961. En 1850 on comptait 738,512 propriétaires fonciers , dont
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2,623 seulement possédaient un revenu cadastré supérieur & 6,000 fr.; 517,492 n’avaient un revenu que de 100 francs.
La population de la Belgique est le résultat du mélange de peuplades germaines et celtes, entre lesquelles on distingue surtout aujour@hui les Flamands et les Wallons, par leur persistance & conserver leur idiome national; puis les Hollandais, les Allemands et les Francais, qui conservent également leur langue primitive. De ces divers idiomes, c’est le francais qui est parvenu a étre en fait la langee dominante, la langue des classes instruites et polies, celle des autorités centrales de l’Etat, quoique aucune loi n’ait régularisé et sanctionné un pareil état de choses et que le flamand soit numériquement aux autres idiomes dans la proportion exacte ot 4 esta 3. Les Liégeois se servent d’un patois qui posséde une espéce de littérature , dont le poéte Lambert de Ryckman est le coryphée. Cet idiome mériterait peut-tre qu’on fit pour lui ce que M. de Humboldt a entrepris pour fe basque. Il est probable qu'il aura été cause de erreur dans laquelle est tombé Walter Scott dansson Quentin Durward, en métamorphosant les Liégeois en Flamands. C’est comme si Von prenait ’Alsace pour la Provence,
C’est au treizitme siécle que le flamand, qui avait toujours subsisté, commenga a prendre une forme plus stable. Au quinziéme, la langue de Van Maerlant s’altéra, s’abatardit ; la domination des princes frangais de la maison de Valois, la multiplicité des chambres de rhétorique, des relations commerciales, chaque jour plus étendues, furent les principales causes de décadence. Toutefois, le flamand, ou mieux le hollandais, qui en est un dialecte plus pur, plus cultivé , se releva entre les mains de Kornhert, de Spieghel et de Visscher; il se débarrassa de ses acquisitions méprisables, et revint A son type original, qui est la vigueur et la franchise. Cats , Hooff et Vondel unirent a ces qualités l’é-
-légance et Pharmonie; aprés eux tout faillit se perdre : malgré les Antonides, les Brandt, les Hoogvliet, les régles du Parnasse francais furent seules reconnues; les Latins avaient imité les Grecs, les Francais imitérent les Latins ; les Hollandais ( car les Flamands négligeaient déja la culture de leur idiome ), les Hollandais imitérent les Francais: en derniére analyse, c’était toujours du grec et du latin défigurés par ces nombreuses transmigrations. Mais, pour comble d’erreur, on enviait surtout aux Frangais leurs gentillesses et leurs mignardises. Si la langue gagna en politesse, elle perdit en énergie. Enfin elle redevint ce qu’elle devait étre , ce que le flamand pouvait ambitionner d’étre a plus juste titre encore, forte, large, abondante, naive et gracieuse. Dotée de Ja liberté des inversions et du pouvoir de composer et de décomposer des mots, elle varia a l’infini Jes formes de la diction, sinon du style, qu’on n’a point encore assez assoupli, et qui, surtout dans la prose, péche par une sorte d’emphase et de roideur. Un phénomeéne de linguistique fort remarquable , c’est que des provinces dont Jes habitants sont d’origine germanique , comme les Nerviens, parlent Je francais, tandis que des peuplades celtiques ou gauloises ne se servent que du flamand.
En 1846 on comptait en Belgique 34,060 individus parlant allemand , dont 25,774 dans la partie allemande du Luxembourg. Le nombre des Anglais résidant en Belgique n’est guére que de 4,000. A l’inverse de la Hollande, la religion eatholique est la religion dominante en Belgique. On n’y compte guére en effet que 10,323 individus professant un autre culte, dont 7,368 protestants et 1,336 juifs. Les catholiques ont pour chefs spirituels Varchevéque de Malines et ses cing suffragants, les évéques de Bruges, Gand, Tournay, Namur et Liége. Les petites communautés protestantes établies soit dans les villes, soit dans de gros bourgs, se partagent entre les cultes anglican et réformé. Une somme de 58,000 fr. figure chaque année au budget de Etat pour -es frais du culte de ces dissidents.
La Belgique n’est point un pays de montagnes; les plaines
et les petites collines sont au oontraire la configuration du sol qui y domine. Toutefois le contre-fort occidental du plateau des Ardennes se prolonge encore dans sa partie sudest, découpée par la Sambre et par la Meuse. La hauteur moyenne en est de 1,200 pieds au-dessus du niveau de la mer, et vers sa lisiére septentrionale ce plateau acquiert une véritable importance au point de yue de Vindustrie. Les masses d’argile et de grauwacke des Ardennes sont traversées par de puissantes couches de grauwacke calcaire, et de riches gisements de fer et de houille accompagnent les rives de la Meuse avant que les couches tertiaires da Hainaut et du Brabant méridional viennent se confondre avec le sol dalluvion des plaines de la Flandre, et s’y abaisser tellement qu’il est nécessaire d’y élever des digues artificielles et des polders pour empécher les empiétements de la mer 1a of manque Vabri naturel des dunes. La contrée sablonneuse de la Campine, dans la partie nord-est de la province d’Anvers, offre, & la vérité, une zone de terres infertiles paralléle a la céte ; mais les encouragements accordés avec intelligence par Etat 4 la mise en culture de cette zone aride, qui depuis 1847 surtout se rétrécit chaque jour davantage, en restreignent incessamment les limites. Les impénétrables marais des Moriniens et des Ménapiens, ou vint échouer César, en dépit de toute son habileté stratégique et de la valeur de ses armées, ont depuis longtemps été desséchés, transformés en champs fertiles et entourés de hautes et épaisses plantations qui vues de loin donnent au pays Paspect @une vaste forét, tandis qu’en réalité il n’y a la que de nombreuses habitations dispersées au milieu de champs de blé, et de prairies entrecoupées de fossés. Le riche systéme (irrigation du pays se rattache, a |’exception de l’Yperlé, qui se jette dans la mer au-dessous de Niewport, aux bassins de l’Escaut et de la Meuse, deux fleuves qui deviennent navigables a leur sortie de France, mais qui ont Pun et autre leur embouchure sur le territoire hollandais. Les principaux affluents de lEscaut, dont la largeur & Anvers est de 720 métres, et la profondeur de 10 métres , sont la Lys, la Dendre et le Rupel, formé par la Néthe et la Dyle. Ceux de la Meuse sont la Sambre, |’Ourthe et la Roer. Ces conditions hydrographiques si favorables ont été utilisées avec beaucoup de profit pour un systéme de canalisation reliant Bruxelles et Louvain avee le Rupel, Bruxelles avec Charleroi, Mons avec Condé, Ostende avec Bruges et Gand, et cette derniére ville avec Terneuse. Aux termes d’une loi rendue en 1842 par les chambres, on a entrepris Vexécution , longtemps différée, d’un projet de canalisation de la Campine, et ces travaux contribueront a rendre promptement a Ja culture une grande partie de ce sol encore infécond.
Dans les plaines qui avoisinent la mer, le climat de la Belgique offre beaucoup d’analogie avec le climat tout océanien de l’Angleterre, et la douceur de la température y contraste vivement avec les parties de ce royaume dont le sol est plus élevé, par exemple le sud-est , ou des hivers plus Apres succeédent a des étés plus chauds et ot le loup trouve encore un asile dans les crétes extrémes du plateau. Cette diversité de climats , répondant a la diversité de nature de son sol, donne a la Belgique une plus grande variété de produits qu’a la monarchie des Pays-Bas. Tandis que les foréis des Ardennes offrent Wimportantes richesses en bois de toute espéce, on trouve dans les plaines tous les genres de céréales et de légumineuses, des plantes oléagineuses, le chanvre, le lin, qui en Flandre surtout est d’une beauté particuliére, le tabac dans la Flandre occidentale, beaucoup de houblon, de plantes tinctoriales et de chicorée. Les derniers documents statistiques publiés donnent les résultats suivants en ce qui touche la partie du sol mise en culture : terres a blé, 1,463,633 hectares ; paturages, 544,162; foréts, 539,128 5 terres en friche, 227,482 ; culture maraichere, 52,363; voies
) de communication et places publiques, 65,762; culture de
of
la vigne , 229 hectares. Les foréts des Ardennes abondent en gibier de toute espéce. Les versants et les vallées du pays de montagnes, de méme que les gras paturages du pays plat, favorisent l’éléve des bétes 4 cornes, des moutons et des chevaux, quoique la race des bétes 4 cornes n’y soit pas aussi nombreuse qu’en Hollande; enfin les cédtes de la mer du Nord ouvrent un large champ 4 l’exploitation de la péche. En 1846 la Belgique possédait 294,537 chevaux, 1,203,891 bétes 4 cornes et 662,508 moutons., Le régne minéral fournit d’abondants produits en plomb, cuivre, calamine, zinc, alun, tourbe, marbre d’une beauté remarquable (celui qu’on trouve & Theux et a Visé est du noir Je plus brillant), pierre & chaux, ardoises, pierre de taille, pierre blanche a batir , et les gisements de fer et de houille les plus riches qu’on connaisse aprés ceux de l’Angleterre. En raison du chiffre essentiellement variable des hauts fourneaux en activité (on en compte aujourd’hui 86), on peut évaluer approximativement la production brute annuelle du fer de 140 4 150,000 tonnes. La richesse liouillére se trouve agglomérée dans les trois grands bassins de Mons, Liége et Charleroi : on en estime le produit annuel a trois millions de tonnes, représentant une valeur de 46 millions de franes. Ces chiffres équivalent 4 la production totale de la France, Parmi les sources minérales de la Belgique, les eaux ferrugineuses de Spa jouissent d’une célébrité européenne et, avec les bains de mer d’Ostende, attirent constamment dans le pays un grand nombre d’étrangers.
Les diverses branches de Vindustrie agricole trouvent, a peu d’exceptions prés, de puissants éléments de suceés dans excessive richesse du sol de la Belgique. La culture des céréales et des légumineuses y est portée a un haut degré de perfection. Partout on s’y livre 4 Péléve du bétail, mais principalement dans les deux Flandres et dans le Limbourg, et le fromage de cette derniére province constitue un important objet de commerce, L’éducation des abeilles est prafiquée sur une large échelle dans la Campine, et le gouvernement s’efforce de développer \as¢riciculture par ’appat de primes élevées, L’exploitation des mmes , celle des mines de fer, de zinc et de houille notamment, joue un réle important dans l'industrie belge. Voila déja huit cents ans qu’on extrait de la houille de ces contrées, et lenombre des fosse n’y est pas aujourd’hui moindre de 400. Il est d’ailleurs anoter que le pays est loin demanquer de bois: et c’est 1a une circonstance qui.constitue un avantage marqué en sa faveur sur I’Angleterre. A ces trésors souterrains, dont exploitation n’occupe pas moins de 218,000 individus, ajoutez ceux que produit admirable fertilité d’un sol nourrissant une population compacte, une situation géographique non moins favorable au commerce extérieur qu’au commerce intérieur, enfin la possession de brillants et précieux souvenirs historiques, et yous comprendrez comment il sefait que la Belgique soit un pays de grande industrie, pouvant rivaliser sans crainte sous ce rapport méme avec |’Angleterre.
Lorigine de Pindustrie principale de ces contrées se retrouve dans celle dont les Romains admiraient déja les produits chez les Celtes voisins du pays habité par les anciens Belges, industrie qui se conserva toujours A travers les Ages, et qui des Flandres wallonnes se répandit en Allemagne. Il est en effet impossible dene pas reconnaltre dans les Atrébates, ces sihabiles tisserands, les ancétres dune race laborieuse qui alla toujours en se répandant davantage 4 Pest et au nord. Les villes de Flandre ¢tatent jadis seules en possession de cette productive industnie, alors qu'il n’y avait de travail possible qu’a la condition d'etre proteyé par les solides murailies des villes; et la rupture violente opérée en 1830 entre la Belgique et la Hollande n’a eu que les résultats les plus avantageux pour le développement intérieur de cette source de richesses,
Un Etat entré dans la vie politique avec le fardeau éera-
ant d'une dette publique, resserre entre des nations dont
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le pavillon domine dans les mers les plus lointaines et y possédant des riches colonies, dont les fleuves navigables ont leur embouchure située dans les contrées voisines, dont la populatien ne constitue pas un tout compacte rendu homogéne par Vorigine, par la langue et par la eulture infellectuelle, doit nécessairement songer d’abord a accrottre et 4 augmenter ses forces intérieures , avant de vouloir agir en dehors de ses frontiéres, C’est la une vérité que la Belgique a parfa‘tement comprise et mise en pratique. Le jour ou elle parvint 4 Pindépendance politique, elle concentra sur sa prospérité intérieure toutes ses préoccupations, conyaincue que le développement de son commerce et de son industrie serait pour elle un élément de grandeur et de puissance ; et dans cette voie elle fut admirablement servie par la richesse naturelle de son sol et les matiéres premiéres de tout genre qu’il lui offrait en si grande abondance.
Les cing principales branches d’industrie manufacturiére de la Belgique sont la fabrication des étoffes de lin, de laine et de coton, et la préparation des métaux. Les grands centres de la fabrication des toiles (genre d’industrie qui, aprés avoir pendant longtemps langui , a repris dans ces derniers temps un grand élan) sont les environs de Courtray et de Bruges, dans la Flandre occidentale, Gand dans la Flandre orientale, Bruxelles dans le Brabant, Malines dans la province d’Anvers, et Tournay dans le Hainaut. On évalue 4 900,000 le nombre des piéces de toiles qui s’y fabriquent annuellement, et & 400,000 celui des travailleurs qu’occupe cette industrie. Les batistes et les damassés de Bruges sont 4 bon droit célébres. Les dentelles de Bruxelles ou de Brabant sont recherchées dans toute l’Europe; les plus belles , pour lesquelles les fils les plus fins proviennent de Courtray et de Malines, se fubriquent, soit 4 lintérieur, soit aux environs des villes de Bruxelles; Louvain, Malines et Bruges, ef le prix en va quelquefois jusqu’a 1,000 fr. l’aune. Le tissage belge a la main, qui se fait surtout par les habitants pauvres dela Flandre, ne peut pour le prix derevient soutenir la concurrence contre les machines, malgré sa supériorité de qualité. L’Angieterre, qui avant 1834 importait encore trois millions de kilogrammes de til fabriqué 4 la main, exportait dés 1844 {5 milliuns de kilog, de fil fabriqué chez elle au métier. Depuis 1842 l'industrie des toiles a également vu ses produits doubler en France, et il y a déja longtemps que les fileurs et les tisserands belges ont cessé d’approvisionner de toiles Espagne et presque toute Amérique. En raison de la haussé constante de tous les objets de subsistance, il ¢tait donc inévitable qu’une crise des plus graves éclatat 1a tot ou tard, Il faut savoir gré d’ailleurs au gouvernement belge @ayorr su détourner de son pays immense péril d’un paupérisme toujuurs croissant, par l'emploi de diverses mesures habiles, par la création dateliers de perfectionnement, par l’introduction de nouvelles branches dindustrie et par un puissant essor imprimé aux progrés de Vagriculture.
Verviers est avec ses environs, Limbourg, Ensival, Francomont et Hodimont, le grand centre de la fabrication des étoffes de laine. Les 3,000 métiers battants qui existent dans les 290 fabriques de ces diverses localités, ot l'on trouve de 60 4 70 machines a vapeur, livrent chaque année A la consommation plus de 110,000 pidces dedrap le plus fin, pour lequel on emploie le plus généralement des laines de provenance russe ou allemande. On fabrique en outre du drap & Thuin, & Ypres et a Poperinghe. Les autres lainages, tels que flanelles , étamines, serges et camelots , sont fabriqués. dans toutes les provinces, et particuliérement & Hodimont, Stavelot et Tirlemont; les couvertures de laine, & Bruxelles, Liege, Malines et Verviers. Il existe de grandes manufactures de tapis A Bruxelles et & Tournay, et on beaucoup de bas dans le Hainaut. Les plus importantes manufactures de cotonnades sont a Gand et & Lokeren dans la Flandre orientale, & Bruges et & Courtray dans la Flandre occidentale, & Malines , Louvain et Anderlacht dans le Bra-
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bant, & Tournay et 4 Mons dans le Hainaut, et aussi 4 Anvers. On pourra se faire une idée de Pimportance de cette industrie en apprenant que les manufactures de Gand seules livrent chaque semaine ala consommation plus de 80,000 kilogrammes de fil. On ne saurait nier toutefois que la séparation d’avec la Hollande, en fermant a la Belgique le marché des colonies hollandaises dans les Indes orientales , wait porté dans ces derniers temps un coup sensible a cette industrie. On compte cependant toujours dans le pays environ 385,000 broches en activité et 23,500 métiers battants, avec 81 machines a vapeur,
La fabrication des cuirs a perdu un marché important avec Maéstricht, abandonné a la Hollande; mais on fabrique aussi @excellents cuirs dans la partie du territoire du Limbourg belge avoisinant cette ville. Liége et Stavelot, Namur et Dinant sont d’autres grands centres de production pour les cuirs, Bruges et Gand surtout, ot l’on prépare annuellement plus de 70,000 peaux. La fabrication des gants pour la consommation intérieure a pris dans ces derniers temps un développement prodigieux.
La préparation des métaux est extrémement favorisée par Yabondance du minerai. Depuis longtemps on ne se servait en Angleterre que de fonte au coke; mais ce fut en 1824 seulement que John Coekeril introduisit en Belgique ce procédé de fabrication. Il a fait aujourd’hui tant de progrés , que sur les 117 hauts fourneaux en activité il n’y en a plus que 72 ou l'on emploie le charbon de bois, attendu que le produit des hauts fourneaux alimentés au charbon de bois est huit fois moindre que celui des autres. Ces hauts fourneaux, qui se trouvent pour la plupart situés aux environs de Liége, de Namur, de Charleroi et de Mons, donnent lieu & une production de fer des plus actives, et fournissent les matiéres premiéres & de nombreuses forges, affineries et martinets. C’est & Liége et & Malines que se fabriquent les grosses piéces de fonte. La premiére de ces villes est en outre renommée a bon droit pour la fabrication des armes et des machines, Charleroi pour celle de la clouterie, Liége encore et le Hainaut pour celle des tdles et des cylindres. On fabrique du fil @’archal et de laiton a Naraur, des objets en zine 4 Liége, des tuyaux en plomb a Gand. L’orfévrerie de Gand ef celle de Bruxelles sont justement renommées.
Outre ces cing branches principales de Yindustrie manufacturiére belge, on doit encore une mention toute particuliére aux industries suivantes : les fabriques de papier des provinces de Namur, Liége et Brabant; les fabriques de verre du Hainaut, de Namur, de Liége (val Saint-Lambert ), et du Brabant; les fabriques de porcelaine et de faience de Tournai , Bruxelles , Mons et Gand; les célébres ateliers de earrosserie de Bruxelles, d’ol sortent des voitures dont le prix va jusqu’a 30,000 francs; les raffineries de sucre d’Anvers, Bruges, Ostende , Gand, Mons et Louvain; les fabciques de bois vernis de Spa, etc., etc.
La force de la vapeur joue un grand rdéle dans les moyens de fabrication employés par ces diverses industries. En 1849 le nombre des machines 4 vapeur existant en Belgique s’élevait 4 2,179, avec une force totale de 62,335 chevaux.
‘Quelle que soit pour le commerce de la Belgique importance de ses richesses intérieures en produits de son sol ou de son industrie, il n’a pu toujours que subir Pinfluence des circonstances politiques extérieures ot le pays se trouvait placé. Devangant tous les Etats voisins, la Belgique, guidée par les habitants de Bruges, avait deja fondé au milieu du treiziéme siécle un commerce des plus florissants au moyen de ses communications réguliéres avec Italie. Aprés la découverte de Amérique et par suite de la nouvelle direction que suivit alors le commerce, Anvers prit bientét le rdle de Bruges ; cette ville devint comme la Venise du nord, et ce moment fut le plus brillant que présentent les annales commerciales dela Belgique. Plus tard, la malheureuse période
de l’oppression espagnoie et de la lutte engagée par les Pays- Bas pour leur indépendance fut fatale au commerce de la Belgiques la rapide décadence du port d’Anvers fut le résultat deappauvrissement du pays, qu’acheva la conclusion du traité de Westphalie. A ce moment, en effet, la Hollande, devenue toute-puissante, put réaliser le blocus de I’Escaut.
Un instant on put croire que le commerce de la Belgique allait voir renaitre son ancienne prospérité : ce fut 4 Pépoque de la guerre de 'Indépendance américaine ; mais cet espoir dura peu, en dépit de l’appui tout particulier donné aux. intéréts commerciaux par les souverains, notamment par Joseph Il, et aussi malgré ’importance que valut 4 Ostende son érection en port franc. A lasuite de la conquéte des Pays Bas par les Francais 4 la fin du dix-huitiéme siécle, Ja navigation de l’Escaut redevint libre, il est vrai, et le port d’Anvers fut méme agrandi par Napoléon; mais celui-ci n’eut jamais en vue que d’en faire un port militaire. La réunion dela Hollande et de la Belgique sous les lois duméme souverain , décrétée en 1815 par le congrés de Vienne, contribua bien plus efficacement, aux dépens d’Amsterdam toutefois, a faire refleurir le commerce d’Anvers. Mais Jes heureuses espérances qu’avait pu faire conceyoir un pareil événement commencaient a peine ase réaliser, que la commotion politique de 1830 vint tout remettre en question. Le traité de Londres, en date du 19 avril 1839, décida la si importante question de la navigation de l’Escaut & V’avantage de la Hollande, en ce sens que cette puissance fut autorisée a percevoir comme droits de douane 1 florin 1/2 par tonneau sur tout batiment naviguant dans les eaux de V’Escaut; restriction dont la ehambre des représentants chercha a annuler la portée par sa résolution du 18 mai 1839, qui décida que le trésor public restituerait ces droits de douane indistinctement a tous les batiments qui les auraient acquittés. La Belgique dut ensuite acheter moyennant une rente de 600,000 florins l’assimilation compléfe des batiments hoilandais et belges pour la navigation des eaux intérieures entre YEscaut et le Rhin. Dés le mois de juin 1839, de nouveaux ordres du gouvernement hollandais ayant annulé cette faveur, un nouveau traité de navigation, ratifié enfin par les deux parties, fut conclu en 1843, mais non sans de nouveaux sacrifices de la part de la Belgique.
La Belgique profita de la crise qui précéda l’établissement de la liberté commerciale pour faire a Vintérieur Jes plus vigoureux préparatifs industriels, En méme temps qu’il se formait, pour concentrer les ressources financiéres éparpillées dans le pays, de grandes associations commerciales, dont
‘les plus importantes sont la Société de Commerce de
Bruzelles et la Banque de Belgique, le gouvernement , par la loi du 1°" mai 1834, décidait ’établissement d’un réseau de chemins de fer, qui parait étre le plus complet qu’il y ait en Europe, attendu que de Malines, comme point central, des voies ferrées rayonnent aujourd’hui dans toutes les directions du territoire. Le chemin du nord conduit a Anvers; celui de l’ouest 4 Ostende par Gand et Bruges; ce- Jui du midi, par Bruxelles, Mons et Quiévrain, jusqu’a la frontiére de France, ow il se raccorde au chemin de fer du Nord frangais @ peu de distance de Valenciennes; celui de Pest, par Louvain, Tirlemont, Liége et Verviers jusqu’a la frontiére de Prusse. La longueur totale de ces grandes lignes, auxquelles se rattachent divers embranchemests construits par des compagnies, par exemple, la ligne de Mons Liege ouverte en 1851, et la ligne de Ganda Anvers, est de €£0 kilométres. Elles étaient desservies en 1850 par 161 locomotives , 3,193 wagons pour voyageurs et marchandises , et 357 chariots de servize. Au i®* mai 1835 ¢rois locomefives suflisaient encore aux besoins du service, et en 1840 le nombre n’en était encore que de 92. La recette brute était évaluée pour l’exercice 1851 4 15 millions de francs, et la dépense & 8,420,000 francs. La construction totale de ces différentes lignes de chemins de fer a exigé, d’aprés
un rapport officiel, une dépense totale de 166,344,807 francs, couyerte successivement au moyen de cing emprunts nationaux. En méme femps que le gouvernement s’efforcait de favoriser ainsi les progrés du commerce, il se préoccupait aussi du soin de conclure des traités de commerce, de régulariser les relations de la Belgique avec les Etats de VAmérique et de suppléer & l'absence de colonies; dans ce but il autorisa la formation d’une société de commerce qui a obtenu de la république de Guatemala, et sous sa souveraineté, arrondissement de Saint-Thomas, afin de le coloniser. Aprés avoir pendant longtemps exigé d’immenses sacrifices et des efforts incessamment contrariés par des obstacles de toute nature, cet établissement commence enfin a réussir, et tout permet maintenant d’espérer qu’il produira les résultats qu’on en attendait 4 son origine. Quoi que puisse faire pour le développement de son industrie et de son commerce la conclusion de traités commerciaux avec les puissances continentales, la Belgique, arrivée au complet développement de sa force de production, devra s’efforcer de consolider son indépendance nationale et de recouvrer son ancienne importance commerciale en donnant toujours plus d’extension 4 sa marine. Déja en 1850 le commerce maritime belge possédait 161 batiments au long cours ; mais sur ce nombre 5 seulement pouvaient étre considérés comme de gros navires. Le mouvement général de la navigation en 1849 avait donné 2,424 batiments entrés ou sortis avec une cargaison de 268,931 tonneaux. Les objets dexportation avaient été beaucoup plus nombreux que les objets dimportation, lesquels avaient principalement consisté en cotons, laines, vins et denrées coloniales. Les exportations de produits belges, qui en 1840 s’étaient élevées & la somme de 139,600,000 francs, avaient atteint en 1849 le chiffre de 224,326,00C, dans lequel figuraient en premiere ligne les houilles , les chanvres, les tissus de lin, de coton et de laine, les verroteries, les armes a feu et les clous. Plus d’un tiers était entré en France, prés dela moitié dans les Etats allemands du Zollverein, en Angleterre et en Hollande. Le reste se partageait entre vingt autres Etats européens ou américains.
Le systéme monétaire belge est 4 peu pres pareil au notre. On frappe des piéces de 5, de 2 1/2, de 2, de 1, de 1/2 et de 1/4 de franc, et des piéces de hillon de 10, de 5, de 2 et de 1 centime. Il a été frappé de 1848 & 1851 des piéces d’or de 25 et de 10 francs; mais vers la fin de 1850 une loi interdit toute émission ulférieure de monnaie d’or, 4 cause de la prétendue dépréciation de ce métal.
En ce qui concerne les banques existant en Belgique , consulter article BANQuE,
Il existe des chambres de commerce 4 Alost, Anvers, Bruges, Bruxelles, Charleroi, Courtray, Gand, Liége, Louvain, Mons, Namur, Ostende, Roulers , Saint-Nicolas, Termonde, Tournay, Verviers ef Ypres. Les membres en sont nommés par le roi, sur la proposition des chambres ellesméme3. Le télégraphe électrique, en activité depuis le 15 mars 185{ sur tout le parcours des chemins de fer belges, est pour les relations du commerce un agent aussi commode qu’important,
La culture intellectuelle des Belges est a Ja vérité restée encore fort en arriére des progrés faits par cette nation dans la direction des idées pratiques ; cependant 14 encore on ne saurait méconnaitre aujourd’hui une sensible amélioration et une tendance marquée au progrés. Comme nous l’ayons déja dit au début de cet article, le principal obstacle qui se soit opposé au développement intellectuel des populations, ¢’a toujours été jusqu’ici Vincertitude de leur assiette politique, quia fait dévier leurs forces les plus vitales vers des centres d’action étrangers , comme aussi la diversité ou le mélange des idiomes ; de méme, encere, que la force des cireonstances a toujours neutralisé Ja puissance de I’élément national flamand, II était dés lors impossible qu’une nationalité
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et une littérature nationale indépendantes se développassent avec vigueur parmi les Belges; et il est incontestable qu’indépendamment de cette cause radicale d’impuissance, l’industrie de Ja contrefagon littéraire, organisée en Belgique sur la plus large échelle, ne contribua pas peu A un pareil résultat. Quoique de nos jours l’élément flamand ait acquis la conscience de sa valeur littéraire et de sa mission politique, on ne saurait s’attendre a le voir sortir de son infériorité et secouer le joug de la dépendance, tant que l’élément wallon ou fraugais n’emploiera pas un autre idiome pour exprimer des idées plus originales et plus indépendantes.
Déja de nombreuses sociétés savantes belges , parmi lesquelles Y Académie royale des Sciences et des Arts de Bruxelles tient incontestablement le premier rang, s’occupent de étude des sciences, et plus particulitrement de celle des sciences naturelles et aussi des antiquités nationales. Outre les noms du mathématicien Quételet, du fabuliste Stassart , des investigateurs historiques Altmeyer, de Gerlache, Nothomb, Borguet, Arendt, Gachard, du musicien Fétis, du philologue flamand Willems (mort en 1847), des poetes et romanciers flamands Conscience, de Laet, van Ryswyck (mort en 1849), van Kerckhoven, van Duyse, des historiens critiques Baron et Moke, du savant polygraphe Reiffenberg (mort en 1851), dont la réputation est devenue, on peut le dire, européenne, il faut encore citer parmiles Flamands : le poéte Dautzenberg, qui a essayé d’introduire dans sa langue maternelle le rhythme allemand, et les philologues Dellcourt , Blommaert et Bormans; parmi les poétes francais ou wallons, Matthieu , Potvin, Wacken, Clesse, van Hasselt et Weusteraad (mort en 1849).
Les beaux-arts, la peinture et l’architecture notamment, furent déja redevables a la richesse des villes de Flandre et & Péclat de la cour de Bourgogne dune brillante prospérité. Mais a la radieuse période de Rubens et de ses éléves succéda un long assoupissement avant qu’on vit le génie créateur se développer de nouveau avec quelque énergie dans les arts du dessin. La gloire de I’école belge moderne est de pouvoir citer des noms comme ceux de Wappers, de Keyser, Gallait, de Biefve, Wierz, Navez, Slingeneyer, Madou, yan Eycken, Verboekhoeven , Verheyden et Lauters comme peintres; W. Geefs, Simonis, Jehotte, Fraikin et Geerts, comme sculpteurs ; Calamatta, Brown et Meunier, comme graveurs ; Wiener et Hars, comme médailleurs. La musique s’enorgueillit & bon droit des noms de Fétis, Bériot , Hanssens , Mengal, Grisar, Limnander, Huberti, Gevaert et Stadtfeld, comme compositeurs; Beriot, Haumann, Artot, Vieuxtemps, Prume et Léonard, comme violonistes; de Batta et de Servais, comme violoncellistes; de Blaes, Bender et Staps, comme clarinettes ; de Godefroid comme harpiste, etc., etc. Le Conservatoire de Bruxelles, qui est entretenu aux frais de I’Etat, jouit d'une grande et juste réputation ; par contre, le thédtre belge a jusqu’a ce jour été dépourvu de tout caractére national. Une somme de 324,000 fr. figure chaque année au budget de I’Etat pour secours ef encouragements aux beaux-arts. Une autre somme de 258,750 fr. est appliquée annuellement & encourager les sciences et les lettres, et dans ce chiffre Académie royale est comprise pour une dépense de 40,000 fr. et la bi, bliothéque pour 60,000 fr.
Si Vinstruction publique en Belgique est restée dans un état dinfériorité relative, on ne peut attribuer un pareil résultat qu’a la liberté de l’enseignement érigée en principe par l’Etat, et dont le parti sacerdotal a longtemps profité pour s’en tenir 4 des méthoces et & des pratiques surannées. Ce n’est que lorsque la loi est intervenue dans la réglementation du programme des études, qu'un progrés cet égard est devenu sensible. Les deux universités de Gand et de Liége, auxquelles sont jointes des écoles des mines et d’architecture, des athénées royaux oi I’on enseigne les belles
ettres, environ cinquante écoles moyennes préparatoires,
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deux écoles normales établies & Lierre et a Nivelle, forment aujourd’hui entre les mains de ’Etat un contre-poids a opposer aux nombreux établissements d’instruction publique placés sous la direction immédiate ou indirecte du clergé. Dans le nombre il faut particuliérement citer Puniversité catholique de Louvain, fondée en 1836 par les éyéques, et dont ’enseignement est placé sous leur surveillance en meme temps que sous leur direction. Mentionnons encore l’université de Bruxelles, création du parti libéral, et les colléges tenus par les jésuites 8 Namur, & Brugelette, & Bruxelles et a Liége. Au budget de 1851, unesomme totale de 2,189,131 fr. figurait au chapitre de Pinstruction publique ; et ce chiffre a encore été augmenté de 300,000 fr. en vertu dun crédit alloué en 1850 par la loi sur les colléges. L’abolition du timbre sur les journaux, a la suite des événements de 1848, a eu pour résullat d’augmenter de beaucoup le nombre des feuilles consacrées a la discussion des intéréts généraux. Il n’est pas moindre aujourd’hui de 180, parmi lesquelles 56 sont rédigées en langue flamande. Toutefois, le plus grand nombre de ces journaux sont loin de faire preuve de ces connaissances étendues et générales, et de cette vigueur de dialectique qu’exige aujourd’hui la mission du journalisme.
Dans sa forme actuelle, la constitution monarchique et constitutionnelle de la Belgique est le produit de la révolution de 1830. Le corps législatif se compose de deux chambres, celle du sénat et la chambre des représentants. Un ministére responsable, présidé par le roi, est placé a la téte de l’administration , et secondé dans son action par les gouverneurs des diverses provinces. Ce ministére est composé des départements de lintérieur, des affaires étrangéres, des finances, de la justice , des travaux pubtics et de la guerre. L’organisation judiciaire est demeurée ce qu'elle était au temps de la domination francaise. Les revenus de l’Etat , Waprés les prévisions du budget de 1852, étaient évalués a 117 millions de francs, etles dépenses publiques 4 115 millions, Elles se répartissaient ainsi : dette publique, 29,872,627 fr. ; pensions, environ 6 millions de fr.; liste civile du roi, 2,751,322 fr.; sénat, chambre des représentants et cour des comptes, 614,600 fr.; justice et cultes, 11,908,865 fr.; affaires étrangéres, commerce et marine, 2,188,738 fr. ; département de l’intérieur et de l’instruction publique, 6,502,802 fr.; travaux publics et chemins de fer, 16,061,495 fr.; ministére de la guerre, 26,787,000 fr.; finances, etc., 12,700,000 fr. Au chapitre des recettes figurent les articles suivants : contributions directes, droits de douanes et autres, 86,754,650 fr.; produits des routes, canaux et riviéres, 16 millions. Le nombre des fonctionnaires recevant un traitement acqnitté par le trésor public s’élevait en 1851, d’aprés un rapport présenté par le ministre des finances, 4 16,603, dont 500 n’étaient pas belges de naissance , mais s’étaient pour la plupart fait naturaliser. L’organisation de l’armée belge a pour base la loi du 19 mars 1845. Mise sur le pied de paix depuis le 18 juin 1839, ’armée est placée sous le commandement du roi et comprend les divisions suivantes : corps des officiers généraux, au nombre de 33; état-major général; étatmajor particulier des commandants de provinces et de places ; corps de l'intendance ; service de santé; V’infanterie, composée d’un régiment d’élite, de 12 régiments de ligne et de 3 régiments de chasseurs, avec 1,246 officiers ; la cavalerie, composée de deux régiments de chasseurs, de deux régiments de hulans, d’un régiment de guides et de deux régiments de cuirassiers, avec 266 officiers; le corps du génie, avec son état-major et un régiment; la gendarmerie, forte de 1,408 hommes et 43 officiers. Le camp de Beverloo dans la Campine, le polygone de Breeschat prés d’Anvers, l'arsenal de construction de cette ville, la fabrique de canons et Ja manufacture d’armes a feu de Liége, I’école pyrotechnique de la méme ville et P’école militaire de Bruxelles sont autant d’établissements ressortissant au ministére de la guerre. L’armée se recrute au moyen d’enrdlements yolon-
taires et par la voie de la conscription. Son actif ne dépasse pas 30,000 hommes, mais peut étre porté 4 80,000. Le personnel dela marine royale ne se compose guére que de 30 individus; et la flotte, du Duc-de-Brabant, brick de 20 canons, de la goélette Lowise-Marie, et de trois bateaux a vapeur faisant le service de paquebots entre Ostende et Douvres. L'importance stratégique de la situation de la Belgique, jointe au souvenir des différentes dominations étrangéres qui ont tour A tour pesé sur ce sol, choisi tant de fois pour champ de bataille par les nations de l'Europe, font & ce pays une nécessité d’entretenir un grand nombre de places fortes, dont les plus importantes sont Anvers, Ostende, Nieuport, Ypres, Tournai, Diest, Mons, Philippeville, Charleroi et Namur. La capitale du royaume est Bruxelles.
Histoire.
Les fastes de la Belgique ne commencent avec certitude qu’aux récits de César. Ces Romains, qui se firent rois du monde, imposérent aux vaincus une histoire dans laquelle ont été absorbés, engloutis, tous les monuments nationaux ; et quand nos farouches ancétres triomphérent de Rome 4 leur tour et lui déniérent son éternité, ils laissérent encore a des esclaves le plaisir de leur ravir le passé.
A cette époque, sous le nom de Gallia Belgica, les Pays- Bas méridionaux formaient sur les frontiéres de la Germanie et de la Gaule une partie de la Gaule elle-méme. Sa po-
‘pulation était un mélange de peuplades celtes et germaines,
tandis que l’élément germain dominait dans la Batavie et la Frise. Il en fut de méme aux cinquiéme et sixiéme siécles, sous la domination franke dans les provinces méridionales.
Drusus et Vinfortuné Germanicus commandérent dans la Belgique. L’imbécile Caligula, qui se croyait fait aussi pour la gloire, parut avec son armée, en costume de théatre, au milieu des Bataves , comme pour leur révéler le secret dela honte de l’empire, et , aprés avoir ramassé quelques coquillages sur les bords de l’Océan déclaré vaincu, i] s’en alla triompher 4 Rome aux acclamations des descendants des Emile et des Fabius.
Plus tard, de nouveaux peuples septentrionaux fondent sur les Gaules. Les Huns, que le Goth Jornandés croyait issus du commerce des démons et des sorciers, portent la désolation dans la Germanie inférieure. Les Belges s’unissent aux Franks contre les Romains et les barbares. Les Franks établis dans la Tongrie élevent sur le pavois un chef qu’on est convenu d’appeler Pharamond, ou plutét Waremond, sans doute a cause de la dignité de ses traits. Klodion s’empare de Tournay et s’étend jusqu’aux rives de la Somme. Hilderik , successeur de Merowig , meurt 4 Tournay, ow son tombeau fut découvert en 1658. ( Quelques écrivains ont cru quele C ou K et lH placés devant les noms de la plupart de ces ehefs barbares étaient des abréviations des mots honing ou kuning, roi, et heer, seigneur; mais c’étaient de pures aspirations. )
Ainsi la Belgique fut le berceau de ce que la plupart des écrivains appellent dés lors la monarchie francaise, quoiqu'il n’y edt point de monarchie. Hlodewig mort, ses quatre fils devinrent chefs des Franks. Thiodorik , né d’une concubine, commanda entre le Rhin et ’Escaut , Hlodeher entre Escaut et l’Océan. Ce fut 14 Porigine des dénominations fameuses par lesquelles on distingua les Franks orientaux des Franks occidentaux , c’est-a-dire de ceux d’Austrasie et de Neustrie, Le traité de Verdun rendit cette ligne de démar cation politique encore plus tranchée, attendu que les provinces de Neustrie, la Flandre et l’Artois, passtrent sous la domination franke , tandis que les provinces d’Austrasie, Me Brabant entre autres, continuérent a faire partie de ’empire d’Allemagne.
La Belgique fut , comme le reste de l’Austrasie, gouvernée par les maires du par = partir, en 613, de Pippin, de
Landen, bourgade dela Hesbaie, lieu de sa naissance et de sa résidence ordinaire.
Des le quatriéme siécle, un christianisme informe s’était répanau dans cette contrée, en se mélant aux superstitions paiennes. Constantin et Hlodewig Vavaient introduit. Sous Daghebert, Eloi vint précher en Flandre et & Anvers. Les monastéres ne tardérent pas ase multiplier; ils s’emparaient de la plupart des terres, livraient 4 la culture d’infertiles déserts, servaient, dans ces jours de violence, d’asile aux puissants comme aux faibles, et devenaient la prison des princes détrénés. ~
Karl le Grand ou Charlemagne régna sur toute la Gaule. Il entretint aux embouchures des riviéres des flottilles destinées A repousser les Normands : Gand était une de ces stations navales. L’empereur protégea a la fois le commerce et l’instruction. Les écoles se propagérent : il y en eut jusqu’a Rome pour la jeunesse franke. Les plus célébres de la Belgique furent celles de Liége, de Lobbes et de Saint-Amand.
Les Normands, profitant de la faiblesse de Louis le Débonnaire , ravagent Anvers et | ile de Walcheren, ow ils se maintiennent. Ses enfants s’arrachent sa succession; nouveau partage, qu’il ne faut pas juger comme le résultat dune politique imprudente, mais comme la conséquence des moeurs germaniques, dont la tradition parait subsister encore aujourd’hui dans cette division d’un grand nombre de maisons souveraines de l’Allemagne, en diverses branches , toutes possessionnées. Ce qui est enclavé entre le Rhin et ?Escaut, le Cambrésis , le Brabant , le Hainaut , le comté de Lomme ou de Namur, tous les comtés autour de la Meuse jusqu’au Rhin, échut 4 Lothaire, qui posséda la Belgique, excepté la Flandre et l’Artois dévolus 4 Charles le Chauve. Ainsi se forma la Lotharingie ou royaume de Lothaire.
Les Normands, qu’on voyait dans la mélée tomber, sourire et cesser de vivre, envahissent, quittent et reprennent la Frise , désolent Courtray, Gand, Tournay; se répandent dans les pays voisins, s’emparent de Louvain, incendient Térouenne, se montrent partout 4 la fois, avec la rapidité de Yéclair, 4 Vaide de leurs légéres embarcations, Ils ne triomphent que pour détruire, confondent dans le méme fana~ tisme la poésie, amour et le carnage; écoutent avec de pareils transports de plaisir les cris de leurs victimes et les chants des scaldes; inspirent aux peuples une telle épouvante que les temples répetent, bien des années aprés, cette pri¢re ajoutée aux litanies : De la rage des Normands, délivrez-nous, Seigneur ! et ne disparaissent de la Belgique que vers l’an 892, rebutés par la résistance qu’ils éprouvent, Mais les traces de leur passage restérent longtemps fumantes , et les désastres qu’ils avaient causés ne furent complétement réparés qu’au douziéme et au treiziéme siécle.
Cependant la féo dalité s’organisait. Ici commence cette complication de souverains et de seigneurs qui gouvernérent les diverses parties de la Belgique, et qui remplissent nos annales de noms innombrables, de dates incertaines, de petits faits sans liaison générale, mais non sans intérét ¢t sans instruction. L’étude de ces temps obscurs est au contraire une des plus fécondes en découvertes importantes, en précieux enseignements. Les diverses provinces du sud formérent autant de duchés ou de comtés. Le comté de Flandre, qui par son industrie et son commerce acquit plus @importance que les autres provinces , soutint une longue et opinidtre lutte pour défendre son indépendance contre jes projets @absorption congus par la monarchie franke, A extinction de Ja ligne male des comtes de Flandre, arrivée en 1385, ce comté échut ala maison de Bourgogne, qui au commencement du quinziéme siécle parvint, tant par mariages et héritages que par contrats d’acquisition, 4 réunir sous sa domination toutes les autres provinces des Pays-Bas, alors que les ducs de Brabant avaient déja jeté au commencement du treiziéme siécle les bases d’un puissant Etat par la réunion du Brabant et du Limbourg. Les princes de la
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maison de Bourgogne firent preuve de persévérance dans la politique qui leur conseillait de ne rien négliger pour fonder un Etat puissant entre l’Allemagne et la France seta cet effet ils s’efforcérent constamment de comprimer Vesprit démocratique, qui avait pour foyers les différentes villes parvenues rapidement 4 un haut degré de prospérité,
Il serait impossible d’esquisser ici, méme en courant ; une foule d’événements si divers , et qui, pour la plupart, ne sont précieux que par de petits détails , agrandis bientét a Vexamen de la réflexion. Aussi bien ils trouveront leur place plus naturellement aux articles particuliers consacrés dans ce livre 4 Vhistoire des différentes provinces de la Belgique. Laissant donc de cété tout le temps écoulé du neuviéme au commencement du quinziéme siécle, nous nous haterons d’arriver au régne de Philippe le Bon, dont la domination s'étendit de la mer du Nord a la Somme.
Ce prince, surnommé le grand duc d’Occident , aurait pu placer sur son front le diadéme royal, s’il n’avait trouvé une puissante opposition dans la jalousie de Louis XI, et dans ses sujets naturels, qui auraient craint avec raison que Punité monarchique ne portat de graves atteintes a l’individualité politique de chacune de leurs provinces. Prince francais, principal moteur des grandes intrigues qui agitaient la France, il n’y avait pas puisé le respect de la liberté, La Belgique fut bien appelee de son temps la Terre de promission, mais elle devait sa prospérité moins 4 ses mattres qu’A ses lois constitutives , apnelées priviléges, ainsi qu’a I’énergie, 4 l’activité, 4 ’industrie de ses habitants. Les vertus privées des citoyens amendaient les facheux résultats d’une administration tour 4 tour molle et despotique , et le caractere chevaleresque du prince, la grace et la noblesse de ses maniéres, I’éclat de sa cour et de sa puissance , achevaient de fermer les yeux sur ce qu’il y avait de répréhensible dans son gouvernement. Quoique populaire a bon droit, Philippe le Bou n’en livra pas moins, peu de jours avant sa mort, la ville de Dinant aux fiammes, et fit jeter dans la Meuse huit cents de ses habitants, liés deux 4 deux.
Charles le Téméraire trouva dans les coffres de son pére 72,000 marcs d’argent en vaisselle, et pour 2 millions d’écus d’or en meubles, ou environ 23,210,863 francs 70 centimes de notre monnaie actuelle. Ces trésors et tout Vargent qu’il put obtenir de ses sujets furent dissipés a guerroyer; car on peut dire, en se servant d’une expression énergique du faible Olivier de la Marche, que Charles vécut l’épée au poing avec fous ses voisins, et méme avec ses sujets. Son ennemi capital fut Louis XI, qu'il avait appris 4 détester lorsque, n’étant encore que dauphin, ce prince s’était réfugié & la cour de Bruxelles.
Apre, belliqueux, inflexible , Charles poursuivait ses desseins avec uné obstination aveugle. Trompé par l’empereur dans ses démarches pour ¢tre reconnu roi, il songea A sé mettre lui-méme la couromne sur le front. Maitre du comté de Ferrette et du landgraviat d’Alsace, qu'il avait acquis par engagement du duc Sigismond , il vint assiéger Neusssur-le-Rhin, afin de rétablir Varchevéque de Cologne, Robert de Baviére, dont il avait embrassé la cause pour motiver ses propres entreprises. Ayant eu l'imprudence d’attaquer les Suisses aprés avoir soumis la Lorraine , il fut défait & Granson et & Morat. Ces revers portérent sa fureur au comble. Un aventurier italien, qu’il avait accablé de biens et de faveurs, le comte de Campo-Basso , le trahit dans cette extrémité. En proie & des transports de rage voisins de .a démence, il se déroba pendant plusieurs mois a toute société, laissant crottre sa barbe et ses ongles, et ne changeant pas méme d’habits. Cette fréndsie le jeta sous les murs de Ja ville de Nancy, reprise récemment par le duc de Lorraine. Il y périt le 5 janvier 1477, a Page de quarante-quatre ans.
Des finances délabrées , ume administration chaneelante , les désordres d’une régence , les dangers de la guerre, par~
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tout la haine et V’astuce de Louis X1, tel était le tableau que présentaient les Pays-Bas en passant sous le sceptre de Marie, fille unique de Charles et d’Isabelle de Bourbon.
Louis ne pouvait manquer de profiter de tant de malheurs. Il s'empara du duché de Bourgogne ainsi que des villes rachetables de Picardie , et intrigua prés des Gantois, qui, gedliers de leur souveraine, lui avaient choisi un conseil. Un barbier, maitre Olivier le Diable ou le Dain, né a Thielt en Flandre , fut le diplomate qu’il employa dans cette occurrence. La négociation ne réussit point : Olivier fut obligé de prendre la fuite; mais en se sauvant il fit tomber Tournay entre ses mains, et s’en retourna raser son maitre.
Marie, gouvernée par le seigneur d’Imbercourt et le chancelier Hugonet, avait écrit au roi de France des lettres ot elle les signalait comme ses confidents intimes. Louis, qui aimait 4 compliquer les ressorts de sa politique, et ne se refusait jamais 4 ce qu’il appelait un bon tour, remit cette lettre aux Gantois. Ceux-ci, se croyant trahis, arrétérent Imbercourt et Hugonet , et, malgré les larmes de la duchesse, accourue sur la place publique, leur firent trancher la téte en sa présence.
Charles le Téméraire s’était cru fort habile en promettant la main de sa fille 4 tous les souverains, Les états se prononcérent pour Maximilien, fils de Frédéric II. Telle fut Vorigine de l’élévation de la maison d’Autriche. Maximilien nayait apporté aux Pays-Bas que son titre d’archiduc, on avait méme été obligé de payer les frais de son voyage; mais c'est précisément cette impuissance personnelle qui avait été son titre de recommandation aux yeux des Fiamands. Une fin prématurée lui enleva son épouse : Marie mourut & Bruges, d’une chute de cheval, laissant deux enfants en bas age, Philippe le Beau ou Croit-Conseil, et Marguerite, ta gente damoiselle.
Malgré les troubles de la régence de Maximilien , que les Flamands osérent méme emprisonner, le régne de son fils Wen est pas moins regardé ; et avee raison, comme I’époque de la plus haute prospérité dont aient joui ces provinces. Philippe, par son mariage avec l’infante Jeanne de Castille, devint roi de ce pays. Les historiens espagnols se plaignent avec vivacilé des exactions et de Vinsolence de ses conseillers flamands. I] parait en effet quils abusérent de leur ascendant sur leur maitre, et de la date peut-étre une inimitié qui éclata plusieurs années aprés avec une violence si déplorable.
C’est au commerce que la Belgique dut alors sa splendeur. Ce qu’eile avait perdu eu priviléges , car Philippe lui en retira quelques-uns, elle le reconquit en industrie. Des communications nouvelles s’étaient ouvertes entre les peuples. Venise avait da renoncer 4 sa suprématie, et n’était plus le centre du monde commercial , qui venait d’étre agrandi par Colomb d’un second hémisphére, aprés avoir été parGama de toutes les mers qui baignent |’Afrique et |’Asie. Philippe laissa (1506) un fils 4gé de six ans, 4 qui la mort de Ferdinand le Catholique, son aieul maternel , abandonna toute la monarchie espagnole ; mais des séditions faillirent d’abord la lui enlever. Le trone impérial était vacant. Charles-Quint, qui n’avait pas encore assez de toutes ses couronnes, l’ayant convoité , trouva un compétiteur redoutable, le roi de France Francois I*". Cependant il lemporta, et plus tard méme la guerre lui livra la persoune de son rival. Aprés tant de prospérités, sa vieillesse fut marquée par des revers. Epuisé de travaux, fatigué des grandeurs, obsédé par lambition d’un fils avide de régner, il donna au monde le spectacle du dédain des plus éblouissantes vanités, mais ne tarda pas a les regretter , selon la plupart des historiens.
Il choisit Bruxelles pour y faire son abdication. Le vieil empereur parut appuyé sur Guillaume de Nassau, élevé sous ses yeux, et qui devait arracher une partie des Pays-Bas & la dumination de Ja maison d’Autriche. I céda ses Etats @ Philippe, déja l’ennemi secret des Belges (1555),
et se retira au monastére de Saint-Just, prés de Placenza, ou, dit-on, il s’amusa & tyranniser de pauvres moines, et a mettre d’accord des horloges aussi rebelles que les intéréts de ambition. Enfin, pour dernier acte de bizarrerte, il fit célébrer ses propres funérailles, et mourut deux jours apres cette lugubre comédie (1558 ). Malgré tout son génie , ce grand homme n’était pas impurément le fils de Jeanne la Folle et Varriére-petit-fils de Charles le Téméraire.
Quoiqu’il edt traité avec la derniére sévérité la ville de Gand, ot il avait recu le jour, et qui s’était révoltée contre lui (1540), et qu’en toute occasion il edt cherché a affermir son autorité aux dépens des priviléges des provinces, les Belges, fiers de sa grandeur et de sa gloire, séduits par ses maniéres, et disposés a lui faire honneur dune partie de leur bien-tre, le pleurérent comme un peére.
Sous lui se forma le systéme de l’équilibre européen. L’antagonisme des deux puissances les plus formidables du continent, Valliance de la France avec la Turquie, les affaires de la Hongrie, le role important joué désormais par l’Angleterre, enfin Je mouvement que la réforme de Luther imprima au corps germanique, ce sont 1a autant de causes qui placérent vis-a-vis les uns des autres dans des rapports permanents et intimes des Etats auparavant presque isolés , et les opérations de la politique embrassérent dés lors un horizon plus vaste.
Lair de la Belgique ne convenait pas & Philippe I1. Elevé en Espagne, oui les Flamands étaient odieux depuis son aieul , il avait rarement, méme en sa jeunesse, montré ce front serein qui promet de beaux jours. Sa fierté ¢tait sombre, minutieuse, inquiéte; ses soupgons ajoutaient encore a ses lenteurs et a ses incertitudes. Voulant tout voir, tout connaitre, au lieu de prononcer sur les dépéches qu’on lui adressait, il paraissait les commenter. Sa dévotion sombre, jointe 4 une politique haineuse et tyrannique , lui faisait voir des séditieux dans ceux qui penchaient pour les nouveautés religieuses, un hérétique dans quiconque n’obéissait pas aveuglément a ses caprices. Aussi, loin d’adoucir les sévéres édits de son pére, il usa contre les réformés des Pays-Bas d’un sureroit de rigueur,
Philippe était monté sur le tréne avec un orgueil déj2 mar, des desseins tout formés. Fatigué d’une longue attente, quand il se vit 4 vingt-neuf ans chef d’une multitude d’Etats, il ne godta point cet enivrement qui tient quelquefois lieu de générosité. La tréve de cing ans, conclue a Vaucelles, venait d’étrerompue. Les Francais avaient essuyé une défaite totale 4 Saint-Quentin, et la victoire avait dépendu en grande partie de la brillante bravoure du comte @Egmont, qu’cn en punit d’une maniére si terrible. Mais les lauriers doivent aussi se payer. Philippe demanda des subsides aux Belges, qui ne .es lui accordérent qu’avec répugnance. Les états chargerent méme des commissaires d’en surveiller Pemploi. Ils exigérent en outre que les troupes espagnoles évacuassent le pays, prétentions formellement contraires aux vues de Philippe. Excédé de leurs doléances et de leurs remontrances, irrité des difficultés qu’on s’efforcait de lui opposer, le roi partit pour PEspagne avec des idées de réforme qui ressemblaient a des plans de vengeance. II fallait un chef au gouvernement de par-decad, comme on le disait 4 Madrid. Sur qui se fixerait le choix de Philippe ? On désignait tour 4 tour Christine, tante du roi et duchesse de Lorraine; Guillaume de Nassau, prince d’Orange, et le comte d’Egmont. Guillaume était issu d’une maison souveraine, qui avait possédé la Gueldre quand on parlait a peine des comtes de Habsbourg, et qui avait donné ensuite un empereur a PAllemagne. Philippe redoutait également son influence et son génie. Nourri dans le cabinet de Charles-Quint , Guillaume avait contracté de bonne heure des habitudes sérieuses, et joué, pour ainsi dire, encore enfant, avec la politique du monde. Guidé par une prudence habile & ne point confondre Vadresse avec l’astuce, infati-
gable dans la poursuite de ses desseins, réservé, taciturne, il était grand sans orgueil, magnifique sans faste, populaire avec dignité.
D’une origine moins illustre , quoique descendant aussi dune maison A laquelle la Gueldre avait été soumise, Egmonts’avangait paré des lauriers de deux grandes victoires, Aimant l’éclat, attaché & la cour par ses idées aristocratiques, au peuple par sentiment, indécis sur la marche qu'il devait suivre, mais toujours généreux, il charmaif la multitude par son abord ouvert, sa bienfaisance prodigue, sa bonne mine, et méme par son adresse dans les exercices du corps. Quand il yint pour Ja premiére fois en France, les dames de la cour Ja plus corrompue de l’univers le trouvérent d’assez mauvaise petite grace : ilavait trop de prud’homie pour plaire aux filles d’honneur de Médicis.
Ces deux hommes semblaient résumer dans leurs personnes les deux partis de la nation qu’ils représentaient plus spécialement. Guillaume se distinguait par une volonté ferme, inébranlable; il savait s’identifier avec les intéréts populaires, et trouver dans le temps des ressources contre la mauvaise fortune. Egmont était entrainé tour 4 tour par des courants contraires : le roi, le clergé , l’aristocratie, exercaient sur lui une triple influence. Son courage n’était qu’une crise , son patriotisme qu’un accés, et il se laissait dominer ensuite par le méme pouvoir dont naguére il avait voulu briser le joug. Cette conduite le conduisit 4 ’échafaud. Quant 4 Guillaume, s’il tomba plus tard sous les coups d’un assassin, il avait du moins donné a son ceuvre des fondements si solides qu’elle subsiste encore aujourd’hui plus belle et plus imposante que jamais.
Jouet de V’étranger et de ses propres passions, la Belgique méridionale reyint sous la domination espagnole. Deux princes se rencontrérent, bien propres par leur dangereuse douceur a lui rendre le joug moins lourd. Albert et Isabelle combattirent indirectement l’esprit d’innovation et de progres. Ils créérent une aristocratie subalterne , multipliérent les couvents, laissérent dépérir le commerce, et minérent tout doucement les institutions démocratiques. Les historiens vantent le bonheur dont la Belgique leur fut redevable, sans s’apercevoir que dés lors le caractére national svaltéra, et qu’un peuple accoutumé jadis a l’action et au mouvement s’endormit dans une lache torpeur, puis s’effaca insensiblement de la scéne du monde, Il ne se réveilla qu’en 1789.
L’empereur Joseph II, véritable enfant du sitcle, amoureux de la gloire, et placé en présence de deux grandes renommées, celles de Catherine et de Frédéric, désirait se rendre le paralléle avantageux. Il enviait méme a l’avenir les changements propices que la succession des années peut produire ; le voila done qui se dispose a les devancer, se flattant que les siécles avortent sans danger.
Il y a dans le caractére belge quelque chose d’indocile que la douceur endort, mais que la dureté stimule. Joseph II eut le tort de prendre ce peuple pour un individu, et cet individu pour un philosophe, tandis que ce n’était qu’une nation de plusieurs piéces, et ot la philosophie n’avait fait que passer. Il y a une maniére de faire mal le bien; or c’est précisément celle-la que Joseph II eut lair de préférer.
Il commenga par de véritables infractions 4 la Joyeuse Entrée, charte fondamentale du Brabant. L’établissement & Louvain d’un séminaire général fit pousser les hauts cris au clergé. Le parti théocratique prit chaque jour de nouvelles forces, et parvint enfin a faire prononcer la déchéance de |’empereur, ce cas étant prévu par la constitution. Léopold, son successeur, fit aux Belges des propositions modérées et satisfaisantes, que les exagérés rejetérent. Qu’arriva-t-il? Lemaréchal de Bender entra dans le Brabant; le dictateur Van-der-Noot s’enfail; le congrés fut dissous, et Parmée se dispersa d’elle-méme. La révolution était finie.
BELGIQUE
Une autre révolution ne tarda pas 4 réunir la Belgique a la France. Il avait été question de déclarer cette contrée indépendante , et au sein de la Convention nationale, le 6 octobre 1795, Roberjot, qui joua dans la diplomatie un réle si funeste, prononga ces paroles remarquables et prophétiques : « En proposant V’indépendance des Belges et des Liégeois, on présume sans doute que la république sera mieux affermie, qu’elle sera propre & nous garantir 4 nous-mémes plus sirement notre indépendance. Moi, je pense, au contraire, que si vous prononcez Vindépendance de ces peuples, vous ne conclurez qu’une paix précaire ef simulée ; vous livrerez pendant plusieurs années ces riches contrées au fléau de la guerre et aux horreurs de l’anarchie; vous alimenterez V’ambition et les espérances de la maison d’Autriche; yous détournerez a votre désavantage la balance politique, et vous ferez rétrograder la révolution... L’Angleterre, qui s’apercoit que cette guerre, qu’elle a conduife dans des vues de cupidité et de jalousie, lui a enlevé une partie des débouchés qu’elle s’était appropri¢s sur la Hollande, sur la France et dans le Levant, et quils diminueraient encore par la réunion de la Belgique, cherche par cette mesure (la déclaration d’indépendance) a se dédommager de ses pertes..... Sentant qu’il lui est important de s’ouvrir les portes du commerce en Allemagne, de profiter de Vindépendance que yous accorderez aux Belges, “pour Yanéantir dans quelque temps, s'emparer des ports d’Anvers et d’Ostende, ouvrir un débouché certain aux produits de ses manufactures, s’approprier le commerce de transit pour leur destination a |’Allemagne, et placer, puisquil faut le dire, le duc d’York sur un tréne qu’on doit lui fonder, Angleterre n’a céssé d’avoir en yue la prospérité de son commerce. Toutes mesures lui ont paru bonnes; il est donc dans ses principes de risquer de nouveaux troubles pour prévenir sa ruine ef ne pas perdre les avantages qu’elle avait acquis. »
Aprés des alternatives de succés et de reyers, la campagne de 1794, faite sous les ordres de Pichegru, plaga la Belgique sous l’influence francaise. Organisée a Vorigine comme république indépendante, la Belgique fut définitivement adjugée 4 la France par les traités de paix de Campo- Formio et de Lunéyille. Divisée alors en neuf départements, elle partagea les destinées de la France républicaine et de la France impériale, fournissant des conscrits 4 ses armées et des milliards & son trésor jusqu’au jour oi tomba Napoléon.
La premiére paix de Paris, signée le 30 mai 1814, placa la Hollande et la Belgique (cette derni¢re, aprés avoir été administrée pendant quelques mois par un gouverneur général autrichien) sous la souveraineté du prince Guillaume- Frédéric d’Orange-Nassau, qui, le 23 mars 1815, prit le titre de roi des Pays-Bas. Aprés quoi, le traité de Londres du 19 mai 1815, et plus tard les décisions du congrés de Vienne, en date du 31 mai, puis l’acte final du 9 juin 1815, régularisérent les rapports du nouveau royaume. Plus tard on y réunit Liége et quelques parcelles de territoire riveraines de la Meuse, tandis que le Luxembourg entrait dans la Confédération Germanique comme grand-duché particulier. La seconde paix de 1815 renforga les frontitres méridionales des Pays-Bas par l’addition de quelques portions de territoire et des places fortes ae Philippeville, Marienbourg et Bouillon. De REIFFENBERG,
La constitution nouvelle, qui devait faire un tout compaete ef homogéne de ces deux peuples juxtaposés par la nature et réunis par la volonté des puissances, ne fut pas plus tét mise en activité que l’antagonisme profond existant entre leurs nationalités, leurs langues, leursreligions et leurs moeurs, se manifesta avec une violence quedes hommes d’Etat eussent dd prévoir, au lieu de se bercer, comme ils firent alors, de Vespoir dv confondre & toujours les Hollandais, raee professant la religion réformée, et participant de toutes les qualités
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