P. GAUBERT
INFLEXION (de in, vers, flectere, fléchir). Cette expression désigne le changement de direction que prend une ligne, un rayon de lumière, quand il passe auprès d’un corps, elec. En musique, en entend par inflexion de voix le passage d’un ton à un autre. Dans le langage ordinaire, c'est encore laction de fléchir, de plier, d’incliner : inflexion de corps. En termes de grammaire, il signifie la manière de décliner ou de conjuguer ( voyez DÉSINENGE), ou les différentes formes que prend un nom quand on le déeline, un verbe quand on le conjugue.
Onnommepoint d'inflexion dans une courbe le point où de concave elle devient convexe, etréciproquement. En ces points la tangente coupe la courbe. Les points d'inflexion appartiennent à la classe des points singuliers.
TEYSSÈDRE
INFLORESCENCE, disposition des fleurs sur la plante. Elle est très-varice, et ses modifications diverses ont été ramenées par les botanistes à plusieurs types. Voici les principaux : le spadice, la calathide, le céphalante ou capitule, lombelle, lacyme, le corymbe, la panicule,l épi, le thyrse,le chaton.
INFLUENCE (dérivé de fluere in, couler dedans). Ce terme exprime laction à distance d’un corps sur un autre, ou l'empire qu'un être exerce sur d’autres, principalement à l’état de vie. Il est divers genres d’influences, comme celle des astres, qui versent sur la terre la lumière et la chaleur, ou peut-être divers fluides capables d’agir, comme l'attraction, sur les créatures animées, On nomme encore influences les transmissions des fluides magnétique, électrique et galvanique à des corps différents, soit vivants, soit animés. Les astrologues croyaient à une autreinfluence des astres sur la destinée humaine. Quelques-uns croient à l'influence magnétique. D’autres croient à l'influence d’étres surnaturels; d’autres, enfin, attribuent une certaine influence à des êtres naturels. On ne peut nier d'ailleurs l'influence d’un grand génie sur son siècle, d’un orateur sur une assemblée, d’un général sur son armée, etc.
On dit qu’autrefois, sous le régime constitutionnel, les députés pour être réélus recouraient à toutes sortes de ruses, afin d'agir sur leurs électeurs, et que d’un autre côté ils tourneutaient beaucoup les ministres pour obtenir les moyens d’être réélus : l'autorité s’en mêlait donc de toutes les façons, etsouvent elle réussissait. C’est ce qu’on appela l’abus des influences. Maintenant que nous avons le suffrage univer-
sel, et que lautorité a ses candidats, l’abus des influences a dù cesser.
INFLUENZA. Voyez GRIPPE.
IN-FOLIO. Voyez Formar.
INFORMATION. On appelle ainsi, dans le langage du droit, l'acte judiciaire qui constate les dépositions des témoins et les renseignements recueillis et constatés dans les premiers moments où l’on a eu connaissance d’un crime ou d'un délit par les différents officiers de la police judiciaire. En matière civile les recherches judiciaires prennent le nom d'enquête.
Dans le langage ordinaire, on entend par informations les renseisnements que l’on prend pour s'assurer de la vérité de certains faits, pour vérifier certaines allégations, connaitre les habitudes, la conduite, les mœurs , les qualités ou les défauts, la probité ou l’improbité d’une personne : c’est dans ce sens que l’on dit : aller aux informations.
INFORMES. Voyez ÉvorLE, t. IX, p. 114.
INFORTUNE, mauvaise fortune, adversité, revers de
n’a point donné occasion, et au milieu desq els il n’a pomt de reproche à se faire. Il s'emploie surtout dans le style soutenu. L’infortune tombe sur nous ; nous attirons quelquefois le malheur : il semble qu'il y ait des hommes infortunés, des êtres que leur destinée promène partout où il y a des pertes à éprouver, des hasards fächeux à subir, des peines à endurer. Ainsi le monde est fait pour eux ; ainsi ils sont faits pour le monde.
INFRACTION (enlatin infractio, dérivé de frangere, rompre, briser). Ce mot désigne toute violation d’une parole, d’un traité, d’une loi, etc. Les infractions aux lois se divisent en trois catégories, les contra ventions, les délits, etles crimes.
INFULE. On appelait infula chez les Romains la bandelette de laine blanche dont les prêtres, les vestales et les sacrificateurs se ceignaient la tête; deux cordons appelés vittæ servaient à la maintenir. Les messagers de paix portaient aussi l’infule, comme un signe de sainteté et d’inviolabilité. Des prêtres païens, elle passa aux évêques chrétiens, et prit alors le nom de mître.
INFUSÉ. Voyez INFusION.
INFUSIBILITEÉ. La plupart des corps solides , soumis à l’action d’une température convenable, peuvent entrer en fusion, c’est-à-dire passer à l’état liquide ; plusieurs cependant résistent à cette action, et conservent leur état naturel. La chaleur de nos fourneaux , même alimentés par le moyen d’un grand courant d'air, ne saurait fondre divers corps qui, soumis à l’action d’une plus forte chaleur, peuvent cependant changer d'état : ainsi, le platine, qui n’a jamais pu être fondu dans aucun fourneau de forge, passe à l'état liquide sous l’influence d’un jet enflammé d'hydrogène et d'oxygène; mais des corps oxydables ne peuvent être soumis à ce genre d’action, qui en changerait la nature. La réunion rapide des électricités produites dans des appareils voltaïques très-puissants détermine le développement d’une chaleur extrêmement intense, au moyen de laquelle on peut fondre les corps qui résistent à toute autre action : ainsi, des tiges de platine d’un diamètre de plusieurs millimètres se fondent avec la plus grande facilité sous l'influence d’une forte pile; et au moyen du même instrument des fragments de silice, de chaux, et d'autres corps, qui n’éprouvent pas même de changement sous le jet d'hydrogène et d'oxygène, présentent des phénomènes sensibles de ramollissement sur leurs angles.
L’infusibilité et généralement toutes les propriétés que nous observons dans les corps ne sont que relatives au moyen de les apprécier; si nous pouvions nous procurer des températures assez diverses, nous pourrions probablement faire passer tous les corps solides à l’état liquide; mais comme un certain nombre ne peuvent éprouver aucune altération par les moyens que la science possède, on les désigne sous le nom de corps infusibles, et on borne ordinairement ce caractère à la résistance que les corps opposent à l’action du feu de forge le plus violent ; si le corps est susceptible de se fondre et de se ramollir au chalumeau d'hydrogène et d'oxygène, ou au courant voltaïque, on indique cette propriété sans rien changer à la dénomination précédente. H. GAULTIER DE CLAUBRY.
INFUSION (en latin in, dans, et jundo, je verse). Les pharmacologistes définissent l’infusion une opération dans laquelle on verse sur des substances médicinales préparées un liquide houillant, dans le but d'extraire de ces substances certains principes médicamenteux solubles dans ce liquide. Dans le langage rigoureux, on ne doit employer le mot infusion que pour désigner le procédé pharmeceutique que nous venons de désigner, et l’on doit appeler infusum ou infusé le liquide obtenu par ce procédé. IL faut distinguer dans l’infusion le substratum , c’est-à-dire la substance médicinale dont on veut extraire certains principes actifs, et le menstrue, le véhicule, Vexcipient, c’est-à-dire le liquide bouil'ant dont on se veut servir nonr
extraire ces principes : le subsératum appartient toujours au règne organique, presque toujours au règne végétal ; pour menstrue, on emploie, suivant les principes que l'on veut extraire, l’eau, l'alcool ou l'huile; car la même substance ne livre pas les mêmes principes médicamenteux à ces trois ordres de véhicules. On prolonge le contact du substratum et de l'excipient pendant plus ou moins longtemps, suivant le but que l’on veut atteindre. L’élévation de la température du liquide, dans l’infusion , augmente beaucoup l'énergie de son action; mais cette énergie est de courte durée, parce que le liquide en se refroidissant perd à chaque instant de sa puissance dissolvante. Aussi linfusion est un procédé que l’on réserve presque toujours pour les matières d’une texture délicate, dont le tissu se laisse facilement pénétrer par le liquide, et qui lui cèdent promptement leurs principes aromatiques où médicamenteux, On l’emploie encore lorsque l’on veut agir sur des corps qui renferment des principes volatils qu'une chaleur trop longtemps prolongée pourrait dissiper : en ce cas, il importe de recouvrir soigneusement les vases dans lesquels on opère, afin d'éviter toute déperdition ; il importe aussi de diviser la substance que l’on fait infuser d'autant plus exactement que son tissu est plus serré. BELFIELD-LEFÈVRE.
En chirurgie, on nomme infusion, une opération qui consiste à injecter une liqueur dans une veine qu’on à ouverte (voyez InsEcnon), soit pour guérir une maladie, en faisant entrer directement dans le sang des médicaments liquides, attirants et évacuants ; soit pour faire quelques expériences anatomiques. La transfusion d’unsang plus ieune ou plus pur était aussi une sorte d’infusion,
INFUSOIRES. Dès que le microscope fut trouvé, ce merveilleux instrument vint révéler à Cornelis Drebbell, son inventeur, ainsi qu'à Leuwenhoeck, qui l'avait perfectionné, un nouvel univers, peuplé de myriades d’êtres organisés, dont jusque alors il avait été impossible de soupçonner l’existence, Chacun put voir avec admiration la décomposition des corps dans un liquide produire d'autres corps doués de vie; véritables animaux, de qui la présence inattendue démontrait que lantiquité devina juste quand elle établit en principe « que toute corruption engendrait vie ». Comme ce fut d’abord au milieu des infusions qu’on aperçut ces sortes d’animalcules , il était natarel qu'on les appelât des infusoires ; et Müller, savant Danois, qui en fit le premier l’objet d’une étude approfondie, adopta ce nom, qui devint pour Gmelin celui d’un ordre dans la classe des vers de Linné. Jusque alors, les Hill, les Baker, les Joblot, les Ledermuller, les Eichorn, les Gleichen, et autres micrographes, s'étaient bornés à mettre en décomposition dans un liquide des parcelles de matière végétale et animale, pour en observer les produits. La désignation d'infusoires pouvait donc être justifiable; mais dès que Rœæsel, dans un Appendice de son Histoire des Insectes , eut si bien décrit et figuré quelques-unes des créatures invisibles qu’enfantent les marécages, elle devenait vicieuse, puisqu'elle exprimait une idée fausse. C’est en vain cependant que Bory de Saint-Vincent a cherché à donner le nom de microscopiques aux êtres qui vont nous occuper. Le terme infusoires, consacré par l’usage, a prévalu.
Dans ces derniers temps, les infusoires ont été étudiés par Nitzsch, Meyen, MM. Peltier, Leclerc, Raspail, de Siebold, mais surtout par MM. Dujardin et Ehrenberg. Ce dernier, aidé dans ses recherches par les perfectionnements du microscope, est parvenu à reconnaître la structure
de ces animalcules, auxquels il donna le nom de polygas-.
triques, indiquant les nombreux estomacs qu’il leur accorde : cependant tous les micrographes ne sont pas d’accord avec lui; ainsi, tandis que M. Ebrenberg attribue aux infusoires un système nerveux et quelquefois un œil, un testicule, une vésicule séminale contractile et des œufs, M. Dujardin, d'accord avec M. de Quatrefages, les définit
dinsi : « Animaux aquatiques, très-petits, non symétri- :
INFUSION — INGEMANN
ques, sans sexes distincts, sans œufs visibles, sans cavité digestive déterminée ou permanente, ayant tout ou partie de leur corps sans tégument résistant, et se propageant pa! division spontanée ou par quelque mode encore inconnu. »
Les micrographes ont distribué les infusoires en un grand nombre de tribus. M. Dujardin, qui en sépare les vibrions, divise les infusoires en non ciliés et ciliés ( pourvus de cils vibratiles servant à la fois d'organes respiratoires ef locomoteurs). Dans la première catégorie entrent les amibiens ou protées, animaux larges au plus de deux cinquièmes de millimètre; les rhizopodes, qui secrètent une coque molle ou dure, cornée ou calcaire; les actinophryens ; les monadiens ( voyez Monane); lesvolvociens; etc. Parmi les infusoires ciliés, on distingue les érichodiens, les erviliens, les paraméciens, les vorticelliens ( voyez Vorri- CELLE }), etc.
INFUSUM. Voyez INFustoN.
INGÆVONS, nom de l’une des trois grandes familles de peuples entre lesquelles étaient divisées les populations de la Germanie, et qui provenait de Ing ou Ingo, l'un des fils de Mannus. Pline comprend au nombre des Ingævons les Cimbres, les Teutons et les Chauces; suivant des recherches récentes, il faudrait encore y ajouter les Saxons, les Angles, les Iutes, les Frisons et les Hérules.
INGELBURGE ou ISEMBURGE, fille de Waldemar Jer etsœur de Canut VI, roi de Danemark, épousa, en 1193, Philippe-Auguste, roi de France : la jeune reine était aussi belle que vertueuse. Le roi conçut pour elle, dès le jour même de ses noces, une aversion invincible, ce qu’on attribua à un sortilége. Sous prétexte de parenté, le roi fit déclarer nul son mariage, dès le quatrième mois, dans une assemblée d’évèques et de seigneurs, tenue à Compiègne. Il relégua Ingelburge à Etampes, où on la traitait fort durement. Trois ans après il se maria avec Agnès de Méranie. A la sollicitation de Canut, le pape In nocent II mit alors le roi et le royaume de France en interdit. Le roi cependant reprit Iugelburge au bout de douze ans. Suivant Mézerai, il alla prendre un matin la reine sa première femme en son logis, et, la montant en croupe derrière lui, l'emmena où il lui plut, ayant fait dire au légat qu’il la reonnaissait et la voulait pour sa femme. Ainsi finirent les querelles entre le roi de France et la cour de Rome. Après la mort de Philippe-Auguste, qui lui laissa par testament un revenu de 10,000 livres, Ingelburge se retira à Corbeil, où elle mourut à l’âge de soixante ans, en 1237. Elle fut enterrée avec pompe à Essônne , dans l’église Saint-Jean, que desservaient les templiers, En 1793, j’assistai à l'ouverture de son cercueil, on y trouva une couronne en cuivre doré et une quenouille. Ces objets furent déposés à l'arsenal de Paris. Cb** Alexandre LENOrR.
INGEMANN (BernarD-SÉvERIN ), l'un des plus remarquables poëêtes danoïs contemporains, est né le 28 mai 1789, dans l’ile de Falster, où son père était pasteur : ses débuts comme poëte datent de 1804, où, sous le titre de Digte, il fit paraître un choix de poésies lyriques, Den sorte Ridder, et à partir de 1815 tout une suite d'œuvres dramatiques, telles que Masaniello, Blanca Hyrden af Tolosa, Loveridderen, Ræsten à Œrkenen, Reinald Underbarner, Tasso’s Befriede (1819); puis une série de nouvelles et de contes, entre autres de Underjordiske (1817) et Eventyr og Fortællinger (1820).
Le premier voyage qu'Ingemann entreprit en Allemagne, en France, en Suisse et en Italie dans les années 1818 et 1819, lui inspira ses Reiselyren (2 vol., 1820). A partir de 1822 ses ouvrages portent l'empreinte d’une direction historique et religieuse. Sa remarquable épopée Waldemar de Store og hans Mænd (1894) fut suivie de romans historiques , dans lesquels il chercha à représenter à sa manière sous une forme poétique le côté romantique de l’histoire du Danemark au moyen âge. Nous citerons plus particulièrement Waidemar Seier (3 voi., 1826), Erik Menved's Barndorm (la Jeunesse d'Erik Menved, trad, en français
INGEMANN — INGLIS
(Paris, 1844; Boulé]); Kong Erik og de Fredlæse (1823), et Prinds Otto og hans Samrid (1835). Il est mort le 24 février 1862. Le recueil de ses œuvres forme 38 vol. (1857), non compris ses Mémoires, publiés après sa mort.
INGENIEUR. Ce terme vient, suivant les uns, du latin ingenium , génie, et suivant d’autres d'engin, mot par lequel on désignait généralement les machines de guerre dont on faisait usage pour lancer des projectiles, battre les murailles, etc. Les armées ont donc eu de tout temps parmi elles un corps d’onvriers ingénieurs, qui étaient chargés de la construction de ces machines, A proprement parler, la profession d'ingénieur est aussi vieille que le monde ; on en trouve des preuves chez toutes les nations. C’étaient bien des ingénieurs qui jetaient des ponts suspendus sur les rivières du Pérou. Les pyramides du Mexique, les constructions extraordinaires que l’on voit en diverses contrées du nouvean continent, n’ont pu être conçues et exécutées que par des hommes expérimentés, et doués d’une intelligence supérieure à celle du vulgaire. Si nous jetons un coup d'œil sur le vieux continent, nous y voyons presque partout des monuments éclatants de la science de l’ingénieur, et qui remontent à la plus haute antiquité. La Chine possède des canaux magnifiques, l'Inde vous montre ses obélisques , ses temples immenses. Que ne devait pas être la science de ces Égyptiens, qui semblaient se rire des difficultés qu'ils devaient rencontrer pour extraire de la carrière, transporter, ériger, ces masses colossales, qui feront en tout temps l'admiration et l’étonnement de ceux qui auront occasion de les contempler ? Les Grecs avaient des ingénieurs, qui ne le cédaient point pour la hardiesse et
l'intelligence à ceux de l'antique Égypte, et qui leur étaient |
même supérieurs sous le rapport du goût. Qui n’a pas en-
ingénieur de nos jours ne serait pas fier d’avoir construit le pont du Gard, l’aqueduc de Ségovie, les égoûts de Rome, etc. ?
Un véritable ingénieur est un homme presque universel : de la main dont il dessine l’admirable colonne qui orne le Forum de Trajan, Apollodore trace le plan d’un pont de cent cinquante pieds de haut, que ce prince fait jeter sur le Danube. Michel-Ange bâtit des ponts, construit des fortifications, compose l’énorme et magnifique temple de Saint-
. Pierre de Rome, sculpte avec un rare talent l’image du - législateur des Juifs, peint à fresque l'immense tableau du.
Jugement dernier, et, qui plus est, au milieu de ces vastes occupations, il trouve encore le temps de tourner des vers. S'il l’eût voulu, ce grand homme eût été astronome, géographe, mécanicien, constructeur de vaisseaux, efc., du premier ordre,
Les ingénieurs de notre temps sont des hommes d’un savoir accompli; ils possèdent au suprême degré les mathématiques, la physique, la chimie, la mécanique ; ils sont en outre bons dessinateurs. Ce sont donc des hommes capables de concevoir et d’exécuter toutes sortes de travaux : À n’en est pas un qui, au besoin, ne fût en état de tracer le plan d’un temple, la composition et la coupe d’un vaisseau; il dirigerait volontiers une fonderie, une fabrique quelconque. Néanmoins, comme il n’est pas donné à l’homme
.dexceller également en tout , et qu'un savant de beaucoup
d'instruction peut fort bien manquer de génie , On à depuis long temps distribué les ingénieurs en diverses classes, afin que chacun püûé négliger sans inconvénient certaines parties des connaissances humaines pour se livrer avec plus de force et d’assiduité à l'étude des sciences que son goût et ses devoirs l'obligent de cultiver plus spécialement. Ainsi donc, nous ayons des ingénieurs militaires, qui en temps de paix sont chargés de la construction de fortifications , des réparations qu’il convient d’y faire; et en général tous les bâtiments qui sont du ressort du ministre de la guerre entrent dans leurs attributions. En temps de guerre, on leur confie la direction des travaux qu’on fait exécuter pour l'attaque ou la défense des places, etc. (voyez GÉNIE). Les ingénieurs-géo- Di, DE LA CONVERS, = %, Xe
graphes s’adonnent particulièrement à l’art de lever les plans d’un camp, d’un champ debataille, la carte d’un pays, etc. Depuis 1831, cette spécialité peu nombreuse a été fondue dans le corps d'état-major. Les ingénieurs des ponts et chaussées tracent des routes, construisent des ponts, creusent des canaux. Un ingénieur de la marine fera tout pour donner aux vaisseaux la forme et les dimensions qui les rendent propres à sillonner les ondes avec le plus de vitesse, etc. (voyez GÉNIE MARITIME). Un ingénieur des mines sera nécessairement un bon chimiste ; il saura quels sont les moyens les plus économiques dont on peut s’aider dans l'extraction des minéraux du sein de la terre, ete. Un ingénieur hydrographe a dans ses attributions les ports et les côtes qui bordent les mers, dont il relève le gisement.
Ce n'est qu'au dix-septième siècle, sous Louis XIV, que les ingénieurs ont été organisés en corps divers. C’est encore à cette époque que l'on commença à leur faire subir des examens avant de les admettre dans les services publics.
TEYSSÈDRE
INGENU. Chez les Romains, on distinguait parmi les hommes libres les affranchis et les ingénus. L’ingénu était celui qui, né libre, n’avait jamais cessé de l'être, à moins qu’il n’eût été esclave par erreur. Les ingénus jouissaient de certains droits que n’avaient pas les affranchis, comme de porter l'anneau d'or. Ils ne pouvaient épouser de courtisane ou de comédienne.
INGENUE. Le théâtre a encore ses ingénues : là, c’est un rôle, ou, dans le langage technique du lieu , un emploi. Molière, auquel il faut remonter pour tant de créations, en a fourni le type dans son Agnès de L'École des Femmes. M'° Debry, qui le créa, fut jusqu’à un âge assez avancé
| une très-séduisante ingénue. On peut citer parmi celles qui tendu parler des voies romaines , ouvrages immortels? Quel |
lui succédèrent M! Gaussin et Doligny; et plus tard M'' Mar, Anaïs et Plessy. Oury.
INGENUITE. L'homme ingénu est celui des lèvres duquel la vérité coule constamment et sans efforts; il est mieux que vrai, car il n’a point formé la résolution de l’être, et s’est trouvé tel naturellement. La sincérité vient des principes; lingénuilé, du caractère. C’est, au surplus, la verte ou la qualité que notre civilisation raffinée altère le plus promptement; il n’est guère d’ingénus parmi nos jeunes hommes les plus Jeunes, et c’est tout au plus si lon en trouve encore chez nos enfants. Nos mœurs, nos spectacles, la précocité de leur entrée dans le me2xde, rendent aussi lingénuité bien rare parmi nos jeunes filles : fout contribue à leur enlever dès leurs premières années ce charme moral qu’on pourrait appeler le velouté de la pudeur. Voltaire s’amusait un peu aux dépens de ses lecteurs en baptisant son Huron du nom de l’Zngénu. Un sauvage peut-il être autre chose, transporté dans notre ordre social? L’ingénu phénomène, et méritant ce titre spécial, serait celui qu’auraient laissé tel les leçons de l'éducation et du monde (voyez Cann1vE). Il est deux autres sortes d'ingénuité, bien différentes de celle-ci, et dont il faut faire aussi mention. L’affiche des mauvaises mœurs ou l’aveu qu’on en fait peut être qualifié d'ingénuilé du vice : elle fut commune dans le dernier siècle; heureusement, et par compensation à la perte de l’autre, elle a presque entièrement disparu de celui-ci. Il n’en est pas de même de l'ingénuité de l’amour-propre. Si, dans l’autre siècle, Lemierre, Barthe, etc., en furent des modèles, on n’aurait que l'embarras du choix si lon entreprenait de citer tous les littérateurs de nos jours, grands et petits, qui s’érigent de leurs propres mains un piédestal, du haut duquel ils planent sur l'humanité enlière. Oury.
INGLIS (Sir Roserr HARRY), l’un des champions du parti de la haute Église dans le parlement d'Angleterre, était le fils d’un directeur de la Compagnie des Indes orientales, sir Hugh Ixcus, et naquit le 12 janvier 1786. Élevé à Oxford, il se destina à la carrière du droit, ét se fit inscrire en 1808 comme barrister, En 1824 il fut envoyé
| au parlement par les électeurs de Dundalk, et en 1826 par
œeux de Ripon. Quand, en 1829, sir Robert Peel dut résigner son mandat de représentant de l’université d'Oxford, par suite de san changement compiet d’opinion au sujet de l'émancipation des catholiques, sir Robert Inglis, se posant en champion de l’Église établie, reçut à une forte majorité le mandat retiré à Robert Peel. Depuis lors, il ne cessa point de représenter l’université d'Oxford au parlement, où on le vit combattre successivement, «vec plus de chaleur et d’animation que de succès, l'émancipation des catholiques, la réforme parlementaire, l'abolition des lois qui interdisaient l'introduction des céréales étrangères en Angleterre, et tout récemment encore l'émancipation des juifs. Homme honnête, bienfaisant et sincère dans ses opinions religieuses, il ne put se plier aux idées nouvelles, dans lesquelles il voyait un danger pour le maintien de la foi protestante; mais s’il Jes combattait avec une persistance et une opiniâtreté dignes d’un meilleur sort, il faut lui rendre cette justice que sa polémique n'avait jamais rien de personnellement blessant pour ses adversaires. Doué d’une érudition peu commune, il fut nommé en 1850 professeur d’archéologie à l’Académie royale des Beaux-arts. La Royal-Society, la Société des antiquaires et diverses autres sociétés savantes le comptaient au nombre de leurs membres. Il est mort au mois de mai 1855.
INGOLSTADT, ville et place forte de la haute Bavière, à l'embouchure de la Schutter dans le Danube, appelée originairement Ingoldestadt, et dans les ouvrages latins du seizième siècle, Auripolis ou Crysopolis, compte 19,418 habitants (1864). Elle possède trois églises paroissiales, dont une pour les protestants, un couvent d’hommes et un couvent de femmes, qui est en même temps une mai-
son d'éducation à l'usage des jeunes filles, un hôpital, etun |
vieux château où l’on montre empaillé Le cheval que montait Gustave-Adolphe lors d’une reconnaissance qu’il vint faire de cette place, et qui fut tué sous lui d’un coup de canon tiré du rempart. En 1472 l'électeur Louis le Riche de Landshut fonda à Ingolstadt une université, où l’on compta beaucoup de professeurs célèbres, Reuchlin, entre autres. En 1773, lors de la suppression de l’ordre des Jésuites, Adam Weisshaupt y fonda son fameux ordre des Illuminés. L'université d’Ingolstadt fut transférée en 1800 à Landshut, et de cette ville à Munich en 1826. |
En 1827 le roi Louis ordonna de reconstruire les fortifications de cette place, qui avaient été rasées en 1800 par les Français. Cette opération a exigé près de vingt ans de travail, et a été exécutée de la manière la plus grandiose, On admire à bon droit la solidité et l'élégance des forts construits sur la rive gauche du Dannbe,
INGOUVILLE. Voyez Havre (Le).
INGRATITUDE. Nous sommes assez de l'avis de ce poëte qui s’écriait : Qu’il est noble et beau de faire des ingrats! mais qu’il aimerait mieux qu’on fût reconnaissant. L'ingratitude est en effet de tous les vices le plus odieux, le plus méprisable : rien de plus cruel pour éelui qui n’a jamais eu que de la bienveillance pour quelqu un, pour celui dont les bienfaits envers les autres ont été sans bornes, que de voir ceux qui lui doivent peut-être tout unir leurs efforts pour lui nuire, le récompensant ainsi des bontés dont il les a comblés. IL existe cependant des ingrats, et le nombre en est bien plus grand que la laideur de l’ingratitude ne semblerait devoir le comporter. Il est vrai qu’à l’aide des mots on parvient à enlever aux choses ce qu’elles ont de repoussant, et l’ingrat sait si bien profiter de cet avantage, qu'il trouve presque toujours des approbateurs. Ainsi il ne manquera pas de trouver des torts à celui qui a tout fait} pour lui. Lui a-t-il surpris dans l'intimité quelque défaut, sait-il quelque affaire de famille destinée à être ensevelie dans le plus prolond secret, pour faire de la peine à celui qui fut son ami il n'aura rien de plus pressé que de l’ébruiler : semblable au serpent de La Fontaine, qui, à peine revenu de son engourdissement, commence par donner la mort à celui qui vient de le réchauffer, l'ingra