HUDSON
g patrie, les vivres lui manquèrent. Il à consigné dans quelques lignes de son journal les angoisses de cœur qu'il ressentit quand il fut contraint d'employer l'autorité pour imposer à ses matelots un sévère régime : malheureusement ceux-ci ne comprirent pas la dure nécessité; ils conspirèrent contre lui, le jetèrent dans une chaloupe avec son fils encore enfant, Woodhouse, honnête amateur de science, qui s'était embarqué pour faire des observations astronomiques au pôle Nord, le charpentier el cinq matelots restés fidèles ; les révoltés leur donnèrent un fusil, quelques sabres et des provisions pour un seul jour... Là s’arrète l’histoire; l'imagination peut seule dérouler la sombre deslinée d'Hludson. Théoyene PAGE, vice-amiral,
HUDSON ( Baie et Détroit d’), grande mer intérieure de l'Amérique septentrionale, d'environ 15,000 myriamètres carrés , située entre le Labrador, la Nouvelle-Galles et les terres polaires, longue de 140 myriamètres sur 80 de large, avec 140 brasses de profondeur vers son centre, se relie à l’est à l'Océan Atlantique par le détroit d'Hudson, qui a 70 myriamètres de longueur, et communique par le canal de Fox avec la mer Polaire. Elle contient plusieurs grandes baies : au sud la Baie de James, au nord la Baie de Button, et à l’ouest la Baie de Chesterfield. Elle est remplie de bancs de sable, de récifs et d’iles, dont la plus considérable est l'ile de Southampton, située entre le canal de Fox, le détroit de Welcome et celui de Frozen. Quoique en dehors du cercle polaire septentrional, celte mer intérieure «liffère peu de la mer polaire. Elle n’est navigable que pendant quatre mois de l’année ; pendant lies huit autres, elle est couverte de glaces flottantes. Le détroit d'Hudson, si non la baie elle-même, fut découvert dès 1517 par Sébastien Cabot; mais ce fut Hendrik Hudson qui le premier nayigua dans l’un et l’autre en 1610, et il leur imposa son nom: De nouvelles découvertes furent faites dans ces parages en 1612, par Thomas Button; en 1612, par Robert Bylot et W. Baffin, qui pénétra jusqu'au Canal de Fox et à l’ile de Southampton; en 1619, par le Danois Jens Munk ; en 1631, par Luke Fox et Thomas James, plus tard par Parry et autres.
[ La nature a été sévère pour toute cette partie du globe : le soleil d'été n’y a que de rares chaleurs ; le climaten est äpre, Ja végétation sans force et l'hiver terrible ; pendant six mois de l’année, une épaisse croûte de neige enveloppe la terre, et la glace couvre la mer. Quand les compagnons d'Hudson revinrent dans leur patrie, ils étalèrent aux yeux des marchands d’Angleterre les peaux de castor et autres magniliques pelleteries dont ils avaient trafiqué, pendant l’hivernage, avec les Esquinaux et les sauvages du nord du Canada. Une compagnie se forma pour exploiter cette nouxelle branche de commerce ; elle établit des factoreries sur les côtes occidentales de la baie. Les colonies françaises du Canada en prirent jalousie, et les attaquèrent ; i y eut des guerres continuelles jusqu’à la paix d'Utrecht, qui assura à la Grande-Bretagne la possession de tout le littoral du détroit et de la baie d'Hudson. Les principaux comptoirs des Anglais sont sur la côte ouest et à l’emmbouchure des rivières , qui la mettent en communication avec les sauvages de l'intérieur ; les liqueurs fortes sont leurs principales marchandises d'échange, et tout le monde sait quelle influence destructive elles ont exercée sur les peuplades incivilisées des forêts de l'Amérique. Cette compagnie réalisait depuis longtemps des profits immenses, quand une association rivale s'éleva à Montréal, qui pendant quelque temps éclipsa celle de la baie d'Hudson : en 1821, ces deux compagnies se fondirent en une seule, sous le nom de H'udson’s Bay fur Company, et son importance grandit soud:in au point que nulle entreprise américaine n’a pu encore appro- Gher de son degré de splendeur. Voyez Hupson (Terres de la Baie d’) Théogène PAGE,
HUDSON (Compagnie de la Baie d’). Voyez Hupson (Terres de la Baie d’).
HUDSON (ferres de la Baie d'). Les Anglais nommèrent
ainsi à l'origine toutes les terres qui entourent la Baie d'Huasun et situées au nord el à l’ouest du Canada, dont la possession leur fut assurée, en 1713, par le traité d’Utrecht, et qu'ils divisèrent en Labrador, à l’est de la Baie (dont le littoral reçuticilenom d’£ast-Main ou de Nouvelle-Bretagne), en Nouvelle-Galles à l’ouest (et ce territoire fut plus tard subdivisé en Nouvelle-Galles du Nord, au nord-ouest, et en Nouvelle-Galles du Sud, au sud-ouest), et en Territoires intérieurs de l'Ouest. Dans ces derniers temps, le traité signé le 25 février 1825, à Saint-Pétersbourg, a fixé le 123° méridien de longitude occidentale pour l’extrème limite des possessions anglaises du coté de l’Amérique Russe. Le traité conclu le 20 octobre 1818, à Washington, avait déjà fixé le 49e cercle parallèle jusqu'aux Montagnes-Rocheuses, ou Rocky-Mountains, comme la limite méridionale des possessions anglaises vers les États-Unis. Le traité de l'Orégon, en date du 15 juin 1846, les étendit encore jusqu’au détroit de Fuca, en même temps qu’il prolongeait le territoire de la Compagnie de la Baie d'Hudson par-delà les Montagnes- Rocheuses, jusqu'à l'océan Pacifique, et qu’il y ajoutait ainsi une portion notable de cette partie de l’ancien Territoire du nord-ouest ou Nouvelle-Calédonie. En 1859 le gouvernement anglais à soustrait à l'autorité de la compagnie la Colombie anglaise, l'ile de Vancouver el le territoire de Manitoba, appelé aussi Ruperl’s land. Les terriloires appartenant à la Compagnie de la baie d'Hudson comprennent par conséquent tout ce qui se trouve au delà des provinces colonisées (set{led provinces) au sud-est (Canada, Nouvelle-lco:se, etc.) , sans compter les îles de la mer Arct'que, dont la grandeur et la position n’ont pu encore être bien déterminées. Mais cet immense territoire ne se compose guère que du littoral, couvert de glaces pendant la plus grande partie de l’année, et où errent quelques tribus ou bien de vastes districts forestiers encore au pouvoir des aborigènes, et sur lesquels l'Angleterre n’a des droits qu’en raison du commerce qu’elle fait.
La Baïe d'Hudson divise naturellement ce territoire en trois parties distinctes : le Labrador, le Territoire de la Baie d'Hudson, etle Territoire du Nord-Ouest ou Nouvelle-Calédonie. La partie centrale, ou Territoire de la Baie d'Hudson, officiellementappelée aussi Ruperl's land, a au total une constitution géognostique des plus simples. Les montagnes primitives y dominent à l’est et au nord. Toutefois, le sol de ce district est généralement plat à l’est, quoique entrecoupé çà et là par de nombreuses et vastes crêtes de rochers; ce n’est qu’au nord, dans la partie voisine de la mer Glaciale, qu'il s'élève jusqu’à former un plateau , appelé le plateau arctique, dont la surface est aussi fort inégale. Le district occidental des montagnes primitives, où dominent les montagnes de transition, est encore plus plat que lo district oriental, et se compose généralement de prairies. Cette différence géognostique entre le district oriental et le district occidental détermine les conditions hydrographiques du Territoire de la Baie d'Hudson, car sur la ligne de partage de ces deux divisions naturelles se trouve une remarquable suite de cours d’eau d’une haute importance pour les relations du commerce. C’est grâce aux nombreuses ramifications de ces eaux intérieures que les immenses déserts qu'elles traversent, placés en rapports réguliers les uns avec les autres au moyen de postes commerciaux, ont pu entrer dans le domaine de la civilisation européenne, Dans la plaine immense qui s’abaisse graduellement vers la baie d'Hudson, les systèmes hydrographiques les plus importants sont d’abord le grand lac Winipeg, de 287 myriamètres carrés, qui reçoit les eaux du Saskatswan et celles du Red-River, et se dégorge par le Nelson; et plus loin au nord, le Churchill ou Missinippi. La plaine septentrionale qui va en s’abaissant vers la mer Glaciale forme en grande partie le bassin du Mackensie, auquel appartiennent entre autres le lac d'Athabasca (105 myr. carrés), le grand lac des Esclaves (388 myr. carrés) et le grand lac des Ours (260 myr. carrés). Plus loin à l’est se décharge le Fleuve des Mines de Cuivre, et au nord-est le grand Fleuve
des Poissons se jette dans la mer Glaciale. Partout le climat présente les caractères les plus saillants du climat de l'Amérique du Nord : des hivers d’une rigueur excessive, des printemps extrêmement froids, avec des étés relativement chauds et de beaux automnes, et dans presque toutes les saisons une très-grande inconstance de la température. Sous le rapport de la végétation le Territoire offre trois régions ; celle des prairies, celle des forêts, et celle des Barren-Grounds. La région des prairies , indépendamment de sa nature de steppe, est caractérisée par l’existence de nombreux bancs de sel et lacs salés. La région des forêts est située à l’est, dans le district si riche en cours d’eau des montagnes primitives. L'arbre le plus commun au nord est le sapin blanc, et la plante alimentaire la plus importante, celle qu'on appelle riz sauvage, mais quine croît que dans la partie méridionale et dans des terrains marécageux. La région des Barren-Grounds, c’est-à-dire des territoires déserts ou infertiles, est située au nord de la région des forêts, dans des contrées généralement hérissées de montagnes. La végétation la plus élevée n’y consiste plus qu’en arbrisseaux et en arbres nains. Des mousses et des lichens y couvrent souvent seuls d'immenses étendues du sol. Sauf la colonie agricole établie sur le Red-River, on ne cultive de plantes alimentaires qu'aux environs des postes appartenant à la Compagnie, et encore en très-petites quantités, à cause des gelées nocturnes. Même au sud on ne saurait jamais compter sur les récoltes de céréales. C’est le règne animal qui fournit le plus de ressources alimentaires, de même que les moyens de se vêtir et les seuls produits qui soient exportables, à savoir d’excellentes pelleteries et fourrures. Parmi les animaux à fourrure, le castor est le plus important; mais cetle espèce a singulièrement diminué de nos jours, en raison de la poursuite ardente dontelle a été l’objet. On trouve ensuite d’immenses quantités de rats musqués. Puis viennent les renards, de diverses couleurs, les loups, les ours, les lynx du Canada, différentes espèces de martres, de loutres, etc. Le renne (cervus tarandus) et l'élan
(moose-deer) américains, le bœuf musqué ou musk-o0x , le !
wapiti et autres espèces de cerfs, le lièvre d'Amérique et le lièvre polaire , diverses espèces de poules de bois et de neiges et une foule d’autres oiseaux encore, sont les animaux qui contribuent le plus à l’alimentation. Toutefois, les incalculables richesses que contiennent en poissons les innombrables lacs et cours d’eau de ces contrées sont une ressource encore autrement précieuse. Sauf un petit nombre d’Européens disséminés dans les furts et les postes de la Compagnie et dans la colonie du Red-River, la population se compose d’aborigènes. Quoique le nombre en soit très-restreint, ils se divisent en une foule de petites tribus, dont la principale est celle des Esquimaux, qui habitent lout à l'extrémité nord, le long de la côte; vient ensuite celle des Indiens, dont le nombre total peut s'élever à 50,000 âmes. Toutes ces tribus aborigènes sont habituées aux marchandises d'Europe, dont elles ne peuvent plus se passer, et vivent sous la complète dépendance des négociants en pelleteries.
Le Français Grosseliez, qui, vers le milieu du dix-septième siècle, pénétra du Canada jusqu’à la côte de la Baie d'Hudson, proposa à son gouvernement de créer des stations commerciales dans les terres de la baïe d'Hudson, à l'effet de donner une plus grande extension au commerce des pelleteries ; mais ses propositions furent repoussées. Il s’adressa alors à la cour du roi Charles II d'Angleterre, et y trouva un protecteur dans la personne du prince palatin Rupert, qui, en 1668, l’envoya à la baie d'Hudson avec le capitaine Gilliam. Cette expédition hiverna sur la côte orientale (East-Main), près du fleuve Rupertus, et y construisit le premier fort, Le palatin Rupert, unissant ses efforts à ceux d’autres seigneurs, oblint alors en faveur de la Company of adventures of England trading into Hudson's Ba une charte, en date du 2 mai 1670, qui assurait aux participants et à leurs descendants le monopole du commerce de la Baie et du Détroit d'Hudson, et qui leur concédait en