‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 31 sur 197 · ABUS · texte numérisé non relu

ABUS

« chose... Ise dit aussi absolument pour signifier Désordre, } des trois places, la royauté, tantét flatteuse, tantét eour-

« usage pernicieux. » La définilion de Voltaire nest pas moins bonne : « Vice attaché a tous les usages, toutes les

« lois, A toutes les institutions des hommes : le détail nen |

« pourrait étre contenu dans aucune bibliothéque. » — Je nentreprendrai pas de moissonner dans un champ si vaste, jy Vais seulement glaner quelques traits.

Lesabus gonvernent les Etats, a-t-on dit depuis longtemps; on pout ajouter quils dirigent toutes les professions, et qwils sont le mobile de la plupart des actions privées. Quel abus n’a-t-on pas fait de la religion? quel abus n’en faif-on pas encore? Léon X faisaii vendre des indulgences, des portions du ciel, par les moines augustins. Un moine d'une autre robe trouvya mauyais que son couvent n’edt pas bi€ préféré pour Ie monopole de cet abus sacriiége. Ce moive avait de la véhémence, de l’énergie, de la téracilé ; il eut aussi le bonheur de nailre & propos, dans un temps ou la naive et morale Germanie était lasse des scandales de Rome, et grace a Luther une misérable querelle entre deux ordres mendiants, une rivalité d’abus amena la grande reforme religiense de l’Allemagne et du nord de YEurope. Mais Cal-

vin faisant braler Michel Servet, n’était-ce pas 1a aussi un |

étrange abus ?

Naguére en France, bien qu’on n’espérat pas nous rendre les antiqnes croyances de nos péres, on avait ramené une partie des abus de |'Eglise et du sacerdoce. Pour cela il n’était pas besoin de foi, mais seulement de matiére imposable et de conscrits, dont on faisait des prétres. Ce dernier baptame d’or, d’intrigue et d’abus, a été pour le vieux catholicisme une persécution cent fois pire que fous les massacres de la réyolution.

En fait de religion, les abus tout neufs sont peu dangereux : ils sautent trop a l’ceil; ce sont seulement les vieilles superstitions, les vieux abus qui sont dangereux :

Plus Vabus est antique et plus il est sacre.

(VourarrE, les Guebres, wagédic.) Et les abus en politique! la carriére est immense. Heureux V’Etat gui est le moins infecté de cette contagion ! --eeeaee Optimus ille est Qui minimis urgetur..., (Horace, Sat.)

Maxime sage et yraie; mais on s’en est emparé, et Voltaire tout le premier, pour défendre les vieux abus de certains Etats. Je donte qu’anjourd’hni il opposat le gouvernement des Chinois et des Japonais aux réformaleurs politiques. Notre siécie, qui ne croit rien sur parole, et qui, grace a Voltaire Ini-méme, est sous ce rapport en état de battre sa nourrice, commencerait par Jui demander : Connaissez-vous quelque chose a ces gouvernements, a cet état social, que vous nouns citez pour modéle et prototype d’un bon régime politique. Je doute qu’aujourd’hui Voltaire fil sonner si haut Pexcellence du gouvernement d’Angleterre. Le secret d’étre encore mienx que les autres avec des abus énormes n’est plus un secret de stabilité pour aucun gouvernement.

Dans un gouvernement absolu, la royauté couvre tous les abus, on pour mieux dire, elle est le grand abus d’ou tons Jes autres dérivent. Tant qu'elle est assez forte pour les maitiiser, tout va fort bien pour elle, et passablement pour les peuples. Mais le moment yient oi, réduite a n’étre plus que Ja complice des abus secondaires, elle tombe ; et c’est notre histoire au temps ot un poéte disait de Louis XVI sur le trone :

Se croyant up abus, il ne voudra plus Vétre,

Dans un gouvernement mixte, ou trois pouvoirs, royauté, aristocratie, démocratie, sont en présence, si cest l’aristocratie qui a fondé cette fiction politiqne, si c'est laristocratie qui Pemporte, comme en Angleterre, la royauté se soumet d’assez honne grace a n’étre que la seconde. Si, comme en France, c’est la démocratie qui a conquis une

roucée, s’attache a diviser, et veut a tonte force usurper la premiére. La chose n'est pas difficile avec la gloire militaire d’un Napoléon : ici les abus se cachent sous les law riers. Le peuple peut bien se résigner. La chose est une insolence de la part de tout autre : alors le gouvernement tout entier devient un abus. En présence d’un systéme représentatif élevé sur les bras du peuple en 1789 et 1836, on parlait encore de systéme héréditaire, abus, déception que ce mot Ja,

En 1814, @ la snite d’un despotisme militaire dont on a frop onblié Vinsupportable intensité, il y avait de Ja finesse a se dire a la fois légitime et octroyeur de charte : e’était une plaisanterie de bon goat. Nombre d’hommes W@honneur et (esprit la prirent an sérieux; mais les sotlises de M. de Blacas, la bascule de M. Decazes, les finasseries de M.de Villéle, et Viiluminisme despotique de M. de Polignac, les ont désabusés un peu plus tot un peu plus tard. Louis XVIM, roi par la grdce de Dieu, en accordant aux besoins du siécle une charte de progres, comptait bien se réserver & la fois les avautages de l’absolutisme et la bonne grace des concessions généreuses. Sans doute il avait trop desprit pour espérer que cela tiendrait longtemps aprés Jui; mais il est mort aux Tuileries ; il repose aujourd'hui A Saint Denis, sur la méme marche ou pourrissait Louis XV. C’est ce qu’il voulait. Oh! le bon temps que le régne de Louis XVIU pour les abus moditiés, atténnés, mais pullulant, multipliant partout , grace a ces majorités aristo crates, qui selon un grand ennemi des abus, « ont Wart darracher les yétements et le pain a ceux qui sément le blé et préparent la Jaine; Part d’accumuler tous ies trésors d'une naiion entitre dans les coffres de cing a six cents personnes. » (Voltaire.)

Aprés la révolution de juillet c’est une charte qui octroya un roi: le peuple n’eut rien a voir dans cette affaire. Monarclhie meilleure des républiques, mots étonnés de se tronver ensemble, mensonges qui se combattaient; enfin, abus de mots.

On nous a prouyvé en politique que, par un étrange abus de la chose et du mot, cet adage de la sagesse, medium tene, west-a-dire, tenez un juste milieu, pouvait devenir le grand cheval de bataille d’un machiavelisme presque toujours risible. Malheur au nouveau gouvernement qui n’en finil pas tout d'un coup avec les abus de celui qui I’a précédé. Ges vieux abus étaient peut-étre tolérables quand ils émanaient d’un vieux principe ; mais gue dire d’an gouvernement qui affectionne de préférence les abus en opposition manifeste avec le principe de son existence?

Administration, faut-il le dire, presque toujours synonyme (’abus, et cela ne peut gndre étre autrement. L’administration n’est antre chose qu’une déjiégation du ponvoir, embarrassé par l'extréme étendue de ses attributions et de ses rapports, Des abus dans Vadministration sont Veffet inhérent a la cause méme de sa création, qui est Vimpuissance et Péloignement du sonverain; puis la manie que les gouvernants et les commis ont de confondre le gouvernement avec Vadministration. De administration sont nées la bureaueratie et ja centralisation, qui sont aujourd hui pour la France deux fléaux bien tenaces; car elles ont suryécu depuis 1789 & toutes les révolutions ; que dis-je! elles se sont étendues, roultipliées, et pour emprunter les énergiques expressions de M. Lemontey, « elles ont éparpillé leur monopole, engendré des myriades de commis, déyoré le domaine public, comme cette armée de Xerxes, dont le passage tarissait les eaux. » Sans doute il est des abus auxquels il ne faut opposer que la tolérance philosophique, Jamais vous ne rendrez certains administrateurs moins brusques envers les contribuables, plus polis, moins dédaigneux. Il faut bien prendre son parti sur une toule dirrégularités et de négligences administratives

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