‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 261 sur 522 · INNOCENT · texte numérisé non relu

INNOCENT

els; et il entretint ainsi pendant dix ans la guerre civile dans l'Empire. En France, Philippe-Auguste avait répudié Ingelburge de Danemark, pour épouser Agnès de Méranie, et le pape Célestin avait toléré ce divorce. Innocent LIL ordonna au roi de reprendre sa première femme, et, lançant l’interdit sur le royaume, y souffla dix ans entiers le feu de la discorde.

La prédication d'une croisade nouvelle se mélait à ces empiétements du saint-siége, Ses légats parcouraient l’Europe entière pour exciter les princes et les peuples à combattre

le fameux Saladin. Richard d'Angleterre, Philippe de |

France, et un grand nombre de seigneurs , se croisèrent, et le pape écrivit à tous les princes chrétiens de l'Orient,

pour assurer le succès de cet armement européen. Mais | les nouveaux croisés firent tout autre chose que de délivrer |

le saint-sépulcre : ils prirent Zara, pour enrichir Venise des dépouilles du roi catholique de Hongrie. Ils détrônèrent les empereurs grecs de Constantinople, et ne parurent en Palestine que pour y donner le triste spectacle de leurs divisions. Innocent III s’épuisa vanement en excommunications. Cette croisade, qui bien dirigée aurait suffi à la conquête de

Asie, manqua entièrement son but, et ne fit que raffermir |!

la domination des Sarrasins. Le pape s’en consola en recevant la soumission des Bulgares à l’Église romaine, et en donnant des rois à ce peuple ainsi qu’à la Servie.

Une croisade plus odieuse, plus sanguinaire, fut prêchée par Innocent III contre les malheureux Vaudois ou Albigeois. C’est en 1198 que commença celte persécution ar-

mée, qui dépeupla le Languedoc, la Gascogne et le pays de |

Foix; les princes, les seigneurs y coururent à la voix d’Innocent III et de ses légats, parmi lesquels se distinguait saint Dominique, le fondateur de l’inquisition, pour hâter l'extermination de ces malheureux séctaires. Mais, par un contraste que peut seule expliquer la cupidité du saint-

dant dix ans. Platine a eu l’effronterie de le mettre au rang des saints. Sainte Lutgarde de Brabant prétend, au contraire, l'avoir vu en enfer. Contentons-nous de reconnaître en lui un grand pontife, et dans son règne l'apogée de la puissance pontificale. On lui doit un volumineux recueil de lettres fort curieuses, d’intéressantes décrétales, un commentaire sur les sept Psaumes de la Pénitence, un livre de controverse sur les Sacrements, des discours et des homélies. INNOCENT IV (SuniBaAzn DE FIesQuE) était issu des comtes de Lavagne, du pays de Gênes. Cardinal de la promotion de Grégoire IX, il fut élu, le 24 juin 1243, à la place de Célestin IV, après une vacance de vingt mois. Son premier soin fut de terminer, par un traité, le long discord de Frédéric II avec le saint-siége. Mais l’empereur n'ayant point voulu se soumettre aux humiliantes conditions du nouveau pontife, Innocent IV craignit d’être surpris dans Rome, et, se sauvant, de nuit, à cheval, courut se réfugier à Gênes. Sur le refus des rois d'Aragon, d’Angleterre et de France, auxquels il avait demandé un asile, il se rendit à Lyon, qui n’appartenait alors qu’à son archevêque. Là, dans un concile auquel assistèrent les délégués de Frédéric If, emporté par le ressentiment de sa fuite, il prononça la déposition de l’empereur, son ancien ami, et pressa les électeurs d’en nommer un autre. Henri, landgrave de Hesse, accepta ce périlleux honneur, qui lui coûta la vie dans une bataille contre Conrad, fils de Frédéric. Le comte Guillaume de Hollande prit sa place’, et fut battu dans plusieurs rencontres. Frédéric eut cependant pitié de l'Allemagne et de l’Italie, que désolait une aussi longue guerre. Mais l’inflexibilité d’Innocent IV repoussa toutes ses ouvertures, quoiqu’elles fussent appuyées de la médiation du roi de France, saint Louis. Frédéric ne trouva de paix qu’au tombeau, où il descendit en 1251, après avoir échappé à

. une tentative d’empoisonnement, que les ennemis du pape

siége, le persécuteur des Albigeoïis prenait les juifs sous sa

protection, et défendait par ses bulles d'employer la vio-

lence pour les convertir. Cependant, la guerre civile conti- | nuait à dévaster l'Allemagne, et les deux prétendants, s’a- |

dressant tour à tour à la cour de Rome, lui sacrifiaient successivement toutes les prérogatives de l’Empire. Inno-

lui attribuèrent. Conrad hérita de la haïne d’Innocent IV, qui soutint vainement le comte de Hollande. Ce prétendu César fut contraint d’abdiquer; et le pape offrit successivement la vouronne impériale au comte de Gueldre, au due de Brabant, au comte de Cornouailles, et au roi de Nor-

. vège, Haquin. Les guelfes d’Italie ayant cependant triomphé

cent III, dont les prédécesseurs attendaient la confirmation de l’empereur avant de prendre possession du saint- | avait déjà passé les Alpes. Les deux partis négocièrent et

siége, prétendit que le pape avait seul le droit de confirmer le choix des électeurs germaniques. Un discord survenu

entre le roi Jean sans Terre et le cardinal Langton fournit | à Innocent III l’occasion de s’immiscer dans les affaires | de l’Angleterre. Ce royaume fut mis en interdit, offert à Phi. :

lippe-Auguste, adjugé à son fils Louis; et, le roi Jean s’éfant soumis au saint-siége au moment où la flotte française allait exécuter le décret du Vatican, Innocent III lança l'anathème sur le roi de France, parce qu'il persistait dans une entreprise que le pape avait intérêt à abandonner. Mais cette fois Philippe-Augustene céda point à ses caprices, comme

il l'avait fait en abandonnant Agnès de Méranie, pour re- |

prendre Ingelburge. Louis descendit en Angleterre, se fit

reconnaître dans Londres, malgré les légats de Rome, et |

ne céda que plus tard, lorsqu'il se vit abandonné des Anglais |

qu’il avait soutenus contre Jean sans Terre, Innocent 1] fut plus heureux en Allemagne. Othon IV , se voyant seul maitre de l’Empire, après l'assassinat de Philippe de Souabe, refusait de rendre au pape les terres de la comtesse Mathilde, Le pape l’excommunia pour la troisième fois , et lui donna un nouveau rival dans la personne de Frédéric II. Tels sont les faits principaux qui caractérisent ce pontificat; il n’est pas un souverain catholique, un seigneur considérable, que n’ait attaqué, insulté ou soumis Innocent IL; et, au milieu des embarras que lui suscitait son ambition, il ne perdait jamais de vue la délivrance de la Terre Sainte. Mais la mort arrêta tout à coup ses grands desseins et ses usurpations. 11 mourut d’une attaque de paralysie, ou d’indigestion, suivant d’autres, à l’âge de cinquante-

cinq ans, le 16 juillet 1216, après avoir porté la tiare pen- ”

DICT. DE LA CONYERS. — T. AI

des gibelins, Innocent IV se décida à renier dans Rome, et fit prêcher une croisade contre Conrad, ont l’armée

se battirent pendant trois années ; et la querelle ne iat assoupie que par la mort de Conrad, arrivée le 21 mai 1254.

La maison de Souabe n’eut plus à sa tête qu’un enfant de deux ans, appelé Conradin. Son tuteur, Mainfroi, reconnut la suzeraineté du saint-siége sur la Sicile, et parut d’abord fidèle à son serment; mais l’ambition d’Innocent IV ne tarda point à renouveler la guerre, et il la légua à son successeur. L’excommunication des rois d'Aragon et de Portugal , sur les plaintes des évêques de leurs royaumes , l’inutile publication d’une croisade pour secourir saint Louis en Égypte, et une protection éclatante accordée aux juifs d'Allemagne, tandis que les États chrétiens étaient ruinés par les extorsions des légats, complètent l’historre de ce pape, qui mourut à Naples, le 7 décembre 1254. Le frère Amat de Gaveson, historien ecclésiastique, l’a surnommé le Père du droit et de la vérité; d’autres l’ont appelé Le Père du mensonge. Mais tout le monde est d'accord sur sa cupidité, si bien prouvée par ses dernières paroles à ses parents : « Pourquoi pleurez-vous, bonnes gens? leur dit-il ; je vous laisse tous riches. »

INNOCENT V (Prernx DE TARENTAISE) succéda à Grégoire X, le 20 janvier 1276. C'était un moine, qui avait occupé successivement les siéges de Lyon et d’Ostie. 11 ne régna que cinq mois et deux jours, et mourut le 22 juin de la même année, après avoir essayé de raffermir {a paix de l'Italie et de faire confirmer par l’empereur Michel Paléologue la réunion des deux Églises grecque et tatine.

INNOCENT VI (Étienne AUBERT). Né à Reissac, près de Pompadour, dans le Limousin, il avait professé le droit

EN

civil à Toulouse, était devenu juge-mage de cette ville en 1335, évêque de Noyon en 1337, de Clermont en 1340, cardinal en 1342, et évêque d'Ostie en 1351. Il fut enfin élu pape à Avignon, où résidait alors la cour pontificale,

18 décembre 1352, à la place de Clément VI. Son début ut de casser un règlement fait par les cardinaux pendant la vacance, et qu’il avait juré de maintenir lui-même, et d’ordonner aux prélats d’aller résider dans leurs diocèses. Son légat, Gilles d’Albornos, fit une rude guerre en Italie aux nombreux usurpateurs du patrimoine de saint Pierre. Un autre légat se rendit à Rome pour couronner l'empereur

pas même passer la nuit dans la ville des Césars. C’est à ce pape qué Jean Paléologue soumit l’Église grecque, pour l'engager à lui prêter les secours de la catholicité contre les Turcs. La persécution de la secte des fraticelles est une tache à la vie de ce pontife; mais il n’en laissa pas moins une grande réputation de savoir et de piété, malgré les déclamations de Pétrarque contre les vices, trop réels, de la cour d'Avignon. Innocent VI n’est accusé par des écrivains iropartiaux que d’avoir trop enrichi ses parents; il mourut, accablé de vieillesse et d’infirmités, le 12 septembre 1362. INNOCENT VII ( Cosmaro MELIORATO) était né à Sulmone, patrie d’Ovide. Légat d’Urbain VI en Angleterre, archevêque de Ravenne, et cardinal de la promotion de Boniface IX, il fut élu le 17 novembre 1404, à la place de ce pontife. Le grand schisme d'Occident durait encore. L’antipape Benoît XIII était toujours reconnu par la France ; mais le nouveau pape avait juré, avec les cardinaux de son conclave, d'employer tout son zèle, tous ses soins, à terminer cette longue querelle, dût-il y sacrifier sa tiare. Cependant, a peine Sur le saint-siége, iloublia son serment ; et les deux rivaux ne cessèrent de se jouer l’un de l’autre, ainsi que des princes qui sollicitaient leur pieux concours pour mettre un terme aux discordes de l'Église. La ville de Rome était sivrée à deux factions diverses, qui la dominaient et la pillaient tour à tour. Celle des Gibelins, dirigée par les Coionne, et poussée par Ladislas, roi de Naples, força le nouveau pape à quitter la ville, peu de jours après son exaltation. Une paix plâtrée lui permit d’y rentrer; mais les mêmes intrigues le réduisirent encore à la nécessité de se réfugier à Viterbe, pendant que Jean de Colonne régnait au Vatican au nom du peuple, qui lui donnait le surnom papal de Jean XXITI. Innocent VII prit le parti d’excommunier Ladislas, et cet anathème fit un tel effet sur ce roi conspiraæur, qu’il supplia le pape de lui permettre de sortir dn chàteau Saint-Ange et de retourner païsiblement dans ses États, A peine rentré dans Rome, Innocent VII fut enlevé par une attaque d’apoplexie, le 6 novembre 1406. On vante sa vertu et la douceur de ses mœurs; mais les historiens oublient le mépris de ses serments, et la tolérance qu’il eut pour les crimes et les assassinats de son neveu Louis Meliorato. INNOCENT VIIL (JEAN-Baprisre CIBO) était Génois. Né en 1432, il passa au service des rois de Naples Alphonse et Ferdinand , fut cardinal etévêque de Savone sous Paul IT, dataire et évêque de Melfi sous Sixte IV, et succéda à ce dernier, le 24 août 1484. Sa vie avait été jusque là si déréglée, que l'historien le plus favorable lui donne sept enfants naturels dediverses femmes. L'histoire des conclaves nous a révélé les intrigues et les marchés honteux qui lui valurent la tiare. La pacification de l'Italie devint le premier objet de ses soins ; et son désir constant fut de tourner toutes les forces de la chrétienté contre Bajazet. Mais son ambition et son avarice ruinèrent ce grand projet, et il ne put accuser que luimême du peu de succès de ses prédications. Ayant en son pouvoir le prince Zizim, frère du Sultan, qui lui avait été remis par le grand-maître de Rhodes, il reçut une am assade de ce même Bujazet, w’il voulait anéantir, et consentit, moyennant 120,000 écus d’or, à se faire le geôlier du prince. Ses légats n’en préchaient pas moins la croisade dans toute VEurope ; mais on ne tarda point à reconnaître que le seul but d’Innocent VIII était, sous ce prétexte , de prélever de

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