ABONDANCE — ABORDAGE
de lui en indiquer les moyens. On peut dire que Pabondance régne 1a ot les subsistances affluent et ou les salaires permettent @atteindre sans trop de peine aux prix des denrées.
Pour qwil y ait abondance dans un pays, les lois et les moeurs doivent tendre & favoriser lemoins d’inégalité possible dans la répartition des biens d’un usage commun. Ainsi, il n’y aurait point abondance réelle chez un peuple dont les richesses et le luxe étonneraient le monde, si 4 coté des prodigalités de Yopulence se trouvait une multitude affamée, inquiéte du lendemain. C’est 14 malheureusement la situation de nos sociétés modernes. Aussi, est-ce 4 rechercher les moyens de ramener Vabondance sur la terre , que s’occupent les économistes novateurs : les uns croient les trouver dans le libre échange des produits de tous les pays, et dans cetle voie PAngleterre fait des merveilles; d’autres les demandent au renversement des relations du capital et du travail; dautres youdraient seulement une circulation plus active. Tous ont du moins le méme but, augmentation de la production. Malthus cherchait le salut dans un principe opposé, il voulait surtout limiter Paccroissement de la population, afin que les produits de la terre restassent toujours suffisants.
Les anciens avaient fait de P Abondance une divinité, qu’ ils représentaient sous la figure @une belle femme, couronnée de fleurs et ayant dans sa main droite une corne remplie de fleurs et de fruits, et connue sous le nom de corne d’abondance. Les poétes disent que c’était celle qu’Hercule enleva au fleuve Achéloiis. D’aprés une autre version, ce serait celle de la chevre Amalthée, nourrice de Jupiter.
« Dans le style ilya, dit Marmontel, une abondance qui en fait la richesse: c'est une affluence de mots et de tours pour exprimer les nuances des idées, des sentiments et des images. II y aaussi une abondance vaine, qui ne fait que déguiser la séérilité de Vesprit et la disette des pensées par Postentation des paroles. » Chapelain emploie a décrire les charmes et la parure d’Agnés Sorel quarante vers dans le gout de ceux-Ci :
On voit hors des deux.bouts de ses deux courtes manehes Sortir 4 découvert deux mains longues et blanches, Dont les doigts inégaux , mais tovs ronds et menus, Imitent l’embonpoint des bras longs et charnus.
Nest-ce pas le cas de s’écrier avec Boileau : Souvent trop d abondance appauyrit la matiere.
Le vice de style opposé 4 Pabondance est la sécheresse et la stérilité : on s’en apergoit aisément lorsque sur un sujet qui demande a ¢étre approfondi et développé l’écrivain demeure, comme Tantale au milieu d'un fleuve, haletant apres expression vive, énergique et touchante, qui semble lui échapper au moment qu’il croit la saisir.
ABONDANT (Nombre). Voyes Nompere.
ABONNEMENT. (On disait autrefois abowrnement. )
Ce mot vient de bonne, signifiant jadis limite , dont ona fait par corruption borne, et qui est dérivé du grec Bovvoc, éminence de terre, parce que ces sortes d’éminences servaient souvent a délimiter les héritages. De la on a formé le verbe abonner, qui signifie Zimiter ou borner a un certain prix la valeur d’une chose, comme lorsqu’on dit abonner ou s’abonner & un journal, etc. Un abonnement est donc une sorte de marché qu’on fait en composant avec quelqu’un, a un cerfain prix, pour toujours ou pour un temps limité. On pense bien qu’il ne peut étre question ici de ce mot que dans ses rapports avec le droit administratif. La législation qui nous régit autorise, en effet, dans certains cas, ces sortes de marchés, dont le but est surtout de simplifier la perception de certaines faxes. Nous allons successivement passer en revue les exemples qu’elle nous offre.
Abonnement des communes pour les troupes en garnison. La solde et les subsistances des gens de guerre étaient autrefois fournies par Etat, le casernement par les provinces, quisouvent s’acquittaient par des contributions mu-
nicipales. Cet état de choses fut modifié par les lois de la révolution et par la législation de ’empire et de la restauration, prescrivant, relativement aux diverses dépenses dé casernement dont les villes étaient chargées, des dispositions qui réduisent les cotisations pour cet objet a un simple prélévement au profit du trésor. Ce prélevement constitue un abonnement. Au moyen de cet abonnement, les réparations et loyers des casernes et autres batiments ou établissements, ainsi que lentretien de la literie et ’occupation des lits militaires , sont 4 la charge du gouvernement. Les rapports de l’Etat avec les communes pour les abonnements dont nous parlons sont principalement déterminés par la loi du 15 mai 1818 et ordonnance du 5 aodt suivant.
Abonnement pour les contributions indirectes. La \égislation établit trois modes d’abonnements : l’abonnement individuel , déja en usage avant Ja révolution, l’abonnement général par commune , et 'abonnement par corporation.
L’abonnement individuel est l'équivalent du droit de détail dont on est présumé passible. C’est une sorte de convention entre un débitant et la régie , au moyen de laquelle ce débitant est affranchi des exercices des employés et des obligations qui lui sont imposées relativement aux prix de vente. Ces abonnements ne peuvent étre faits que pour un an, ef sont révoqués de plein droit en cas de fraude et de contravention. (Voir la loi du 28 avril 1816, art. 70 et suiv.)
L’abonnement général par commune consiste dans le droit qu’a le conseil municipal de réclamer un abonnement général pour le montant du droit de détail et de circulation dans lintérieur des villes, moyennant le versement que la commune s’engage a faire , dans la caisse de la régie, par vingt-quatriémes, de quinzaine en quinzaine, d’une somme convenue, sauf a s’imposer elle-méme pour le recouvrement de cette somme, comme elle est autorisée a le faire pour les dépenses communales. (Loi du 21 avril 1832.)
Sur la demande des deux fiers au moins des déhitants d’une commune, approuvée par le conseil municipal et notifiée par le maire, la régie doit consentir pour une année, et sauf renouvellentent, a remplacer la perception du droit de détail par exercice, au moyen d’une répartition, sur la totalité des redevables, de l’équivalent dudit droit : c’est l’abonnement par corporation. (Loi du 28 avril 1816, art 71.)
Abonnement du droit de fabrication des biéres. Cette méme loi autorise la régie 4 consentir de gré a gré avec les brasseurs de la ville de Paris et des villes au-dessus de 30,000 Ames un abonnement général pour le montant du droit de fabrication dont ils sont présumés passibles.
Abonnement des voitures publiques. L’article 119 de la loi du 25 mars 1817 permet les abonnements pour les voitures de terre et d’eau, a service régulier. Ces abonnements sont fixés porportionnellement aux bénéfices présumés du transport des voyageurs et des marchandises.
La loiadmet aussi des abonnements en matiére de timbre. C’est ainsi que les effets de la Banque de France, les obligations de la ville, etc., sont dispensés du timbre. Les compagnies d’assurances peuvent contracter un abonnement avec Etat pour le timbre de leurs polices.
Un décret du 4 aodt 1860 régle les conditions de l’abonnement des fabricants de sucre.
ABONNES. Ce terme désignait, au moyen age, les serfs qui, par privilége ou par achat, avaient obtenu que leurs prestations, tailles et serviludes fussent changées en une redevance dargent. Ils cessaient de cette fagon d’étre les hommes de corps de leurs seigneurs. Les abonnements en se multipliant préparérent l’émancipation générale des serfs; car ils les faisaient sortir du régime du bon plaisir pour entrer dans celui dun contrat réciproque.
ABORDAGE. On nomme ainsi le choc de deux vaisseaux qui se heurtent, soit par accident, soit pour se livrer une sorte de combat corps a corps. Voyes ComBaT NAVAL.
Avant Vinvention de la poudre, c’était presque la seule
facon de combattre sur mer.«Les anciens abordaient un navire et allaient sur lui A toutes voiles ou a force de rames, et tachaient de lui enfoncer dans le cété une forte pointe le métal, fixée a cet effet a la proue du batiment, que les Latins appelaient ros¢rwm. La construction actuelle des gros vaisseaux, auxquels on donne beaucoup de rentrée, rend les abordages difficiles et dangereux; ils n’ont plus guére lieu quw’entre de petits batiments, ou par surprise de la part ?un petit batiment contre un autre d’une force supérieure.
Lorsqu’un capitaine , confiant dans la valeur de son équipage, espérant neutraliser par la bravoure et Padresse Phabiieté supérieure de ’ennemi dans les manopuvres et Pagilité de son bitiment, se détermine A tenter l’abordage, il choisit pour Vattaque des hommes expérimentés. Ces hommes s’arment promptement de sabres, de pistolets et de haches @armes. Si l’ennemi refuse Pabordage et manceuvre pour Véviter, on s’efforce de le joindre. On court a l’abordage en dirigeant son vaisseau de maniére 4 opérer l’abordage de franc étable, c’est--dire de maniere a atteindre le batiment ennemi par le devant en droiture ; ou bien on cherche a exécuter ’abordage en belle, en enfongant I’éperon de son navire dans le flane du vaisseau abordé. Souvent le chee suffit 4 couler un batiment de moindre capacité que celle du vaisseau abordeur.
Quoi qu’il en soit, dés qu’on est parvenu 4 joindre le vaisseau ennemi, on cherche a Vaccrocher en jetant dans son gréement les grappins d’abordage. Ces grappins sont de forts crochets de fer & plusieurs branches attachés a une chaine tenne par un gros cordage, et suspendus au bout des basses vergues, d’oii on les lance sur le vaisseau ennemi. Si celui-ci ne parvient pas a se dégager, les deux batiments restent accrochés : l'abordage devient exécutable ; les assaillants jettent encore du gaillard ou des passavants des grappins plus légers, dits grappins 4 main, sur le vaisseau abordé. On vide les canons par une derniére décharge, on ferme les sabords de crainte que l’ennemi n’y pénetre, et on s’élance sur le vaisseau abordé. Mais différents obstacles arrétent l’ardeur des assaillants. L’espace plus ou moins large qui sépare le haut des deux batiments, le roulis, le danger d’étre écrasé en tombant entre les deux bords, enfin les efforts de l’équipage abordé, qui défend l'abordage avec le fusil, la baionnette, des piques , des sabres, etc., retardent toujours invasion du pont du navire abordé, et réussissent quelquefois a l’empécher. I] faut done commencer par nettoyer le pont du batiment attaqué a l'aide de la mousqueterie et des grenades qu’on y lance.
Lorsqu’on a pu chasser |’ennemi du pont, on s’y précipite, et on le poursuit, soit sur autre gaillard et sur les passayants, soit dans les entreponts oti il s’est réfugié; dans ce dernier cas, la résistance ne peut guére étre longue; dans l’autre, au contraire, je combat corps a corps devient sangiant, l’avantage peut étre longtemps disputé, et les assaillants peuvent encore étre repoussés sur leur bord avec perte. Les peuples renommés par leur intrépidité, les Francais par exemple,
ont souvent cherché dans l’abordage le moyen de compenser Vinfériorité du nombre ou celle de V’art et de l’expérience. re marine francaise compte de fameux combats a V’abor-
age.
On appelle encore abordage le choc de deux vaisseaux non ennemis, qui a lieu sous voiles ou sous vapeur, par la mauvaise manceuvre de un d’eux ; et quelquefois aussi, dans un calme parfait, par le simple effet des courants sans gu’il y ait faute de part ni d'autre. De pareils accidents entrainent souvent de graves avaries. Le Code de Commerce distingue : 1° si ’abordage est le résu'tat dun cas forfuit, et il n’entraine aucun droit de répétition pour Je navire qui ’a éprouvé; 2° s'il a eu lieu par la faute de Pun des capitaines, et en ce cas c’est a celui 1a le réparer ; 3° enfin, s'il y a incertitude sur la cause de Vabordage : alors les avaries doivent étre réparées A frais communs,
ABORDAGE — ABOIT-BEKR
Pour éviter les abordages, un ordre de Vamirauté, da 1* mars 1852, en Angleterre, un décret présidentiel du 17 aoit 1852 et un décretimpérial du 28 mai 1858, en France, ont prescrit l'emploi, pendant la nuit, et le jour en temps de brume, de feux sur les navires, blancs en téte du mat de misaine, verts a tribord, rouges a babord. L’adoption de ce systéme par toutes les marines évitera bien des malheurs. . ABORIGENES. On appelle ainsi les plus anciens habitants d’un pays, ceux qui s’y sont les premiers fixés. C'est ce que Jes Grecs appelaient des awtochthones. Les anciens historiens romains donnent aussi le nom d’aborigenes & une peuplade qui avant l’arrivée des Troyens habitait Je territoire occupé depuis par la ville de Rome, Cette peuplade, désignée quelquefois sous lenom de Casci et de Sacrani, habitait primitivement les environs de Reate, le Rieti de nos jours, et en fut expulsée par les Sabins. A son tour, aidée par les Pélasges, elle chassa les Siculi, fixés sur ses rives du Tibre inférieur, C’est des Aborigénes que destendaient les Latins, et par suite les Romains.
ABORNEMENT. Voyez Bornace.
ABORTIFS. ( du latin aborior, naitre avant le terme), substances dont Vaction énergique , se portant spécialement sur Putérus , est réputée propre a procurer expulsion du produit de la conception. A toutes les époques on en a fait un criminel abus. Le succés toutefois répond rarement A Yattente des coupables. En effet, les abortifs demandenta étre pris a fortes doses, de sorte qu’en y recourant on compromet sa santé et sa vie. Dans les campagnes, la vengeance s’en est fait trop souvent une arme. C’est 4 des poudres abortives semées a dessein dans les étables des vaches, aux endroits ou elles passent ou dans les prairies qu’elles fréquentent , que l’on attribue, a tort sans doute, ces avortements continuels qui ruinent certains cultivateurs. La médecine emploie quelquefois ces substances avec avantage pour faciliter ’éruption difficile des régles, pour remédier a Paménorrhée et a la dysménorrhée, pour hater la délivrance dans les cas d’accouchements laborieux. Les plus renommées sont : la sabine et la rue fétide, le seigle ergoté, dont la réputation est d’origine récente , et enfin les cantharides.
ABOU. Mot analogue a Aben, et qui signifie en arabe pére. Beaucoup de noms propres orientaux commencent par ce mot, que l’on trouve aussi sous la forme Bow. La paternité a tant de prix pour les Orientaux, que lorsqu’il leur nait
“un fils, ils joignent a leur nom celui de leur nouveau-né , et
quelquefois ce nouveau nom leur reste. Souvent aussi ces surnoms sont de simples sobriquets : ainsi Abonlfaradge signifie le perede la joie. Bou-Maza ( pére de la chevre) tirait ce nom d’une chévre qui le suivait partout.
ABOU-ABDALLAH. Voyez Boast.
ABOU-BERR, le premier des khalifes successeurs immédiats de Mahomet, était né 4 la Mecque dans la tribu de Teim , et fut le premier des Koraischites qui reconnut la puissance et la mission de Mahomet. Son pére, Othman, son fils et son petit-fils suivirent son exemple, et furent qualifiés du titre de compagnons et disciples du prophéte. [1 se nommait d’abord Abd-al-Caaba, qui signifie serviteur de la Caaba. Mahomet lui imposa le nom d’Abd’ATlah ou serviteur de Dieu, et lesurnom de Seddik, c’est-a-dire témoin fidéle, pour le récompenser d’avoir attesté son voyage nocturne appelé ascension. Si Mahomet edt été vaincu, Abou- Bekr aurait été étranglé comme faux témoin. Le prophéte vainqueur prit soin de son élévation, le traita de prédestiné, et l'accepta pour beau-pére en épousant sa fille Aichah. C'est ce mariage qui lui fit donner enfin le nom d’Abou-Bekr, qui veut dire pére de la vierge ; et c'est sous ce nom que lhistoire J'a reconnu. Mais dans ses ordres et proclamations il s'est toujours appelé lui-méme Abd-Allah-Ebn-Abou-Konaffas.
La mort du prophéte faillit ruiner son ouvrage; ies Médinois voulaient élire un de leurs compatriotes, nommé
ABOU-BEKR — ABOUKIP
Saab, sans la participation des Mecquois, et ceux-ci étaient préts a revendiquer ce droit les armes 4 la main. Abou- Bekr apaisa cette dispute en les faisant consentir a faire l’élection en commun; et grace 4 Pentremise d’Omar, il fut élu lui-méme, le jour de la mort du prophete, au mois de Reby 1, l’an 11 de Vhégire, 632 de Pere chrétienne. Ali n’avait point pris part a cette élection ; et comme gendre et cousin du prophéte il fit éclater son mécontentement de navoir pas été choisi lui-méme. Omar se rendit chez Ali, et, aprés avoir essayé vainement de le convaincre, il menaga de mettre le feu A la maison, de ly braler avec ses amis, s'il ne consentait & reconnaitre le khalife. Ali se rendit a ces raisons, et vint porter son hommage a Abou-Bekr. Mais les partisans du gendre ce Mahomet , connus sous le nom @’alides et de chiites, nient encore cet acquiescement du chef de leur secte, et persistent 4 considérer Ali comme Vhéritier légitime du prophéte.
Des révoltes plus sérieuses troublérent les premiéres années de ce khalifat. Quelques Arabes refusérent de payer les tributs imposés par Mahomet. Le poéte Malek, fils de Noweirah, était a la téte d’un de ces partis. D’autres, ayant abjuré Pislamisme, avaient repris Ja religion de Moise ou celle de Jésus-Christ ; enfin le rebelle Moseilama avait renouvelé ses prédications, et persistait 4 se conduire en prophéte; la terrible épée de Khaled, fils de Walid, dissipa et chatia ces révoltes. Malek eut la téte tranchée, et Moseilama périt a la bataille d’Akrebah, avec dix mille des siens. La secte des békrites fut également exterminée dans la province de Bahreim par un autre général nommé A-Iola.
Délivré de ses compétiteurs et des guerres intestines, Abou-Bekr tourna les yeux vers les chrétiens, et, ayant proclamé la guerre sainte, il dirigea une de ses armées vers YIrak ou Pancienne Babylonie , sous les ordres de Khaled ; une autre marcha sur la Syrie, sous le commandement @Yézid, fils d’Abou-Sofian. Celle-ci battit quelques troupes de ’empereur Héraclius, et se replia vers PArabie avec un butin immense; une autre armée partit pour la soutenir. Elle était commandée par Amrou-Ebn-Abbas, et Abou-Obeidah la suivit de pres pour prendre la direction supréme de cette guerre. Mais avant l’arrivée d’Amrou les légions de l’empire avaient changé la retraite d’Yézid en déroute; et Abou- Obeidah n’osa s’aventurer dans un pays couvert des troupes @Héraclius. Abou-Bekr sindigna de cette lacheté. Khaled, qui pendant ce temps avait soumis la province d’Irak au khalife, recut lordre de se rabattre sur la Syrie et de prendre le commandement des trois armées. Les affaires changérent tout a coup de face. Khaled rejoignit l'avant-garde d’Obeidah sous les murs de Bostra, au moment ou Serjabil et cette avant-garde étaient battus par les Grecs; il repoussa vigoureusement cette sortie, et la ville, enlevée par une heureuse surprise, fut noyée dans le sang de ses habitants. Khaled se hata de marcher sur Damas 4 la téte de quarante-cing mille hommes, et mit le siége devant cette capitale. Cent mille chrétiens qu’Héraclius envoyait a son secours furent taillés en piéces dans plusieurs rencontres, et surtout a la bataille @’Ainadin, ot, suivant Al-Wakedi, cinquante mille perdirent la vie, tandis que dans sa lettre au khalife le victorieux Khaled se vante de n’avoir perdu que quatre cent soixante-quatorze Arabes. L’art des bulletins n’est pas une invention moderne. Le siége de Damas en devint plus actif et plus sanglant, et cette ville se rendit enfin, aprés une lutte de six mois, la 13° année de Vhégire et la 634° année de Vere chrétienne. ,
La vie et le regne d’Abou-Bekr finirent le méme jour, apres qu’il eut désigné Omar pour son successeur, dans un testament écrit sous sa dictée par ce méme Othman qui plus tard remplaga Omar dans le khalifat. Aprés la mort d’Abou-Bekr, un esclave s’étant présenté au nouveau souverain avec un chameau et un habit, en lui disant : « Voici tout ce que possédait mon maitre, » Omar s’écria en versant des
larmes : « Dieu fasse miséricorde a Abou-Bekr ; mais il a vécu de maniére que ceux qui viendront aprés lui auront bien de la peine 4Vimiter. » Le premier des khalifes fut en effet un modéle de chasteté, de tempérance et de modestie. Ses modiques épargnes furent distribuées aux pauvres par la veuve de Mahomet, sa fille. Ces épargnes venaient uniquement de son patrimoine, car pendant ses deux ans et demi de régne il n’avait pris que trois drachmes dans le trésor public. Aussi est-il révéré comme un saint par les sunnites; mais les chiites, partisans d’Ali, le maudissent comme un usurpateur. L’esprit de secte est partout le méme. Les deux partis devraient toutefois lui savoir gré d’avoir recueilli les feuilles éparses du Koran, qui renferme les préceptes communs aux deux croyances rivales. Abou-Bekr y employa tout son régne; il le fit lire en présence de tous les chefs, qui en reconnurent Vauthenticité, et lexemplaire original fut déposé dans les mains d’Hafsa, une des veuves de Mahomet, jusqwau moment ot le khalife Othman le fit publier dans tout ’empire. ViENNET , de |’Académie Francaise,
ABOUCHEHBR. Voyes Apouscuenr, ;
ABOU-HANIFAH-IBN-THABER, surnommé AL- NOUMAN (le docteur ), et chef de la premiére des, sectes orthodoxes mahométanes ( voyes HANéFiTES ), naquit 4 Koufah, dans l’frak, Pan 699 de J.-C. Tisserand dans sa jeunesse, puis étudiant en droit, il refusa la place de cadi ou juge, et devint un des principaux docteurs musulmans; il recueillit le premier les traditions (swnnah ) que Mahomet avait transmises a ses disciples, et ses prescriptions sont encore suivies dans le culte public par les Tures et les Tartares. Abou-Hanifah ne se distingua pas moins par ses écrits que par sa douceur, sa modération, sa haute raison et sa vie exemplaire. Partisan et défenseur ardent des droits de la famille d’Ali et de Mahomet contre Vusurpation des Abbassides, il fut persécuté par Abd’Allah LI al-Mansour, deuxiéme khalife de cette dynastie, d’abord pour avoir refusé de souscrire au dogme de la prédestination absolue, puis pour avoir fait a ce prince des remontrances sur ses projets de vengeance contre les habitants de Mossoul. Renfermé dans les prisons de Bagdad, il y mourut empoisonné, en 767. Mais plus de trois cents ans aprés le sultan seldjoukide Malek-Abah Inui fit ériger dans cette ville un superbe mausolée. Déja sa doctrine avait été appréciée sous le khalifat de Haroun-al-Rachid, et un collége fondé pour ses disciples.
Les principaux ouvrages d’Abou-Hanifah sont : le Sened (appui), ou il expose sa doctrine sur l’autorité du Koran et de la tradition; le Fikkelam, petit traité de théologie scolastique , et le Moallem (maitre), espece de catéchisme musulman.
Un autre ABOU-HANIFAH (Anmep-Ipn-Daoup ), natif de
Deinawer, en Perse, et mort en 895, a écrit une Hisfoire
des Plantes, un Traité sur l’Algébre, divers ouvrages de
philologie, et surtout une Chronique yénérale, qu’Ibn-Co-
taibah a fait entrer a peu prés tout entiére dans Ja sienne. H. AUDIFFRET.
ABOURIR, la Canope des anciens , aujourd’hui bourg insignifiant de la cote septentrionale de Egypte, situé a quatre myriamétres environ au nord-ouest d’Alexandrie, et défendu par un chateau du cété de la mer, ou une langue de terre et quelques petites iles forment une rade offrant un assez bon mouillage. Cette rade restera a jamais fameuse par limmense désastre que Pamiral anglais Nelson y fit essuyer a la flotte francaise commandée par l’amirai Brueys dans une bataille qui se prolongea pendant ies journées des Ler, 2 et 3 aodt 1798, et ou la fortune fit pour la premiére fois sentir son inconstance a Bonaparte. Le débarquement de l’armée expéditionnaire avait été opéré, le 1°" juillet 1798 , avec un bonheur inoui. Alexandrie, prise d’assaut en quelques heures, était un point d’appui qui permettait 4 Bonaparte de marcher rapidement a son but. Il ne perdit pas de temps, et en moins de vingt jours , presque tous marqués par @’in-
38 ABOUKIR — ABOULFAZEL
croyables exploits, il entra au Caire, étonné d’étre devenu la capitale dune nouvel empire. L’incroyable activité du conquérant eut organisé en peu de jours le gouvernement du pays occupé, et préparé la conquéte des provinces qui restaient & soumettre ; mais il ne perdait pas de vue la flotte qui Pavait amené, et dont la conservation était une des conditions du succés des vastes plans qu’il avait congus. L’intention de Bonaparte était que l’amiral Brueys fit entrer la flotte dans le port d’Alexandrie , si cette opération était possible, ou qu’il la conduisit immédiatement a Corfou. Non-seulement il en avait donné lordre formel en partant pour le Caire, mais encore il avait envoyé un de ses aides de camp avec de nouvelles injonctions. L’officier porteur de ces ordres, surpris par un poste d’Arabes , périt massacré avec son escorte. Au reste, il ne serait pas arrivé 4 temps pour prévenir la funeste détermination de Pamiral, qui dés qu’il eut connaissance de l’approche de la flotte anglaise prit la résolution d’attendre le combat, en s’embossant dans la rade d’Aboukir.
Des que l’amiral Saint-Vincent, commandant les forces nayales anglaises en croisi¢re devant Cadix, avait appris la yéritable destination de la flotte qui avait appareillé de Toulon Je 19 mai précédent pour conduire une armée de 20,000 hommes a la conquéte de l’Egypte, ilavait détaché le contre-amiral Nelson, avec une flotte de quinze vaisseaux de ligne, en lui enjoignant de faire force de voiles pour rencontrer la flotte francaise, qu’il devait attaquer sans désemparer. ;
C'est le 31 juillet que Nelson parut sur les cétes d’Iypte. Aprés avoir reconnu le port d’Alexandrie, il se dirigea vers Aboukir, ou Pamiral Brueys avait embossé ses vaisseaux sur une seule ligne, 4 deux tiers d’encablure l’un de l’autre. Cette manceuvre a été sévérement jugée, d’autant que, dans le conseil ot Yamiral prit lavis de ses capitaines, la majorité avait été d’opinion de combattre a la voile. Toutefois, il serait injuste de lJaisser peser sur la mémoire de Yamiral Brueys la terrible responsabilité du désastre d’Aboukir. Si la témérité inouie de Nelson, qui osa s’aventurer entre les vaisseaux frangais et la terre, ne lui ett pas réussi, comme le moindre des accidents si communs a la mer edt pu faire qu’il en arrivat ainsi, ce marin, si célébre depnis, auraif eu probablement a répondre devant une cour martiale anglaise des suites @une défaite. Quoi qu’il en soit, ’amiral anglais attaqua avec quatorze vaisseaux la flotte francaise, qui en comptait un de moins; le combat commenga le 1° aotit, vers six heures du soir, par une violente canonnade. La flofte francaise, par suite de la manceuvre hardie de Nelson, avaitson centre et son avant-garde placés entre deux feux. A huit heures plusieurs de nos vaisseaux étaient déja hors de combat, non sans avoir fait. éprouver aVennemi des pertes énormes, ef déja l’amiral francais avait payé de sa vie sa résolution funeste. Vers neuf heures le vaisseau /’Orient saute en V’air avec un fracas qui jette les deux flottes dans la stupeur. Cependant le combat continue et reprend avec plus de fureur au lever du soleil. Il se prolonge jusqu’a midi, et finit par la ruine ou la prise de tous nos vaisseaux.
Lamiral Villeneuve, qui, quelques années plus tard, mit volontairement fin 4 ses jours, a été accusé d’avoir puissamment contribué a ce grand désastre par son immobilité pendant le commencement de V’action, et par son départ du champ de bataille avant quelle fot terminée. Il est probable au moins que, malgré les fautes de tactique qu'on peut reprocher a Brueys, notre flotte edt pu lutter avec plus d’avantages si la division que commandait Villeneuve fit entrée en ligne, méme apres explosion de V’Orient ; et il le pouvait, puisque sa retraite ne fut pas inquiétée par les Anglais, dont presque tous ies vaisseaux avaient éprouvé de grandes pertes dans leurs équipages et de véritables avaries dans leurs agrés.
Si la gloire peut balancer les revers , cette compensation ne manqua pas a la marine frangaise. La mort de l’amiral Brueys, de Casabianca, de Dupetit-Thouars , de Thevenard, et d’une foule d’autres officiers dont le vide se fit longtemps sentir dans les cadres de Ja marine, fut héroique ; Vhistoire conservera leurs noms, ainsi que le dévouement sublime du jeune Casabianca , enfant de dix ans , qui fut englouti dans les flots 4 c6té de son pére, capitaine de pavillon de /’0rient, qu’il refusa constamment de quitter.
Bonaparte recut l’accablante nouvelle de ce désastre avec la plus grande fermeté; et, privé désormais des moyens de recevoir des secours de la métropole, il prit les mesures nécessaires pour se suffire 4 luicméme. On sait toutes les grandes choses qu’il exécuta pendant l'année qui suivit la bataille navale d’Aboukir. La fortune lui préparait dans ce méme lieu un dédommagement prochain.
Le 11 juillet 1799, la flotte othomane débarqua sur cette méme plage une armée turque de prés de vingt mille hommes, aux ordres de Mustapha-Pacha, qui s’empara du fort d’Aboukir, que défendait une garnison insuffisante. Bonaparte revenait de Syrie et allait rentrer au Caire lorsquil apprit cette nouvelle; il prit sur-le-champ les plus énergiques dispositions, et de Gizels, ou il se trouvait, il vola a Alexandrie, ow il établit son quartier général, en attendant Yarrivée des troupes qu’il faisait marcher de divers points pour repousser cette dangereuse agression. Tout fut prét le 23 juillet. — L’armée turque, comme si elle ett prévu qu’elle serait attaguée sur le lieu méme de son débarquement, s’y était fortement retranchée.
Bonaparte, appropriant ses mesures au caractére de l’ennemi qu’il avait & combattre, sut contenir ardeur de ses soldats et de leurs chefs, et diriger leurs efforts de maniére ace que les Tures fussent simultanément attaqués sur tous les points de leur ligne de défense, trop étendue, quoique fortifiée avec soin. Le combat se soutint avec acharnement jusqu’a la défaite des Turcs, 4 qui cette journée cotta dixhuit mille hommes tués et blessés ou prisonniers. La perte des Frangais fut de cent cinquante hommes tués et de sept cent cinquante blessés. Le fort d’Aboukir, occupé par les Tures , tint encore quelques jours, au bout desquels il se rendit au vainqueur. Des quatre mille hommes que Mustapha- Pacha y avait enfermés, il n’en restait plus que deux mille, qui furent faits prisonniers. Cette prillante victoire fut le dernier exploit de Bonaparte en Egypte; peu de temps aprés il apprit la déplorable situation ou se trouvait la France , les victoires des coalisés, la perte de I'Italie; et il prit aussitot la résolution de quitter Egypte pour revenir en Europe.
Le 7 mars 1801 le fort d’Aboukir, défendu par quelques centaines Whommes, était obligé de se rendre aux Anglais, débarqués sur la plage au nombre de plus de 12,000.
ABOUL-CACEM. Ce médecin arabe, mort a Cordoue, en 1107, était né & Alzarah en Espagne. Il a laissé sous le titre @Al-Tacrif, ou méthode pratique, une compilation méiicale qui a joui longtemps d’une grande autorité. Cet ouvrage se compose de trente-deux traités différents, et roule principalement sur lachirurgie. Il a été publié plusieurs fois et traduit en latin. On cite comme la meilleure édition dans les deux langues celle de Channing (Oxford , 1778, 2 vol. in-4°).
ABOULFARADJE (Grécome), nommé aussi Bar- Hebreus, historien arabe, né a Malatia, dans!’ Asie Mineure, en (226, était chrétien de la secte des jacobites. 11 devint évéque de Gouba, puis d’Alep, etmourut primat des jacobites, a Meaghah, dans l’Adzerbidjan, en 1286. 11 a composé en syriaque, et traduit lui-méme en arabe, une Histoire Universelle depuis la création du monde. Pococke a traduit ce livre en ‘atin (Oxford, 1665, 2 vol. in-4°). Aboulfaradje a écrit lui-méme sa vie, et il a laissé différents ouvrages de piilosophie et de théologie.
ABOULFAZEL, écrivain persan du seiziéme siécle, qui a Gerit une histoire du reqne et des institutions de ?en-
ABOULFAZEL — ABOUL-WEFA. 39
pereur mogol Akbar, dont il fut premier vizir. Cet ouvrage ; trouve tout entiére dans Aboul-Hassan , qui nous fait con-
a été traduit par Gladwin et publié a Calcutta en 1783, 3 vol. in-4°. Aboulfazel mourut assassiné, en 1603.
ABOULFEDA (Ismaex), prince musulman de la famille kourde des E y oubides, a laquelle appartenait aussi le grand Saladin. Né 4 Damas, l’an672 de ’hégire (1273 de notre ére ), il se distingua dans sa jeunesse par la bravoure dont il fit preuve a diverses reprises contre les croisés, et il a laissé une durable réputation d’écrivain. Sa naissance lui donnait le droit de prétendre a la principauté de Hamat en Syrie, placée sous la suzeraineté des sultans d’Egypte. Aprés avoir da triompher @une foule @obstacles, il obtint enfin, Pan 1310, du sultan Malek-en-Nasser, investiture de cette principauté, quwil continua de gouverner jusqu’a sa mort. Allié constant et fidéle du sultan, il alla souvent le visiter en Egypte, mettant 4 profit ces voyages pour élargir le cercle de ses connaissances, et mourut en 1331.
Protecteur éclairé des sciences et des lettres, Aboulféda nous a laissé divers ouvrages importants, écrits en arabe, et parmi lesquels nous mentionnerons plus spécialement des annales allant jusqu’a Pannée 1328 et compilées, en grande partie , @aprés des historiens arabes antérieurs, mais qui, par cela méme qu’elles sont @une date postérieure, offrent sur les dynasties musulmanes des renseignements beaucoup plus étendus que ceux qu’on possédait jusque alors. Le style en est simple. Fleischer ena extrait et publié! Historia anteislamica (Leipzig, 1831) ; Gagnier, son De Vita et rebus gestis Muhammedis (Oxford, 1723); M. Noél des Vergers, sa Vie de Mohammed (Paris, 1831). L’ouvrage entier, sauf l’Histoire antéislamique, a été publié par Reiske (Copenhague, 5 vol., 1789-1794).
On a encore d’Aboulféda un traité de géographie, dont plusieurs parties ont été publiées, comme Tabula Syria, par Keehler (Leipzig, 1766); Descriptio A‘gypti, par Michaelis (Geettingue, 1776); et Arabixe Descriptio, par Rommel (Geettingue, 1802-1804). MM. Reinaud et Mac-Guckin de Slane ont fait paraitre en 1833, a Paris, Pouvrage complet, et M. Ch. Schier en a donné une édition autographiée d’aprés des matériaux critiques.
Aboulféda est en outre l’auteur de divers ouvrages relatifs & lajurisprudence, aux mathématiques, a la logique et a la médecine.
ABOULGHAZI BEHADOUR, khan de Khiwa, issu de Ja famille de Gengiskan, naquit en 1605. Monté sur le tréne en 1644, il abdiqua peu de temps avant sa mort en faveur de son fils, et mourut en 1663. Apres son abdication, il composa, dans le dialecte turco-oriental vulgairement appelétatar, une histoire généalogique des Turcs en neuf livres. Cet ouvrage, qui dans sa partie relative aux époques les plus reculées a surtout été rédigé d’aprés l’historien persan Rachid-ed-Din, et dans la composition duquel l’auteur s'est encore aidé de dix-sept autres histoires, contient histoire parfaitement authentique des Gengiskhanides, depuis les traditions les plus reculées jusqu’a I’époque de l’abdication d’Aboulghazi-Behadour. Un officier suédois, fait prisonnier par les Russes 4 Ja journée de Puitawa, I’a traduit en allemand; cest sur cette traduction qu’a été composée I’ Histoire généalogique des Tatars (Leyde, 1726, 2 vol. ). Messerchmid en publia, en 1780, a Geettingue, une nouvelle édition; et l’ouvrage original a été imprimé a Kasan ( Historia Mongolorum et Tartarorum, 1825, in-fol.).
ABOUL-HASSAN-ALI, deMaroc, savant mathématicien du treiziéme siécle, a composé. un important ouvrage dastronomie, dont la premiére partie, traduite en 1808 par J.-J. Sédillot, a été publiée en 1834 et 1835 sous le titre de: Traité des Instruments Astronomiques des Arabes, Cette traduction, qui mérita un des grands prix décennaux a son auteur, comble une véritable lacune dans Vhistoire des sciences. Montucla avait affirmé que ia gnomonique des Arabes était perdue ainsi que celle des Grecs; elle se re-
naitre un grand nombre d inventions curieuses, évidemment dues A Vécole de Bagdad. Aboul-Hassan n’a pas rédigé son ouvrage en simple praticien, mais en astronome distingué. Considérant 4 bon droit la justesse des observations comme Ja base des progrés de l’astronomie, et sachant combien il serait utile que les constructeurs eussent des notions précises des objets auxquels les instruments sont destinés , il porte dans cette partie de la mécanique les lumiéres qu’il a puisées dans sa pratique et dans les traités des savants les plus dignes d’estime ; ses tables de tangentes et de co-tangentes confirment également une question fort débattue, et montrent que la trigonométrie, sortie des mains dHipparque , simplifiée dabord par la substitution que firent les Arabes des sinus aux cordes des arcs doubles , enrichie par eux des deux principaux théorémes employés pour la résolution des triangles sphériques rectangles, a recu un nouveau degré de perfection par laddition au dixiéme siécle ( voyes Vart. Asout-Wera) et au treiziéme siécle par l’usage reproduit des seuls éléments que nous nous flattions d’y avoir introduits. — Aboul-Hassan avait parcouru le midi de Espagne et une grande partie de I’ Afrique septentrionale, relevant lui-méme Ja hauteur du péle dans quarante et une villes, sur un espace de plus de neuf cents lieues de l’ouest a lest ; il rapporte les longitudes a la coupole d’Arine. Les tables que nous donne Aboul-Hassan des longitudes et latitudes des étoiles ne sont pas moins précieuses : l'une de ces tables est dressée pour l’époque astronomique du commencement de Vhégire (le jeudi 15 juillet 622 de J.-C., a midi), les autres pour la fin del’année 680 de V’ére mahométane; elles ont pu servir a fixer d’une manidére exacte Ja composition de l’ouvrage a l’année 1229 de J.-C. — Aboul-Hassan avait aussi écrit un traité sur la maniere @observer la nouvelle lune et un autre sur les sections coniques , qui ne nous est pas parvenu.