‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 101 sur 522 · HORLOGE · texte numérisé non relu

HORLOGE

animé d'une vilesse uniforme : il s’agit done de produire ce mouvement, et de lui conserver une rigoureuse unifornité, Il faut done un mécanisme où toutes les causes de variation soient prévues, écartées ou compensées par des équivalents en sens contraire. De quelque nature que soit le moteur, il y a des précautions à prendre contre les changements qu'y produisent le froid et le chaud, la sécheresse et l'humidité, ete. Certaines causes retardatrices, telles que les frottements, sont soumises à des lois connues, et leur influence peut être calculée; mais les machines compliquées éprouvent beaucoup d’autres actions, contre lesquelles il n'est pas moins indispensable de les prémunir : l'air qui les environne, et dans lequel toutes leurs parties sont plongées , est plus ou moins dense ; des chocs extérieurs et tout à fait imprévus sont ressentis inégalement par chacune de ces pièces , ete. Ces faits sont sous les yeux de tout le monde, mais leur influence n’est pas appréciée par ceux qui n’ont pas l'habitude des mesures de précision. Lavoisier s’applaudissait de posséder une balance qui trébuchait à une fraction de millionième du poids dont elle était chargée ; on ne doit certainement pas moins admirer une horloge qui, dans l’espace de plusieurs années, ne s’est dérangée que d’une fraction de minute; car la première n'avait à surmonter qu’une sorte d'obstacles, la résistance des froltements, au lieu que la seconde éprouvait sans cesse des actions perturbatrices, dont on pouvait espérer tout au plus que la somme , après un femps assez long, se réduirait à'peu près à rien. Remarquons même que les longues séries d'observations ont souvent l'avantage d’opposer des erreurs en plus et d’autres erreurs en noins, et que les unes, ainsi que les autres, peuvent être susceptibles d’une assez grande latitude, sans que leur somme en soit sensiblement affectée dans l’un ou l’autre sens. Ainsi, l’art du balancier aurait peut-être obtenu relativement à la perfection du travail un prix que l’horlogerie lui disputerait vainement : nous verrons plus loin jusqu'à quel point ces prétentions seraient fondées.

Les forces motrices employées par les horlogers ne peuvent être que la pesanteur et l’action des ressorts : la preinière ne convient qu'aux machines qui ne subissent point de déplacement, telles que les horloges des édifices publics, les pendules des observatoires astronomiques, et même ceiles des appartements, qui ordinairement séjournent long temps à la même place ; les ressorts s’accommodent de toutes les situations, et donnent aux mécanismes qu'ils mettent en mouvement la faculté de pouvoir être transportés aisément, de supporter sans inconvénient le tumulte des voyages sur ferre et sur mer. Les plus habiles horlogers des temps modernes ne pouvaient méconnaître l'importance de ces instruments pour la marine, pour les observations géographiques et d'autres recherches d’une grande utilité; ils se sont donc attachés plus particulièrement à la construction de cette sorte de garde-temps, et ils ont mis en œuvre pour ce travail les belles expériences des physiciens sur la dilatation des métaux par le calorique. On savait déjà corriger la variation de force d’un ressort qui se détend: linsfnieuse invention des fusées rendait uniforme l’action de ce Moteur sur le mécanisme; mais il fallait que les oscilations du balancier fussent aussi parfaitement égales, ei par conséquent il s'agissait d'appliquer à cette pièce si pette et si délicate des artifices de compensation analogues à Ceux qu'on avait employés avec succès pour le perfectionnement des pendules. On pense bien que ces opérations ne peuvent être confiées qu’à des mains très-adroites, dirigées par une intelligence exercée, Des mécanismes d’une aussi grande perfection ne peuvent être des produits de manufacture : ils ne seront donc jamais très-nombreux ni à bon marché.

Dans toute horloge, quel que soit son moteur, on reproduit à chaque instant les circonstances initiales du mouvement, en sorte qu'il ne peut y avoir ni accélération ni ralentissement , si la force motrice est constante. Ainsi, le mouvement de la machine ne peut être qu’une succession

de marches et de repos d’une égale aurée. Il faut donc in troduire dans le mécanisme une pièce oscillante dont l’allée et la venue permette et empêche tour à tour le mouvement des autres pièces. De là la nécessité d’un échappement, disposition qui donne au balancier le moyen de s'engager dans chacune des dents d’une roue soumise immédiatement à l’action du moteur, et de s’en dégager pour passer à la dent suivante. Le balancier est donc réellement et uniquement le régulateur de la machine : si ses oscillations se maintiennent parfaitement égales , rien ne manque à la perfection de l'horloge, pourvu que les autres pièces satisfassent d'ailleurs aux conditions de régularité qui leur sont imposées. Ces pièces peuvent sortir assez correctes des ateliers d'une grande manufacture , et de légères imperfections qui s’y trouveraient seraient sans influence sur la bonté de l’ensemble : on voit donc que les progrès de lhorlogerie dépendaient du perfectionnement des balanciers et de lPéchappement. On ne placera pas ici lénumération des rouages dont est composée toute machine à mesurer le temps; l’inspection de l’intérieur d’une montre les fait inieux connaître que la description la plus minutieuse. Cette inspection suffit aussi pour faire juger de la prodigieuse subdivision dont le travail de l’horlogerie est susceptible; mais pour en acquérir une notion complète il faut visiter & Jura suisse, où les habitants de quelques vailées s’adonnent à ces travaux qui occupent fous les âges, tous les degrés de force et d'intelligence. Il y a tout lieu de croire que des machines exécuterontun jour ces mêmes ouvrages avec plus d’exactitude et d'économie ; que cette branche d'industrie manufacturière n’a pas pris encore {out son développement , et qu’elle est destinée à changer de forme en s'étendant, aux dépens des populations laborieuses qu’elle alimente aujourd’hui. L’horlogerie a plus besoin qu'aucun autre genre de fabrique d’arriver par la voie la plus courte à la perfection des travaux partiels, afin d’épargner ceux de révision et de correction.

Dans les grandes horloges, dont le moteur est un poids, le régulateur estun pendule; on l’applique aussi à toutes celles qui doivent rester en place, et dont on veut réduire la hauteur, et toutes ces machines ont pris le nom de pendules, lors même qu’elles sont mises en mouvement par la détente d’un ressort. Comme la vitesse des oscillativns d’un pendule dépend de sa longueur, mesurée depuis le point de suspension jusqu’au centre d'oscillation, il a fallu rendre cette longueur invariable, malgré les dilatations et contractions successives du métal dont cette pièce est formée, et ce problème partiel a été résolu avec élégance. Mais quoique les pendules compensateurs fassent un bel effet dans ces machines destinées à la décoration des appartements, il ést beaucoup plus simple et tout aussi bon de faire ces régulateurs avec du bois, matière inexteusible dans le sens de la longueur des f.bres. 11 faut aussi remarquer qu’une pendule, tès-bien réglée pour un lieu, peut se trouver en défaut si on la transporte à de grandes distances vers le nord ou l'équateur, sur de hautes montagnes ou beaucoup au-dessous du niveau de ce lieu pour lequel toutes ses parties furent disposées : à la rigueur, celle qui marquerait exactement les heures à Genève avancerait un peu à Paris, et plus encore à Stockholm; elle retarderait, au contraire , à Chamouni et à Lima. Les montres portées jusqu’à la perfection des garde-tempsont l'avantage de n’éprouver aucun changement par l’influence des variations de la pesanteur à la surface de la terre; elles sont toujours à la disposition de l'observateur , en repos comme en mouvement et en quelque lieu qu’il se trouve.

La durée d’une révolution de la terre autour de son axe est pour nous l’unifé naturelle et principale de la mesure du temps, et les subdivisions qu’on y a faites sont consacrées aujourd’hui par des habitudes qu’on ne changera point, Nos horloges représentent done le mouvement de rotation de notre planète, et peuvent indiquer aussi des nombres de jours, etc. Les rouages dont elles sont composées suivent

exactement l’ordre de subdivision del’unité principale, afin que chacune de ces subdivisions soit rendue visible sur le cadran, si on a besoin de la connaître. Quelques-uns de ces mécanismes représentent aussi le mouvement de la lune et les phases de ce satellite. Ces additions imposent à l’horloger l'obligation de posséder à fond la théorie des nombres, les méthodes pour la recherche de leurs facteurs, etc. Toutes ces connaïssances lui sont nécessaires pour déterminer les dimensions respectives des pièces de la machine à construire. En général, cet art est un de ceux qui exigent les plus fréquentes applications des sciences mathématiques, et pour le cultiver avec un plein succès, l'artiste fera bien de se munir d’une ample provision de ces sciences et de toute l'instruction que l’on possède aujourd’hui sur les propriétés des matériaux qu’il emploie. Que l’horloger soit géomètre, chimiste et physicien, il pourra marcher sur les traces de Breguet, et continuer l'œuvre de ce savant et habile promoteur de l’art.

On n’a parlé jusque ici que de l’art moderne, sans rechercher ce qu'il fut à sa naissance , sans le suivre dans ses progrès. Son histoire a été trop complétement négligéc pour qu’il soit possible de lui restituer ce qu’elle a perdu. Tout ce que l’on sait de son origine, c’est que l’on se contenta longtemps de cadrans solaires, et que les premiers essais d’horlogerie furent. des clepsydres, instruments qui ne mesuraient que des parties d’heure. Pour obtenir la mesure de plus grands espaces de temps, il ne s'agissait que de fixer le niveau du liquide au-dessus de l’orifice d'écoulement, et de recevoir l’eau dans une capacité graduée. Cette première ébauche fit enfin place à une machine beaucoup plus commode : l’eau qui s’écoulait avec une vitesse constante, et par un orifice invariable , fut employée comme force motrice appliquée à une roue, dont la vitesse de rotation fut modifiée par des rouages; on eut un cadran, et dans les »ays où l’eau conserve en toute saison sa liquidité, on put avoir des horloges qui n’avaient pas besoin d’être remontées. Mais ouelques lieux seulement étaient propres à cette sorte de construction ; l’eau tombante fut remplacée par un poids ; et une résistance constante qu’il fallait vaincre pour entretenir le mouvement fut le régulateur de tout le mécanisme, Pouf les cas où les clepsydres suffisaient, on avait perfectionné ce petit instrument en le convertissant en sablier, en substituant du sable fin et sec à l’eau, dont on avait reconnu que l’écoulement dure plus ou moins suivant quelques circonstances'atmosphériques. Les horloges, parvenues à ce degré de perfectionnement , pouvaient déjà suffire aux besoins de la vie civile; quelques-unes allaient au delà de léur emploi, surprenaient les curieux par divers artifices de mécanique, indiquaieut le mouvement de quelques corps célestes , etc. ; mais toutes avaient besoin d'être remises assez fréquemment d’accord avec la véritable mesure du temps, le mouvement de rotation de la terre; et les écarts aux. quels on ne savait point remédier d’une autre manière provenaient de l’imperfection des régulateurs. Enfin, les pendules furent trouvés, et il paraît constant que Galilée conçut le premier la possibilité d’en faire l'application aux horloges, quoiqu’on fasse généralement honneur de cette invention à Huyghens, qui en effet la répandit et l’accrédita. Au reste, cette belle et grande invention peut être réclamée par plusieurs avec des droits égaux; mais ce qui peut étonner, c’est qu'elle se soit fait attendre aussi longtemps.

Les découvertes de la science moderne permettent d'espérer de nouveaux progrès dans l’art de l'horlogerie. Déjà on a reconnu qu'à l’aide de courants électriques on peut accorder toutes les sonneries des horloges d'une mème ville. Ce système , appliqué dans plusieurs endroits, a maintenant pour lui la sanction de l'expérience. FERRY.

HORLOGE D'EAU, Voyez CLEPSYDRE. .

HORLOGE DE LA MORT. Dans le silence de la nuit et durant les heures d'insomnie, nos oreilles sont souvent frappées par uu bruit comparable à celni qui résulte

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