‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 128 sur 197 · AIGRE — AIGU · texte numérisé non relu

AIGRE — AIGU

faux et pergant. On le dit aussi dune voix désagréable et rude. — Dans la métallurgie, ce nom s’applique aux morceaux de métal qui manquent de ductilité, qui sont cassants, parce que leurs parties, mal liées, se séparent facilement les unes des autres. Du fer, du cuivre aigre. — Un terrain aigre s’entend d’un terrain difficile 4 cultiver, parce que les pluies le transforment en marais, et que les sécheresses en rendent la surface dure comme de la pierre. — Enfin, en peinture on dit que les couleurs dun tableau sont aigres quand elles ne sont pas Kées par des dégradations qui les fondent, les accordent, les harmonisent.

AIGREFEUILLE (..... Futcranp, marquis vp’), célebre dans les annales de la gastronomie, né vers année 1745, était avant la révolution chevalier de Malte et procureur général 4 la cour des aides de Montpellier. I] tenait dans cette ville table ouverte , et comptait quelquefois parmi ses convives un homme qui plus tard lui rendit 4 usure ses bons repas : c’était Cambacérés, conseiller 8 cette méme cour des aides, qui, devenu député a la Convention nationale, usa de son erédit pour protéger d’Aigrefeuille contre les effets de la Terreur, Mais li ne s’arréta pas la fortune de Cambacérés : second consul aprés le 18 brumaire, il admit son ancien procureur général dans sa société intime. D’Aigrefeuille devint en quelque sorte le maitre des cérémonies de cette petite cour, ou l’on se piquait de rappeler la gravité des maniéres parlementaires de l’ancien régime, et surtout de savourer avec une sayante recherche les plaisirs de la table. Ce qui perpétua le crédit de d’Aigrefeuille auprés de Cambacérés , c’est que jamais il ne parut se souvenir qu’autrefois il avait été dans une position bien plus élevée que son patron. Puis, quand avec l’établissement impérial revinrent les qualifications de Vancienne étiquette, jamais, méme dans le téte-d-téte , il ne manqua de qualifier d’altesse sérénissime Cambacérés , devenu prince archichancelier. On raconte a ce propos qu’un jour, dans une naiveté d’orgueil qui avait un air de modestie, le patron lui dit : « Mon cher « d’Aigrefeuille, dans Vintimité, pas d’altesse sérénissime ; « entre nous, appelez-moi tout bonnement Monseigneur. » Cest 4 d’Aigrefeuille que Grimod de la Reyniére a dédié la premiére année de son Almanach des Gourmands. D’Aigrefeuille aimait la bonne chére , mais il ’aimait en convive délicat ; il découpait 4 merveille, et possédait surtout, dit-on, le talent de laisser tomber comme involontairement, dans un coin du plat, le meilleur morceau de la piéce qu’il s’était chargé de dépecer. I] avait de Yesprit, Pusage du monde, une politesse exquise, des reparties heureuses et de l’instruction. Il était petit et d’une rotondité remarquable; sa figure, passablement enluminée,

Semblait d’ortolans seuls et de bisques nourrie,

Il portait une petite épée, se dandinait en marchant comme son illustre patron, et formait un contraste parfait avec un autre commensal du prince, le marquis de la Villevieille , personnage long, sec et pale. Sous l’empire, les longues promenades que faisait réguliérement au Palais-Royal ce trio, bien propre a inspirer le génie de la caricature, avaient le privilége de faire sourire les passants et d’attirer les curieux. Qui, parmi les contemporains , ne se rappelle encore aujourd’hui ce burlesque cortége de badauds suivant 4 distance respectueuse, sous les galeries de pierre et dans le jardin, le prince archichancelier, couvert de rubans et de crachats, flanqué de ses deux acolytes toujours en habit a la francaise, le claque sous le bras et l’épée au coté? Mais avec le retour de Louis XVIII, Cambacérés réforma sa cuisine ; il eut méme quelques raisons d’éloigner de lui d’Aigrefeuille, qui mourut en 1818, assurément bien maigri, et vivant & peine d’une indemnité de cent louis par an que lui faisait le ministre de la police générale. Ch. pu Rozorr.

AIGREFIN. Voyes Ecrerw.

AIGRETTE. On appelle ainsi en botanique - or-

gane appendiculaire composé d’une petite touffe de poils soyeux, qui surmonte quelquefois le péricarpe. L’aigrette est dite sessile lorsqu’elle est immédiatement appliquée sur le sommet de Povaire, sans aucun corps intermédiaire; elle est appelée stipitée lorsqu’elle est portée, au contraire, sur une espéce de petit pivot ou support particulier nommé stipe. Quand les poils qui composent l’aigrette sont simples, l’aigrette est appelée simple ou poilue ; on la nomme plumeuse lorsque les poils offrent sur leurs parties latérales d’autres petits poils plus fins, plus déliés et plus courts, qui lui donnent Papparence d’une plume. Il y a en outre des aigrettes membraneuses , squameuses ou soyeuses, suivant l’apparence de leur tissu. — En ornithologie on appelle aigrette un faisceau de plumes effilées qui orne le dessus de la téte de certains oiseaux, comme le paon, la grue couronnée, etc, — Cest aussi le nom d’un oiseau du genre héron, qui porte sur le dos de longues plumes blanches, droites et soyeuses. Ces plumes gardent le méme nom lorsqu’elles passent dans la toilette des dames, qui les emploient pour orner et relever leur coiffure. Par extension on a encore donné ce nom a tout ce qui rappelle la forme de cet ornement. — Ainsi, dans la joaillerie on appelle aigrettes certains bouquets de pierres précieuses disposées en aigrette. — Dans la pyrotechnie on désigne par ce nom une piéce d’artifice qui fait jaillir des étincelles imitant les aigrettes. — Aigrettes se dit aussi du faisceau de rayons lumineux, divergents entre eux, qu’on aper¢oit aux extrémités et aux angles des corps électrisés. — Une espéce de singe porte le nom d’aigrette, 4 cause d’une touffe de poils qu’il porte au milieu du front. — Plusieurs coquilles ont aussi ce nom. — Enfin, dans l’entomologie on désigne par 1a des faisceaux de poils quise trouvent sur une partie quelconque du corps des insectes, et qui sont tantét simples et tantét en forme de plumet.

Dans le costume militaire, l’aigrette a été longtemps la parure du casque :: le sultan en porte une comme ornement a son fez, et les grands dignitaires tures en ont également. Au commencement de ce siécle elle fut adaptée au chapeau a cornes, puis au schako des officiers généraux et des officiers supérieurs de notre armée. Ces derniers la portent encore, ainsi que les officiers supérieurs de la garde nationale. Sous Pempire l’aigrette passa des généraux aux soldats; en 1812 les grenadiers et les voltigeurs de ’armée portérent a leur schako une aigrette, rouge pour les premiers, jaune pour les seconds, Abandonnée par la Restauration, l’aigrette reparut en 1821. Elle fut définitivement supprimée en 1832.

AIGREUR, au propre qualité de ce qui est aigre, et au figuré disposition d’esprit et d’humeur qui porte a offenser les autres par des paroles piguantes, blessantes.

Je m’emporte peut-étre, et ma muse en fureur Verse dans ses discours trop de fiel et d’aigreur,

( Borneav, )

En pathologie on appelle aigrewrs les rapports de gaz ou de liquides aigres quiaccompagnentles digestions laborieuses, et qui méme dans certaines affections ne sont pas nécessairement le résultat daliments préalablement ingérés. Dans tous les cas, ce phénoméne indique un état maladif de l’estomac, que cet état soit constant ou bien seulement accidentel. Pour combattre cette indisposition les médecins recommandent Yemploi de substances propres, comme la magnésie, par exemple, a s’emparer des liquides que la science considére comme en étant la source. Voyes ABSORBANTS,

Dans ‘les arts plastiques, particulitrement dans la gravure 4 Peau-forte, on se sert du mot aigreurs pour désigner certains traits, certaines teintes, des touches noires et trop enfoncées, causées par'inégalité des tailles ob Pacide a trop mordu.

AIGU, adjectif dont le sens propre représente a l’esprit quelque chose de terminé en pointe ou en tranchant, et propre 4 percer ou a fendre; et qui se dit aussi au figuré de sons clairs et pergants , ou encore d’une douleur vive et

piquante. Appliqué au son, il est alors Popposé de grave. Plus les vibrations des corps sonores sont fréquentes, et plus le son devient aigu. En pathologie on appelle maladies aigués celles qui se déclarent avec violence et se terminent en peu de temps. On les distingue ainsi des maladies chroniqwes, qui s’annoncent avec moins de rapidilé et avancent plus lentement a leur terme. — Pour Pangle aigu, voyes ANGLE; pour Vaccent aigu, voyes ACCENT.

AIGUADE, lieu ot lon va prendre et embarquer de Peau douce pour le service des vaisseaux a la mer. Le besoin de faire aiguade est un motif de relache.

AIGUE-MARINE, de deux mots latins , agua marina , signifiant ea de me. On appelle ainsi en minéralogie une pierre précieuse formée dalumine, de silice, de glucyne, de chaux et d’oxyde de fer, dont la couleur est assez semblable 4 celle de Veau de mer, et qui a beaucoup de rapport avec l’émeraude. Ce qui les différencie, cest que l’émeraude est un silicate d’alumine et de glucyne coloré en vert par de Poxyde de chrome, tandis que c’est Yoxyde de fer qui produit la coloration en vert de Paiguemarine. On la trouve en diverses contrées , mais surtout en Russie. Cette pierre , médiocrement recherchée , et qui n’est guére employée que pour la bijouterie commune ( on en cite cependant un échantillon qu’on a trouvé assez beau pour en former le globe qui surmonte la couronne des rois d’Angleterre), est une espece de béryl; elle jouit de la propriété de causer aux rayons de lumiére une double réfraction.

AIGUES-MORTES,, petite ville du département du Gard, arrondissement de Nimes, chef-lieu de canton, posséde3,932 habitants.Cette ville,en forme de parallélogramme carré, est enceinte d’une muraille crénelée et flanquée de grosses tours. Elle doit son nom aux marais qui l’entouraient et en rendaivnt le séjour malsain. On est parvenu, il y a quelques années, a les dessécher. Les immenses salines du Peccais , terrain aride et sablonneux, dont le produit est incalculable , lui donnent aujourd’hui une grande importance. Aigues-Mortes posséde un port sur la Grau du Roi. On sait que c’est & Aigues-Mortes que saint Louis s’°embarqua en 1248 peur son expédition de la Palestine. Il rogne encore une grande incertitude historique sur le point de savoir si cette ville était alors baignée par la Méditerranée, ou bien si elle s’en trouvait, comme aujourd’hui, éloignée de prés de cing kilométres. En 1538, Frangois 1°" eut a Aigues-Mortes une entrevue avec Charles-Quint. Napoléon avait concu le projet de faire creuser, 4 Aigues-Mortes, un large bassin, bordé de quais, ot! viendraient affluer, surtout a ’époque des foires de Beaucaire , tous les navires de long cours, jusque alors privés d’abri dans ces parages.

AJGUILLE (du latin acicula, diminutif @acus, pointe), petite verge métallique pointue par un bout et percée par lautre pour y passer du fil, de la soie, etc., et dont on se sert pour coudre, pour broder, pour faire de la tapisserie, ete.

Tlest fort vraisemblable que les premiéres aiguilles a coudre ont été d’abord des épines ou des arétes de poisson percées vers le bout le plus gros; il est constant que les anciens faisaient usage d’aiguilles en métal, travaillées assez grossiérement, s'il faut en juger par celles qui se voient dans les cabinets d’antiquités; mais chez les modernes ce petit instrument a acquis une trés-grande perfection. — Laiguille 4 coudre, quia donné son nom 4 toutes Jes autres espéces , ae fabrique de la maniére suivante : on prend du fil @acier de la grosseur que Vaiguille doit avoir, et on le coupe, au moyen de cisailles, en bouts dune longueur suffisante pour faire deux aiguilles; on aiguise les deux extrémités de ces bouts Wacier sur une meule de grés, et l'on termine les deux pointes sur une roue de noyer, appelée ordinairement polissoire, sur laquelle on répand de V’émeri en poudre délayé dans de Vhuile. Aprés cette operation, on coupe les morceaux d’acier par le milieu, et on les patme. Palmer les aiguilles, Cest

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