‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 249 sur 522 · INFECTION — INFIDÉLITÉ · texte numérisé non relu

INFECTION — INFIDÉLITÉ

ANFECTION. Ce mot dérive du latin inficere, infecter, qui représente l’action des émanations fétides sur le sens de l’odorat, et la pénétration des principes délétères dans les corps animés , comme il exprime au figuré la corruption des mœurs par des maximes pernicieuses. Il a donné naissance à l'adjectif infec{, par lequel on spécifie les matières qui répandent l'infection. Tel sont, relativement à l’odorat, plusieurs produits végétaux, l’assa-fœtida, par exemple, les substances animales et végétales en putréfaction, l’haleine de certains individus, ainsi que leur sueur, surtout celle des pieds ; les excréments, les odeurs fétides, dégagées par des animaux comme moyen de défense ; celles qui engendrent dans les corps animés des foyers de corruption; les substances dissoutes dans l’air atmosphérique, et qui forment des effluves, des miasmes; enfin, les émanations de l’homme dans diverses maladies. C’est sous ce rapport que l'infection ou l’imprégnation des matières infectes est souvent confondue avec la contagion, dont elle ne diffère que par des modifications plus subtiles que rationnelles. L'eau contribue puissamment à élever dans l'air les exhalaisons infectes. C’est par l’action des vaisseaux absorbants, distribués sur les surfaces par lesquelles les animaux sont en relation avec le monde extérieur, que l'infection s'opère. Ainsi, il est difficile d'éviter les causes délétères disséminées dans l'air que nous respirons, et qui nous presse de toutes parts. Introduites dans les corps animés, les émanations infectes agissent comme des germes d’une inflammatior plus ou moins active, dont la gangrène est souvent le terme. L'âge favorise l’action de ces causes délétères ; les enfants en sont principalement affectés, l’irritabilité étant chez eux très-énergique et les réactions très-puissantes. En général, tout ce qui affaiblit la vitalité dispose aux effets de l’infection. Les personnes débilitées par une alimentation insuffisante ou insälubre, par les chagrins, par la peur, etc., sont frappées par les maladies, tandis que celles qui sont robustes conservent la santé. On s’habitue aussi à l'impression produite par les émanations infectes, et on finit par s’acclimater dans les pays malsains. Quelques individus ont même le privilége d’être garantis des principes délétères, auxquels les autres ne peuventéchapper, par une organisation modifiée selon des conditions inconnues. C’est ainsi qu’il y en a qui bravent l'infection des germes de la variole, de la scarlatine, etc.

Deux conditions sont donc nécessaires pour que l’infection s’effectue : il faut des agents particuliers, et une aptitude organique à recevoir leur action, comme certaines graines out besoin de certains terrains pour croître. Si l’homme ne peut pas toujours écarter de lui ces agents nuisibles, il peut les invalider en différents cas. Ainsi, il est parvenu à détruire les qualités infectes de plusieurs matières fétides et délétères. Les chairs putrides, les excréments, peuvent être dépouillés des émanations qui révoltent l’odorat, et servir utilement les arts ou l’agriculture. L'air même, vicié par des particules invisibles comme lui, est corrigé par le chlore sous forme gazeuse. Un régime fortifiant, la propreté, l’énergie morale, les précautions bygiéniques enfin, sont encore des moyens de se soustraire à l'infection. On doit aussi avoir soin de se garantir des agents infects à l'époque du jour où l'humidité de l'atmosphère leur fournit des ailes. LOS) Ê eme on est entouré de ces influences, il convient de s exposer le moins possible à l’air du matin et du soir. Il faut également purifier par le ch lore les vêtements et toutes les substances qui peuvent retenir des émanations délétères (voyez DÉSINFECTION ). D° CnarBonier.

INFEODATION , acte par lequel le seigneur recevait un vassal à foi et hommage et le mettait en possession du fief qui relevait de sa mouvance. L’inféodation n'avait lieu que pour les fiefs : on l’appelait aussi dans ce Cas investilure. La mise en possession des biens de roture s'appelait saisine ou ensaisinement.

I y avait encore inféodation de rentes, charges et h ypothèques, quand le seigneur reconnaissait ces charges imposées par le vassal sur le fief qu’il possédait.

Nous avons déjà parlé ailleurs des dm es inféodées.

| Durez (de l'Yonne).

INFERNAL, qui appartient à l'enfer. Les Romains appelaient dieux infernaux, divinités ou puissances infernales, les dieux et déesses résidant aux enfers, comme Pluton, Proserpine, Caron, les Parques, les Furies, la Mort, la Nuit, le Chaos, etc. Les Grecs les nommaient divinités Chthoniennes. Jupiler infernal s’est dit quelquefois aussi de Pluton.

L’adjectif infernal a été d’un fréquent usage dans la poésie tant qu’elle a mis largement à contribution l'enfer des païens : cela est peut-être bien passé de mode aujourd'hui. Mais infernal se dit encore, au figuré, de ce qui annonce beaucoup de méchanceté, ée noirceur, de cruauté , et familièrement, d’un grand bruit, ou de ce qui fait un grand bruit.

On appelait les Infernaux, au seizième siècle, une secte fondée par Nicolas Gallus et Jacques Smidelin, qui enseignait que Jésus-Christ a souffert avec les damnés, lors de sa descente aux enfers.

INFERNALE (Machine). Voyez MAGIINE INFERNALE.

INFERNALE (Pierre). Voyez NITRATE D'ARGENT.

INFIBULATION. On appelle ainsi une opération par laquelle les organes de la génération chez l’un ou l’autre sexe sont, au moyen d’une boucle (fibula), d’un anneau, rendus incapables de l’acte conjugal ou d’excès contre nature pour un temps. L’emploi de cette opération remonte à la plus haute antiquité, et vient vraisemblablement de l'Asie, d'où il s’introduisit chez les Grecs, puis chez les Romains, qui la firent principalement subir à des chanteurs et à des acteurs, dont on croyait conserver le talent d'autant plus sûrement qu’on leur rendait toute débauche impossible. L’infibulation des hommes est déjà décrite par Celse, et mentionnée par Juvénal ainsi que par Martial ; dans les temps modernes, elle a été de nouveau recommandée et pratiquée même quelquefois sur de pelits garçons et sur des jeunes gens pour les garantir de tout excès contre nature.

La proposition émise par Weinhold dans son ouvrage Sur l'excès de population dans l’Europe centrale, etc. (Halle, 1827) , d’infibuler tous ies célibataires pour arrêter Paccroissement excessif de la population, a été réfutt avec le mépris qu’elle méritait, notamment dans l'écrit de Wahrhold Sur l’excès de population de Weinhold (Halle, 1827).

On ne peut admettre l’assertion suivant laquelle Pinfibulation du sexe féminin aurait élé généralement usitée chez certains peuples, jusque dans les temps les plus modernes ; il faut également reléguer au nombre des contes ce que l’on dit des ceintures de chasteté, au moyen desquelles des maris jaloux se seraient assurés de la fidélité de leurs femmes, au moyen âge, et particulièrement dans l'Europe méridionale. h

INFIDÉLITÉ , INFIDÈLE. L'infidélité est un manque de foi volontaire, la violation d’une promesse sainte. Cependant, les poëtes et les romanciers ont célébré l’infidélité des amants. Le monde n’a guère non plus de blâme pour les abandons amoureux , malgré le grand nombre de victimes qu’ils font. Mais du moment que la loi a changé des promesses, souvent sans importance, en un lien indissoluble, l’isfidélité devient odieuse, et de la part de ta femme surtout elle est tellement révoltante que beaucoup de peuples punissent encore l’adultère des peines ies plus sévères. Nos lois sont plus indulgentes; cependant, souiller le lit conjugal, introduire dans les familles des enfants adultérins, à qui sont acquis les soins , la tendresse , la fortune de celui qui ne leur est rien, c’est là un grand crime que la morale publique ne saurait trop flétrir. L'infidélité en amitié entraine aussi avec elle des idées odieuses : quoi de plus infâme que l'ami infidèle qui trahit sans hésitation l'estime, [es secrets de son ami! Un caissier infidèle est celui qui s'approprie fout ou partie des deniers confiés à sa prebité ;

un copiste infidele, celui qui, par des omissions ou des altérations, dénature et change complétement le sens de ce qu’il écrit; un gardien infidèle, celui qui remplit sa mission avec négligence ou mauvaise foi ; une domestique infidèle, celle qui trompe ses maîtres et fait danser l’anse du panier. Nous pourrions donner encore une multitude d’acceptions de l'adjectif infidèle. Sachons nous borner là ! Ce qui précède suffira pour faire comprendre qu'il se prend toujours en mauvaise part, et entraine toujours l'idée de parqure et de trahison.

En théologie, on donne le nom d’infidèle à quiconque na point reçu la foi chrétienne, ou qui, l'ayant reçue, Pa repoussée (voyez FinèLe). Ceux qui, n’ayant jamais été baptisés, et n’ayant jamais entendu la prédication de l'Évangile, mont pu fermer les yeux aux lumières de la religion, sont appelés des infidèles négatifs. Ceux, au contraire, qui ont volontairement refusé de recevoir cette foi, après avoir entendu sa prédication, sont des infidèles positifs.

INFILTRATION (du latin in, dans, et filtrum, filtre). Par cemot les chimistes, les physiciens, les anatomistes, etc., désignent le mouvement d’un fluide qui passe au travers d’un tissu, d’une membrane, elc., ou qui s’insinue entre les molécules d’un corps solide : l’infiltration des eaux dans les terres peut les rendre fécondes ; ce sont elles qui vont alimenter les réservoirs, les conduits, qui donnent naissance aux sources. Les infiltrations des eaux dans les voûtes, les murailles, en hâtent souvent la destruction.

INFINI (du Jatin in, sans, finis, fin). L’infinité, en étendue, en durée, en quantité, considérée dans le grand ensemble de l’univers, ne peut être niée, parce qu’on ne saurait lui assigner aucune limite possible. L'infinilé est donc un attribut nécessaire de l’être ou de l'existence qui embrasse toutes choses, c’est-à-dire de Dieu. En effet, l’espace qui s'étend sans bornes, par delà les mondes (si les mondes ne sont pas eux-mêmes infinis); le temps ou la durée, que rien ne peut faire cesser, alors même qu'aucun être, qu'aucune substance n’en attesteraient la mesure, font également partie de Pinfini. C’est l’ineffable essence de la Divinité que l’athée lui-même est contraint de confesser comme principe premier et nécessaire de tout ee qui existe.

Mais, disent quelques philosophes, l'infini n’est rien de réel, sinon une notion de notre esprit, impuissant à concevoir la totalité indélinie et non connue de ces vastes globes , de ces lointains espaces qui échappent à notre compréhension. Cependant, il est manifeste à la raison que l’étendue, ladurée, la quantité, etc., sont imbornables et doivent s’abimer dans un éternel injini. La nature est incommensurable en tous sens; c’ést le mérite de l’homme de sentir ici sa faiblesse, sa nullité d’un atome en présence de ces goullres épouvantables où se précipite sa pensée Son orgueil doit plier sous cette majesté de l’auteur de l'univers, dont Pascal a dit que son centre est partout et sa circonlérence nulle part.

Parmi les anciens philosophes, Anaximandre de Milet établit que l'infini est le principe de toutes choses ; que celles-ci tirent de l'infini leur origine, et qu'elles se résolvent en lui; que lui seul, existant par sa propre essence en virtualité, est capable d’engendrer et de détruire une multilude de mondes ou de sphères, retournant successivement dans son sein pour y puiser de nouvelles formes ou rajeunir leur existence, de sorte que l'infini leur communique, et les matériaux, et les forces de vie, de mouvement, de combinaison, de décomposition, qui les distinguent, etc. Toutefois, ce philosophe n’a pas défini ce qu’il appelle l'infini, s’il est matière ou espace pur. Car, si l'infini n’est pas corporel, comment pourrait-il produire des éléments matériels pour la construction des mondes , des ‘soleils et des planètes, etc. ? Son infini ne peut donc être un principe simple, mais un Chaos d'éléments pour fournir à tout.

Parmi les modernes, S pin osa établit unesubstance unique et infinie, qui selon lui doit être conçue sous deux aspects, ou matériel, ou intellectuel, parce qu’elle réunit ces divers

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