‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 88 sur 197 · ADRESSE · texte numérisé non relu

ADRESSE

sleurs centaines de milliers de citoyens de se réunir a jour fixe dans un lieu donné, a Yeffet de délibérer soit sur la situation des affaires du pays, soit sur les griefs particuliers que les localités lésées dans leurs intéréts peuvent avoir a faire connaitre au souverain ou a la législature. Ces vastes réunions @hommes, dans lesquelles des orateurs populaires exposent dans un langage ferme et incisif, tantot les grands principes du droit politique, tantét les erreurs des gouvernants, peuvent @ailleurs, dans une machine constitutionnelle, étre considérées comme autant de soupapes de sdreté par lesquelles s’échappe le trop-plein du mécontentement populaire. Les peuples, comme les enfants, demandent moins qu’on les soulage qu’on ne paraisse écouter leurs doléances.

ADRESSE DES 2214. Quand Vheure fatale des empires a sonné, il faut qwils tombent. Leurs précautions leur sont un piége, et leur résistance ne fait que hater leur chute. Pour gouverner dans la tempéte quis’éleva sur la fin du régne de Charles X, il edt fallu prendre un timonier aussi ferme qwhabile, et ce fut un pilote ignorant et faible qu’on choisit. La révolution de 1830 date chronologiquement de juillet, mais elle était déja renfermée dans adresse des deux cent vingt et un. Sous les emblémes les plus respectueux, sous une phraséologie qui poussait la servilité jusqu’a ’'emphase et quise prosternait a terre, il était facile d’entendre les grondements sourds de Vopposition, et de lire le fond de ses pensées. Elles étaient sombres et menacantes. Les derniers prestiges du droit divin s’évanouissaient, et la souveraineté nationale apparaissait dans le lointain. C’est dans ce sens qu'il faut lire, qu’il faut étudier le prophétique avertissement connu sous le nom d’Adresse des deux cent vingt et un, qui restera comme le monument le plus remarquable peut-tre des révolutions parlementaires.

On se tromperait si l’on croyait que les deux cent vingt et un députés de la coalition ont tous voté la fameuse adresse par les mémes motifs. — Les hommes de la gauche votérent par haine contre M. de Polignac, de méme que MM. de Conny , de Laboulaye et de Formont eussent voté par haine contre MM. de Lafayette, Bavoux et B. Constant, si ces derniers eussent été ministres. C’est 1a, au surplus, histoire de tous les partis et de tous les temps : il y a dans toutes les assemblées politiques une invincible répugnance qui nait de Pincompatibilité radicale des doctrines ; et qui ne sait que de la haine des doctrines on passe facilement a la haine des personnes ? — Pour les députés de la gauche, M. de Polignac était Pincarnation de la contre-révolution ; c’était la restauration d’une aristocratie hébétée ; c’était ancien régime avec ses tourelles, ses créneaux, son vasselage et sa féodalité ; c’était la censure ; c’était le renversement violent de la charte. — Les hommes du centre gauche n’avaient pas contre la personne méme de M. de Polignac un si apre ressentiment ; j’écoutais leurs entretiens. Ils se disaient entre eux : On ne peut nier que ce soit un homme courtois, affable et de maniéres chevaleresques et polies. Sa fidélité au roi a eu quelque chose d’héroique et d’admirable. Il ne peut pas avoir vécu si longtemps en Angleterre sans y avoir modifié Pabsolutisme primitif de ses idées, et le spectacle d’une nation heureuse et libre n’a pas di étre sans influence sur son Ame. Nous croyons qu’il ne manque pas d’une certaine modération naturelle , et que les coups d’Etat ne surgiraient pas de ses propres inspirations. Enfin, a tout prendre, il vaut bien, il vaut mieux que tant de ministres, caméléons politiques , qui ne se sont parés de beaux semblants de constitutionnalité que pour capter nos suffrages , se couvrir @honneurs et d’or, et trahir la cause sacrée de la patrie. — Mais M. de Polignac est faible parce qu’il est médiocre ; il n’a pas de volonté a lui, pas de systéme arrété. Il est le jouet d’une faction perverse, qui consent que tout périsse ensuite, peuple et monarchie, pourvu d’abord qu'elle régne. Il a planté son drapeau dans lextréme droite , avec laquelle tout homme raisonnable et ami de son pays recon-

nait qu’il est impossible de marcher. Tl s’est mis a la téte @un ministére que tout annonce n’avoir été eréé que pour empécher l’établissement de l’organisation municipale et départementale, et pour nous ravir les deux lois de la presse et des élections. En votant Padresse, nous remplirons notre devoir de loyaux députés ; nous reproduirons le yeu de nos départements ; nous dirons au pouvoir ce qui fache, mais ce qui éclaire, ce qui blesse, mais ce qui guérit, la vérité. Nous ne nous targuons pas, pour faire un tel acte, ni d’un grand mérile ni d’un grand courage; nous youlons tout simplement étre conformes a nous-mémes. Les médailles constitutionnelles , les diners civiques , les discours , les remerciments, les sérénades, 4 nos yeux, ne signifient rien. Que, Wun cété, les courtisans inondent les antichambres de M. de Polignac, quils le pressent, qu’ils l’étouffent dans Vempressement de leurs félicitations ridicules; de lautre, que les toasts circulent avec le vin ou la biére dans les banquets de la gauche ; nous ne voyons en tout cela que des parades de thédtre et que le triomphe puéril dune coterie. C’est a la France calme et rassise , c’est a la conscience individuelle de tous les bons citoyens, que nous allons nous adresser. — Tels étaient leurs discours.

Chaque parti était pris d’avance, et les orateurs du comité secret n’avancérent pas Ja question. On était plus avide de la solution que de leurs discours. Voici Vimpression exacge qu’ils ont produite sur ’assemblée. — M. Faure a paru raisonnable; M. Guizot, dogmatique et peu entrainant ; M. Dupin, vif et pressant; M. Guernon de Ranville, aigre et humoriste ; M. de Chantelauze, verbeux et monotone; M. Pas de Baulieu, déclamateur consciencieux ; M. Berryer, éloquent , nerveux, passionné; — mais M. de Cordoue, avec son accent d’honnéte homme et sa parole convaincue , remporta une véritable victoire ; car il émut presque jusqu’aux larmes cette portion de l’assemblée ot le cemtre gauche se confondait avec le centre droit. On pourrait affirmer que sans le discours chaleureux et persuasif de M. de Cordoue, la majorité n’ett pas été tout a fait aussi forte. — Peut-étre etit-elle diminué encore un peu si M. de Polignac ett su dire quelques paroles de modération , et s’il edt su expliquer avec quelque mesure et quelque clarté le systéme de son administration. En vérité, l’on souffrait pour lui, comme ces spectateurs assis au théatre , qui sentent du malaise a voir un acteur se troubler, balbutier et palir. Ce pauvre ministére, cloué sur son banc, sans voix, sans couleur, accablé de sarcasmes et de mépris, faisait étonnamment pitié !

La salle était mal éclairée, et de sourds frémissements parcouraient teus les rangs de l’opposition : on se cherchait des yeux , on se pressait les mains et l’on s’encourageait a Ja victoire, car on semblait comprendre que cette journée allait décider du sort de la France. — La gauche et le centre gauche se levérent pour ladresse tous a la fois, coup sur coup, sans division et comme un seul homme. — L’extréme droite vota hardiment contre l’adresse, et comme il convenait a des gens de cceur. — Mais le spectacle du centre droit était risible : la se trouvaient rangés cette foule de préfets , davocats généraux , militaires en activité, procureurs du roi, gentils-hommes de la chambre et autres fonctionnaires amovibles , dont la plupart étaient passablement constitutionnels au fond de l’Ame, qui pestaient contre le maudit usage de voter ostensiblement par assis et levé, et qui ne savaient comment faire pour accorder la conscience avec Vintérét, et le député avec le fonctionnaire. — Plusieurs hommes timides etindécis, a la faveur du demi-jour, se gliss¢rent derriére les draperies, et disparurent. Royalistes de forme , libéraux au fond , excités par leur patriotisme, retenus par Vintérét, ils échappaient au vote, croyant ainsi échapper 4 leur conscience,

La situation devenait critique. Je voyais notre majorité décroitre de paragraphe en paragraphe, jusqu’au fameux membre de phrase: « Entre vos ministres et nous, que

Votre Majesté prononce! » La éclatait le refus de concours ; la, trés-certainement aussi, c’est tout au plus si huit ou dix membres du centre droit se sont levés avec nous. — Comment done se fait-il alors que la majorité sur ensemble de Padresse ait été de quarante? C’est qu’apres avoir satisfait a Pintérét de leur place, les quarante membres ont obéi 4 la voix de leur conscience. Ils ont done yoté 4 la fois contre ef pour: contre, a l’assis et levé; pour, au scrutin. C’est ainsi que la violence du ministére engendrait l’hypocrisie des fonctionnaires, etJui faisait des ennemis mortels de tous ces gens peureux, mais honnétes, qu’i! forgait 4 se composer, pour le méme objet, un double vote, et 4 rougir en secret @eux-mémes. —Mais quels étaient ces députés? Le mystére de leurs noms est resté caché dans Purne.

S’attachant a ce chiffre de quarante , le ministére Polignac voulut faire prendre le change a V’opinion et donner a croire que la majorité anti-ministérielle n’avait pas été au dela. — Rien n’était plus faux que ce calcul. En effet , plus de trente députés avaient voté contre l’adresse, qui eussent voté pour Pamendement Lorgeril. Or, ?amendement Lorgeril ne modifiait que ’enveloppe de la pensée intime de la chambre, mais il ne changeait rien au fond méme de cette pensée. Jl repoussait tout autant que la commission le ministére Polignac , mais avec des formes plus adoucies. Voila ce qu’il est impossible de nier. Aussi M. Berryer, qui a déployé autant M@habileté que d’énergie dans cette discussion, s’est-il élevé avec la méme force contre ’amendement Lorgeril que contre adresse, et Pextréme droite, qui sentait toute la justesse de son argumentation, le seconda de ses applaudissements. — De son cété, le centre gauche, plus exigeant a mesure qu’il obtenait davantage, ne crut pas devoir abandonner la rédaction de sa commission , pour lui substituer un amendement décoloré, qui au fond signifiait exactement la méme chose.

Il faut conclure de tout ceci que la majorité d’alors se composait de quarante membres , auxquels il faut ajouter vingt 4 trente députés qui siégeaient au centre droit, et qui étaient a peu prés aussi antipathiques a Pextréme droite qu’a Vextréme gauche. — Le parti Polignac pur, tel que les scrutins de la présidence et de la vice-présidence Pont, a différentes épreuves, signalé, était de cent seize a cent vingt membres tout au plus. Voila son chiffre et voila sa force réelle. N’était-ce pas une résolution insensée, désespérée, de vouloir gouverner avec une si faible majorité? TIMON.

ADRETS (Francois pe Beaumont, baron DEs). Le paysan du Dauphiné ne prononce aujourd’hui ce nom qu’en frémissant : aprés deux siécles et demi, on se souvient encore dans cette province du chef de bandes, tour a tour bourreau protestant et bourreau catholique, qui, selon ie variable instinct de sa vengeance, faisait tomber son glaive sur lun et Vautre parti. Le baron des Adrets n’eut de passion que la haine; il usa pour la satisfaire de toutes les qualités du guerrier : intrépidité, prévoyance , sagacilé, activilé, mépris du danger et de la mort. La France du seiziéme sidcle parodiait I’Italie , @ qui elle empruntait tous ses crimes comme toutes ses voluptés. Elle vit en lui avec eflroi le représentant de cette vengeance italienne, dont Ezzelin fut le modéle et Dante le poéte. Une fureur si étrangere & nos mecurs frappa vivement les esprits, et des Adrets devint’ un type. Bientdt sa légende se chargea de tous les actes de férocité que put inventer Pimagination populaire, et Vhistorien, forcé aujourd’hui de découvrir sous un amas de mensonges la réalité des faits, sépare avec difficulté la vérité de la fiction.

Cet homme odieux appartenait a une branche puinée de la maison de Beaumont, qui subsiste toujours dans les branches de Beaumont, d’Autichamp et de Saint-Quentin. Né au chateau de la Frette, en 1513, il entra dans une compag lie de gentils-hommes volontaires du Dauphiné, partil A quinze ans pour I’Italie, y fit sa premiere éducation guerritre, et fut nommé a dix-neuf ans l'un des cent gen-

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