‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 163 sur 197 · ALCHIMIE · texte numérisé non relu

ALCHIMIE

vre de la création, et, pensant pouvoir saisir les procédés les plus secrets de la nature, ils voulaient contraindre la matiére 4 prendre les formes qu’ils lui imposeraient. Cette orgueilleuse espérance, d’ailleurs fondée sur des faits réels quwils avaient observés, ne doit pas étre traitée d’absurdité par un esprit judicieux et élevé. « Tout est dans tout » était leur axiome de prédilection ; et une des plus vastes conceptions philosophiques , P'unité de la chose créée, formait le fond général du systéme. En outre, les transformations merveilleuses que ’homme voit s’accomplir sous ses yeux dans les corps organisés, et méme dans quelques substances inorganiques, ne légitimaient-elles pas l’idée de la transmutation des métaux? Lorsque Von fait tomber du mercure en pluie fine sur du soufre en fusion, on obtient une matiére noire, qui, chauffée dans un vase fermé, se volatilise sans s’altérer et se transforme en une belle matiére rouge. Ce phénoméne, encore inexpliqué aujourd’hui, car notre mot isomérie n’explique rien, était considéré par cette caste sacerdotale, dépositaire du pouvoir et de la science, comme le symbole du bien et du mal, de la lumiére et des ténébres, et a contribué sans doute A établir ce fameux principe , point de départ de toute Valchimie, que tous les corps, et particuligrement les métaux , sont des composés de soufre et de mercure. Les livres juifs témoignent du pouvoir surnaturel des prétres égyptiens, et Moise, qui avait été leur adepte, y est représenté brilant dans un fourneau le veau d’or et le transformant en or potable, probléme presque aussi difficile que celui de la transmutation directe. Les plus anciens ouyrages d’alchimie que l’on ait sont ceux que !’on attribue Hermés ; mais ils ne remontent pas au dela de l’école d’Alexandrie. Les principaux sont le Pimandre, le traité des Sept Chapitres et la Table d Emeraude. A dater del’époque de la prise d’Alexandrie par les Arabes, en 640, la science d’Hermés parut tomber dans Youbli; toutefois, elle continua détre Pobjet de patientes et secrétes recherches, et dés que Yempire des califes fut fondé et que les Arabes comimencerent A cultiver les diverses sciences connues de leur temps , Yart hermétique devint, souslenom, moitié grec, moitié arabe, Walchimie, le but des travaux @un grand nombre d’hommes remarquables ; et ce culte pourlalchimie se maintint pendant tout le moyen Age, jusqu’au moment ou la chimie se constitua en science positive et indépendante.

Pendant toute cette période Valchimie se proposa un double but. La passion de lor et de Vargent, et aussi une plus haute et plus noble ambition, celle de pénétrer les seerets de la création, inspirérent |’espoir de transformer les métaux vils en métaux précieux. En méme temps l’amour de Vexistence fit naitre le désir de trouver un reméde général contre toutes les maladies, un moyen de soulager les infirmités de la vieillesse, de rajeunir et de prolonger la vie. Santé et richesses, voila le cété essentiellement pratique du grand ceuvre, tandis que le cété théorique se rattachait aux mystéres de la religion, de l’astrologie et de la cosmogonie. Pour transformer les métaux, les alchimistes croyaient avoir besoin d’une substance qui, contenant en elle-méme le principe de toutes choses, eit la vertu de décomposer un corps en ses diverses parties. Ce moyen général d’analyse ou menstruum universale, qui devait en méme temps purger le corps de tout principe de maladie et renouveler la vie, fut appelé pierre philosophale, elixir philosophal, panacée universelle. Une catégorie plus élevée des adeptes cherchait en outre l’dme du monde, qui devait donner la supréme félicité dans le commerce de Dieu et des esprits.

La recherche de la pierre philosophale pouvait se faire de deux maniéres, par la yoie séche et par la voie humide. La premiére, qui était celle oi! ’on employait la calcination, donnait la pierre philosophale sous forme d’une poudre rouge ou blanche, qui constituait la poudre de projection. La blanche projetée sur le métal inférieur ne pouvait donner naissance qu’a Pargent; la rouge seule produisait l’or. Dans

les recherches par la voie humide, on avait recours principalement a la distillation. Moins était claire Pidée que les alchimistes eux-mémes se faisaient des phénomeénes qui accompagnaient leurs expériences, plus ils enveloppaient leurs recherches d’allégories mystiques et symboliques. Mais cela ne doit pas surprendre quand on se reporte a Vesprit général du moyen Age, ot le phénomeéne le plus simple était toujours supposé produit par-une cause fantastique, et ot Jes sciences physiques s’appelaient sciences occultes.

Le premier qui ouvre l'histoire moderne de lalcliimie est Abou-Moussah Djafar-al-Sofi, si connu sous le nom de Geber. Il vivait au huitiéme siécle. On trouve dans les ouvrages qui portent son nom de nombreuses préparations de métaux pour les approprier & Pouvre. Geber présente son élixir rouge, qui n’est autre chose qu’une dissolution d’or, comme un moyen de prolonger la vie indéfiniment et de rajeunir la vieillesse. Les écrits de Geber répandirent tellement le goat de Valchimie chez les Arabes, que la plupart des savants qui ont illustré cette nation ont cultivé la science hermétique avec ardeur. Parmi les plus illustres d’entre eux , on peut citer : Mohammed Abou-Bekr Ibn-Zacaria (Rhazés), aux neuviéme et dixiéme siécles ; Abou-Ali-Hosséin Ibn-Sina (Avicenne), dixiéme ef onziéme siécles ; Ibn-Rochd (A y errhoés), douziéme siécle. — Un des plus anciens alchimistes de ’Occident dont on ait gardéla mémoire est Hortulanus, qui vers le milieu du onziéme siécle alla étudier en Espagne, et quia son retour écrivit un commentaire sur la Table d’Emeraude. Les plus célébres furent Albert le Grand, saint Thomas d’Aquin, que son fraifé De Re Metallica peut faire considérer comme un des adeptes ; Raymond Lulle, des iles Baléares , qui, pendant son séjour a Londres, transmuta, dit-on, pour le roi Edouard Itt une masse de cinquante mille livres pesant de mercure en or, avec lequel furent frappés les premiers rosenobles ; Roger Bacon, un des esprits les plus avancés du moyen 4ge, auteur de traités sur lalchimie ou il fait preuve d’un grand savoir et d’une connaissance approfondie des écrits des Arabes. C’est probablement d’eux qu’il tenait le secret de la poudre a canon. Il faut encore citer, en France, Arnauld de Villeneuve et Pierre de Villeneuve son frére, Nicolas Flamel, écrivain-libraire de l’université de Paris ; Guide de Montanor ; Jean Fernel; le célébre auteur du Roman de la Rose, Jean de Meung; en Italie, Pierre de Salente, Trévisan; Aurelius Augurellus , Jean de Rupescina, Jean Chrysippe; en Allemagne, Bernhard de Tréves; Jean Isaac de Hollande; Georges Ripley, et surtout Basile Valentin, si célébre par ses travaux sur Vantimoine , auteur des Douze Clefs, du Lever des Planétes, etc.

Le quinziéme siécle vit Valchimie prendre en quelque sorte ‘une direction nouvelle; elle enrichit la thérapeutique dun grand nombre de préparations chimiques. Mais ce fut surtout dans le siécle suivant que l’application de J’alchimie 4 la médecine recut un prodigieux accroissement , grace aux efforts de Paracelse; cet illustre savant croyait 4 la génération de Vor, mais il renonga a la recherche de la pierre philosophale pour se livrer avec ardeur & celle de la panacée universelle. Par suite de la nouvelle impulsion qu’il communiqua a la science, la question de la transmutation devint tout A fait secondaire. Cependant on cite encore les noms de Philaléthe, de Becker, et surtout de Glauber, et de Kunckel de Loewenstern, qui a écrit ces sages paroles : « Dans la chimie il y a des séparations , des combinaisons , des purifications ; mais il n’y a pas de transmutations. L’ceuf éclot par la chaleur dune poule. Avec tout notre art nous ne pouvons pas faire un cuf; nous pouvons le détruire et analyser, voila tout. » Le docteur Price est le dernier des adeptes dont le nom ait quelque célébrité, et c’est avec une vive surprise qu’on le voit 31a fin du dix-huitiéme siécle, en 1781, exécuter publiquement, A sept reprises différentes, la transformation de mercure en

argent ou en or, au moyen d’une poudre de projection. Comme il était membre de la Société royale de Londres , cette académie se préoccupa vivement de ses expériences ; en conséquence, elle nomma des commissaires pour assister aux essais de Price. Mais lorsque ce dernier se vit contraint d’opérer sous les yeux de juges aussi compétents, il prétendit n’avoir plus de poudre : on lui laissa done le temps d’en préparer de nouvelle. Enfin, pressé par la Société royale, il donna a sa comédie un dénodment tout a fait tragique, en s’empoisonnant avec Vhuile volatile du laurier-cerise, choisissant ainsi sans le savoir le méme genre de mort qui deux mille ans auparavant punissait la trahison des initiés de Memphis. Ce fut le coup de grace de l’alchimie. Cependant quelques personnes A l’esprit enthousiaste, séduites par la lecture danciens ouvrages sur la science hermétique, entreprirent encore de longs travaux, ov elles dissipérent en pure perte leur temps et leur fortune, pour obtenir la pierre philosophale, et de nos jours méme bien des gens se livrent encore avec ardeur a la recherche de la poudre de projection. Sans rappeler tout ce que nos sciences modernes doivent a Palchimie, aux patientes recherches et aux travaux gigantesques de ces chercheurs infatigables qui ont doté ’humanité de ses plus fécondes découvertes, entre autres du phosphore, des préparations du mercure, du kermés minéral, de la porcelaine, etc., il est évident que les alchimistes du moyen dge et peut-étre de V’antiquité ont eu connaissance de la plupart de nos découvertes modernes, du gaz hydrogene par exemple. Si elles se sont perdues, c’est que la science était obligée, dans ces temps d’ignorance générale, de se cacher et de se taire. L’exemple de Roger Bacon, condamné a passer une partie de sa vie en prison, malgré son éloquente déclaration sur la nullité de la magie, en est une preuve trop convaincante. En résumé, s'il n’appert pas expressément que les alchimistes soient parvenus a transmuter les métaux, des savants du premier ordre, entre autres sir Humphry Davy, ont pensé que des recherches hermétiques pouyaient avoir des résultats satisfaisants. M. Dumas lui-méme s’exprime en ces termes : « Serait-il permis d’admettre des corps simples isoméres? Cette question touche de prés a la transmutation des métaux. Résolue affirmativement, elle donnerait des chances de succés a la recherche de la pierre philosophale... 11 faut donc consulter lexpérience, et ’expérience, il faut le dire , n’est point en opposition jusqu’ici avec la possibilité de la transmutation des corps simples... Elle s’oppose méme a ce qu’on repousse cette idée comme une absurdité qui serait démontrée par Pétat actuel de nos connaissances. » — Consultez : Hoefer, Histoire de la Chimie; Schneider, Histoire de la Chimie (en allemand); J.-B. Dumas, Legons sur la Philosophie chimique; L. Figuier, l’Alchimie et les Alchimistes. ALCIAT, célébre jurisconsulte du seiziéme siécle, né 4 Milan, en 1490, publia dés ’age de vingt-deux ans ses Paradoxes du droit civil. C’est un examen philologique des termes grecs qui sont dans le Digeste. Cet ouvrage avait donné déja une haute opinion du jeune docteur; bientot il imprima ses Pretermissa et son traité de Verborum Significatione. Alciat comprit Yun des premiers toute l’in- fluence que I’étude de Vhistoire devait exercer sur celle du droit. I] réunit 4 ses cours 4 Avignon, en 1521, une affluence immense d’auditeurs, puis retourna 4 Milan. Francois I** profita des persécutions qu’Alciat éprouvait en Italie pour Vatiirer en France, et le fit professeur 4 Bourges; mais Francois Sforze Yayant menacé de confisquer ses biens s’il ne revenait dans sa patrie, Alciat y retourna et fut professeur & Pavie, 4 Bologne, encore a Pavie, a Ferrare; enfin il termina sa carriére & Pavie, oi: il mourut d’une indigestion, a l’age de cinquante-huit ans; car s'il était avare, il était encore plus gourmand. On reproche aussi a son caractere un exces dorgueil. Le pape lavait fait protonotaire, et Charles-Quint lui avait conféré la dignité de comte palatin.

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