L.-Am. SEDILLOT
ABOUL-WEFA-AL-BOUZDJANI, mathématicien et astronome célébre, naquit 4 Bouzdjan, en 939 del ére chrétienne, vint dans lIrak en 959, et mouruft a Bagdad, en 998. On peut le considérer comme le dernier de ces observateurs infatigables qui pendant deux siécles avaient cherché a perfectionner et a compléter les fables de Ptolémée. Commentateur d’Euclide et de Diophante , traducteur d’Aristarque, Aboul- Weéfa professa longtemps l’astronomie et fut le maitre d’Ebn-Jounis; |’ Almageste qui porte son nom nest point un abrégé de la Syntaxe grecque, comme on a voulu le faire croire, mais un ouvrage original, qui révéle dans Yauteur un esprit aussi profond que lucide et un mérite d’exposition bien rare chez les écrivains arabes. J.-J. Sédillot se proposa d’en donner une analyse complete ; cependant il se borna aux premiers chapitres, ou l'on trouvait ces tables de tangentes dont les Arabes ont fait un si fréquent usage dans leur gnomonique. On pensait généralement que leur introduction dans le calcul trigonométrique était due 4 Régiomontan; mais elle n’a eu lieu, du moins en Europe, qu’aprés la mort de cet astronome, et six cents ans plus tard que chez les Arabes, dont malheureusement les ouvrages ne sont pas connus.
Delambre, dans son Histoire de UV’ Astronomie au moyen dge, affirmait que les Arabes avaient admis sans ta moindre modification les hypothéses de Ptolémée, et qu’ils ne paraissaient méme pas avoir soupconné Je besoin de rien changer aux théories; un des derniers chapitres de !Almageste d’Aboul-Wéfa nous sembla devoir renverser completement cette opinion; nous le traduisimes, et montrames qu’aux découvertes de l’école d’Alexandrie les Arabes avaient ajouté celle de Ja troisieme inégalité lunaire, appelée variatton, dont on attribuait la détermination a l’astronomie moderne. Ce point curieux de Vhistoire des sciences fut vivement contesté, ef quoique reconnu par nos plus habiles
40 ABOUL-WEFA
géoméetres, il a trouvé récemment encore des contradicteurs. L,-Am. SépILLor.
ABOU-MANA et SOUHAMA, lieux de la haute Egypte prés desquels le général Friant battit le chérif Hassan, le 3 mars 1799.
ABOU-MASCHAR, plus connu sous le nom d’Albumasar, naquit & Balkh, vers la fin du huiliéme siécle de notre ére, ou, selon quelques auteurs, en 805. Livré a toutes les réveries de l’astrologie judiciaire, Abou-Maschar, que d’Herbelot appelle le prince des astronomes de son temps, composa plus de quarante ouvrages , parmi lesquels nous citerons le Medkhal, ou Introduction a Vastronomie, imprimé en 1489; ’£cterun-al-Kouakib ( Dela conjonction des planétes); et son traité des Olouwf, ou Milliers d’années, dans lequel il s’occupe de Ja durée et de la fin du monde: il fait remonter la création a l’époque ot les sept planétes se trouvaient en canjonction au premier degré du Bélier, ce qui est une idée grecque, et suppose que le monde périra lorsqu’elles seront yéunies au dernier degré des Poissons ; il marque aussi dans ce méme livre les principales époques et la fin des empires et des religions, et il est résulté des rapprochements auxquels il se livre que quelques auteurs ont cru qu’il florissait au douziéme siécle. Observateur zélé, il avait composé des tables astronomiques selon la méthode des Persans et selon leur calcul des années du monde. On a imprimé a Augsbourg, en 1489, huit traités astrologiques d’Abou-Maschar, et, en 1488, son Traclatus Florum Astrologiz. 11 mourut 4 Wasith, en 885. L.-Am. SEDILLOT.
ABOUSCHEHR, ou BENDER-BOUSHEH, ABOUSH, ou encore BOUCHIR (c’est-a-dire Ville du Pére) , port de mer de la cote septentrionale du golfe Persique, dans la province persane du Farsistan, par 29° de latitude nord et 68° de longitude occidentale, est situé a ’extrémité septentrionale d’une presqu’ile que l’ancien géographe Néarque appelle Mésambria. Quoique cette contrée soit exposée aux ravages des tremblements de terre, du simoun et des sauterelles, VPadmirable position de ce point central en a bientét eu fait une importante place de commerce de douze a quinze mille habitants, o& Ja compagnie anglaise des Indes orientales a établi un comptoir. Cette ville doit sa fondation 4 Oucoun-Hacan-Khan, en 1472. Abbas Je Grand fit creuser le port intérieur d’Abouschehr, y construisit des forts et y établit des chantiers maritimes. Aprés Nadir-Chah, la ville d’Abouschehr déclina peu 4 peu. En 1837 les Anglais prirent possession de l’ile de Kharak, située a peu de distance ; mais ils ’évacuérent en 1840. A la fin de 1856, ils réoccupérent Kharak ets’emparérent d’Abouschehr. —Z.
ABOUT (Epmonp-FRANGoIs-VALENTIN ), romancier, est né a Dieuze (Meurthe), le 14 février 1828. Il a fait ses études au collége Charlemagne; il remporta en 1848 le prix d’honneur de philosophie au concours général, entra a l'Ecole normale et passa, en 1851, a l’école francaise d’Athénes. De retour a Paris en 1853, il publia L’ile d’Egine (1854) et la Gréce contemporaine (1855, in-16); « roman par la fantaisie, dit M. Cuvilier-Fleury, pamphlet par intention , chronique trés-amusante et au demeurant trésinstructive: » La Revue des Deux Mondes inséra aussitot Tolla, roman intime, qui fut vivement attaqué comme reproduisant quelques détails d’un livre antérieur peu connn, La méme année parut le Voyage a travers l’Exposition des bequa-arts, et le Moniteur commenga Les Mariages de Paris, qui furent suivis dans ce journal du Roi des montagnes(1856), de Germaine (1857) et de Les Echasses de maitre Pierre (1857). Le Moniteur accueillit encore une revue del’Exposition, qui fut réimprimée sous ce titre : Nos Artistes au salon de 1857, une autre série de nouvelles tenant aux Mariages de Paris, et I’ Italie contemporaine, réimprimée en 1860 sous le titre de Rome contemporaine (in-8°). Aux jours gras de 1856, M. About fit jouer au Théatre- Francais Guillery, ou l’Effronté, farce au gros sel qui ne
— ABRABANEL fut pas gottée; en 1859 il donna avec succés Risette au Gymnase; mais son drame de Gaétana (1862) excita a Odéon le plus violent orage. On a arrangé pour le théatre Germaine et le Capitaine Bitlerlin, @aprés ses romans. M. About a fait de la critique dans le Figaro sous le nom de Quévilly, puis de la politique dans 2’Opinion nationale. le Constilutionnel et le Gaulois..En méme temps il revenait au roman et publiait /’ Homme a Voreille casséé (1861), Madelon (1863), la Vieille Roche (1865), le Turco (1866), l’Infame (1867), les Mariages de province (1868), le Fellah (1870), etc. Depuis la chute de |’empire il a pris une part active 4 la rédaction du journal de Soir. Homme d’esprit avant tout, M. About a peu de sensibilité, et ne connait guére la corde tendre, comme on le lui a raproché. 11 rend mieux l'amour filial, le dévouement conjugal que !’amour passionné; il aime les héros rangés et adroits ; notre société industrieuse active , positive , reconstruisante, lui plait. I] décrit peu. Sesromans sont pleins de verve au commencement et haletants a la fin. Son style est pur et pourtant semé de figures malheureuses. Son esthétique porte qu’il faut procéder par masse, et ne pas s’inquiéter des détails; que le dessin, les grands contours, sont tout, la coulenr rien. Par bonheur, il n’est pas toujours d’accord avec ses principes. L. Lovyert.
ABOVILLE (Francots-Manrie, comte p’), général d’artillerie, était né a Brest, le 23 janvier 1730. Aprés avoir servi dans la guerre de Sept ans et dans celle d’Amérique , il devint maréchal de camp et membre du comité militaire. Grace a ses connaissances spéciales et a la chaleur avec laquelle il avait embrassé Ja cause de la révolution, i! eut beaucoup d’autorité dans cette position nouvelle. Il créa en France lartillerie légére, se vit appelé au grade de lieutenant général dés les premiers jours de Ja république. 11 était, 4 Valmy, commandant l’artillerie, dont le secours ne contribua pas peu au gain de la bataille. Lorsque Dumonriez passa aux Autrichiens, d’Aboville flétrit cette trahison dans un ordre du jour qui fit préconiser son civisme. Toutefois, il fut emprisonné a Soissons pendant la terreur. Bonaparte le nomma, aprés le 18 brumaire, inspecteur général de Vartillerie, puis sénateur en 1802. En 1814 les Bourbons le firent pair de France. L’année suivante il adhéra a la restauration du pouvoir impérial, et conserva son titre de pair; aussi, au retour de Louis XVIII, fut-il exclu de la chambre par l’ordonnance du 24 juillet 1815. Il y rentra au mois d’aott, parce qu’il n’avait pas siégé pendant les cent jours, et mourut le 1°* novembre 1817.
Son fils ainé, Awzgustin-Gabriel, comle D’ABOVILLE, né & La Fére, le 20 mars 1774, succéda dans ses titres. Il avait de méme que son pére, servi la république et empire, et mourut Ie 15 aodt 1820, laissant deux fils, dont Vainé, Alphonse Gabriel, comte D’ABOVILLE, né a Paris, le 28 juin 1818, lui succéda dans la pairie.
Augustin-Marie, baron v’ABOVILLE, fils cadet de Frangois- Marie d’Aboville, né en 1776, général de brigade, amputé dun bras 8 Wagram, fut l'un de ceux qui contribuérent le plus a la défense de Paris en 1814. Commandant de I’école dartillerie de La Fére, il fit échouer, en mars 1815, la tentative du général Lefebvre-Desnouettes et des freres Lallemand. IJ] mourut en 1843.
AB OVO. Commencer un récit ab ovo, c’est remonter a l’origine méme du fait qu’on veut ex poser. Chez les Latins, ab ovo usque ad mala (depuis Vceuf jusqu’aux pommes ) était une facon proverbiale de s’exprimer pour dire depuis le commencement jusqu’a la jin. Elle provenait de usage ou étaient les Romains de commencer ordinairement leurs repas par des cenfs et de les terminer par des pommes.
ABRABANEL (Isaac), savant rabbin, né a Lisbonne, d’une famille qui se vantait de remonter jusqu’au roi David fut le docteur le plus célébre de la seconde école rabbinique. Alphonse V lui ayant confié la direction de ses finan-
ABRABANEL —
ces, lopinion publique fut blessée de cette élévation dun juif, et & la mort de ce prince Abrabanel, accusé de complicité dans une congpiyation qui avait, disait-on, pour but de livrer Je Portugal 4 Espagne, dut s’enfuir en Castille, ot il fut parfaitement accueilli par Ferdinand le Catholique, qui fitaussi de lui son ministre des finances. Cette faveur ne pul toutefois le soustraire a la proscription générale qui vint frapper tous les juifsen 1492. Abrabauel se retira donc a Naples, oi il ne fut pas moins bien regu par le roi Ferdinand I**. Liinvasion du royaume de Naples par Charles VIII le forga a passer en Sicile, puis a Corfou, et successivement dans @autres villes ou ses coreligionnaires étaient tolérés. [| mourut en 1508, a l’Age de soixante-onzeans, a Venise, oti il s’était concilié la faveur publique en terminant différentes contestations survenues entre les Vénitiens et les Portugais au sujet du commerce des épices. Il fut enterré & Padoue.
Les juifs regardent Abrabanel comme un de leurs écrixains les plus érudits : au milieu des inquiétudes et des soucis d'une existence agitée, il sut trouver le temps nécessaire pgur se livrer a l'étude de lEcriture et composer de nombreux écrits, qui ont presque tous pour objet linterprétation de la Bible , Vhistoire du peuple juif et Papologie de ses croyances religieuses. II Jaissa deux fils , dont un se convertit a la religion chrétienne; l'autre fut un médecin distingué,
ABRACADABRA, mot magique, auquel on supposait jadis la vertu de guérir la fiévre. D’aprés Serenus Samonicus , médecin du deuxiéme siécle, qui partagea I’hérésie de Basilide, ce mot, pour avoir sa vertu, devait étre écrit de maniére a former un triangle et & pouvoir étre lu dans tous les sens , comme ceci :
Reba ADT ALB RA on A bir ac ada b ra R AY ber ae Chay dab) r AV Den auc, ardiay D ASD rave ad a Abracad Abraca ADE aC IN Myhe e Abr Ab A
Aaa bove
Ce mot, une fois écrit d’une de ces deux facons sur un morceau de papier carré, il fallait le plier de maniére a cacher Yécriture, et le piquer en croix avec un fil blanc; puis attacher a cet amulette un ruban de lin, au moyen duquel on le suspendait a son cou, de maniere quwil descendit. jusque dans le creux de la poitrine. On le portait ainsi pendant neuf jours; ensuite on se rendait en silence, de grand matin, avant le lever du soleil, sur les bords dune riviére ou @’un fleuve qui coulait vers Orient; on détachait du cou le billet magique, puis on le jetait derriére soi, sans Pouvrir ni oser le lire. Scaliger, Saumaise, et d’autres, se sont donné bien des peines inutiles pour chercher le vrai sens de ce mot, qui nest ni égyptien, ni hébreu, ni grec, comme ont voulu le faire certains étymologistes, mais persan, langue dans laquelle il désigne Mithra, le Dieu du soleil.
ABRAHAM, fils de Thérach et descendant de Sem, fils de Noé, est la souche commune a laquelle les Israélites et les Ismaélites ( Arabes ) rattachent leur origine. Il est le point de départ de Vhistoire du peuple d’Israel, et c’est avec lui que commence l’alliance conclue entre Dieu et cette nation. Né vers l'an 2040 avant Jésus-Christ , d’un pére idolatre, il sut se préserver de Vidolatrie, connut le vrai Dieu et mena une vie pure. Obéissant aux ordres de Dieu, il abandonna son pays, Uhr en Chaldée, emmenant avec tui Sarah, sa femme, et Loth, le fils de son frére , pour se rendre 4 Haram en Mésopotamie, et de la 4 Canaan ( Palestine), oii il s’établit.
ABRAHAMITES 41
Il vécut d’abord avec ses troupeaux dans la contrée de Bétel et de Gérar (au sud de la Judée), et plus tard dans les bois de Mamre. A la suite de discussions survenues entre les bergers de Loth et les siens, celui-ci alla s’établir A Sodome. Les habitants de cette ville ayant été battus par leurs ennemis, qui emmenérent également prisonniers Loth et sa famille, Abraham les poursuivit avec ses serviteurs, et délivra nonseulement Loth, mais encore le roi de Sodome, sans accepter cependant la moindre part du butin. II avait atteint un age trés-avancé, lorsqu’il lui naquit un fils, Isaac, que, toujours obéissant aux injonctions du Seigneur, i! se disposait a lui offrir en sacrifice, lorsqu’un ange arréta son bras, et substitua un bélier a ce fils chéri. A la mort de Sarah, Abraham épousa Céthura, dont il eut encore six enfants. 11 mourut agé de cent soixante-quinze ans, et fut enterré 4 Hébron. Les
Juifs ont de tout temps vénéré sa mémoire, C’est a leurs yeux
le premier des fidéles, le docteur de la sagesse , et méme de la doctrine secréte; ils Pappellent ’ami de Dieu. C’est aussi le nom que lui donnent les Arabes, et quelques-uns de leurs écrivains vont jusqu’a prétendre que ¢’est lui qui a construit la Kaaba a la Mecque.
ABRAHAM A SANCTA CLARA. Ce prédicateur fameux naquit le 4 juin 1642, 4 Kroehen-Heimstetten, prés de Moeeskirch, en Souabe : son vrai nom était Ulrich Megerle. I] entra, ’an 1662, dans l’ordre des augustins déchaussés, et acquit en peu de temps une telle réputation qu’il fut appelé a Vienne, en 1669, avec le titre de prédicateur de la cour impériale. 1] y mourut le 1°" décembre 1709. Ses sermons se distinguent par une originalité souvent burlesque, et abondent en idées comiqnes. Ces qualités, en harmonie avec le gout de l’époque, lui attiraient de nombreux auditeurs. On peut juger du ton de ses ouvrages par leurs titres : l'un est intitulé Nid de fous récemment éclos, ou Atelier de beaucoup de fous et de folles, un autre est intitulé Judas Varchicoquin. D’autres ont des titres plus singuliers encore et entiérement intraduisibles. Dans ’'un, par exemple, il cherche a imiter le cri de la poule qui pond. Mais sous ce style bizarre on trouve caché un sens solide, une profonde connaissance du cceur humain et un grand amour de la vérité. C’est dailleurs avec une franchise pleine de hardiesse qu’Abraham s’emporte contre les désordres de son temps, et son style bigarré, mais vif et énergique, contraste d’une maniére frappante avec le froid mysticisme et la subtilité prétentieuse de la plupart des prédicateurs de son siécle.
ABRAHAM ECHELLENSIS, savant maronite, professa le syriaque et Parabe d’abord a Rome, puis au Collége de France, ot Le Jay l’avait appelé pour diriger Pimpression de sa Bible polyglotte. IL mourut en 1664 a Rome. On a de lui: Institutio Lingue Syriace (Rome, 1628, in-12) ; Synopsis Philosophie Orientalium (Paris, 1641, in-4°); Chronicon Orientale (Paris, typ. reg., 1651, in-fol. ), etc.
ABRAITIAM PALITSINE, moine russe, était d’extraction noble, et l'un deses aieux, Jean Mikoulaiévitch, qui s'était distingué au service du grand-prince Dimittri-Donskol, avait recu le surnom de Palitsine , d'un énorme batonyen russe, palitsa) qwil avait coutume de porter dans les combats, Abraham rendit de grands services a sa patrie pendant l’interrégne qui précéda l’éiection de Michel Romanof, et qui fut signalé par Pinvasion des Polonais et des Suédois. Ce fut méme 4 son instigation que la Russie dut lhéroique dévouement de Minine et de Pojarsky, qui Ja sauva du joug de l'étranger. I] a laissé la relation de ces événements sous le titre de : Récit du siége de Saint-Serge de la Trinité par les Polonais et les Lithwaniens, et des troubles qui éclaterent ensuite en Russie (Moscou, 1784). Ilmourut vers 1620.
ABRAHIAMITES ou ABRATIAMIENS, hérétiques du neuvieme siécle. Ils avaient pour chef un certain Abraham ou Ibrahim d’Antioche, qui, renouvelant les erreurs des paulianistes , niait la divinité de Jésus-Christ. Le patriarche orthodoxe de cette cité, Cyprien, combattit énergiquement
42 ABRAHAMITES — ABRANTES
cette secte naissante , et vint a bout de la dissiper. — Ona
encore donné ce nom a des moines qui souffrirent le mar- |
tyre pour le enlte des images sous Théophile au neuvieme siecle. — C’est aussi le nom d’une secte de déistes bohémes qui se montra en 1782. A cette époque, des paysans du comilat de Pardubitz, se confiant dans l’édit de tolérance de Pempereur, firent en effet profession publique de la foi que suivait Abraham avant la circoncision. Ils ne prirent de la Bible que ie dogme de lunité de Dieu, et nadmirent comme prigre que l’Oraison dominicale. Comme ils ne voulaient appartenir ni a la religion juive ni a aucune des confessions chrétiennes reconnues, on refusa de leur accorder le libre exercice de leur culte. L’empereur Joseph fit chasser de leurs propriétés, en 1783, ces hommes paisibles, et les fit transporter militairement dans diverses places frontiéres de Hongrie et de Transylvanie , oi les hommes furent incorporés aux bataillons chargés de la garde des frontiéres. Un certain nombre d’entre eux se convertirent alors avec leurs femmes a la religion catholique, dans le bannat de Temeswar.
ABRAHAMSON ( Werner-Hans-FReEvEnIC), littérateur danois, né en 1744, mort en 1812, a laissé un nom durable dans histoire. littéraire de son pays par ses recherches sur les antiquités scandinaves et par ses travaux critiques. D’abord capitaine d’artillerie, il quitta le service en 1787 pour se livrer sans partage a son gout pour les lettres. On a de lui d’excellents traités spéciaux a l’usage des écoles mililaires, ainsi que des chants populaires et guerriers. Il fut, avec Nyerup et Rabbeck, l’éditeur du précieux recueil intitulé ; Udvalgte danske Viser fra Milleladeren (5 vol., 1812-14). ;
Son fils, Joseph-Nicolas-Benjamin ABRAHAMSON, né en 1789 , venu en France en 1815 avec le corps d’occupation danois, dans lequei il était capitaine d’état-major, profita de son séjour dans notre pays pour y étudier la méthode denseignement dite enseignement mutuel, que les amis des lumiéres et dn progrés s’efforgaient alors de propager parmi nous. Ve retour en Danemark, il résolut de faire participer ses compatriotes aux bienfaits de cette méthode , a la propagation de laquelle il se livraavec autant d’ardeur que de zele. Longtemps. directeur de l’école militaire de Copenhague, il perdit cet emploi en 1836, tout en conservant le titre honorifique de commissaire général des Suerres, ilest mort, le 6 janvier 1847, & Odensée.
ABRANTES (Anpocue JUNOT, duc p’), naquit de parents aisés , a Bussy-les-Forges (Céte-d’Or ), le 23 octobre 1771. Son pére le destinait au barreau; mais alors éclata le grand monvement de 1789. L’enthousiasme qui se manifesta a cette époque dans tous les rangs de la société frangaise entraina le jeune Junot aux frontiéres pour y défendre Pindépendance nationale, menacée par les armées de la coalition. Simple grenadier dans un bataillon de volontaires levé dans son département, il ne tarda pas a se faire remarquer par son courage.
Au siége de Toulon (1796), Bonaparte, chargé de la direction de Vartillerie, a besoin d’un sous-officier capable de lui servir de secrétaire. Ilen fait la demande a un chef de corps, et Junot est désigné pour remplir ces fonctions, Ses services élaient déja justement appréciés par Bonaparte, . lorsqu’une circonstance fortuite vint encore ajouter au vif intérét qu'il lui portait. L’oflicier supérieur d’artillerie dictait une dépéche a son secrétaire; tout a coup une bombe Jancée par les Anglais éclate A coté de Junot , et couvre de terre ses habits et son papier au moment ot il tournait le feuillet < f Parbleu! s’écrie le jeune sous-officier, voila une bombe qui vient fort & propos pour sécher mon écriture! » Ce sang-froid , au milieu d’un grand danger, frappa Bonaparte, qui s’atlacha bientét apres Junot en qualité @aide de camp. Telle fut Vorigine de la fortune d’un des hommes qui étaient destinés a jouer un des roles principaux de la
grande épopée napoléonienne. Aprés le 9 thermidor, Junot partagea la mauvaise fortune de son chef, et mit sa petite bourse a sa disposition.
Bonaparte lemmena avec lui en Italie : Junot se distingua 4 Millesimo et 4 Lonato, oti il fut blessé, et parvint au grade de colonel. Il suivit Bonaparte en Egypte , ot il devint gé-
| néral de brigade, et se fit particuli¢rement remarquer au
combat de Nazareth, ou, a Ja téte de 300 cavaliers seulement, il mit en déroute un corps de 10,000 Turcs, aprés une résistance qui dura quatorze heures. Dans cette action, le neveu de Mourad-Bey fondit sur Junot le sabre ala main; mais celui-ci , reconnaissant son redoutable adversaire, l’abattit @’un coup de pistolet. Blessé dans un duel, Junot he put s’embarquer avec Bonaparte ; il partit quelque temps aprés, et ful fait prisonnier par les croiseurs anglais. Il obtint enfin sa liberté et débarqua a Marseille Je jour méme de la victoire de Marengo. Un mois plus tard, le 9 thermidor an yin, il fut nommé commandant de Paris. Bient6t il épousa M'"e Permon, que le premier consul dota, et fut élevé au grade de général de division. Une affaire facheuse le fit envoyer 4 Arras avec le commandement des grenadiers de l’armée dite d’Angleterre, et Murat lui succéda, a Ja fin de 1803, dans le commandement de Paris. En 1804 Junot fut eréé grand officier de la Légion @honneur, et obtint le titre de colonel général des hussards. Envoyé en Portugal en qualité Wambassadeur, dans le courant de janvier 1805, il fit une entrée solenuelle. 4 Lisbonne et se présenta avec hauteur a Ja cour du prince régent. Rappelé dés la méme année pour aller servir dans son grade a V’armée d’Allemagne, il se distingua par sa bravoure a la bataille d’Austerlitz. Aprés cette campagne il partit comme gouverneur général dans les Etats de Parmeet de Plaisance. Il revint 4 Paris au mois de juillet 1806 et fut nommé gouverneur de la capitale, commandant la premiére division militaire. Ala fin de 1807 Napoléon Jui confiait le commandement de l’armée expéditionnaire réunie sous les murs de Bayonne, qui devait, avec la coopération de Espagne, envahir le Portugal , a ’eftet de déterminer 1a cour de Lisbonne a abandouner I’alliance anglaise. On-+ne saurait nier que Junot s’acquitta avec bonheur de la tache que lui avait confiée Pempereur. Le — 10 novembre 1807 il entra dans Lisbonne, n’ayant eu a soutenir dans sa course rapide a travers le Portugal que des combats insignifiants, et sans laisser au gouvernement non plus qu’a la nation le temps de se reconnailre. Le 1° février suivant il prit le titre de gouverneur général du royaume de Portugal au nom de Napoléon; et l’empereur, pourrécompenser son heureux lieutenant, lui accorda le titre de duc d’Abrantés ,du nom d'une petite ville de VEstrémadure, sur les bords du Tage, oti s’étaif terminée la marche aussi glorieuse que périlleuse qu'il avait exécutée avec son corps d’armée. Mais quand Jes premiers moments de la panique et de Ja surprisefurent passés, quands ils se compteérent, et virent qu’ils n’avaient affaire qu’a une poignée d’lhommes exténués par les fatigues d’une si lointaine expédition, les Portugais prirent une attitude menagante, et bientot le débarquement de forces anglaises importantes vint placer l’armée francaise et son chef dans la position la plus critique. Junot, homme d’action et d’exécution, n’avait aucune des qualités qui font le général en chef. Une accusation bien autrement grave qu’encourut Junot, ce fut d’avoir mis a profit son commandement et son espéce de viceroyauté pour s’enrichir des dépouilles du pays conquis, oi il se livra aux plus odieuses exactions. Réduit bientét a éyacuer Lisbonne, il dutsigner, le 30 aot 1808 , ala suite de la malheureuse affaire de. Vimeiro, la capitulation de Cintra, qui mit fin a l’expédition de Portugal. Quelque honorable qu’ait été cetfe convention pour !’armée frangaise , qui eut la liberté des’embarquer pour la France ayec ses armes et ses bagages, aux frais de l’Angleterre , le duc d’Abrantés, a son retour, recut de son maitre accueil le plus