INKERMANN — INNOCENCE
allèrent établir leur place d'armes et leur port militaire à Balaclava et à Kamiesch.
A la suite de plusieurs attaques successives, dirigées contre les ouvrages avancés de la partie méridionale de
la ville, et de nombreuses sorties de la garnison, constam- habi | troupes de la 4€ division au secours de ses gardes de tran-
ment repoussées par les nôtres; à la suite de fréquentes canonnades et fusillades réciproques, qui firent plus ou moins de mal des deux côtés, le 8 novembre 1854, avant le
jour, l’armée russe, grossie par des renforts venus du Da-
nube, par les réserves réunies dans les provinces du sud , et animée par la présence des grands-ducs Michel et Nicolas, essaya de prendre sa revanche en attaquant la droite de la position anglaise devant Sébastopol. Dès les premiers coups de fusil, des déserteurs révélaient aux Anglais la véritable situation des troupes ennemies sous le rapport de l'effectif, et les généraux alliés pouvaient mesurer l’étendue des renforts qu’elles avaient successivement reçus depuis la bataille de l’Alma. C’étaient des contingents venus . de la côte d’Asie, de Kertch et de Kaffa, 6 bataillons, et de forts détachements de marins arrivés de Nicolaïeff, 4 bataillons de Kosaks de la mer Noire, une grande partie de l’armée du Danube, et enfin les 10€, 11°, et 12° divisions d'infanterie, formant le 4° corps, commandé par le général Dannenberg, transportées en poste, avec leur artillerie
d'Odessa à Simphéropol.
La présence des grands-ducs surexcifait surtout cette armée, qui avec la garnison de la place ne s'élevait pas à moins de 100,000 combattants. Dans ces conditions favorables, 45,000 hommes, favorisés par la nuit et le brouillard, surprirent la pointe des hauteurs d’Inkermann, que l’armée britannique n'avait pu occuper avec des forces assez considérables. 6,000 Anglais seulement, commandés par le/général Catheart, qui fut blessé mortellement dans cette affaire, prirent part à l’action, le surplus étant employé aux travaux du siége; mais ils soutinrent vaillamment ce choc inattendu jusqu’au moment où le général de brigade Monet, puis le général de division Bosquet, accourant avec une partie de la division de ce dernier, purent leur prêter un énergique concours, qui déterminale succès. On ne sait ce qu’on doit le plus louer dans cette rencontre de l’inébranlable solidité avec laquelle nos alliés firent face pendant longtemps à lorage, ou de l’'intelligente vigueur que les généraux Monet et Bosquet, entraînant une partie des brigades Bourbaki et d’Autemarre, déployèrent en attaquant l’ennemi qui les débordait par leur droite.
Le 3° régiment de zouaves juslifia dans cette circonstance, de la manière la plus éclatante, la vieille réputation de l'arme. Les tirailleurs algériens, un bataillon du 7e léger et le 6° deligne rivalisèrent d’ardeur. On s’aborda trois fois à la baïonnette, par une pluie battante, et l’ennemi ne céda qu'après ce troisième choc le terrain, qu'il laissait jonché de ses morts et de ses blessés. L’artillerie russe de position et de campagne était très-supérieure en nombre et avait une position dominante. Deux de’nos batteries à cheval et une batterie de notre 2° division d'infanterie n’en soutinrent pas moins, COncurremment avec l’artillerie anglaise, la lutte pendant toute la journée.
Enfin, l'ennemi, rejeté dans la vallée de la Tchernaïa, se décida à battre en retraite en laissant en notre pouvoir plus de 3,000 morts, un três-grand nombre de blessés, quelques centaines de prisonniers et plusieurs caissons d’artillerie. Ses pertes s'élevaient, dans leur ensemble, de 5 à 9,000 hommes. Parmi les blessés, on citait, outre le prince Menschikoff, un lieutenant général percé d’ontre en outre, et qui succomba promptement, trois généraux majors, six colonels ou chefs de corps; le général Dannenberg avait eu deux chevaux tués sous lui. Tout son entourage était blessé.
Pendant que ces événements se passaient à la droite, 5,000 honimes de la garnison effectuaient, à la faveur du brouillard et de la pluie, une vigoureuse sortie, sur la gauche de nos attaques, par les ravins qui en facilitaient l’approche, Les troupes de service à la tranchée, sous les ordres du gé-
néral de La Motte-Rouge; marchèrent droit aux assaillants, qui avaient déjà envahi deux de nos batteries, et les repoussèrent en leur tuant’plus de 200 hommes sur place. Le général de division Forey, commandant le corps de siége, par de rapides et habiles dispositions, arriva alors, avec les
chée, et s’élança’ lui-même vers l'ennemi en tête du 5e bataillon de chasseurs à pied. Les Russes, refoulés sur toute la ligne, regagnaient précipitamment Sébastopol, après avoir éprouvé des pertes considérables , lorsque le jeune et brillant général de Lourmel, emporté par sa fougue chevaleresque, se jeta à leur poursite, avec sa brigade, jusque sous les murs ‘de la place, où il tomba mortellement blessé. Le général Forey eut beaucoup de peine à retirer ces braves de la position critique où les avait précipités leur incroyable audace. La brigade d’Aurelle, qui occupait à gauche une excellente position , eut la gloire de protéger cette retraite, qui s’effectua sous le feu de la place, non sans des pertes sensibles. Le colonel Niol, du 26° de ligne, qui vit tomber ses deux chefs de bataillon, avait pris le commandement de la brigade de Lourmel, qui, voulant venger la mort de son général, continua à se montrer admirable d'énergie et de dévouement, L’ennemi, dans cette seulerencontre, avait à regrelter un millier d'hommes tués, blessés ou prisonniers.
La bataille d’Inkermann et le combat soutenu par le corps de siége furent glorieux, sans doute, pour nos armes; mais que de larmes ne coûtèrent-ils pas au peuple et à l'aristocratie d'Angleterre ! Le soir manquaient sous le drapeau britannique seulement près de 2,400 hommes, tués ou blessés, parmi lesquels huit généraux, dont troistués, ainsi que deux membres du parlement, les lieutenants-colonels Packenham, des grenadiers de la garde, et James Hunter-Blair, des fusiliers écossais, également de la garde. L'armée française eut 1,700 tués ou blessés. La vue de cet épouvantable massacre causa une maladie mentale au duc de Cambridge, qui commandait la brigade de la garde, et qui dut venir se rétablir en Angleterre. A la perte du général de Lourmel nous eumes à ajouter celle du colonel de Camas, du 6° de ligne, foudroyé à la tête de son régiment. Le prince Napoléon, déjà trèssouffrant depuis plusieurs jours, ayant vu son état empirer après les fatigues de la bataille, où il était resté toute la journée à cheval, le général en chel crut devoir le forcer à partir pour Constantinople , afin d’y aller rétablir sa santé.
Eug. G. DE MONGLAYE.
IN MANUS. Voyez Manus.
INN , l’'Œnus des anciens, le plus important des affluents du Danube, prend sa source dans le canton des Grisons, sur le versant sud-est du Septimer, dans la haute Engadine, et après s'être précipité à travers l’effrayante gorge du Finstermünz, court, torrent furieux et désordonné, vers le Tyrol, où il donne son nom à l’une des vallées les plus grandes des Alpes et aussi des plus riches en beautés naturelles, puis vient baigner Insprüuck. Audessous de Kufstein, il entre en Bavière, où il forme divers lacs, reçoit plusieurs affluents, devient navigable à Telfs, et se jette dans le Danube, après un cours de 43 myriamètres, près de Passau, où il est de cent mètres plus large que le Danube.
Avant la réorganisation politique de PAutriche, effectuée en 1849, cette rivière donnait son nom à un cercle appelé lInnviertel (Quartier de l’Inn), de 29 myriamètres carrés, avec 140,000 habitants, ayant Braunau pour cheflieu, etqui, après avoir jadis appartenu tour à tour à l'Autriche et à la Bavière, fut définitivement cédé par cette puissance à l’Autriche, en 1816. La dénomination d’/nnviertel a cessé d'être officiellement employé depuis 1849.
INNERVATION. On a donné ce nom à l'influence nerveuse sur la pensée (voyez Nerr). Selgn quelques physiologistes , ce serait la formation de la pensée par un efiet nerveux, cérébral.
INNOCENCE,, état heureux de Pâme qui n’éprouve ni repentir ni remords. Les purs esprits que nous nommons
anges ont reçu du Créateur une innocence parfaite, et l'innocence des enfants peut être assimilée à celle de ces intelligences célestes. L’homme achète l'innocence par le sacrifice de ses désirs et par une lutte persévérante contre les passions inhérentes à la nature. L'innocence dans la première jeunesse est accompagnée d’une ignorance pleine de charmes ; son expression augmente l’attrait de la beauté; on dirait que le monde sait bon gré à ceux qui ne le connaissent point, soit confusion du peu qu’il vaut , soit espoir d’en tirer profit. Tel est l’enchantement des premiers jours de la vie pour la jeune fille qu’une bonne mère a entourée de ses soins, pour le jeune homme dont un père dévoué a formé le cœur et l'esprit, qu'ils ne voient que vertu là où ils en trouvent l'apparence; aimables et naïves créatures, remplies de toutes les croyances au bien, qui se reposent sur les serments et ne voient dans l’af- ‘ection qu'un accomplissement du précepte divin qui ordonne aux hommes de s'aimer. Mais cette félicité si douce, résultat d’une conscience innocente, se confiant en l’innocence d’autrui, ne peut se prolonger que dans un bien petit m mbre de situations.
On personnifie l'Innocence sous la figure d’une jeune fille, vêtue de blanc , couronnée de palmes , une main posée sur le cœur , les yeux levés au ciel, avec un agneau couché à ses pieds. CS DE BRaDI.
INNOCENT. Treize pontifes de ce nom ont occupé la chaire de saint Pierre, dans l'intervalle de 402 à 1724.
INNOCENT I‘, né à Albano, succéda au premier Anastase, en 402, sous le règne de l’empereur Honorius. C'était un prêtre renommé pour sa piété et sa sagesse. IL appuya saint Jean Chrysostome contre les décisions du concile de Chesne (près de Chalcédoine), qui avaient banni cet ilsustre évêque du siége de Constantinople, C’est également pendant son pontificat que le moine Pélage remplit la Palestine de ses doctrines et de ses violences. Saint Jérôme , persécuté par les pélagiens, au nombre desquels se distinguaient Théodore de Mopsueste et l’évêque Jean de Jérusalem, écrivit au pape Innocent pour implorer sa médiation apostolique. Saint Augustin vivait à cette époque : il dénonça la même hérésie an siége de Rome, et les lettres d’Innocent aux évêques d'Orient forment une partie de son histoire. Plusieurs décrétales, adressées aux évêques d’1talie, des Gaules et d’Espagne, attestent encore son zèle pour la discipline de l’Église, et surtout son habileté à faire tourner tous ces événements, ces appels et ces décisions, au profit de la papauté. Son pontificat de quinze ans fut troublé par l'invasion d’Alaric, roi des Goths, qui mit deux fois: le siége devant Rome, et finit par la livrer au pillage. Les ennemis du pontile l'accusent d'avoir ménagé la colère du vainqueur en tolérant le rétablissement de quelques cérémonies païennes. Baronius le défend contre ce qu'il appelle une calomnie de Zosime ; mais l’abbé Fleury ne se prononce pas. On convient plus généralement de la persécution qu'il fit subir aux novatiens et de leur bannissement par ses ordres. IL mourut le 12 mars, ou le 28 juillet 417. L'Église l’a placé au rang des saints.
INNOCENT II succéda, en 1130, à Honorius II. 11 était Romain, et se nommait Grégoire ; c'était un moine de Saint- Jean-de-Latran, que Victor II avait mis à la tête du monastère de Saint-Nicolas, qu'Urbain 11 avait fait cardinal, et que Calixte II avait envoyé en France comme légat. Les cardinaux du conclave se divisèrent en deux partis. Deux dissidents lui opposèrert un antipape dans la personne de Pierre de Léon, cardinal de Sainte-Marie de Transtévère, qui prit le nom d’Anaclet II et s'empara à main armée de là basilique de Saint-Pierre, de plusieurs autres églises et de leurs trésors. Innocent 11 et dix-huit de ses électeurs se réfugièrent à Pise, et chacun des deux pontifes écrivit à tous les souverains de la chrétienté pour les attirer dans son part. Roger, duc de Calabre, fut le seul qui reconnut Anaclet. I en fut récompensé par le titre de roi de Sicile, et quelques villes d'Italie stivirent son exemple, Mas 1e