INJURE
latin, a été admise en français avec une double signification. L’injection chez nous désigne la projection d’un liquide dans les cavités naturelles ou accidentelles du corps humain, ainsi que dans ses vaisseaux : d’une autre part, il sert à désigner le liquide qui est projeté. Le clysterium donare, si effrayant pour une de nos anciennes connaissances, M. de Pourceaugnac, donne une idée précise de l’injection.
Considérée comme action, l'injection est une opération dont l'emploi est très-fréquent en médecine, soit comme moyen d'étude, soit comme moyen thérapeutique. C’est en projetant dans les artères d’un cadavre une préparation coloriée en rouge qu'on parvient à distinguer les nombreuses ramifications de ses vaisseaux sanguins, C’est aussi en injectant du mercure dans les conduits de la lymphe qu’on peut les reconnaitre. On porte également divers liquides dans les veines durant la vie, afin de réparer les pertes desang, ou pour modifier l’état de ce fluide ( voyez Inruston). Pour remédier à la débilité produite par les hémorrhagies excessives, et qui peut être suivie de mort, on a injecté du sang puisé dans les veines d’un sujet robuste ( voyez TRANSFUSION }). On a aussi injecté de l’eau pure et limpide dans les veines, espérant qu’on pourrait par ce moyen guérir l’affreuse maladie appelée rage ou ky drop hobie : mais l'expérience n’a pas justifié l'attente. On a encore injecté, mais sans utilité reconnue, dans les veines de personnes malades, de l'eau chargée de substances pharmaceutiques, même de l’'émétique. Toutes les opérations qui exigent la phlébotomie présentent de graves inconvénients, tant par l’inflammation qui résulte de la blessure que par l'introduction de l'air dans les vaisseaux; c’est pourquoi ces moyens sont peu usités, ou entièrement abandonnés. Les injections qu’on opère dans les cavités naturelles ou accidentelles des corps sont, au contraire, employées très-communément : chaque jour, on projette dans les intestins de l’eau pure ou chargée de principes médicamenteux, pour vaincre la constipation. On injecte dans le conduit auditif de l’eau ou de l’huile pour remédier aux maux d’oreilles ou aux altérations de l'ouie. On fait même pénétrer de l'air dans ces cavités comme moyen de distention : on lance aussi de l’eau dans les conduits des larmes chez les individus affectés de fistules lacrymales. On a recours à la même médication pour les conduits fistuleux qui se forment accidentellement dans les chairs, etc.; l’eau sert encore à absterger certains ulcères et des foyers purulents. L’injection est enfin d’un usage très-fréquent dans plusieurs autre cas.
Les instruments qui servent à pratiquer les injections sont des seringues, dont la forme et le calibre varient suivant un grand nombre de cas, et tous les jours on cherche à perfectionner ces agents mécaniques. Considérées comme liquides, les injections sont des préparations pharmaceutiques dont la composition varie autant que celle des collyres : armes dangereuses, que la prudence nous prescrit de faire connaître seulement pour nous en défier.
D° CHARBONNIER
INJONCTION. Voyez COMMANDEMENT.
INJURE, offense, outrage fait, soit par écrits, soit par paroles. L’injure n’est, en général, l'apanage que des gens sans éducation, qui, faute de bonnes raisons , n’ont rien de mieux à jeter au visage de ceux à qui ils en veulent.
En droit, l'injure n’est point tout à fait la même chose que dans le langage ordinaire : elle consiste aussi en expressions outrageantes, termes de mépris ou invectives ne renfermant l’imputation d’aucun fait; car autrement elle deviendrait diffamation. L'injure qualifiée est celle qui a été proférée dans un lieu public et qui contient l’imputation d’un vice déterminé : elle se poursuit devant les tribunaux correctionnels et est punie d’une amende de 16 fr. à 500 fr. Si l'injure n’a pas été proférée publiquement, elle se poursuit devant les tribunaux de simple police, et n’est punie que d’une amende de 1 à5 francs ;
la contravention disparaît même s’il y a eu provocation préalable.
L’injure contre l’empereur prenait le nom d’offense: celles contre les grands corps de l'Etat, les officiers ministériels et les fonctionnaires publics s’appellentoutrages.
INJUSTE. Voyez Jusre.
INJUSTICE, violation dés droits d’auwrui. 11 n’importe qu’on les viole par avarice, par sensualité, par un mouvement de colère ou par ambition, qui sont autant de sources intarissables des plus grandes injustices; c’est le propre, au contraire, de la justice de résister à toutes les tentations par le seul motif de ne faire aucune brèche aux lois de la société humaine.
On conçoit néanmoins qu’il y a plusieurs degrés d’injustice, et l’on peut les évaluer par le plus ou le moins de dommage que l’on cause à autrui; ainsi les actions où il entre le plus d’injustice sont celles qui, troublant l’ordre publie, nuisent à un plus grand nombre de gens.
DE Jaucourr.
© INRERMANN et d'ALMA ( Batailles d’}), L'armée française, après avoir bivouaqué deux à trois mois à Varna, à Gallipoli et aux environs, dans un pays dont le climat meurtrier lui avait enlevé 6 à 7,000 de ses meilleurs soldats, et environ 150 officiers de tous grades, partit, le 30 août 1854, pour Baldschik, petit village bulgare, port de mer assez important, où elle rencontra les trois flottes anglaise, française et turque réunies, qui devaient la transporter en Crimée. Le 2 septembre toute la troupe était à bord de nos vaisseaux, qui allaient lever l'ancre ; mais, les Anglais n'étant pas prêts, on ne put appareïller que:le 7 au matin. 4 à 500 bâtiments naviguaient de conserve, sur trois à quatre lignes, dans un ordre parfait. L’avant-garde mouilla le 9 à 80 kilomètres environ de Sébastopol, pour rallier la flotte, et croisa jusqu’au {5 au matin, envoyant quelques bordées dans les camps russes pour dissimuler l'endroit du débarquement. Sur ces entrefaites, descendaient à terre les Anglais et les trois premières divisions françaises; la quatrième suivait de près, sans obstacle, quoique la mer fût houleuse et que les canots ne pussent arriver jusqu’au rivage. Bientôt cependant toute l’armée, Anglais, Français et Turcs, fut campée sur la grêve, près d’Eupatoria. Il y avait là 60,000 hommes à peu près, avec tout4le matériel de l'artilerie et du génie, les munitions et les vivres.
Le 19 on quitta le camp du Vieux-Fort, dans un ordre admirable, par une chaleur étouffante, ayant à traverser un pays dépourvu d'arbres. Arrivé au bivouac, on entendit le canon et la fusillade d’assez près; c'étaient les Russes qui s’avançaient; quelques balles et quelques boulets les arrêtèrent, et la nuit fut calme. Le lendemain, à six heures du matin, on se remit en marche, et l’on fit halte à 1,500 mètres environ de Sébastopol. Les Anglais à gauche devaient attaquer l’aile droite des Russes; la 2° division française et une partie de la 1°, l'aile gauche. Au centre, en première ligne, était massée une brigade de la 1"° division, et en plein centre la 4°. A droite des Anglais, toute la 3° division, avec la 2° de zouaves et l'infanterie de marine; l'artillerie avait sa place de bataille dans les intervalles séparant les divisions.
Ce jour-là, 20 septembre, à midi, toute la ligne s’ébranla
en colonne serrée; à une heure, l’avis courut dans les rangs que la bataille allait commencer. En ce moment toutes les hauteurs étaient déjà couronnées par l’armée russe, avec de l'artillerie sur les crêtes, dominant l’infanterie échelonnée sur les élévations, les ravins, les mameions, derrière les murailles des jardins, au pied desquels coule la petite rivière de l’Alma, très-tortueuse et très-escarpée. L'armée’ était tout à fait à découvert et entièrement exposée au feu de l'ennemi. La division Bosquet, qui attaquait l'extrême gauche des Russes, cherchait à la tourner et avait pour auxiliaires plusieurs bâtiments de la flotte, A une heure et ‘demie, le premier coup de canon fut tiré par les Russes. Ce ne fut bientôt que feux croisés, mouvements en tous sens, Bientôt aussi les colonnes du centre