‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 115 sur 197 · AGRICOLA — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

AGRICOLA — AGRICULTURE

dont il jouit de son vivant reposait plutét sur son action personnelle que sur ses ouvrages, tous écrits en latin, moins nombreux dailleurs ef aussi moins importants que la plupart de ceux des savants de son époque. La premiére édition a peu pres compléte qui en ait été donnée est celle d’Alard (Cologne, 1539, 1 vol. in-4°). Elle porte le titre de Lucubrationes. On-cite parmi ces écrits le discours In lawdem philosophiz et le traité De Inventione dialectica.

AGRICOLA (Georces ), dont le véritable nom était Bauer, naquit le 24 mars 1490 4 Glauchau, et mourut a Chemnitzle 21 novembre 1555. Apres avoir été de 1518 41522 recteur de ’école de Zwickau, il alla étudier la médecine a Leipzig, puis il se rendit en Italie. A son retour, en 1527, il s’établit comme médecin praticien a Joachimsthal en Bohéme, et en 1531 4 Chemnitz, ot il se livra désormais tout entier & la minéralogie. Convaincu que la Saxe recélaitdans ses montagnes d’immenses richesses minérales , il fit d’inutiles efforts pour faire partager ses convictions aux différents princes saxons. L’électeur Maurice le récompensa de ces travaux en Jui accordant une pension et un logement gratuit a Chemnitz, ot plus tard il gevint médecin communal et bourgmestre. En rentrant dans le giron de YEglise catholique il provoqua des haines si ardentes qu’a sa mort on refusa les honneurs de la sépulture a sa dépouille mortelle, et qu’il fallut le transférer a Zeitz. Les plus importants de ses ouvrages sont intitulés : De Ortu et causis Subterraneorum, etc. (Bale, 1546 et 1558, in-fol.); De Re Metallica (Bale, 1561, in-fol.); et De Mensuris et Ponderibus Romanorum atque Grecorum (Bale, 1533 et 1550 ,in-fol.). Schmidt a publié son Bergmannus, ou Dialogues sur Vexploitation des mines (Fribourg, 1806). Agricola fut le premier qui fit en Allemagne de la minéralogie raisonnée. Ilrendit de grands services a cette science, bien qu’il ne fat pas exempt des préjugés de son temps: c’esf ainsi qu’il avoue franchement croire a V’influence hostile des gnémes du monde souterrain. Il a aussi écrit un traité De Lapide Philosophico (Cologne, 1531).

AGRICOLA (Martin), l'un des premiers qui en Allemagne substituérent 4 la tablature les notes aujourd’hui en usage , né a Sorau en 1486 , mort le 10 juin 1556, fut, aprés la réformation, premier chantre et directeur de musique a Magdebourg. Il avait acquis des connaissances étendues, non pas seulement en musique, mais encore dans Jes langues anciennes. Ses différents ouvrages sont d’un grand prix pour qui veut bien connaitre ’état de la musique au seiziéme siecle, et notamment sa Musica instrumentalis (Wittenberg, 1529, 2° édit., 1545) pour Phistoire des instruments , attendu que les dessins qu’on y a joints sont de beaucoup préférables 4 ceux qui accompagnent Youvrage de Pratorius sur le méme sujet.

AGRICOLA (Jean-FrepEric), Yun des plus grands organistes et des plus habiles musiciens du dix-huitiéme siécle, né le 4 janvier 1720, a Dobitschen, dans le pays d’Altenbourg, étudia d’abord le droit 4 Leipzig, puis la musique sous Sébastien Bach. Son interméde Filosofo convinéo lui valut, en 1750, une place au thédtre de Potsdam, oi il épousa la célébre cantatrice Benedetta Emilia Molteni. A la mort de Graun, en 1759, il fut nommé directeur de la chapelle de Frédéric I, fonctions honorables, mais difficiles, quwil conserva jusqu’a sa mort, arrivée en 1774. Il a composé plusieurs opéras, Achille & Scyros, Iphigénie en Tauride, ete. Sa traduction de Introduction a VArt du Chant par Tosi (Berlin, 1757, in-4°), & laquelle il ajouta de précieuses annotations, explique clairement l’ancienne solmisation.

AGRICOLE (Systeme). Voyez Puysiocratioun.

AGRICULTURE. Obtenir par le travail le plus de produits possibles de la terre, sans toutefois l’épuiser, tel est le but et l’objet de l’agriculture. La théorie de l’agriculture se compose : 1° dela physique et de la chimie agricoles , sciences des éléments favorables ou nuisibles &

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la végétation, des diverses natures de terrain et de leurs propriétés; 2° de la connaissance des principes généraux de la cudéwre des terres, ce qui comprend tous les détails relatifs aux instruments aratoires, ustensiles et outils, et la théorie des engrais et des amendements, ainsi que des semis et plantations; 3° deVart vétérinaire; 4° de Varchitecture rurale, pour construire avec salubrité les habitations des cultivateurs et les logements des gnimaux, les caves, greniers, meules, granges, etc.

D’autres sciences, comme la géométrie, la mécanique, la météorologie, la botanique, Phydraulique, ’hygiéne, la géologie, la statistique et méme le droit civil peuvent contribuer beaucoup a éclairer sa marche et 4 assurer ses pas.

En ne considérant que lagricniture pratique, on peut la diviser en graide et petite culture. La grande culture a lieu dans les grands domaines : son objet principal et presque unique est la culture des céréales. Elle appelle a son secours les grandes machines aratoires ; elle se sert des chevaux, parce qu’ils ont l'allure plus vive que les boeufs ; ceuxci ne sont employés que rarement, sauf en plaine. Les conditions de sa prospérité sont : le voisinage des grandes villes, des grands marchés pour Pécoulement des produits, et surtout les qualites essentielles que doit posséder le fermier qui la dirige : Pintelligence et activité, une grande expérience de la culture des terres, des connaissances positives sur leurs principes constitutifs et sur les mélanges qui peuvent les améliorer, |’6conomie de temps et de moyens. Il faut de plus, pour la grande culture, des capitaux considérables, afin de pouvoir confectionner les instruments d’exploitation et parer aux pertes qu’occasionnent les saisons défavorables.

Le fermier, faisant ’avance d’un certain capital et de son industrie, dispose pour lui-méme des produits du domaine moyennant la redevance annuelle qu’il paye, sous le nom de fermage, 4 un régisseur ou intendant, qui administre la propriété pour un salaire fixe. La méthode @exploitation par régisseur est fort commune en Allemagne, et tend a se généraliser en France. I faut aussi mentionner le mode @’exploitation par colons partiaires, métayers, ou grangers, les associations en commandite, enfin les colonisations dirigées soit par le gouvernement, soit par des sociétés particuliéres.

La petite culture, ainsi nommée par opposition a la grande, peut, a la quantité pres, comprendre et les céréales, objet principal de celle-ci, et tous les autres produits, selon les localités, les climats, la nature du sol et ses Voisinages. Les petites fermes et les métairies sont par conséquent comprises dans cette classe. Ses moyens d’exécution sont les chevaux,, les beeufs, les Anes méme, selon la position du sol. Elle a pour objet : les paturages, les prairies naturelles et artificielles, les pommiers 4 cidre, mdriers, vignes, oliviers, tous les arbres fruitiers, plantes oléagineuses et tinctoriales, l’entretien et I’éducation des bestiaux. Elle se pratique sur un sol varié, piaines, collines, montagnes. Elle exige moins de capitaux que la précédente. Le fermier doit avoir un sens droit, du discernement, des connaissances générales sur la nature des végétaux, et positives sur la maniére de les cultiver. Cette classe de cultivateurs, Moins riche que les grands propriétaires, mais peut-étre plus laborieuse, mérite toute la sollicitude du gouvernement. Cest @ailleurs le plus souvent le propriétaire qui exploite lui-méme son patrimoine. Dans la petite culture il faut aussi comprendre celle qui se pratique 4 bras d’homme. Son objet principal est la culture des légumes, des plantes alimentaires, oléagineuses, tinctoriales, arbres fruitiers, etc. Cette derniere classe est pauyre; Al ordinaire elle ne récolte que pour ses besoins ; a peine lui reste-t-il assez pour payer les impdts et les droits. Quoique inférieure aux autres, la petite culture n’en est pas moins utile; c'est dailleurs de la réunion de toutes treis que résulte cet ensemble de productions variées, qui charme la vue, suffit aux besoins généraux, et qui'donne

Pidée la plus vraie de la fertilité du sol, de Vactivité des cultivateurs, et de l'état prospére out se trouve l'art agricole dans un pays.

Relativement aux produits que lon veut retirer de Ja terre, agriculture recoit encore diverses dénominations. agriculture proprement dite est celle qui s’applique exclusivement aux céréales. horticulture ne demande pour ses opérations que d’étroits espaces et le travail manuel de Phomme, et se divisé elle-méme en plusieurs rameaux, tels que la pomologie, la floriculture, l’art du maraicher, etc. Vient ensuite la silviculture, ou agriculture forestiére, qui a trait 4 tout ce qui concerne les foréts, \’entretien des arbres, la taille et aménagement ; la viticulture, qui s’occupe spécialement de la vigne, de l’art de faire du vin et de le conserver. — On a aussi donné le nom de soopédie ala partie de Vagriculture qui concerne l’éléye des bestiaux et des autres animaux domestiques. On peut y joindre Papiculture, ou Part d’élever les abeilles ; la sériciculture , ou Vart de produire la soie ; Paviculture, ou art délever les oiseaux, et la pisciculture, art de peupler nos viviers. On réserve l’expression d’économie rurale a cette partie de la science agricole qui apprend a diriger les moyens dont dispose le cultivateur, et & les combiner entre eux de la maniére la plus favorable au succes de l’entreprise.

Le probléme de lagriculture se résout par différents procédés. L’homme a plusieurs moyens de réparer Pépuisement du sol causé par les récoltes qu’ilen tire, entre autres les engrais, qui renouvellent les matiéres propres a la nutrition des plantes; les différents labours, qui font absorber au sol les principes vivifiants de l’atimosphére; la combinaison des récoltes, que nous donne la théorie des assolements, c’est-a-dire la succession alternante de plantes qui, ne se nourrissant pas des mémes substances permettent au soi de réparer successivement ses pertes. Les irrigations ajoutent encore a la fertilité du sol par la formation de prairies artificielles.

Un savant praticien énumérera, 4 Varticle Agronomie, les connaissances indispensables a l’agriculteur.

L’origine de l’agriculture est sans doute contemporaine du fait de Vappropriation du sol ou de la constitution de la propriété, Dans cet état hypothétique de ’humanité auquel on donne le nom de société primitive, la richesse agricole consistait uniquement en bestiaux que l’on faisait voyager d’un lieu & un autre pour chercher de nouveaux paturages et des eaux vives; mais 4 mesure que le genre humain s’accrut, la population se fixa. Pour cela i! fallut exécuter sur le sol certains travaux qui fussent, pour ainsi dire » le prix de son appropriation a un seul possesseur. C’est seulement a partir de ce moment que put naitre agriculture proprement dite. Jusque alors ’homme s’était contenté de consommer les produits naturels qu’il rencontrait; des ce moment il chercha ales multiplier par la culture.

L’agriculture dépend principalement du climat, de l’agglomération plus ou moins grande de la population sur un territoire, et du degré de civilisation auquel cette population est parvenue. Dans les climats chauds, oii la nature produit une énorme abondance de fruits pour Ja subsistance de Vhomme et des animaux, ou il n’est pas nécessaire de se livrer & un travail incessant pour satisfaire aux différents besoins de la vie, Pagriculture en général fait peu de progres, Il en est de méme dans les contrées ot régne constamment un froid rigoureux ; mais ici ce sont les obstacles naturv'« qui s’opposent au développement de la culture. Ainsi, per exemple, dans le Groénland et le Kamtschatka, ow la ter: est couverte de neige pendant neuf mois de Pannée, on nc peut cultiver qwune ou deux espéces de céréales , et Jes habitants se nourrissent principalement du produit de leur chasse et surtout de leur péche. Au contraire, dans les régions tempérées, Phomme peut travailler pendant presque touts

Yannée le sol qui le nourrit, et il en peut tirer une extréme variété de productions.

Il suffit de suivre la chronologie de Vhistoire générale pour constater ce fait, que les peuples s’adonnent naturellement a lagriculture sous certains climats qui lui sont favorables. Lorsqu’on ouvre les livres des Juifs, on voit qu’elle était Poccupation principale des patriarches, et que dés les temps les plus reculés elle était pratiquée dans la Mésopotamie et la Palestine. Osias, roi de Juda, dirigeait lui-méme , sur les montagnes du Carmel, les travaux de ses cultivateurs, et il étendait sa sollicitude d’une maniére toute paternelle sur ceux de ses sujets qui s’occupaient exclusivement de la culture des champs et du soin des troupeaux. On sait que l’agriculture était florissante chez les Assyriens , les Médes et les Perses. Selon Bérose, elle était si ancienne chez les Babyloniens, qu’elle remontait au premier siécle de Vexistence de ce peuple. Les Egyptiens lui attribuaient une origine céleste : suivant leurs traditions, la déesse Isis avait découvert le blé, et le dieu Osiris avait inventé la charrue et la culture de la vigne. Au reste, les travaux queles Egyptiens ont exécutés pour fertiliser ’Egypte sont les plus éloquents témoignages de limportance qu’ils attachaient a l'industrie agricole. A leur exemple, les Grecs attribuérent également aux dieux les premiéres notions qui leur furent révélées sur cet art. La mythologie nous montre Cérés, déesse des moissons, enseignant aux premiers habitants de lAttique lart d’ensemencer les terres, de recueillir le blé et de faire le pain. Elle attribue 4 Bacchus la culture de la vigne et la fabrication du vin. Le poéme d’Hésiode intitulé Les Travaux et les Jours nous donne quelques notions sur ce qu’était agriculture 4 cette haute antiquité. Il y est fait mention de la charrue, du soc, de la fléche, du manche, du rateau, de la faucille, de Vaignillon du bouyier, et d’une voiture a roues trés-basses qui avait sept pieds et demi de largeur. On voit dans ce poéme que le sol recevait trois labours , le premier en automne, le second au printemps et le dernier immédiatement aprés les semailles. A une époque moins reculée, Théophraste parle des engrais, découverte d’Augias, suivant Pline, des dépiquages des grains par les pieds des chevaux, des soins donnés a la multiplication des bestiaux ainsi qu’au nouifissage des percs et des chévres, et enfin de l’éducation des chevaux de labour et de luxe. Ces résultats incontestables d’une culture avancée font assez voir les progrés que les Grecs avaient accomplis dans l’art de cultiver le sol et en quel honneur ils le tenaient.

Les Romains, a leur tour, regardérent cet art comme le plus utile 4 une nation, et les productions de la terre comme les biens les plus justes et les plus légitimes qu’il soit donné a Yhomme d’acquérir. Il fellait dans les premiers temps posséder un champ, si modique qu’il fut, et le cultiver soi-méme pour étre admis au nombre des défenseurs de la patrie. Les tribus rustiques étaient les plus honorées. Le propriétaire cultivait son domaine a la béche, mode de culture qui était jugé plus favorable a la production. En outre, des lois sévéres veillaient au respect des moissons sur pied et des limites des champs, et, grace 4 la réserve d’un domaine public considérable, dont une partie était affermée au profit de VEtat, les particuliers n’avaient pas 4 gémir sous le poids des impots. Le droit de parcours était inconnu ; on multipliait les marchés et les foires, tout en laissant chacun libre d’y porter ses denrées; on ouvrail et l’on entretenait avec soin des voies de communication pour faciliter les transports. Mais lorsque les usurpations patriciennes sur le domaine public @abord , sur la propriété privée ensuite, eurent absorbé le sol jusque alors si fertile de ’Italie, et que, malgré les lois agraires, les rudes travaux de l’agriculture furent abandonnés aux esclaves, les campagnes, négligées, ne fournirent plus le blé nécessaire a la subsistance du peuple romain, qui dut s’approvisionner ailleurs , et on ne s’occupa plus guére que des paturages et de l’éléve des bestiaux. Le revenu foncier n’était

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plus que d’environ soixante litres par hectare sous Yempereur Claude, tandis quil était encore de deux cent cinquante litres 4 l’époque oi vivait Cicéron. — Caton le Censeu., Varron, Columelle, Virgile, Pline et Palladius nous ont laissé des documents intéressants sur la situation et les progres de Pagriculture aux diverses époques dela grandeur des Romains et de leur décadence. On connaissait parfaitement, du moins dans lorigine , toute Vimportance du travail et de Vinspection personnelle ; mais quand, par les causes rapportées plus haut, les propriétaires ne cultivérent plus par eux-mémes, ils confiérent d’abord exploitation 4 des partwarii, qui n’avaient tout au plus qu’un cinguiéme du produit, mais ne fournissaient ni les semences, ni les bestiaux, ni les instruments. I] y eut ensuite des coloni, sorte de fermiers qui payaient une redevance en argent pour la jouissance d’une partie ou de la totalité des produits. Du temps de Caton le fonds qui avait le plus de valeur était celui qui était plantéen vigne, quoique les vins de I’Italie fussent peu estimés. En seconde ligne venaient les jardins, les saussaies, les vergers d’oliviers, les prairies, les terres a blé, les bois taillis, les piéces couvertes d’arbres destinés 4 soutenir les ceps de vigne , enfin les foréts a glands. On mettait le plus grand soin a varier les cultures d’aprés les terrains qui leur sont propres, et l’on suivait différents systemes ou cours de culture sur ces diverses espéces de sol; mais la rotation la plus ordinaire était une récolte de céréales suivie d’une jachére, ou le systéme biennal. Quelquefois encore on rompait les vieilles prairies pour les mettre en culture pendant trois ans de suite; au bout de ce temps on rétablissait état primitif. Les Romains possédaient un grand nombre d’instruments aratoires, entre autres Pirpex, Véquivalent de Vinstrument que nous appelons cultivateur ; le crates, sorte de herse; le rateau, le hoyau, la béche, le sarewlum, la marsa, etc. Ils ne connurent la charrue a roues qu’a la fin de la république. Parmi les meilleurs engrais, ils comptaient ceux que fournissaient les cloaques , les basses-cours ; ils savaient également fumer les terres, soit en renversant Jes plantes légumineuses au moment de leur floraison pour les faire pourrir dans les sillons, soit en brilant sur place les chaumes, soit en faisant parquer les bestiaux en plein air.

Les Romains pratiquaient le labour léger que nous nommons binage, le butiage et le sarclage. On ne liait pas le blé en gerbe; sitét qu’il était coupé on Venveyail a Vaire pour étre battu. On faisait brouter aux moutons vers le printemps celui qui poussait avec trop de vigueur. Leur systéme d’irrigation et de desséchement était admirablement entendu. Ils cultivaient presque toutes les céréales , les légumes et les fourrages que nous possédons , notamment notre froment ordinaire, quils nommaient7obus, notre froment blanc, qu’ils nommaient siligo, et le far, que Yon croit étre le mais. Ils avaient portéa un trés-haut degré Vart de former des prairies artificielles de plantes fourragéres , comme la luzerne, ainsi que la culture de la vigne et des oliviers.

Quelle était agriculture des autres peuples de l’antiquité? C’est ce que nous ne savons qu’imparfaitement. L’Espagne et le midi de la Gaule, ayant été civilisés par les Grecs et les Carthaginois, avaient di étre initiés de bonne heure a la culture des terres. Dans le nord méme de la Gaule, et dans Vile des Bretons, les nations celtiques avaient une agriculture passablement avancée, puisqu’elles employaient la marne pour amender les terres et qu’elles cultivaient une assez grande quantité de végétaux. Ce qu’il y a de certain, c’est que la population de ce pays était trés-nombreuse, fait qui témoigne dune agriculture avancée. Sous la domination romaine , les Gaulois firent de rapides progrés dans la civilisation, et agriculture participa 4 ce mouvement général. Mais Vinvasion des tribus germaniques, que l’amour seul du pillage rassemblait autour @un chef, couvrit le pays de ruines, et y tarit toutes les sources de la production. Le régime politique qui suivit ’établissement des Francs dans

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lx Gaule était loin de pouvoir relever l'agriculture du triste élat dans lequel elle était tombée. En effet, les Gaulois, plongés dans la servitude , étaient soumis 4la domination arbitraire des Francs, possesseurs d’alleux ou de hénéfices. Or, eatre les mains d’esclaves paresseux et craintifs les terres les meilleures deviennent bientot infertiles.

Ce ne fut que sous les rois de la seconde race “re Vagriculture Commenga a se relever, grace 4 Vintelligece et a Pactivité des moines, qui se livrérent avec zéle au défrichement des terres. Qui ne sait, en effet, que les prémontrés, les bénédictins, etc., ont défriché dans toute la France bien des foréts et des landes que remplacent aujourd’hui des vignobles ou des moissons? Le progrés de agriculture dut beaucoup aussi au capitulaire de Charlemagne sur Ventretien

de ses fermes (de Villis ); mais, aprés la mort de ce prince, il fut bientot arrété par les incursions des Normands, des Sarrasins el des Hongrois aux neuviény et dixiéme sidcles, et surtout par le systéme féodal. Comment, en effet, Vagriculture aurait-elle pu fleurir a une époque ott le serf était arhitrairement taxé, taillé, soumis A des corvées et trainé a des guerres perpétuelles? C’est ce qui explique ces famines si fréquentes et si longues, ces pestes meurtriéres et multipliges, la dépopulation des campagnes, la misére et Vignorance générales. Aussi est-ce parmi les Maures d’Espagne qwil faut chercher de bons madéles de culture pendant le moyen Age : Pouvrage de l’Arabe Ebn-El-Aram en est mun monument curieux. Un auteur chrétien du méme pays, saint Isidore de Séville, a aussi laissé un traité tréscomplet sur Vagriculture dans le livre dix-septiéme de ses Origines , intitulé : De Rebus Rusticis.

Au treiziéme siécle, 4 !’époque des croisades, beaucoup de Seigneurs yendirent la liberté a leurs serfs, afin de se procurer les sommes nécessaires aux expéditions d’outre-mer. De nouvelles plantes furent introduites en Europe par les croisés qui revenaient de POrient, notamment le mais ou blé de Turquie, enyoyé en France par Boniface de Montferrat apres la prise de Constantinople, les pruniers de Damas, les échalotes , etc. Dés lors linfluence du travail libre ne tarda pas a se faire sentir dans la production agricole. L’affranchissement des communes vint encore favoriser ce mouvement ; toutefois ce ne fut guére qu’au seiziéme siecle que agriculture recut une impuision toute nouyelle. Elle devait naturellement se ressentir, comme toutes les sciences et tous les arts, des grandes découvertes de esprit humain a cette époque. La plupart des ouvrages de l'antiquité sur Vagriculture furent traduits dans les diverses langues modernes ; puis parurent a de courts intervalles, en Italie, les Vinti Giornate dell Agricoltura, par Gallo, et le Ricordo d@ Agricoltura par Camille Tarello, de Venise, qui proposa le premier dalterner les cultures; en Espagne, l’ouvrage de Herrera; en Allemagne, celui de Heresbach ; en Angleterre, le traité de Fitz Herbert, intitulé : the Book of Husbandry, ov nous voyons qu’a cette époque les Anglais se distinguaient déja dans Véducation des animaux domestiques; en France, le Thédtred@ Agriculture et le ménage des champs, dans lequel estreprésenté tout ce qui est requis et nécessaire pour bien dresser et gouverner, enrichir et embellir lamaison rustique, par Olivier de Serres, seigneur de Pradel, qui a nérité d’étre surnommé le pere de agriculture francaise. On lui doit la premiére notice détaillée sur la pomme de terre, alors récemment importée d’Amérique, ainsi que extension et Je perfectionnement de la culture du marier.

A partir du dix-septiéme siécle le progrés est généra! dans presque tous les Etats de Europe, ow il s’effectne plus ou moins rapidement. Entre les promoteurs de art agricole en Angleterre, on doit citer un réfngié polonais, nommé Hartlib, qui, dans son Discourse of Flander’s Husbandry, fit connaitre 4 sa nouvelle patrie la culture si soigneuse des Belges; Tull, qui le premier, dans son livre Horse-hoeing Husbandry, vecommanda Ja culture en lignes, mais gut

le tort de se déclarer Vennemi des engrais et de vouloir y suppléer par des labours multipliés. Bakewell, qui faconnait, pour ainsi dire, & son gré les races d’animaux, en appariant de génération en génération les individns doués des qualités qu’il s’agissait de fixer ou de développer encore dayantage; Arthur Young , Marshal et Sir John Sinelair, & qui Yon doit tant d’ouvrages excellents et de si notables améliorations ; enfin Loudon, qui a publié une Ancyclopédie de l Agriculture. En somme, |’Angleterre a porté son agriculture & la méme perfection que les produits de ses manufactures. Elle n’a pas de rivale pour Ja eulture en lignes , la rotation des récoltes , et principalement pour l’amélioration des animaux domestiques. L’Ecosse, encore barbare, ily a cent ans a peine, joint a ses titres d’honneur celui d’avoir répandu plus d’instruction parmi Jes habitants de ses campagnes. Mais en revanche l’Irlande voit son sol si fertile appauvri par la culture des pommes de terre, Pimpét et Vabsent éisme.

La France, que la nature a douée d’un climat plus favorable que sa voisine d’outre-Manche, est un pays essentiellement agricole. Sully voyait dans le paturage et le labourage les mamelles de l’Etat. Le régne de Louis XIV fut peu favorable au développement de l’agriculture ; le commerce et Vindustrie , les arts et la guerre, attirérent toute l’attention de ce prince , et Colbert subordonna toujours l’agrieulture a Vindustrie. Cependant les routes ef les canaux qu’ils firent construire multipliérent les relations, et servirent autant les laboureurs que Jes artisans. Sous le régne suivant, le systéme de Baw ef la fureur d’agiotage qui s’empara de tous les esprits, surtout durant la régence, accablérent l’agriculture, qui ne se releva que vers Je milieu du dix-huitiéme siécle. Les travaux de Quesnay , Turgot , Duhamel , Rozier, Raynal, Trudaine, Condorcet, Mirabeau, Dupont de Nemours, appelérent Vattention du gouvernement sur l’agriculture , et amenérent @utiles réformes. Dés 1754 un édit fut publié qui permettait le libre commerce des grains dans Vintérieur de la France et en autorisait l’exportation dans de certaines limites. Des écoles vétérinaires furent fondées a Lyon et a Alfort. En 1756 en exempta d’impositions les terres nouvellement défrichées ; en 1776 on supprima Jes coryées ; de nombreuses sociétés d’agriculture se formérent, et s’occupérent des moyens de perfectionner et Ja théorie et les instruments. Mais pour que VPagriculture recdt une impulsion puissante, il ne fallait rien moins qu’une rénovation politique qui changeat les conditions mémes de la propriété territoriale et la rendit moins onéreuse, plus libre, plus accessible & tous. C’est donc a la destruction des derniéres lois féodales, de celles sur la chasse par exemple, a la suppression des dimes , a Valiénation des immenses propriétés du clergé et de la noblesse , 4 ’égal partage des biens entre les enfants, au morcellement qui en résulta, a notre révolution, en un mot, malgré les réquisitions et le maximum de la Convention, que la France doit les immenses progrés de son agriculture, depuis que la fin des guerres de la République et de ’Empire a permis au nouvel état de choses de porter ses fruits. Trois contributions fonciéres, triste nécessité d'un gouvernement militaire, furent successivement établies par administration fiscale. Toutefois, n’oublions pas que nous sommes redevables 4 Napoléon de la culture en grand de Ja betterave, et que dés Louis XVI notre pays avait acquis par les travaux de Parmentier la culture de la pomme de terre. Malgré le mauvais youloir de la Restauration, qui tendait 4 Pagglomération des terres dans la main des cj-devant seigneurs, et celui du gouvernement de Jnillet, qui réservait surtout sa sollicitude pour le commerce et l’industrie, il faut reconnaitre que depuis 1815 on s’est aecupé sans cesse de perfectionner les théories et les instruments agricoles ; on a créé a Roville et 2 Grignon, au Verneuil, des fermes-modéles oii de nombreux jeunes gens sont initiés aux meililenres théories ainsi qua l’appiication de toutes les sciences k Pagricniture, Les propriétaires, en fixant leur résidence sur

leurs terres eten dirigeant par eux-mémes les travaux, ont contribueé a faire adopter des procédés que repoussait la routine, La substitution du systéme des assolements a celui des jachéres, la multiplication des races @’animaux domestiques, de nombreux. percements de routes et de chemins, ont relevé Pagriculture, qui semble devoir bient6t trouver un appui dans de nouvelles machines, comme les faucheuses, les moissonneuses, les batteuses, etc., et demander le secours dela vapeur pour remplacer le travail des hommes et des, animaux par des locomobiles. Cerfes, agriculture n’a pas dit son dernier mot. Aprés la révolution de février, une certaine réaction se produisit en France en faveur de lagriculture : un institut agronomique fut fondé a Versailles, mais il 1’ pas survécu aux événements de 1851; des écoles régionales ont été instituées 4 Grignon ( Seine-et-Oise), 4 Grand-Jouan ({Loire-Inférieure), 4 la Saulsaye (Ain) et a Saint-Angeau (Cantal). Les trois premiéres existent encore. Trois bergeries et une vacherie furent achetées par l’Etat; des fermes-écoles ont été créées dans un grand nombre de départements ; enfin des concours régionaux et généraux distribuent de récompenses a tous Jes progres. Dés encouragements ont été donnés au driainage et au desséchement des marais On s’est encore occupé deslan des et des biens communau x. Presque tous les départements possedent des so ciétés agriculture et des comices agricoles; mais ce qui manque surtout 4 agriculture ce sont les bras et le crédif. Chaque contrée de \’Europe a une agriculture pratique toute particuliére. En Toscane on cultive les collines en terrasses, on pratique des défoncements 4 la béche; les maremmes et les métairies s’y transmettent héréditairement. kin Suisse on trouve une culture pastorale, et dune simplicité primitive, a laquelle s’harmonient merveilleusement les gracieux chalets au milieu des glaciers. Les Hollandais ont conquis leurs champs sur Océan. Les Flamands, de tout temps peuple agriculteur, ont découvert plusieurs espéces Wengrais et d’amendements. Ls n’ont pourtant presque rien écrit sur cette science, dont ils sont assurément les maitres ; a peine peut-on citer Agriculture pratique dela Flandre, par M. Van Aetbroeck, livre du reste trés-complet et bien .congu. La Pologne, un des pays les plus fertiles de ’Europe, produit les céréales en abondance, presque sans soin et sans culture. Le Danemark et surtout les duchés allemands de Schleswig-Holstein sont admirablement cultivés. On y suit les procédés de Thaer, le plus célébre des agronomes modernes , qui recommande surtout Panalyse chimique du sol pour calculer ses degrés de chaleur et de fertilité naturelle, et évaluer ce que la fermentation des engrais de toute espéce peut y ajouter. En Saxe et en Silésie, on a créé la race des brebis électorales, qui ont une laine si fine. Le Mecklembourg est fier de sa magnifique race de chevaux, qu’il doit a Pétat avancé de son agriculture. En Baviére, les enfants des paysans apprennent l’agriculture dans des catéchismes, absojument comme la religion. L’Espagne restera nécessairement en arriére des autres Etats tant que le tiers de son territoire appartiendra aux moines. La Russie, dontle sol est admirablement fertile, surtout dans ses provinces méridionales, a tout d gagner a l’émancipation prochaine des serfs. En dehors de Europe, il ne faut pas omettre Ja Chine, ott la condition d’agriculteur est si fort estimée, qu’elle vient immédiatement apres celle des lettrés et des officiers d’Etat, et que Vempereur lui-méme se rend une fois par an aux champs, avec un nombreux cortége, et, prenant la charrue, trace un sillon, afin @honorer letravail deschamps et de donner ainsi exemple ases sujets. C’est peut-¢tre le peuple le plus avaneé du globe sous ce rapport, ainsi que semblent le prouver les procédés intelligents qu’il emploie pour les engrais et » fa multiplicité des opérations manuelles. En Amérique, les anciens habitants du Mexique et du Pérou avyaient porté Vagriculture 4 un trés-haut degré de perfectionnement, et de nos jours les infatigables défricheurs des Etats-Unis

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méritent bien de ’humanité en conquérant 4 la production les immenses solitudes des prairies et des foréts vierges. De Vétat actuel de Vagriculture chez tous les peuples civilisés il résulte clairement qu’elle est en rapport direct avec les progrés des sociétés, et qwil importe de plus en plus d’éclairer la classe agricole. La loi sur Vinstruction primaire, celle sur Jes chemins vicinaux en France, ont déja fait beaucoup ainsi que les fermes-modéles et les comices agricoles.

Parmi les instituts et saviétés d’agriculture, il faut citer particuli¢rement la Société Centrale de Paris, ? Académie des Géorgophiles de Florence, la Société des Montagnes d’ Ecosse, Académie de Meglin, ete.

Quant ala littérature agricole, elle n’est pas moins encombrée que toutes les autres branches de littérature; elle a ses prétentions, ses répétitions, ses fatras. Les blés, les vins, les vers & soie, les colombiers, les bétes 4 laine ou 4 cornes, Ja médecine vétérinaire, ont été traités dans plusieurs milliers de volumes. Chaque plante cultivée, chaque béte de labour appartenant a Yexploitation rurale, a ses traités particuliers. I) faut sou- Jever toute cette masse de livres pour trouver ce quwil y a de vrai, de raisonnable et d’applicable au pays, et imiter ces habitants des rives du Rhéne qui soulévent des montagnes de sable pour cueillir quelques paillettes. Quand nous les aurons recueillies, ouvrons nos sillons, cultivons par nousmémes, eonsultons sans cesse les laboureurs du voisinage, et nous verrons jusqu’a quel point les théories sont applicables a notre sol. On peut citer cependant les Principes raisonnés @ Agriculture, par Thaer, traduits par Crud ; !'Agriculture pratique et raisonnée, de sir John Sinclair ; les Annales Agricoles de Roville, par Mathieu de Dombasie, 1830; le Calendrier du bon Cultivateur, par le méme; les Annales de V Académie de Maglin; \e Dictionnaire d’Agriculture pratique, par Francois de Neufchateau, Dupetit- Thouars, etc. (1827), 2 vol. in-8°; le Manuel pratique du Laboureur, par Chabouillé du Petit-Mont, 2 vol. in-12; les Eléments de Chimie agricole, par sir Humphry-Davy, traduits en francais, 2 vol., in-8°; la Chimie appliquée a Agriculture, par Chaptal, 2 vol., in-8°; le Cours de Culture et de naturalisation’ des Végétaux, par Thouin; la Maison Rustique du dix-neuvieme siecle, par une réunion de savants et de praticiens; le Nowveau Cours complet d@ Agriculture théorique et pratique, sur le plan de celui de Pabbé Rozier, par les membres de la section @’agriculture de l'Institut ; le Cours @’ Agriculture de M. de Gasparin, ?Encyclopédie de i’Agriculieur, par M. Moll, etc.

AGRICULTURE ( Ministére de I’), DU COMMERCE ET DES TRAVAUX PUBLICS, ministére de formation récente, tour a tour démembré et réuni au ministére de Pintérieur et A d’autres, scindé, divisé, détruit et reformé. En 1812 Napoléon avait créé un ministére du commerce et des manufactures; mais c’était moins pour protéger les relations commerciales que pour veiller 4 Vobservation rigoureuse du blocus continental. Ce ministére ne survécut pas a lempire. Sous Ja Restauration il fut remplacé par un bureau du commerce, et le 4 janvier 1828 une ordonnance royale nomma un secrétaire d’Etat président du conseil supérieur du commerce et des colonies. Le 20 du méme mois ce secrétaire Etat prit le titre de ministre au département du commerce et des manufactures. Cette institution ne se soutint pas longtemps; et lors de la formation du ministére du 8 aodt 1829, ’administration du commerce retomba dans les limites étroites dun bureau. Apres la réyolution de Juillet un ministere du commerce et de Vindustrie fut rétabli par Vadministration du 13 mars 1831; mais on y joignit les travaux publics, qui en furent séparés en 1834, pour former un ministére spécial. Le ministére dont nous nous occupons prit alors le nom de ministére du commerce. « II doit concentrer, disait-on dans le rapport au roi sur les attributions de ce ministére , toute Vaction du gouvernement

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