INGLIS — INGRES
n’est jamais plus heureux que s’il parvient à nuire à celui qui l’obligea. C’est presque toujours entre amis et parents que l’ingratitude éclate avec force : elle est d'autant plus sensible à ceux qui en sont l’objet, qu’ils étaient moins en droit de s'attendre à ses coups.
INGRÉDIENT.,. Ce mot, dérivé du verbe latin ingredior, j'entre, désigne en général diverses substances qui concourent à composer des mélanges. ]l est particulièrement usité dans le langage pharmaceutique : ainsi, on dit : 11 entre beaucoup d'ingrédients dans la thériaque, etc. On en fait encore. fréquemment usage en parlant de diverses oréparations de cuisine et d’autres arts. D' CHARBONNIER
INGRES ou INGRIENS. Voyez Finnors et Ivcrix
INGRES (JEAN-DOMINIQUE-AUGUSTE) , peintre d’historre et de portraits. Bien peu, parmi les hommes illustres de ce temps, ont connu autant que M. Ingres les rigueurs extrêmes de la critique ou le fade encens de l'éloge. Ignoré pendant la première période de sa vie, il a été dans la seconde salué comme le plus grand artiste de ce siècle, et cependant les lettrés et les gens du métier ont seuls pris part à ces polémiques bruyantes, sans intérêt pour le public , que la manière du maître n’a jamais su irriter ou séduire, C’est que M. Ingres , placé par son originalité même en dehors de h tradition nationale, étranger à son temps et à son pays, a plutôt fait de l’archéologie que de l’art : dépourvu de passion, il n’a pu émouvoir la foule, qui ne juge que d’après sa passion. Quelques détails biographiques diront ce qu’est l’homme et ce que le peintre aurait voulu être. Né à Montauban, le 15 seplembre 1781, Ingres n’a pourtant rien dans sa manière qui révèle une origine gasconne. Son père, qui était professeur de dessin, s'était mis en tête de lui faire apprendre le violon, et telle fut la première éducation du jeune Ingres, qu’il joua dit-on, avec succès sur le théâtre de Toulouse un concerto de Viotti- La peinture, cependant, le tenta : il commença son éducation pittoresque chez Roques, peintre toulousain, qui savait assez bien son métier, et qui a conservé jusqu’à sa mort (1847) dans son style et dans son coloris quelque chose de la coquetterie et de la grâce affectée des maîtres du dixhuitième siècle. Il ne paraît pas que M. Ingres se soit beaucoup souvenu de ses leçons. Attiré bientôt à Paris par la réputation, alors sans nvale, de Da vid, le jeune élève entra dans l'atelier de l’auteur du Serment des Horaces, et il remporta en 1801 le grand prix de l’Académie. Le sujet du concours était l’Arrivée des ambassadeurs d’Agamemnon dans la tente d'Achille. Cette peinture, qu’or. peut voir à l’École des Beaux-Arts, est propre, soignée, d’un goût déjà élégant, maïs d’un dessin très-faible,
M. Ingres partit pour Rome en 1806. C’est là, devant les fresques de Raphael, qu’il songea à secouer le joug que le style de David faisait peser sur l’art français. Il avait d’abord accepté sans murmure, comme on le voit dans son tableau de conconrs , le type pseudo-grec que l’ancien conventionnel reproduisait à satiété; le moment de la révolte lui sembla venu , et il commença , avec la patience qui lui tenait lieu de génie, à élever autel contre autel. 11 y eut là de la part de M. Ingres un immense effort, et il est juste’ de lui en tenir compte, tout en reconnaissant que sa tentative avorta. Remonter, comme le fit M. Ingres, à Raphael, à Pérugin , aux miniaturistes du moyen âge et presque aux Byzantins, c'était vouloir faire une révolution par le pastiche, par l’archaïsine ; maïs les révolutions ne se font qu'avec des idées. Certes, c'était un art suranné que celui de David ; mais celui dont M. Ingres allait chercher le modèle dans les maîtres primitifs, était-ce un art plus vivant? L'école française ne pouvait être et elle n’a réellement été régénérée que par un retour sincère à la nature dédaignée, que par la puissante émotion des Gros, des Géricault et de ceux qui eurent comme eux le senti ment de la vie moderne. Les débuts de M. Ingres témoignèrent d’une certaine hésitation , et le succès pour lai fut très-lent à venir, Son propre portrait (1804); celui de
INGRES — INGRIE
Bonaparte (an xn); l'Œdipe, dont il puisa la donnée première dans un recueil de gravures d’après des vases étrusques (1808), ne réussirent que faiblement. Une Dormeuse ; une Femme au bain; Jupiter el Thétis (Musée d’Aix); Virgile lisant l'Énéide à Auguste ; le Songe d’Ossian ; l’Intéieur de la chapelle Sixtine, se suivirent d'assez près; mais ce ne fut guère qu’au salon de 1819 que le nom de M. Ingres (qui déjà avait trente-huit ans) commença à faire du bruit. Il y avait exposé Philippe V décorant de la Toison-d’'Or le maréchal de Berwick; Roger délivrant Angélique, et L'Odalisque. Les principaux critiques d’alors, M. Kératry, dans ses Lettres sur le Salon, et Landon, dans les Annales du Musée, traitèrent durement l'artiste, et lui firent, à propos de ces deux dernières productions, des reproches qui, malgré la petitesse du point de vue, portaient juste en plus d’un point. « Il n’y a dans cette figure, disait Landon en parlant de lOdalisque, ni os, ni muscles, ni sang, ni vie, ni relief, rien enfin de ce qui constitue l’imifalion. » Les classiques s’indignaient. Plus tard, lorsque M. Ingres eut peint Françoise de Rimini, L’'Entrée de Chardes V à Paris (1822), Henri IV jouant avec ses enfants, la Mort de Léonard de Vinci et le Vœu de Louis XIII (1824), les coloristes, les adeptes de l’école nouvelle, prirent à leur tour la parole, et M. Ingres se trouva exposé au feu de deux batteries.
Le malheur était que des deux côtés on avait raison contre lui; car on ne trouvait dans son œuvre ni le style en ce qu'il a de correct et de pur, ni la réalité vivante en ce qu’elle a de saisissant et de vrai. Par une conséquence funeste du système d’éclectisme que M. Ingres avait adopté, lunité manquait à son dessin comme à sa composition. Et cependant, il y avait dans son moindre tableau une simplicité bien précieuse en ces temps d’emphase et d’exagération, et mieux que cela, un caractère hardiment tranché, un culte sincère de l'élégance, une poursuite incessante et parfois heureuse de la grandeur et de la grâce. Le moment de la gloire allait venir pour M. Angres. Ceux-là même qui lui étaient le plus hostiles avaient été forcés de reconnaitre dans le Vœu de Louis XIII les signes d’une individualité imposante : l’auteur fut nommé membre de Vinstitut (1825). Le succès du Vœu de Louis XIII, qu’on avait placé dans la cathédrale de Montauban, fut bientôt dépassé par celui de: l’Apothéose d’Homère, que M. Ingres peignit au Louvre, dans l’une des salles du musée Charles X (1827). Cet-ouvrage, qui ja le sérieux défaut de n'être point conçu dans les conditions d’un plafond, est resté l’une des productions les plus honorables de M. Ingres, malgré son déplorable coloris et la froideur de sa composition, où les plus vulgaires lois du groupe sont malheureusement méconnues. Le Martyre de saint Symphorien, qui fut exposé en 1834 et qui orne aujourd'hui l’église d’Autun, souleva des tempêtes. L’éloge fut sans mesure sous la plume des amis de M. Ingres ; mais la critique fut si violente dans sa négation absolue, que M. Ingres, découragé, résolut de s’absenter désormais des expositions du Louvre, et, comme un Achille irrité, se retira sous sa tente. Nommé peu après directeur de l’École de Rome, il partit pour la ville éternelle, où il vécut six ans dans une solitude Jaborieuse. Là encore, les partisans de la tradition vaincue le poursuivirent, et l’Académie crut devoir protester par l'organe de son secrétaire, Raoul Rochette, contre l’enseignement que M. Ingres donnait aux élèves de l'École. La Stratonice, qu’on n’a vue à Paris qu’en 1840, est un fruit patient de ces années de retraite. Depuis lors M. Ingres, fuyant le grand jour des exhibitions publiques, a exposé chez lui la Vierge à l'hostie (1841), le portrait de Cherubini (1842), et la Vénus anadyomène (1848 ). Avant la révo- Jution de Février, M. Ingres avait entrepris au château de Dampierre, chez M. de Luynes, de grandes peintures, qw’il n’a point achevées. Quoique restée à l’état d’ébauche, celle qui représénte L'Age d’or, est une des conceptions les plus beureuses de l'auteur. Une œuvre plus récente, l Apothéose
de Napoléon à l'hôtel de ville de Paris, a montré que l'artiste n'avait fait aucune concession à la critique. Une Jeanne d'Arc à Reims peinte en 1854 fut exposée pendant les fêtes données par la ville d'Orléans à l’occasion de l’inauguration de la statue équestre de la Pucelle par Foyatier, Indépendamment du portrait de Cherubini et de lAngélique, le musée du Luxembourg conserve, une importante toile religieuse de M. Ingres, Jésus-Christ donnant Les clefs du ciel à saint Pierre. On voit chez M. Pourtalès Raphael et la Fornarine, et chez M; Goupil, une petite Odalisque datée de 1839, et différente par le dessin comme par la dimension de celle qui a été gravée et critiquée par Landon.
Parmi les portraits de M. Ingres, on a surtout remarqué ceux du duc d'Orléans, de MM. de Pastoret, Molé et Bertin de Vaux, de M" d’Haussonville et de Rothschild. Ces portraits empruntent leur caractère à une grande sécheresse d’exécution ; la lumière y est grise et terne, l’expression et la vie en sont absentes. On, doit aussi à M. Ingres les cartons des vitraux des chapelles de Dreux et de Saint-Ferdinand. 11 oceupa à lui seul un salon de l'exposition universelle de 1855, et reçut une des grandes médailles d'honneur
Avant et pendant son séjour à Rome, M. Ingres à formé divers élèves, qui lui sont restés plus ou moins fidèles, et parmi desquels on cite MM. H. Flandrin, Amaury Duval, Ziegler, Chasseriau, H. Lehmann, et les frères Balze.
M. Ingres a voulu substituer un type nouveau au type roïde et froid de David, et il a bien fait; mais sa science Va trompé, et il n’a abouti trop souvent qu’à un éclectisme glacé. Plus tard, à une époque où le sens de la beauté se perdait sous la main fiévreuse de peintres qui ne recherchaïent plus que l'expression, M. Ingres lutta avec courage contre l'invasion de la laïdeur et de la vulgarité, Nul plus que lui ne s’est inquiété de la noblesse, de la simplicité, de l'élégance; mais, hélas! à ne considérer que les résultats obtenus, cette respectable aspiration vers l'idéal est restée un rève magnifique, un rêve non réalisé. On a beaucoup vanté la correction du dessin de M. Ingres ; on a eu tort, car là où n’est point l'unité, la correction ne saurait être. Mais c’est surtout le modelé qui chez lui est facilement attaquable; l’imperfection en est sensible dans l’Odalisque, l'Angélique et l’'Œdipe. C’est que le modelé et la lumière se tiennent, et que M. Ingres n’a point suffisamment étudié les lois du clair-obscur. Le seul tableau où il se soit préoccupé de la justesse de l'effet, c’est l’Intérteur de la chapelle Sixtine, qu’il a d’ailleurs peint d’après nature (1814). C’est le seul aussi dont la couleur ait quelque harmonie; car, sans répéter des critiques banales, il faut bien dire que le coloris de M. Ingres est d'ordinaire pâle, gris, terne, à moins qu’il ne soit franchement discordant et criard. Mais ce qui, plus encore que ces défauts, explique et motive les protestations que M. Ingres n’a jamais cessé de soulever, c’est l'absence de mouvement et de pensée, la froideur de la conception ; il n’a pas le sentiment de la vie; il n’exprime pas, et ceux-là seuls sont aimés de la foule qui savent la frapper au cœur. Paul MANTz.
Ce grand peintre fut nommé par Napoléon III grandofficier de la Légion d'honneur, puis membre du sénat (25 mai 1862). 11 est mort, le 14 janvier 1867, à Paris. Une exposition générale de ses œuvres eut lieu la même année dans l’école des Beaux-arts.
INGRIE , contrée qui s'étend entre le lac Ladoga, la Néva, le golfe de Finlande, la Narva et les gouvernements de Pskof et de Novogorod. Les habitants, appelés d’après le fleuve Inger ou Schora, Ingriens , sont d’origine finnoise; mais dans leurs mœurs et leur langue ils ont beaucoup emprunté aux Russes. C’est une race paresseuse, iguorante, supershtieuse, et par conséquent très- misérable.
Ce nom Jngrie parut pour la première fois dans l’histoire lorsqu’en 1617 ce pays fut cédé à la Suède par la Russie, à laquelie il avait appartenu depuis le teizième siècie, Reconquise par Pierre le Grand, en 1702, l’'Ingrie a été réunie en 1783 au gouvernement de Saint-Pétersbourg.
INGUINAL (du latin inguen, l’aine), qui appartient à l’aine. Les glandes inguinales sont celles qui se trouvent situées à laine : elles ont la grosseur d’une fêve Une Lernie inguinale est celle qui vient à laine.
INHALATION, action d’inhaler, inspirer. C’est un mot nouveau, qui n’a été créé qu’à l’occasion des propriétés qu’on a découvertes à l’'éther et au chloroforme de supprimer la douleur des opérations chirurgicales et généralement la douleur physique, alors qu’au lieu de les prendre en substance, on les vaporisait sur un linge ou dans un vase pour les respirer avec l'air, pour les inAaler.
INHERENCE (du latin in, dans, et hærere, être attaché), union de deux choses inséparables par leur nature : la douceur est inhérente au miel, parce qu’il est impossible d'enlever cette qualité à cette substance sans qu'elle change de nature.
INHUMATION, dans son acception matérielle, est synonyme d’enterrer, mettre en terre, déposer dans la terre (du latin in, dans, eteumus, terre) ; mais, dans l'usage social, il a toujours dit plus qu'en{errer, parce qu'il exprime la sépulture légale ou ecclésiastique. On enterre tout ce qu’on cathe en terre; on in/ume l'homme à qui on rend es honneurs funèbres. L’assassin enferre le cadavre de sa victime; les ministres de la religion inhument les fidèles.
Aux termes de la loi française, aucune inhumation ne
peut avoir lieu que sur Pautorisation de lofficier de l’état “civil, il ne la délivre qu'après la constatation du décès, faite par un médecin à ce commis. Vingt-quatre heures doivent s'être écoulées depuis la déclaration de décès pour qu’on puisse procéder à linhumation. Ceux qui sans autorisation préalable feraient inhumer un individu décédé seraient punis de six jours à deux mois d'emprisonnement et d’une amende de 16 francs à 50 francs.
Dans les cimetières publics une fosse séparée doit être affectée à chaque inhumation; mais cette prescription n’est pas suivie dans les grandes villes, où l'excès de la population rend nécessaires les fosses communes. La présentation du corps à l’église ne dépend plus que de la volonté du défunt ou de sa famille. Le mode le plus convenable pour le transport des corps est réglé, suivant les localités, par les maires, sauf l'approbation des préfets. Les fabriques des églises et les consistoires jouissent seuls du droit de fournir les voitures, tentures , ornements et de faire toutes les fournitures nécessaires aux inhumations. A Paris ce soin regarde l'administration générale des pompes funèbres.
On peut toujours se faire inhumer dans un autre terrain que le cimetière public, pourvu que ce soit à la distance
. prescrite de l’enceinte des villes et des faubourgs. Autrefois on ne pouvait sans un acte exprès de la volonté du testateur faire l’inhumation d’un corps hors de son église paroissiale. Ce fut vers l’an 1200 que s'établit l’usage abusif et dangereux d'inhumer dans les églises leurs fondateurs et principaux bienfaiteurs. Plus tard, toute famille riche, en payant la place au poids de l'or, put y faire inbumer ses défunts. 11 en résulta souvent des maladies contagieuses. Cette pratique, contre laquelle réclamaient depuis longtemps tous les philanthropes éclairés, n’a commencé d’être abolie que sous Louis XVI. Depuis nonseulement l’inhumation a été interdite dans l'intérieur des églises, mais encore dans l'enceinte des villes (voyez Cimenère). En 1853 on parla d’un projet de loi qui aurait autorisé avec certaines précautions la concession de sépultures dans les églises. Sous l’ancien régime, les protestants et les juifs ne pouvaient être inhumés en terre sainte, c’està-dire dansles cimetières consacrés. Ch. Du Rozorr. INHUMATIONS PRÉCIPITÉES. Les vieux recueils, comme les journaux de notre temps, contiennent des anecdotes sinistres sur des inhumations qui, faites avec trop de précipitation, auraient conduit à la terre des personnes encore vivantes. Que de gens ont frémi au souvenir de ce gentilhomme qui se ranime sous le couteau de Vesale, ou
INGUINAL — INIQUITÉ
du cardinal Espinosa saisissant de sa main l'instrument qui vient de lui ousrir le ventre, ou de l'abbé Prévost se réveillant sous le scalpel du chirurgien qui faisait son autopsie ! Qui n’a lu l’histoire de Winslow , enseveli vivant deux fois d’après le jugement de son médecin, et mort à quatre-vingt-onze ans avec la crainte d'être enterré une troisième fois trop tôt; et celle de ce M. de Civille qui signait : De Civille, trois fois mort, trois fois enterré
et trois fois ressuscité par la grâce de Dieu. Molière ? signalé le danger des inhumations précipitées dans l’Étour di:
Qui tôt ensevelit, bien souvent assassine, Et tel est cru défunt qui n’en a que la mine,
Les signes distinctifs de la mort réelle et de la mort apparente ne sont guère plus certains aujourd’hui qu’autrefois. IL n’y a toujours de preuve infaillible que la putréfaction commençante., M. Leguern, d’après les faits parvenus à sa connaissance , fixe à 94 le chiffre des enterrements précipités auxquels le hasard a mis obstacle de 1833 à 1846 en France. Ainsi 35 individus se sont réveillés d'eux-mêmes au moment où on allait les porter en terre; 13 par suite de soins exceptionnels ; 7 par suite de la chute du cercueil ; 3 par suite de piqûres ou d’incisions faites pendant l’ensevelissement; 5 par suite de suffocation dans le cercueil ; {9 par suite de retards non calculés dans la cérémonie des funérailles, 6 par suite de retards calculés. Si on ajoute à ces 94 individus sauvés, 24 qui auraient été notoirement victimes des habitudes actuelles, on arrive au chiffre de 118; et en admettant avec M. Leguern que le chiffre des victimes inconnues soit le double , on trouve que le nombre des victimes des inhumations précipitées peut être évalué à 27 par an en France seulement ! Mais tout cela est-il suffisamment constaté? Ne faut-il pas faire Ja part de l’exagération ? En tous cas les craintes sont trop légitimes pour ne pas mériter toute l’attention publique.
Pour parer à ces inconvénients, on a imaginé dans quelques pays, en Allemagne, par exemple, de placer les morts dans des salles d'attente, avant de les livrer à la terre. Un cordon de sonnette est attaché à la main de chacun, et un gardien est toujours prêt à entrer au moindre bruit qu’il entend. Dans certains établissements français on a adopté le même usage de mettre un cordon de sonnette aux doigts des morts dans les salles mortuaires. Combien ces précautions ont-elles donné de résurrections ?
Les anciens multipliaient les précautions destinées à constater la mort; l'usage de laver les corps, de les revêtir de leurs habits de fête, et de les porter à découvert jusqu’au lieu de linhumation augmentait encore les chances de s'assurer que la vie était bien éteinte dans le corps dont on allait se séparer. En certains pays, comme en Italie, les morts sont encore portés en terre le visage découvert, Le respect religieux et une sollicitude intelligente doivent d’ailleurs veiller au chevet du moribond, même après qu'il a rendu le dernier soupir. Le défunt doit être gardé à vue, nuit et jour, son corps do rester dans un état convenable, On ne doit ni le déposer à terre , ni le couvrir, ni à bien plus forte raison le placer dans un linceul, tant que la mort n’est pas complétement constatée. Les mesures prises par la loi sont certainement suffisantes chez nous pour éviter les malheurs d’inhumations précipitées; mais dans les campagnes surtout on active trop souvent tant qu'on peut les funérailles, parce que, suivant la remarque de M. Dupin, on n’a pas toujours deux chambres et en est très-pressé de succéder, Que les autorités veiilent donc à la stricte exécution des prescriptions légales; qu'elles ne craignent pas de surseoir à l'inhumation sur le moindre indice, et aucun accident de cette nature ne pourra se produire.