ABSORPTION
perdu la vie , tant absorption de loxygine par ces trois cent poumons avait été abondante et rapide.
Ainsi donc, rien n’est mieux démoatré que labsorption exercée par les corps vivants. C’est en vertu de ce méme acte que Fodéré a frappé de mort des animaux en leur injectant du gaz hydrogéne sulfuré dans les intestins, et que Chaussier en a asphyxié d’autres en leur plongeant le corps entier dans le méme gaz, bien que la respira‘ion continuat de s’accomplir avec de Vair pur. L’absorption se retrouve en toutes nos parties. Quand elle s’exerce aux dépens de Ja graisse accumulée, nous maigrissons; si c'est au préjudice du tissu méme des organes, ceux-ci s’atrophient. Si ’absorption ne s‘effectue pas a la surface humide des membranes séreuses, qui ne cessent de transpirer, d@exhaler, alors il survient des hydropisies. Ce sont les deux points lacrymaux qui absorbent les larmes : si un de ces petits pores visibles au bord des paupiéres se trouve détourné ou engorgé, aussitdt les larmes coulent sur les joues; en se pincant le bord libre de Ja paupiére d’en bas, on se fait pleurer a volonteé.
C’est A la faveur de Vabsorption qu’on fait disparaitre certaines tumeurs, des glandes engorgées, des squirrhes ; Yessentiel est de mettre en action des substances qui excitent absorption. Maintenir ou augmenter la chaleur locale en méme temps qu'on affame les organes par la diéte et les saignées, voila les meilleurs moyens de hater Pabsorption. Les purgatifs ont un effet analogue, de méme que Viode. Je mercure et les diurétiques. Le déplacement du cristallin ne guérit souvent la cataracte qu’en vertu de Yabsorption, laquelle va quelquefois jusqu’é faire disparaitre ce corps sphérique, devenu opaque et partiellement broyé par l’aiguille qui Pa déplacé.
Le lait est la seule de nos humeurs que l’absorption ne puisse épaissir : & inverse de la bile , plus il séjourne dans les mamelles , plus i! est aqueux , moins il est nourrissant ; voila d’ou vient que le lait le dernier trait est le meilleur, et que l'enfant qui tette le plus fréquemment profite davantage , 4 conditions égales. La sagesse et la santé des célibataires repose sur absorption. Voyes ConrTINENCE.
Si les os longs des animaux se creusent avec l’age pour renfermer la moelle, c’est encore un des effets de l’'absorption, qui va jusqu’a faire disparaitre des organes entiers. Le ris du veau, le thymus de enfant, finissent par étre totalement absorbés, par disparaitre. La vaccine, linoculation , la contagion de certaines maladies, la disparition spontanée de certains dépéts, sont autant d’effets de Pabsorption. On a vu des personnes s’enivrer uniquement pour avoir trempé leurs mains dans du vin, ou s’en étre lavé la figure , ou quelquefois pour avoir séjourné dans des caves ou des pressoirs. Tous nos oerganes absorbent, la peau comme l'estomac, comme les poumons , l’extérieur comme Pintérieur ; de Varsenic placé sur la peau dénudée ou sous la peau, dans le tissu cellulaire et entre cuir et chair, empoisonne et disparait par absorption de ses molécules, comme s'il avait été introduit dans ’estomac. On peut empoisonner avec des frictions ou des emplatres comme par des breuvages. Sainte-Croix, le digne acolyte de la Brinvilliers, mourut empoisonné dans son laboratoire, pour avoir brisé le masque de verre et le tube prolongé qui préservait ses poumons du contact délétére des poudres quil préparait. Les urines deviennent alcalines aprés un bain d’eau de Vichy, comme si cette eau avait été bue. Il suffit Zune goutte d'acide prussique introduite dans l’ceil , sur la cornée, pour faire périr soudainement de petits animaux. Lextrait de belladone appliqué de la méme maniére et sur le méme organe fait dilater la pupille comme celles des myopes ou des gens naturellement faibles.
Ceite propriété absorbante de tous les organes a été utilisée par les médecins. On a quelquefois essayé de nourrir par la peau des indiyidus dont l’estomac ne pouvait recevoir
aucune nourriture : on leur administrait des bains de lait, des clystéres de bouillon. On a pu guérir la fiévre en introduisant le quinquina sous la forme de bains ou de cataplasmes. On a purgé des individus en leur frottant la peau d'une huile purgative. On a produit des boutons ressemblant a ceux du vaccin en frictionnant certaines parties du corps avec une pommade émétisée , etc. Par cette méthode, qu’en nomme endermique, on a souvent guéri des maladies internes au moyen de frictions médicamenteuses qui ne franchissaient pas ostensiblement l’épiderme.
Mais cet acte d’absorption dont témoignent des faits si nombreux , et qui s’exerce en tous nos organes, quels en sont les instruments essentiels? Il est hors de doute aujour- @hui que les veines et les vaisseaux lymphatiques absorbent, comme & peu pres tous les tissus. Mais ces vaisseaux, mais ces tissus absorbent-ils également ef sans choix tous les fluides et tous les matériaux de la vie, quelles qu’en soient la forme et la nature? Cela ne parait pas étre. Il y a particuliérement pour chaque classe des vaisseaux absorbants certains fluides et certains principes au puisage desquels les ont prédestinés leur situation, leur porosité, leur capillarité, la densité de leurs parois ou de leur contenu (en raison des lois de Vendosmose, posées par M. Dutrochet ); et peut-étre y a-t-il aussi une espéce d’attraction vitale, d’affinité élective ou @aveugle préférence qui, pour ¢tre cachée, n’en serait pas moins réelle. Il est bien certain , par exemple, qu'il est des fluides irritants qui provoquent plus spécialement les vaisseaux lymphatiques, ainsi qu’on peut en juger par le prompt engorgement des glandes associées a ces vaisseaux, engorgement qui. succéde toujours 4 de certaines inoculations ou blessures. Je dirai ensuite que parmi les expériences qui ont été tentées dans le but d’établir en quelles circonstances les veines absorbent, et dans quels cas les lymphatiques cessent d’absorber, il en est beaucoup qui ne soutiendraient pas un examen rigoureux.
De ce qu'un organe a pu suppléer un autre organe absent ou hors daction, ou bien de ce quil aura pu le seconder alors qu’il était insuffisant pour un surcroit de besogne, sevait-il judicieux d’en inférer que ce suppléant ou cet auxiliaire éventuel est naturellement le fonctionnaire unique, ou du moins Vessentiel? Parce que des vaisseaux lymphatiques cesseront d@absorber quand on les aura isolés de tout vaisseau sanguin, cela prouve-t-il qu’ils n’absorbent point ordinairement, ou qu’ils n’absorbent jamais? Le calibre en est si étroit, sait-on si le contact de Vair, si le refroidissement provenant de ce contact ne suffit pas pour resserrer Vorifice de ces vaisseaux jusqu’a le rendre incapable d’absorber? De ce que les veines absorbent alors qu’on les a isolées des vaisseaux lymphatiques et qu’on 4 détruit ceuxci, en conclurai-je que les veines absorbent toutes les substances ef qu’elles absorbent toujours? Je m’en garderai bien. On sait en effet que certains organes n’agissent que parce que d’autres organes se reposent ou ont été mis hors d'état d’agir. Toute bonne expérience de physiologie, toute expérience alléguable et probante doit placer les organes dans les conditions de concours et de solidarité dont la vie normale requiert le maintien. Mes objections, aprés tout, ne sont pas nouvelles : je les ai formulées dés 1828, et j’ai lieu de penser qu’elles seront entendues. Toujours est-il que Pabsorption s’effectue avec d’autant plus d’énergie qu’il y a dans Vétre qui absorbe plus de chaleur vitale et moins de sang, plus de tluides dissipés par les exhalations et moins de réparation nutritive, les poumons conservant d’ailleurs leur ampleur et teur liberté.
Il s’est rencontré des physiologistes qui ont fait dépendre toute absorption d’une sorte de succion qu'exerceraient soit Jes vaisseaux mémes, a Ja maniére de certains vers & ventouse rétractile, soit, et immédiatement, laspiration intermittente et centrale des poumons; mais ces causes sont A peu pres illuseires. La preuve qu’il y a succion, disait-on
vers 1825, alors que M. Barry publia ses expériences spécieuses, c'est qu'il suffit @appliquer une ventouse sur une piqure trés-récente de vaccin pour empécher leffet de cette inoculation, ou méme sur une morsure venimeuse de vipére, pour prévenir Pintroduction du venin. Mais je vérifiai alors, en présence de mes colldgues , médecins du premier dispensaire philanthropique , la fausseté de cette assertion , au moins en ce qui regarde Je vaccin. Il m’y a pas plus de succion pour Pabsorption des animaux que pour celle qu’effectuent les plantes. L’absorption dépend, dans les deux cas et dans les deux régnes, principalement d’une endosmose vitale et de la capillarité. 1] y ade plus , quant aux plantes , le puissant effet de exhalation des feuilles, ainsi que l’a prouvé Hales autrefois. M. Boucherie a demontré depuis Ja méme influence de l’exhalation sur le pouvoir absorbant , dans les belles expériences ot i] abreuve des végétaux frais et feuillés, de gros arbres encore sur pied, comme des plantes fragiles, de différents liquides qui les colorent , les conservent, les préservent des insectes, et qui les rendent durs ou flexibles.
L’absorption intérieure devient trés-énergique apres la mort , au moment oti la chaleur vitale se disperse , en raison du vide qui s’établit alors dans les poumons et dans les arteres par suite des progrés du refroidissement qui amoindrit Je volume de lair et du sang. C’est alors que disparaissent , jusqu’a ne plus laisser de traces, des dépéts, des abcés, des infiltrations, des rougeurs inflammatoires, des épanchements, etc. Cet effet est plus marqué que jamais quand Ia mort a été précédée d’une diete absolue et de saignées réitérées. Souvent, au contraire, il devient nul dans cette mort violente ou peut conduire diversement la pléthore, principalement si la température de ’appartement mortuaire demeure trés-élevée, D' Isidore Bourpon.
ABSOUTE ( Lifurgie). C’est le nom qu’on donne a la cérémonie qui a lieu le jeudi saint, avant la messe, et dans Jaquelle le célébrant récite sur le peuple une formule qui, dans sa teneur, ressemble beaucoup 4 Vabsolution sacramentelle de la pénitence. Depuis que la pénitence publique est abolie, iln’y a plus d’absolution publique, telle qu’on Yadministrait aux pénitents le jeudi saint; mais l’Fglise, voulant conserver le souvenir de ce rite antique, onadonnéa cette absolution, qui n’est plus sacramentelle et n’opére point la rémission des péchés, le nom d’absolta ou absoute, pour la distinguer essentiellement de la premiére. La cérémonie de Pabsoute n’est done qu’un vestige de lancienne absolution.
On donne pareillement le nom d’absoute aux priéres qui se font pour un ou plusieurs défunts , dans Ja cérémonie des obséques , immédiatement aprés la messe ou les vépres et avantl’inhumation proprement dite. Il ya également absoute apres les services funébres. I| est facile de voir que le nom donné a cet ensemble de prieres lui vient de la dernidre oraison qui les termine : Absolve, quxsumus, Domine, animam, etc.; Absolyez, nous vous prions, 6 Seigneur, Paime, etc. Le Pontifical romain donne le nom d’absolution ou dabscute a la cérémonie quia heu aprés Ja messe célébrée aux obséques dun pape, d’un cardinal, dun prince couronné on d’un seigneur de paroisse. ~ L’Egtise grecque ne pratique pas le cérémonial de ’absoute aux enterrerents. Elie reconnait pourtant que Pexcomimunication dont ona été frappé pendant la vie et sous le poids de laquelle on est mort peut étre levée,
ABSTEMIUS (Lavnenr), fabuliste italien, dont le vrai nom était Astemio, naquit dans la province d’Ancone, au commencement du seiziéme siécle. Il se fixa A Urbin, y devint professeur de littérature et directeur de ia vibliotheque ducale. Ia Jaissé deux recueilsde fables, intitulés Hecatomythium, ainsi quune traduction d'Esope. La Fontaine Jui a emprunté quelques suyets.
ABSTENTION (du jatin abstinere. s'éoigner ; de abs, hors, tenere, tenir), refus de prendre part Aune chose. Le