‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 30 sur 197 · ABSTINENCE — ABUS · texte numérisé non relu

ABSTINENCE — ABUS

restent, il est vrai, toute une saison sans prendre d’aliments ; mais cette faculté est particuliére aux animaux hibernants. Dans Vespece humaine, les individus jeunes et vigoureux suceombent en général plus promptement que les vieillards et les sujets débiles : Phistoire d’U g olin survivant a ses enfants est un fait vraisemblable. L’abstinence des aliments solides est mieux supportée sous Vinfluence de la chaleur que sous celle du froid; cest inverse pour les aliments liquides. Les effets de abstinence incompléte ne different des précédents que par moins dintensité. L’abstinence est un moyen dont la médecine retire de précieux avantages. Voyes Ditre. D' Forcer.

ABSTINENTS, hérétiques qui, sur la fin du troisieme siécle, se montrérent en Gaule et en Espagne. C’était une espéce de manichéens qui, sans adopter toutes les erreurs de Manés, lui empruntaient seulement Phorreur du mariage et de la chair. Ils condamnaient lusage de la viande, et soutenaient que le Saint-Esprit avait été créé, tandis que Manés se contentait de lui assigner Yair pour résidence.

ABSTRACTION, ABSTRAIT. Tout ce.qui existe

dans Ja nature est complexe. Les plus simples éléments ‘auxquels puisse parvenir l’analyse chimique sont encore divisibles par la pensée. Ils sont étendus, figurés, mpénétrables, pesants, colorés, sapides, etc. Aucune qualité ne peutexister seule ; on en trouve toujours un certain nombre réunies ensemble, et toutes supposent un sujet dans lequel elles existent. Cependant nous pouvons penser a une seule qualité sans penser 4 celles au milieu desquelles elle existe, ni au sujet qui Jes réunit toutes. Nous parlons de la beauté, de la laideur, de la chaleur, du froid, sans parler des étres qui contiennent ces qualités, On appelle abstraits tout objet didée que notre esprit sépare et isole ainsi du tout dont il fait partie et auquel il est invinciblement lié dans la nature. Cette définition pourrait étre, au besoin, justifiée par Pétymologie du mot, qui est bien fait. Abstractus signifie en effet retiré, séparé de. Le concret est le contraire de Vabstrait. Voyes CoNncrert.

On nomme abstraction la faculté qui permef a Vesprit de dégager ainsi du tout un de ses éléments, et Pon donne aussi le méme nom a l’objet que la pensée a enlevé, pour ainsi dire, au tout auguel il appartient. Tl y a bien des sortes @abstractions, et chatjue science ales siennes; mais on en distingue deux sortes principales, les abstractions des sens et les abstractions de Vesprit. Les abstractions des sens sont toutes les qualités de la matiére, dont analyse constitue les sciences physiques. Les abstractions de Vesprit sont, par exemple, les différents faits du moi, faits affectifs, faits intellectuels, faits volontaires, qui constituent la psychologie, ou bien les idées que fournit la raison, comme l’idée @absolu, de relatif, de nécessaire, de contingent, détre, de cause, de substance; lesquelles idées constituent Pontologie, ou bien les rapports de toute sorte qui se retrouvent dans toutes les sciences.

On voit par ce que nous venons de dire que Cest un véritable préjugé que de confondre Vabstrait avec ce qui est obscur ou difficile a comprendre. Le professeur qui expose les différentes propriétés dun corps simple fait passer Vesprit par une série d’abstractions ; car qu’est-ce autre chose que ces propriétés qu’il décrit? Or, qu’y a-t-il de plus saisissable que de pareilles théories? JI y a encore un autre préjugé qui consiste 4 croire que la philosophie s’occupe d’abstractions plus que tout autre science ; ainsi, Pon entend dire tous les jours : les théories abstraites, le langage abstrait de la phi- Josophie. Ici on confond évidemment labstrait avec lintellectuel, et l’on donne exclusivement Ja dénomination d’abstrait a ce qui ne tombe point sous les sens. La philosophie ne soccupe (abstractions ni plus ni moins que la physique; seulement elle s’occupe de faifs immatériels que Ja conscience seule peut alteindre, et qui ne sont point du domaine du monde extérieur, Mais s’ils sont d'une étude plus diffi-

cile , ce dont nous convenons sans peine, ce n’est pas qu’ils soient plus abstraits que ceux dont s’occupent les sciences physiques, c’est qu’ils font partie de ce monde invisible qui ne peut se mesurer ou s’analyser 4 laide de procédés matériels, et dont les parties ne peuvent venir se ranger dans une galerie d’histoire naturelle.

L’abstraction est un des pouvoirs les plus admirables et les plus précieux de Vespr't humain ; car sans elle point de sciences, pomt de langage. Si lesprit humain était borné au concret, 'humanité serait impossible. Sans Vabstraction , homme n’aurait pu dégager un fait du milieu concret ou il existe, pour le considérer a part, en déméler les léments, en étudier les rapports avec d’autres faits, et sélever a Pidée de sa loi. En un mot, sans abstraction point d’analyse, sans analyse point de connaissance proprement dite, point de science. Sans Pabstraction, que seraient les sciences mathématiques, les seules qui, & propremeni parler, ne vivent que d'idées anstraites ? Car qu’est-ce que le nombre, qu’est-ce que V’étendue, le point, la ligne, la surface, sinon des abstractions? Sans VPabstraction, oli en serait le langage? En supposant méme que Phomme ett pu attacher un signe aux idées des objets concrets qui ’entourent, que serait-ce qu’un langage composé uniquement de pareils mots, si Phomme ne pouvait concevoir et exprimer par des signes distincts les rapports qu’!l percoit entre ses idées? Il n’y aurait pas de propositions, ¢’est-a-dire pas de sens possible dans un tel langage; car varler, c’est exprimer un jugement. Or, tout jugement, comme on sait, se compose de trois abstractions. Mais si on n’avait pu faire ces abstractions , c’est-a-dire concevoir séparément le sujet, la qualité et le rapport de la qualité au sujet, a plus forte raison n’aurait-on pu les exprimer séparément. En un mot, puisque parler, c’est analyser des abstractions, retirer 4 Phomme le pouvoir d’abstraire, cest lui interdire le langage. Il est vrai que le Jangage est lui-méme indispensable pour que Jes abstractions se maintiennent dans l’esprit; car si l’esprit ne ies fixait par des signes, ces idées abstraites retourneraient bientét au concret d’ou elles ont été tirées. Mais si le langage devient une condition du maintien des idées ahstraites dans Vesprit, il n’est pas moins vrai que l’abstraction a été primitivement une condition d’existence pour le langage. En effet, comment homme aurait-il pu imposer aux idées abstraites les signes qui les représentent, s'il n’avait pas eu Widées abstraites ? C.-M. Parre.

ABSURDITE, ABSURDE, mots dérivés de ab et de surdus, au propre ce qui vient d’un sourd. Comme les sourds courent facilement le risque de dire quelque chose qui n’a pas de rapport a la question qu’on agite, on donne la qualification @absurde et @absurdité a ce qui n’a pas le sens Commun, a ce qui est ridicule.

Dans le langage rigoureusement scientifique de la philosophie et des mathématiques on n’appelle absurde que ce qui contient en soi-méme une contradiction ( voyez Paranoxe), ou bien qui est contraire a une vérité évidente par elleméme. Parmi les vérités scientifiques, les unes sont évidentes par elles-mémes, ce sont les principes, les autres recoivent leur évidence de celle des principes a Vaide du raisonnement, ce sont les conséquences. Ce qui est contraire aux principes est absurde ; ce qui est contraire aux conséquences est seulement fawx.

Dans les sciences exactes la démonstration par Vabsurde consiste a supposer d’abord le contraire de ce qui est vrai et a faire voir que de cette hypothése résulte une conséquence contraire & un principe préalable. En dehors des mathématiques, cette démonstration s’emploie de la méme maniére pour faire ressortir dune hypothése contraire a la vérité une conséquence contraire au sens commun,

ABSYRTE. Voyes Anconaures.

ABUS. Le Dictionnaire de V Académie définit ainsi ce mot: « Usage mauvais, excessif ou injuste de quelque

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