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que Vagouti. Sa queue est du double plus longue que celle de ce dernier. — L’agouti huppé présente sur locciput, depuis Vintervalle des yeux, une sorte de créte formée de poils trés-allongés et un peu relevés. — Enfin le mara, ou agouti des Patagons, est une espece dagouti a plus longues oreilles. Le mara est plus grand que le cotia, et differe de tous les autres agoutis en ce qu’il a cing molaires de chaque coté aux deux machoires. D’Azara lui a donné le nom de lidvre des Pampas, Ces quatre especes ne se trouvent que dans | Américme méridionale.
AGRA, chef-lieu d’une province de la présidence de Calcutta, dans l’Inde anglaise , batie sur le Djoumna, affluent du Gange, jadis capitale et résidence du puissant Akbar, grand mogol, était alors une dés plus brillantes villes de YAsie. On n’y comptait pas moins de huit cent miile dmes ; elle n’en possédait guére que soixante mille 4 l’époque de l’insurrection de 1857. En 1829 on y voyait prés de trente mille maisons, cent cinquante-trois temples indous, cent sept Mosquées , et deux églises chrétiennes. La fabrication et Je commerce des étoffes de coton et de soiey prirent d’inmenses proportions. Du milieu de ruines colossales, de constructions magnifiques, s’éléve le fort Akbarabad avec le Mouti-Medjid, ou mosquée des perles, l'un des plus beaux temples musulmans de toute lAsie. A peu de distance d’Agra, on trouve le célébre mausolée Taache-Maal ou Tadje-Mahel, construit par ?empereur Chah-Djehan en Vhonneur de la sultane Nour-Djehan, et que l’on peut regarder comme un des plus beaux et des plus magniliques monuments qu’il y ait sur la terre. Agra n’était d’abord quun village, sur Vemplacement duquel Sekunder-Lody fonda, en 1501, Badulghur, qui devint la capitale de ses Etats. Dans le seiziéme siécle, son nom fut changé par Akbar en celui d’Akbarabad, et en 1647 en celui d’Agra , qu’elle a conservé. En recevantle nom d’Agra, cette ville perdit en grande partie son ancienne splendeur, parce qu’a la méme époque (1647) le siége de empire fut transféré a Delhi. Agra, environnée d’une forte muraille, d’un fossé de cent pieds de large, et défendue par une forteresse importante, fut prise par les Mongols en 1784, et par les Anglaisen 1803. Ceux-ci la réunirenta leurs vastes possessions. Agra fut avec Delhi le principal siége de l’insurrection dans les Indes en 1857. Les troupes anglaises durent se retirer dans le fort le 5 juillet, mais le 10 octubre, le colonel Greathed battit les insurgés prés d’Agra, leur tua deux mille hommes et leur prit tous leurs canons.
AGRAFE. Enserrurerie on nomme ainsi un morceau de fer plat, recourbé aux deux extrémités et que l’on fixe par un des bouts dans une pierre, dans une piéce de cham branle, ou dans une piéce de bois, et par l’autre a la piéce avec laquelle on veut l’ajuster, en les liant solidement ensemble. On appelle aussi agrafe Vespéce de boucle dans jaquelle passe le panneton d’une espagnolette.
Dans architecture, on décore du nom @agrafe tout ornement qui semble unir plusieurs membres d’architecture Jes uns avec les autres : tels sont les ornements en forme de console qui sont placés a la téte des ares, et paraissent relier les moulures de Parchivolle avec la clef de Varc; telle
est encore ladécoration du parement de la clef d’une croisée.
Le nom dagrafe s’applique tout particulitrement A une sorte de petit crochet métallique qui en s’ajustant dans une porte sert a tenir fermés les habits, les robes, les manteaux, les yétements de toute nature. On fait le plus généralement les agrafes en fil de laiton étamé, ou bien on les blanchit en les faisant bouillir dans un bain d’étain et de créme de tartre, ou bien encore on les recouvre d'une sorte de vernis noir. Autrefois, la fabrication des agrafes était en quelque sorte ie privilége des pompiers 4 Paris, qui pour la plupart n’avaient d’autre occupation dans leurs corps-de-garde, en attendant les alertes, que de contourner du fil de fer ou de laiton en milliers dagrafes avec Taide seulement de la
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pince & bec de corbin. Vers 1826, un mécanicien, nommé Hoyau, leur enleva cette petile industrie en imaginant une machine qui permet 4 un seul ouvrier de fabriquer aujour- @hui trois cent cinquante-deux mille huit cents portes ou crochets par jour de douze heures. Dix opérations ont lieu successivement dans cette curieuse machine par chacun des tours de la manivelle qui lui donne le mouvement. Ainsi Je fil est pris, dressé, arrété a la longueur youlue, coupé par une cisaille qui fait les deux temps de se lever et de couper; puis il est dégagé par un guide, et conduit pour étre courbé par le milieu ; ensuite il est replié aux deux bouts pour faire les yeux, et lagrafe est chassée au dehors, en méme temps que par un autre mouvement toutes les piéces rentrent a leur premiére position, L’agrafe est alors reprise et portée a la main sous une machine qui l’aplatit; puis enfin elle est courbée en crochet également ala main. Dans ces derniers temps on a proposé des agrafes 4 verrou, qui permettent de serrer plus ou moins le yétement.
Les bijoutiers font aussi des agrafes en or et en argent, de formes diverses, et avec des ornements plus ou moins riches, dont l’usage est toujours de servir d’attaches faciles a promptement accrocher et ouyrir.
AGRAIRES (Lois). C’a été une erreur généralement admise que les lois agraires chez les Romains avaient pour but Vabolition de la propriété ou tout au moins le partage des terres. Mably , Montesquieu avaient professé cette fausse opinion. La Convention la partageait également, quand elle prononga dans sa loi du 17 mars 1793 la peine de mort contre quiconque proposerait une loi agraire, c’est-a-dire tendant au partage égal des terres entre tous les citoyens. Les Allemands Heyne, Savigny, Niebuhr réclamérent les premiers en faveur de la vérité historique. Leurs magnifiques travaux ont prouvé que les lois agraires ne pouvaient pas avoir pour but, soit la négation de la propriété, soit une limite imposée a Vexercice de ce droit, soit l’abolition de Vhéritage, soit enfin le partage égal des terres entre tous les citoyens de la république. On sait de quel respect les Romains entouraient la propriété. Esprits essentiellement pratiques et positifS , les Romains ne pouvaient songer & mettre en lois des spéculations impossibles a réaliser. Plutarque, bien qu’il connit parfaitement la nature des lois agraires 4 Rome, a peut-¢tre contribué au malentendu que nous signalons ici par son paralléle entre Agis, Cléoméne et les Gracques. On sait, en effet, que Lycurgue fit 4 Sparte un partage individuel des propriétés privées, que voulurent renouveler plus tard Agis et Cléoméne.
On appelait loi agraire 4 Rome toute disposition que faisait la république des terres qui lui appartenaient en propre. fl était de droit public que la conquéte emportait la confiscation du territoire ennemi; la république ne s’appropriait que rarementle tout, si ce n’est dans le cas de trahison flagrante. Telle est Porigine du domaine public, que vinrent agrandir plus tard, outre les additions volontaires de peuples alliés, les testaments de rois, Attale, Nicoméde, etc., les confiscations des biens des condamnés ou des prévenus, la succession des biens vacants, etc. Sur ce territoire les Romains fondaient des villes ou bien enyoyaient des colens. Ces colonies leur servaient de défense. De ce domaine, fruit de la conquéte, la partie cultivée était toujours adjugée aux nouveaux colons, soit a titre gratuit, soit par vente , soit par bail 4 redevance. Quant a la partie inculte, presque toujours la plus considérable, on n’avait pas coutume de la mettre en distribution, mais on en abandounait la jouissance a qui voulait la défricher etla cultiver, en réservant au domaine la dixiéme partie des moissons et Ja cinquiéme partie des fruits pergus. On mettait également un impot sur ceux qui élevaient du grand et du petit bétail.
Les riches semparérent peu a peu de cette portion de terres non partagées et livrées au premier occupant ; puis, se confiant dans la durée de leur possession, ils achetérent de
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gré & gré ou enlevérent par la force aux petits propriétaires voisins leurs modestes héritages, formant ainsi ces vastes domaines qui, suivant ’éloquente expression de Pline, ont perdn I’Italie. Le plus souvent méme c’étaient des compagnies industrielles qui se rendaient adjudicataires ; le plus souvent elles étaient composées de chevaliers que Montesquieu appelle les ¢raitants de la république. On comprend facilement que les fermiers de Etat dans ses domaines, ils étaient riches et puissants, n’avaient qu’un pas a faire pour se considérer comme propriétaires de biens dont ils n’étaient que possesseurs.
De 1a les plaintes des tribuns, de 1a les lois agraires.
Suivant Savigny et Niebuhr, le domaine public lui-méme se divisait en deux parties distinctes , lager publicus proprement dit et Yager vectigalis. L’ager publicus parait avoir été, soit celui dont l’Etat se réservait nettement la propriété en le laissant sans disposition précise et comme ressource éventuelle, soit celui ou l’on fondait des colonies et que l’on partageait au peuple. L’ager vectigalis , objet de nombreuses dispositions dans le droit impérial, était celui que frappaient des redevances par suite de ces adjudications faites par les censeurs au nom de la république, ou des sousconcessions faites par les adjudicataires primitifs , les villes, les colléges de prétres, les vestales, etc.
Quoi qu’il en soit, ’usucapion wétait pas admise sur le domaine public ; Etat avait un droit permanent de ressaisir les terres usurpées ou concédées. Ce fait est maintenant hors de doute.
Heyne a distingué trois espéces de lois agraires : 1° celles qui eurent pour objet la division ou le partage entre les plébéiens des terres du domaine public usurpées par les grands ; 2° celles qui eurent pour objet de diviser des terres ou récemment conquises ou laissées depuis plus ou moins longtemps dans le domaine de|’Etat, pour y fonder des colonies ; 3° enfin, dans les derniers temps de ta république, sous Marius, Sylla, Pompée, César, Antoine et méme Octave, les usurpations violentes de terres publiques et souvent méme de propriétés particulidres distribuées aux légions, atx soldats des généraux qui avaient combattu et triomphé dans les guerres civiles. Les deux premiéres espéces sont de véritables lois agraires. Mais l'une, mesure générale , difficile, souleva une foule de réclamations, et ne fut jamais entitrement exécutée, tandis que l’autre , mesure partielle , d’une exécution facile, utile 4 toutes les classes de I’Etat, ne vit jamais son principe contesté, alors méme qu’on contestait son opportunité. La troisitme espéce eut pour résultat la fondation de colonies d’un nouveau genre, exclusivement militaires, qui accrurent la puissance déja excessive des soldats dans les derniers temps de la république.
Lois agraires ayant pour but le partage du domaine public entre les plébéiens. Les lois agraires sont aussi anciennes que Rome; on en trouve sous les rois. Romulus, Numa, Servius Tullius en ont perté; et ce dernier peut méme étre considéré comme la premiére victime des lois agraires. Aprés l’expulsion des rois, révolution toute aristocratique, la question prend une nouvelle face. On trouve encore quelques concessions individuelles, mais extrémement rares. L’aristccratie agit alors sur les terres du domaine public comme si elles lui appartenaient; elle cessa de payer la redevance, le vectigal qui augmentait les revenus de PEtat et ¢tait employé aux services publics, elle vendit et elle a.ena. Ces progrés du mal et de Vinjustice furent si rapides, -jue vingtcing ans aprés la fondation de la république, le consul Spurius Cassius proposa une loi agraire dans un double but: il exigeait que la redevance fot réellement versée dans le trésor public par les fermiers de Pagri publici et employée a donner la paye aux soldats ; ef comme un traité conclu avec les Herniques venait de leur eniever les deux tiers du territoire, Cassius proposait de partager ces terres entre les Romains et les Latins, avec celles que Varistocratie détenait
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a tort. Les patriciens, menacés dans leurs usurpations , eurent adresse de gagner le collégue de Cassius, Proculus Virginius, qui s’opposa a cette loi. Ils aceusérent Cassius d’aspirer a la tyrannie, et les tribuns du peuple eux-mémes, jaloux de la popularité d’un aristocrate , prirent parti contre lui. Il fut mis 4 mort a la sortie de son consulat.
C’est 4 tort que Denys attribue 4 Appius Claudius, le fougueux patricien, si attaché aux prérogatives de son ordre, Vinitiative dune loi agraire. En 484 le peuple s’agita de nouveau pour obtenir une loi agraire, que le sénat persista a refuser. Dans les années qui suivirent immédiatement , les mémes propositions furent reprises par Menius, Spurius, Icilius et Pontificius. En 477 Fabius Cosson, personnage consulaire, reconnut formellement le principe et le caractére des lois agraires ; mais il ne put vaincre les refus des patriciens. Q. Considius, T. et Cn. Genucius ne furent pas plus heureux dans leurs motions. Appius Claudius résista a toutes les tentatives des tribuns, malgré les instances des consuls Valerius et Amilius. Cependant Fabius trouva un moyen terme, qui consistait & envoyer une colonie 4 Antium; mais les plébéiens, qui ne voulurent pas perdre leurs droits politiques , refusérent d’y afler habiter.
Enfin, en 454, est portée la lo Icilia, la premiére loi agraire qui ait été adoptée et exéa tée depuis la république, Le mont Aventin, qui jusque alors ne faisait pas partie dela ville, fut partagé entre les plébéiens.
Cependant la lutte continua entre les deux ordres. Petilius et le fils de Spurius Melius, ce chevalier romain qui dans un temps de disette avait employé ses immenses revenus a distribuer gratuitement du blé au peuple et que Varistocratie, inquiéte, avait mis 4 mort sans jugement comme aspirant a la royauté, se consumérent en vaines tentalives pour généraliser la loi Zcilic. En 411 le tribun L: Sextius proposa de partager le territoire de Boles. En 390 le territoire de Véies fut partagé entre les plébéiens, et sept arpents furent assignés 4 chaque personne libre dans une famille. En 379 il en fut de méme pour le territoire de Pomptinum. A peu pres a cette époque, Manlius Capitolinus proposa une loi agraire sur laquelle on manque complétement de renseignements. Les patriciens recoururent cette fois encore au vienx moyen qui leur réussissait toujours : ils accuserent Manlius @ambitionner la royauté, et Phomme qui avait sauvé Rome des Gaulois fut précipité de la roche Tarpéienne.
Pendant le siécle qui sépare Spurius Cassius de Licinius Stolon le mal s’accrut avec une rapidité effrayante. L’aristocratie sait éluder toutes les propositions de lois agraires ; toutes les fois qu’elle en est menacée, elle propose l’envoi de colonies dans les terres d’acquisition récente, gagnant ainsi de la popularité, se fortifiant dans les domaines usurpés, et profitant de l’expulsion de la partie la plus turbulente de Rome qu’elle envoie habiter ces colonies. Enfin, Yan de Rome 377, Licinius Stolon, plébéien, gendre du patricien Fabius Ambustus, aidé de son beau-pére et du fribun du peuple Lucius Sextius, jeune homme de cceur, a qui ilne manquait qu’une naissance patricienne , proposa a la fois trois lois, dont la premiére admettait les plébéiens a Pune des deux places de consul; la seconde était une nouvelle loi agraire, et la troisiéme réglait le payement des dettes a Yavantage des débiteurs. Voici les dispositions de sa loi agraire : Personne ne pourra posséder plus de cinq cents arpents de terres publiques. Sur cette étendue de terres on ne pourra pas faire paitre plus de cent tétes de gros bétail, plus de cing cents de petit; on sera tenu d’y entretenir un certain nombre d’hommes libres, surtout pour surveiller les travaux. Une amende frappera tous les violateurs de cette Ici. La partie des terres publiques retirée & tous ceux qui en posséderont plus de cinq cents arpents sera distribuée aux pauvres a des conditions équitables. — Le sénat ne se résigna pas sur-le-champ a accorder cette juste satisfaction, Mais Licinius Stolon perséyéra pendant dix ans, lut-
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tant avec habileté et sagesse contre le parli pris des patriciens; il finit par triompher.
Cette loi, ceuvre admirable de modération, eut les plus heureuses conséquences. Elle arréta Pabsorption de !a petite propriété par la grande, dont les conséquences déplorables se faisaient déja sentir; elle empécha cette male et rude population de laboureurs qui quittaient la charrue pour combattre de disparaitre devant la culture moins dispendieuse des esclaves. Quoi qu’on en ait dit, la république dut aux lois liciniennes un calme profond, la pratique des vertus privées et publiques et les conquétes rapides qu'elle fit jusqu’aux Gracques. Licinius Stolon doit donc étre compté au nombre des grands citoyens de la république; et pourtant (6 nature humaine! ) il fut condamné par sa propre loi, quil avait éludée en érnancipant son fils et en faisant passer sur sa téte cing cents arpents.
Dans Vintervalle de deux cents ans qui sépare Licinius Stolon des Gracques, le sénat fit plusieurs distributions spontanées. Flaminius porta une loi agraire qui distribuait le territoire gallo-romain entre Rimini et le Picénum, et Scipion , de retour de Carthage, fit la premiére distribution de terres aux soldats que Vhistoire mentionne.
Au moment ott les Gracques parurent sur la scéne politique, Rome n’était plus cette ville des Quirites au génie farouche, aux meeurs austéres. Elle s’était étendue @abord sur le Latium, puis sur toute l’Italie. Elle avait ruiné Carthage , conquis les iles de la Méditerranée, lAfrique , Espagne , la Gréce , une partie de Asie. Mais a chaque conquéte, & chaque assimilation de peuples vaincus, elle avait perdu quelque trait de son caractére national. A VYintérieur, par suite des courageux efforts des tribuns du peuple, des plébéiens étaient entrés 4 plusieurs reprises au sénat ; mais ces parvenus, reniant leur origine, s’efforgaient, a force de complaisances pour laristocratie, de lui faire oublier leur passé. Le peuple, au lieu de trouver en eux des soutiens fervents, n’avait pas de plus acharnés adversaires. Le nouveau patriciat était d@’ailleurs corrompu par les richesses qui affluaient de toutes parts 4 Rome. L’ordre des chevaliers avait surtout acquis une influence considérable ; les hommes d’argent étaient tout-puissants. Les abus étaient si grands, qu’on avait été obligé d’instituer un tribunal permanent pour faire rendre gorge aux publicains quand leurs exactions dépassaient toute mesure. Les fortunes s’étaient accrues dans une proportion énorme, ainsi que les propriétés territoriales. L’agriculture disparaissait peu a peu de ’Italie; a la culture économique des prairies, qui remplacait depuis longtemps celle du blé, les propriétaires de ces magnifiques villas, qui couvraient déja l’Italie, avaient substitué, comme plus lucrative, |’éléve des poissons les plus délicats ou des oiseaux les plus rares. D’ailleurs, le grand nombre des esclaves rendait toute agriculture impossible pour le peuple. Aussi, la populace romaine, sans moyens d’existence, n’avait-elle d’autres ressources que les distributions gratuites , les lois frumentaires et le trafic des votes. Joignons a ce tableau Vinfluence toujours croissante et démoralisatrice des affranchis, et Pon aura une idée de la haute et superbe mission que les Gracques voulurent accomplir.
Au rapport de Plutarque , ce fut au retour d’un voyage en Italie qu’effrayé et désolé par le spectacle affligeant qu'il avait eu sous les yeux , Tibérius Gracchus , tribun du peuple, porta sa fameuse loi Sempronia, dont les dispositions ne faisaient que renouveler celles des lois Liciniennes. Seulement, tenant compte de la différence des temps et des meeurs, aux cing cents arpents de terres publiques il en ajoutait deux cent cinquante pour chaque enfant. Pour oter tout prétexte au mauvais vouloir des patriciens, il avait méme poussé la modération jusqu’a stipuler une indemnité payée aux frais du trésor public pour le surplus des terres usurpées du domaine public qui serait enlevé a leurs détenteurs. En outre, comme il connaissait bien ce peuple cor-
rompu qu’il voulait régénérer, il avait eu la précaution d’interdire Valiénation de la portion concédée, qui du reste était a perpétuité.
La loi agraire fut adoptée, malgré lopposition d’Octavius, son collégue, que Tibérius eut !e tort de faire déposer, donnant ainsi exemple de violer Vinviolabilité tribunitienne qui ’aurait peut-étre sauvegardé plus tard lui-méme.
Sur ces entrefaites, eut lieu le testament d’ Attale, en faveur de la république romaine. Tibérius Gracchus commit alors la faute de proposer le partage de ce nouveau territoire en y admettant les Italiens ; motion impolitique pour sa popularité, mais qui témoigne du moins de Vélévation de son esprit. Ayant mécontenté a la fois les Italiens par sa loi agraire, et les Romains par sa motion en faveur des Italiens, il voulut s’appuyer sur les cheyaliers, et proposa de retirer au sénat le pouvoir judiciaire pour le donner a ces hommes d’argent si fréquemment justiciables des tribunaux. Ces fautes accumulées le perdirent, et bientot les patriciens se débarrassérent de ce grand homme par un odieux assassinat.
Malgré la réaction aristocratique qui s’ensuivit, la loi agraire ne fut pas abandonnée; de zélés citoyens, parents ou amis de Tibérius, essayérent de la mettre en pratique. Son frére Caius, une fois arrivé au tribunat, renouvela sa loi, et réalisa les autres projets de son frére. Caius accorda le droit de cité aux alliés de Rome en Italie; aux chevaliers, le privilége dont jouissaient les sénateurs de rendre la justice dans les tribunaux permanents, établis quelque temps auparavant. Mais le sénat gagna son collégue Livius Drusus, qui, en exagérant ses motions, parvint a lui enlever toute sa popularité, qu’avait déja compromise son séjour a Carthage, ou il avait été fonder une colonie. Enfin le consul Opimius fit abolir les lois des Gracques ; une insurrection éclata dans Rome, et Caius Gracchus y trouva la mort.
Dans la période qui suivit la mort de Caius Gracchus, jusqu’au tribunat de Saturninus, c’est-a-dire entre les années 121 et 100, on porta encore trois lois agraires; mais cette fois elles furent Youvrage de Varistocratie victorieuse, et leur résultat fut déplorable. La premiére, dérogeant a la loi Sempronia, permettait de vendre la portion concédée des terres publiques. La seconde défendait de partager a l’ayenir le domaine public, qui devait rester aux possesseurs moyennant une redevance que I’on distribueraitaux citoyens. Laristocratie ne s’arréta pas dans cette voie. Une loi qu’on a lieu de croire émanée de Spurius Thorius , tribun du peuple, vint affranchir les possesseurs de cette redevance. Puis vinrent les lois agraires de Marcius Philippus et de Saturninus, dont les dispositions principales tendaient a faire distribuer au peuple les terres récemment conquises sur les Cimbres et qui naguére appartenaient aux Gaulois; celle de Titius et de Livius Drusus, qui demandait le droit de cité pour les Italiens, I’établissement de colonies en Sicile et en Italie, ou les pauvres de Rome iraient habiter ; mesure depuis longtemps décrétée, mais toujours différée par le mauyais youloir tant des patriciens que du peuple lui-méme, auquel le séjour de Rome conyenait beaucoup mieux. De plus, elle adjoignait cent nouveaux membres plébéiens au sénat, et revenant sur la facheuse loi des Gracques, lui rendait la justice. Ces lois furent adoptées, mais éludées, surtout quant aux droits des peuples italiens ; droits incontestables et sacrés pourtant, car & qui Rome était-elle redevable de ses immenses conquétes, si ce n’est a ces Italiens qu’elle repoussait de son sein? Cette mauvaise et injuste politique du sénat causa la guerre sociale.
Cinquante-sept ans aprés la mort du dernier des Gracques, Servilius Rullus, tribun du peuple, imagina un nouveau projet de loi agraire, dont voici les principales dispositions : on aurait commencé par vendre les terres conquises récemment, ainsi que quelques autres domaines peu productifs pour !’Etat ou impossibles & partager entre les citoyens, et,
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avec Vargent qui proviendrait de ces ventes, on aurait acheté des terres que l’on aurait distribuées ensuite aux citoyens pauvres. Des décemvirs investis d’un pouvoir absolu, chargés de l’exécution de cette loi, étaient autorisés 4 établir de nouvelles colonies. Ici Rullus commettait une premidre faute : c’était de ne pas désigner avec précision les lieux ou lon fonderait ces colonies. 11 commit une faute plus grave encore en demandant que ces décemvirs ne fussent pas nommeés par les trente-cinq tribus, mais dans une assemblée de dix-sept tribus seulement, lesquelles éliraient par conséquent a la simple majorite de neuf d’entre elles. En outre, cette élection n’aurait pas été ratifiée dans une assemblée par centuries, mais dans les comices par c uries, qui n’existaient plus que de nom. Bien plus, si, par impossible, les curics refusaient de sanctionner, on devait passer outre. Enfin Pompée était exclu du décemvirat, sous prétexte de ne pas interrompre le cours de ses victoires; mais en revanche l’auteur du projet, Rullus, en faisait partie de droit. On comprend facilement tout ce que ces exagérations ridicules et ces vues personnelles inspirérent d’amertume et d’autorité a ’éloquence de Cicéron : il fit rejeter la loi, dont le principe général était pourtant excellent. Une particularité trés-remarquable des discours qu’il prononga 4 cette occasion , et qui vient confirmer V’idée plus juste que l’on se fait maintenant des lois agraires, c’est le respect singulier que Cicéron, partisan de l’aristocratie, professa pour la mémoire des Gracques et la justice qu’il rendit 4 la loi Sempronia.
Quelquesannées plus tard , Flavius proposa une loi agraire en faveur des vétérans de Pompée, et l’on yoit méme Cicéron s’associer 4 ce projet par les modifications qu'il propose.
Enfin César est consul. Il fait passer une loi agraire qui partage la Campanie , jusque alors affermée au profit de PEtat, entre ceux des cifoyens qui ont trois enfants. On devait suppléer 4 Vinsuffisance possible de ce domaine par V’achat de propriétés particuliéres avec argent que Pompée a retiré de ses conquétes. En outre, César fit remise aux publicains du tiers de leurs fermages. Cette loi eut des résultats admitables : ving mille péres de famille en profitérent, et cent mille personnes au moins en Italie eurent des terres a cultiver; Rome fut délivrée d’une populace insoumise et avilie ; YItalie se repeupla d’hommes libres; la république put espérer des recrues pour ses armées. Cicéron, qui avait, il est vrai, combattu une loi agraire, mais qui s’était déja converti pour celle de Flavius, se décida a payer a la loi de César un pompeux tribut d’éloges.
Avec la république finirent les lois agraires d’un intérét général. La cause en est simple : le peuple, @un cdté, nourri aux dépens du maitre, ne demande plus que du pain et des spectacles; ef, de autre, il n’y a plus 4 proprement parler de domaine public, les empereurs Vabsorbent dans leur domaine privé.
Des colonies. Les distributions de terres pour la fondation des colonies forment la seconde espéce de lois agraires, puisque, comme les lois agraires générales, elles partent du principe que Etat pouvait disposer de ses domaines et que les terres distribuées aux colons étaient prises sur le domaine public. Voyes COLONIES ROMAINES.
Distributions de terres aux soldats. C'est la troisieme espéce de lois agraires; encore quelquefois ces distributions de terres atteignirent la propriété privée, respectée jusqu’aux guerres civiles, et amenérent des dépossessions violentes. Les légions romaines avaient perdu leur antique discipline depuis Marius et Sylla; les soldats s’attachaient a un homme, leur chef, dont ils suivaient la fortune, et les plus graves désordres étaient le résultat de ce nouvel état de choses. Les proscriptions de Sylia et de Marius offrirent naturellement occasion de distribuer aux vétérans les terres confisquées. César suivit egalement cet exemple; il distribua des terres aux soldats qui l’avaient fait triompher dans les guerres civiles, Aprés la mort de César, les soldats se trouvérent
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tout-puissants ; chaque ambitieux qui prétendait 4 la suceession du grand homme leur faisait des avances et des flatteries. Antoine, Octave, Cicéron et le sénat multipliérent ces distributions, Octave surtout, aprés la guerre de Modéne, la hataille de Philippes, la guerre de Pérouse, celle contre Sextus Pompée et la bataille d’Actium. Mais une fois empereur, Auguste organisa les cohortes urbaines et les cohortes prétoriennes, qui finirent plus tard par remplacer influence des légions. Les prétoriens aimaient beaucoup mieux le désordre des camps et d’une grande ville comme Rome que la vie sédentaire d’une colonie. Aussi le donativwm, largesse que faisait ’empereur 4 son avénement, rempla¢a pour toujours les distributions de terres.
En résumé, les lois agraires, si l’aristocratie avait eu l’intelligence de les exécuter, auraient empéché tous les maux qui 4 la longue détruisirent la république romaine. I y aurait eu 4 Rome des classes moyennes, intéressées a l’ordre et au maintien de la république, et des classes populaires laborieuses et paisibles. La populace ne se serait pas avilie et abrutie en vendant ses votes et en vivant sans travailler aux dépens du trésor public. L’Italie aurait vu se repeupler ses solitudes ; la Péninsule, qui exportait jadis des blés, n’aurait pas été réduite 4 recevoir sa subsistance de la Sicile, de PAfrique et de ’Egypte; la république aurait eu des soldats, et n’aurait pas été obligée de les recruter parmi les esclaves et les peuples étrangers. Le grand argument des patriciens était d’empécher la dilapidation du domaine public; mais ils le dilapidérent bien davantage eux-mémes par leurs distributions aux soldats. Un seul moyen de salut était offert ala république et a Varistocratie elle-méme; elle mit tout en ceuvre pour le repousser, le courage, la ruse, le crime et l’éloquence. Le monde romain fut perdu.
On peut consulter sur les lois agraires Heyne, Opuscula Academica, t. IV; Niebuhr, Histoire Romaine, t. Il; Savigny, Droit Romain; et le remarquable travail de M. A. Macé, Des Lois agraires chez les Romains (Paris, 1846) : cest a ce dernier ouvrage que nous avons emprunté les matériaux de notre article. W.-A. Duckerr.
AGRAM ( Comitat d’), en Croatie, a, sur 5,920 kilométres carrés, une population de 350,000 habitants, presque tous Croates et catholiques. C’est un pays riche en bois et fertile dans les yallées; on y récolte des grains en quantité 4 peine suffisante ; mais on y cultive aussi le tabac, la vigne et différents fruits, la prune, la chataigne. Les principales riviéres sont : la Save , la Lonya et la Krapina. Le comitat d’Agram contient deux districts, celui d’Agram et celui de Saint- Istvany, et renferme deux yilles libres, Agram et Karlstadt, douze bourgs et neuf cent soixante-quatre villages et hameaux. :
La ville d’Agram, en croate Zagor, sur la Save, a 14,800 habitants; elle est non-seulement la capitale du comitat, mais on Ja considére aussi comme celle de la Croatie. Le ban, ou gouverneur de Croatie, I’évéque, la chancellerie, la diéte et les commandants militaires des deux provinces de la Croatie et de la Slavonie, ont 4 Agram leur résidence. La ville a une haute école académique, avec dix professeurs, une bibliothéque publique, un séminaire, un gymnase et une école normale. La haute cour de justice de Croatie et Slavonie, la cour d’appel de ces deux divisions de ’empire y ont aussi leur siége. Parmi les édifices il faut citer le palais épiscopal, le palais des Etats de Croatie, le pont sur la Save, et surtout I’église cathédrale, batie par saint Ladislas. Agram se compose de trois parties, dont chacune a sa propre juridiction, de Ja ville libre, de la ville de ’évéque, et de Ja ville appartenant a la juridiction des chanoines. Agram a des manufactures de tabac et une fabrique de cire. Elie expédie pour Fiume et pour les cétes de la Dalmatie, beaucoup de sel, de tabac et de vins. A trois lieues d’Agram, sur la Gradna, un martinet appartenant au village de Szambor fournit de deux a cing mille quintaux de cuivre par
AGRAM — AGRAVIADOS
in, et a cinq lieues d’Agram les malades prennent les eaux Ihermales de Studza.
AGRAMANT (Camp @’). Cette poétique création de ’Arioste est l’origine du proverbe: La discorde est au camp V Agramant. — L’épisode qui sert en quelque sorte de base au poéme de Roland furieuzx est le prétendu siége de Paris par les Sarrasins. Agramant, et les autres chefs, Rodomont, Sacripant, dont les noms sont aussi devenus des types proverbiaux, sont au moment de s’emparer de cette capitale , que défendent avec intrépidité Charlemagne et ses preux. C’en est fait de empire des Carlovingiens, et peut-é¢tre du christianisme lui-méme! Mais l’Fternel veille du haut des cieux sur la ville fidéle. L’archange saint Michel recoit l’ordre d’aller chercher le Silence et la Discorde. Le Silence enveloppera l’armée de Renaud dans un nuage, et lui permettra d’arriver sans ¢tre apercue sur les bords de la Seine. La Discorde troublera et dispersera les assiégeants. L’archange Michel, en cherchantle Silence dansle centre des cloitres , y rencontre seulement la Discorde; il est obligé daller relancer la taciturne divinité au fond de PArabie. L’armée de secours arrive, en effet, aux bords de la Seine. Déja la Discorde avait accompli une partie de sa mission, mais elle sen lasse bientdt : les chefs sarrasins ne lui fournissent pas assez d’occupation, elle préfére retourner chez ses moines. Saint Michel va gourmander la Discorde dans la retraite ov il Pavait trouvée @abord, et la raméne par les cheveux. La seconde entrée de la Discorde au camp d’Agramant produit beaucoup plus d’effet que la premiére. Mandricard querelle Roger au sujet de l’aigle blanche qu’il a fait peindre sur la Durandale, célebre et redoutable épée de Roland, qui devient le prix dun conflit sanglant. Sacripant, le roi de Circassie, se plaint 4 Agramant de la manitre dont le perfide Brunel lui a dérobé son cheval Frontin, pendant son sommeil, en le laissant sur la selle, qu’il avait appuyée sur quatre pieux, Agramant, au lieu de faire pendre Brunel, l’avait créé roi de Tingitane. Cette injustice excite le courroux de ’amazone Marphise. Celle-ci marche contre le nouveau roi de Tingitane, Penleve dune seule main, et le porte tout prés d’Asramant, disant qu’elle veut pendre Brunel de ses mains , parce qu'il lui a dérobé son épée. Le sage roi Sobrino arriva a propos pour calmer la fureur d’Agramant ; mais les affaires des Sarrasins, des Circassiens et des Séricassiens n’en allérent pas mieux. La Discorde, jugeant alors qu’elle avait fait d’assez bonne besogne, sauta de joie et éleva vers le ciel un cri percant , afin d’annoncer a larchange Michel le succés de son entreprise. Cependant les exhortations d’Agramant eurent enfin leur effet. Rodomont, le roi d’Alger, consent a s’éloigner, et va coucher dans une auberge, dont l’hote, pour charmer ses ennuis, samuse a lui raconter Vhistoire de Joconde. Grace 4 tout ce fracas, la capitale de la France est délivrée ; mais le poéte retarde le plus qu’il peut le dénoiment. C’est A ses incessantes et ingénieuses digressions que nous devons le tableau merveilleux des amours d’Aneélique ef Médor, d'Isabelle et de Zerbino, et enfin la folie de Roland, qui est le motif, ou pour mieux dire le prétexte le fout le poéme. BRETON.
AGRANIES, AGRIANIES, AGRIONIES, fétes d’Aros en Phonneur d'une fille de Praetus. On les célébrait la nuit et on s’y couronnait de lierre. Les femmes faisaient sembiant de chercher Bacchus Agrionos, féroce; ne le trouvant point, elles disaient qu’il s’était retiré chez les Muses. Elles soupaient ensemble, et se proposaient des énigmes. I] se commettait , dit-on, de grands excés dans ces fétes ; elles avaient lieu tous les deux ans 4 Orcheméne. Les femmes descendant de Minyas en étaient exclues; le prétre de Bacchus , ’épée 4 la main, les empéchait d’approcher; s’il en rencontrait une, il pouvait impunément ta tuer. Voici le motif de cette exclusion : les filles de Minyas, dans leur enthousiasme bachique, avaient égorgé Hippesus, fils de Leucippe, et avaient fait un horrible festin de ses membres.
Le nom dacolies, ou cruelles, était resté aux Minyennes. La poursuite de leur crime était encore dans sa vigueur au temps de Plutarque. Cet auteur cite un prétre nommé Zoilus qui en tua une, mais il ajoute qu’il mourut misérablement d’un ulcére. Les Orchoméniens, ayant été ensuite affligés de plusieurs fléaux, les regardérent comme une punition du ciel, et 6térent la prétrise 4 la famille de Zoilus. — Bacchus était surnommé Agrionos, sauvage, soit a cause des excés ot porte le vin, soit parce qu'il était sans cesse environné de panthéres et d’autres bétes carnassiéres. On l’appelait méme Omastés, mangeur de chair crue.
AGRARIENS. C’est le nom que s’est donné lui-méme aux Etats-Unis un parti nombreux et puissant qui voulait ressusciter, selon sa propre expression , l’esprit des Gracques. Il y a, en effet, une analogie incontestable entre les questions que soulevérent & Rome les lois agraires et les agitations qui se sont produites 4 un moment dans les Etats- Unis. L’Union possede un milliard quatre cents millions d’acres de terres publiques, dix fois ’étendue de la France. Pour tirer parti de ces immenses richesses, l’Etat avait obtenu une loi qui permettait de les vendre pour payer les frais des guerres qu'il avait 4 soutenir. Depuis longtemps la | dette est acquittée, et cependant la vente continue a raison de un dollar acre, ce qui raméne Je prix de hectare a douze francs cinquante centimes 4 peu prés. Il semblerait que ce bon marché incroyable dat permettre 4 tout le monde d’acquérir. Il n’en est rien pourtant. Des sociétés daccaparement se sont formées qui rendent la concurrence tellement impossible, que déja en 1832 le président Jackson réclamait contre cet état de choses dans son message au congrés. D’ailleurs, ces terres sont incultes ; les spéculateurs peuvent seuls faire le voyage, défricher, avancer ou hasarder des fonds, acheter les instruments de culture. Voici donc ce que démandent les Agrariens : tout en respectant la propriété privée, ils voudraient qu’on abolit la vente des terres publiques, et qu’on les divisat en lots de cent soixante acres. L’Etat garderait un droit permanent sur ces terres, dont il conserverait la propriété, et dont il ne pourrait abandonner que la jouissance ou la possession moyennant une redevance. D’un autre cété, tout chef de famille aurait droit 4 une ferme de cent soixante acres, a la condition de la cultiver et de l’exploiter par lui-méme ou par ses enfants ; nul ne pourrait d’ailleurs posséder plus de cent soixante acres. Ne se croiraif-on pas 4 Rome au temps de Licinius Stolon? Pour un instant pourtant, les agrariens parurent vouloir s’écarter du respect qu’ils professaient pour la propriété privée, et adopter des tendances communistes. Cette exagération regrettable pourrait compromettre une cause juste ef des réclamations fondées.
W.-A. Duckerr.
AGRAULE, fille de Cécrops et d’Agraule ou Agraure , fille d’Acté. Voyes AGnavuLies. — C’était aussi lenom d’un bourg de l’Attique, prés d’Athénes, de la tribu Erechthéide.
AGRAULIES, féte athénienne en Vhonneur de Minerve et d’Agraule ou Aglaure, fille de Cécrops, qui se déyoua pour sa patrie en se précipitant de lacropole, et a laquelle on avait élevé un temple et consacré des mystéres et des initiations. Les Athéniens, a l’Age de vingt ans, prétaient sur son autel serment de dévouement 4 leur patrie. On célébrait dans tle de Chypre, au mois aphrodisius, des agraulies, et l’on y sacrifiait un homme a Agraule: cet usage subsista jusqu’a Dioméde.
AGRAVIADOS, mot espagnol qui signifie persécutés, mécontents. On désignait autrefois en Espagne par la qualification d’agraviados ou agreviados une classe de seigneurs auxquels les rois issus de fa maison de Bourbon n’avaient pas voulu reconnaftre ou conférer la dignité de grand d’Espagne (voyes GRANDESSE), parce qu’on lessupposait dévoués aux intéréts autrichiens et partisans des prétenfions de larchiduc, par conséquent opposés aux prétentions du prince
petit-fils de Louis XIV, appelé & succéder & Charles IT. Aujourd’hui encore on trouve en Catalogne des familles nobles qu’on désigne sous le nom d’agraviados, parce qu’on y a conservé intactes , de pére en fils, les préoccupations politiques des premiéres années du dix-huitiéme siécle, et qu’on y regrette encore la maison d’Autriche. La plus grande partie de ces seigneurs agraviados descendant, comme les grands @’Espagne, des ricos hombres, les grands d’Espagne se sont toujours fait un point d@’honneur de les regarder et de les traiter en toute occasion comme leurs égaux. AGREDA (Mane pv’), visionnaire espagnole, née en 1602, dans la ville d’Agreda ( Vieille-Castille ) d’une famille pieuse qui portait le nom de Coronel. Ses parents ayant fondé, en 1619, un couvent de l’Jmmaculée Conception dans leur propre maison, pour obéir a une réyélation particuliére , la jeune Marie y prit habit de religieuse le méme jour que sa mére et sa sceur ; elle y prononc¢a ses voeux le 2 février 1620, avec sa mére : la profession de sa sceur fut différée, parce qu’elle n’avait pas Page voulu. En 1627, elle devint abbesse du couvent. Depuis lors, jusqu’en 1637, elle recut, & plusieurs reprises , de Dieu et de la Vierge Marie, Vordre d’écrire la vie de la sainte Vierge. Aprés avoir résisté a ces ordres pendant dix ans, elle se mit enfin en deyoir d’obéir. Mais lorsqu’elle eut achevé cette vie, elle la brdla avec plusieurs autres écrits, par le conseil d’un confesseur qui la dirigeait en absence de son confesseur ordinaire. Ses supérieurs et le premier confesseur l’en reprirent aigrement, et lui commandérent d’écrire une seconde fois la vie de la mére de Dieu. Le méme commandement ayant été renouvelé par Dieu et la Vierge, elle se mit de nouveau a l’ouvrage, et publia , en 1655, le recueil des visions qu’elle avait eues 4 ce sujet. Elle mourut en 1665. Son livre a été traduit en francais par le pére Thomas Crozet, récollet, sous le titre : La mystique Cité de Dieu, etc. (Marseille, 1696, 3 vol. in-4°). — Ce livre est un tissu de visions ridicules, qui vont parfois jusqu’a Vindécence. Les folies y abondent tellement, que la faculté de théologie de Paris crut devoir en faire la censure dans le temps méme ou lon travaillait & Rome a faire canoniser Marie d’Agreda. On y trouve le récit de ce qui arriva 4 la sainte Vierge pendant les neuf mois qu’elle fut dans le sein de sa mere, sainte Anne. Entre autres extravagances, il y est dit que la sainte Vierge, avant l’dge de trois ans , balayait la maison , et que les anges l’aidaient. — On peut citer ce livre comme un des produits de la dévotion outrée pour la sainte Vierge, et du culfe superstitieux qu’on en est venu a lui rendre. En 1855 M. G. de la Vigne a publié une partie de la correspondance «le Marie d’Agreda avec Philippe lV. ARYTAUD. AGREE, jurisconsulte qui postule devant certains tribunaux de commerce, avec l’autorisation et lagrément de ces tribunaux. Pour donner plus de simplicité , d’économie et de promptitude a la procédure devant les tribunaux de commerce, la loi affranchit les plaideurs de lobligation de comparaitre assistés d’ayoué ou d’avocat. Mais dans les grandes villes absence d’officiers publics pouvait avoir ses dangers. On forma donc un corps d’agréés, qui représentent les parties sans que leur ministére soit forcé. Les agréés ne sont pas des officiers ministériels institués par la loi; leur existence a pour base non les dispositions de la loi, mais uniquement son silence. II résulte, en effet, de la discussion du projet du Code de Commerce au conseil d’Etat impérial, que l’on a évité de s’expliquer sur les agréés précisément pour laisser 4 chaque tribunal consulaire la faculté de conserver ses usages. Ainsi les tribunaux de commerce peuvent instituer des agréés et faire des réglements sur l’exercice de cette profession. Le 21 décembre 1809 le tribunal de commerce de Paris régla Vorganisation des agréés, établit une chambre disciplinaire , et détermina sa composition et ses fonctions. Quelques années plus tard, le 10 juin 1812, le méme tribunal de commerce,
AGRAVIADOS — AGREGE
reconnaissant que le nombre des agréés , qui était alors dy vingt et un, était au-dessus de celui que pouvaient comporter les affaires et les besoins du service, le réduisit & quinze , en faisant désintéresser et éteindre les six cabinets les moins occupés, au moyen d’une indemnité de 225,000 fr. que les agréés restants payérent en proportion des affaires qiils faisaient. f1 en est résulté une sorte de propriété pour ces cabinets, qui depuis se sont vendus comme des offices ministériels.
AGREGAT. On appelle ainsi, en minéralogie et en géologie, la réunion de plusieurs matiéres pierreuses, plus ou moins considérables et plus ou moins homogénes, agglutinées ensemble a l’époque de leur formation. Ainsi Je marbre est un agrégat. — Les chimistes donnent ce nom a I’état dun corps dont toutes les molécules sont réunies entre elles de maniere 4 former une seule masse. — Dans la langue des mathématiques, agrégat s’entend d’un assemblage de plusieurs termes positifs ou négatifs : il exprime les sommes et les différences.
AGREGATION ( Histoire naturelle). On désigne en géologie sous ce nom, qui signifie réwnion en troupe, le mode de formation des roches, considérées minéralogiquement, qui se sont constituées instantanément et ala méme époque, telles que le granit, le porphyre, le schiste micacé, le calcaire. Ces roches sont nommées agrégats ou roches agrégées, pour les distinguer des agglomérats ou roches agglomérées (voyes AGGLOMERATION). —On connait aussi en zoologie des espéces animales dont un certain nombre d’individus sont naturellement réunis, soit sous une méme peau commune, depuis leur origine ou leur formation dans l’ceuf (alcyonelle, cristalette , etc.) , soit soudés ou greffés seulement par des parties adjacentes de leurs corps (botrylles , pyrosomes) aprés qu’ils sont sortis de Pouf. Ces groupes naturels @’animaux sont des agrégations d’individus que l’on prenait, dans les premiers temps de la science, pour un seul animal. Le caractére des agrégations animales est union des individus sous une peau commune, ou la soudure on Ja greffe des individus sur les points adjacents de la peau. C’est ce qui distingue les agrégations des agglomérations et des associations. L. LAURENT.
AGGREGATION (Chimie ). Toutes les substances composées de la nature sont formées par Ja réunion d'un certain nombre de corps simples unis deux a deux ou en plus grand nombre; la force qui les unit est désignée sous le nom @affinité. Elle est de nature chimique, et ne peut étre détruite que par des forces chimiques; mais Ja masse des corps simples ou composés est formée par la réunion de petites parties toutes semblables aux molécuies maintenues par une force qui porte le nom @agrégation ou cohésion. Cette force est de nature physique, et peut étre surmontée par des actions de cette méme nature. Ainsi, dans le soufre, Vargent, Por, etc., qui sont des corps simples, les molécules sont réunies entre elles de la méme maniére que les molécules de craie, d’or ef de cuivre dans une monnaie, etc., sont réunies pour former une masse plus ou moins considérable; on voit d’aprés cela que dans un corps simple il mexiste qu’une seule force, lagrégation, tandis que dans Jes corps composés il s’en trouve deux, puisque Va/finité est nécessaire pour produire des combinaisons. Ainsi, dans la craie, la chaux et l’acide carbonique sont unis chimiquement, comme !’or et l’argent dans la monnaie. — Une action physique, comme le choc, la percussion, la traction, rompt Ja masse des corps et en sépare des parties, mais qui restent toujours avec leur méme nature; le fragment de soufre est toujours un corps simple, comme le fragment de eraie est toujours un composé chimique. H. Gau.tier ne CLAuBry.
AGREGE. Pour arriver au professorat dans les lyeées et dans les colléges francais , outre le grade de licencié éslettres obligatoire pour les classes supérieures des lettres, de licencié és-sciences également obligatoire pour celles de
AGREGE — AGRICOLA
mathématiques élémentaires et spéciales , de sciences physiques , naturelles et de chimie, il y a de plus Vobligation Wobtenir au concours le titre spécial Vagrégé.
Parallélement 4 ’Ecole Normale, dont elle recoit Pimpulsion et qu’elle excite par la concurrence, Vagrégation est destinée & assurer le renouveilement et la force de Pinstruction secondaire. Empruntée a un réglement du dernier siécle qui créait dans !Université de Paris soixante places de docteurs agrégés, nommés au concours, pour la philosophie, les lettres et la grammaire, cette institution fut établie en principe pour toute la France par le décret du 17 mars 1808, sous la réserve du mode d’examen que devait fixer le conseil de l'Université.
Par divers motifs , institution tarda 4 étre mise en pratique. Le titre @agrégé fut méme pendant quelque temps donné par simple collation, comme l’étaient aussi les diplomes de grade. Les premiers concours n’eurent lieu qu’en 182{ pour les lettres, la grammaire et les sciences. De nouvelles agrégations furent établies ensuite, d’abord pour Vhistoire , supprimée en 1852, rétablie en 1860; puis pour les mathématiques, les sciences physiques et naturelles, les langues vivantes ; et en 1866 l’enseignement spécial,
Les aspirants doivent étre dgés de vingt-cing ans, avoir fait la classe pendant cing ans dans un établissement public ou dans un éfablissement libre, étre pourvus du diplome de licencié és lettres ou de deux au moins des trois dip!6mes de licencié és sciences, suivant l'agrégation a laquelle ils aspirent. Des avantages spéciaux sont accordés aux éléves de Ecole normale. Le dipléme de docteur és lettres ou de docteur és sciences compte pour deux années de classe. Les épreuves sont de deux sortes : les épreuves préparatoires, qui consistent en compositions écrites, et les épreuves définitives, qui sont orales et publiques.
Il y a encore des agrégés pour lenseignement supérieur dans les facultés : ils se divisent en agrégés en activité et en agrégés libres. Il y a des agrégés prés chaque faculté de droit, de médecine, des sciences, et des lettres. Il y en a enfin pour les écoles supérieures de pharmacie.
Dans les facultés de médecine les agrégés sont chargés @aider ef de suppléer les professeurs. Les éléves en médecine ont, en effet, besoin 4 chaque instant de secours pour puiser dans les collections, pour s’instruire aux préparations, aux appareils , aux dissections, pour répéter les
cours des professeurs, pour compléter par des cours accessoires les lecons officielles obligatoires. Le corps des agrégés remplit cet objet. L’agrégation se donne au concours. Au bout d’un temps d’exercice, si les agrégés n’ont pas obtenu une Claire de professeur, ils deviennent agrégés libres. Linstitution des agrégés en médecine avait eu pour but dans le principe de former une pépiniére de professeurs ; elle perdit en partie cet effet par suite de l’admission de tous les docteurs au concours pour le professorat. Elle a néanmoins produit @heureux résultats en placant dans les écoles de médecine un élément mobile et jeune qui ne permet pas 4 l’enseignement de rester stationnaire. Il y a dans les facultés de médecine des agrégés pour les sciences anatomiques et physiologiques , pour les sciences physiques, pour la médecine proprement dite et la médecine légale , pour la chirurgie et les accouchements. te
AGREMENT, AGREMENTS. Ily a d’importantes disfinetions a faire dans l’eniploi de ces mots. Le mot agrément semploie fréquemment comme synonyme d’approbation ou de 2onsentement ; il se rapporte, comme eux, aux actes de la volonté d’une personne, et s’applique également au présent, au passé, a Vavenir. Au premier coup ceil la valeur de ces termes parait la méme; mais la réflexion y découvre quelques différences. Ainsi, le consenéement se demande aux personnes intéressées dans une affaire; mais avant de faire certaines démarches il est bon d’avoir l'agrément de ceux qui ont quelque autorité, c’est-a-dire de leur
agréer, de ne pas leur déplaire. Onn’acquiert point d’emploi, méme subalterne, dans une grande maison, sans agrément du maitre. — Agrément au singulier se dit aussi d’une chose qui est agréable, qui procure quelque avantage ou quelque plaisir. — Mais en passant au pluriel ce mot sert exclusivement a désigner un assemblage de traits, soit au physique, soit au moral, qui ’emportent souvent sur ce qui est réguliérement beau. Cependant il s’applique plus ordinairement aux dons de Vesprit. Ainsi l’on dit trés-bien d’une personne que sa conversation est pleine @agrément{s. Le mot agréments en parlant des arts conserve la méme signification. La proportion, la beauté, peuvent n’étre point agréables, ne point offrir @agréments. Un ouvrage peut étre sans agréments, sans que Cel Ouvrage ail ie moimdre desagrement (voyes GRACE), CHAMPAGNAC,
Les passementiers nomment agréments des ornements en or, en argent, en soie ou en laine, destinés a étre appliqués sur les robes de femmes, sur les manteaux, ou sur les meubles.
Dans la musique on appelle noles d’agrément des notes qui s’ajoutent dans le cours d’un morceau, et que l’exécutant peut omettre ou rendre et méme varier 4 volonté. Ces notes ne sont pas indispensables a la contexture de la phrase musicale. On ne les compte pas dans la mesure, et on les écrit ordinairement en caractéres plus petits. Si ’emploi modéré de ces notes ajoute parfois a ’agrément du morceau, leur abus devient fatigant et nuit a l’effet du morceau, dont elles finissent par écraser le motif.
AGRES. On désigne par ce mot tous les objets nécessaires ala mature d’un vaisseau, les mats, les voiles, les vergues, les poulies, etc., enfin tout ce qui n’est pas coque, vivres ou chargement. La coque, les agrés et apparaux sont hypotheque de l’équipage ( Cod. Ciy., art. 271). L’armateur ne doit pas oublier de s’assurer sur coque, quille, agrés et apparaux ; sans quoi les assureurs refuseraient de payer les cables, mats ou voiles perdues, ete. — On ne doit pas confondre le mot agrés avec celui de gréement , qui a une signification toute différente.
AGRESSEUR, AGRESSION (du latin aggredi, attaquer ). L’agresseur est celui qui fait naitre une querelle, soit en injuriant, soit en menacant, soit en attaquant. Le rdle d’agresseur est toujours mal vu par la justice; il importe par conséquent de savoir celui qui a commencé ja querelle. C’est un principe de droit naturel que ’homme attaqué a le droit de se défendre. Les lois humaines ne portent pas de peine contre le meurtre commis en cas de Iégitime défense. Cependant, si cet homme a fait plus que ne lui commandait sa défense, la loi ne considére I’agression que comme un simple cas d’excuse, dont Veffet est de diminuer la peine encourue.
AGRICOLA (Cnétus-Jutius), général et consul romain, beau-pére de Tacite, naquit 4 Fréjus, l'an 37 de J.-C. Vespasien l'envoya, an 77, dans la Grande-Bretagne, qu’il soumit a la domination romaine et qu’il gouverna jusqu’a Yan 85. A la mort de Titus, le nouvel empereur Domitien , jaloux des succés d’Agricola, rappela ce grand général de son gouvernement, oti il s’était fait chérir par la douceur de son adminisiration. Agricoia passa le reste de ses jours dans la retraite, et il mourut a lage de cinquante-six ans, empoisonné peut-ctre par Domitien. Tacite a écrit sa vie.
AGRICOLA (Jean). Son vérifable nom était Schneider ou Schnitter ( moissonneur ). Fils d@’un simple journalier, il naquit a Eisleben, en 1492, et est noimmé dans quelques ouvrages Magister Islebius, autres {ois aussi Jean Eisieben. il fut ub des plus zélés propagateurs de la doctrine de Luther. Aprés avoir terminé ses études avec beaucoup desuccés a Leipzig et a Wittemberg , il fut nommé recteur et prédicateur de sa ville natale , ensuite prédicateur 4 Francfort-sur-le-Mein , et remplit en 1527, a la didte
de Spire , les fonctions de prédicateur de la cour de Jean , électeur de Saxe. Par la suite, il devint prédicateur de la cour du comte Albert de Mansfeld, prit part a la confession @’Augsbourg, et signa les articles de Smalkalde. En 1537 il se rendit, en qualité de professeur, 8 Wittemberg, ov il commencea la controverse de ’antinomisme contre Luther et Mélanchthon, en soutenant que la loi évangélique n’était pas nécessaire pour ¢tre sauvé. Les querelles qui en résultérent le forcérent a se réfugier a Berlin, ov il écrivit une rétractation. Il fut alors nommé prédicateur dela cour de l’électeur de Brandebourg , et mourut dans cette résidence, en 1566, apres s’étre attiré de nouvelles discussions par la part qu’il prit & la rédaction du fameux Interim. Nous passons sous silence les nombreux écrits théologiques et polémiques dAgricola, et nous ne citerons que Vouvrage véritablement national quwil publia en bas-allemand sous le titre de Proverbes usuels allemands, avec leur explication (Magdebourg, 1528 ). L’édition en haut-allemand parut en 1529, a Haguenau, 2 vol., et une réimpression corrigée en 1592, & Wittemberg. Les principes patriotiques, la morale pure et le langage franc qui régnent dans ce livre lui assignent, aprés la traduction de la Bible par Luther, la premiére place parmi les ouvrages en prose allemande de cette époque. :
On a quelquefois confondu Agricola Islebius avec Etienne Acricota, mort en 1547, qui fut aussi un des premiers soutiens de la réforme de Luther, — et avec Jean AckicoLa de Spremberg, aussi son contemporain, comme lui théologien saxon et poéte sacré, et qui fut pendant quelque temps secrétaire de Luther.
Unautre théologien protestant dunom d’Acricota ( Michel) a traduit le Nouveau Testament dans la langue vulgaire de la Finlande. I est mort en 1557.
AGRICOLA (Ropotpue), dontlenom véritable, qu’il latinisa lui-méme, suivant usage du temps, était Rolef Huysmann ou Hausmann, appelé siussi, du lieu de sa naissance, Frisius ou Rodolphe de Groningue, et encore, Waprés Y'abbaye de Silo, ou il séjourna pendant quelque temps, Rodolphe de Ziloha, était né en aodt 1443, au village de Baflo , prés de Groningue. D’abord disciple de Thomas de Kempen 4 Zwoll, il alla 4 Louvain, puis a Paris, et de 1a en Italie, ou, dans les années 1476 et 1477, il suivit a Ferrare et A Pavie les lecons des savants les plus célébres de son siecle. Il s’y lia d’une étroite amitié avec Dalberg, deyvenu plus tard évéque de Worms. II fut le premier Allemand qui, comme professeur, se distingua en Italie, nonseulement par son érudition , mais encore par la beauté du langage et par la finesse de la prononciation. I] se fit en outre une grande réputation comme musicien consomme, et quelques-unes de ses compositions eurent une grande vogue en Italie. A son retour en Allemagne, il s’efforga avec plusieurs de ses anciens condisciples ef amis, notamment Alexandre Hegius et Rodolphe Lange , d’y propager amour des lettres et la culture de l’éloquence. Plusieurs villes de Hollande rivalisérent vainement entre elles pour le fixer dans leurs murs au moyen de fonctions publiques ; et les offres brillantes qui lui furent faites a la cour de l'empereur Maximilien 1¢", ow il s’élait rendu dans les intéréts de la ville de Groningue, ne purent non plus le déterminer a renoncer A son indépendance. En 1483 il finit par se rendre aux sollicitations de Dalberg, devenu chancelier de V’électeur palatin et évéque de Worms, et vint s’établir dans le Palatinat, ow il séjourna alternativement a Heidelberg et & Worms, partageant son temps entre ses études particulidres et des cours publics , et jouissant d’une immense considération. Il se distingua aussi comme peintre; et pour pouvoir étudier la théologie il apprit encore avec ardeur en 1484 la langue hébraique. La méme année il fit un voyage en Italie avec Dalberg, et mourut le 28 octobre 1435, peu de temps aprés son retour en Allemagne. La réputation