ALENCON
de ville, construit en 1783, sur ’emplacement de lancien chateau. On y voit encore les restes de ancien chateau des duces @Alengon.
Cette ville a une industrie trés-active. Elle est renommée pour son ancienne fabrication de dentelles dites point @ Alencon, et pour sa fabrication de tulles, de blondes, de mousselines, de toiles et de chapeaux de paille fine. Elle posséde d’importantes filatures de coton et de chanvre, des fabriques de bougran, des blanchisseries considérables, des tanneries, etc. Elle tient au chemin de fer de Cherbourg.
On exploitait jadis prés d’Alengon un quartz cristallisé que ion travaillait sous le nom de diamants d’ Alencon. La belle fabrique de point d’Alencon, qui a longtemps joui dune prillante réputation, due a la beauté de son exécution, a la pureté de ses dessins, a la solidité de son magnifique travail, fut appelée de Venise par Colbert. Ce fut le 5 aout 1675 que les lettres patentes consolidérent le nouvel établissement a Alencon; neuf ans aprés on prohiba les dentelles de Venise, de Génes et de Flandre. Vers 1750 on comptait douze cents femmes occupées aux diverses parties du point d’Alencon : ces ouvriéres étaient en 1772 au nombre de dix mille ; mais cet état de prospérité ne fut pas durable. Avant 1789 les dentelles plus légéres, mises 4 la made par Marie-Antoinette, établirent une concurrence, qui peu a peu devint tréspréjudiciable aux points d’Alencon et d’Argentan (car cette derniére ville avait mis en grand renom son point de France, a peu prés pareil a celui d’Alencon ). Le baron Mercier paryint sous ’empire a remettre en honneur pendant quelques années ce beau produit de notre industrie, qui est retombé depuis dans un nouvel état de ruine.
Autrefois capitale d’un comté, puis d’un duché de son nom, Alencon n’est pas cependant une ville trés-ancienne. Au neuviéme siécle ce n’étaif encore qu’un simple bourg. Guillaume de Bellesme y fit construire, en 1026, un chateau fort. Geoffroy Martel, comte d’Anjou, s’en empara en 1052 ; elle fut reprise la méme année par Guillaume le Conquérant. En 1135 elle fut prise par HenrilIi, roi d’Angleterre. Les grandes compagnies du quatorziéme siécle la dévastérent plusieurs fois. En 1417 elle tomba de nouveau au pouvoir des Anglais, qui furent forcés de la rendre aux Francais en 1421. Les Anglais y rentrérent en 1428, en furent chassés en 1440, la reprirent en 1444, et furent enfin contraints deYabandonner pour toujours en 1450. Elle est une des villes qui eurent le plus 4 souffrir des guerres de religion. Cependant elle fut préservée des massacres de la Saint-Barthélemy par le maréchal de Matignon, qui y commandait a cette époque. En 1589 elle tomba au pouvoir des Ligueurs, mais Henri IV la leur reprit en 1590, et fit démolir une partie du chateau. La révocation de l’édit de Nantes y fut aussi la cause de graves désordres.
ALENCON (Comtes et ducs b’ ). Les premiers seigneurs @ Alengon furent comtes de Belléme, depuis Yves de Creil, lequel, de comte de Belléme, devint, vers 941, comte d’Alengon, territoire qui jusque alors avait eu peu d’importance. Ainsi, le Perche, et PAlengonnais, qui embrassait tout le diocése de Séez, furent réunis sous la méme main. Cing comtes d’Alencon sortirent de la famille des Bellémes : Yves, dont nous venons de parler, Guillaume I*", Robert I*, Guillaume II et Arnoulfe ou Arnoul. Pour prix de ses services, le premier de ces seigneurs recut du duc de Normandie, Richard I°’, leterritoire d’ Alengon et celui de Domfront.— Guillaume I**, surnommé Talvas, se brouilla avec le bienfaiteur de son pére: il fut vaincu, et Alencon fut pris €n 1028. On voit encore 4 Domfront les débris du tombeau de ce seigneur. — Le comte Rodvert fut assassiné dans Sa prison, vers 1033. — Sous Guillawme IJ, Alencon et Domfront lui furent enlevés de vive force par Geoffroy-Martel, comte d’Anjou. — Mabile, fille de Guillaume, ayant épousé Roger I de Montgomeri, les seigneuries d’Alencon et d¢ Domfront passérent dans cette maison, trés-illustre, & dé-
faut dhéritiers du comte Arnoulfe. Ainsi, la maison de Montgomeri remplaga celle de Belléme. — Roger se distingua vaillamment 4 cette bataille d’Hastings (en 1066 ), qui mit la couronne d’ Angleterre sur le front de Guillaume le Batard, duc de Normandie. — Robert IJ succéda & Roger, et fut connu sous le nom de Robert II de Belléme, parce que alors cette ville était la plus importante du comté. S’étant brouillé avec Henri I, duc de Normandie et roi d’Angleterre, qui lui avait ravi Domfront, il fut battu et jeté dans la prison de Verbam en Angleterre, ou il finit misérablement ses jours. — Guillaume ITT, surnommé Talvas, comme seg homonymes, joignit du chef de sa mére le titre de comte de Ponthieu a ceux qu’il possédait déja. A son retour de la croisade, en 1147, il mourut 4 Alengon, le 29 juin 1172.— Jean I**, que l’Art de vérifier les dates regarde & tort comme le premier comte d’Alencon, mourut le 24 février 1191. — Robert III, son frére, suivit Richard Coeur de Lion en Palestine, puis, apres la mort de ce grand monarque, se soumit a Philippe-Auguste. Ses successeurs yvécurent trés-peu de temps. La branche des Montgomeri finit sous Robert IV. Alors Philippe-Auguste réunit a la couronne le comté d’Alencon, en 1219. — Louis IX ayant donné cette seigneurie pour apanage a son cinquiéme fils, la branche des comtes d’Alengon-Valois y commenga une nouvelle dynastie. Elle donna d’abord Pierre I*", qui fit avec son pére la campagne de Tunis. Comme Pierre mourut sans enfants, Philippe le Hardi, son frére, disposa d’Alencon en faveur de son troisiéme fils, Charles I**, en mars 1284. La mort de Charles I** eut lieu le 16 décembre 1325. — Il laissa pour successeur Charles IT, son fils, qui fut tué ala bataille de Créci, en 1346. Le comté d’Alencon fut en sa faveur érigé en pairie. — Charles IIT, Pierre III, viennent ensuite ; puis Jean IT, qui prit le titre de duc lorsque Alencon fut érigé en duché-peirie, le 1°* janvier 1414. C’est ce prince, et non Charles [°", qui périt a la bataille d’Azincourt, le 25 octobre 1415. — Jean IV, que l’on a mal a propos appelé Jean II, fils du précédent, se distingua dans les guerres contre les Anglais, et finit, aprés leur expulsion, par rentrer dans ses domaines. Deux fois condamné a mort pour conspiration en faveur de l’Angleterre, Jean obtint deux fois sa grace, et alla mourir prisonnier a Loches,en 1476. — René, son fils, ne fut guére plus heureux : jeté aussi dans les fers en 1481, il ne recouvra sa liberté qu’en 1485, apres la mort deLouis XI. Il mouruta Alengonen 1492 ; ilavaiteu pour femme Marguerite de Lorraine, qui lui survécut trenie ans. — Leur fils Charles IV épousa Villustre Marguerite de Valois, qui le perdit en 1524, et n’en conserva pas moins jusqu’a sa mort le duché d’Alengon, par une faveur de Frangois I**, son frére. A cette époque, le duché fit retour a la couronne. — La fameuse Catherine de Médicis fut quelque temps duchesse d’Alencon, titre dont, en 1566, Charles IX disposa en faveur de son jeune frére Francois, qui est connu généralement sous le titre de duc d’Anjou, et a la mort duquel Alengon fut encore réuni ala couronne en 1584. — En 1606 Henri IV l’engagea au duc de Wurtemberg, lequel mourut en 1608 et le transmit a son fils, qui le pesséda jusqu’en octobre 1612. Marie de Médicis, ayant remboursé ce qui était dQ au duc de Wurtemberg, jouit de cet apanage dés cette méme année. — A la mort de cette princesse, Gaston, frére de Louis XIII, eut dans sa part le duché d’Alencon. — Elisabeth d’Orléans , seconde femme de Gaston, obtint ce duché, qui lui fit donner le nom de Mademoiselle d’Alengon, qu'elle porta quelque temps. Devenue veuve de Louis-Joseph de Lorraine, duc de Guise, elle porta ce dernier nom. Leur fils mourut a Page d’environ cing ans, en 1675, et le duché d’Alengon retourna encore a la couronne. — Le méme retour eut lieu en 1713, alamort de Charles de Berri.— Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence, depuis Louis XVIII, porta aussi Je nom de duc d’Alengon. Enfin, le deuxiéme fils du duc de
Nemours, Ferdinand-Philippe-Marie d’Orléans, né le 12 juillet 1844, recut le titre de duc d’Alencon en naissant. , Louis pv Bois.
ALEOUTIENNES (Iles ), ou Archipel de Catherine, groupe Wiles au nombre de plus de cent cinquante et occupant une superficie @’environ 450 myriamétres carrés, qui fait partie de Amérique russe , et forme comme une continuation insulaire de la presqu’ile Alaska, dépendance de PAmérique septentrionale, un are s’avancgant presque jusqu’au Kamtchatka, et séparant au nord du 50° de latitude septentrionale Ja mer du Kamtchatka ou la mer de Bering du Grand- Océan. Ces iles sont divisées en cing groupes : les iles de Béring, avec Mednoi ou Vile de Cuivre ; les iles de Sasignan, avec Attou, Agattou et Semitschi ; les ilesdes Rats, avec Bouldyr, Kiska, Amschitka et Krysiti-Ostrow; les iles Andreanoff, avec Samidopotschenoi, Goreloi ou tle de Brand, Bobrowoi, Tanaga, Atscha, Amlja ou Amlak, etc. ; les fles des Renards, avec Unimak, Unalaschka, Umnak, etc. Toutes sont hérissées de rochers et portent la trace de violentes commotions intérieures. Aujourd’hui encore plusieurs volcans y sont périodiquement en activité ou lancent continuellement de la fumée; les sources chaudes volcaniques y sont aussi trés-nombreuses. Sous un climat dont le long et rigoureux hiver n’est interrompu que pendant trés-peu de temps par un printemps nuageux et un été d’une chaleur extréme, le sol de ces iles n’est susceplible que de produire des buissons rabougris au lieu d’arbres, beaucoup d’herbes , de mousses et de lichens. En revanche, on y rencontre en abondance des poissons, des renards, des chiens, des rennes et des loutres de mer. Les habitants , dont le nombre peut étre évalué & 9,000, sont d’origine kamtschadale. La chasse et la péche forment leur principale occupation. Leur état moral est des plus abjects, attendu que les agents de la compagnie russe de commerce exercent sur eux oppression la plus tyrannique, et que le vice de Vivrognerie est devenu général parmi eux. La population a diminué d’une maniére effrayante depuis la domination russe. Les iles Aléoutiennes forment une station importante pour le commerce des pelleteries et du poisson, dont l’entrepdt principal est a Alexandria, dans Vile Kodjak, en face de la cote sud-ouest d’Alaska. En {855, des vaisseaux anglais et francais visitdrent ces iles apres avoir ruiné Pétropawlosk. *
ALEP ou HALEB, capitale de l’eyalet du méme nom situé au nord de la Syrie. Elle est batie entre ’Oronte et YEuphrate, sur les bords du Koik, petite riviére du désert ordinairement appelée Nhar-el-Haleb, iVentrée nord-ouest du grand désert de Syrie et d’Arabie. Les fertiles jardins qui garnissent les deux rives de cette riviére, et qui sont justement renommés pour leurs belles plantations de pistachiers, offrent un agréable contraste avec le morne aspect de toute la contrée environnante. Alep, qui par le style général de ses constructions appartient aux plus belles villes de YOrient, comptait encore il y a soixante ans une populade 200,000 Ames. On y voit un magnifique bazar, composé de plusieurs rues, entiérement vouté, ef recevant le jour qui lui est nécessaire par des fen¢tres pratiquées en partie dans des coupoles spécialement destinées a cet usage. Le tremblement de terre du 13 aoft 1822 ensevelit les deux tiers des habitants d’Alep, et transforma en un’ monceau de ruines Ja citadelle, située au milieu de la ville. Depuis lors la population, qui atteint 4 peine le chiffre d’environ 110,000 Ames, n’a jamais pu regagner son antique prospérité. La nouvelle citadelle a été construite au nordouest de la ville, et renferme une grande caserne. Alep, ville au caractére et A la physionomie essentiellement arabes, est une des principales étapes du commerce entre l’Europe, l'Inde, la Perse , ’Arabie et l’Arménie. C’est 14 que s’opére i'échange des produits de ’Europe contre ceux de Porient, Elle est aussi Je centre d’un grand commerce en étoffes de coton et de soie, en cuirs, tabacs et vins. — Une révolte
ALENCON — ALESSI
ayant éclaté & Alep en 1850, treize chrétiens y perdirent la vie, trois églises firent incendiées. Le 7 novembre Kerim- Pacha fit venir les chefs de la rébellion, et les arréta. L’insurrection recommenga aussit6t ; a la téte de 4,000 hommes , Kérim-Pacha repoussa les insurgés aprés une lutte de vingtquatre heures. Dix-huit cents rebelles tombérent sous les coups du pacha ture; trois quartiers de la ville, Karleh, Bab-Kusa et El-Bab-Beyrak, foyers de la réyolte, furent défruits dans cette sanglante répression, qui montra du moins la volonté formelle du sultan de protéger les chrétiens.
ALERTE, mouvement excité dans une troupe par quelque indice ou par un ordre supérieur, pour lui faire prendre les armes avec promptitude ; elle se tient alors sur ses gardes et préte a obéir au premier ordre qui pourrait lui étre donné. Dans les camps, les places de guerre et dans les postes militaires, on donne’ quelquefois de fausses alertes, pour habituer les corps a se porter avec rapidité et en silence dans les lieux qui leur ont été assignés pour les cas @attaque ou dincendie. Aux termes des ordonnances sur le service des places et des troupes en campagne, un général, un gouverneur, un commandant d’armes, un commandant de poste militaire, doivent, 4 des époques indéterminées, ordonner de fausses alertes. Ils sont tenus, dams ce cas, d’en informer les autorités locales.
ALESIA. Voyez Auisr.
ALESOIR, instrument ou machine qui sert 4 agrandir, calibrer, polir un trou ou les parois intérieures d’un tube, comme un corps de pompe, un cylindre de-machine a vapeur, un canon de fusil, ’Ame d’une bouche a feu. Les alésoirs sont en général des barreaux d’acier ayant des coupes propres a régulariser et a faciliter lear mouvement dans le cylindre qu’on veut a/éser. On leur imprime ce mouvement, soit 4 la main, soit au moyen d’un vilebrequin ou d’une espéce de tour, suivant Ja puissance de progression qu’on doit leur communiquer. Les corps de pompe ou cylindres sont fondus d’un seul jet. Quelques précautions qu’on prenne dans cette opération, la cavité de ces piéces n’est pas parfaitement cintrée et circulaire, et ses parois sont couvertes daspérités, C’est pour corriger ces imperfections qu’on a recours a une seconde opération, celle de Valésage. L’alésage peut ¢tre employé aussi bien pour un trou conique que pour un trou cylindrique. C’est de Valésage que dépendent la précision et la facilité du jeu des pistons dans toutes les machines a vapeur, et la justesse du tir dans les fusils et les bouches a feu. On distingue deux espéces d’alésoirs, Valésoir horizontal et Yalésoir vertical.
ALESSANDRI (ALEssANDRO), connu aussi sous le nom d@’Alexander ab Alexandro, né a Naples vers Van 1460, et qui y exerca pendant quelque temps la profession davocat, se laissa déterminer par les beaux travaux archéologiques de Filelfo et de Calderino, a se consacrer, lui aussi, 4 étude de ’antiquilé classique. Quoiqu’il ne soit jamais parvenu a mériter le titre d’archéologue , le grand ouvrage dans lequel, AV instar des Nuits Attiques d’Aulu-Gelle, il a traité, sous le titre de Dies Geniales (Rome, 1522; souvent réimprimé depuis ) et en forme d’entretiens avec des amis instruits, @’une foule de points et de questions ayant trait pour Ja plupart & l’antiquité classique, obtint un rare succés. Alessandri mourut le 2 octobre 1523 4 Rome, ow il remplit pendant quelque temps les fonctions de protonotaire napolitain.
ALESSI (Gateazzo), célébre architecte, né & Perugia, en 1500, mort dans la méme ville, en 1572. C’est 4 Rome quwil se forma comme artiste, et il y eut pour maitre Michel- Ange. Par la suite il s’établit & Génes, ville qui fut le théatre de ses plus importants travaux. Ce fat lui qui y répandit le goat pour Parchitecture moderne. Une foule de palais, de villas et d’églises y furent construits sous sa direction. On admire dans ces divers ouvrages la richesse @’une imagination qui ne se laisse jamais aller aux écarts de la fantaisie , ainsi