‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 178 sur 197 · ALFIERI · texte numérisé non relu

ALFIERI

dit ses livres et la plus grande partie de ses tragédies, qui venaient de paraitre chez Didot, en cing volumes. A cette époque il se fixa a Florence. fl avait concu une haine violente pour la France, qui avait si mal récompensé ; les événements survenus dans année 1798 en IJtalie lui inspirérent une satire amére, intitulée Miso-Gallo. A cinquante ans u entreprit d’apprendre le grec; il y réussit parfaitement. Il avait concu une si grande admiration pour Homére, qu’il voulut créer un ordre de chevalerie en son honneur. Les insignes étaient un collier en pierres bleues, sur lesquelles étaient gravés les noms de vingt-trois poétes anciens et modernes. Au bas était suspendu un camée représentant les traits d’Homére.

Alfieri mourut le 8 octobre 1803. Il est enterré a Florence, dans l’église de la Croix. Son tombeau, chef-d’ceuvre de Canoya, est placé entre celui de Machiayel et celui de Michel-Ange.

Comme poéte dramatique, Alfieri s’est essayé dans trois genres différents. Ona de lui vingtet une tragédies, six comédies, et une cuvre a laquelle ila donnéle nom de-Tramélogédie. Mais tous ces ouvrages trahissent l’'absence de spontandité en méme temps que cette opinidtreté avec laquelle il faisait violence a lui-méme et a l'art. Il s’était imposé la régle, ainsi qu'il le raconte lui-méme dans sa vie, de ne jamais lire de poéte, afin de ne point déflorer la virginité de sa propre muse. Son inspiration était bien plutét politique que poétique. Voulant réveiller l'amour de la liberté dans des coeurs engourdis, il considérait le théatre comme une école ot le peuple devait venir apprendre a étre libre, fort et noble. Geethe définit admirablement cette ivresse de la liberté dans laquelle il vivait, quand il dit : « Les piéces d’Alfieri s’ex- « pliquent par sa vie. Il tourmente ses lecteurs et ses audi- « teurs, de méme qu’il se tourmentait lui-méme comme « auteur. Nature essentiellement aristocratique, il ne haissait « tant les tyrans que parce qu’il se sentait en lui-méme une « veine de tyran. Cette nature de gentilhomme et d’homme « de cour se trahit d’une fagon fort comique sur la fin de sa « vie, alors qu'il n’imagine pas de meilleur moyen de ré- « compenser son propre mérite que de créer un ordre de « chevalerie spécialement 4 son usage. » Alfieri avait la prétention de ne produire de Veffet qu’en employant les moyens les plus simples. Il renonga a toute espéce d’ornementation, pour ne plaire que par une virile gfavité. Ses tragédies sont froides et roides, ses plans d'une simplicité qui va jusqu’a Ja pauvreté, ses vers durs et désagréables a Yoreille. Son style manque en outre complétement de ce magique éclat & aide duquel seulement le poéte peut aller jusqu’au plus profond des cceurs.

Les services qu’Alfieri rendit 4 la tragédie italienne n’en sont pas moins immenses, et ont été célébrés a bon droit par ses compatriotes, encore bien qu’il y ait eu pendant quelque temps de l’exagération dans leurs éloges. Le grand mérite de cet écrivain consiste a avoir su faire justice du goat efféminé qui dominait a l’époque ou parurent ses premiers essais , et de la pédanterie qui portait alors les poétes a prendre servilement les Grecs pour modéles. Ceux qui vinrent aprés lui s’efforcérent de reproduire dans leurs qeuvres sa male vigueur et sa simplicité.

Dans la comédie, la direction d’Alfieri est tout a fait grave, et le plus souvent aussi politique. L’invention chez lui est vide, V'intrigue sans intérét, et, comme dans ses tragédies , les caractéres , qui ne sont que des contours généraux , manquent d’individualité ; ses comédies sont donc encore bien inférieures 4 ses tragédies.

Le meilleur de ses ouvrages dramatiques parait étre son Abel, production qu'il a appelée tramélogédie, pour lui donner sans doute un nom répondant a tous égards a son étrangeté. Alfieri, inventeur de ce genre batard, tenant le milieu entre la tragédie et Popéra, s’était proposé de composer six piéces de ce genre.

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