‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 129 sur 197 · AIGU — AIGUILLE · texte numérisé non relu

AIGU — AIGUILLE

les prendre par petites poignées de quatre ou cing, plus on moins, et les tenir par la pointe entre l'index et le pouce, de maniére qu’elles représentent les cétes d’un éventail déyeloppé, et aplatir le gros bout sur un tas : @est dans ce bout aplati que doit ¢tre percé le trou ou chas de Vaiguille. Lors-

. que les aiguilles sont palmées , on les fail recuire pour amol-

lir le bout, que Je palmage a dd nécessairement durcir en ’écrouissant. On a pu observer que les tétes des aiguilles a coudre ne sont pas parfaitement plates , mais qu’elles portent deux petites gouttiéres ou cannelures. Autrefois ces gouttidres se faisaient 4 la lime; aujourd’hui on les pratique an moyen dun petit balancier qui fait jouer deux poingons a la fois , lesquels agissent sur Vaiguille , que Yon a placée entre eux de la méme maniére que deux de nos dents incisives , dont lune supérieure et Vautre inférieure, formeraient une empreinte sur un crayon, par exemple, que nous presserions entre elles ; en imprimant les cannelures , on écrouit la matiére: voila pourquoi il faut recuire de nouveau Vaiguille avant de la percer.

Le trou de V’aiguille se fait en trois fois : ?ouvrier, munid’un poincon de grosseur conyenable, pose l’aiguille sur une masse de plomb, applique le poincon sur une des faces aplaties de Yaiguille, et frappe un coup de marteau dessus; puis il retourne Vaiguille pour en faire autant du cété opposé : le trou est ébauché des deux cétés, mais il n’est pas encore ouvert. Un autre ouvrier, chargé de terminer cette opération, porte les aiguilles sur un bloc de plomb, et, 4 Vaide d’un autre poincon, dl détache le petit morceau d’acier qui était resté dans l’ceil de Yaiguille, et qui le tenait bouché. Cette opération s’appelle troquer les aiguilles. Les ouvriers qui percent les aiguilles sont ordinairement des enfants; ils ont tant de justesse dans le coup d’cril qu’ils’en est vu qui percaientun cheveu d’un coup de poincon, et qu’ils en passaient un autre dansle trou, comme on passe un fil dans une aiguille. — Une aiguille mal percée coupe le fil; cela provient de ce que les arétes de son chas sont trop vives, ou qu’elles ont des bavures tranchantes. Pour faire disparaitre cet inconvénient autant que possible, on ébarbe les trous aprés le percage, au moyen @’ instruments dont on peut aisément se faire une idée ; on arrondit aussi le bout aplati, ce qui s’appelle /aire le chapeau de Vaiguille.

Apres ces diverses manceuvres, laiguille est a peu prés terminée; il reste encore a la tremper et a la polir. Pour tremper les aiguilles, on les range sur un fer plat, étroit et un pew recourbé par un bout; on le tient par Pautre au moyen de pinces, et on le pose sur un feu de charbon; lorsque les aiguilles ont regu le degré de chaleur que l’on juge conyenable, on les fait tomber dans un bassin d’eau froide. L’opération de la trempe est fort délicate et une des plus importantes; si la trempe est trop dure, laiguille est cassarite; dans le cas contraire, elle est molle et dépourvue de ressort. On rectifie Vopération de la trempe par le recuit; pour recuire les aiguilles, on Jes étend dans une poéle de fer placée sur un réchaud, ot elles prennent un degré de chaleur que Vceil de ’ouvrier expérimenté peut seul juger satisfaisant. Le recuit rend les aiguilles moins cassantes, sans rien leur faire perdre de leur élasticité. — Tout le monde sait qu'une piéced’acier qui est un peu longue, relativement 4 la grosseur, se courbe et se tourmente plus ou moins quand on lui donne une trempe un peu forte : cela arrive a la plupart des aiguilles que l’on trempe ; aussi est-on obligé de les dresser les unes apres les autres au marteau aprés le recuit, apres quoi il ne reste plus qu’a les polir.

Le polissage des aiguilles se pratique de cette maniére : on en prend douze 4 quinze mille, que l’on arrange par petits paquets placés les uns a coté des autres sur un morceau de treillis neuf, couvert de poudre d’émeri; cela fait, on répand sur les aiguilles une autre couche d’émeri, que l'on arrose dhuile ; on roule le trellis, dont on forme une espéce de sac en le liant par les deux bouts; on le serre également dans toute sa longueur avec des eordes; on porte ensuite ce rou-

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