HYPOCONDRIE
garantir. Ils ont toujours une apparence de malaise, d’inquiétude; ils se plaignent de défaut d’appétit, d’avoir des digestions pénibles, d’éprouver des douleurs dans le ventre, d’avoir des vents, d’être tourmentés par des. bourdonnements d'oreille ou d’autres hallucinations. Ils se complaisent dans la lecture des livres de médecine, s'appliquant tous les symptômes de maladies dont ils trouvent les descriptions, et ils conçoivent des alarmes à ce sujet, comme ils se rassurent en comptant les nombreux et puissants moyens de guérison que l’art se vante de posséder. Leur état physique s'accorde souvent avec leur état moral; ils sont ordinairement pâles, jaunes, émaciés et constipés : quelquesuns, toutefois, conservent l’apparence de la santé. En ce dernier cas, on considère assez généralement l’hypocondrie comme une maladie imaginaire: au lieu de plaindre les patients, on rit souvent à leurs dépens; on croit voir en eux une répétition de M. Argant, ce personnage créé par Molière et si vrai sous plusieurs rapports. 11 n’est cependant pas d’hypocondrie proprement dite sans une altération réelle, soit organique, soit vitale. Comme on n’observe souvent après la mort des sujets aucune lésion organique, Vaffection est réputée nerveuse; c’est dire, en d’autres termes, qu’elle est une altération de la vitalité. Quoi qu’il en soit, elle est une maladie réelle, même dans sa plus faible nuance, appelée vapeurs, accompagnée de bâillements réilérés et fatigants.
L'hypocondrie est ie résultat de causes différentes qu'il faut connaître afin de les éviter on de leS combattre. L’apparcil nerveux, et principalement le cerveau, est la source des rapports qui existent entre toutes les parties de lorganisation. Des chagrins vifs et soutenus, dont la source est dans le cerveau, produisent à la longue sur l'épigastre un sentiment pénible que chacun a pu apprécier dans sa vie; à la longue, cette sensation amène un changement dans la
vitalité de l'estomac et des intestins; de là des troubles .
dans la fonction digestive et réaction sur le cerveau : le tissu même des organes digestifs peut s’altérer et offrir toutes les nuances de la gastrite; dès lors, on peut voir se manifester les symptômes variés de l’hypocondrie. Toutes les passions qui engendrent les chagrins en sont aussi des gauses communes. Il en est de même de l’exagération ou du défaut de l'exercice des fonctions intellectuelles ou de loisiveté. Les affections qui ont débuté sur le canal digestif par Paction des stimulants qui y sont portés directement peuvent encore agir sur le cerveau et produire la même maladie; aussi les excès de table sont-ils une source commune de l’hypocondrie. Les médicaments administrés à Vintérieur, surtout les purgalifs, agissent également, et encore plus défavorablement. Le docteur Lallemand a reconnu que la lésion de la glande prostate et de ses annexes çst une cause assez fréquente de ’hypocondrie, et même une de celles qu’on considère très-souvent à tort comme une maladie imaginaire.
L’hypocondrie n’afflige pas ou du moins afflige rarement l'homme dans sa première jeunesse : à cet âge, les excès de table et les passions n’ont point exercé leur influence nuisible, ou du moins n’ont eu qu’une action de peu de durée et suivie d'accidents plutôt inflammatoires que nerveux. Dans l’âge mûr et quand toutes les illusions décevantes qui ont soutenu notre courage au milieu des vicissitudes de la vie viennent à s’évanouir, c’est alors qu'on devient aisément hypocondriaque. Outre les causes
du ressort de l’état social qui favorisent la production de cette maladie, il en est d’autres qui sont inhérentes à l’organisation et au tempérament de chaque individu. Ainsi Vobservation a appris que les personnes chez lesquelles les fonctions du foie sont très-actives, celles qui sont pusillamimes, égoistes, qui ont une estime exagérée d’eiles-mêmes deviennent hypocondriaques plus que tout autre. D’après - les fonctions que le cerveau remplit dans le jeu des organes, on s'explique aisément un tel fait, et comment la phrénologie, qui à aussi l'observation pour base, doit éclairer DICT, DE LA CONVERS, — T, Xl,