‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 174 sur 197 · ALEXANDRE LE GRAND · texte numérisé non relu

ALEXANDRE LE GRAND

immenses richesses. 1] renyoya aux Athéniens les bustes @Harmodius et d’Aristogiton qu’avait emportés Xerxes a Persépolis. Cet acte Whabile politique valut 4 Alexandre Pamitié des Athéniens et plus tard leur neutralité lorsque le roi Agis insurgea Sparte contre lui.

Alexandre, parvenu au comble d’une puissance inconnue jusque alors, perdit la dignité de moeurs qu’il avait montrée dans sa jeunesse. Il s’abandonna aux joies de Vorgie : sil faut en croire les historiens grecs, perdant tout sens moral, il incendiait des palais pour satisfaire un caprice de courtisane; mais ces oublis de lui-méme ne duraient pas longtemps : les fautes qu'il commettait dans ces moments Wivresse lui causaient des repentirs sincéres ; les actes brufaux auxquels il s’abandonnait lui faisaient bientot horreur : « on les oublie, dit Montesquieu, pour se souvenir de son respect pour la vertu, de sorte quwils furent considérés plutét comme des malheurs que comme des choses qui lui fussent propres. »

Cependant Darius fuyait vers le nord de Vempire; Alexandre se mit 4 sa poursuite, et Patteignit prés des fron- ‘tiéres de la Bactriane. Darius venait d’étre assassiné par un de ses satrapes, Alexandre punit de mort lassassin, et fit rendre au malheureux prince les plus grands honneurs mortuaires en usage chez les Perses. ll soumit ensuite la Parthiéne, la Sogdiane et ’Hyrcanie. — Voulant toujours marcher en ayant, et n’assignant pas de bornes a son ambition, Alexandre franchit l’Indus, l’an 327 avant J.-C. Il s’assura, en arrivant, alliance de Taxile, un des rois les plus puissants de ces contrées; il s’avanga ensuite jusqu’au Gange, ou lattendait Porus, roi indien, habile, courageux, persévérant, qui avait réuni toutes ses troupes pour combattre le vainqueur : le combat fut long et plus terrible que tous ceux livrés contre les Perses. Cependant Porus fut vaincu et fait prisonnier. Alexandre, touché de son courage et de ses vertus, lui demanda comment il voulait étre traité : « En roi! » répondit Porus; et il s’abandonna a Ja magnanimité d’Alexandre, dont il devint bient6t lami.

Aprés quelques autres conquétes, les Macédoniens refusérent de suivre leur roi plus avant. [ls voyaient avec regret qu’Alexandre traitait les nations soumises non en peuples vaincus , mais en alliés. Il voulait, en effet, s’attacher tous les peuples sans les opprimer. Son projet était de fondre en un seul peuple les vainqueurs et les vaincus. Il ne faisait plus de distinction entre les Perses et les Macédoniens; ceux-ci furent blessés de cette sage politique, dont ils ne comprenaient pas le but. Alexandre se vit obligé de réprimer des complots et de punir plusieurs de ses généraux, entre autres Clitus, Philotas, Parménion, etc. Nous ne devons pourtant pas croire légérement les récits que font les historiens grecs des froides cruautés d’Alexandre : eux seuls l’en ont aecusé; les traditions des Perses et des autres peuples vaincus n’en font nulle mention. Les Grecs seuls, qui ne pouvaient pardonner a Alexandre sa toute-puissance, ont tant accablé sa mémoire.

Abandonné de son armée s'il voulait encore marcher en avant, Alexandre se vit forcé de reculer jusqu’a I’Hydaspe, ou il divisa ses troupes en deux parties : il confia Pune a Néarque, pour aller tenter d’établir une communication entre l’Indas, l’Euphrate et le Tigre ; se mettant a la téte de Vautre, il se dirigea vers Babylone, a travers ies déserts de la Gédrosie. I! ne voulait rien commencer avant la jonction de ’armée de Néarque a la sienne. Ce fut avant cet infervalle que mourut son ami Ephestion : il en ressentit une telle douleur, qu’il oublia un moment son grand réve Wunité et ses gigantesques projets; il fit tuer, dit-on, le médecin qui n’avait pas pu sauver son ami, — Sur ces entrefaites, Néarque arriva 4 Pembouchure de ’Euphrate. A cette nouvelle, énergie revint A Alexandre; il fit les préparatifs d’un immense plan de campagne : « Comme il allait reconnaitre le golfe Persique, dit Montesquieu, comme il

avait reconnu la mer des Indes , comme il fit construire un port & Babylone pour mille vaisseaux et des arsenaux , comme il envoya 500 talents en Phénicie et en Syrie pour en faire venir des nautoniers quwil voulait placer dans les colonies qu’il répandait sur les cétes; comme enfin jl {it des travaux immenses sur l’Euphrate et les autres fleuves de lagyrie, on ne peut douter que son dessein ne fat de faire faire le commerce des Indes par Babylone et le golfe Persique. »

La mort vint réduire & néant ces merveilleux projets .: Alexandre succomba & Babylone aux accés d’une fidvre violente, ’'an 324 avant J.-C.. 4 Page de trente-deux ans. [I avait régné pendant treize années. L’opinion la plus générale est quil fut empoisonné par Antipater; quelques-uns disent qu’il mourut des exces de débauche et de travail: les veilles trop répétées et la tension incessante des organes du cerveau furent , selon ces derniers, la seule cause de sa mort.

Alexandre fut un de ces immenses génies, une de ces puissantes volontés auxquelles il est presque impossible de ne pas attribuer une mission surhumaine. En treize ans il avait élevé un empire plus vaste que ne le fut jamais celui des Romains du temps de leur plus grande puissance, apres dix siécles de combats. « Dans l’espace de quatorze ans, dit une légende poétique de la Perse, Iskander (Alexandre) parcourut les routes, les déserts et les montagnes du globe. Les pieds de ses coursiers agiles ef étincelants de feu inscrivaient sur les montagnes élevées et inaccessibles des vers dont voicilesens : Le jour il est dans la Gréce, et la nuit dans ’Inde; le soir a Damas, et le matin 4 Nouschad; son cheval se désaltere le méme jour aux eaux du Gihoun et dans celles du Tigre, qui arrose Bagdad. »

A sa mort Pempire d’Alexandre comprenait : en Europe, la Gréce, la Macédoine, une partie de la Thrace; en Asie, PAsie Mineure (a Vexception de quelques provinces), a Syrie, la Phénicie, !a Palestine, tous les Etats du Tigre et de l’Euphrate , la Médie, la Perse, le littoral de l’Océan jusqu’a l’Indus , et dans le-nord la Bactriane et la Sogdiane ; en Afrique, ’Egypte jusqu’aux cataractes au-dessus de Syéne, et les cdtes de la Méditerranée jusqu’au pays de Cyréne. Ce vaste empire ne devait pas lui survivre. Sentant la mort s’approcher, et sans héritier capable de lui suceéder, il laissa le pouvoir aw plus digne; mais il eut a peine fermé les yeux, que es lieutenants se livrérent des luttes sanglantes , et V’ifmmense monarchie née de son génie périt aussit6t dans les convulsions d’un démembrement.

Olympias, mére d’Alexandre, survécut a ce prince, ainsi que son épouse Statire, fille de Darius; il laissa un fils imbécile, Hercule, qu’il avait eu dune concubine, Barsine ; une autre épouse légitime du héros , Roxane, était a sa mort enceinte d’un enfant, roi plus tard sous le nom d’Alexandre IV.

A toutes les qualités qui font le grand homme de guerre Alexandre joignait les vertus qui peuvent faire le grand homme @’Etat. Il était assurément le plus instruif et le plus intelligent de son armée; il avait au plus haut degré Yamour des belles-lettres et des sciences : il entretenait une correspondance scientifique avec Aristote au méme moment ou il conquérait l’Asie; il apprenait Ja médecine la veille des batailles; la cassette @or qui contenait I’Jliade était chaque jour placée sous son chevet ; enfin il lisait Pindare le lendemain d’une victoire. Evidemment la civilisation conquérante ne fut jamais mieux représentée que par Alexandre.

Lhistoire d’Alexandre a été écrite par Aristobule et par Ptolémée, fils de Lagus, dont les ouvrages sont perdus. Arrien du moins les avait sous les yeux lorsqu’il composa le sien. Plutarque a écrit la vie du uéros macédonien. Quinte-Curce tombe dans le roman en se servant de sources aujourd’hui perdues. Voir Sainte-Croix, Hxamen criiique des anciens Historiens d Alexandre le Grand (Paris, 2° édit., 1804, in-4°).

* ALEXANDRE (Roman d’). C’est le privilége des hommes dont la gloire ou le génie frappe vivement l’imagination des peuples de Iéguer a la postérité un double souvenir. Tandis que Vhistoire prend note des faits réels qui servent de texte aux biographies, le prestige de ’héroisme et le prisme de la distance décomposent en quelque sorte la vérité pour la convertir en légendes. A coté de Ja physionomie humaine et vraie d’un grand homme se dessine, aprés sa mort, et parfois méme de son vivant, sa figure poétique et idéale, agrandie par ’enthousiasme populaire. Une admiration superstitieuse ’entoure d’une merveilleuse auréole : il cesse d’étre un chef de peuple ou @armeée ; il devient un héros, un dieu. Telle fut la destinée @ Alexandre le Grand.

Nous allons exposer ici comment la figure légendaire d’Alexandre, créée par la superstition enthousiaste du peuple et des soldats, vint 4 travers les pays et les 4ges se refléter dans l’ceuvre de deux poétes frangais, et comment ceux-ci, grace 4 un singulier mélange de souvenirs antiques et d@idées modernes, arrivent a nous montrer dans le roi de Macédoine le type du parfait chevalier.

C’est a l’époque ou Vhistoire grecque entrait dans sa période de décadence que les compagnons d’Alexandre, Ptolémée, Aristobule, Clitarque et Callisthéne, entreprirent @écrire la biographie et les exploits du roi qui les avait entrainés 4 une expédition tentée jadis par des demi-dieux, Hercule et Bacchus. Mis en contact avec le monde asiatique, le génie des historiens grecs laisse corrompre sa franchise naive et fausser la justesse de son coup d’ceil. On voit éclater chez eux un mépris absolu dela vérité et de l’évidence, une recherche prétentieuse des faits surnaturels, une exagération perpétuelle des actions les plus simples, une métamorphose incessante de histoire en roman. Aussi la tradition légendaire dont le héros était le roi de Macédoine, aprés étre sortie des tentes mémes du camp d’Alexandre, aprés avoir passé entre les mains de Plutarque, de Justin, de Diodore, de Quinte-Curce, qui Pincorporent a leurs écrits, finit-elle par se confondre de plus en plus, durant les ages suivants, avec les matériaux réellement historiques, et a les convertir, si ’on peut parier ainsi, en sa propre substance. De la sorte, 4 cété des biographies, qui essayent de reproduire image fidéle et vraie du prince qu’elles suivent dans ses conquétes, en débarrassant, autant qu’elles peuvent, leurs récits des circonstances merveilleuses que les mémoires des auteurs contemporains du roi leur ont léguées, nous en trouvons dautres qui acceptent sans réserve la tradition populaire, qu’elles modifient au gré d’une imagination intarissable; elles inventent des détails surprenants, des exploits impossibles, et font du roi macédonien le fils @un dieu, ou tout au moins d’un sorcier, d’un enchanteur égyptien, digne en tout de son pére. De ces biographies, les premiéres, qui sont, pour ainsi dire, classiques, semblent s’arréter au siécle d’ Adrien; les secondes, commencées par les récits des compagnons du roi, prennent 4ce moment une nouvelle extension. La poésie, qui s’en empare et qui les teint de ses couleurs, ne fait qu’y ajouter d’audacieux ornements. Etienne de Byzance cite une Alexandriade composée par Vempereur Adrien. Cet exemple auguste parait avoir provoqué les imitations de Nestor de Laranda, contemporain d’Alexandre Sévére , et de Solérichus d’Oasis, qui vécut sous Dioclétien. Adrien lui-méme ne faisait probablement que recueillir lhéritage postique d’un nommé Chérilus d’fasos, ’un des compagnons d’Alexandre, d’un Agisd’Argos, détestable imitateur du trésmédiocre Chérilus, enfin d’un certain Arrien, qui n’a dautres rapports avec le célébre historien que la ressemblance du nom. On attribuait encore un poéme semblable au philosophe Anaximéne de Lampsaque. Ces détails nous prouvent que les Alexandriades du moyen age avaient leurs analogues dans lantiquité. La combinaison de ces divers éléments , empruntés a Ja prose eta la poésie, et dans lesquels venaient

ALEXANDRE

se méler les récits vrais et les légendes, les amplifications de la prose et les machines dramatiques de la poésie, les traditions de la Gréece et de YOrient, celles de la Judée et de Egypte, enfanta au septiéme et au huitiéme siecle une ceuvre émanée de quelque romancier byzantin, qui se cacha sous le nom grec de Callisthéne ou d’ A’sopus, et qu’un autre pseudonyme, Julius Valérius, traduisit ou plutot imita librement en latin. C’est 4 ces sources, augmentées peut-ttre des travaux de Siméon Seth, protovestiaire de l’empereur Michel Ducas, au onziéme siécle, et traducteur grec d’une biographie persane d’Alexandre, que paraissent avoir puisé nos vieux auteurs, Lambert le Court et Alexandre de Bernai.

Ce sont, en effet, ces deux trouvéres que les écrivains qui ont parlé du roman d’Alexandre s’accordent tous a en considérer comme les auteurs, quoiqu’ils n’aient pas trouvé la méme unanimité lorsqu’il s’agit de fixer la part d’ceuvre qui revient a chacun deux. Suivant la conjecture la plus probable, le poeme composé d’abord par Lambert Je Court n’existe plus aujourd’hui, et Pouvrage qui nous reste est simplement une restitution, une recension due a la main intelligente d’Alexandre. D’aprés cette hypothése, Alexandre, arrangeur habile, aurait donné plus de régularité aux vers de Vauteur original, rajeuni le style et remplacé les assonnances grossiéres par des rimes exactes et harmonieuses,

Il est impossible de fixer avec précision la date a laquelle parut manuscrite pour la premiére fois cette ceuvre, chantée d’abord par les trouvéres : le manuscrit 6987, un des plus anciens, n’est pas antérieur a 1330. Toutefois, comme il parait certain que Lambert et Alexandre ont vécu au douziéme siécle, nous nous croyons fondé a croire que cette chanson de geste, chantée sous des formes plus ou moins changeantes, puis reprise, remaniée, étendue par les poetes auxquels on lattribue, commenga a circuler écrite lorsqu’ils lui eurent donné la derniére main, et qu’ensuite leur manuscrit servit de modéle aux copistes des ages suivants.

Il existe & la Bibliothéque Impériale vingt manusorits du poéme légendaire @’Alexandre. Quelques-uns se ressemblent presque identiquement ; d'autres offrent quelques différences. Ilena été publié en 1846, par la Société litiéraire de Stuttgart, une édition dont la révision a été confiée 4 M. Henri Michelant.

Il serait trop long de donner ici une analyse de ce roman : les auteurs, usant de leurs droits de trouvéres, donnent a Alexandre douze pairs, lui prétent les sentiments et le langage d’un chevalier contemporain des Guillaume, des Robert et des Tancréde. Ils prennent le héros a sa naissance, dont ils décrivent les circonstances merveilleuses; ils racontent les prouesses de son jeune age jusqu’au jour ou il put enfin abandonner les lions pour combattre des guerriers et devenir homme de guerre. Arrivés la, les deux poétes se jouent tout 4 leur aise des détails de Vhistoire : ils corrompent les noms, transposent les événements, et s’aban-

donnent 4 toute la richesse de leur imagination : a un cer~~

tain endroit du poéme, Alexandre fait la rencontre du Diable, dans un val mystérieux oi: chaque fleur est une jeune fille, et ou Pastre du soleil et celui de la lune lui prédisent sa mort prématurée. On voit qu’il serait impossible de raconter ce poeme sans s’éloigner par trop des détails de Phistoire, Le Roman d’Alexandre est Wailleurs original, plein de détails curieux sur la chevalerie, les coutumes du moyen. age, les luttes héroiques de l’époque des croisades. La forme en est généralement coulante, malgré Puniformité des tirades monorimes : quelques éclairs de poésie réelle , .d’éloquence entrainante y brillent par intervalles et animent la longueur parfois fatigante du récit. Ces beautés incontestables justifient ’immense réputation dont ce livre a joui chez nov aieux, ainsi que lenom donné au vers alexandrin dom firent usage les deux poétes qui consacrérent leurs étuder et leur talent a la gloire d’Alexandre.

Eugéne Taupor, professeur au lycée Louis-le-Gra

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ALEXANDRE

ALEXANDRE (Ere @’). Voyes Ene.

ALEXANDRE, rois de Macédoine. Outre Alexandre le Grand, quatre princes portérent ce nom sur le trone de Macédoine. Le premier, fils d’Amyntas I", régna de 497 a 454 avant J.-C. — Le second, fils d’Amyntas II, régna de 371 4 370. — Le troisidme fut Alexandre le Grand. — Le quatriéme , fils posthume d’Alexandre le Grand, avait pour mére Roxane. {1 porta un instant le titre de roi apres sa naissance ; mais Cassandre le fit tuer dans sa premicre enfance. — Alexandre V, fils de Cassandre, régna d’abord avec son frére Antipater, de 297 a 294 avant J.-C. Voyes MACEDOINE et ANTIPATRIDES.

ALEXANDRE, tyran de Phéres, en Thessalie, l'an 369 avant J.-C., fameux par ses cruautés, fut vaincu par Pélopidas, général thébain, et tué par Thébé, sa femme, Pan 357 avant J.-C.

ALEXANDRE I-II, rois @Epire. Voyez Eine.

ALEXANDRE. Deux usurpateurs du tréne de Syrie ont porté ce nom. L’un, ALEXANDRE Bata, dont le véritable nom était Pompala, Rhodien Worigine, se fit passer pour fils dAntiochus Epiphane, et réussit a détroner Démétrius Soter, Pan 149 avant J.-C., grace au secours que lui avait prété le roi ad Egypte Ptolémée Philométor. Abandonné par ce prince, qu'il avait trahi, il fut lui-méme détréné par Démétrius Nicator, Van 144 avant J.-C. — ALEXANDRE Zepina, fils d'un fripier d’Alexandrie, se prétendant le fils d’Alexandre Bala, et soutenu par Ptolémée Physcon, roi d’Egypte, parvint a s’emparer du troéne qu’occupait Démétrius Nicator, Van 125 avant J.-C. Antiochus Grypus, fils de Nicator, le fit mettre a mort quatre ans aprés.

ALEXANDRE JANNEE. Voyes Maccanges.

ALEXANDRE SEVERE (M. Avrétius), vingt-septiéme empereur romain, régna depuis l’an 222 aprés J.-C. jusqu’a l’an 235; il appartient a cette race impériale syrienne qui tiraif son nom de Julia Domna, épouse de Septime Sévére , née & Emése. Cette impératrice remplit de Syriens le conseil de ’empereur, et tous les Sévéres, dans la suite, furent considérés comme empereurs syriens. Ces princes sont : Caracalla ef Géta; puis, aprés Pusurpateur Macrin, Bassien, Héliogabale ; enfin Alexandre Sévére, dont le véritable nom était Bassien, car il n’est connu dans Vhistoire que par ses deux surnoms : celui d’ Alexandre, parce qu’il était né & Arséne, en Syrie, dans un femple consacré a ‘Alexandre le Grand; celui de Sévére, 4 cause de sa verfueuse rigidité envers les courtisans, les soldats. Bassien était cousin et peut-étre frere de pére de l’infaime Héliogabale.

Il semble, en lisant le régne d’Alexandre Sévére dans Lampride , que cet historien se soit complu 4 représenter Pidéal de la puissance souveraine exercée par un adolescent, au visage aussi beau que son ame était pure, son coeur chaste, son esprit élevé. Le sénat lui conféra en un seul jour tous les pouvoirs impériaux, comme a un vieil empereur, et lui offrit successivement les titres d’Antonin et de Grand; il les refusa, et Lampride nous donne la longue discussion qui eut lieu a ce sujet. Dés sa plus tendre enfance Alexandre Séyére avait été instruit dans les lettres grecques et latines. II avait eu pour maitresles plus célébres rhéteurs de son temps ; il ne fit pourtant pas de grands progrés dans l’éloquence latine ; mais il réussit dans les lettres grecques, et composa en vers dans cette langue la vie des bons princes. Ses lectures favorites étaient le traité des Offices et celui de la République de Cicéron. II lisait aussi la vie d’Alexandre, dont il se proposa @imiter les vertus, tout en condamnant dans ce prince Vivrognerie et la cruauté envers ses amis. I] aimait les poétes latins, ‘surtout Virgile, qu’il appelait le Platon des poétes. Assuré de mériter le respect , il rejetait les titres fasfueux, les obséquieuses formules. Les entrées chez lui étaient libres, et, 2 la dNférence de ses prédécesseurs, il se laissait aborder par tout ‘e monde. Il vivait si familiérement avec ses ainis qu’a table il partageait avec eux le méme lit, allait

sans facon manger chez eux, et les recevait de méme. [I les visitait quand ils étaient malades, de quelque rang qu’ils fussent; il aimait que chacun lui dit librement sa pensée ; ei sa présence, il voulait que chacun fat assis , et s’infsrmait soigneusement des absents. Sa mére, Mammée, et Memmia, son épouse , lui reprochaient sa trop grande affabilité, et lui disaient qu’il affaiblissait ainsi son pouvoir. — « Dites plutét, répondit-il, que je V’affermis et le rends plus durable. » Bannissant de son costume l’or et les pierres précieuses, dont se couvrait Héliogabale, il portait toujours une toge de lin dune éclatante blancheur. Il avait tant de vivacité dans les yeux, qu’on ne pouvait longtemps soutenir son regard. Pour !’air martial, la vigueur et Vagilité, c’était un vrai soldat, et il passait pour le meilleur lutteur de son temps. I) était doué @une perspicacité extraordinaire et d'une mémoire prodigieuse.

A peine monté sur le tréne, Alexandre éloigna les juges et tous les employés que Vimpur Héliogabale avait tirés de la classe la plus abjecte : il ne voulut conserver dans le palais impérial que les gens absolument nécessaires , supprima toutes les sinécures, et s’engagea par serment & n’en point créer. En général, il n’admettait dans sa société que des gens honnétes et bien famés; de méme, il défendit aux femmes d’une réputation équivoque de faire la cour a sa meére et a sa sceur. I] se montra fort sévére pour les courtisans qui trafiquaient de leur crédit. L’histoire cite un homme qu’il fit mettre en croix pour ce délit, puis un autre qu’il fit étonffer au milieu d’un feu de paille, afin, disait-il, de punir par la fumée celui qui avait vendu de la fumée. Un de ses secrétaires avait fait un faux exposé @une affaire au conseil du prince : Alexandre V’exila, apra3 lui avoir fait couper les nerfs des doigts, de maniére a ce quw’il ne pat plus écrire. Il condamnait a mort les tribuns de légion qui s’étaient enrichis aux dépens du soldat. Dans les différends survenus entre les soldats et les officiers, il punissait ceux-ci sans pitié quand ils étaient coupables. « Du reste, en quatorze années de temps, dit Hérodien, historien peu favorablea Alexandre, il ne répandit pas une seule goutte de sang innocent; et l'on ne nommera pas un seul homnie qui pendant wn si long régne ait été condamné sans qu’on lui ait fait auparavant son procés dans toutes les formes. Quelquefois méme il ne pouvait se résoudre 4 condamner a mort des gens coupables de fort grands crimes. » Les jurisconsultes compilateurs des lois romaines nous apprennent qu’il abolit presque enti¢rement les recherches pour crimes de lése-majesté impériale, et ce ne fut pas pour lui une petite affaire que d’arréter le zéle des juges qui croyaient faire leur cour en appliquant cette législation cruelle. Il fit nombre de lois fort douces relativement aux droits du peuple et 4 ceux du fisc; il destina les impots que payaient les villes 4 Ventretien de leurs édifices; il placa les deniers publics & quatre pour cent, et de ce produit il prétait sans intérét 4 des particuliers, pour les aider dans leurs affaires ; il accorda, pour les attirer 4 Rome, des indemnités considérables aux négociants. Outre les distributions d’usage qu! . faisait au peuple, il prit des mesures prévoyantes pour diminuer le prix des denrées, Sa vie simple, frugale et réguliére, était une lecon vivante pour les Romains. Afin d’arréter le luxe, il eut la pensée de distinguer les conditions par les vétements. I] ne voulait point faire entrer dans le fise les contributions établies par Caligula sur les lieux de débauche, et consacra ces revenus de la corruption 4 V’entretien des théatres et des jeux du cirque.

Sous ce prince les chrétiens cessérent @étre persécutés et les Juifs conservérent leurs priviléges. Alexandre avait emprunté a nos livres saints cette maxime: Ne fais pas a autrui ce que tu ne.voudrais pas qu’on te fit a toiméme, et illa fit graver sur le frontispice de son palais et de plusieurs édifices publics. Dans son oratoire on voyait les images de Jésus-Christ et d’Abraham A cdété de ceiles

d’Orphée et d Apollonius de Tyane. 11 voulut méme batir un temple au Christ.

Tels sont les principaux traits du tableau animé, mais sans ordre, que Lampride nous trace de la personne d’A lexandre Sévére, Il nous apprend encore que ce jeune empereur avait la faiblesse de rougir de son origine syrienne , et se composa un arbre généalogique qui le faisait descendre des Métellus. Veut-on connaitre les passe-temps par lesquels il se délassait des soins du tréne? Il entretenait dans son palais une infinité d’oiseaux de toutes espéces, entre autres vingt mille ramiers; il aimait a faire battre entre elles des perdrix, et & faire jouer des jeunes chiens avec de jeunes cochons. Ces amusements d’enfant convenaient sans doute 4 son age, A son Ame innocente ; mais ils sont fort 4 remarquer dans la vie dun prince qui, sans avoir encore de barbe au menton, régnait comme Trajan et parlait comme Mare-Auréle. Tous les auteurs s’accordent a vanter sa tendre piété pour sa mére et son attachement fidéle 4 son épouse; mais si Yon en croit Hérodien, Alexandre poussa la déférence filiale jusqu’a la faiblesse. Selon lui, Pimpérieuse Mammée s’abandonnait contre sa bru a tous les exces d’une jalousie furieuse, et Alexandre le souffrait.

Auguste, si l’on en croit Sénéque, avait fait un consul de Cinna pour le punir d’avoir conspiré contre lui. Alexandre Sévére se yengea d’une maniére analogue d’Ovinius Camillus, sénateur de haute naissance, mais efféminé, dissolu , et qui affectait des prétentions 4 l’empire. Il le créa césar, associa a sa puissance, multiplia autour de lui les fatigues et les embarras du tréne, et le forga ainsi de rentrer dans la vie privée. Moins heureux que Cinna, Ovinius fut plus tard massacré par les troupes, et ’on n’a point imputé cette mort a Alexandre Sévére, qui, selon le témoignage unanime des historiens , mérita qu’on dit de lui comme de Marc-Auréle, gwil ne fit mourir aucun sénateur.

Ce prince n’est pas moins intéressant a suivre dans sa conduite politique : « Il eut, dit Heeren, le courage d’étre un réformateur 4 une époque ou les vertus étaient plus dangereuses pour un souverain que les vices. » I] voulut faire revivre les sentiments romains; souvent il haranguait le peuple, Vappelait quelquefois aux suffrages, et rendit au sénat une grande influence. En un mot, comme tous les bons empereurs de Rome, il affectionna les formes républicaines. Alexandre Séyére s’était porté sur les bords du Rhin pour surveiller les mouvements des barbares de la Germanie. Les légions de la Gaule, qui ne le connaissaient que par ses réformes, se rendirent l’instrumert de Pambition du Thrace Maximin. Elles tuérent Alexandre avec sa mére dans le bourg de Sécila, prés de Mayence, l’an 235.

Dans la quatriéme année du régne de ce prince , Artaban, dernier rejeton de la race des Arsacides, avait succombé sous les coups d’un soldat de fortune, Artaxerce, chef de la dynastie des Sassanides, et qui fit quitter 4 ses compatriotes le nom de Parthes pour reprendre celui de Perses(I’an 226). Avec le titre de grand roi, Artaxerce affecta le langage des successeurs de Cyrus. Pour toute déclaration de guerre, il ordonna, par une lettre, a l’'empereur Alexandre Sévére W@abandonner I’Egypte et l’Asie, puis il envahit la Mésopotamie et la Syrie. Alexandre, aprés avoir répondu avec une noble modération, fit avec vigueur ses préparatifs, passa en Orient, et sortit vainqueur de cette lutte, qui dura trois ans. C’est du moins ce qui résulte du récit de Lampride, appuyé par les abrégés d’Aurélius Victor, d’Eutrope, de Zonaras, etc. Hérodien seul représente cette expédition comme malheureuse, par suite de l’inexpérience d’Alexandre Sévére et de son défaut de courage. C’est sans doute le langage qui conyenait 4 un historien trop favorable a Pusurpation du farouche Maximin ; mais son récit présente en outre des obscurités et des contradictions. L’opinion de Lampride a prévalu, appuyée qu’elle est par les monuments triomphaux de Pempire. Enfin Artaxerce, pendant le reste de

ALEXANDRE

son régne, qui fut de huit ans, n’osa pas méme attaquer la Mésopotamie, malgré les guerres intestines qui occupatent les légions de ’empire. La mort prématurée d’Alexandre Sévére, dont cependant le régne est un des plus longs de Vépoque, mit Rome sous le despotisme militaire de Maximin, ce persécuteur cruel du sénat , qu’Alexandre Sévére avait voulu relever. En admettant que le portrait du fils de Mammée, tracé par Lampride, soit quelque peu flatté , il est toujours glorieux pour ce jeune empereur @’avoir été choisi au temps de Constantin, par un des auteurs de Vhistoire impériale, comme type de la vertu romaine , heureusement modifiée par accession des plus belles maximes du christianisme. Sous ce rapport ’on peut mettre la pure ef noble figure d’Alexandre Sévére en regard de Yimage auguste et vénérable de Marc-Auréle, type exclusif des philosophes paiens. Ch. pu Rozorr.

ALEXANDRE. Huit papes ont porté ce nom.

ALEXANDRE I**, qui régna depuis 109 jusqu’a 119, n’est connu que par V’introduction de Peau bénite , qu’on lui attribue. Il mourut de mort violente. L’Eglise le compte au nombre de ses martyrs. On V’honore le 3 mai.

ALEXANDRE II (Anselme be Bacio),de Milan, ancien évéque de Lucques , fut porté, en 1061, au tréne pontifical par le parti du fameux Hildebrand (Grégoire VII), tandis que les partisans du roi d’Allemagne et de la noblesse romaine faisaient élire 4 Bale VPantipape Honorius II. Celui-ci chassa Alexandre de Rome ; mais Hildebrand, qu’on pouvait dés lors regarder comme l’dme du gouvernement papal, prit vivement sa défense, et le fit reconnaitre au synode de Cologne en 1062. Les Romains eux-mémes ayant abandonné Honorius en 1063, Alexandre demeura paisible possesseur du saint-siége jusqu’a sa mort, arrivée en 1073. Pendant tout le temps de son pontificat , ce fut Hildebrand qui gouverna réellement en son nom. Aussi les ordonnances de cette époque contre l’investiture par des laiques , contre le mariage des prétres , et surtout la fameuse bulle contre le divorce de Henri IV, qui cita ce prince en cour de Rome, doivent étre exclusivement imputées 4 Hildebrand , qui se servait du faible Alexandre comme d’un instrument pour exécuter ses plans ambitieux. Ce fut sous le pontificat d’Alexandre II qu’on vit pour la premiére fois un pape s’opposer aux persécutions que les chrétiens exergaient contre les juifs.

ALEXANDRE III ( Orlando Rainuccio) était né de parents pauvres, a Sienne, en Toscane. Il eit pu rester chanoine toute sa vie si le pape Eugéne III, frappé de son mérite et de ses vertus, ne leit tout a coup proclamé cardinal-diacre, puis cardinal-prétre, ef enfin élevé a la dignité de chancelier du siége apostolique. Alexandre III régna depuis 1159 jusqu’en 1181, et combattitavec des succes variés, mais un courage in¢ébranlable , le parti de ’empereur Frédéric I** et des antipapes Victor III, Pascal Ill et Calixte III, qui s’élevérent successivement contre lui. Obligé de se réfugier en France en 1161, il y demeura 4 Sens jusqu’a ce que, quatre ans aprés, en 1165, les querelles survenues enire les Lombards et ’empereur Frédéric, Pappui des princes ecclésiastiques de Allemagne et les yorux unanimes des Romains,]ui eussent rouvert les portes de Rome. Son premier soin fut de contracter une étroite alliance avec les villes lombardes. Foreé de fuir de nouveau, en 1177, devant l’'armée impériale, il se retira successivement 4 Bénévent, Anagni et Venise. Mais Frédéric ayant été complétement battu prés de Legnano par les Lombards, Alexandre profita de leur victoire pour contraindre ce prince a l’humiliant traité de Vienne; et, aprés avoir vu Pempercur @’Allemagne réduit a lui baiser les pieds et a Jui tenir l’étrier, il rentra dans Rome en triomphateur (1178). Fiddle & marcher sur les traces de Grégoire VIL, il fit sentir au roi d’Angleterre Henri If, lors de Vassassinat de Thomas Becket, archevéque de Cantorbéry, tout le poids de la puissance

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pontificale, donna la couronne de Portugal au roi Alphonse II, frappa |’Kcosse @interdit, pour la punir de la désobéissance de son roi, publia une nouvelle croisade qui fut acceptée par Philippe-Auguste et Henri Il; et jusqu’a sa mort, arrivée en 1181, pendant vingt-deux ans de pontificat, il s’efforc¢a par tous les moyens d’établir la suprématie du saint-siége sur les princes de Europe. Alexandre HI a laissé dans histoire le renom d’un pape pieux, d’un homme de courage, et d’un politique habile : « il était tréséloquent, dit un historien, et suffisamment instruit aux écritures divines et humaines, bénin, patient, sobre, chaste, bon aumdnier, et toujours attentif aux ceuvres agréables et plaisantes a Dieu. »

ALEXANDRE IV, comte pe Sécua, né a Anagni, ancien évéque d’Ostie, fut revétu de la dignité pontificale & une époque peu favorable au saint-siége, en 1254. Battu par Manfred de Sicile, impliqué dans les querelles des Guelfes et des Gibelins, méprisé dans ses propres Etats, ce pape, bien intentionné et pacifique, ne put apaiser les troubles qui désolaient l'Italie , ni par des priéres ni par des excommunications. Il mourut en 1281, aprés avoir eu a lutter pendant toute la durée de son pontificat contre des ennemis et des malheurs auxquels il n’opposa ni assez de force ni assez de dignité; il se laissait d’ailleurs trop influencer par les flatteurs 4 la priére desquels il prodiguait les priviléges , les bulles et les dispenses. Ce fut Alexandre IV qui, sur la demande de saint Louis, établit en France Vinquisition.

ALEXANDRE V (Pierre Puitarcr), né a Candie de parents trés-pauvres, fut obligé de mendier son pain de porte en porte. Un cordelier italien, qui remarqua en lui d@’heureuses dispositions, le fit recevoir dans son ordre; il se mit a travailler avec ardeur, et bientdt on le vit briller aux universités d’Oxford et de Paris. Galéas Visconti le nomma précepteur de son fils, et, aprés avoir obtenu pour lui les évéchés de Vicence et de Novare, le fit nommer 4 l’archevéché de Milan. Innocent VII le revétit de la pourpre, et le nomma son légat en Lombardie. En 1409, Alexandre fut élu par le concile de Pise. Ses grandes connaissances, la pureté de ses meeurs, et le respect que la sagesse de son administration avait inspiré, ’avaient fait élever au pontificat (1409), dans Pespérance quwil saurait mettre un terme au schisme d@Occident; mais il ne répondit pas a la haute opinion qu’on avait concue de lui. Devenu pape apres avoir été mendiant, Alexandre n’éleva point son caractére au-dessus de son ancien état, et, par un faux sentiment d’humilité, il fit rentrer les religieux mendiants dans des priviléges qui blessaient les intéréts de Vuniversité de Paris et le décret du concile de Latran. Il eut Ja faiblesse de se laisser gouverner par le cardinal Cossa, qui le retint 4 Bologne et finit par Yempoisonner. Alexandre V mourut dans cette ville, le 3 mai 1410, aprés avoir occupé le saint-siége moins d’une année ; la mort le surprit au moment oi il fulminait des condamnations contre les doctrines de Wiclef, en méme temps qwil se préparait & punir Jean Huss, le réformateur bohémien. fl favorisa les lettres, et s’opposa de tout son pouvoir a Pétablissement de la secte des flagellants, dont il désapprouvait les honteuses mascarades.

ALEXANDRE VI (Rodrigue Lenzvoto Boreta), deux cent vingt-troisiéme pape, naquit a Valence, en Espagne, Pan 1431. Godefroi Lenzuolo, son pére, avait acquis, par les divers emplois qu’il occupait 4 la cour d’Aragon, une fortune assez brillante pour que le fier Alphonse Borgia, archevéque de cette ville, lui donnat sa sceur Joanna en mariage. Ce prélat, devenu cardinal en 1444 et pape en 1445, permit méme a son beau-frére de prendre le nom de Borgia, et Lenzuolo le transmit ses descendants. Cing enfants naquirent de ce mariage. Rodrigue, dent il est ici question, montra de bonne heure les heureuses et les mauvaises dispositions qui Uélevérent a la plus haute fortune de son temps , ef a une si honteuse célébrité que la satire et histoire se-

raient dans l’impuissance de calomnier ses meurs et son caractére. Il se distingua si bien dans ses études , qu’a Page de dix-huit ans son pére se reposait sur lui du soin de traiter les affaires les plus importantes. Les grands talents quwil déploya comme avocat lui procurérent des sommes considérables ; mais son inconstance naturelle le détourna de cette profession, et le jeta dans le métier des armes, ot son pencnant a la débauche se manifesta bientét par de scandaleux éclats. Une veuve et ses deux filles , nouvellement arrivées de Rome, furent a la fois les objets de sa passion déréglée. La mére morte, il mit une des filles dans un couvent, et continua a vivre avec Vautre, qui était la célébre Vanozza.

L’exaltation de son oncle Alphonse Borgia, sous le nom de Calixte III, lui inspira une ambition nouvelle. Il avait alors vingt-quatre ans, et possédait un revenu de 32,000 ducats. Le pape le fit venir 4 Rome, ajouta un bénéfice de 12,000 écus a sa fortune, le fit archevéque de Valence dans la méme année, le promut au cardinalat en 1456. sous le titre de Saint-Nicolas in carcere Tulliano, et lui conféra la dignité de vice-chancelier de I’Eglise, 4 laquelle était encore attaché un revenu de 28,000 écus. Calixte ne voyait que le mérite et la capacité de son neveu, il en ignorait les déréglements, et Rodrigue, 4 qui Ja nature n’avait dépargné aucun vice, avait réussi 4 couvrir du manteau de Phypocrisie la dissolution de sa vie privée. La belle Vanozza et ses enfants l’avaient suivi en Italie, mais il les tenait A Venise, loin des yeux de son oncle et de la cour de Rome. Cette séparation lui était pénible. Tl avait méme hésité & accepter la dignité de cardinal, qui lui imposait cette obligation. Mais ambition lui montra le saint-siége en perspective, et cet homme, dévoré de vices, ne parut plus aux yeux du monde que sous les dehors de la piété la plus austére. Vanozza seule était dans le secret de son 4me; il se consolait en lui écrivant, et mélait aux expressions de l’amour le plus tendre et le plus passionné les hautes espérances de son hypocrisie. C’était s'imposer une longue contrainte ; car i n’avait que vingt-sept ans a lamort de Calixte IIT, et quatre papes devaient le précéder encore sur la chaire de saint Pierre. L’histoire ne |’a cité sous les pontificats de Pie I et de Paul II que pour avoir contribué a l’élection du premier en désertant le parti du cardinal de Rouen, auquel il ayait promis sa voix. Mais la grande part qu'il eut a l’élévation de Sixte IV lui valut, en 1471, ’abbaye de Saint-Jacques, et Pannée suivante, la légation d’Espagne. Il recut de grands honneurs dans sa patrie ; il s’y montra politique habile, et suscifa contre Louis XI la ligue des souverains d@ Aragon d’Angleterre et de Bourgogne; mais il n’oublia ni sa fortune ni ses plaisirs, se replongea dans la débauche la plus effrénée pour se dédommager des austérités mensongéres auxquelles le condamnait le séjour de Rome, et n’eut point de plus sérieuse occupation que de piller les pays ot il exercait ses fonctions de légat. Il n’en retira cependant d’autre fruit que la honte; car la galére ow il avait entassé ses richesses périt sur les cétes d’Italie, et il revint A Rome comme il en était parti, pour cabaler en faveur d’Innocent VIII.

Rodrigue Borgia avait alors cinquante-trois ans, et depuis vingt-sept ans il vivait loin de Vanozza et de ses enfants qu'il n’allait voir qu’ de longs intervalles , et qu’il aimait avec passion. Son impatience ne put plus se contenir; il Jes fit venir 4 Rome sous le chaperon de son intendant , qu'il fit passer pour le mari de sa maitresse, et qu’il baptisa du nom de comte Ferdinand de Castille ; grace a cette précantion, Phypocrite jouit 4 la fois des plaisirs du vice et des honneurs de la vertu. Sa piéfé simulée n’aurait point suffi cependant pour le conduire au but de son ambition . si. & la mort d’Innocent VIII, il n’ett pris enfin le parti Wacheter la chaire apostolique. Vingt-deux cardinaux, payés A beaux deniers comptant , ou pourvus d’avance de palais de légations et de riches bénéfices, le saluérent enfin dy

nom d@’Alexandre VI , malgré opposition des cing autres, le 2 aodt 1492. Mais ces mystéres du conclave n’étaient pas plus connus du peuple que les déréglements du nouveau pontife. Sa réputation de sainteté couvrait si bien toutes ces infamies, que la joie et les respects des Romains éclatérent sur son passage avec une vivacité et une magnificence qui n’avaient pas eu d’exemple. Les princes chrétiens partagerent cette allégresse, et le félicitérent par de solennelles ambassades. Le seul Ferdinand, roi de Naples, n’y fut pas trompé; il versa des pleurs a cette nouvelle, prédit de grands désordres 4 PEglise, et Alexandre VI, impatient de justifier cette prédiction, se délivra sur-le-champ de la rude et longue contrainte que son ambition lui avait imposée. Rome apprit en peu de jours que le pape avait une maitresse et cing enfants, dont trois au moins étaient nés depuis sa promotion au cardinalat, et qui tous étaient aussi vicieux que leur pére. L’infame ne parut s’étre élevé sur la plus haute éminence de la terre chrétienne que pour donner au monde le spectacle de ses vices, et ajouter 4 ses jouissances le plaisir de braver les mépris de la chrétienté.

Les troubles de la Hongrie et le schisme des hussites occupérent d’abord sa politique; il poursuivit le projet de la croisade que ses prédécesseurs avaient préchée contre les Tunes, sanctionna Vordre des Minimes, établit quatre cathédrales dans le royaume de Grenade, et adjugea de sa pleine autorité 4 Ferdinand et Isabelle tous les pays que venait de découyrir Christophe Colomb. Mais son occupation principale fut ’agrandissement de sa famille, qu’il enrichit par les proscriptions , les empoisonnements , les meurtres et les confiscations les plus odieuses. Les Ursins, les Colonne, les Savelli, le cardinal La Rovére , furent tour 4 tour les objets de ses persécutions intéressées , ef résisterent par les armes 4 l’ambition des enfants du pape. Les exactions, la vénalité des charges, étaient encore pour eux des moyens de fortune, et quand les ministres de leur avarice ne trouvaient plus ou prendre, la famille papale les détruisait eux-mémes pour s’approprier le fruit de leurs rapines particuliéres. L’insatiable Alexandre créait tous les jours de nouveaux emplois , qu'il faisait payer le plus cher qu’il pouvait. Aussi dit-on de lui :

Vendit Alexander claves, altaria, Christum, Emerat ille prius, vendere jure potest.

Ce distique fut appliqué avec deux autres contre une statue mutilée qui était 41a porte d’un tailleur facétieux, nommé Pasquino , et devint lorigine des pasquinades. Les simonies, les cruautés et les déportements du pape accréditérent promptement cette invention de la vengeance populaire. La statue parla tous les jours, et les flatteurs d’Alexandre VI lui conseillérent de la jeter dans le Tibre. « Elle se changerait en grenouille, répondit ’impudent pontife, et j’en serais importuné nuit et jour; j’aime mieux une pierre muette. »

Lor ne suffisait point 4 ambition de cette famille; elle était aussi avide de dignités, de fiefs et de titres que de richesses. Dés la premiére année de ce pontificat , dans une promotion de douze cardinaux, presque tous espagnols, car ce pape détestait les Italiens, fut compris César Bo rgia, som second fils, qui lui succéda 4 Parchevéché de Valence, et fut connu dés lors sous le nom du cardinal Valentin. Mais ce fut sur les fiefs du royaume de Naples que le pére de ces brigandsjeta son dévolu. Alphonse , duc de Calabre, et fils du roi Ferdinand, lui ayant refusé dona Sancia, sa fille naturelle, pour un de ses enfants, il profita, pour réduire Vorgueil de ce prince, des brigues que formait en Italie ambition de Ludovic Sforce. Cet autre assassin régnait dans Milan sous le nom de Jean Galéas , son neveu, et gendre de ce méme duc de Calabre ; et comme la puissance d’ Alphonse était un obstacle 4 usurpation que méditait Ludovic , celui-ci rechercha alliance du pape, que

ALEXANDRE

venait d’irriter le refus de ce prince. Alexandre VI entra dans cette ligue, et y entraina la république de Venise. Alphonse s’allia de son cété a la maison de Médicis , aux Colonne, aux Ursins , 4 La Rovére, a tous les ennemis du pontife , pour renverser 4 la fois Ludovic et les Borgia. Mais le vieux Ferdinand, menacé par Charles VIII, sentit la nécessité de ne pas se brouiller avec le pape, et rompit les projets de son fils Alphonse pour négocier un accommodement avec la cour de Rome. Ludovic pressentit Vinconstance d’Alexandre VI, dont il connaissait les secrétes pensées, et se tourna vers le roi de France. Charles VIII prétendait au royaume de Naples, comme héritier de la maison d’Anjou, en vertu du testament de Charles IV, neveu du roi René. Fort de l’alliance du perfide Sforce, il pressa sa marche vers l’Italie , et le duc de Calabre, quoique devenu roi de Naples par Ja mort de son pére, se vit forcé par cet incident nouveau 4 en adopter la politique, de peur que le pape n’ajoutat 4 ses embarras le refus de l’investiture qu’il était obligé de demander au saint-siége. Alexandre VI ne rougit point d’abuser de la position de ce faible monarque, que la fortune mettait ainsi 4 sa discrétion. Il lui fit payer 1000 ducats pour son couronnement, obtint pour son fils Giufffe la main de dona Sancia ,, avec Ja principauté de Squillace, le comté de Cariati, le protonotariat de Naples, et une garde de trois cents hommes payés par le trésor d’Alphonse; ilexigeaencore pour le duc de Gandie, son fils ainé, un revenu de 10,000 ducats , avec un commandement dans Parmée napolitaine , et le cardinal Valentin recut en méme temps la promesse des plus riches bénéfices d’un royaume qui était 4 la merci de son ambition.

Alexandre VI fut moins heureux auprés de la république de Venise; il essaya vainement de la détacher de l’alliance de Ludovic Sforce , qu’il avait cimentée lui-méme ; et , dans le besoin oii il était de chercher des secours contre Charles VIII, il dirigea ses vues vers Bajazet, ce méme empereur des Turcs contre lequel il avait tenté de soulever les princes chrétiens. La haine qu’il portait aux Francais lui faisait oublier ainsi les intéréts de la religion dont il était le chef. La politique de Bajazet saisit avidement l’espoir de cette étrange alliance , qu’il avait un grand intérét 4 ménager. Son frére Zizim, qu’il avait dépouillé de ses Etats, réfugié d’abord 4 Rhodes et en France, était alors sous la garde de la cour de Rome, qui s’en servait pour effrayer le possesseur de la couronne ottomane. Bajazet offrit 300,000 ducats au pape Alexandre s’il voulait le défaire du prince Zizim , et promit un secours de douze mille hommes pour défendre le royaume d’Alfonse. C’était plus qu’il n’en fallait pour décider les Borgia; mais la rapidité de Charles VIII prévint l’exécution de cette promesse. Le roi de France vint réclamer investiture du royaume de Naples, et, sur le refus du pape, sans égard pour ses anathémes, il entra dans Rome sans combattre, et y fit des actes de souveraineté. Tous les ennemis d’Alexandre VI se réveillérent : les Colonne, les Ursins, les cardinaux italiens, sollicitérent tous une élection nouvelle, et ’accusérent de tous les crimes qui pouvaient justifier sa déposition. Mais le roi de France n’osa pousser jusque la sa vengeance, et le pape, retiré dans le chateau Saint-Ange, employa ses trésors et son adresse & triompher de ses ennemis. I] séduisit avec un chapeau de cardinal ’ambitieux Briconnet et l’évéque du Mans, ministres favoris de Charles VIII, remit 4 ce roi son fils, le cardinal Valentin, comme garant de sa bonne foi, et lui livra le prince Zizim pour lui prouver qu'il rompeit avec l’empereur Bajazet. Mais le scélérat avait auparavant empoisonné ce prince pour gagner a la fois argent de son frére et l’amitié du roi de France. Il donnait avis en méme temps aux Turcs de tous les mouvements de Charles VIII, de toutes les intelligences que ce roi pratiquait dans la Gréce, et il attirait ainsi sur les chrétiens de cette contrée les terribles vengeances du sultan. On porte A cinquante mille le

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nombre des victimes dont ses délations causérent la perte.

La conquéte de Naples ne codta pas un coup d’épée a Charles VIIL; mais ce roi la perdit avec la méme facilité, et trouva sur ses derriéres les ennemis qu’Alexandre VI lui avail suscités. Ludovic Sforce, usurpateur du duché de Milan, devint aussi ardent a chasser les Frangais d’Italie qu’il avait montré d’empressement a les y appeler. Les Vénitiens changérent comme lui. Le roi de Castille, le roi des Romains, entrérent dans cette ligue , et le pape dévoila ses mauvais desseins en fuyant de Rome & !’approche des Fran- ¢ais , qui revenaient de Naples ; il somma méme Charles VIII de quitter l’Italie dans dix jours avec ses troupes, sous peine d’excommunication. Le jeune roi se moqua de ses menaces ; mais il avait trop d’ennemis sur les bras pour se flatter de les vaincre, et il fut forcé, pour regagner ses Etats, de passer sur le corps des quarante mille combattants qu’ils avaient rassemblés a Fornoue.

Alexandre VI, délivré des Frangais , reprit le cours de ses trames contre les barons romains , que le duc de Gandie, son fils, poursuivait & outrance; mais il fut battu par les Ursins, et le jeune Ferdinand, fils et successeur du roi Alfonse , fut obligé @envoyer au secours de Rome le fameux Gonzalve de Cordoue, qui fit payer sa médiation au pape par des mépris dont ce dernier faisait fort peu de cas. Il s'accommoda cependant avec les Ursins, qui passérent au service du roi d’Espagne ; mais ce roi s’unit vainement au roide Portugal pour essayer de mettre un terme aux désordres de Italie et aux déréglements de la famille pontificale. Le pape recut leurs ambassadeurs avec colére, et menaca de les faire jeter dans le Tibre; mais il ne put vaincre lear résistance relativement a la principauté de Bénévent , qu’il voulait faire adjuger au duc de Gandie. La faveur dont jouissait cet ainé de ses fils Wirritait pas seulement les seigneurs qui en étaient les victimes, elle excitait aussi la jalousie du cardinal Valentin, et un autre motif de haine s’élevait entre les deux freres. Lucréce Borgia, fille unique du pape, et femme de Jean Sforce , seigneur de Pesaro, vivait en méme temps avec son pére et ses deux fréres, César et le duc de Gandie. Le cardinal ne put souffrir ce partage; le duc disparut , et quelques jours aprés on trouva son cadavre

dans le Tibre. Alexandre VI en éprouva un chagrin d’autant plus violent qu’il préférait ce fils 4 tous les autres; il resta trois jours sans manger, mais il finit par oublier cet assassinat, et célébra le retour du meurtrier, qui s’était réfugié 4 Naples, par une grande chasse que signalérent le faste et la débauche la plus immodérée. Rome, disent les historiens du temps, était une caverne de voleurs, un sanctuaire diniquité; et Pontanus a consacré les déportements de Lucréce Borgia et de son pére par cette épitaphe :

Hoe tumulo dormit Lueretia nomine, sed re Thais , Alexandri filia, nupta, nurus,

Cette Messaline faisait ouvertement les honneurs du palais pontifical; elle y rassemblait tout ce que Rome renfermait de femmes impudiques , donnait audience aux cardinaux , maniait toutes les affaires , ouvrait la correspondance de son pére , expédiait les brefs , et poussait l’effronterie, ajoute le journal de Burchard, jusqu’a paraitre dans la basilique de Saint-Pierre avec ses compagnes de débauche, aux grandes solennités de l’Eglise. Les hommes les plus recommandables de ces temps d’immoralité préchaient en vain contre ces désordres ; en vain la faculté de théologie de Paris réclamait un concile général pour y mettre un terme. Le prédicateur Savonarole expia sur un bicher sa généreuse indignation, et la mort de Charles VIII changea les dispositions de la cour et de l’Eglise de France.

Louis XII, son successeur, avait besoin d’Alexandre VI pour faire casser son mariage avec Jeanne la Boiteuse , et le pape s’empressa de le satisfaire. Mais cette complaisance ne fut point gratuite. Le cardinal Valentin , ou César Borgia.

abdiquant cette dignité pour rentrer dans le monde, recut du nouveau roi de France le titre de due de Valentinois, avec un revenu de 20,000 francs et une compagnie de cent lances, qui en valait autant; et Louis XII put épouser a ce prix Anne de Bretagne, malgré les intrigues de Ferdinand et d’Isabelle de Castille , dont les ambassadeurs mirent tout en ceuvre pour empécher le consentement du pape. tls s’en vengérent par des emportements et des menaces; mais le fier Alexandre VI leur répondit sur le méme ton, et, bravant les reproches de la cour de Madrid, il recommenca ses cruautés, ses débauches et ses simonies. Le jubilé de 1500 fut pour lui une ample moisson d’or, et il fallait une forte dose de superstition pour croire aux indulgences que distribuait un pareil monstre. Il colorait cette levée de deniers par la reprise de ses préparatifs de guerre contre les infidéles , mais il n’avait d’autre intention que d’ajouter aux richesses de sa famille. Pendant ce jubilé le ciel parut vouloir en purger la terre. Une violente tempéte renversa Yappartement ou il causait avec son fils César, et une forte blessure a Ja téte fit espérer enfin la vacance du saint-siége. Cette joie du peuple fut de courte durée. Le pape guérit malgré ses soixante-dix ans, et fit tomber sa vengeance sur ceux qui s’étaient réjouis de son malheur. La famille des Cajetani fut cette fois objet de ses persécutions ; leurs terres furent confisquées, et passérent dans les mains de Yinfame Lucréce. ;

L’arrivée de Louis XIJ et de son armée en Italie servait alors les projets des Borgia, ses alliés, qui ne mettaient plus de bornes a leurs attentats. Chaque soleil éclairait un de leurs assassinats , de leurs empoisonnements ou de leurs pillages. Les seigneurs, les évéques , tout éprouvait la fureur de cette famille, qui engloutissait ainsi les richesses de ses victimes. Alexandre s’était déclaré l’héritier de tous les ecclésiastiques au préjudice de leurs parents, et il était trop impatient de jouir pour laisser 4 la mort naturelle le soin de le mettre en possession de ces héritages. O’est ainsi que Francois Borgia, quatriéme fils du pape, acquit l’archevéché de Cosenza, dont le poison avait anéanti le titulaire Agnelli. Ce scandale fut poussé si loin, que les princes @Italie défendirent & leurs sujets d’acheter des bénéfices dans la Romagne. Mais les revenus de IItalie ne suffisaient plus a la rapacité de cette maison. Sous l’éternel prétexte dune guerre sainte, qui n’arrivait jamais, le pape réclama le dixiéme de tous les revenus ecclésiastiques de la chrétienté, et imposa sur les juifs une taxe exorbitante. Les sommes incroyables que lui valurent ces deux bulles furent dévorées par les guerres que César Borgia soutenait contre les ennemis de sa famille. On eut beau multiplier les pamphlets, les remontrances, les satires , les noms d’Antechrist, de Néron , de Caligula, les villes n’en furent pas moins pillées, le patrimoine méme de saint Pierre n’en fut pas moins aliéné au profit des enfants du pape.

La principauté de Piombino fut la derniére conquéte du duc de Valentinois, et le portrait de Vanozza, placé en guise de Vierge dans l’église de Sainte-Marie-del-Popolo, fut la derniére impudence de son pére. Un tel homme devait cependant finir, et le ciel lui devait une mort toute particuliére, en lui faisant trouver dans ses crimes mémes le chatiment de son exécrable vie. Les prodigalités de César Borgia ayant surpassé ses dilapidations, il songea a se dé& barrasser des trois ou quatre plus riches cardinaux du sacré collége. Le pape sourit 4 ce nouveau moyen de battre monnaie. Il invita Corneto et ses amis a un souper splendide, qu'il fit préparer dans la vid/a méme de ce cardinal, et César Borgia fit apporter du vin empoisonné, en recommandant de n’en servir & personne sans son ordre. Mais ie pape et son digne fils étant arrivés par une chaleur extraordinaire, le maitre dé l’hétel ou Pun de ses garcons, car Phistoire est incertaine la-dessus, croyant que ce vin n’était ainsi réservé que potr sa qualité Supérieure, s’empressa

d’en servir aux deux scélérats, L’effet du poison fut rapide. Le pape mourut au bout de quelques heures dans des convulsions horribles, et son fils n’échappa a cette juste mort que parce qwil avait ’habitude de ne boire que de l’eau rougie.

Ce fut le 18 aodt 1503 que le monde et Ja chrétienté furent purgés de ce monstre, aprés un régne de douze années, qui furent douze sidcles pour les peuples qu’il opprimait. Les historiens varient sur les détails de cet empoisonnement , mais le fait et la cause ne sont contestés par personne, et il importe fort peu de remarquer qu’un tel pécheur recut avec dévotion les sacrements de ’Eglise. On ne trouve d’ailleurs cette particularité que dans le journal de /a maison de Borgia, et la source en est suspecte. César, son fils, quoique luttant contre le poison, eut encore la force de s’emparer du trésor pontifical, et n’annonga la mort de son pére qu’aprés cette expédition domestique. La joie du peuple et du clergé fut inexprimable. II fallut forcer les moines et les confréries 4 assister A ses obséques.. Ses parents avaient d’autres soins & prendre pour se soustraire 4 la juste vengeance des Romains. Le corps fut insulté par les gardes eux-mémes, qui chassérent les. prétres, et qui furent cependant forcés de Yexposer dans l’église de Saint-Pierre pour satisfaire la curiosité du peuple, qui voulait contempler les traits de son oppresseur, Cette figure, ot la nature avait imprimé une grande majesté, était devenue hideuse par l’effet du poison. Il ne se rencontra point un homme assez hardi pour Jui baiser la main suivant usage, et le cercueil s’étant trouvé trop court, les crocheteurs et charpentiers chargés de V’inhumer poussérent la vengeance jusqu’a la profanation en y faisant entrer le cadavre & grands coups de poing et avec de grands éclats de rire. Il fut enterré 4 gauche du grand aulel, et le poéte Sannazar grava ces vers sur son tombeau :

Fortasse nescis cujus hic tumulus siet.

Adsta, viator, ni piget.

Tumulum quem Alexandri vides, haud illius Magni est, sed hujus qui modo

Libidinosa sanguinis captus siti, Tot civitates inclytas,

Tot regna yertit, tot duces letho dedit, Natos ut impleat suos,

Orbem rapinis, ferro et igne funditus Vastavit, hausit, eruit :

Humana jura, nee minus ceelestia, Ipsosque sustulit deos ;

Ut scilicet liceret (heu scelus!) patri Nate sinum permingere,

Nec exsecrandis abstinere nuptiis, Timore sublato seme].

Disons toutefois que la nature avait donné de grands talents A ee monstre : sa pénétration, sa mémoire, son éloquence, élaient remarquables. Personne ne présentait avec plus dart les questions qwil soumettait au jugement des autres, et ne s’accommodait , quand il le voulait , avec plus de facilité 4 leur caractére ou a leur génie. Grave ou plaisant suivant l’occasion, intrépide dans le danger, passionné pour les plaisirs, mais dune grande régularité dans les affaires, il s’en occupait sans relache, sans que la débauche méme pit Ven distraire, et marchait droit a son but sans étre arrété ni par les obstacles ni par sa conscience. Rome sous son régne n’éprouva jamais de disette. Jamais les soldats ni les ouvriers ne furent privés de leur salaire; et par 1a s’explique la fidélité que les troupes conservérent a son fils César Borgia, qui imposait encore aux cardinaux pendant le conclave qui suivit la mort d’Alexandre VI. Mais ce digne fils du tyran ne jouit pas du fruit de ses rapines. Les Ursins, les Colonne, les Malatesta, les La Rovere, Je duc d’Urbin, tous les seigneurs dépouillés rentrorent dans leurs domaines sous la protection de Gonsalve de Cordoue. L’amitié de Louis XII et le crédit des cardinaux espagnols ne firent que retarder la chute du duc de Valentinois. Le eardinal La Rovere se servit de lui et de sa faction

ALEXANDRE

pour monter sur la chaire de saint Pierre. Ii alla méme jusqu’a lui dire qu’il avait eu les faveurs de Vanozza en méme temps qu’Alexandre VI, et qu'il était son véritable pére. César Borgia eut la sottise de le croire, et quelques jours aprés son exaltation Jules IL, le dépouillant du reste de ses biens, le fit jeter dans un cachot. O’était venger Vitalie et la chrétienté par une lache ingratitude; mais ¢’étaient les meeurs du temps, et Jules II était de son sidcle, Voyes Boreta. VIENNET, de |’Académie Francaise.

ALEXANDRE VII (Fabio Cuicr) naquit a Sienne, en 1599. Sa famille était trés-ancienne ; elle commenca & se faire remarquer a la cour de Rome sous le pontificat de Jules IT. D’abord nonce en Allemagne, inquisiteur 4 Malte, vicelégat a Ferrare, évéque d’Imola et cardinal, il fut élu pape ala mort d’Innocent X, en 1655. Avant cette époque, surtout pendant les négociations relatives 4 la paix de Munster, il avait fait concevoir de ses talents la plus haute opinion, ef la véhémence avec laquelle il déclamait contre les abus et les désordres du clergé pouvait faire croire que ’Eglise aurait en lui un chef dune grande austérité. Les commencements de son pontificat prouvérent, en effet, qu’on ne s’était pas trompé, mais il n’en fut pas toujours de méme; devenu prodigue sur la fin de sa vie, il dissipa en dépenses de luxe les deniers de l’Eglise, et ne refusa plus rien aux membres de sa famille , qu’il avait traités @abord avec une sage réserve. — Le premier acte d’Alexandre VII en montant sur le tréne pontifical avait été de confirmer par une bulle celle d’Innocent X, qui condamnaitles cing propositions de Jansenius. Cette démarche le brouilla en France avec la Sorbonne et le parlement, et, quelques années aprés, une afjaire d’un autre genre, Vinsulte faite par la garde corse au duc de Créqui, vint lui causer encore de plus violents embarras. Ce fut en vain qu’il envoya a Paris le cardinal Chigi, son neyeu, pour faire des excuses a Louis XIV ; qu’il chassa — la garde corse et qu'il fit construire devant Jeur ancienne caserne une pyramide sur laquelle Poutrage et la réparation étaient consignés : il y perdit encore Avignon et le Comtat Venaissin , que le grand roi crut devoir confisquer. — Protecteur des sciences et des lettres, quwil avait cultivées dans sa jeunesse avec quelque succés, Alexandre embellit Rome de nombreux monuments, et dépensa des sommes considérables pour achever le collége dela Sapience. La | reine Christine vint se fixer 4 Rome sous son pontificat. Ce pape ne manquait ni de bonnes intentions ni de vertus morales; mais il est toujours resté au-dessous du rdle dont il était chargé, et c'est pour cela que ses contemporains Yont jugé si sévérement. 11 mourut en 1667, peu regretté des catholiques.

ALEXANDRE VIII ( Pierre Orroxont ), fils de Mare Ottoboni, grand chancelier de la république de Venise , naquit dans cette ville, en 1610; il fit ses études 4 Padoue et A Rome. Tous les papes depuis Urbain Vill ’employérent dans les affaires les plus importantes. Aprés avoir été — nommé successivement évéque de Brescia et de Frascati , puis cardinal, il fut élevé, en 1689, a la chaire de saint Pierre. Apres la mort d’Innocent XI Louis XIV lui restitua Avignon et le Comtat Venaissin, espérant obtenir en échange le droit de franchise et celui de régale. Mais Alexandre VIII se montra inflexible; il publia une bulle contre les quatre — articles du clergé de France de 1682, et refusa, comme 8 Innocent XI, de reconnaitre les prélats qui avaient été de — cette assemblée. Au lit de mort, il assembla les cardinaux , et leur exposa avec énergie les motifs qui Pavaient engagé — a publier sa bulle contre le clergé gallican, Alexandre VL mourut en 1691, dans sa quatre-vingt-deuxiéme année, n’ayant occupé le saint-siége que pendant seize mois. Ennemi des jésuites, il repoussa leur doctrine sur le péchéphilosophique , ce qui ne lempécha pas de condamner les trente et tin dogmes des jansénistes. I] se montra libéral envers les pauvres, et surtout envers ses parents, fournit aux

ALEXANDRE

Véniliens et 4 ’empereur Léopold des sommes considérables pour faire la guerre aux Tures, et acheta la magnifique bibliothéque de la reine Christine, qui mourut 4 Rome sous son pontificat.

ALEXANDRE Potyuistor. Cet écrivain gree naquit, selon les uns en Phrygie, selon d’autres A Milet, ville de PAsie Mineure. On ignore la date de sa naissance; on sait seulement que, fait prisonnier dans la guerre contre Mithridate (Pan 85 avant J.-C. ), il devint esclave de Cornélius Lentulus, qui, distinguant son rare mérite, Paffranchit et en fit le précepteur de ses enfants. — Alexandre avait été nommé Polyhistor (cest-a-dire qui sait beaucoup) a cause de sa vaste érudition. Il a écrit sur la géographie, sur Vhistoire et sur la philosophie des traités dont la plupart sont perdus; il west parvenu jusqu’a nous que quelques fragments @un Traité sur les Juifs, et @une Histoire des Peuples de l Orient, conservés par Plutarque, Pline, Athénée, Eustbe et Suidas. — Alexandre Polyhistor mourut vers Pan 74 avant J.-C.

ALEXANDRE p’Apnropism, en Carie, vécut et enseigna a Athénes et & Alexandrie vers la fin du denxiéme sidcle et au commencement du troisiéme siécle de notre ére. Comme commentateur d’Aristote, il fit preuve d’une telle fécondité et était en telle estime, qu’on l’appelait par excellence Hxégéte. Ses disciples , désignés d’abord sous le nom d@’Alexandréens, furent plus tard appelés Alexandristes. Indépendamment de ses Commentaires sur Aristote, nous avons encore de lui une Dissertation sur la liberté et la volonté, et des Questions sur la physique (Venise, 1536), enfin deux ouvrages sur le sort et sur dime, publiés tous deux par Orelli (Zurich, 1824). Dans le premier, il déclare la doctrine des Stoiciens sur le destin (Fatum) incompatible avec la morale ; dans le second, s’écartant des principes d’Aristote, il s’efforce de démontrer que ame, n’étant point une substance particuliére, mais uniquement la forme du corps organique , ne peut pas davantage étre immortelle.

ALEXANDRE be Trattes, médecin grec, naquit au commencement du sixiéme siécle , 4 Tralles, ville de Lydie. U

parcourut a diverses reprises la Gaule , l’Italie, Espagne, et alla enfin se fixer & Rome, ou sa réputation ne fit que grandir ; il était aussi habile dans la pratique que’ dans l’explication de son art. Ses écrits sont encore estimés, bien quw’il recommande parfois des pratiques superstitieuses et des amulettes ; son principal ouvrage ( B:6hia. iatprxc Cvoxatdexa) s’appuie sur des expériences personnelles et répétées ; il est de tous points supérieur aux autres écrits de ’époque, qui ne contiennent pour Ja plupart que des discussions dogmatiques et théoriques , souvent hasardées et paradoxales, — Une des meilleures éditions d’Alexandre de Tralles est celle de Winther d’Andernach ( Bale, 1556, in-8°). y

ALEXANDRE ope Bernay , connu aussi sous le nom Alexandre Paris , ow de Paris, parce quil habita longtemps cette derniére ville, était né A Bernay (Eure), dans le douziéme siécle. Il travailla au fameux poéme sur Alexandre le Grand, dont nous avons parlé,a l’article Roman d’A- LEXANDRE, On pense qu’il corrigea ce poéme, commencé ou plutét ébauché par Lambert le Court ou li Cors. Alexandre de Bernay a laissé en outre les romans Adhis et Prophilias ; Héléne, nére de saint Martin; Brison.

- ALEXANDRE be Hates, religieux franciscain du cloitre de Hales, dans le comté de Glocester, fit ses études a Oxford et 4 Paris, et enseigna dans université de Ja seconde de ces villes la théologie scolastique, en la pliant aux formes de Varistotélisme d’une maniére bien autrement prononcée qu'on n’avait encore osé Je faire avant lui. Il mourut en 1245. La grande sagacité dont il faisait preuve en toute circonstance lui avait valu le suraom de Doctor irrefragabilis. Ul dépassa saint Thomas d’Aquin Jui-méme dans son zéle a donner des bases philosophiques a l’enseignement de la théologie; mais, dans laccomplissement de la tache

qu il s’était imposée, il lui arriva souvent de faire preuve dun esprit ridiculement étroit. Par exemple , il discutait et résolvait affirmativement des questions telles que celle-ci: « Une souris qui ronge une hostie dévore-t-elle le corps de Jésus-Christ ? » Le plus grandservice qu’il rendit a VEglise de Rome fut d’inventer 1a doctrine du trésor des mérites superflus de Jésus-Christ et de ses saints. Son principal ouyrage, qui fut achevé par ses disciples, a pour titre : Swmma universe Theologiz# : la meilleure édition est celle de Venise (4 vol. in-fol., 1576). |

ALEXANDRE FARNESE. Voyez Farnese.

ALEXANDRE JAGELLON. Voyez Jacu.ion.

ALEXANDRE MEDICIS. Voyez Meénpicis.

ALEXANDRE NEWSKY, heéros et saint moscovite, né en 1219, était fils du grand-prince Iaroslaf. Pour pouvoir mieux défendre empire, pressé de toutes parts par des ennemis extérieurs, et surtout par les Mongols, laroslaf partit de Novgorod, et laissa pendant son absence la régence de empire a ses deux fils, Fédor et Alexandre, dont le premier mourut peu de temps aprés. Alexandre repoussa avec vigueur plusieurs irruptions de l’ennemi; ce qui n’empécha pas qu’en 1238 la Russie ne tombat sous le joug des Mongols. Alexandre, prince de Novgorod, défendit ensuite la frontiére occidentale contre les Danois , les Suédois et les chevaliers de ordre Teutonique. En 1240 il remporta sur les Suédois une victoire signalée sur les bords de la Néva, victoire qui fut lorigine de son surnom. En 1242 il battit les chevaliers de ordre Teutonique sur le lac de Peipus , qui se trouvait alors complétement glacé. Cette victoire eut pour résultat d’obliger les ennemis d’abandonner leurs conquétes dans le pays de Pskof et d’accepter la paix aux conditions proposées par Alexandre. L’année suivante il battit les Lithuaniens, et remporta sur eux sept victoires en

sept jours. Aprés la mort de son pére, arrivée en 1247, et aprés les courts régnes du frére et du fils ainé d’faroslaf, Alexandre devail monter sur le tréne de Vladimir; son frere André usurpa ses droits, et Alexandre fut obligé d’aller demander justice au khan de la horde d’Or, de qui il obtint amitié*et protection ; avec son aide il chassa du tréne l'usurpateur, et commenga a régner en 1252. II n’eut plus alors a combattre que les ennemis des frontiéres : les Tchoudes, les Suédois, les Livoniens, les James, dont il repoussa toujours les tentatives dinvasion. 1] mouruten 1263, regretté de tous. La reconnaissance de la nation russe a perpétué la mémoire de ce héros dans des chansons populaires, et en a méme fait un saint. Pierre le Grand batit en son honneur un magnifique cloitre a Saint-Pétersbourg , et fonda ordre d’Alexandre-Newsky, en commémoration de ses hauts faits.

ALEXANDRE NEWSIT ( Ordre de SAINT- ), ordre russe institué par Pierre le Grand, empereur de Russie, en mémoire de saint Alexandre Newsky. Cet ordre a été conféré pour la premiére fois sous le régne de Catherine l"*, en 1725. Les insignes en sont une croix rouge avec des aigles , suspendue a un ruban ponceau.

ALEXANDRE I*t PAULOWITCII, empereur de Russie, était fils de Paul 1** et de Marie Foederoyna, princesse de Wurtemberg. Il naquit le 23 décembre 1777. Paul [& neut aucune part a léducation de son fils; Catherine IT en prit seule la direction, et c’est a peine si elle permit a la grande-duchesse Marie, mére du jeune prince, d’exercer sur lui son autorité naturelle. Catherine IT écrivit elle-méme un plan d’éducation, et en confia lexécution au comte Soltikof: au nombre des choses dont il ne fallait pas parler a Alexandre, Catherine avait mis la poésie et la musique, comme prenant un temps qu’on pouvait employer plus précieusement a l’éducation d'un souverain. César Laharpe, professeur suisse, trés-partisan des idées libérales, fut Vhomme que choisit le comte de Soltikof. Le choix était excellent. Laharpe, sans tenir nul compte des préjugés de la conr, donna a son éléve une éducation toute remplie des

principes de tolérance et @humanité. Il ne négligea aucune branche des sciences. Il s’attacha A développer, 2 dégager le sens droit, le jugement sain, la promptitu@le de coup d’eil que le jeune prince avait recus de la nature, et il en fit un des hommes les plus instruits de empire. Alexandre garda toujours pour son maitre les sentiments d’une grande reconnaissance; il ne le quitta qu’en 1793, a Page de seize ans, pour épouser la princesse de Bade, Louise-Marie-Auguste , plus connue depuis sous le nom d'Flisabeth Alexéiewna, quelle prit lors de sa conversion a la foi de lEglise grecque. Elie était Agée de quatorze ans, et avait une beauté accomplie et de grandes vertus ; mais Alexandre, emporté par lardeur de la jeunesse, ne sut pas reconnaitre les qualités de sa jeune femme : il s’abandonna & toutes les fantaisies de ses passions, dédaignant l'amour qu’elle avait pour lui. Catherine 11 mourut trois ans aprés ce mariage, laissant la toute-puissance a son fils Paul I*', qui fut assassiné cing ans aprés, sans qu’aucune recherche des coupables fit ordonnée par Alexandre, qui lui succéda le 24 mars 1801. On a accusé Alexandre davoir trempé dans la conspiration des courtisans contre son péere; mais la vérité de cette accusation n’a jamais pu étre établie.

L’ayénement d’Alexandre au tréne fut célébré par les poétes de toutes les nations : Klopstock, alors trés-vieux, fit en son honneur une ode a / Humaniteé ; le peuple, heureux d’étre délivré du joug de Paul I*', salua le nouvel empereur de ses veeux de bonheur. Dés qu’il fut chef de Yempire, Alexandre tdcha de réparer les injustices commises sous le dernier régne; il rappela beaucoup de ceux qu’avait exilés son pére. Il s’appliqua ensuite & donner a ses Etats une bonne administration intérieure. 11 témoigna du plus grand respect pour les lois du pays, déclarant « qu’il ne reconnaissait comme légitime aucun ponvoir s'il n’émanait des lois ». I] abolit la censure, le tribunal secret et la torture. Il permit les publications des comptes-rendus relatifs a la gestion des affaires publiques. Il rétablit pour les divisions territoriales du royaume l’ordre adopté par Catherine IT; il fit de méme pour l’armée. Ayant mis ordre a toutes ces choses, il tourna ses vues vers les réformes a opérer dans le commerce et instruction publique.-Par les traités qu’il conclut avec les puissances étrangéres, et par d’autres mesures non moins utiles, il permit au commerce de la Russie de doubler sa valeur, et d’avoir pour la premiére fois des débouchés dans les divers marchés de l'Europe. C’est a lui que la Russie est redevable de cette organisation de I’éducation nationale qui fut si vite en plein développement. Il sut s’entourer d’hommes savants, distingués, qui contribuérent puissammenta répandre dans l’aristocratie russe le goat des sciences et des arts. Par leurs conseils et avec leur aide, il réorganisa ou fonda sept grandes universités, plus de deux cents gymnases et environ deux mille écoles primaires. Jl protégea les artistes et les savants, qu’il attirait a sa cour ; il encouragea et soutint la publication de beaux ouvrages nationaux; il adoucit les peines infligées aux soldats et aux paysans, et fit enfin faire 4 la Russie un pas immense dans la civilisation. Sa piété, qui plus tard dégénéra en un mysticisme étroit, lui concilia les prétres, comme ses efforts et ses bienfaits lui avaient concilié toute la nation.

En 1801, Alexandre avait signé avec Napoléon, alors premier consul, un traité d’amitié qui ne fut rompu que lors de Pexécution du duc d’Enghien. Quelque temps aprés, Alexandre entra dans la troisiéme coalition formée contre la France par l’Autriche, l’Angleterre et la Suede. De la la bataille d’Austerlitz, ou Alexandre commandait en personne l’armée russe; Valliance d’Alexandre avec Frédéric- Guillaume 111, lesbatailles @’Eylau, de Friedland, et toute cette série de combats ott la France était toujours attendue par la victoire. Nous n’avons pas & entrer ici dans les détails de toutes ces batailles; bornons-nous a dire que toutes ces campagnes se termindrent par la paix de Tilsitt, qui

ALEXANDRE

fait époque dans les institutions militaires de la Russio. Cette paix ouvrit & Alexandre non-seulement la yoie de la conquéte de la Finlande (1809) et de deux embouchures du Danube (1812), mais encore elle lui donna le temps de remédier aux imperfections du systéme militaire suivi jusqu’alors. Il y réussit si bien, et avec tant de rapidité, que dans les campagnes de 1812 a 1814, l’équipement, la discipline et la précision des troupes russes furent généralement admirés & l’étranger. En descendant ainsi dans tous les détails de administration , Alexandre s’acquit la confiance illimitée de ses peuples. Au reste, si l’armée russe succombait sous les coups des Frangais, elle était plus heureuse ayec ses autres ennemis : Alexandre battit les Suédois, fit la conquéte de la Finlande, prit sur les Turcs les forteresses de Silistrie, Rutchuk et Giurgévo, et battit les Perses, qui furent obligés de lui céder une partie de leurs possessions. — Tous ces combats ne lui faisaient pas oublier le soin des affaires intérieures : il institua en 1810 le conseil de empire, ou les lois et réglements sont soumis a une délibération proyisoire; il prit diverses mesures pour le développement du commerce national; il définit nettement V’organisation des divers ministéres, et ne négligea rien pour |’embellissement de sa capitale. Tels furent les travaux utiles et multipliés d’Alexandre. ’ Quoiqu’il edt, lors de la paix de Tilsittet depuis, professé pour Napoléon des sentiments d’admiration et d’amitié, quoiquwil edt subi, sans lutter contre elle, la fascination profonde exercée par Napoléon sur tous ceux qui l’entouraient, quoiqu’il fat frappé de son intelligence, de son activité et de la loyauté qu’il avait apportée dans leurs relations, quoiqu’un accord parfait semblat régner entre eux, de nouveaux nuages ne tardérent pas a paraitre. Napoléon se plaignit avec humeur de quelques modifications faites par Vempereur Alexandre au systéme continental. Le fait est qu’Alexandre avait pris 4 cet égard des engagements qu’il ne pouvait pas tenir. La mésintelligence alla toujours en augmentant, jusqu’a ce qu’enfin la guerre fut de nouveau déclarée, en 1812. On en connait les désastreuses conséquences pour la France. Alexandre se trouva a cette époque devenu en peu de jours le héros européen. Sa proclamation en date de Kalisch , du 25 mars 1813, dans laquelle, en appelant aux armes les peuples de l’Allemagne, il leur promettait, au nom des souverains, des constitutions qui assureraient leur liberté et leur indépendance, souleva contre la domination francaise une nation que ses accents de liberté tirérent de son apathie. On sait quels nobles sacrifices Allemagne fit alors pour son indépendance. On sait aussi comment elle en a été plus tard récompensée! L’histoite, dans sa justice, dira du moins d’Alexandre qu'il fut un vainqueur généreux. Ce fut lui qui en 1814 insista pour qu’aprés la prise de Paris les souverains alliés traitassent toujours avec Napoléon de souyerain 4 souverain. A cette époque il fut Vobjet du plus vif erthousiasme de la part des Frangais, et particuliérement des Parisiens, qui virent bien moins en lui un conquérant étranger qu’un héros pacificateur, et qui admirérent en lui le conservateur généreux de leurs monuments et de leurs richesses nationales. Il passa en juin de la méme année en Angleterre, oti il fut regu avec plus d’enthousiasme encore, et rentra a Saint-Pétersbourg le 25 juillet, ot il refusa modestement le surnom de Béni, que vint lui offrir le sénat. La neutralité de la Suisse respectée ne prouvya pas moins que sa conduite ferme et énergique lors de la rentrée de Napoléon en France, en mars 1815, laconstance d’Alexandre

dans ses principes politiques. Cette fois, ce fut Angleterre —

qui porta le coup mortel au colosse du siécle. Alexandre arriva trop tard avec ses Russes, Paris était déja au pouvoir des armées alliées; il y fit son entrée le 11 juillet. Mais les temps étaient changés. Les Frangais de toute opinion avaient compris que c’était bien moins les funérailles de Pempire que celles de la patrie qui avaient été célébrées & Waterloo,

ALEXANDRE

Alexandre fut recu avec une froideur marquée dans une ville o& sa vue un an auparavant suffisait pour produire le plus vif enthousiasme. Ce contraste l’affligea. C’est pendant ce séjour a Paris qu’il connut madame de Krudener, devenue, aprés une vie de galanteries et de plaisirs, un des appuis du mysticisme. Alexandre avait pour cette femme une grande amitié, et beaucoup de confiance en ses conseils : ce fut sous Vinfluence des extases mystiques de madame de Krudener qu’il congut le projet de la Sainte-Alliance. Il considérait dés lors Napoléon comme un impie, un ennemi de Dieu, le démon de la guerre, et se regardait Jui-méme comme le génie du bien et de la paix : les extases de madame de Krudener expliquaient cela par les dénominations dange noir et dange blanc. Alexandre yoyait dans le traité de la Sainte-Alliance I’établissement définitif de la paix dans Phumanité ; il y apporta la foi des monarques qui partaient au moyen Age pour les croisades. Madame de Krudener le suivit quelque temps, et ne fut pas étrangere aux traités conclus a cette époque. On sait comment Alexandre changea de sentiments a son égard : en 1818 il lui fit défendre Pentrée de Moscou et de Saint-Pétersbourg.

Cependant, attristé, comme nous l’avons dit, du froid accueil des Parisiens, Alexandre, aprés ayoir passé ses troupes en revue, repartit pour Bruxelles, ou il assista au mariage de sa sceur avec le prince d’Orange, et de la se rendit a Varsovie, oli il accorda aux Polonais, devenus ses sujets par une décision du congrés de Vienne, une constitution qui edit pu faire leur bonheur si elle avait été franchement exécutée ; mais Alexandre, effrayé des progrés des doctrines de liberté en Europe, en redouta la contagion pour ses Etats, et voulut les arréter autant que possible partout ou elles se manifestaient le plus visiblement. Ii fut ame des congrés de Troppau et de Laybach. Aprés avoir appelé de ses voeux Pindépendance de la Gréce, il réprouva formellement linsurrection qui éclata en 1820 dans ce pays, et qui, aprés une lutte de dix années, a fini par assurer son. indépendance. Il contraria par 1a Vopinion nationale de son peuple, qui s’intéressait vivement au triomphe de coreligionnaires opprimés par les ennemis constants et naturels de la Russie. Alexandre, dominé par le besoin de rapporter a une vaste organisation révolutionnaire tous les mouvements de perturbation auxquels était en proie Europe, déchirée alors en tous sens par des tiraillements intérieurs, ne vit dans la généreuse levée de boucliers des Hellénes que l’exécution ponctuelle d’un ordre émané du grand comité directeur de Paris. I] nuisit donc autant qu’il lui fut possible 4 une cause qui était la sienne, et au triomphe de laquelle se rattachait la réalisation des plans favoris de la politique de Catherine, Vexpulsion des Tures de )’Europe. On dit cependant que dans les derniers temps ses idées s’étaient rectifiées a ce sujet, et quwil avait commencé a s’apercevoir qu’il avait été dupe dune vaine fantasmagorie. Mais , quoi qu’il en soit, il oublia un peu le plan de conduite politique libéral et genéreux qu’il s’était formé dans sa jeunesse : il rétablit la censure, se laissa guider par la politique étroite et despotique de l’Autriche, qu’il poussait contre l’Italie, en méme temps qu’il poussait la France contre Espagne; il négligea l’achéevement des réformes intérieures qu’il avait tentées avec tant d’intelligence, et s’abandonna complétement aux pra- - tiques d’une dévotion méticuleuse. Toutes ces fautes ne purent lui enlever Paffection de son peuple: sa bonté, sa dou-

ceur , le souvenir de ses bienfaits, le courage qu'il montra lors dela terrible inondation de Saint-Pétersbourg, en 1824, Sauvant au péril de ses jours les malheureux qui se noyaient, réparant les pertes tant qu'il le put, toutes ces choses lui gardérent le coeur de ses sujets.

Selon quelques historiens , Alexandre, revenu A des idées plus justes, a celles qui l’avaient si longtemps guidé, médivait d’importantes réformes pour son empire, quand la

mort vint brusquement le frapper sur les rives de la mer Noire, a cing cents lieues de sa capitale, au milieu d’un voyage qu’il avait entrepris dans les provinces méridionales de son empire, conjointement avec limpératrice , dont la santé délabrée demandait un air meins rude, un soleil moins rare que celui de Saint-Pétersbourg. Il choisit Taganrog pour point principal de sa résidence; il allait de 1a faire différents voyages dans les pays du Don, laissant 4 Taganrog limpératrice, qui soignait sa santé. Il se disposait au voyage d’Astrakan, lorsque le comte Woronzof Vengagea a visiter les peuples de la Crimée. Alexandre partit aussitdt , accompagné de ses amis, Ce voyage devait étre long; on traversa rapidement la cote méridionale de la Crimée; mais une indisposition , qui eut sa cause dans un froid trop vif, lui donna tout a coup la fiévre, et il commanda qu’on le ramenat immédiatement a Taganrog. L’empereur eut dés lors, dit-on, les plus effroyables soupcons, et refusa positivement les médicaments qui lui furent offerts. Il demandait toujours 4 ses domestiques de l’eau glacée: « Elle me calme, disait-il, tandis que leurs potions m/’ont brilé... » La maladie dAlexandre dura 4 peu prés onze jours; il expira le 1°* décembre 1825. Peu d’heures aprés Vindication officielle de sa mort, sa figure était trés-visiblement changée. Quand, trois jours apres, il fallut le montrer au peuple pour le baisement des mains, on lui couvrit le visage avec un voile. La figure était devenue noire. Deux jours apres l’autopsie, qui avait été immédiate , le corps prit une teinte livide, circonstance rare, et qui resterait 4 expliquer dans une saison et dans un pays si froid. Des ordres partis de la cour prescrivirent, au départ, de laisser le cercueil fermé jusqu’a Saint-Pétersbourg ; ils furent remplis.

Le régne d’Alexandre a exercé sur toute Europe une influence qu’il importe de constater : c’est depuis ce régne seulement que la Russie, considérée autrefois comme une nation demi-asiatique, a définitivement pris place au rang des nations européennes. L’histoire citera ce régne au nombre de ses plus belles pages; toutes les fautes d’Alexandre ne peuvent effacer le souvenir de ses bienfaits et de sa sagesse : malgré ses efforts, ce prince n’a pas pu détruire entiérement les bonnes choses qu’il avait créées.

[ Voici comment Napoléon jugeait Alexandre : « Si cela rentrait dans les limites de mon pouvoir, disait-il , je choisirais Alexandre pour mon successeur. Grand cceur, Ame noble, rusé comme un Grec du Bas-Empire, fier et superbe

comme un vieux Romain, ila été mon ennemi souvent, mais je Vai toujours admiré... C’est un vrai César; Alexandre serait le seul homme capable de continuer mon ceuvre en Europe, si au lieu d’étre Russe, il était Frangais. » LL. ]

ALEXANDRE II NICOLAEWITCH, empereur de Russie, fils ainé de ’empereur Nicolas et d’Alexandra Féodorowna, est né 4 Moscou le 29 avril 1818. Elevé d’abord par sa mére, il eut pour gouverneur le général Merder, et son éducation fut achevée par le poéte Joukofski. Son pére lui-méme se chargea , dit-on, de l'initier aux habitudes militaires. Le 4 mai 1834, le césarévitch Alexandre fut déclaré majeur, et il devint commandant des lanciers de la garde , ataman des cosaques, premier aide de camp de Yempereur. A la suite d’un voyage en Allemagne, il épousa, le 28 avril 1841, la princesse Maximilienne-Wilhelmine-Auguste-Sophie-Marie , fille du grand-duc de Hesse Louis W qui prit & son entrée dans ’Eglise russe le nom de Marie Alexandrowna. Chancelier de luniversité de Finlande, le grand-duc Alexandre encouragea les études finnoises, fonda une chaire de langue et littérature finnoises a Puniversité d’Helsingfors, prit Pacadémie finnoise sous sa protection et récompensa les lointaines explorations de savants finnois A la mort du grand-duc Michel, son oncle, il prit la haute direction des écoles militaires de l’empire. L’empereur Nicolas le félicita publiqoement du soin qwil prenait d’élever la jeunesse dans le veritable esprit russe. En 1850 le grand

duc Alexandre visita la Russie méridionale, Nicolaief , Sébastopol,, Tiflis , Erivan, Derbent, et termina ce voyage en allant se battre contre les Circassiens. A la mort de Nicolas, dont il recut le dernier soupir et les derniéres instructions, le 2 mars 1855, il monta sur le tréne, jurant « de rester fidéle & tous les sentiments de son pére et de persévérer dans la ligne des\principes politiques qui lui ont servi de régle. » Dans un manifeste adressé aussitét a ses peuples, ri disait : « Fasse Ja Providence, qui nous a appelé a cette haute mission, que, guidé et protégé par elle, nous puissions affermir la Russie dans le plus haut degré de puissance et de gloire; que par nous s’accomplissent les vues et les désirs de nos illustres prédécesseurs , Pierre, Catherine, Alexandre le bien-aimé, et notre auguste pere d’impérissable mémoire. » La lutte engagée en Orient par Nicolas continua donc avec les puissances occidentales alliées a la Turquie. Alexandre visita Cronstadt, Moscou, Varsovie, et partit pour la Crimée. « Dieu a youlu soumettre la Russie aux épreuves , disait-i] dans un rescrit au commandant de Moscou. Combattons pour V’intégrité de Vempire. Dieu défendra Ja Russie orthodoxe qui a pris les armes pour Ja défense de la bonne cause, la cause du christianisme. » Arrivé 4 Sébastopol, on dit qu’il s’écria devant ces ruines : « Aujourd’hui la paix est impossible. » Dans une dépéche au rei de Prusse, i] disait encore : « La Russie ne fera jamais la paix aprés un désastre. » On lui avait aussi entendu prononcer ces paroles : « J’aimerais mieux n’avoir plus a Saint- Pétershourg de tuiles sur mon toil que de perdre un pouce de terrain en Crimée. »

BientOt pourtant les Russes , qui avaient perdu, outre Sébastopol et Bomarsund, Kertch, Kamiesch, Kinburn, Anapa, et d’autres places, purent s’emparer de Kars contre les Tures. Ce succés permit a ’empereur Alexandre II d’écouter les propositions de paix. Il accepta les conditions que lui faisaient la France et l’Angleterre, envoya des ministres & Paris, ol, apres un congrés, la paix fut signée, le 30 mars 1856. Dans un manifeste publié a cette occasion, Alexandre disait que « afin de hater la conclusion de la paix et d’écarter pour l’avenir méme jusqu’au soupcon de vues ambitieuses, il avait consenti a. adoption de mesures de précaution destinées a éviter toutes collusions entre ses forces navales et celles de la Turquie. » Voulant dés lors se consacrer entiérement a l’amélioration matérielle de son empire, Alexandre If communiqua un grand mouvement a l'industrie russe, facilita les échanges avec l’étranger, ordonna de grands travaux, et encouragea la construction des chemins de fer. I} s’était montré disposé a un rapprochement avec le saint-siége et a de grandes concessions en faveur du clergé catholique en Pologne; il accorda des facilités pour Venseignement dans les universités, créa une faculté des langues orientales a l’université de Saint-Pétersbourg, et plaga instruction publique sous sa surveillance personnelle. Bientdt il accepta la démission du comte N esselrode et confia la direction des affaires étrangéres au prince Gortschak of. Il acheva l’émancipation des serfs du domaine et prépara celle des serfs des particuliers, qui a enfin été proclamée en mars 1861. Il donna d’abord quelque espérance a la Pologne, autorisa Ja rentrée des éinigrés , mgyennant un actede soumission et sans restilution des biens confisqués ; mais dans un yoyagea Varsovie il dit ala noblesse polonaise ; « Avant tout point de réveries, ceux qui youdraient continuer a nourrir des illusions, je saurailes maintenir dans le devoir. La Pologne et la Finlande me sont aussi chéres que toutes les autres provinces de mon empire ; mais pour le bien des Polonais eux-mémes , il faut quwils restent unis pour toujours ala grande famille des empereurs de Russie. »

Le 7 septembre 1856, l’empereur Alexandre Il se fit sacrer solennellement 4 Moscou. Il s’étaié rapproché de la France. Au mois de septembre 1857 il eut une entrevue

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