INJURE — INKERMANN
défilèrent devant le maréchal Le Roy de Saint-Arnaudti, déjà malade, mais dont le front rayonnait au haut du mamelon où il s'était placé avec son état-major.
La troupe avance toujours en bon ordre vers l'Alma. Là elle sarrête un instant; mais fout à coup les deux ailes russes sont attaquées par les Français et les Anglais, avec une intrépidité extraordinaire, Ceux des ennemis qui sont pris en flanc par la division Bosquet ne tardent pas à être vigoureusement balayés par l'artillerie de la flotte. Les zouaves des 1"° et 3e divisions enlèvent pied à pied tous les obstacles qu’ils rencontrent de l’autre côté de l’Alma. Les zouaves gravissent les hauteurs escarpées; sans sourciller, ils marchent, la poitrine découverte, au-devant de la mitraille, de la fusillade et de la canonnadé. Les Russes perdent du terrain et se replient sur les collines. Mais ils reviennent à la charge, et les zouaves, à leur tour, déployés en tirailleurs, commencent à faiblir, quand la tête de colonne du 39e accourt, repousse l’ennemi ; et le portedrapeau du régiment s’élance pour le planter sur un belvedère voisin. Malheureusement un éclat d’obus le frappe en pleine poitrine. L’étendard n’en reste pas moins arboré. 2 En ce moment, des escadrons moscovites affluent de toutes parts; maïs une batterie française arrive, et les Anglais apparaissent à gauche; l’ennemi ne tient plus, il bat en retraite, la victoire est aux armées alliées; cependant, tout n’est pas encore terminé : elles subissent pendant une bonne heure encore le feu bien nourri de l'artillerie russe, embusquée derrière un énorme tumulus ; tous les soldats sont couchés à phit-ventre, ne pouvant, à leur grand regret, rendre coup pour coup. Enfin, l'artillerie anglaise, entrée en ligne, lance ses fusées à la congrève, et toute résistance cesse.
Le premier coup de canon avait été tiré à une heure et demie, le dernier retentit à quatre heures trois quarts. Avant de commencer, le général en chef Menschikoff écrivait à son empereur : « J’occupe une position formidable ; dans six semaines les Français ne m’auront pas débusqué de là, fussent-ils 100,000 encore; c’est plus difficile à prendre que Sébastopol »; puis il dit: « Je tombe de sommeil, je vais me coucher; j'ai le temps de dormir avant que l'ennemi arrive. » Plus tard, il s’écriait : « Mis il faut qu’ils soient fous! »
Les Français eurent 1,600 hommes hors de combat, tant tués que blessés ; les Anglais 2,096, dont 96 officiers. Les Russes étaient au nombre de 46,000 à 47,000 combattants ; ils en perdirent environ 7,000. Les Français et les Anglais qui prirent part à l’action s’élevaient à peine à 35,000. Nos généraux se montrèrent plus que braves, ils furent téméraires ; ils enlevaient le soldat. Le général Canrobert reçut une balle à l'épaule; le sous-intendant Blanc, un boulet à la cuisse, et il fut amputé; l’aumônier en chef, abbé Parabère, eut un cheval tué sous lui. 11 est à regretter que les alliés n'aient pas eu de cavalerie, Avec quelques escadrons, ils eussent pris toute l'artillerie des Russes, leur eussent fait
40 à 15,000 prisonniers, et seraient entrés peut-être pêle-
mêle avec eux dans Sébastopol. Quelques jours après, le maréchal de Saint-Arnaud, de plus en plus malade, était forcé de se rembarquer pour Constantinople, et mourait durant la traversée, enseveli dans sa gloire. Avant de s'éloi. gner, il avait remis le commandement de l’armée française au général Canrobert, qui plus tard devait à son tour don. ner une grande preuve d’abnégation militaire en le résignant entre les mains du général Pelissier, qu’il jugeait plus digne que lui d'occuper ce poste, et en se contentant nor du commandement d'un corps d'armée, auquel l'empereur l'appelait, mais de celui d’une simple division,
Apres la victoire de l’Alma les armées alliées, contournant, par l'intérieur des terres, le périmâtre de Sébastopel, à travers de profondes vallées, dans lesquelles ils eussent pu être aisément, écrasés par les Russes, si ceux-ci n'avaient point été démoralisés par l'échec qu'ils venaient de recevoir,