‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 175 sur 197 · ALEXANDRE — ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

ALEXANDRE — ALEXANDRIE

avec l’empereur Napoléon III a Stuttgard, Lorsque les affaires d’Italie furent sur le point d’amener un conflit entre la Sardaigne et VAutriche, la Russie proposa un congrés. L’Autriche précipita les événements et la guerre

| éclata; la France intervint et la Russie resta calme. « La

Russie ne boude pas, avait dit le prince Gortschakof; elle se recueille. » Aprés la paix de Villafranca, l’empereur Alexandre se rencontra a Varsovie avec le roi de Prusse et Yemperenr d’Autriche; rien n’y fut conclu. La Russie devait se souvenir de l’abandon de l’Autriche pendant la guerre d’Orient et au congrés de Paris; on croit méme que l’Autriche refusa encore & ce moment de reyenir sur le traité

, de 1856, que la Russie trouve injuste, et que la France ne

serait pas éloignée de modifier. Cependant lorsque Victor-

| Emmanuel fit entrer ses forces dans leroyaume de Naples ,

envahi par Garibaldi, la Russie rappela son envoyé de Turin. Aprés la reddition de Gaéte, Alexandre II fit remettre le grand cordon de ses ordres au roi Frangois II-

Le 25 février 1861 les Polonais répondirent aux paroles de Pempereur par une manifestation en ’honneur de leurs compatriotes morts 4 Grochow en 1831. Cette manifestation fut dispersée & coups de fusil; elle recommenga le leridemain, et il y eut de nouvelles victimes. Des Polonais se chargérent de rétablir ordre; mais ils adressérent une pé= tilion 4 Pempereur pour réclamer leur nationalité, redemander les immunités de leurs écoles, les priviléges de leur église, les moyens constitutionnels de faire parvenir leurs voeux au tréne. Cette pétition n’a pas été repoussée par l’empereur Alexandre, qui, le 2 avril, accorda a la Pologne un conseil d’Etat formé de hauts personnages , des conseils de gouvernements et des conseils municipaux basés sur l’élection, et une organisation distincte pour les affaires ecclésiastiques et l’instruction publique.

L’empereur a cing fils et une fille : Painé, Nicolas , est né le 20 septembre 1843. L. Louver.

ALEXANDRE RKRARADJORDJEWICZ. Voyez SERBIE, ‘

ALEXANDRETTE, en latin Alexandria ad Issum, en arabe Iskanderoun, ville de Syrie, située sur le bord de la Méditerranée, prés du ruisseau de Beloum, fut fondée par Alexandre le Grand auprés de Myriandrus, non loin du champ de bataille d’Issus. Dés que la Syrie fit un royaume a part, les Sélencides s’établirent 8 Antioche, et Alexandrette tomba en ruines. Rebatie par un des khalifes ommiades , elle devint une place forte des frontiéres, et n’eut pas d’autre importance. Tancréde la prit d’assaut et la livra aux flammes. La domination des Osmanlis ne la releva pas. Le commerce de |’Europe ayant repris quelque activité avec Orient, des Francs s’établirent 4 Alexandrette, qui devint le port d’Alep. L’insalubrité de lair ne lui permit pas de

.s’accroitre. On n’y voit plus que quelques chétives habita-

tions, et des marais pestilentiels entourent la ville. Vers le sud, a un quart de lieve de la mer, sur la gauche du chemin qui méne a Beylan, on voit encore un chateau en ruines, nommé le chateau d’Alexandre : audela de ce chateau, dune architecture évidemment moderne et peut-étre contemporaine des croisades, gisent d’antres ruines et des vestiges de constructions antiques. Les croisés avaient appelé Alexandrette Alexandria Scabiosa. E. B.

ALEXANDRIE, appelée par les Tures et les Arabes Iskandériéh ou Skandériéh , fondée Van 331 avant Jésus- Christ par Alexandre le Grand, était située a Vorigine dans Jes terrains plats et bas qui séparent le lac Maréotis de la Méditerranée, A environ un myriamétre de Canope. En avant, dans la Méditerranée, on trouvait Vile de Pharos, a Vextrémité nord-ouest de laquelle s’élevait la tour célébre quon éclairait la nuit (voyes PHAR) pour guider les navigateurs, et qu’une jetée appelée Heptastadium unissait A la terre ferme en formant les deux grands ports de la ville. Il y avait en outre dans le lac Maréotis un port

ALEXANDRIE

aux eaux stagnantes et marécageuses, 4 lembouchure du canal du Nil, le port appelé Kibotor, et deux ports de moindre étendué & Pangle nord-ouest du grand port situé a lest de la jetée. Alexandrie , dont le plan avait été dress¢ par larchitecte Dinocrate, occupait autour de ces deux guands ports un emplacement s’étendant du nord-est au sudouestsur une longueur totale @’a peu prés trois myriamétres. Deux grandes rues, larges chacune d’environ 33 métres, et ornées dans toute leur longueur de colonnades, la traversaient (une extrémité a l'autre et se coupaient A angle droit. La ville était ailleurs trés-réguliérement construite. La partie la plus brillante était le quartier appelé Bruchiune, voisin du port de Vest. La se trouvaient les palais des Ptolémées avec le Musée et la Bibliotheque, le Soma ou Sema, les tombeaux d’Alexandre [é Grand et des Ptolémées, le Posidonium, le Timocrium et le grand théatre. Plus loin a Pouest on rencontrait ’ Emporiwm , les chantiers de vaisseaux, sur la petite pointe de terre qui, avec lHeptasta-

dium, son prolongement artificiel , séparait les deux grands |

ports, la ou était situé jadis un village appelé Rhacotis, le Serapeum avec sa riche bibliothéque et leGymnase. A Pouest de la ville était située la grande Nécropole ( ville des morts ) avec ses tombeaux, et a Test la Lice et la Nicopole. Des citernes pratiquées dans le roc calcaire, et contenant leau nécessaire & la consommation des habitants pendant une année entiére , occupaient presque toute la superficie sovterraine de la ville. Dés sa fondation Alexandrie fut la capitale grecque de Egypte. Sa population, évaluée a ’époque de sa plus grande prospérité 4 300,000 habitants libres, et qui, en y comprenant les esclayes et les étrangers, deyait s’élever a plus du double de ce chiffre, se composait surtout de colons grecs, d’Egyptiens proprement dits, et de Juifs venus de bonne heure s’y établir, et qui n’avaient pas tardé a y adopter la langue et les coutumes des Grecs.

Aprés la mort d’Alexandre le Grand, Alexandrie échut aux Ptolémées, qui y établirent leur résidence et en firent la plus magnifique ville de l’antiquité avec Rome et Antioche , de méme que le centre de l’érudition et de la civilisation grecque de ce temps-la, d’ot elles se propagérent ensuite dans une grande partie de l’Asie et de l'Afrique. L’heureuse situation de cette ville, au point de partage entre l’Occident et POrient, en eut bientét fait le centre du commerce du monde, qui porta au plus haut degré sa prospérité matérielle. Alexandrie était arrivée au faite de ses richesses et de ses grandeurs, quand elle tomba au pouvoir des Romains, I’an 29 avant Jésus-Christ. C’est de cette époque que date sa décadence, @abord peu sensible, mais qui plus tard, a la suite de la translation 4 Rome des chefs-d’ceuvre de l'art qui la décoraient, des massacres commis par Caracalla, de la déyastation du Bruchium par Aurélien, du siége et du pillage par Dioclétien, et enfin de la prospérité toujours eroissante de Constantinople, devint en peu de temps tréssensible, de telle sorte qu’au quatriéme siécle de notre ére Je temple de Sérapis était le seul monument architectural de quelque importance qui y subsistat encore. La lutte entre le christianisme envahisseur et le paganisme provoqua dans Alexandrie les désordres les plus sanglants. La prise @assaut du Serapeum, dernier refuge de la théologie et de Pérudition paienne, en l’an 389, par les chrétiens, et sa transformation en une église chrétienne, sous Vinyocation de saint Arcadius, portérent le dernier coup au paganisme agonisant. Alexandrie devint alors le chef-lieu de la théologie chrétienne, et conserva ce caraCtére jusqu’a ce qu’elle ett été conquise par les Arabes, en l’an 642. La prise de la ville par les Tures, en l’année 868, acheva de ’anéantir. Elle se releva plus tard, il est vrai, sous la domination des khalifes, et resta pendant toute la durée du moyen Age le grand entrepot des produits de ’Orient et de POccident; mais la découverte de PAmérique et de la route des Grandes-Indes par ic cap de Bonne-Espérance anéantit complétement son

commerce. Enfin la domination des Mameloucks, et ensuite la conquéte qu’en firent les Osmanlis, achevérent de détruire jusqu’a ce qui y était Poouvre des Arabes, C’est ainsi qu’Alexandrie en arriva a ne plus compter en 1778 que cing mille habitants. La conquéte de Egypte par les Francais a Ja fin du dix-huitiéme siecle commenga a la faire sortir de ses ruines ; et sous la domination de Méhémet-Ali, qui y établissait sa résidence pendant une partie de l’année, elle se releva tellement qu’elle est aujourd’hui l'une des places les plus importantes de la Méditerranée. Le commerce avec les Indes reprend de nos jours la yoie qu’il abandonna au seiziéme siécle. Alexandrie avait 30,000 ames en 1798, et 164,400 en 1862.

La ville actuelle n’occupe pas le méme emplacement que lancienne. Elle s’éléve sur Heptastadium, transformeé par des alluvions en une large langue de terre, entre les deux grands ports qui existent toujours. Mais celui qui est situé au nord-est, et qu’on appelle aussi le Port-Nenf , est ensablé. Le canal de Ramanieh, terminé en 1820, et un chemin de fer mettent le Caire en communication avec Alexandrie, qui du cdté de la mer est protégée par divers ouvrages de fortification. Comme Ja plupart des villes de POrient, Alexandrie est aussi sale que misérablement batie. Ses édifices les plus remarquables, tels que le nouveau palais , la douane, Varsenal de la. marine, sont tous l’ceuvre de Méhémet-Ali. La Bourse a été terminée en 1859.

Cette ville, habitée par des Arabes, des Turcs, des Juifs, des Coptes, des Grecs et des Francs, est le siege des consuls européens, d’un patriarche copte, des établissements maritimes et commerciaux du pacha, ainsi que des écoles militaires et de marine égyptiennes. De tous les monuments antiques qu’elle renfermait autrefois, elle ne posséde plus que la colonne de Pompée , produit de l'art grec, placée sur un fat de vingt et un métres de long, qui vraisemblablement ornaif a Vorigine le Serapeum, renversée plus tard, puis redressée par ordre d’un gouverneur de Dioclétien, et surmontée alors de la statue d’un empereur qui depuis longtemps en a été arrachée ; ce que l’on appelle les Aiguilles de Cléopdtre, deux obélisques, dont un est a moitié en ruines, mais dont autre, monolithe de vingt métres de hauteur, est encore debout: enfin, plusieurs tombeaux de l’antique nécropole, et les citernes, en ruines pour la plupart.

ALEXANDRIE ( Bibliotheque d’), fondée principalement par les libéralités des Ptolémées, contenait, dit-on, dans 400,000 volumes ou rouleaux, toute la littérature romaine, grecque, indienne et égyptienne, dont nous ne possédons plus aujourd’hui que quelques débris. La plus grande partie en était placée dans le plus beau quartier de la ville, le Bruchiwm, et fut brilée lors du siége de cette ville par Jules César, mais fut ensuite remplacée par la bibliothéque de Pergame, dont Antoine fit présent a Ciéopatre. Le reste se trouvait dans le Serapeum, le temple de Jupiter Sérapis, et se conserva jusqu’a ’époque de Théodose Je Grand. Mais quand ce prince fit détruire tous les temples paiens de ’empire , le magnifique temple de Jupiter ne fut pas plus épargné que les autres; un rassemblement furieux de chrétiens fanatiques,conduits par Parchevéque Théophile, Vassaillit ef le mit en ruines. On rapporte qu’au milieu de ces scénes de dévastation, la bibliothéque fut en partie bralée et en partie dispersée, et Orose I"historien n’en vit plus que les rayons vides. Par conséquent ce furent des barbares chrétiens, et non pas, comme on le croit généralement, des Arabes commandés par Omar, qui firent éprouver aux scien-

ces cette irréparable perte. Ona cru découvrir les ruines de cette bibliothéque en 1854.

ALEX ANDRIE ( Coded’). On appelle ainsi un manuscrit de toutes les saintes Ecritures en langue grecque qui se trouve au Bristish Museum a Londres, et qui est d’une haute importance pour la critique. Tl est écrit sur parchemia,

en lettres onciales, sans esprits ni accents, date, suivant toute vraisemblance, de la seconde moitié du sixiéme sidcle, et contient toute la Bible en grec (1’Ancien Testament d’aprés la traduction des Septante) avec les Epttres de Clément le Romain; mais il offre trois lacunes dans le Nouveau Testament. Le texte en est d’une importance toute particuliére pour la critique des Epttres du Nouveau Testament, attendu que le manuscrit original que le copiste avait devant lui pour les Evangiles était évidemment beaucoup plus céfectueux. Ce manuscrit célébre faisait partie, dés l’an 1098, de la collection de livres du patriarche d’Alexandrie. Le patriarche de Constantinople Cyrille Lucar, qui l’adressa a titre de présent au roi d’Angleterre Charles I", en 1628, assura Yavoir recu d’E-gypte, et diverses circonstances, tant intérieures qu’extérieures, témoignent qu'il fut réellement écrit dans ce pays. Grabe le prit pour base dans son édition des Septante (4 vol. in-fol., Oxford, 1707-1720). Woid a donné la reproduction compléte et diplomatiquement fidéle du Nouveau Testament (Londres, 1786, in-fol.).. Baber commenga en 1816 un travail identique pour l Ancien Testament. ALEXANDRIE (Dialecte d’). On appelle ainsi le dialecte particulier de la langue grecque quise forma peu a peu a Alexandrie dans la langue parlée et écrite, aprés que la civilisation et la science grecque s’y furent implantées , et qui différait de l’'ancienne langue des habitants de |’Attique par le mélange quil avait admis de nombreuses formes et expressions macédoniennes et doriennes.

ALEXANDRIE (Guerre d’). C’est celle dans laquelle fut entrainé, au mois d’octobre de l’an 48 avant Jésus-Christ, peu de temps aprés la bataille de Pharsale, César, alors ala poursuite de Pompée, lorsqu’il arriva 4 Alexandrie. Ayant décidé en faveur de Cléopatre le différend 4 ce moment pendant entre elle et son frére Ptolémée-Dionysus pour le partage de I’héritage paternel, les Egyptiens, conduits par Pothinus et Achillas, chefs du parti de Ptolémée, se révoltérent contre lui. César, qui n’avait que 4,000 hommes 4a sa disposition, se vit bientot assiégé dans un quartier d’Alexandrie par les habitants de cette ville, qu’appuyait une armée de 20,000 hommes, commandée d’abord par Achillas, et aprés la mort de celui-ci par Ganymédés. Sa position devint extrémement critique, et il faillit méme perdre la vie dans une tentative qu’ilfit pour se rendre maitre de Pilede Pharos. Ce ne fut qu’en mars 47, lorsque Mithridate de Pergame eut réussi a lui amener des renforts d’Asie, qu’il parvint a dominer le danger. Le roi Ptolémée périt en combattant; Alexandrie fut réduite 4 capituler, et Cléopatre, qui avait gagné l'amour de César, fut mise en possession du pouvoir souverain conjointement avec son plus jeune frére, appelé également Ptolémée. L’histoire de la guerre d’Afrique qu’on trouve Ala suite des Commentaires de César, a vraisemblablement pour auteur son légat A. Hirtius.

ALEXANDRIE (Ecole a’). Les Ptolémées , 4 cause de cet amour des lettres , des sciences et des arts qui fut pour ainsi dire le génie de leur dynastie, firent 7@Alexandrie le rendez-vous de tous les esprits éclairés de leur temps. Les grammairiens, les savants, les philosophes furent attirés vers cette ville célébre, ou Ptolémée Philadelphe fonda le Musée, qu’on regarde 4 juste titre comme la premiére A ca démie du monde, et établit cette fameuse bibliothéque (voyez Bibliotheque d’ALexaNnDRIE ) que Phistoire a toujours considérée comme Ja plus précieuse de l’antiquité. Ce concours de lumiéres et de protection royale était fait pour qu’Alexandrie devint avec le temps ce qu’Athénes avait été déja a Pépoque de Périclés. De 1a le nom d’école d’Alexandvie donné a lensemble des systémes philosophiques qui suivirent le péripatétisme et le platonisme, dernieéres lueurs du paganisme mourant, et dont le foyer principal était la ville d’Alexandre. Cette école, remarquable par ses origines, par le génie de ses penseurs, par la richesse et la profondeur de ses doctrines, par sa longue durée, par son rdle histo-

ALEXANDRIE

rique , par son influence sur les doctrines du moyen age et de la Renaissance, mérite une place 4 part dans Vhistoire de la philosophie. Elle commence vers la fin du troisieme siécle de l’ére chrétienne, et ne finit que vers 539, avec ’antiquité elle-méme, Pendant cette longue période elle change dans le cours de son développement de situation, de role, de théatre; elle garde invariablement ses principes et son esprit, tout en subissant l’influence des hommes et des circonstances. Essentiellement rationnelle avec Ammonius, Plotin et Porphyre, elle dégénére en pratiques théurgiques avec Jamblique, Chrysanthe , Maxime et Julien; puis elle reprend une forme plus séyére 48 Athénes avec Syrianus, Proclus et Damascius.

Ce qui caractérise d’abord l’école d’Alexandrie, c’est une idée noble et hardie : ses philosophes trayaillérent 4 la combinaison de tous les systémes connus. Aprés bien des siécles de civilisation , d’activité et d’éclat , ’esprit humain sembla prendre repos a l’ombre du tréne des Lagides ; mais, comme la foi et toutes les croyances religieuses l’avaient abandonné, trop épuisé pour créer et fonder, il voulut faire un faisceau de toutes les spéculations de la Gréce et de l’Asie. Une pareille initiation valut aux philosophes le surnom d’éclectiques. Ammonius Saccas fut son fondateur. Cependant l’Kcole d’Alexandrie ne fut pas seulement éclectique, elle se laissa aussi entrainer au mysticisme. La recherche de l’absolu, tel fut le probléme que ses philosophes se proposérent. Mais pour atteindre leur but, la raison parut trop débile aux Alexandrins. Aussi, impuissants a s’acquitter de leur tache, par cela méme qu’ils renongaient a se servir de la raison et qu’ils la regardaient comme une faculté trompeuse, ils empruntérent & Xénophanes et 4 Parménides leur Dieu absolu, c’est-a-dire l’étre immuable et ineffable, sans rapports possibles avec la génération , et qu’ils ne purent concevoir qu’a l’aide de la perception immédiate , base nécessaire au mysticisme. De ce premier point a l’extase il n’y avait qu’un pas, et les Alexandrins le franchirent; car en youlant comprendre et décrire la nature incompréhensible de Dieu, que la raison ne pouvait saisir et expliquer, ils furent obligés de mettre au-dessus de la raison une faculté, et cette facuité fut la faculté mystique de l’extase. Le mysticisme des Alexandrins est plus observateur, plus métaphysicien qu'il n’est enthousiaste : c’est ce qu’il est facile de constater par examen des ouvrages de Plotin, le représentant le plus illustre du mysticisme de V’école d’Alexandrie.

Pendant que V’école d’Alexandrie s’efforcait d’opérer la fusion parfaite du génie grec et du génie oriental, un rival redoutable s’élevait contre elle. Le christianisme venait a peine de se montrer au monde avec son bref et ferme symbole, ses dogmes arrétés , sa morale sublime , sa puissante hiérarchie, que déja 'antiquité paienne, ses dieux, ses croyances, sa morale plus ou moins austére, son orgueil justifié par plusieurs siécles de grandeur et de beauté dans ses créations, ses vertus les plus applaudies, tout en un mot de ce qui se rattachait 4 ’Olympe d’Homére ou en faisait partie, était fortement ébranlé. Contre cette religion inconnue encore, mais faisant partout des prosélytes, fondant des églises, consacrant des prétres, les Alexandrias composérent en quelque sorte le parti de la résistance. Plotin, Longin, Origéne, Erennins, Porphyre et Jamblique déploient dans cette lutte de deux civilisations toute l’énergie de la pensée , une vaste érudition, une éléyation de style sans égale : on dirait qu’ils réunissent a eux seuls toutes les forces de la Gréce et de l’Orient qui vont périr, pour mieux

combattre Vesprit nouveau. Un instant vainqueurs, apres”

beaucoup de défaites, pendant le régne de Julien, les philosophes et les rhéteurs de l’école d’Alexandrie rentrérent dans l’obscurité, et virent leurs temples rasés par l’ordre de Théodose. Durant cette polémique, chrétiens et Alexandrins employérent leurs veilles 4 produire des miracles,

ALEXANDRIE

comme éléments de conviction de ce quwils avancaient de part et d’autre. Un mysticisme exalté troublait les esprits, et leur faisait croire & la réalité de leurs prétendues illuminations. Les Alexandrins, au lieu de combattre leurs adversaires, occupés a la propagation des merveilles de leur religion, au lieu de nier leurs miracles ou de les détruire par le raisonnement, s’en attribuérent 4 leur tour; ils ne manquaient pas aussi d’écrire histoire de leurs prédécesseurs , de les supposer auteurs de certains prodiges, et d’opposer a la vie de Jésus-Christ les travaux d’Apollonius de Tyane ou de Pythagore.

Quels qu’aient été les résultats ou la justice des moyens dont on fit usage dans les deux camps ennemis, il ne faut pas oublier que cet éclectisme que les Alexandrins appliquérent aux anciens cultes , ayrés Pavoir appliqué aux principaux systémes de l’antiquité grecque , impliquait le dépérissement de toute religion, le triomphe de la philosophie, et avecle triomphe de celle-ci la liberté d@’interpréter et de choisir. Les philosophes de cette école qui les premiers, dans un moment de défense, soumirent a un contrdle sérieux et profond toutes les vieilles croyances des religions passées, leurs dogmes et leurs superstitions, ont donné aux générations futures un exemple salutaire, celui dela Liberté d@examen. Jusque alors l’imposture ou le mensonge avaient caché bien des vérités ; mais le jour de mort étant arrivé, prétres et philosophes communiquérent ensemble dans Vintérét commun. Le résultat de cette entente fut funeste a la religion comme 8 la philosophie d’abord ; mais celle-ci aura jeté une semence qui fructifiera dans d’autres temps et d'autres lieux.

Entre le christianisme et l’école d’Alexandrie la critique moderne a cru apercevoir certains rapports quwil n’est pas inutile de rappeler. Les Péres de VEglise, en effet, ne semblent pas exempts d’emprunts au platonisme et a d’autres doctrines enseignées 4 Alexandrie et 4 Athénes. Sans doute les deux doctrines avaient des bases opposées; mais il serait injuste de dire que la religion nouvelle n’a rien appris pendant quatre siécles de lécole d’Alexandrie. Comment supposer qu’Alexandrins et chrétiens aient pu vivre si longtemps 4 cété les uns des autres, se disputant perpétuellement, dénouant quelquefois leurs dissensions sur la place publique par les persécutions et par Pémeute, sans que le christianisme ait cherché a s’approprier ce qu’il y avait de yrai et d’utile dans la philosophie profane? Saint Clément d’Alexandrie nous offre sur ce point un témoignage irrécusable, lorsqu’il avoue que la philosophie des écoles peut servir 2 commenter les vérités de la foi, a les démontrer et a les développer. Qu’on ouvre encore saint Augustin, et dans la Cité de Dieu chacun croira lire un platonicien. Le mystére de la Trinité lui-méme, dans la religion chrétienne , ne manque pas d’offfir une ressemblance assez curieuse avec la Trinité de ’école d’Alexandrie. Sous ce rapport les Ennades de Plotin, aprés le Timée et le sixiéme livre de la République de Platon, pourraient offrir plus d@un trait piquant ala critique philosophique.

La plupart des grands noms que comprend l’école d’Alexandrie ne se rattachent qu’indirectement a Alexandrie méme: Plotin vécut a Rome, Proclus a Athénes; mais Alexandrie n’en a pas moins été le centre du monde grec, le terrain des plus grandes luttes. L’école d’Athénes, sa rivale, n’est qu’un développement sur un autre théatre de Ja philosophie alexandrine. L’école d’Alexandrie s’éteignit obscurément, vers le milieu du sixiéme siécle, et avec elle finit la philosophie grecque, déja frappée par un décret de Justinien, qui ferma l’école d’Athénes en 529. La cléture des écoles paiennes par ’édit de Justinien anéantit I’école d’Alexandrie, mais non ses doctrines. Lenéo p] atonisme, recueilli dans d’obscures compilations, passa a travers les écoles du Bas-Empire dans la philosophie du moyen 4ge, et inspira tous les esprits rebelles au joug d’Aristote et delascolastique;

puis, 4la Renaissance, il devint la source de toutes les doctrines idéalistes et mystiques des quinziéme et seiziéme siécles.

Tout le travail de l’école d’Alexandrie ne se borne point a celui qui a été fait dans le champ des spéculations philosephiques. A cété des philosophes il y a aussi des savants, des grammairiens, des poétes. Les grammairiens ne s’occupaient pas seulement de ce que nous appelons grammaire ; ils ne se contentaient pas d’éplucher des mots, de distinguer des phrases ; c’étaient des critiques instruits , des philologues qui possédaient des connaissances positives. On compte parmi ces grammairiens Zénodote d’Ephése , Aristarque de Samothrace, Cratés de Malles, Denys de Thrace, Apollonius Je Sophiste et Zoile. Le grand mérite de ces philologues, c’est d’avoir recueilli les monuments de la littérature et de la civilisation des siécles passés, de les avoir soumis a une critique savante et judicieuse , et de les avoir transmis a la postérité. Parmi les poétes nous remarquerons Apollonius de Rhodes, Lycophron, Aratus, Nicandre, Euphorion, Callimaque, Théocrite, Philétas, Phanoclés, Timon le Phliasien, Denys, et les sept poétes tragiques que Yon appelait la Pléiude d’Alexandrie. Les poétes de cette école se distinguent surtout par l’élégance, la pureté, la correction savante du style ; ce qui leur manque, c’est le talent, lesprit créateur qui inspirait les poétes grecs des siécles précédents. Erudits sans 4me, philologues laborieux et froids, ils cherchaient a suppléer a l’enthousiasme par l'art et Je savoir. Les poétes de l’école d’Alexandrie sont , 2 peu d’exceptions prés, d’habiles tourneurs de vers, des écrivains pleins de science, mais sans verve, sans inspiration.

Cette école produisit également un grand nombre de mathématiciens, tels que Euclide, le créateur de la géomé¢trie scientifique; Apollonius de Perge, dans la Pamphylie, qui a laissé un ouvrage sur les sections coniques ; Nicomaque, qui le premier réduisit l’aritliimétique en systéme; Eratosthéne, auteur des Catastérismes ; Aratus, auteur d’un poéme didactique intitulé Phanométre; Ménélas, et surtout le géographe Ptolémée, auquel nous devons la Magna Syntaxis (voyez ALMAGESTE ). Ces astronomes appliquérent les hiéroglyphes 4 la dénomination des constellaions de la sphére boréale, et corrigérent la théorie du calendrier Julien. Mentionnons encore parmi les savants de quelque renom lanatomiste Hérophile, le naturaliste Erasistratus, ef Démosthéne Philaléthe, auteur du plus ancien ouvrage qui existe sur la maladie des yeux.

On peut consulter sur I’école d’Alexandrie Youvrage de M. Matter, Hssai historique sur lV’ Ecole d’Alexandrie; — Histoire de lV’ Ecole d’Alexandrie, de M. Jules Simon; — l’Histoire critique de I’ Ecole d’Alexandrie, de M. Vacherot, et le Rapport de M. Barthélemy Saint-Hilaire @ 7’ 4cadémie des Sciences morales et politiques sur le concours ouvert par ellea propos de l’école d’Alexandrie ( 1845, in-8°),

ALEXANDRIE (Chronique d’). On appelle ainsi une compilation de plusieurs auteurs grecs faite sous Héraclius, au régne duquel elle s’arréte. Cette chronique fut découverte en Sicile vers le milieu du seiziéme siécle, et imprimée en 1615, par les soins du iésuite Raderus, qui, ayant trouvé en téte du manuscrit le nom de Pierre d’Alexandrie, lui donna la dénomination qu’elle porte.

ALEXANDRIE (Alessandria della Paglia, Alexandrie dela Paille). Cette ville, qui s’appela d’abord Césarée, est située dans une contrée marécageuse, au confluent du Tanaro et de la Bormida. C’est une place forte, chef-lieu dela province du Piémont. Elle fut fondée en 1178 par les habitants de Crémone et de Milan (la ligue Lombarde ), autant pour leur servir de boulevard contre ’'empereur Frédéric 1° Barberousse qu’en mémoire des succés que la ligue Lombarde avait déja remportés sur lui. A peine la ville étaitelle construite que Barberousse vint l’assiéger : elle repoussa Yennemi ; mais on y vit auss‘t6t éclater des dissensions in-

i) y avait eu sept expulsions dune faction par l'autre. Césarée quitta son nom pour prendre celui d’Alexandrie, en ’honneur du pape Alexandre III, qui y avait établi le siége d’un évéché, Cette ville a été souvent l'objet des luttes les plus sanglantes. Vers la fin du treiziéme siécle, le marquis de Montferrat et Matthieu de Visconti, seigneur de Milan, s’en dispulérent la possession; elle finit par rester au pouvoir des Visconti, et fut annexée au duché de Milan. Montferrat fut enfermé dans une cage de bois, ot il mourut dix-huit mois aprés. En 1522 Alexandrie fut prise d’assaut et livrée au pillage par le duc de Sforze; en 1657 les Frangais, commandés par le prince de Conti, l’assiégérent inutilement; en 1707 le prince Eugéne s’en rendit maitre aprés un siége long et meurtrier. Plus tard l’empereur Joseph I** abandonna cette place au duc de Savoie. Elle passa sous la domination frangaise en 1796. La France la perdit; mais le 16 juin 1800, aprés la bataille de Marengo, le général Mélas y conclut avec Bonaparte un armistice par lequel il lui livra PItalie supérieure jusqu’au Mincio. En 1802 elle devint ie chef-lieu du département de Marengo. En 1814 elle retourna a la Sardaighe. Aujourd’hui Alexandrie est une ville de 56,545 Ames. Son commerce consiste surtout en toiles et en étoffes de laine et de coton. Les fortifications d’Alexandrie se composent d’une enceinte bastionnée, d’une citadelle garnie de défenses extérieures, et d’une téte de pont sur la rive droite de la Bormida. Un pont de pierre relie la cifadelle a la ville. Aux termes de l’armistice conclu aprés la bataille de Novarre, le 26 mars 1849, les Autrichiens composeérent la moitié de la garnison d’Alexandrie jusqu’a la paix. En 1856 les fortifications d’Alexandrie furent considérablement augmentées, et une souscription publique fut ouverte pour l’armer de canons. Pendant la campagne d'Ttalie elle a servi de premier quartier général aux alliés, et de pivot 4 leurs opérations contre les Autrichiens qui s’étaient approchés de ses murs. 2

ALEXANDRIN, ¢pithete qui désigne dans la poésie francaise la sorte de vers affectée depuis longtemps, et vraisemblablement pour toujours, aux grandes et longues compositions, telles que le poéme épique et la tragédie, sans étre toutefois exclue des ouvrages de moindre haleine. Le yers alexandrin est divisé par un repos en deux parties qu’on appelle hémistiches. Dans le vers alexandrin, masculin ou féminin, le premier hémistiche n’a jamais que six syllabes qui se comptent : je dis qui se comptent, parce que s'il arrive que cet hémistiche ait sept syllabes, la derniére finira par un e muet et la premiere du second hémistiche commencera par une voyelle ou par une / non aspirée, a la rencontre de laquelle ’e muet s’élidant, le premier hémistiche sera réduit a six syllabes. Dans le vers alexandrin masculin, le second hémistiche n’a non plus que six syllabes qui se comptent, dont Ja derniére ne peut étre une syllable muette. Dans le vers alexandrin féminin, le second hémistiche a sept syllabes, dont la derniére est toujours une syllabe muette. Le nombre et la gravité forment le caractére de ce vers; c’est pourquoi je le trouve trop éloigné du ton de la conversation ordinaire pour étre employé dans la comédie. Une loi commune a tout vers parlagé en deux hémistiches, et principalement au vers alexandrin, Cest que le premier hémistiche ne rime point avec le second ni avec aucun des deux du vers qui préctde ou qui suit. On dit que notre vers alexandrin a été ainsi nommé ou d’un poéme francais de la vie d’Alexandre (voyes Roman d’ALEXANDRE), composé en cette mesure par Alexandre de Paris, Lambert Li Cors,Jean le Nivelais et autres anciens poétes, ou d’un poeme latin intitulé !Alexandriade, et traduit par les deux premiers de ces poétes, en grands vers, en vers alexandrins, en vers héroiques; car toutes ces dénominations sont synonymes, et désignent indistinctement la sorte de vers que nous venons de définir.

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