ADORATION — ADRASTE
leur ajouter le brillant analyste de la lumiére, le profond historien des mondes voyageurs dans Vimmense espace, enfin le grand Newton, qui, lorsque le nom de Dieu était prononcé par lui ou venait frapper ses oreilles, se découvrait la téte en signe de respect? C’était 14 aussi un genre d’adoration, un véritable hommage rendu A une providence, et nous plaindrions le peuple chez lequel de pareils actes ne seraient accueillis que par un murmure ironique.
Nous cra?gnons plus, en effet, ’athéisme que la superstition. C’était un adage recu chez les anciens : quwil ne faut pas naviguer avec les impies. La superstition peut conduire a de grands crimes, nous en convenons ; histoire en offre de déplorables exemples; mais, aprés tout, comme direction détournée @un sentiment vrai, elle n’est que la maladie des sociétés, tandis que Vathéisme en serait la mort. Aussi nous sommes surpris que le chancelier Bacon, qui dans la seule croyance en Dieu a vu le fondement du systéme de la science, ait préféré la négation des idées religieuses 4 leur aberration. Le superstitieux tremblera au moins devant quelque chose, on aura prise sur lui en dehors de son intérét du moment; lathée, au contraire, que redoutera-t-il, s'il peut ranger la force de son cdté, ou s’envelopper de ténébres ? Je serais un sot deconfier acet homme ma femme, ma fille, ou le soin de ma fortune; il serait un sot lui-méme s'il n’abusait de ma confiance, aprés avoir pris ses stretés, fussent-elles attentatoires & ma vie. Sa convoitise secréte ne m/a-t-elle pas tué déja dans ce que j’ai de plus cher? Adorez le boeuf Apis, si vous le voulez; mais adorez un étre quelconque qui me réponde de vous! Dieu mest pas si difficile & trouver, pour qu’avec un peu de réflexion votre hommage n/aille jusqu’a lui.
Une analyse psychologique démélerait encore dans l’adoration un état de Pame qui, franchissant les limites ot Varrétent trop souvent des entraves importunes, chercherait a remonter vers une perfection dont elle a le sentiment, et vers laquelle, méme a son insu, elle essaye sans cesse de graviter. Cet effort lui cotte peu, parce qu’il est dans sa nature. S’il ne répondait a des besoins dont elle n’a pas encore tout le secret, s'il n’attestait une sorte de droit sur un avenir inconnu, mais implicitement promis, elle ne s’y porterait pas au mépris des obstacles qui ’environnent; elle a entendu la voix du divin maitre qui Pappelle, quand toutes les apparences la repoussent. Tout absorbée qu’elle est, elle sent qu'elle marche au but; elle frissonne de crainte devant la majesté supréme, mais elle se confie, elle baisse ses paupiéres vers la terre; mais, dans son immobilité silencieuse et sous le voile dont elle s’enveloppe, elle contemple ce qu'il y a de plus grand dans les cieux. Son effroi devient de amour : en adorant, elle est déja heureuse, car elle espére; déja elle s’est identifiée avec une bonté supréme, et l’anéantissement dans lequel elle se plonge, et auquel elle s’est soumise sans regret, devient pour elle le prélude d’une fusion dans le sein de son Créateur. KERATRY,
ADORATION PERPETUELLE, terme ascétique qui désigne la dévotion singulitre de quelques congrégations de femmes, laquelle consiste 4 adresser, soit au saintsacrement, soit au sacré-cceur de Jésus, des priéres non interrompues récitées a tour de réle par chaque membre de la congrégation. Ces pratiques sont regrettables, car elles semblent tenir de Ja superstition, et sont bien éloignées de Pesprit de ’Evangile. L’Ecriture n’a-t-elle pas dit : « Quand vous priez, n’usez pas de vaines redites comme Jes paiens, car ils croient qu’ils seront exaucés quand ils auront beaucoup parlé. Ne les imitez point; car votre Pére sait ce dont vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. »
ADORNO, famille plcbéienne de Génes, du parti gi- Helin, qui lutta pendant prés de deux siécles contre la famille Fulgoso, et qui a fourni plusieurs doges a son pays. Voyez GENES.
ADOS. On appelle ainsi en horticulture une dispositim particuliére donnée a un terrain, en Vinclinant de maniére qu'il recoive les rayons solaires le moins obliquement possible, vers le levant ou le midi, et en Padossant a une muraille ou a un abri fait avec des paillassons. C’est un moyen employé surtout pour obtenir des primeurs. En cela les jardiniers ne font qu’imiler la nature; car c’est sur des pentes abritées du nord que naissent et croissent tout naturellement les plantes pour lesquelles la chaleur est une condition principale dexistence.
ADOUCISSANTS. Ces médicaments ne forment plus aujourd’hui une classe spéciale dans les traités de matiere médicale. Jls font partie des émollients. On leur supposait le pouvoir de modérer Ja chaleur interne et de corriger certaines Acretés des humeurs, Les substances mucilagineuses, celles surtout qui contiennent un principe mucososucré, ou méme seulement du sucre, sont particuliérement adoucissantes : les fleurs de guimauve, de violette, de tussilage, les dattes, les jujubes, les raisins, les laits de vache et de chévre, etc. Les huiles d’amandes douces, d’olives, etc., sont des adoucissants externes,
ADOULIS, Vancienne Adu é, point de la céte d’Abyssinie sur Ja mer Rouge, prés duquel le capitaine Russel a obtenu en 1860 une cession de territoire pour la France, avec le protectorat de Ja céte au sud jusqu’au voisinage du détroit de Bab-el-Mandeb.
ADOUR, fleuve de France, prend sa source dans les Pyrénées au Tourmalet, baigne Campan, Bagnéres de Bigorre, Tarbes, Aire, Saint-Sever, ou il commence a étre navigable, Dax et Bayonne, et se jette dans |’Atlantique un peu au-dessous de cette derniére ville. Ses principaux affluents sont l’Arros, la Midouze, le gave de Pau et la Nive. L’Adour a un cours de 280 kil. C’est lAtur des Romains.
ADOWA, capitile du Tigré, en Abyssinie, a 233 kil. nord-ouest de Gon: ar, est situé sur le versant d’une montagne et arrosé par un des affluents du Nil. Sa population s’éléve de 8 & 10.000 dames. On y fait un commerce de transit qui consiste en poudre d’or, en ivoire et surtout en esclaves , et on y fabrique des étoffes de coton ainsi que des ustensiles de fer.
AD PATRES. C’est une locution latine qui signifie littéralement vers ses peres. On l’emploie en frangais dans quelques phrases familiéres, Aller ad patres, c’est mourir.
ADRAGANT (Gomme), suc gommeux trés-épais , fourni par divers arbustes de Orient appartenant aux as tragales. Ce produit apparait sous forme de laniéres ou de fils minces, contournés et vermiculés , blancs ou roussdtres, et opaques. La gomme adragant nous arrive en caisses de 120 a 130 kilogrammes. Ce mot adragant est dérivé du nom grec d’une espéce d’astragale , fort commune aux environs de Marseille, la éragaganthe, formé de tecéyoc, bouc, et de dxovba, épine, parce que cet animal aime a la brouter. D’une saveur douce et mucilagineuse, la gomme adragant est insoluble dans lalcool, soluble en partie dans Yeau froide et en totalité dans Peau bouillante. Dans Peau elle se gonfle beaucoup, et forme un mucilage visqueux et €pais. Les pharmaciens et les confiseurs l’emploient pour faire les diverses pates et tablettes , le nougat blanc, ete, On s’en sert aussi pour donner de l'apprét a diverses étoffes ; enfin elle entre dans la composition des tablettes de couleurs destinées 4 peindre la miniature et laquarelle.
ADRASTE, roi d’Argos, fils de Talaiis et @Eurynome. Pour obéir a Poracle qui lui ordonnait de donner ses deux filles, Argia et Déiphyle, & un lion et a un Sanglier, il offrit Pune a Polynice, banni de Thebes par son frére Etéocle, qui vint a lui enveloppé dans une peau de lion, et autre a Tydée, qui se présenta a ses regards vétu dune peau de sanglier. Pour soutenir les droits de son gendre, i! marcha contre Thebes avec une armée qu’avaient réunia six princes grecs ses alliés. Cette guerre est céldbre sous le
la parole, et prédisait Pavenir.
ADRASTEE,, surnom de Némésis. Voyes ce nom.
AD REM. Voici encore une locution latine que Pusage a fait naturaliser dans le langage parlé comme dans le langage écrit. C’est que cette expression adverbiale est un excellent et rapide synonyme des mols convenablement, ca-
tégoriquement. Elle s’applique trés-bien a tout orateur ou
écrivain qui ne craint pas d’embrasser une question dans son
ensemble, de pénétrer jusque dans ses entrailles (in visce-
ribus rei), et d’en arracher tout ce qu’il importe de con-
naitre. On dit alors d’un tel orateur ou d’un tel écrivain quil parle, qu’il écrit ad rem. On sent qu’il ne saurait en étre de méme de ces bourdonnants discoureurs qui parlent toujours pour ne rien dire, qui s’étudient a polir académiquement de pompeuses et insignifiantes périodes, et restent toujours en dehors de la question. De par le bon sens, il est défendu a ces gens-li de dire jamais qu’ils parlent ou qu’ils écrivent ad rem. CHAMPAGNAC.
ADRESSE. Dans la langue politique , on entend par ce mot une lettre de respect, de félicitation , d’adhésion ou de demande, adressée au souverain par un corps politique , ou par une réunion de citoyens. L’usage des adresses est originaire d’Angleterre, ou le parlement est dans l’habitude de répondre par une adresse au discours d’ouverture ou de cléture de la session que prononce le souverain. Cet usage a passé dans les mceurs politiques de la plupart des Etats constitutionnels. En France, on sait quelle importance prit Ja discussion de l’adresse sous la monarchie constitutionnelle, et notamment dans les derniéres années du régne de Louis-Philippe. Le république de 1848 avait aboli les adresses; aucune réponse n’était faite au manifeste du président. L’empire ne lesa rétablies, pourlesénat et le corps législatif, que par le décret du 24 novembre 1860 ; mais elles doivent se borner a l’émission de veeux, ces corps n’ayant aucune action sur les ministres. A la fin du régime parlementaire, la discussion de l’adresse, & !a chambre des députés, était devenue une lutte oratoire animée, qui remplissait les premiers mois de la session, au détriment de la discussion du budget , repoussée a la fin de la session. Aucune discussion wétait d’ailleurs entamée que l’adresse ne fal votée; car jusque alors les ministres n’étaient pas certains de garder leurs portefeuilles. Dans cette discussion de l'adresse, les ministres en expectative altaquaient les ministres titulaires sur tous les points : affaires intérieures, affaires étrangéres, toutes les questions étaient passées en revue, et le ministére avait a défendre sa politique entiére. Aussi, une fois’adresse yotée, Vintérét de la session allait languissant ; le ministére était sor de sa majorité, il ne pouvait plus y avoir que des escarmouches ; la grande bataille était gagnée. Ainsi que le disait M. Odilon Barrot dans la premiére édition de notre ouvrage, « ce droit des chambres d’exprimer leurs voeux dans une adresse a la couronne était d’autant plus redoutable qu’il était moins limité dans son objet; ce n’était pas sur telle ou telle loi, telle ou telle mesnre spéciale du gouvernement, que les chambres avaient le droit de faire porter leurs adresses a la couronne, ¢’étaiisur tous les objets quelconques qui pouvaient intéresser le pays, sur la marche générale du gouvernement comme sur ses actes spéciaux, sur le personnel de ses agents comme sur ieurs mesures, sur les griefs du présent comme sur les appréhensions de l’a-