‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 458 sur 488 · ARAS A TATA A A OR · texte numérisé non relu

ARAS A TATA A A OR

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comme de tous les vices des nations commercantes, et les Belges, populations essentiellement agricoles et industrieuses, mais surtout catholiques, et dont la langue parlementaire est le francais , idiome généralement adopté par les classes instruites et éclairées. Parmi les articles de cette constitution qui provoquérent en Belgique la plus vive opposition, il faut mentionner en premiére ligne ceux qui attribuaient exclusivement au roi la direction des affaires coloniales ainsi que la fixation du chiffre du budget, dont les différents crédits devaient sans doute ¢tre votés par les états généraux, mais uniquement en ce sens que le vote des impdéts fixes et réguliers de méme que celui des voies et moyens n’avaient lieu que tous les dix ans, et que les impositions extraordinaires étaient seules soumises chaque année A l'approbation des chambres. La part faite 4 la Belgique dans le fardeau de la dette hollandaise , la proclamation du principe de la compléte égalité des cultes, l'irresponsabilité ministérielle résultant tout au moins des termes vagues ou obscurs dans lesquels on y parlait de la responsabilité des conseillers de la couronne, la publicité en matiére judiciaire limitée au simple prononcé des jugements, enfin linégale répartition de la représentation nationale entre les provinces du nord et celles du sud, par suite de laquelle les unes et les autres avaient le méme nombre de représeatants, tandis que, en raison du chiffre de sa population relative, la Belgique en aurait dd compter soixante-huit sur les cent dix dont se composait la seconde chambre, furent autant de griefs qui provoquérent au sud le mécontentement et la désaffection. Aussi bien cette constitution , notamment en ce qui touchait Pétablissement d’états provinciaux fonctlonnant en méme temps comme colléges électoraux pour la nomination des membres de la seconde chambre des états généraux, n’était dans toutes ses dispositions les plus importantes que l’expression des intéréts et des besoins des provinces du nord, en méme temps que le corollaire de toute leur histoire politique. Quelques modifications apportées 4 lesprit général du nouveau droit public, et ayant pour but de restreindre sous certains rapports l’exercice de la puissance monarchique, en enlevant , entre autres, 4 la couronne le droft de dissoudre les états généraux, et en la contraignant par la nomination des autorités judiciaires 4 prendre part au jeu régulier des états généraux et provinciaux, parurent insxffisantes pour racheter les vices inhérents 4 la nature méme du pacte constitutif; quelques-unes méme furent considérées par lopinion comme en aggravant encore les dispositions illibérales. C’est ce qui explique comment il put arriver qu’un projet de constitution adopté & lPunanimité par les députés hollandais ait été repoussé par la majorité des députés belges (796 voix contre 527). On ne put alors parvenir a constituer une majorité factice pour Padoption du nouveau pacte social qu’en interprétant de la maniére la plus arbitraire le yote négatif d’une partie des notables, de méme qu’en recourant A une fiction de droit a l’aide de laquelle les abstentions furent considérées comme autant de votes approbatifs. La grande majorité de la nation belge considéra dés lors cette constitution comme lui ayant été imposée par la force, et l’opposition devint d’autant plus redoutable que le clergé, profondément blessé par V’article qui proclamait la compléie 4galité des cultes, et ayant pour chef l’évéque de Gand, Broglie , se mit ouvertement a sa téte. Néanmoins il y a justice & reconnaitre que sous Ja dommation hollandaise de remarquables et heureux efforts furent faits pour favoriser les progrés du bien-étre matériel.

D’un autre cété, les impots et le déficit annuels allérent toujours croissants; pour faire face a ?augmentation des dépenses on fut obligé d’augmenter les droits de consommation, et bientét méme d’introdvire une taxe spéciale sur la viande de boucherie et sur la mouture des grains; taxe objet dune réprobation générale, particuli¢rement oppressive pour les classes inférieures, et bien autrement lourde

DICT. DE LA CONVERS, — T. Il,

pour les contribuables en Belgique, pays essentiellement agricole, qu’en Hollande. A ces griefs publics vint s’ajouter, en 1822, le syndicat d’amortissement, institution investie de grands priviléges, et dont les premiéres opérations ne laissérent pas sans doute que d’étre salutaires , mais qui, faute de tout élément de publicité et de tout contréle, prit aux yeux des masses le caractére fiscal le plus odieux. Ces innovations financiéres passérent toutes dans les états généraux a une grande majorité formée par les députés hollandais, et ayant pour appoint une fraction ministérielle de députés belges. L’opposition en Belgique eut done toujours de nouveaux griefs a faire valoir, et ses forces s’accrurent encore quand on vit le gouvernement poursuivre ouvertement l’exécution dun projet tendant 4 amener la fusion compléte des deux pays dans le sens hollandais. Le pouvoir s’attacha surtout a briser la résistance qu’il rencontrait de la part du catholicisme; mais en voulant diriger les affaires ecclésiastiques, et soumettre l’instruction publique 4 son contrdle, il se langa dans d’inextricables difficultés. Déja, par suite du refus d’une partie’du clergé de préter serment a la constitution, une lutte de plus en plus violente s’était établie entre la presse hollandaise et Ja presse belge. Les rigueurs exercées contre certains ecclésiastiques qui se faisaient remarquer par la violence de leur opposition, et dont les écrits furent Vobjet de poursuites judiciaires; une condamnation infamante prononcée a cette occasion contre le prince-évéque de Gand, qui, de méme que ses vicaires généraux, fut privé de la garantie de la juridiction ecclésiastique; la suppression des écoles ecclésiastiques fondées par les évéques, et connues sous lenom de petits séminaires ; influence que le gouvernement chercha 4 exercer sur l’enseignement religieux dans les écoles catholiques, en restreignant autant que possible celui du clergé; enfin la création du collége philosophique de Louvain, établissement complétement soustrait 4 Ja surveillance de l’autorité ecclésiastique , et dont ia fréquentation fut renduc obligatoire pour tous les individus qui voudraient obtenir des fonctions ecclésiastiques dans le royaume, etc., efc., furent autant de mesures qui rendirent de plus en plus profonde et irréparable la scission survenue entre le clergé et le gouvernement. D’autres causes soulevérent un mécontentement non moins vif, et réunirent les catholiques zélés et les libéraux dans un sentiment commun WVhostilité ouverte contre le gouvernement. Dans le nombre, il faut surtout signaler les tentatives faites en 1818, 1819 et 1822 pour rendre la langue hollandaise obligatoire dans toutes les affaires judiciaires et administratives, et qui provoquérent le mécontentement le plus violent, puis encore le systéme consistant 4 éloigner aufant que possible les Belges des fonctions civiles ou militaires. C’est ainsi, par exemple, qu’en 1830, sur les sept ministres dont se composait le conseil du roi Guillaume, un seul était belge; que sur les cent dix-sept employés de tous grades du ministére de l’intérieur, onze seulement appartenaient a la Belgique. Sur un personnel de cent deux employés!le ministére de la guerre n’en comptaif que trois belges, et sur mille cing cent soixante-treize individus composant le corps d’officiers de V’infanterie, il n’y en avait que deux cent soixante-treize qui fussent belges.

Le mécontentement et la désaffection toujours croissants trouvérent de nombreux organes dans la presse périodique de la Belgique, et devinrent plus violents que jamais quand la liberté de la presse, telle que l’avait réglée 1a loi fondamentale, eut été rendue a peu prés illusoire par des mesures restrictives de tout genre et par une foule de sévéres condamnations prononcées dans des procés de presse. Les concessions faites de temps & autre par le pouvoir ne furent envisagées que comme des preuves de faiblesse ; ef la négociation avec le saint-siége d’un concordat, qui fut conclu le 18 juillet 1827 dans lesprit de celui qui était intervenu au commencement du sitcle entre Napoléon ef Pie VII, ne désarma que passagérement les rancunes du

parti clérical. De nouveaux griefs amenérent tout au contraire la formation d’une coalition entre le parti catholique et le parti libéral, ayant & sa téte des hommes ardents et éloquents, tels que De Potter, Tielemans, etc. Cette coalition réunit également dans les tats généraux prés de la moitié des voix, et le refus opinidtre du gouvernement de reconnaitre le grand principe de la responsabilité ministérielle ne put que lai donner de nouvelles forces. Toutes ces causes réunics provoquérent dans les masses une fermentation si cénérale et si vive, que les importantes concessions faites plus tard par le gouvernement, notamment la suppression du droit de mouture et du droit sur la boucherie, des ordonnances relatives & ’emploi de la langue hollandaise, et les modifications essenticlles faites 4 l’organisation du collége philosophique de Louvain , furent insuffisantes pour désarmer l’opinion, qui les regarda comme autant de victoires remportées sur un pouvoir ennemi. Le budget ne fut voté qu’a la majorité d’une seule voix. Ce vote cotta 4 cing députés les fonctions publiques dont ils étaient revétus, et au baron de Stassart une pension qui lui avait été précédemment accordée. Néanmoins le gouvernement ne tarda point 4 se trouver de nouveau dans la nécessité de céder; tandis que la presse, notammentle Courrier des Pays-Bas, journal rédigé avec beaucoup de talent par les ayocats Claés, van de Weyer, Nothomb, Ducpétiaux et Jottrand, exigeait avec une hardiesse de plus en plus grande le redressement des divers griefs de Vopinion, prenaif pour point d’appui le principe de la souveraineté du peuple et s’efforcait d’y chercher la base d’un gouvernement constitutionnel, Du fond de la prison ou il était détenu a la suite dune condamnation prononcée contre lui pour une attaque contre les ministres, de Potter sut donner Vimpulsion 4 un systéme de pétitionnement général qui eut pour effet d’accabler la chambre de 1829 sous un déluge de pétitions. Des comités constitutionneis s’organistrent la méme année sur la plupart des points du territoire belge. Irrité par toutes ces provocations, le gouvernement y répondit le 11 décembre 1829 par la présentation d’un projet de loi tréssévére sur l’exercice de la liberté de la presse, accompagné dun exposé des motifs rédigé avec beaucoup d’amertume. Cette loi uouvelle était destinée 4 remplacer un projet beaucoup plus libéral rejeté quelque temps auparavant par la seconde chambre des états généraux. Dans l’exposé des motifs, la constitution était désignée comme un acte de bon plaisir du pouvoir royal, qui avait consenti & poser des limites volontaires 4 Vexercice de la puissance monarchique, et l’opposition , qui s’attachait 4 entraver la marche de son gouvernement, comme le résultat du fanatisme et de passions aveugles. Tous !es fonctionnaires publics eurent ordre, sous peine d’étre privés de leurs places , d’adhérer dans les quarante-huit heures aux principes posés dans ce message royal , et un certain nombre d’employés furent effectivement renvoyés comme ayant fait acte de sympathie pour les doctrines proclamées par l’opposition. L’irritation des esprits devint plus vive encore quand, dans les premiers jours de 1830, & la suite d’un proces de presse, De Potter, Tielemans, Bartels et De Néve eurent été condamnés a plusieurs années d’exil, condamnation qui ne les empécha pas de continuer, de France, ou ils avaient trouvé asile, leurs attaques dans la presse.

Les choses se trouvaient en cet état quand la révolution de juillet éclata & Paris. L’impression morale produite par cet immense événement fut activement exploitée par des écrits spéciaux envoyés alors de Paris en Belgique, a Veffet d’y provoquer un mouvement révolutionnaire. Le 24 aott 1830, jour anniversaire de la naissance du roi Guillaume, devait ¢tre célébré par des illummations et un feu (artifice. On s’abstint de ’une et de lautre de ces démopsirations, La représentation de Vopera la Muette de Portici, qui eut lieu le lendemaim, provoqua les premiers

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symptémes d’agitation sérieuse. De nombreuses bandes dhommes du peuple, dont quelques-unes étaient méme armées, enyahirent les bureaux et les ateliers du journal ministériel le National, détruisirent le matériel considérable de cette entreprise, puis dévastérent et incendiérent la maison habitée par Libri-Bagnano, vil folliculaire 4 la solde de la police, et flétri quelques années auparavant par une condamnation infamante. Le palais de justice, l’hétel du ministre de la justice, van Maanen, et celui du directeur de la police, furent le thédtre des mémes excés. Aprés quelques jours de troubles, une garde civique improyisée pour la circonstance réussit & rétablir ordre dans la cité, ot les armoiries royales avaienf partout été enlevées en méme temps qu’on y arborait ’étendard du Brabant. Des scénes semblables, & la suite desquelles se formérent partout des gardes civiques et des comités de sfreté publique, éclatérent successivement a Liége, Verviers, Bruges, Louvain et autres grandes villes de la Belgique. Des députés se rendirent alors d’un grand nombre de points du pays 4 La Haye, Cependant il n’était point encore question de fonder un Etat belge complétement indépendant de la Hollande. On se bornait a réclamer la séparation administrative du nord et du midi du royaume, et le redressement des différents griefs de ’opinion, A-la nouvelle de ces éyénements , les fils du roi se rendirent 4 Vilvorde (12 kilom, de Bruxelles) a la téte de 5 4 6,000 hommes de troupes, et y établirent leur quartier général, Mais ni les conférences qui s’y tinrent avec les notables de la capitale, ni apparition du prince d’Orange en personne & Bruxelles au milieu méme des barricades, pas plus que la promesse -de la séparation administrative des deux pays, ne réussirent & calmer les esprits, dont Virritation devint au contraire plus vive encore quand on sut 4 Bruxelles que la conduite conciliatrice du prince royal avait été formellement désapprouvée 4 La Haye.

Le 13 septembre les états généraux se réunirent, et, d’aprés le conseil du baron de Gerlache, les différents députés belges assistérent a la séance, A Veffet de délibérer sur les modifications & apporter 4 la loi fondamentale. Mais les députés hollandais réussirent faire trainer la délibération en longueur ; alors l’un des députés, le baron de Stassart, revint de La Haye a Bruxelles, et donna, sur Vinutilité des efforts faits par ses collégues pour arriver 4 une conciliation, des détails qui portérent & son comble V’irritation des esprits. Une nouvelle insurrection, provoquée alors par le bruit d’une attaque projetée par les troupes hollandaises, eut pour résultat de mettre des armes aux mains des classes populaires et de leurs chefs. Le 20 septembre toutes les autorités existantes furentremplacées, et un nomma un gouvernement provisoire, qui d’ailleurs ne put point fonctionner. Tandis que d’un cdté des attaques étaient tentées par le peuple, maintenant armé et militairement organisé, contre les avant-postes des troupes réunies 4 Anvers sous le commandement du prince Frédéric, de ?autre quelques habitants de Bruxelles , mus par Ja crainte de la domination de la populace et de l’anarchie, engageaient le prince & faire occuper militairement leur ville; entreprise qu’ils représentaient comme des plus faciles. Le roi y ayant consenti, le prince Frédéric pubha le 21 septembre une proclamation dans laquelle il menagait de toute la rigueur des lois les fauteurs et instigateurs des troubles ainsi que les ¢trangers qui y prendraient part, et ordonnait A la garde civique de déposer les couleurs qu’elle avait arborées, Cette démarche décida de la lutte. Le 23 septembre, le prince, arrivé dés le 21 d’Apyers sous les murs de Bruxelles & la téte de 13.4 14,000 hommes, commenga Vattayue, et s’empara de la ville haute, mais sans pouvoir réussir A se maintenir dans la ville basse, Les insurgés de Bruxelles, dont les rangs s’¢taient grossis d'un corps de volontaires liegeois organisé et commandé par M. Rogier, avocat, devenu plus tard ministre, et qui ayaient trouvé deg “hefs habiles dans le rfugié espognol Juan van Halen

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et le général frangais Mellinet, regurent constamment, pendant la durée de la lutte , de nouveaux renforts venus des localités voisines; de sorte qu’aprés quatre jours de combat le prince se trouva forcé de battre en retraite sur Anvers avec une perte considérable. Apres cette victoire, le mouvement insurrectionnel se propagea rapidement dans le reste de la Belgique. Le 24 septembre, un gouvernement provisoire, composé a lorigine de MM. Rogier, d’Hooghvorst, commandant de la garde civique, Joly, officier du génie, et des secrétaires de ville Vanderlinden et de Coppin, s’était formé & Phdtel de ville; il s’augmenta, le 26, du comte Félix de Mérode, de MM. Gendebien, Van de Weyer, Nicolai (faisant fonctions de secrétaire), et le jour suivant de De Potter, revenu de France en véritable triomphateur. Le 4 octobre, ce gouvernement proclama l’indépendance de la Belgique, et annonga qu'il allait s’occuper de la rédaction Wun projet de constitution et de la prochaine convocation d’un congrés national compesé de deux cents députés. Les jours suivants on proclama la liberté de ’enseignement, de la presse, des cultes, du thédtre, d’association, ete., et on déclara en méme temps le grand-duché de Luxembourg partie intégrante du nouvel Etat.

Les liens quirattachaient la Belgique a la Hollande se trouvaient ainsi brisés, et une tentative faite par le prince d’Orange pour conserver ce pays a sa maison, en déclarant qu’il voulait le gouverner comme Etat libre et indépendant et se mettre franchement Ala téte du mouvement, échoua tout a fait. Le roi de Hollande lui-méme déclara cet acte de son fils nul et non avenu. Dans une proclamation a la date du 24 octobre, il annonga qu’il abandonnait la Belgique 4 elleméme jusqu’a la décision que prendrait le congrés des grandes puissances europcennes réuni 4 Londres, et qu’en attendant il continuerait a faire occuper par ses troupes les citadelles d’Anvers, de Maestricht et de Venloo. Mais dés le 27 octobre des troupes belges entraient & Anvers en violation @une capitulation précédemment conclue avec le commandant de la citadelle, le général Chassé. Celui-ci fit alors bombarder la ville, qui souffrit beaucoup de cette mesure de rigueur, dont le résultat fut de détruire une immense quantité de marchandises. Cet acte de représailles ne fit quwirriter encore davantage les haines nationales existant entre les deux peuples, et provoqua en méme temps contre la Hollande les plus vives réclamations de la part des négociants étrangers. En méme temps des scénes anarchiques éclataient sur divers points de la Belgique. Mais la majorité du clergé, de la noblesse , des riches propriétaires et négociants , dont les yeeux appelaient l’établissement dune monarchie constitutionnelle, ne tarda pas a obtenir une prépondérance décisive qui arnula l’action du parti républicain, ayant De Poiter pour chef, comme aussi I’influence du parti qui souhaitait la réunion de la Belgique a la France. Le 10 novembre eut lieu sous la présidence de De Potter Pouverture du congrés; et cette assembiée nationale prociama, soit a Punanimité, soit 4 une immense majorité, ’indépendance de la Belgique sous la réserve des relations a établir avec la Confédération germanique pour le Luxembourg, :’établissement d’une monarchie constitutionnelle avec le systéme des deux chambres , et ’exclusion perpétueile de la maison d’Orange du tréne de Belgique. Sur 187 votants, 13 seulement se prononcérent pour adoption de la réepublique comme forme de gouvernement.

Pendant ce temps-la la conférence de Londres se constituait, et par son premier protocole, en date du 4 novembre 1830, elle rendait obligatoire pour les deux parties Parmistice de fait déja existant entre elles. Le 20 decembre la conférence reconnut la dissolution de Pancien ruyaume des Pays-Bas. D’autres protocoles furent consacres a la determination des conditions auxquelles cette dissolution devatt s’opérer. Mais ces conditions, qu’acceptait le capmet de La Haye (la ligne de trontiéres existant en 1790 entre les deux pays, et l’évacuation du Luxembourg insurge, pour conti-

nuer & ¢tre placé sous le sceptre de la maison de Nassau et & faire partie dela Confédération germanique ), furent rejetées par le congrés national et singuliérement modifiées depuis par la conférence. Elles sont connues, dans leur nouvelle rédaction, sous le nom de ¢raité des dix-huit articles. Le congrés belge, qui, le 23 février 1831, avail nommé son président, le baron Surlet de Chokier, régent provisoire, résolut @abord dappeler au tréne de Belgique le duc de Nemours ou leducde Leuchtenberg. Le premier ful élu par 97 voix ; lesecond en eut 74. Le roi Louis-Philippe refusa la couronne pour son fils le duc de Nemours. A la recommandation de |’Angleterre, le congrés élut alors pour roi, 4 la majorité de cent cinquante-deux voix sur cent quatre-vingt-seize votants, le prince Léopold de Saxe-Cobourg, qui accepla la couronne qu’on lui offrait & la condition que le congrés accepterait de son cdté le traité des dix-huit articles. Cette acceptation ayant effectivement eu lieu le 9 juillet 1831, le prince Léopold fit son entrée solennelle dans Bruxelles & 21 du méme mois, et préta en méme temps serment a la constitution qui dans Vintervalle avait pu étre achevée. Mais alors 4 son tour la Hollande rejeta le ¢ruifé des dix-huit articles , et fit envahir la Belgique dans les premiers jours daodt 1831 par une armée aux ordres du prince d’Orange , qui surprit, battit et dispersa 4 Hasselt et & Lovvain Jes troupes belges, encore mal organis¢ées. La prompte entrée en Belgique d’une armée francaise auxiliaire, commandée par le maréchal Gérard, put méme seule empécher la capitale de tomber au pouvoir des Hollandais; et alors, sur les instances des ambassadeurs de France et d’Angleterre, les troupes hollandaises se replitrent vers la frontitre. De nouvelles négociations qui s’ouvrirent 4 ce moment, firent obtenir de meilleures conditions a la Hollande.

En vertu du ¢raité des vingt-quatre articles, arrété alors par ia conférence et déclaré par elle irrévocable, le Luxembourg et le Limbourg furent partagés entre la Hollande et la Belgique, en méme temps que le payement annuel @une somme de 8,400,000 florins était mis 4 Ja charge de cette derniére pour sa part dans la dette hollandaise. La Hollande ayant repoussé ces conditions nouvelles, tandis qu’elles étaient acceptées par la Belgique, il fallut recourir a Pemploi de mesures coércitives contre la Hollande, au blocus de Pembouchure de l’Escaut et des cétes de la Hollande par une flotte combinée frangaise et anglaise, et faire de nouveau entrer en Beigique une armée frangaise (15 novembre 1832) qui, aprés vingt-quatre jours de tranchée, s’empara de la citadelle d’Anvers, restée jusque alors occupée par une garnison hollandaise, et dont remise fut faite a la Belgique le 1® janvier 1833. Une convention conclue & Londres le 21 mai 1833 mit ensuite un terme a lemploi des mesures coercitives. Jusqu’a la signature d’un traité definitif, la Hollande resta provisoirement en possession des forts de Lillo et de Lieflenshoeck , qui commandent l’entrée de PEscaut, et la Belgique en possession du Luxembourg , a l’exception de la forteresse ef de son rayon, et aussi du Limbourg. Ce statu quo dura cing ans, et la Belgique le mit a profit avec beaucoup de succés pour achever son organisation politique et développer sa prospérite intérieure.

La constitution nouvelle donnée a la nation belge, ceuvre trés-remarquable sous beaucoup de rapports et qui dans bon nombre de ses dispositions porte évidemment le caractére @une réaction decidee contre les principes et les institutions consideres sous la dumination hollandaise comme entachés dilhbeiahsme, proclame Végalite de tous les Belges devant la loi, la suppressioa des differences de caste, le droit d’assuciation et de reunion, la liberté de la presse et celle de Venseignement. La lberté de tous les cultes et leur exercice publc sont garantis dans les mémes termes, et ne peuvent étre limités qu’en ce qui concerne les précautions de police & prendre pour assurer le maintien du bon ordre. D’ailleurs VEtat , qui est complétement séparé de ’Eglise, n’a aucun

droit pour intervenir dans la nomination ou la déposition des ministres des différents cultes, dans les rapports du clergé avec ses chefs spirituels et surtout dans la publication des ordonnances religieuses. De pareils principes ne laissent pas que Wétre en contradiction flagrante avec les articles de la constitution qui mettent dla charge de I’Etat les frais de tous les cultes; mais c’est la une contradiction qu’explique facilement l’esprit du catholicisme qui domine en Belgique. La royauté belge est héréditaire par ordre de primogéniture, mais & lexclusion perpétuelle des femmes ef de fleur descendance. Au roi, chef du pouvoir exécutif, appartient le droit de dissoudre les chambres, dont les délibérations sont publiques, et il partage avec elles la puissaice législative ainsi que le droit d’initiative. Les membres de la chambre des représentants, au nombre de cent huit, sont élus pour quatre ans par tous les citoyens agés de vingt-cing ans et payant au moins 40 fr. d’impdéts. Diverses lois rendues en 1848 ont supprimé les différences qui existaient autrefois entre les conditions de capacité électorale dans les campagnes et dans les villes, et abaissent le cens au minimum fixé par la constitution. L’éligibilité 4 la chambre des représentants n’est soumise 4 aucune condition de cens. Les sénateurs , dont le nombre est la moitié seulement de celui des représentants, sont élus pour huit ans par les mémes électeurs, et se renouvellent tous les quatre ans par moitié; ils doivent étre 4gés de quarante ans et payer au moins 2,000 fr. dimpéts directs. Les chambres votent le budget tous les ans; chaque année aussi le chiffre de l’effectif de l’armée est soumis a leurs délibérations. Pour que des modifications puissent étre faites 4 la constitution, il faut que le vou en soit émis préalablement par le sénat d’accord avec la chambre des représentants et qu’on convoque de nouvelles chambres. La procédure est publique. Toutes les affaires criminelles, tous procés politiques ou pour délits commis par la voie de Ja presse sont soumis a ’appréciation du Jury. Il y a une cour de cassation commune a toute la Belgique, et chargée de décider de tous les défauts de forme. Elle fonctionne aussi comme cour de justice dans les procés intentés aux ministres. Les membres en sont nommés par le roi sur une liste présentée par le sénat et par la cour de cassation elle-méme. Les conseillers des cours d’appel sont également nommés par le roi sur une double liste présentée par ces cours et par les conseils provinciaux. En 1832 on créa, mais non sans avoir 4 triompher d’une vive opposition, l’ordre de Léopold, destiné 4 récompenser les services civils et militaires. Depuis cette époque la décoration en a été donnée a plus de trois mille individus ; profusion qui a dd contribuer a singulitrement avilir cette distinclion. Malgré organisation toute démocratique du nouvel Etat, la constitution a laissé a la noblesse la libre jouissance de ses titres. Ce qui prouve combien était importante cette disposition de la loi fondamentale, c’est que de 1830 4 1851 il n’a pas été rendu moins de 300 ordonnances royales portant confirmation ou création de titres nobiliaires, et qu’au nombre des diverses corporations politiques fonctionne encore aujourd’hui le plus sérieusement du monde un collége héraldique.

Les lois rendues en 1836 sur l’organisation des communes et la constitution des provinces eurent une importance toute particuliére. En 1842 on modifia la loi relative aux communes, et le changement le plus important qu’on y opéra consista en ce que le roi fut désormais autorisé a choisir les bourgmestres non plus seulement parmi les conseillers communaux, nommés par les électeurs communaux, mais aussi parmi les autres conseillers municipaux. Toutefvis cette disposition fut annulée plus tard, & la demande du ministre de Vintérieur lui-méme; et un vaste champ d'action resta de la sorte ouvert a l’autonomie des conseils communaux et provinciaux , de méme qu’d lactivité des comités délibérants choisis par ces derniers. L’adoption d’ur systéme unitaire denseignement publi¢ Be fut pas d’une importance moindre,

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et en raison de l’antagonisme des intéréts en présence, ceux du clergé et ceux des libéraux, elle ne put avoir lieu sans de grandes difficultés. La loi sur Vinstruction élémentaire 5 présentée dés 1834, mais modifiée plus tard, et sanctionnée par les chambres seulement en 1842, imposa aux communes |’obligation de fonder des écoles élémentaires 1A ot des écoles libres n’existaient pas déja en nombre suffisant; elle réglait en outre les rapports du clergé avec les écoles , et contenait les dispositions nécessaires pour la fondation d’écoles primaires supérieures. La question principale, celle des universités, avait déja regu une solution en 1835, sous l’influence du ministére de Theux. Mais V’organisation de l’instruction moyenne ayait été retardée, en raison des ferments de discorde contenus dans les flanes d’une telle question, quine put recevoir de solution définitive qu’en 1850. Cette solution fut loin de satisfaire le clergé, qu’elle lésail sensiblement dans son influence.

Dés le 9 aot 1832 le roi Léopold avait épousé la fille ainée du roi Louis-Philippe, la princesse Louise d’Orléans. Le premier fruit de cette union mourut, il est vrai; mais la naissance postérieure de deux princes (1835 ef 1837) assura 4 la dynastie de Cobourg la succession du tréne de Belgique. Le mariage du roi Léopold avait encore raffermi la position du nouveau royaume dans le systtme général des Etats européens, Aprés la remise de la citadelle d’Anvers (janvier 1833), i n’en fut que plus facile de tenir en bride le parti qui en Belgique et jusque dans les chambres poussait incessamment a la reprise des hostilités contre la Hollande. Aprés la dissolution de la chambre des représentants qui eut lieu au printemps de 1833, la majorité de la chambre qui lui succéda se montra mieux disposée a soutenir la politique pacifique du gouvernement. Mais alors le s¢atu quo si péniblement établi sembla devoir étre troublé d’un autre cété. L’opposition mise par le gouverneur de la forteresse fédérale de Luxembourg a ce que le gouvernement belge soumtt 4 l’accomplissement de leurs devoirs militaires les habitants du rayon de la place forte, puisl’arrestation d’un fonctionnaire belge qui en février 1834 fut enlevé et conduit 4 Luxembourg, provoquérent une extréme agitation & Bruxelles , et eurent pour résultat l’envoi dans cette province d’un corps de troupes belge. Ce ne fut qu’a Ia suite de longues négociations qu’on parvint a arranger cette affaire, et que le fonctionnaire belge arrété fut rendu a Ja liberté. Dans cette discussion on crut d’autant plus sdrement reconnattre la main de Ja Hollande qu’a la méme époque le parti orangiste commenga a relever audacieusement la téte en Belgique. Une démonstration proyocatrice qu’il tenta 4 Bruxelles amena des troubles dans cette ville, o dans les journées du 4 au 6 avril les maisons des orangistes notables furent pillées et saccagées. Un changement de cabinet opéré au mois d’aodt éloigna des affaires le ministére doctrinaire qui les avait jusque alors dirigées, et le remplaga par un ministére mixte ¢atholico-libéral. Mais I'élément catholique ne tarda pas 4 prendre la haute main aussi bien dans l’administration que dans les chambres. Le court passage des tories au pouvoir en Angleterre, depuis la fin de année 1834 jusqu’au mois d’avril de l'année suivante, rendit la guerre plus probable, et forca la Belgique & continuer ses ruineux armements. A cette crise passagére succéda une période decalme qui durajusqu’ala fin de 1836, et pendant laquelle l'industrie prit de puissants développements, en méme temps qu’un tiers parti, composé d’industriels et de financiers, essayait de se constituer , malgré la vive résistance qu’il rencontra , tant dans les chambres que dans l’adinmistration. Il en résulta quelques modifications du cabinet, toutefois plutét dans la tendance catholique, et la création en faveur de M. Nothomb d’un nouveau département ministériel, celui des travaux publics. La tranquillité sembla de nouveau compromise quand, A la fin de Vannée 1837, le gouvernement hollandais fit mine d’exercer des

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droits de souveraineté dans ke Luxembourg en s’emparant de la forét de Grunewald. Des protestations et des démonstrations militaires, mais surtout le langage énergique de la France et de l’Angleterre, contraignirent le cabinet de La Haye & renoncer a son projet, et les troupes belges abandonnérent les positions qu’elles avaient prises.

Aprés l’établissement du s¢a¢u guo en 1833, la conférence n’avait que trés-faiblement essayé de continuer les négociations, qui furent interrompues en aodt 1833 et qui sommeillérent alors pendant quelque temps. Ce fut le 18 aodt 1836 seulement que la Confédération germanique donna son assentiment A léchange du Limbourg contre une partie du Luxembourg, stipulé par le ¢rai¢é des vingt-quatre articles, a la condition qu’aucune espéce de fortifications ne pourrait y étre construite dans la partie belge. Sous la pression de Popinion publique du peuple hollandais et de ses représentants, ilne resta plus au cabinet de La Haye, une fois l’affaire de la forét de Grunewald vidée, d’autre alternative que de se déclarer prét a accepter, d’abord provisoirement, etensuite définitivement, le ¢raité des vingt-quatre articles. Le premier résultat de la mise 4 exécution de ce traité devait tre ’évacuation par les Belges du Limbourg et d’une partie du Luxembourg; et a cette occasion les réclamations les plus vives se firent entendre en Belgique. Les représentants et le sénat votérent & Punanimité des adresses dans lesquelles on adjurait le pouvoir exécutif de maintenir a tout prix lintégrité du territoire. Une agitation des plus violentes se manifesta en outre dans les contrées directement intéressées dans la question; partout on y arbora les couleurs belges, et il en résulta un conflit extrémement grave avec le gouverneur de la forteresse de Luxembourg. Des scenes tumultueuses éclatérent également a Bruxelles, notamment dans la journée du 3{ mai. Le 13 novembre le roi fit ouverture des chambres. Un tonnerre d’applaudissements accueillit la déclaration de-ce prince, qu il saurait défendre avec constance et courage les intéréts du pays; et une adresse rédigée dans les termes les plus belliqueux par M. Dumortier répondit a ces paroles solennelles du tréne. On arma en Hollande comme en Belgique, en méme temps que la France, elle aussi, concentrait des troupes, a effet de faire respecter le protocole définitif de la conférence, en date du 22 janvier 1839, qui maintenait les stipulations relatives A ’échange des territoires, mais contenait aussi quelques adoucissements aux conditions financiéres impos¢es a la Belgique. Cette attitudene fit quesurexciter davantage l’esprit belliqueux des Belges. Les soldats en congé furent rappelés ; on fit appel aux engagements volontaires; les garnisons d’Anyers et de Venloo, fortevesse qu’on devait eéder a la Hollande, recurent des renforts, et ancien général polonais Skrz y ne cki entra au service de Belgique avec le grade de général de division. Les envoyés d’Autriche et de Prusse réclamérent contre cetle mesure, et quittérent méme momentanément Bruxelles. Cependant le roi Léopold ne tarda pas 4 céder devant expression unanime du mécontentement des grandes puissances. Skrzynecki fut mis en non-activité, et les deux ministres partisans de la guerre, Ernest et Hérard, donnérent leur démission. Aprés de violents débats, les chambres, qui avaient été convoquées le 16 février 1839, votérent enfin l’acceptation et l’exécution du traité; toutefois, la majorité dans la chambre des représentants ne fut que de treize voix. Alors eut lieu le 19 avril la signature du traité par la Belgique et par les autres puissances. Il avait été ratifié par la Hollande dés le 4 février. Un traité subséquent, en date du 19 octobre 1842, eut pour but de terminer, d’aprés les bases-du traité des vingt-quatre articles, \a liquidation des dettes niises a la charge respective de la Hollande et de la Belgique.

Lorsqu’a la suite de la complication survenue en 1840 -dans les affaires d’Orient , les armements de la Fratice me- ‘nactrent l’Europe d’une conflagration générale, les chambres

belges, pour faire respecter la neutralité de leur pays, votérent une augmentation de trente mille hommes a armée, dont l’effectif dut étre porté 4 $0,000 hommes, sans toutefois accroitre véritablement pour cela le chiffre du budget de la guerre. Tout au contraire, de 49 millions auquel il avait été fixé en 1839, il fut réduit 4 33 millions en 1840, et de nouvelles réductions furent encore réclamées. Pendant ce temps-la continuait d’ailleurs Ja lutte sourde mais ardente du parti libéral et du parti catholique. Le premier insistait sur une solution immédiate 4 donner A une foule de questions morales et matérielles qui jusque alors avaient toujours été éludées par le parti catholique, jaloux de conserver son omnipotente influence; les choses en vinrent 4 ce point, qu'une rupture complete éclata entre les deux partis, dont Ja coalition désignée sous le nom d’ Union se trouva brisée. La franc-magonnerie devint Je point de mire des attaques du parti catholique, et surtout du clergé, a la téte duquel ’évéque de Liége, Bommel (mort au commencement d’ayril 1852) se distingua par l’exagération de son zéle. De leur cété, les libéraux adoptérent pour devise et pour mot d’ordre la réforme électorale, l’égalité du cens daus les villes et dans les campagnes , et l’obligation de savoir lire et écrire attachée a lexercice des droits dlectoraux ; ils cherchérent méme, a V’effet de mieux combattre )’influence toujours croissante du clergé, a accréditer le bruit que son intention secréte était d’arriver au rétablissement des dimes. A Liége et aux environs la population se porta a de blamables excés contre des missionnaires et contre |’évéque. La démission du ministére de Theux, en mars 1840, amena la formation du cabinet Rogier-Lebeau,, qui accorda une nouvelle amnistie générale, et négocia un emprunt de 90 millions destiné au remboursement de quelques dettes et a couyrir les frais de diverses grandes entreprises industrielles. Mais ce cabinet ne tarda pas a rencontrer dans les chambres l’opposition la plus déclarée de la part du parti catholique, demeuré tout-puissant, Lien qu’en retusant de confirmer lélection de M. Stassart, grand maitre des loges maconniques, aux fonctions de bourgmestre de Bruxelles. i] eat paru tendre la main a opinion rétrograde. Une adresse a la couronne, votée le 17 mars 1841 par le sénat, engagea le roi a aviser aux moyens propres a faire cesser les dissensions intestines existantes dans le sein de la représentation nationale ; expressions que la presse libérale signala comme un défi jeté a la bourgeoisie par la noblesse , et qui proyoquérent des protestations énergiques de la part des conseils municipaux de la piupart des grandes villes. Le roi s’étant refusé a dissoudre les deux chambres, ou tout au moins celle du sénat, le ministére, de plus en plus poussé par l’opinion libérale, donna sa démission (avril 1841), et, apras d’assez longs tatonnements, fut remplacé par un nouveau cabinet, signalé comme libéral modéré, tandis qu’il n’était en réalité qu’un cabinet de transition dans lesens de l’ancienne Union. Le général Buzen en faisait partie, et y tenait le portefeuille de la guerre; les graves accusations élevées au commencement de 1842 par quelques feuilles publiques contre cet officier général le portérent a s'6ter la vie, et il fut remplacé ad ministére par le général de brigade de Liem. En entrant en fonctions , M. Nothomb, le nouveau ministre de Vintérieur, adressa aux différents gouverneurs de provinces, ses subordonnés , une circulaire dans laquelle il développait les principes d’un systéme de transaction; ce cui n’empécha pas les deux partis d’engager, le 8 juin 1841, la lutte la plus acharnée, a loccasion des quarante-huit ections destinées 4 remplir les vides que devait opérer dans la chambre des représentants l’expiration des pouvoirs dela moitié de ses membres. Le résultat de cette éiection n’apporta cependant aucun changement matériel dans la situation respective des deux opinions; mais une circonstance qui peint bien V’état de Vesprit public en Belgique, c’est que partout les candidats libéraux furent réélus a de grandes majorités, tandis que

les catholiques n’obtinrent dans les grandes villes que d'imperceptibles minorités. L’agitation s’apaisa aprés les élections, et elle diminua encore davantage lorsque, plus tard, au mois de février 1842, probablement a linstigation dela cour de Rome, les évéques belges renoncérent, a leur projet de faire attribuer une juridiction civile 4 Puniversité catholique de Louvain, projet qui avait excité les plus vives clameurs de la part des libéraux,.

Sur ces entrefaites , le parti orangiste , qui depuis longtemps s’était complétement effacé de la scéne politique, s’avisa de relever la téte. On découvrit une conspiration dont l'idée premitre remontait A Vannée 1841, mais dont Yexécution avait jusque alors été retardée, A la téte de ce mouvement se trouvaient le général Vandermeer et Pex-gé- Néral Vandersmissen. Des débats du proces qui s’ouvrit so- Jenneliement devant la cour d’assises de Bruxelles résulta la preuve que plusieurs des accusés avaient eu a leur disposition des ressources considérables en argent; circonstance qui accrédita généralement le bruit que 1a conspiration avait été ou fomentée ou appuyée par une puissance étrangére. Le jury rendit contre plusieurs des accusés un verdict entrainant la peine de mort. Le roi Léopold commua toutefois cette condamnation en vingt années de détention, peine a laquelle Vandersmissen fut assez heureux pour se soustraire , dés le mois de novembre 1842, par une évasion combinée avec autant d’adresse que de sang-froid. En février de Pannée suivante, les portes de la prison s’ouvrirent pour le général Vandermeer, qui dut promettre de se retirer en Amérique, aimsi que pour quelques-uns de ses complices.

Un traité de commerce d’une haute importance pour lin dustrie des Flandres fut signé a Paris le i6 juillet 1842, et recut peu aprés la sanction législative. En vertu de ce traité, les toiles belges furent affranchies , a leur entrée en France, de Paugmentation de droits dont les frappait une récente ordonnance royale, et, par réciprocité, la Belgique consentit 4 une réduction des droits pergus a l’entrée des vins , des soieries et du sel provenant de France. Une ordonnance du roi Léopold, en date du 28 aodt de la méme année, étendit aussi provisoirement, jusqu’au 1° juillet 1843, aux vins et aux soieries provenant d’Allemagne, la réduction de droits d’entrée accordée aux mémes provenances venant de France, en attendant Je résultat des négociations eutamées pour l’accession de la Belgique au Zollverein. Le 1°’ septembre 1846, enfin, fut conclu un traité de navigation, de commerce et de transit avec les différents Etats composant l'Union douaniére allemande ( Zol/verein), qui modifia beaucoup dans Pintérét du pays la situation commerciale de la Belgique en général, quoique son industrie des fers ait pu en souffrir.

L’acte le plus important accompli par le premier cabinet présidé par M. Nothomb fut la loi sur Penseignement primaire , qui laisszit sans doute encore un champ bien vaste 4 Pinfluence cléricale , mais que les chambres sanctionnérent ala presque unanimité. Lors des élections nouvelles qui eurent lieu en 1843, plusieurs grandes villes de Belgique, imitant exemple que leur avait doané la ville de Bruxelles, se prononcérent en faveur des représentants de lopinion }ibérale la plus avancée; et il faliut constituer, toujours d’aprés le principe de coalition, un nouveau cabinet dont M. Nothomb fut encore une fois le chef. Mais ce ministére ne survécut pas longtemps aux élections de 1845, qui augmentérent encore les forces du parti libéra!. Au mois de juillet 1845, M. Van de Weyer, qui appartient 4 Vopinion libérale, appelé a prendre la direction des affaires, essaya de nouveau de ressusciter la défunte Union. Mais il n’eut pas plus tot invoqué avec énergie, & propos de la question de Yenseignement primaire, les droits et les prérogatives de la puissance civile, quwil fut vaincu par le parti prétre et obligé de se retirer avec ses collégues, dont les plus éminents étaient MM. Malou et Dechamps. II retourna alors 4 Londres

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remplir le poste diplomatique qu’il y avait constamment oecupé depuis 1830. Le roi Léopold, avec sa prudence consommée et peut-étre avec les sentiments de défiance bien naturelle que devait lui inspirer le parti libéral, dont Paction navait jamais été que négative ou dissolvante, comprit que le moment n’était point encore venu de mettre a exécution les plans de M. Rogier et de dissoudre les chambres, Ti se trouvait toujours en face d’un parlement essentiellement catholique, derriére lequel on ne voyait qu’une masse ¢lectorale assez indifférente. C’est ce quiexplique comment en mars 1846 une administration de catholiques purs arriva a la téte des affaires sous la direction de M. de Theux. Cependant, aux yeux de tout spectateur impartial, un tel acte, bien qu’accompli dans les données rigoureuses du systéme constitutionnel,, était un véritable anachronisme. Le 15 juillet 1846 s’ouvrit 4 Bruxelles, pour délibérer sur une marche unitaire a suivre, un congrés de libéraux auquel assistérent trois cent soixante membres, et dans lequel se fit plus particuligrement remarquer l’avocat Frére, de Liége, devenu plus tard ministre. Voici les principaux points a V’égard desquels on y fomba d’accord : 1° Réduction successive du cens électoral jusqu’au chiftre minimum (40 fr.) fixé par la constitution, comme principe fondamental; puis, comme application immédiatement possible , adjonction au corps électoral des capacités payant ce cens; enfin diminution du cens électoral dans les villes, sans toutefois abaisser au niveau de celui des campagnes ; 2° indépendance du pouvoir civil de Vinfluence eceiésiastique; 3° pouvoir exclusif de l’Etat sur l’enseignement donné par lui, sans V’intervention officielle da lergé; 4° affranchissement du clergé inférieur, soustrait aut que possible a oppression de la puissance épiscopale. En méme temps que ce congrés politique se tenait a Bruxelles, on célébrait a Liége avec toute la magnificence que peut déployer l’Eglise le 600° anniversaire de Vintroduction de la procession du Saint-Sacrement par sainte Julie. Les évéques, tant indigénes qu’étrangers, qui se réunirent a vette occasion en profitérent pour délibérer sur les mesures a prendre par suite de la situation nouvelle faite au clergé et pour éloigner les dangers qui le menagaient.

Enfin eurent lieu les élections de 1847, dont le résultat amena la chute d’une administration ayant pour principe de favoriser en tout et partout les intéréts du parti prétre. Les

libéraux arrivérent a la direction des affaires, mais avec une scission intérieure produite par la distinction faite-dés lors entre les vieux libéraux ou doctrinaires et les jeunes libéraux ou radicaux; et un nouveau cabinet se forma, composé de MM. Rogier, d’Hoffschmidt, de Haussy, Veydt, Chazal et Frére-Orban, tous d’ailleurs hommes modérés, Le roi Léopold mhésita pas alors plus longtemps a s’associer au mouvement si manifeste de Popinion publique, et 4 donner satisfaction aux earigences de la majorité complétement transformée. Le programme de la nouvelle politique fut : indépendance absolue du pouvoir civil 4 tous les degrés de la hiérarchie administrative; respect profond pour la religion et ses ministres. Les nouveaux ministres annoncérent en outre la présentation d’un projet de loi qui attribuerait au gouvernement, au lieu des chambres législatives, la nomination des commissions d’enquéte; le retrait de la loi adoptée sous le ministére Nothomb, par laquelle le roi avait été autorisé a choisir les bourgmestres en dehors des conseils municipaux ; enfin ’adjonction des capacités au corps électoral. Ils s’engagérent a éviter toute espdce d'augmentation dans les tarifs douaniers, a opérer dans Pintérét des consommateurs un remaniement coimplet des taxes mises sur les objets de premire nécessite, et enfin A venir puissamment en aide & la detresse de l’agriculture. Arvacher les Flandres & la misére fut declaré cuustituer un engagement @honneur pour le pays et pour le gouvernement. Malgré cela, la situation du ministére continua A étre toujours des plus difficiles, Dans lachambre des représentants, la solution des affaires les

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plus graves tenait 4 une simple majorité de sept & huit voix. D’un autre cété, la premiére chambre, dontle renouvellement électifne devait avoir lieu que plus tard, était restée étrangére au mouvement si prononcé de l’opinion. Elle se composait presque exclusivement de grands propriétaires et de partisans du clergé, et se montrait particulitrement hostile au ministre Rogier, qui en 1841 et en 1846 l’avait menacée d’une dissolution. Néanmoins le ministére sut habilement se conduire & travers tant d’écueils, et poursuivit résolument la réalisation de son programme. A cet égard force est de rendre hommage a sa loyauté et A son énergie, en dépit des quelques hésitations qu’on ait pu lui reprocher. La prospérité matérielle du pays se développa avec un élan extraordinaire sous linfluence de cette administration. Par la création de nombreuses écoles agricoles et industrielles, d’ateliers et nsines-modéles, de bibliothéques populaires, de caisses de retraites , et par diverses autres mesures administratives et législatives ayant pour but de venir en aide et appui aux classes laborieuses, le gouvernement belge non-seulement consolida alors les bases de la prospérité générale, mais encore sut donner des forces nouvelles a esprit national, répandre dans les masses des idées plus justes sur les droits et les devoirs politiques, et raffermir lordre public, La question de lenseignement recut enfin une solution définitive, et le ministére fit preuve d’autant Whabileté que de dignité dans la lutte qu’il lui fallut soutenir sur ce terrain contre le clergé et la faction cléricale.

Le ministére Rogier recut aussi le baptéme du feu en dirigeant heureusement les intéréts de la Belgique au milieu des tempétes révolutionnaires qui, 4 la fin de février 1848, ravagérent la plus grande partie de Europe. Déja, par suite de ses rapports avec la France, de la profonde détresse des Flandres, et de la situation douloureuse des classes pauvres dans année de disette 1847, la Belgique avait eu a ftravyerser une crise des plus graves. Non-seulement elle en triompha, mais encore elle réussit 4 donner des bases plus solides 4 la constitution dent Vavaient dotée les événements de 1830, ef Aimprimer a sa prospérité intérieure un essor plus puissant que jamais. Dés avant 1848, l’extréme gauche, en présence d’vu déficit considérable et de la situation des Flandres, avait insisté vivement pour que de gvandes éconoinies fussent opérées dans le budget, notamment dans le budget de la guerre. A ce moment, le gouvernement s’empressa d’y donner salisfaction, de méme qu’a d autres griefs de opinion. De son cété, a la nouvelle dela catastrophe qui venait d’éclater en France, i 0} Léopolu %é6clara noblement qu'il se tenait aux ordres de la natton, ef que c’était aelle 4 décider s'il lui convenait qu’il deposit ou qu’il conservat sa couronne constitutionnelle. Cette declaration si franche et si loyale produisit immediatement un incroyable effet en faveur du maintien de Yordre de choses existant : elle désarma les mécontents, accrut la contiance, et donna plus de force encore a la puissance monarchique. Les chambres accordérent, pour la defense de 'indépendance et de la nationalité de la Belgique, une imposition extraordinaire de huit douziémes sur la propriété fonciere, un emprunt forcé de 25 millions de francs pour les besoins de Parmée et des secours 4 lindustrie, ainsi que la garantie de VEtat A une émission de 30 millions de francs en billets de banque. Les ministres présenterent ensuite successivement a la sanction législative des projets qui abaissérent le cens électoral au minimum de 40 francs, declarérent les fonetions publiques incompatibles avec le mandat législatif, et abolirent ?impot du timbre sur les journaux. Sous l’influence de ces diverses reformes, les ferments revolutionnaires existant dans les classes inférieures ou prirent une direction politique diamétralement opposée, ou se trouverent neutralisés et réduits 4 une radicale impuissance. Quand, dans les derniers jours de mars 1848, quelques ceutaines d’ouvriers belges et francais, agissant, suivant toute apparence, 4 Vinsti-

gation des hommes qui présidaient & ce moment aux destinées de la France, et munis d’armes et de munitions par les soins du préfet méme du département du Nord, envahirent la Belgique, et cherchérent 4 entratner le pays dans le mouvement frangais, la nation belge non-seulement fit preuve de larépulsion la plus profonde pour ces provocations, mais encore s’en montra vivement blessée au point de vue de son indépendance et de sa nationalité. Le 25 mars ce ramas d’aventuriers franchit la frontiére belge; mais 4 peine fut-il arrivé a Risquons-Tout (village veisin de la station du chemin de fer, 4 Mouscron ), qu’il y fut attaqué et dispersé en un Clin d’ceil par les troupes belges, qui firent prison niers une bonne partie des individus composant cette bande, et rejetérent le reste sur le territoire frangais. Les chefs de cette ridicule expédition étaient un avocat de Gand du nom de Spilthoorn, un autre Belge appelé Grégoire, qui se donnait le titre de général en chefet de président de la république, l’Allemand Bornstedt et le Suisse Becker.

Par suite de Paduption de la nouvelle loi électorale, la chambre fut dissoute, et, au mois de juillet 1848, il s’en réunit une nouvelle dans laquelle I’élément libéral constitutionnel eut décidément le dessus, tandis que les renrésentants de Vintérét ciérical se trouvérent réduits au tiers du nombre dont ils se composaient naguére. D’accord avec ce nouveau parlement, le ministére put alors procéder a la complete réalisation de son programme et a la mise en pratique de ses principes, quoique le parti prétre se coalisdt alors avec les enfants perdus du parti révolutionnaire pour relever la téte et declarer une guerre acharnée au pouvoir.

Au mois de novembre 1849, le gouvernement belge conclut avec la France un nouveau traité de commerce pour dix ans et ayant pour base, comme celui de 1838, le principe de la réciprocité. Le traité précédemment conclu ayec le Zollverein fut en méme temps prolongé.

C’est dans la session de 1850 que la question de l’enseignement recut enfin la solution attendue depuis si longtemps. Il en fut de méme de la négociation relative aux droits de douane sur les céréales, et dans cette occurrence le ministére Rogier demeura fidéle au grand principe de la liberté du commerce.

Le 11 octobre 1859 mourut la reine Louise, princesse douée de qualités remarquables, et dont la perte provoqua dans les masses les expressions les plus vives d’une sympathique douleur et les marques d’un dévouement vrai A la dynastie : aussi peut-on dire 4 bon droit que cette lamentable mort eut toute l'importance dun événeinent politique,

Dans Je milieu de cette méme année 1850, le ministére subit quelques modifications partielles, sans que pour cela la directivn politique changeat en rien. Le général Brialmont remy '°;a au departement de la guerre le général Chazal, qai dut duuncy sa démission a la suite d’un conflit avec la garde civique. M. Frére, tiavailleur intrépide, prit les finances en remplacement de M. Veydt, en méme temps que Vavocat Rolin, remplacé plus tard A son tour par le professeur Hoorebeke, prenait !es travaux publics. M. de Haussy, ministre de la justice, nommé directeur de la banque nationale, eut pour successeur M. Teesch, savant

jurisconsulte. Le ministore ainsi reconstitué se trouva placé

dans une position trés-difficile lorsque , au commencement de année 1851, on souleva la question de réductions nouvelles & opérer dans l’armée, Toutefois il se décida A en passer par les désirs de la majorité et A reduire le budget de la guerre 4 25 millions. Au milieu de cette brilante discussion, le ministre de la guerre, abandonné par ses collégues, se sépara d’eux avec un certain éclat, et M. Rogier dut se charger de son portefeuille par interim.

Bientdt une autre question vint encore inquiéter le pays. Une loi étabiissant un impét sur les successions fut rejetée par le senat au mois de septembre 1851, malgré Pappui que la chambre des représentants prétait & cette mesure; d’ail-

leurs populaire. Le ministére ne crut pas devoir se retirer, ef le sénat fut dissous; mais les éligibles au sénat sont peu nombreux en Belgique. La pression de opinion publique changea a peine les éléments de ce corps, et la loi gagna a peine quelques partisans aux élections nouvelles, qui eurent lieu le 27 septembre 1851. Cependant la loi mitigée put passer dans le nouveau sénat. D’ailleurs les évyénements qui s’accomplissaient en France vinrent réagir sur la Belgique, qui recut un grand nombre de nos réfugiés.

Dans ces quelques pages, nous ayons rapidement passé en revue les principales phases de la vie politique du nouvel Etat que la révolution de Juillet a créé en Europe. Il ne nous reste plus, pour compléter ce tableau, qu’a reconnattre et & proclamer bien haut que la Belgique est sous une foule de rapports beaucoup plus avancée que nous dans application des idées saines et pratiques de gouvernement et de liberté. Il y aurait de Vinjustice 4 ne pas tout d’abord reconnaitre que le prince A qui elle a confié ses destinées vest montré digne d’un tel choix. Léopold I” a été le modéle des rois constitutionnels, et son gouvernement, toujours libéral et éclairé, a eu constamment en vue d’aider au développement du crédit public et particulier, et @’imprimer un puissant essor 4 l'industrie nationale. Par I’établissement de son admirable réseau de chemins de fer, aujourd’hui complétement acheyé, la Belgique semble appelée 4 une immense prospérité commerciale, et & devenir avant peu la grande voie de transit par laquelle se fera tout le commerce extérieur de |’Allemagne. Les conséquences d’un pareil état de choses pour la prospérité matérielle de ce pays sont incalculables.

[ Sources historiques & consulter.

Aubert Le Mire a écrit en latin une chronique belge, commengant 4 l’an 58 ayant Jésus-Christ, et finissant a Yan 1634. Pontus Heuterus a tracé V’histoire de nos provinces sous les princes des maisons de Bourgogne et d’Autriche, y compris Philippe II, mettant a profit les chroniques si animées de Froissart , de Monstrelet, de Comines', etc., que M. de Barante a eu le secret de rajeunir sans leur rien dter de leur coloris et de leur naiveté. Des Roches, qui mourut en 1787, rédigea pour la jeunesse et dans la langue des coliéges un abrégé substantiel qui était, pour ainsi dire, ’esquisse d’un travail immense, dont iln’a donné que le commencement, dans un in-4° od il ne dépasse pas les expéditions de César en Belgique. De nos jours, M. Dewez a tenté d’achever ce que Des Roches n’avait qu’ébauché, et il n’a pas cessé jusqu’éA présent d’ajouter 4 son ceuvre primitive tout ce que la réflexion et une étude assidue pouvaient lui révéler. Le précis de M. Desmet, ceux de MM.Raingo et Schrant sont principalement destinés aux colléges, ainsi que l Zpitome latin publié a Liége.

Mais si Vhistoire générale de la Belgique n’a pas été traitée souvent, Vhistoire particuliére de ses provinces, et méme de ses moindres villes, présente une richesse de documents telle que imagination de l’écrivain le plus exereé en serait certainement déconcertée. Barlandus, Butkens, Hareus, Diveeus et le baron Le Roy sont les historiens principaux du Brabant; Meyer, d’Oudegherst, Marchand, Bucelin, Sanderus, Vredius, de la Flandre; Cousin et Poutrain, du Tournaisis; Jacques de Guyse, Vinchant et Ruteau, Bertelius et le P. Delewarde, du Hainaut; le P. de Marne et Galliot, du Namurois; Bertholius et Bertholet, du Luxembourg ; de Hemricourt, Fisen, Foullon, Chapeauville et M. Dewez, du pays de Liége. Gramaye a recueilli les antiquités de la plupart de ces contrées, et le savant M. Ernst, chanoine de Bolduc, a composé une histoire extrémement intéressante du Limbourg, la seule qui existe, mais qui malheureusement est encore en manuscrit.

L’histeire diplomatique compte Aubert Le Mire, Foppens, Hoynch-Yan-Papendrecht, Matthseus, Burman, le

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comte de Saint-Genois, le chevalier Diericx , etc. ; Vhéraldique, Philippe de Lespinoy, Le Blond, J.-B. Christyn

André du Chesne, de Azevedo, de Vesiano, ete. ; Vhistoire ecclésiastique , Gazet , Rosweyd, Molanus, Aubert Le Mire

les bollandistes, de Raisse, Havensius, Sanderus , Brandt, Van Gestel, Ghesquitre , etc.; celle des sciences, des lettres et des arts, Aubert Le Mire, Sangerus, Valére André

Sweertius, Vernulceus, Van Mander, Paquot, Hofman-Perlkamp, Lambinet, La Serna, Van Pract, ete.

On consultera avec fruit pour histoire moderne de la Belgique : Nothomb, Travaux publics en Belgique (Bruxelles, 1839; 2° édit. 1840 ); le méme, Statistique de la Belgique ( Bruxelles, 1848); Conscience, Geschiedenis van Belgien ( Anvers, 1845 ); Histe, Histoire de la Belgique ( 3° édit., 1850); Poplimont, Za Belgique depuis 1830 (Bruxelles, 1850) ; Leebell (en allemand), Lettres de voyage écrites er Belgique (Berlin, 1837) ; Kuranda (aussi en allemand), la Belyique et sa révolution (Leipzig, 1846).

Découvertes, inventions , perfectionnements , etc., dus aux Belges.

César dit que les Belges enseignérent Yagriculture aux Bretons, ainsi que Vart de cultiver, de filer et de tisser le lin. Depuis-le régne de Henri VIII, ils introduisirent en Angleterre la culture de presque tous les légumes. En 1540 ils enyoyérent dans ce pays les premiers cerisiers, et ce fut vers 1650 quils y popularisérent de meilleurs principes d’agriculture.

On leur doit le pareage des moutons, l’invention de plusieurs engrais, la généralisation dela culture du tréfle, la faux flamande, dite piguette, etc.; culture du houblon, art de brasser la hire; amélioration et multiplication des fruits, mouvement commencé par Pabbé Ardempont de Mons. La pomme de Saint-Jean tire son nom de saint Jean 7’Agneau , évéque de Tongres vers ’an 630. Le tabac donné par un Flamand a Nicot. Au seiziéme siécle, les Belges portent en Danemark les bonnes pratiques du jardinage; dés le douziéme siécle, 1a Saxe leur emprunte leur agriculture. Les croisés belges et les navigateurs venus a leur suite» font présent a l'Europe de la renoncule, des cannes A sucre, de l’échalotte, des oreilles-d’ours. Busbecg tire de ’Orient les tulipes et les lilas. L’ceillet d’Inde dQ & Pempereur Charles- Quint. Invention des orangeries et serres chaudes. Le chanoine de Liége Charles de Langhe, mort en 1573, répand le godt des plantes étrangéres. Perfectionnement de la méts\iurgie. Premiers fourneaux dits flusso-feu. Hauts four ie2ax élevés au quinziéme siécle. Un ouvrier liégeois ap’--\é Grisard invente le procédé pour fendre le fer, et le reduire en baguettes fort minces. Un autre, maréchal du village @’Essouvaux, fabrique une piéce de canon en fer Lettu, de dix-huit livres de balles, se démontant a vis et pouvant étre transportée sur une seule béte de somme. Un certain Xhrowet, de Spa, employé par les états généraux de Hollande, trouve le moyen de rétablir les piéces d’artillerie enclouées ou crevées, et d’y ajouter des culasses neuves avec autant de solidité que si elles avaient été refondues. Application des eaux minérales a Ja santé. Art de tisser la toile et le drap importé en Angleterre dés 1066, et plus tard en Allemagne. Tapis et tapisseries de haute-lice. Ancienneté du gouvernement municipal et de la jouissance des droits politiques consacrés par des chartes ou priviléges. Voyages de long cours & une époque trés-reculée. Le Brabangon G. de Rubruquis nayigue au treiziéme siécle sur la mer des Indes. Le P. Hennepin, d’Ath, découvre le Mississipi en 1680. Chapeaux importés de Flandre en Angleterre, sous le roi Henri IV. Nouvelle méthode de faire le sel, communiquée au méme pays en 1440. Invention des émaux et de la peinture & Vhuile a la fin du quatorziéme siécle. Perfectionnement des procédés de la peinture sur verre. Progrés de la gravure et de la sculp-

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