BENTINCK — BENTIVOGLIO
Au parlement, c’était un orateur redouté, mais il menait Péloquence comme la chasse et les paris. Il possédait une expérience consommée en mativre de durf, et avait, diton, gagné des sommes considérables aux courses. Le 21 septembre 1848, dans une visite aux environs de Londres, il fut frappé dune attaque d’apoplexie foudroyante ; du moins son cadavre ful trouvégisant sur la voie publique, sans qu’il y edt de traces extérieures Wun acte de violence. Son ami, M. Disraéli, a écrit sa vie (1851, in-8°),
La branche cadette de la maison de Bentinck fut fondée par un trés-jeune cousin du comte de Portland, ami d’enfance de Guillaume III, par Gwillawme pe Bentinck , né en 1701, mort en 1773, créé comte de l’Empire en 1732, marié en 1733 a Charlotte-Sophie, fille unique et hérilitre du dernier comte d’Aldenburg, laquelle lui apporta en dot le majorat d’Aldenburg , composé de la baronnie de Kniphausen et de la seigneurie de Varel, avec de nombreux domaines dans le pays d’Oldenburg; maiorat constitué par le dernier comte d’Oldenburg-Delmenhorst en faveur d’un fils illégitime, Antoine, légitimé et créé plus tard comte de ?Empire par Pempereur Ferdinand III. Le comte Guillaume de Bentinck laissa en mourant deux fils, qui 4 leur tour furent la source de deux lignes collatérales dans la branche cadette. Les représentants de ces deux lignes se sont vivement disputé la possession de Vhéritage commun , devenu litigieux entre elles, par suite de questions @état trés-ardues, soulevées par les différents compétiteurs. Il s’agissait de savoir si, aux termes de la loi féodale, la noble -baronnie de Kniphausen pouvait jamais passer a des batards, ou du moins a des légitimés par mariage subséquent contracté avec une femme d’origine roturiére. Les deux branches mirent un terme a leurs longs différends par la vente de Kniphausen au grand-duc d’Oldenbourg en 1853. Le chef unique de cette famille, Charles-Ferdinand, né en 1792, était lieutenant-général au service de |’Angleterre.
BENTIVOGLIO, nom dune famille qui régna dans Bologne, et qui prétendait descendre d’un fils naturel de Hensius, batard lui-méme de Frédéric I. Hensius avait été fait prisonnier en 1249 par les Bolonais dans une bataille, et il mourut dans leur ville aprés vingt-deux ans de captivité. Mais Vhistoire de son fils parait apocryphe, et Sismondi, d’aprés d’anciennes chroniques, rattache la famille de Bentivoglio a la corporation des bouchers ; quoi qu’il en soit, elle avail acquis une certaine illustration A la fin du quatorziéme siécle, et elle jouissait d’une haute influence dans la république lorsque Jean Benttyocuio se fit proclamer, le 28 mars 1401, seigneur de Bologne. Son régne fut trés-court, puisque son armée fut défaite le 26 juin 1402 par Jean Galeaz Visconti, et le lendemain il fut tué par le peuple de Bologne. « Cependant, dit Sismondi, cette premiére usurpation d’un Bentivoglio devint pour tous ses descendants un titre 4 la souveraineté ; et comme des cette époque Bologne fut presque toujours en lutte avec I’Eglise pour défendre ou recouvrer son indépendance, le parti de Bentivoglio, par son oppositicn au parti du pape, se confondit enfin, aux yeux du peuple lui-méme, avec le parti de la liberté. »
BENTIVOGLIO (Antone), fils de Jean, aprés un exil de quinze ans, obtint en 1435 la permission de rentrer a Bologne; mais* la faveur populaire dont il jouissait ayant excité la défiance du pape Eugéne IV, il fut arrété le 23 décembre dela méme année, et décapité sans jugement.
BENTIVOGLIO (Annipav), fils du précédent, fut appelé a la téte du gouvernement de Bologne lorsque Nicolas Piccinino se fut emparé de cette ville, en 1438. Il épousa une fille naturelle du due de Milan, dont Piccinino commandait les troupes; néanmoins ce général fit arréter Bentivoglio en 1442. Une émeutele délivra, etles Milanais furent chassés, Il périt victime d’une conjuration , le 24 juin 1445.
BENTIVOGLIO (Sancue ou Santi). Annibal Bentivoglio
ne laissant qu’un fils de six ans, les Bolonais choisirent pour chef pendant sa minorité un certain Santi, qui passait pour fils d’Ange Cascése de Poppi, et que l’on prétendit alors étre fils naturel d’un Hercule Bentivoglio, Ce jeune homme, qui était manufacturier en laine a Florence, se laissa faire, et prit le gouvernement de Bologne, en 1446. Pendant les seize années qu’il vécut encore, il usa du pouvoir avec autant de vigueur que de modération, de prudence que de désintéressement, et mourut en 1462, regretté de tous ses concitoyens,
BENTIVOGLIO (Jean ID), fils d’Annibal, que Santi avait élevé avec un soin tout paternel, lui succéda. Les Malvezzi complotérent contre sa vie, en 1488, et en furent sévérement punis. Jouissant & Bologne d’une autorité analogue a celle dont Laurent de Médicis s’était revétu a Florence, Bentivoglio était trés-considéré dans toute I'Italie, et il alliait sa famille aux maisons souveraines. I s’était fait aussi le protecteur des arts et des lettres, ornant Bologue d’édifices somptueux, appelant prés de lui les artistes et les savants les plus célébres, enrichissant sa patrie des plus brillantes collections de statues , de tableaux, de manuscrits et de livres. Il gouvernait Bologne depuis quarante-quatre ans lorsque le pape Jules II s’avisa de conduire une armée devant cette ville, en 1506, Bentivoglio voyant que les Francais, dont il attendait du secours , s’étaient unis a ses adversaires, se retira dans le Milanez, le 2 novembre, pendant que les Bolonais ouvraient leurs portes au pape. Il mourut en 1508.
BENTIVOGLIO (Annipat IT et Hermés), tous deux fils de Jean , furent rétablis le 21 mai 1511 dans la souveraineté de Bologne par les Frangais. Cependant, bien qu’ils eussent gagné la hbataille de Ravenne, les Frangais abandonnérent bient6t l’Italie. Bologne se rendit au pape en 1512, et les Bentivoglio, réfugiésa Mantoue et Ferrare, renoncérent pour toujours a leur souveraineté,
BENTIVOGLIO (HercuLe), un des meilleurs poétes italiens du seiziéme siécle, naquit 4 Bologne, en 1506. Son pére Annibal II fut foreé la méme année de quitter cette ville, dont Jules II prenait possession. Chassé une seconde fois de Bologne, en 1512, Annibal emmena son fils 4 Ferrare, auprés du prince de la maison d’Este, dont il était parent. Le jeune Hercule Bentivoglio, neveu du duc Alphonse I‘, ne tarda pas 4 se faire distinguer 4 sa cour. I] fut plusieurs fois employé par les ducs de Ferrare dans des affaires et des négociations délicates. 11 mourut le 6 novembre 1573, laissant des ceuvres estimées qui ont été publiées ensemble a Paris, en 1719, Ony trouve des sonnets, des stances, des églogues, six satires, cing épitres et deux comédies, J/ Geloso, et I Fantasmi.
[BENTIVOGUIO (Gur), de la méme famille, fut le premier cardinal qu’elle donna a l’Eglise romaine. Il était né a Ferrare, en 1579. Politique habile et profond, il apporta cette qualité dans ses travaux Whistorien, et c’est ce qui leur donne cette maturité et cette supériorité de vues qu’on y remarque. Nourri de fortes études aux écoles de Ferrare et de Padoue, il en sortit trés-jeune pour se livrer tout entier a la vie active de l’époque. Il eut bientét a faire preuve de finesse et dhabileté contre les prétentions du pape Clément VIII, lorsque celui-ci crut pouvoir marcher ouvertement 4 Pusurpation du domaine des princes de Ferrare, Ces prétentions de Clément VIII allaient contre les droits du frére ainé de Gui Bentivoglio. Déja une expédition, que commandait le cardinal Aldobrandini sous le titre de général de la sainte Eglise, se dirigeait sur Ferrare. Gui, a peine agé de dix-neuf ans, se rendit auprés d’Aldobrandini pour y plaider la cause de son frére. Une espéce de traité de paix s'ensuivit , dans lequel cependant il ne put parvenir a sauver ce qui faisait Vobjet de la contestation, c’est-a-dire les droits de son frére sur un territoire qui lui revenait évidemment par droit de naissance. Le pape l’emporta, mais on transigea aevant 1a 1orce sans déyhonneur. Cette négociation
fut l’origine de la fortune du jeune Gui. L’habileté qu’il avait montrée avec les plénipotentiaires de la cour de Rome I’y mit en grand honneur, et lui ouvrit le chemin des emplois et des dignités. Clément VIII le nomma d’abord son camérier secret.
L’occasion de déployer ses rares talents de diplomate ne tarda pas a lui étre offerte. Dés 1607 Paul V, aprés l’avoir eréé archevéque de Rhodes, Venvoya en Flandre en qualité de nonce apostolique. De 14 il passa, en 1617, avec la méme qualité, 4 la cour de France. Dans ces missions délicates, le diplomate italien se montra picin de prudence et de ressources , et sut toujours stipuler dans l’intérét de Rome. Enfin , le 11 janvier 1621 il fot nommé cardinal, ef retourna A Rome, ou il ne tarda pas & captiver toufe la confiance d’Urbain VIII, dont il ne cessa plus de diriger la politique jusqu’a la mort de ce pape, arrivée en 1644. Gui Bentivoglio, selon toute apparence , aurait succédé & son ami, si la mort n’était venu le frapper, le 7 septembre de cetfe année 1644, au conclave méme réuni pour nommer le successeur d’Urbain VIII. Ce fut durant son séjour en Flandre que Van Dyck fit son portrait, l’un des plus remarquables parmi ceux que nous possédons de ce peintre au musée du Louvre.
TPautres Bentivoglio ont encore cultivé les leitres ou servi YEglise, mais avec un moindre éclat. Hippolyte, né vers le milieu du seiziéme sitcle, aprés une vie assez agitée , mourut a Ferrare, en 1685. — Son fils, Cornelio, né en 1668, fut aussi cardinal, Son meilleur ouvrage est une traduction de la Thébaide de Stace, qui parut A Rome en 1729. I] mourut en 1732. — Louis Bentirvocuio, frére de Cornelio, fut grand d’Espagne, théologien, orateur et poéte. — Leur sceur Matilde, mariée au marquis Mario Calcaguini, cultivait aussi la poésie, et fit partie de l’Académie des Arcades. Elle mourut en 1711. Charles Romey. |
BENTLEY (Ricnarp), l’un des philologues les plus instruiis , ef en méme temps les plus judicieux, né le 27 janvier 1662, 4 Oulton, prés Wakefield, dans lYorkshire , était fils d’un maréchal-ferrant. 11 fréquenta d’abord l’école de Wakefield, alla en 1676 étudier 4 l’université de Cambridge , devint en 1681 professeur 4 Spalding, dans le Lincolnshire, puis précepteur du fils du docteur Stillingfleet , qu’il accompagna 4 Vuniversilé d’Oxford, et ensuite chapelain du pére de son éléve, lorsqu’il fut nommé évéque de Worcester.
En 1692, chargé de V’exécution d’une disposition testamentaire de Robert Boyle, il composa huit sermons dans lesquels il réfutait avec une rare sagacité toutes les objections de Vathéisme contre la révélation. En 1693 il fut nommé conservateur de la bibliothéque de Saint-James. En 1693, le comte d’Orrery s’étant plaint, dans la préface des Lettres de Phalaris , du peu de complaisance dont avait fait preuve 4 son égard Richard Bentley , en ne consentant a lui confier que pour quelques heures seulement un manuscrit de cet auteur que possédait la bibliothéque de Saint-James, notre bibliothécaire, piqué de ce reproche, s’en vengea en démontrant Ja fausseté des prétendues Lettres de Phalaris.
En 1700 il fut nommé professeur de théologie au collége de la Trinité 4 Cambridge, et année suivante, aprés avoir résigné son canonicat de Worcester, il fut nourvu d’un archidiaconat 4 Ely. Bentley publia alors ses remarques critiques sur deux comédies d’Aristophane, et, sous le pseudonyme de Phileleutherus Lipsiensis, seslecons sur les fragments de Ménandre. Vinrent ensuite successivement ses éditions annotées d’Horace (Cambridge, 1711; 3¢ édition 1723, Amsterdam), regardée comme son chef-d’euvre ; de Térence et de Phédre (1726), que Hare critiqua vivement dans sa célébre Epistola critica, et de Manilius (1739). Son édition de Milton, dans laquelle i] s’est permis des changements et des suppressions de tout genre, prouve combien pen tl avait le sens de la poésie. Sa vie fut une longue série de querelles académiques, et quelque futiles qu’en aient
BENTIVOGLIO — BENZENBERG
le plus souvent été les motifs, on ne saurait disconyentr quwil y déploya autant de courage que de talent. I] mourut le 14 juillet 1742.
Son neveu, Thomas Bentiey, qui fut, comme lui, mene bre du Trinity College de Cambridge, mort en 1786, s’est également fait un nom comme éditeur et commentateur de quelques classiques, entre autres de César, mais surtout par l’étendue de ses connaissances en archéologie.
BENTZEL-STERNAU (Curistian-Ernest, comte pe), né a Mayence, le 9 avril 1767, entra en 1791 au service de l’électeur de cette ville. En 1806 il passa au service du grand-duc de Bade avec le titre de directeur au ministére de Vintérieur; et en 1812 le grand-duc de Francfort le nomma son ministre des finances. Lorsque, par suite des événements de 1813, cet Etat eut cessé d’exister, le comte de Bentzel-Sternau alla habiter alternativement en Suisse Mariahalden, prés du lac de Zurich, et son domaine d’Emmerichshofen, prés d’Aschaffenbourg, ot il est mort le 13 aoat 1850. Partageant depuis longtemps , comme son frére Gottfried , mort en 1832, les doctrines du protestantisme, if en embrassa ouvertement le culte a Francfort-sur-le-Mein , en aodit 1827, déterminé a une telle démarche par la conviction que tout homme d’honneur se doit 4 lui-méme de déclarer hautement quelles sont ses idées en matiére de foi. Il est mort le 18 aoft 1849, au village de Mariahalden, sur le lac de Zurich.
Les productions de cet écrivain, l'un des plus féconds de notre époque, sont aussi nombreuses que diverses. Ses Nouvelles pour le Coeur (2 vol., Hambourg, 1795-1796) avaient déja produit une vive sensation, lorsque le Veau d’Or, biographie (4 vol., Gotha, 1802), vint placer incontestablement l’auteur au rang des écrivains humoristes les plus distingués de l’Allemagne. Nous citerons encore dans la foule de productions auxquelles il a attaché son nom : Esprits vivifiants des Archives de Klurfeldt (Gotha, 4 volumes, 1804); Entretien dans le Labyrinthe (Gotha, 3 vol., 1805); Proéée (Ratisbonne, 1808); Lettres écrites par les Pygmées , roman satirique (Gotha, 1808) ; Telania (Ratisbonne, 1807) ; Morphée ou Vempire des songes (Ratisbonne, 1808); l’H6éte de Pierre (Gotha, 1808). De 1808 4 1811, il rédigea le journal ayant pour titre Jason , et s’essaya aussi dans le genre dramatique; mais |’élément satirique y domine plus que l’élément scénique. Les productions les plus originales qu’il ait fait paraitre en ce genre sont les nombreux proverbes qu’il a réunis sous le titre de Thédtre de la Cour de Barataria (4 vol., Leipzig, 1828). On a encore de lui les comédies Blanc et Noir (1826), A moi le monde! (1831), U Esprit de Canova (1839) et les Derniéres Feuilles de figuier (1840).
BENVENUTO CELLINI. Voyes Cetiini.
BENZENBERG (Jean-Freépénic), savant physicien, né le 5 mai 1777, a Scheeller, prés Elberfeld, fit des observations intéressantes sur les étoiles filantes, et le premier il essaya d’en déterminer la distance et Vorbite. Il séjourna ensuite pendant quelque temps 4 Hambourg, oi il fit sur la tour de Saint-Michel des expériences sur la loi de la chute des corps, sur la résistance de l’air et sur le mouvement rotatoire de la terre. L’électeur de Bavitre le nomma en 1805 professeur de physique el d’astronomie au lycée de Dusseldorf, et lui confia la direction du cadastre qui fut entrepris en 1807, au moyen d’une nouvelle triangulation de la Bavidre. Il fonda en outre une école particulitre d’arpentage, 4 usage de laquelle il composa un Manuel de Géométrie. Comme membre des Etats de le province rhénane, il réclama constamment un gouvernement représentatif pour la Prusse, l’égalité devant la loi, et la liberté des cultes. En 1845, il publia un ouvrage sui les Constitutions d’Etat de U Allemagne, el de Nouveaux Essais sur le mouvement rotafoire de (a terre, Il est mort le 8 juin 1846, dans un domaine qu’il possédait a Bilk,
BENZENBERG — BEQUET
village voisin de Dusseldorf, of il avait fait construire, en 1844, un observatoire que par l’acte de ses dernitres volontés il légua a la ville de Dusseldorf avec le capital nécessaire 4 son entretien.
BENZINE, substance découverte par Milscherlich dans les produits de la distillation séche du benzoate de chaux ; on la nomme quelquefois benzole et phéne. C’est un composé de carbone et d’hydrogéne (C42 H6). On la retire aujourd’hui, en quantités immenses, des huiles de goudron de houille qui se forment dans la fabrication du gaz déclairage. Elle est produite par la haute température a laquelle on distille la houille; mais cette chaleur donne naissance en méme temps a des homologues de la benzine, tels que le toluene, a la naphtaline, au phénol, et a d’autres produits. La benzine est un liquide incolore, neutre, a peu prés insoluble dans eau, soluble dans Valcool et Péther, et dune densité de 0,85. Elle dissout le soufre , le phosphore et Piode, et plus aisément encore les graisses, les huiles, la cire, les essences, le caoutchouc. Elle brale avec une flamme fuligineuse. On en fait grand usage pour dégraisser les étoffes ; mais il faut avoir soin de ’étendre et de frotter avec de la laine, sans quoi la tache reparaitrait aprés Pévaporation du dissolvant. La benzine sert a détruire les animaux parasites et les insectes. Administrée a Vinterieur, elle empoisonne en quelques minutes. On Vemploie aussi pour la conservation des collections d’histoire naturelle, et dans la gravure héliographique. Traitée par Vacide nitrique fumant, la benzine produit la nitrobenzine.
BENZOILE, corps hypothétique dont la formule est C14 H> O? et qui est considéré comme le radical d’une foule de produits chimiques tirés des baumes et essences, tels que le benjoin, le baume de Tolu, les essences d’amande amére, de cannelle, etc.
Lhydrure de benzoile n’est autre chose que l’essence d’amandes améres pure.
BENZOIQUE (Acide). Cet acide, ainsi nommé parce qu'il s’obtient du benjoin, entre comme partie constituante dans tous les baumes, dans la vanille, la cannelle, Purine des enfants et celle des mammiféres herbivores. Il se présente sous forme de lamelles nacrées, blanches et flexibles. Il est inodore lorsqu’il est pur, et il a une odeur d’encens quand il renferme de la résine et un peu d’huile essentielle. Sa saveur est piquante et un peu amére. II forme avec les oxydes métalliques les benzoates, dans lesquels l’équivalent d’eau de l’acide est remplacé par un équivalent Woxyde métallique.
BEOTIE, contrée dela Gréce centrale , bornée au nord par la Phocide et la Locride opontienne, a l’est par le canal de ’Eubée, au sud par l’Attique et la Mégaride, a louest par la mer d’Alcyon et la Phocide, quoique ces différentes limites aient beaucoup varié. C’est en général, et surtout au sud-ouest, un pays de montagnes fort élevées. Les vallées renfermées au sud entre le Cithéron et le Parnés, a l’ouest entre ’Hélicon et les défilés du Parnasse, au nord par les monts Opontiens, forment trois régions distinctes : celle de la vallée du Copaé, celle de l’Asope et le littoral de la mer de Crissa. Les poétes et les mythologues anciens célébrent a envi les beautés de ces montagnes, de méme que celles du Libethrus et du mont Sphinx. Le Céphyse, qui entre en Béotie 4 Chéronée, venant de la Phocide, en était le principal cours d’eau; grossi au printemps par une multitude de ruisseaux formés par les pluies, il transforme la vallée de Copaé en un vaste lac. Au nord de la Béotie, Pair est pur et sain ; mais les parties basses de la contrée sont sujettes aux tremblements de terre et a des brouillards épais et malsains.
La Béotie abondait en richesses minérales , notamment en marbre, argile et fer; elle produisait beaucoup de blé et de fruits, et était célébre méme au temps de l’antiquité par
ses tuyaux de fldtes. Les habitants primitifs de cette contrée appartenaient 4 des races diverses ; et de bonne heure ils fu rent refoulés par les Eoliens, venus de Thessalie, avec lesquels ils finirent par se confondre en partie. Les Béotiens étaient de vigoureux cultivateurs, de braves soldats tant d’infanterie que de cavalerie, mais lourds, grossiers, étrangers 4 tous les raffinements introduits dans les meeurs par la civilisation ; aussi y avait-il aux yeux des Grecs quelque chose de honteux a ¢tre originaire de la Béotie, et le nom de Béotien équivalait-il parmi eux a une injure. Les Béotiens ne laissent cependant pas que d’avoir produit bon nombre de capitaines célébres, Epaminondas, entre autres; de poétes , de philosophes et d’historiens illustres, par exemple Hésiode, Pindare, Corinne, Plutarque, ete.
Leur territoire et leurs villes les plus importantes, dont le nombre est le plus souvent porté 4 quatorze, parmi lesquelles on mentionne Thébes, Haliartus, Thespies, ete., formaient ce qu’on appelait la Ligue béotienne. Consultez Klutz, De Federe Beotico (Berlin, 1821), et Ter Breujel, De Federe Beotico ( Groeningue, 1831). A la téte de cette ligue était placé un archonte; venait ensuite un corps délibérant, composé de quatre personnes et siégeant 4 Thébes. Quant au pouvoir exécutif, il était confié aux béotarques élus en assemblées générales du peuple par les différents Etats, et dont les fonctions ne pouvaient pas se prolonger au dela d’une année. Au temps de l’empire romain, il ne subsistait plus que quelques traces de l’existence de cette ligue; car aprés la bataille de Chéronée, ou Philippe fonda la prépondérance macédonienne sur les ruines de la liberlé de la Gréce, Pimportance politique de la Béotie avait si rapidement déchu, que vers l’an 30 avant J.-C. Tanagre et Thespies étaient les seules villes dont il fat encore quelque peu question. Mais les champs de bataille de Platée, deLeuctres, de Coronée et de Chéronée resteront éternellement célébres dans Vhistoire.
La Béotie moderne forme, avec l’Attique, une des dix préfectures (nomarchies) de la Gréce ; elles avaient ensemble, en 1871, une population de 136,804 habitants ; leur chef-lieu est Athénes.
BEOTIEN. Voyez Béorte.
On sait de reste qu’il y a des Béotiens ailleurs qu’en Gréce. En effet, cenom des habitants de la Béotie, devenu proverbial, s’emploie pour désigner un homme stupide, illettré, quel que soit le lieu de sa naissance. La néologie a méme créé le nom de béotisme pour désigner cet état de l’esprit qui fait d’up lourdaud un béotien.
BEOTIENNE (Ligue). Voyez BEoriE.
BEQUARRE. Voyez Bécanre.
BEQUE-FIGUE. Voycz Bec-FIcvE.
BEQUET (frenne), journaliste, naquit 4 Paris, vers 1800, d’une famille riche et considérée. Aprés avoir fait de brillantes études dans sa ville natale, il se conforma dabord au yoeu de son pére, qui le destinait au barreau ; mais Varidité du code le rebuta. Il préférait lire et relire Jean-Jacques, Diderot , et plus encore Voltaire. Geoffroy, Dussault, Hoffman, Duviquet florissaient alors au Journal des Débats ; ils tendirent une main bienveillante et fraternelle au jeune Béquet, et lui, sous linitiale R, écrivit pendant quinze ans un feuilleton hebdomadaire de critique pour ce journal. Son insouciant abandon, sa grace parfaite, son tact exquis, le merveilleux talent qu’il avait de tout dire sans oflenser personne, ce besoin qu’il éprouvait de parler toujours plutét des morts que des vivants, ce profond sentiment des convenances qui ne l’abandonna jamais, le mirent a Pabri des rudes épreuves du journalisme. II s’effaca prudemment pour laisser passer ce nuage, gros de rien, quon appelait alors l’école nouvelle. Presque seul, il combattit pour Casimir Delavigne, quand le poéte était abandonné de tous. Le premier, il applaudit 4 la comédie de Scribe, qu'il
trouvait ingénieuse et suffisamment écrite. C’est méme iui qu’on est redevable du prospectus des ceuvres du célébre vaudevilliste, et jamais il ne donna & personne une plus grande preuve de dévouement. II avait été lami de Talma, il resta ’ami de M"* Mars, les deux seuls grands talents, selon lui, de notre scéne moderne.
Quelquefois, aprés avoir écrit pendant six mois sa critique hebdomadaire, il abandonnait brusquement la besogne, et, sans dire adieu 4 personne, il allait dans quelque maison des champs, éloignée de la ville, se replonger avec délices dans cette paresseuse contemplation des modéles , qui était sa vie. Si Poisiveté devenait trop forte, il se mettait & traduire quelque vieil auteur, et c’est a cette disposition d’esprit que nous devons sa version élégante et fidéle de | Histoire véritable de Lucien, qui fait partie dela collection des romans grecs éditée par le libraire Merlin.
Quoique exclusivement chargé du féuilleton littéraire, Béquet abordait quelquefois cependant la politique dans le Journal des Débats. Au mois d’aodt 1829, & la fin de la monarchie de Charles X, quand tout courait au dénodment fatal, il arrive au bureau, plein de tristesse, portant, lui aussi, sa page prophétique, qui finissait par ces mots : Malheureuse France! malheureux roi! A cette parole, la France sembla se lever comme un seul homme. Le ministére palit, tremble, et fait au journal ce mémorable procés qui fut son avant-derniére défaite. Alors seulement on apprit quelle main invisible avait écrit ce Mané, Tekel, Pharés! Béquet, sans préyenir personne, s’en fut se dénoncer lui-méme au procureur du roi, qui s’étonna de voir entrer dans son prétoire ce Mirabeau si tranquilleetsi calme. Totam Greciam conturbavi, disait-il, comme Cicéron, et il se consolait de tout, méme de ne pas @tre arrété, avec une citation latine.
Le plus bel ayenir semblait sourire 4 Béquet aprés la révolution de Juillet, dont ilavait donné le premier signal. Tous ses amis étaient professeurs, préfets, conseillers d’Etat, ministres; lui ne voulut rien étre; il trouvait un charme trop irrésistible & vivre dans son indolente paresse. Une autre passion, encore plus triste et qui étonne autant qu’elle afflige, s’empara de lui et le domina jusqu’au tombeau : cet homme un esprit si délicat, d’un caractére si aimable, laissait souvent sa raison au fond d’un verre.
Un jour il se mif en téte d’essayer, lui aussi, son roman; et, par un beau jour de printemps, il commenga son ceuvre aprés y avoir longtemps révé. Il écrivait trés-lentement; c’était un habile artiste, s’efforgant d’étre simale et calme sur-
BEQUET — BEQUILLE
tout. Il ne lui fallut pas moins d’un mois pour achever ses quelques pages intitulées : Marie, ou le Mouchoir bleu. C'est histoire d’un pauvre soldat suisse qui vole un mouchoir pour Marie, sa fiancée, que la loi militaire fusille, et qui envoie 4 Marie ce mouchoir qu’il a baisé avant de mourir. Ce petit récit courut toute l’Europe, et eut presque autant de succes que Paul et Virginie. On se souvient d’avoir entendu M. Villemain en répéter plusieurs passages par coeur.
Ce succés effaroucha Béquet; mais la Revue de Paris, qui avait inséré sa premiére nouvelle, lui en demanda une seconde, et il se décida 4 lui donner ’ Abbaye de Maubuisson, qui fut lue avec non moins de plaisir. En 1835, cependant, une lassitude précoce, et qui étaif sans reméde, le saisit ; il abandonna la littérature et le Journal des Débats. Son pére était mort: il alla s’ensevelir dans un des plus tristes villages des environs de Paris, au fond d’une maison froide et triste, au bord d’une mare fangeuse, avec quelques vieux livres et une servante presque aussi Vieille; et une fois 14, on ne put plus l’en tirer, il ne voulut plus rien écrire; la vue d’un encrier ef d’une plume lui faisait le méme effet que l’eau sur les hydrophobes. A dater de ce jour, il vécut seul, tout seul; il relut les chefs-d’ceuvre épars dans sa chambre sans tapis; il but, il but sans cesse, il but toujours, et-l’abus de cet indigne passe-temps acheva de Tuiner sa vie. Ses amis le pleuraient depuis longtemps, quand, le 28 septembre 1838, il mourait dans la maison de santé du docteur Blanche, aprés une maladie de langueur qui avait duré trois mois,
BEQUILLE, sorte de baton surmonté d’une traverse , sur lequel les vieillards, les infirmes et les convalescents s’appuient pour marcher. On appelle béguillard celui que l’age ou les infirmités ont réduit a se servir d’une béquille, et ce mot est employé dans le style comique, comme synonyme de vieillard.
Béquille, en termes de jardinage , est un instrument en forme de ratissoire, au moyen duquel on donne un léger labour aux plantes qui sont en végétation, et méme aux céréales. Ce binage convient mieux dans le jardinage que dans Ja culture en grand; cependant, on peut l’employer aussi dans cette derniére avec le plus grand avantage lorsque la main-d’ceuvre n’est pas chére , surtout pour les légumineuses A racines charnues et tuberculeuses. La béquille a pris ce nom parce que jadis, au bout de son manche, il y avait un morceau de bois en travers, posé comme celui dune béquille.