ALEXIS — ALFIERI
ALEXIS MICHAELOWITCH, czar de Moscovie , né en 1630, suecéda, en 1646, A son pore, le ezar Michel Feedorowitch Romanof. Son long régne fut troublé par des guerres intestines et étrangeres, et il lui fallut a la fois étouffer des révoltes parmi ses sujets et combattre les Polonais et les Suédois. $’il reprit les places et les provinces cédées aux Polonais sous le régne précédent, il fut moins heureux contre les Suédois, qui le battirent, mais dont en définitive il repoussa l'armée, qui avait envahi la Lithuanie. Un soulévement des Cosaques du Don, qui avaient pour chef un certain Stenko-Razine (1669), ébranla d’abord assez fortement son autorité. Stenko, a la téte de deux cent mille hommes, s’empara d’Astrakhan ; cependant Alexis réussit 4 comprimer entitrement ce mouvement en 1671. Trois ans plus tard il combattait avec les Polonais les armées du grand seigneur, et aidait au célébre Jean Sobieski a remporter la victoire de Chokzim (1674). Cette alliance des deux peuples contre l’ennemi commun devait pourtant amener des rivalités entre eux, puis des collisions : aussi les Polonais finirent-ils par s’emparer del’ Ukraine. Alexis Michaélowitch mourut sur ces entrefaites : c’était en 1677. — D’un second mariage il laissait trois fils, dont l'un fut le célébre Pierre 1°, et cinq filles. — Les premiéres années du régne d@’ Alexis n’avaient fait présager que de la faiblesse , car son gouverneur Morousof, quia une ambition démesurée joignait une extréme avarice, avait profité de son caractére inappliqué et de son extréme jeunesse pour gouverner en son nom. La mauvaise administration de cet homme excita donc de vifs mécontentements parmi les boyards, a la vengeance desquels Alexis eut de la peine a le soustraire. Mais dés que le czar eut pris en main les rénes du gouvernement, il fit preuve d’autant de vigueur que de capacité. La guerre ne détourna jamais son attention des affaires intérieures de Yempire ; il favorisa l'industrie, dota 1a Russie d’un code de lois, et, on peut le dire, fraya la voie aux réformes autrement énergiques et puissantes de Pierre le Grand. C’est le premier czar gui ait entretenu des relations diplomatiques avec les autres puissances de l'Europe, et en 1652 il noua avecla Chine les premiéres relations commerciales qui eussent encore existé entre les deux empires.
ALEXIS PETROWITCH, fils ainé de Pierre le Grand et d@Eudoxie Lapouchine, né & Moscou, le 18 février 1690, témoigna tant d’aversion pour les réformes et les innovations introduites par son pére, que celui-ci résolut de Yexclure de la succession au tréne. Alexis feignit d’étre
parfaitement content d'une telle décision , renonca volontairement 4 tous ses droits 4 la couronne, et déclara que son intention était de se falre moine. Mais quand Pierre le Grand fut parti pour son second voyage dans le nord de Y'Europe, Alexis s’enfuit, en 1717, a Vienne, et de la a Naples, sous prétexte d’aller rejoindre son pére, qui lavait mandé aupres de lui. Obéissant aux ordres de ’empereur et cédant aux représentations du capitaine des gardes Roumanzof et du conseiller intime Tolstoi, envoyés a cet effet en mission expresse prés la cour de Vienne, Alexis revint, il est vrai, en Russie; mais Pierre, irrité, considéra ce départ furtif comme un crime de lése-majesté , et déshérita son fils par un oukase en date du 2 février 1718. Les suites de la procédure entamée a cette occasion ayant fait découvrir qu’Alexis avait eu en secret le projet de revenir sur son acte de renonciation a la couronne et de revendiquer ses droits héréditaires , Yempereur non-seulement envoya au supplice tous ceux qui avaient pris part au complot tramé par son fils, mais encore le fit condamner lui-méme a la peine capitale, et commanda qu’on lui donnat lecture de Ja sentence de mort rendue contre lui & Punanimité par cent quarante-quatre juges. En Vain on annonc¢a peu de temps aprés a cet infortuné que son pére lui faisait grace de Ja vie , !impression de profonde terreur produite sur son esprit par tous les incidents de ce proces eut de si déplorables suites qu’il mourut A quelques
jours de la, le 7 juillet (26 juin ) 1718. Suivant une autre version, il aurait été décapité dans sa prison; et Yun des principaux acteurs de ce drame judiciaire et de ’exécution qui le termina aurait été un général allemand appelé Adam Weid. Afin d’éviter toute apparence dinjustice, Pierre le Grand fit publier les actes du proces. Alexis Petrowitch laissait de sa femme, Charlotte-Christine-Sophie , princesse de Brunswick-Wolfenbuttel, qui eut beaucoup a souffrir de la sauvage violence de son caractére, et morte dés l'année 1715, une fille, qui mourut en 1728, et un fils, qui régna plus tard sous le nom de Pierre I.
ALEXISBAD, l'une des sources ferrugineuses les plus riches que posséde Allemagne, située dans la délicieuse vallée de Selke, dans la partie du Harz dépendant de la principauté d’Anhalt-Bernbourg, fut organisé comme établissement thermal en 1810, aux frais du duc Alexis-Frédéric- Christian d’Anhalt-Bernbourg. On a su admirablement tirer parti des avantages naturels de la localité, afin d’en rehausser encore le charme par de charmantes promenades ; et les baigneurs n’ont que l’embarras du choix pour se procurer @agréables distractions au moyen d’excursions dans les environs, notamment a Victorshcehe, 4 Rosstrappe, 4 Stubenberg, 4 Ballenstedt, & Falkenstein, au Megdesprung, a Harzgerode et 4 Josephshehe. Le Megdesprung, situé a trois quarts @heure de distance d’Alexisbad, est une des forges les plus considérables de l’Allemagne. Indépendamment de ses délicieux environs, il est célébre par l’obélisque en fer fondu, haut d’a peu prés dix-neuf métres, qui y a été élevé, le 3 aodt 1812, en ’honneur du créateur de cette usine, le prince Frédéric-Albert, mort en 1796. Denx empreintes assez semblables a celles que laisseraient des pieds, qu’on voit 1a dans un rocher, ont donné naissance a lune des légendes populaires du Harz, et sont lYorigine du nom particulier de la localité. — On boit rarement l’eau d’Alexisbad, qu’on emploie plut6t en bains. Dans ce cas il est bon de la mélanger avec |’eau de Beringerbad. Grete est le premier qui ait analysé ces eaux dans un Mémoire sur les eaux de la vallée de Selken (Leipzig, 1809).
ALEZE, ALESE ou ALAISE, piéce de toile pliée en plusieurs douhies dont on garnit le lit des malades pendant ou aprés certaines opérations chirurgicales.
ALFA, nom donné au spart en Algérie. Cette plante croit sur les terrains incultes du Tell, et on la retrouve dans le Sahara. Elle peut fournir du crin végétal, de la filasse, des cordes, et méme de Ja pate a papier. Suivant Jules Duval des calculs précis portent & quarante imillions de tonnes la quantité d’alfa que le Sahara seul pourrait annuellement livrer aux fabriques, sans autres soins ni frais que ceux de la récolte et du transport.
ALFAQUINS, prétres maures cachés en Espagne apres Yexpulsion de leurs compatriotes. C’étaient des missionnaires musulmans qui préchaient les chrétiens en secret, les retenaient ou les attiraient dans Vislamisme, et qui, déclamant surtout contre Vexercice et Vautorité de linquisition, étaient, avec les juifs, les figurants les plus ordinaires des auto-da-fé.
ALFARABI (Azov-Nask Monammep Ipy-Tarknan ) naquit, au commencement du dixiéme siécle, a Farab, villede la Transoxiane, d’ou il pritson nom. C’est un des plus grands philosophes dont s’enorgueillisse la civilisation musulmane. § commenta Aristote, et a laissé des traités sur les Principes de lanature, V Essence del’ dme, la Logique et la Musique, ainsi qu’une Encyclopédie des Sciences. 11 mourut en 950. Avicennea beaucoup emprunté a Alfarabi.
ALFIERI (Virronio, comte d’) naquit en 1749, A Asti, en Piémont, de parents nobles et riches, Son oncle Pellegrino Alfieri, gouverneur de Coni, quiétait en méme temps son tuteur, le placa a académie de Turin; mais Alfieri en sortit & peu prés aussi ignorant qu'il y était entré, et fut fait presque aussitot oflicier dans un régiment provincial, qui ne se
réunissait qu’une fois par an, et seulement pour peu de jours. Poussé par un vague désir de voir le monde, Alfieri parcourut I'ltalie, la France, Angleterre et la Hollande. A peine de retour, ennui que lui causait!’étude de la philosophie, qu’il venait d’entreprendre, le détermina a faire de nouveaux voyages; H vit, pour ainsi dire, au galop presque tous les pays de (Europe, sans rien observer, sans rien apprendre, Mais, quoiqu'il n’edt retiré aucun fruit de ses voyages pour son instruction, ils eurent une puissante influence sur son caractére; ils lui furent utiles sous un autre rapport : !aspect de tant de peuples avilis par le despotisme révolta son dme fire et indépendante, et lui inspira cette haine énergique de la tyrannie, cet ardent amour de la liberté, qui sont le caractére distinctif de sa poésie. Quoiqu’il ft encore incertain sur le choix d'une carriére, Alfieri se hata de quitter le service. Pendant quelque temps il mena une vie entiérement désceuvrée. Bientét une passion violente pour une femme qui n’en était pas digne enchaina toutes les facultés de ce Vigoureux génie.
Ayant réussi, aprés de longs et cruels combats, a briser ces honteux liens, la liberté intellectuelle et morale qu'il venait de reconquérir lui fit sentir d’autant plus vivement le besoin de fournir un aliment A l’activité de son esprit. Un essai dramatique qu’il avait tenté quelques années auparavant, dans un moment d’ennui, lui étant tombé par hasard entre les mains, il crut entendre comme une voix intérieure qui lui révélait sa vocation pour la poésie dramatique. Il se mit aussitét a Pouvrage. Sa premiére tragédie, Cléopdtre , obtint un succés qu’elle était loin de mériter, ainsi qu’une petite piéce intitulée Jes Poétes, dans laquelle il faisait luiméme la critique de sa tragédie. A l’dge de vingt-sept ans, Alfieri prit avec lui-méme l’engagement solennel de se consacrer tout entier au théatre. C’est alors que, mesurant ses forces et ses moyens, son ignorance se montra pour la premiére fois 4 ses yeux dans toute son étendue. Il eut le courage de se remettre aux premiers éléments de la grammaire latine, puis il se rendit 4 Florence pour s’adonner a |’étude du pur idiome ,toscan. C’est 4 Florence quil rencontra Louise Stolberg, comtesse d’ A] bany, femme du prétendant d’Angleterre. Cette femme distinguée lui inspira un attachement passionné; elle méritait d’étre aimée par une dme aussi belle, aussi généreuse que celle d’Alfieri. Cet amour , qui ne s’éteignit plus qu’avec sa vie, enflamma de plus en plus son enthousiasme pour la poésie. Pour vivre tout a fait indépendant, pour pouvoir consacrer tous ses instants a Vétude et 4 la composition, il céda sa fortune a sa sceur contre une rente modique. Il vécut alternativement 4 Rome et 4 Florence, ef acheva, en moins de sept années, quatorze tragédies : Philippe II, Polynice, Antigone, Agamemnon, Virginie, Oreste, la Conjuration des Pazzi, Don Garcia, Rosemonde, Marie Stuart, Timoléon, Octavie, Mérope, Sail. Il fit encore paraitre plusieurs autres ouvrages , soit en prose, tels que le Traité de la Tyrannie et la Traduction de Salluste ; soit en vers, comme /’Etrurie vengée, poémeen quatre chants, et les cing Odes sur la révolution de V’ Amérique du Nord.
Quand la comtesse d’Albany se trouva libre par la mort de son époux, les deux amants se réunirent pour ne plus se séparer, et vécurent soit 4 Paris, soit en Alsace. Alfieri écrivit Agis , Sophonisbe, Myrrha et les Deux Brutus, en méme temps qu’il rédigeait son Traité du Prince et des Lettres, le Panégyrique de Trajan, la Vertu méconnue, et Amérique libre.
Alfieri salua avec enthousiasme la révolution francaise, et célébra le triomphe de Ja liberté dans une ode sur la prise de la Bastille ( Parigi Sbastigliato ). Mais son dme généreuse s’indigna des excts qui vinrent souiller la cause populaire ; il quitta la France, et se rendit en Angleterre : la baisse des assignats le forca de reyenir a Paris vers la fin d’aodt 1793; il échappa par la fuite aux massacres de septembre. Il per-