‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 245 sur 522 · INERTIE — IN EXTENSO · texte numérisé non relu

INERTIE — IN EXTENSO

de se combiner avec l'huile, etc. Il résulte de ces observations et d’une foule d’autres qu’il serait facile d'indiquer, que physiquement parlant il n’y a pas de corps dans la nature qui soit complétement inerte.

Ordinairement, on appelle force d'inertie la résistance qu’un corps oppose à la puissance qui tend à le farre mouvoir. Cette expression n’est pas exacte, car il suffirait d’une force très-faible pour mettre le globe terrestre en mouvement, si ce globe était seul dans l'univers. Cependant un coup de marteau, par exemple, frappé sur le sol, ne déplace nullement notre planète, ce qui, eu égard à l'énormité de sa masse, ne doit pas surprendre, pas plus que la stabilité du niveau de l'Océan , après que celui-ci aurait reçu une goutte d’eau. TEE TEYSSÈDRE.

INES DE CASTRO, fille de Pedro Fernandez de Casrro, et issue de la famille royale de Castille, était au nombre des dames d'honneur de Constance, épouse de l’infant dom Pèdre, fils du roi de Portugal Alphonse IV. Sa beauté captiva tellement ce jeune prince, qu'après la mort de sa femme, survenue en 1345, il l’épousa secrètement. Les deux amants jouissaient en paix, dans la solitude du monastère de Sainte-Claire, à Coïmbre, du bonheur après lequel ils avaient longtemps soupiré; mais, jaloux de la faveur toujours croissante des Castro, les perfides conseillers du roï, Diego Lopez Pacheco, Pedro Coelho et Alvaro Gonsalvez , pénétrèrent ce mystère, et réussirent à faire naître dans l’esprit de leur maître la crainte que cette nouvelle union de son fils ne devint par la suite préjudiciable aux droits et aux intérêts d’un petit-fils, issu du premier mariage de l’infant. Celui-ci, interrogé par son père sur ses rapports avec Inès , n’osa pas lui avouer la vérité; mais il n’en refusa pas moins d’obéir aux ordres d’Alphonse, qui lui enjoignait de se marier. Dans un conciliabule tenu entre le monarque et ses conseillers, il fut résolu dès lors qu’on se débarrasserait de l’infortunée par un meurtre. En 1355, dom Pèdre s'étant absenté pour ane grande partie de chasse, le roi se rendit à Coïmbre; mais ému de pitié à la vue d’Inès, qui se jeta à ses pieds avec ses enfants, en lui demandant grâce , il ne se sentit pas la force de présider lui-même au meurtre projeté. Cependant, ce premier mouvement de sensibilité passé, les conseillers d’Alphonse obtinrent son consentement à ce que l'assassinat fût commis; et une heure après Inès tombait sous leurs poignards.

A la nouvelle de ce lâche forfait, dom Pèdre lève l’étendard de la révolte ; mais l'intervention de la reine et de l’archevêque de Braga réussit à opérer une réconciliation entre le père et le fils. Ce dernier obtient même diverses prérogatives nouvelles, et s'engage, dit-on, sous serment, à ne point se venger des meurtriers d’Inès. Alphonse meurt deux années plus tard. Déjà, de son vivant, les trois personnages sur lesquels pesait la responsabilité de l'assassinat de la malheureuse Inès avaient, selon ses conseils, quifté le royaume et cherché un asile en Castille. Là régnait à cette époque Pierrele Cruel, dont les sanglantes barbaries avaient forcé divers nobles castillans à se réfugier en Portugal. Il fit proposer à dom Pèdre de lui remettre ces réfugiés, en échange des assassins d’Inès. Le roi de Portugal accepte le marché; et en 1360 Pedro Coelho et Alvaro Gonsalvez sont entre ses mains. Plus heureux que ses complices, Diego Lopez Pacheco a eu le temps de s’enfuir en Aragon. Les coupables sont livrés aux plus cruels supplices. On leur arrache le cœur pendant qu'ils respirent encore. Leurs cadavres sont ensuite brûlés sur la place publique, et le bourreau en jette les cendres au vent. Deux années plus tard, dom Pèdre convoque à Castanheda les grands du royaume, et leur déclare, sous la foi du serment le plus solennel, qu'après la mort de sa première femme Constance, et en vertu d’une autorisation spéciale du saint-siége, il a épousé Inès de Castro à Bragance, en présence du prieur de Guarda et d’Étienne Lobato, l’un des gentilshommes attachés à son service. Celui-ci et l'archevêque sont sommés de rendre témoignage à la sincérité de l’allégation du roi, et toute publicité est

donnée au document émané du saint-siége en vertu duquel a été béni le mariage de dom Pèdre et d’Inès.

Le roi ne borne pas à cette déclaration la réparation qu'il croit devoir à la mémoire de sa malheureuse épouse : il la fait exhumer à Coïmbre et placer sur unwtrône, revêtue d’habits royaux et le diadème sur la tête, Tous les grands du royaume viennent s'incliner devant ce cadavre, baiser bumblement , à l'instar de leur maître , le pan de son manteau, et rendre à la reine, longtemps après sa mort, tous les honmages qu’ils lui eussent rendus vivante. Cette cérémonie terminée, les restes mortels d’Inès sont conduits, en grande pompe, au monastère d’Alcobaça, qui sert de dernière demeure aux rois de Portugal : le roi, les évêques, les grands et les chevaliers du royaume suivent à pied la procession funèbre, Des milliers de spectateurs portant des torches allumées, forment la haie sur les deux côtés de la route. Dom Pèdre fait élever un magnifique monument en marbre blanc sur la tombe d’Inès; et quand il meurt, en 1367, à l’âge de quarante-huit ans, laissant la réputation d’un prince sévère, mais juste, il veut que sa dépouille mortelle soit placée à côté des restes de sa chère Inès:

La lugubre histoire que nous venons de raconter a inspiré une foule de chroniqueurs , de poëtes, de peintres, de romanciers, et surtout d'auteurs tragiques, en Portugal, en France, en Espagne , en Italie, en Angleterre, en Hollande et en Allemagne. Duarte Nunez de Leâo, Antonio Perreira et J.-B. Gomès parmi les Portugais, le comte de Sodan parmi les Allemands , R. Feith parmi les Hollandais, Lamotte et Lucien Arnault chez nous, sont ceux qui ont traité ce sujet avec le plus de bonheur; mais celui qui en a tiré incontestablement le meilleur parti, c’est Camoëns, qui a immortalisé le nom d’Inès de Castro dans un des plus beaux épisodes de son poëme des Zusiades.

INEXACTITUDE. Il est dans les relations sociales et particulières certaines convenances qui portent à ne jamais abuser, soit par négligence, soit par retard volontaire, de la patience de ceux avec lesquels on se trouve en relation : c’est là ce que l’on nomme l'exactitude, et souvent elle est tellement nécessaire, tellement indispensable, tellement dans les bienséances, qu’on a été jusqu’à l’appeler une vertu. Rien n’indispose plus que l’attente prolongée, surtout quand il y a d’un côté autant d’exactitude que d’inexactitude de l’autre. Il est juste aussi de dire que souvent l’inexactitude tourne contre celui qui s’en laisse dominer, surtest quand il agit dans son seul intérêt.

INEXPERIENCE, suite nécessaire du manque d’avoir vu, d’avoir entendu, d’avoir senti, et dont l’homme ne peut éviter les inconvenients dans beaucoup de circontances de la vie. Quelques maux que puisse entrainer l’inexpérience , la jeunesse, qui indubitablement y est condamnée, ne doit point s’en alarmer, puisque une haute raison , un esprit éclairé y suppléent, en se rendant propre l’expérience d’autrui. L’inexpérience , partage de tous, sur un point ou sur l’autre, ne nuit qu’à la présomption, et n’afflige que la sottise, qui toutes deux prétendent à se suffire. La droiture d'intention, la sagacité , la justesse de raisonnement compensent, et bien au delà, le tort de l’inexpérience; car nous voyons peu de supériorité résulter du nombre des années et de la participation à beaucoup d'événements. Voir, entendre, sentir sans discernement, sont des actes qui w’affectent point l'intelligence; tel a plus vécu par la pensée en un jour, que tel autre en une longue suite d’années. A qui peut réfléchir, lire et converser, l’inexpérience n’est qu’un frein utile ; imagination s’enrichit de l’inexpérience, tandis que la prudence s’en défie, et que l'étude courageuse et persévérante la combat. Celui qui, en considération de son âge ou de la simplicité de sa vie, croit à son inexpérience et agit d'après cette opinion, a fait un grand pas vers la vérité, et profitera de la sagesse de tous.

C*° DE Bnani.

IN EXTENSO, mots latins qui signifient dans toute

son étendue : citer un discours in extenso, c'est le repro-

duire tout entier, sans en rien omettre; traiter une matière in extenso, c’est la considérer sous tous les rapports et en approfondir toutes les parties.

IN EXTREMIS. Cette locution empruntée à la langue latine signifie à la dernière extrémité, à l’article de la mort. Elle s'emploie surtout en jurisprudence : un mariage in extremis est un mariage contracté par un moribond, une disposition in exéremis est une disposition prise au dernier moment de la vie.

INFAILLIBILITE. « L’infaillibilité, dit Bergier, est le privilége de ne pouvoir ni se tromper soi-même, ni trornper les autres en les enseignant. » Il n’est point d'homme qui puisse se flatter de posséder de lui-même un pareil privilége; tous, pris séparément, sont sujets à l’erreur. Point d'exception , même pour les talents, qui n’ont souvent que la triste prérogative de donner à l'erreur plus d'éclat ou plus d’attrait. Cependant, le concours , l’assentiment unanime d’un grand nembre d'hommes pour constater un fait, donne à ce fait un degré de certitude qui exclut toute espèce de doute, et devient un témoignage infaillible. Chacun de ces témoins en particulier a pu se tromper, mais il n’est pas possible que tous se trompent de la même manière, et moins encore que, sans collision préalable, ils inventent le même fait, avec les mêmes circonstances, etc. Quand l’Église catholique n’aurait pour elle que ce genre d’infaillibilité, c'en serait assez pour justifier le privilége qu’elle s’attribue. Elle a reçu des apôtres les règles de la foi et des mœurs, que ceux-ci avaient puisées dans les leçons de leur divin maître, et qu'ils ont consignées dans l'Évangile ; elle ne prétend pas imposer de nouvelles croyances, de nouvelles lois morales : elle n’a d’autre soin que de conserver intact et sans altération le dépôt qui lui a été confié. Témoin toujours vivant de la foi de tous les siècles, elle maintient ce qui a toujours été cru, et réprouve toute in-

novation comme étrangère à la tradition des apôtres. Une !

nouvelle doctrine vient-elle à surgir, des réclamations se font bientôt entendre, des cris d’anathème s'élèvent de toutes parts contre celui qui fabrique de nouveaux dogmes ; on oppose au novateur la croyance antique et universelle, la vieille majesté des Pères : « Ce n’est pas ainsi, lui diton, que croyaient les Augustin, les Jérôme, les Basile, les Chrysostôme, tant d’autres qui, plus rapprochés des apôtres, ont puisé la doctrine à sa source. » Chaque évêque, interprète de son église, dépose que les idées nouvelles y sont totalement opposées à la foi commune; que le contraire est enseigné de temps immémorial ; et l’accord unanime de ces dépositions est un témoignage irréfragable de la foi de l'Église.

Mais linfaillibilité de l'Église repose sur d’autres bases, encore plus solides ; ce sont les promesses de son divin fondateur, qui l’a bâtie sur la pierre ferme, contre laquelle Les portes de l'enfer ne prévaudront jamais (Matth., xvi). « Allez, dit-il aux pasteurs de cette Église, en la personne de ses apôtres, enseignez toutes les nations! baptisezles au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ! apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai enseigné! Je suis tous les jours avec vous jusqu'à la consommation des siècles (Matth., xxvn). » Il est {ous les jours avec les pasteurs enseignants, pour les préserver de l'erreur, comme il est avec eux baptisants, pour attacher ses grâces à leur baptème. « Celui qui vous écoute, m'écoute, » dit-il ailleurs (Luc, x). Serait-ce écouter Jésus-Christ que d’écouter l'erreur, si l’Église venait à l’enseigner ? « Mon Père vous donnera un autre Paraclet, dit-il encore , afin qu'il demeure avec vous pour toujours : c'est l'esprit de vérilé » (Joan., x1v). Si l'Église tombait dans l'erreur, que deviendrait donc cet esprit de vérité qui doit demeurer avec elle in œternum ? Ces promesses et tant d’autres, dont on peut voir le développement dans tous les traités spéciaux, démontrent que l'Église est vraiment, comme le dit saint Paul, la colonne et l'appui de la vérité; qu'elle est, par conséquent, infaillible.

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