AGRONOMIE
aérienne des plantes, et satisfont Vappétit de cet organe léger dont la partie inférieure pompe tout ce qui lui est assimilable, et la partie supérieure aspire ce quin’a pu lui étre assimilé,
L’agronome est donc obligé d’étudier la météorologie dans tous ses rapports avec le rdgne végétal, la formation des nuages, des brouillards, des rosées, de la pluie, de la gréle, de la neige, la théorie des vents ou le défaut d’équilibre de Pair. Considérant ensuite les plantes en elles-mémes, l’'agronome arrive 4 étudier leur organisation, ce que la science appelle la physiologie végétale, cause de querelles pour les savants, qui sont loin d’étre d@’accord sur le jeu des organes des plantes. — On peut juger combien des étres aussi compliqués que le sont les végétaux, en point de contact avec tant d’éléments si variables, sont sujets a étre affectés ou altérés, soit par la quantité, Pabsence ou Vexces des aliments, soit par les variations d’une atmosphére dont toutes les parties discordantes ne peuvent, W’aprés leur nature méme, demeurer un instant en repos. — De 1a résulte pour un agriculteur la nécessité @étudier Phygiéne et la pathologie végétales, ou les mloyens curatifs et préservatifs de tant de maladies, qui varient suivant les diverses espéces. — Pour les céréales seules, ces maladies sont la nielle, la coulure, la rouille, le charbon, la carie et ergot; pour les plantes ligneuses, la gelivure, la décurtation, exfoliation, les exostoses, panachures, cloques, mousses, blancs ou meuniers, brilures, excroissances, hémorrhagies, et pour tous les végétaux la chlorose, la pléthore, la champlure, VPictére ou jaunisse, l’anasarque, la gangrene, la flétrissure , la phthiriasis, qui est aux végétaux ce que la maladie pédiculaire est aux animaux. — Le besoin dadministrer avec discernement des remédes puisés dans les trois régnes & des étres sujets a tant de dérangements raméne l’agronome a étudier d’une maniére plus particuliére la sensibilité, ou si ’on veut Virritabilité végétale, la circulation, ou si l'on veut VPoscillation de la séve, et tout ce qui a rapport A la nutrition, digestion, excrétion et reproduction.
Comme la plupart des espéces végétales, semblables a des peuples nomades qui ne sont pas encore fixés, vivent entre elles dans un état de guerre permanent, et se disputent sans cesse le terrain et la nourriture, Pagronome doit connaitre VYinstinct, les mceurs, les habitudes de ces familles, afin détablir entre elles une sorte de police, et de protéger la végétation civilisée contre les invasions de Ja population barbare. Ceci le conduit a l'étude de la botanique, c’esta-dire & la connaissance des classes, des ordres, des sections, des genres, des espéces, des variétés. Comme le régne animal se divise naturellement en deux parties, ’une vivant sur lui-méme, l’autre vivant sur le régne végétal, ’agronome est nécessairement obligé d’étudier cette moitié qui vit du pillage et de la dilapidation des produits agricoles.— Prenant la zoologie 4 son sommet, il s’attache d’abord a la classe des mammiféres vertébrés, vivipares, a sang chaud et a double systéme nerveux, et il y trouve les quadrupédes rongeurs a dents incisives, les glirins, les loirs, les campagnols, rats, taupes, les léporiens, les hystriciens, les onguiculés, et ceux qui ont des molaires sans incisives,ou des ongles sans incisives ni molaires. Et passant aux vertébrés sans mamelles, il trouve parmi les oiseaux déprédateurs les picoides, les rapaces, les grimpeurs, les piqueurs, suceurs, macheurs et grignotenrs. — Passant de lornithologie aux annélides, il doit étudier les espéces de vers vétues de fourreaux, et celles qui en sont dépourvues. Dans le premier genre il rencontre les arénicoles, les furies et les planaires, et dans Je dernier les dentales, les serpules, les vagpelies, comme les fléaux de Pagriculture. — Dans l’étude des mollusques il distingue ceux qui marchent nus et ceux qui marchent dans des maisons qu’ils trainent aprés eux, et desquelles ils sortent a voionté. — Il trouve en premiére ligne dans les céphalés le
limacon, armé d’un croissant avec lequel il tond les jeunes
pousses et fait disparaitre quelquefois en une seule nuit, par un temps humide, une récolte naissante, qui la veille encore donnait les plus belles espérances. — Passant de 1a aux insectes, il ¢étudie linstinct et les mours de ces destructeurs éternels de la végétation; il trouve dans les névroptéres les demoiselles et les libellules , les termites, les cloportes , les scorpions, les arachnides ou araignées, parmi lesquelles il faut soigneusement distinguer tes [ pissiéres , les filandiéres , les tondeuses, les sauteuses, les Cherclieuses, et les voyageuses, qui aiment ase reposer des fatigues de leurs voyages sur les arbres 4 plein vent et sur les espaliers. — Faut-il parler des diverses espéces de mamtes, de vers, de chenilles, de fourmis, de puces, de poux, de punaises, invisibles armées qui entrent en campagne au premier soufiie du printemps, et qui, avec leurs crochets et leurs tentacules, leurs dents et leurs pinces, leurs lances, leurs trompes, leurs aiguillons, leurs vrilles, leurs lancettes et leurs sucoirs, dévorent les semences aussit6t qu’on les a jetées en terre, les cotylédons qui s’y forment ou la plumule qui commence a germer ; s’introduisent dans le chevelu des racines, dans le parenchyme des feuilles, dans le réseau des écorces, dans le tissu vasculaire des tiges, dans les anthéres et calices des fleurs (dont elles empoisonnent ainsi ’hyménée), dans Vintérieur des fruits, des tubercules et des bulbes, y déposent une famille qui, a peine visible, se développe suceessivement, et finit par dévorer la maison entiére dans laquelle elle est logée ?— Plusieurs de ces espéces consomment dans un seul jour un volume végétal six fois plus considérable que celui de leur corps, surtout dans les moments qui précédent leurs diverses métamorphoses en vers, larves, nymphes, chrysalides, papillons, mouches, phalénes; crises par lesquelles se régénérent ces vilaines bétes, transformations toujours précédées d'une consommation d’autant plus dispendieuse qu’elle est plus prochaine, et nécessairement accompagnée d’une abstinence aprés laquelle ces néophytes se livrent, sous d'autres formes, aux plus coupables déprédations. L’agronome doit chercher dans la nature des engrtais, dans des préparations chimiques, dans le choix des époques de labour et de semage, dans celui des graines et des terres moins sujettes a linvasion de ces insectes, des moyens de les préserver de ce fléau, qui réunit contre les espéces végétales tout ce que peuvent développer de plus odieux contre Vespéce humaine la guerre, la peste et la famine.
En examinant ensuite les végétaux cultivés sous le rapport de la quantité de substance nutritive que chaque espéce contient, on voit que, parmi les céréales, le froment donne en gluten ou albumine (celle de toutes les substances végétales quiapproche le plus dessubstances animales ) dix-huita vingt pour cent de son poids; Vorge, de cing a huit pour cent; Pavoine, de deux a deux et demi pour cent; le seigle, de deux a deux et demi pour cent; et parmi les tuberculeuses et bulbeuses, la pomme de terre rend, en matiére soluble et nutritive, deux cents parties sur mille, & peu prés le quart de ce que rapporte le froment. — La betterave rouge, le turneps et la carotte rendent cent a cent cinquante parties sur mille. — Quoique les végétaux fournissent, par leur décomposition , le mucilage, la gomme, l’amidon, le sucre, lalbumine, le gluten, les gaz Clastiques, l’extrait, le tannin, Pindigo , le principe narcotique, le principe amer, la cire, la résine, le camphre, les huiles fixe et volatile, les acides, les alealis, les oxydes métalliques, et genéralement tous les composés salins, tout cela, réduit aux principes les plus simples, n’offre plus que Poxygéne, Pazote, Phydrogéne et le carbone, et c’est avec ce petit nombre d’éléments élaborés dans des moules dont la nature sait le secret, qu'elle produit et varie jusqn’a Vinfini en couleurs, en formes, en saveurs et en parfums, tous les ouvrages qu’elle nous offre avec une abondance qui ressemble seuvent a la prodigalité.
Apres s’étre assuré que les terres les plus fécondes (ou en
dautres termes, les terres qui posstdent au plus haut degré Ja faculté @absorption) se composent de silice, d’alumine, de chaux et de magnésie, combinées dans de justes proportions entre elles, et avec la profondeur, la couleur et l’exposition du sol , ’'agronome doit s’occuper des engrais destinés a donner de activité aux matidres terreuses. On les distingue en engrais stimulants (et tels sont principalement les minéraux ) et en engrais nutrilifs, qui se composent de parties salines et solubles que les fluides aqueux portent et déposent avec leur oxygéne dans les divers yégétaux. — Plusieurs espéces de sels de la méme nature, quoique dans des proportions différentes, se trouvent dans les deux espéces dengrais; mais ce qui distingue les engrais animaux des engrais végétaux, c’est la graisse, le mucus, Purée , les acides urique et phosphorique, ou, pour s’exprimer avec plus de précision , la fibrine, Palbumine, le caséum, la gélatine, qui a Vanalyse donnent de quarante-sept 4 soixante parties de carbone, de douze a vingt-quatre parties d’oxygéne, de sept 4 huit parties @hydrogéne, et de quinze a vingt parties d’azote. — Les os brisés contiennent moitié phosphate, moitié gélatine , et ils sont par conséquent stimulants et nutritifs. — Les cornes , les ongles , les rognures et raclures des cornes employées dans les arts, les poils , les plumes, les laines et la matiére savonneuse appelée swiné, les excréments des oiseaux , toujours préférables 4 ceux des quadrupéedes , sont d’excellents engrais, a la téte desquels il faut cependant placer les larves ammoniacales du bombyx. — Parmi tous les végétaux , celui qui offre le plus de parties salines et solubles doit étre préféré pour former des engrais. — La paille du froment, ne fournissant de matiére soluble que deux ou trois pour cent de son poids, ne doit étre considérée que comme excipient d’engrais. — Les plantes a large feuillage, arrachées lors de leur floraison, fournissant vingt pour cent, sont infiniment préférables.
Ses terres arables étant suffisamment amendées , labourées et fumées, Vagronome doit s’appliquer a former un bon assolement, ou, ce qui est la méme chose, une succession bien entendue de récoltes de nature diverse. — Les plantes se nourrissant de sels divers, et les cherchant a diverses profondeurs , le soleil ne chémant point, la terre continuant de travailler et de produire toujours, il semble que les régles de Vart doivent se conformer aux régles de la nature : conséquemment, on peut considérer les jachéres comme un contre-sens. — Les céréales épuisent la terre moins par les sels qu’absorbent leurs tiges que par la nourriture et ’élaboration qu’exigent leurs graines , et par la quantité dherbes parasites que la ténuité des pailles laisse pousser. — Lorsqu’en échange des graines que vous fournit une terre, vous ne lui restituez que la paille, @’est comme si vous preniez cent et que vous rendissiez un. Le meilleur sol ne saurait supporter longtemps un tel régime : aussi fait-on succéder a une récolte de céréales des plantes a large feuillage , telles que des turneps et des tuberculeuses, qui demandent beaucoup 4 la terre , mais qui lui rendent beaucoup plus encore. — A cette récolte on fait succéder des plantes fourrageuses, que l’on fait couper en vert, et que Pon fait enfouir en terre; ce qui produit un engrais abondant pour le froment qui vient immédiatement apres.
Comme les terres ont besoia d’étre souvent remnées, afin d'etre saturées dé gaz aériens , purgées de toute vegétation parasite, et réduites en parties tellement ténues qu’eiles ne ginent point, mais qu’etles facilitent, au contraire, la germination, Vagronome doit s’occuper des labours, de leurs modes divers, et se proposer a lui-méme Ia solution du probléme suivant ; « Produire sur le fonds de terre propre a la végétation le plus d’effet possible avec le moins de force possible. » De ja resuite le besoin de calculer la puissance motrice des attelages suivant espéce des animaux qu’on y emploie, et la forme qu’on doit donner aux divers leviers , tels que Varaire, la binette, la charrue avec ou sans chariot,