‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 326 sur 522 · ION — IONIE · texte numérisé non relu

ION — IONIE

de verser dans la coupe d'Ion, étant tombée roide morte, découvrit l’odieux projet formé par Créuse. Condamnée à être lapidée, celle-ci se réfugia près de l'autel d’où Jon allait l'arracher, quand parut uae prêtresse tenant à la main Ja corbeille dans laquelle Créuse avait autrefois exposé son enfant. Créuse la reconnut aussitôt, de même que son propre fils dans Ion, à qui elle apprit qu'Apollon était son père. Mais la prêtresse qui leur confirma la chose à tous deux leur persuada de la laisser ignorer à Xuthus, qui continua à regarder Ion comme son fils. Euripide a composé sur cette donnée sa tragédie d’Zon.

Jon, suivant la tradition, se distingua de bonne heure par ses hauts faits, et, vers l'an 1406 avant J.-C., il conduisit une colonie dans le Péloponnèse. Il y obtint le royaume | d'Égyale, et donna au pays son propre nom, 1onie. Choisi pour chef par les Athéniens dans une guerre contre les habitants d’Éleusis , il vainquit les Thraces, et fut reconnu roi par les Athéniens, qui se firent appeler Zoniens en son honneur. Vers 1350 avant J.-C., il alla s'établir sur la côte occidentale de l'Asie, Une autre tradition le fait revenir plus tard et moarir à Athènes,

IONA. Voyez ICOLMKILL.

IONIE , IONIENS. Lon, tige d’une des trois principales |! branches de la famille hellénique, avait pour père Xuthus, pour aïeul Hellên, Deucalion pour bisaïeui, puis, en remontant, Prométhée et Japhet pour ancêtres ; enfin, Achéus était son frère ainé. Tandis que ce dernier quittait le Péloponnèse pour aller régner en Thessalie sur les domaines de | ses ancêtres, lon, comme son frère, conduisait une colonie dans l’Égyalé (partie du Péloponnèse située sur le golfe de Corinthe). Comme il marchait les armes à la main, et s’annonçait en conquérant, Selinus, roi du pays, lui envoya | offrir sa fille en mariage, et l’adopta pour son héritier présomptif. Ion accepta ces propositions, et bâtit uue ville appelée Hélia, du nom de son épouse. Il succéda à son beaupère Sélinus, l’an 1403 avant J.-C. 11 régrait dans l’Égyalé, lorsque les Athéniens, en guerre avec ceux d’Éleusis, lui donnèrent le commandernent de leur armée; mais il mourut quelque temps après (1360). Ses descendants se maintinrent sur le trône de l’Égyalé , qui prit alors le nom d’Jonie : | ils y bâtirent douze villes ; mais au temps du retour des Héraclides, en 1189 , les Achéens, chassés aussi d’Argos |

et de Mycènes par les Doriens, se réfugièrent au nord du | Péloponnèse, et, secondés par ces mêmes Doriens, forcèrent | les Ioniens de leur ahandonner l’Égyalé; et cette contrée changea son nouveau nom d’Ionie contre celui d'Achaie, qu'elle conserva toujours.

Alors, les Ioniens se réfugièrent en Attique; car Athènes passait pour la métropole de toutes les tribus ioniques, Les Athéniens mirent d'autant plus d’empressement à recevoir | ces hôtes, dont le nombre allait augmenter leur population et leur puissance, qu’ils y trouvaient un moyen de contrebalancer l'accroissement de territoire et de force que venaient d'obtenir les Doriens par leurs rapides conquêtes. De là naquit entre la race dorique et ionique cette rivalité fameuse, qui subsista jusqu'aux derniers temps des républiques helléniques. Dès le règne de Codrus cette haine conduisit les Doriens à envahir les frontières de PAttique (1132). Les Athéniens perdirent alors la Mégaride, et, trop resserrés dans leur territoire, peu fertile, se virent hors d'état de donner plus longtemps un asile aux Ioniens.

Une émigration lointaine devint nécessaire : Nélée et Androclus, fils de Codrus, mécontents d’être réduits à la condition privée dans un pays qui avait vu régner leur père (car on sait qu'après Codrus les Athéniens n’avaient lus voulu de roi), se mirent à la tête d’une nombreuse ‘migration (1130). Aux loniens, qui en formaient, pour ainçi dire, le noyau, se joignirent des habitants de la Phoside, de la Béolie et des provinces voisines : on fit voile vers l'Asie Mineure; on chassa des rivages méridionaux de la Lydie ct du nord de la Carie les anciens habitants, | qui étaient une race mélée de Lydiens, de Cariens et de |

Pélasges. Bientôt les Joniens joignirent à leurs possessions continentales les îles de Samos et de Chios. Douze villes furent fondées, ou du moins repeuplées par eux : c'étaienr, sur la terre ferme, Phocée, Érythrée, Clazomènes, Téos, Lébédus, Colophon, Éphèse, Priène, Myunte, Milet; et dans les îles, Samos et Chios. Ces villes formaient la confédération ionique. Situées sous le plus beau climat du monde, elles devinrent bientôt florissantes : elles avaient toutes un temple commun, bati non loin d'Éphèse, sur le promontoire de Mycale, consacré à Neptune, et nommé le Panionion. Là chaque année les douze villes célébraient une fête nationale et religieuse, et envoyaient leurs députés, qui délibéraient sur les affaires générales de la confédération.

A cette époque, presque tout le littoral de l’Asie Mineure devint grec : les Éoliens avaient même précédé les Ioniens dans cette émigration (1193-1151) : ils occupaient le rivage de la Mysie et de la Lydie, depuis le promontoire Lectum au nord, jusqu’au lieu où fut bâti Smyrne,

| et qui confinait à l’Ionie. Postérieurement, une partie des

Doriens, se trouvant eux-mêmes à l’étroit dans le Péloz ponnèse et dans la Mégaride, allèrent se fixer au midi de l'Asie Mineure, sur la côte de la Carie, qui prit alors le nom de Doride. Is peuplèrent aussi la Crète, Rhodes, Mélos et d’autres îles (1131-1116). Comme les loniens, les Éoliens et les Doriens formèrent deux confédérations distinctes. Pendant deux siècles, les Ioniens eurent à combattre les rois de Lydie, depuis Gygès jusqu’à Crésus, à qui la conquête de l’Ionie et celle de l’Éolie étaient réservées , mais il respecta la liberté intérieure des différentes cités,

| qui conservèrent leurs lois et leur gouvernement particulier.

Le moment vin£ où Crésus, vaincu à Thymbrée par Cyrus,

| roi de Perse (545), lui céda avec son royaume héréditaire

sa domination sur toute l’Asie Mineure. Ici l’on trouve la noble émigration des Phocéens, qui, désertant leur ville,

| occupée par les Perses, aïlèrent s'établir sur la côte méridionale de la Gaule, et fondèrent notre antique et toujours

florissante cité de Marseille.

Confondues ainsi dans une même conquête, les colonies io-

| niennes, éoliennes et doriennes, demeurèrent toujours sépa-

rées, sous le rapport du langage, des mœurs et des préjugés

| nationaux. La langue grecque fut même assujettie aux mo- , difications des trois dialectes ionien, éolien et dorien. L’io-

nien différait un peu de l’attique, ce langage si beau, que

| les Athéniens seuls parlaient dans toute sa pureté. L’élé-

gance et la douceur donnaient un charme particulier au dialecte ionien, dans lequel ont écrit Hippocrate et Hérodote. Les mœurs des loniers et leurs arts présentaient la même physionomie de douceur et d’élégante mollesse. Durant les siècles de paix et de bonheur qui s'étaient écoulés

| entre l’émigration des Ioniens et la conquête persane, leurs

colonies, aussi bien que celles des Éoliens et des Doriens, ne tardèrent pas à devenir l’entrepôt d’un commerce dont les habitudes et l’activité se sont perpétuées d’àge en âge, sans interruption, jusqu’à nos jours, dans les Échelles du Levant. Apportant l'esprit actif, ingénieux, entreprenant, de la nation hellénique dans un pays qui avait de fréquentes communications avec la haute Asie, alors très-civilisée , les nouveaux habitants de l'Asie Mineure surpassèrent de bien loin les Grecs de l’Europe par leurs progrès dans les arts et dans les sciences. Des temples qui réunissaient à l’élégance des proportions la magnificence des ornements s'étaient déjà élevés dans l’Ionie , alors qu’Athènes, sa métropole, attendait encore ies monuments de sculpture et d'architecture qui devaient l’embellir.

Paisibles et soumis sous le règne des dominateurs persans, Cyrus, Cambyse et Smerdis, les Ioniens se soulevèrent l’an 502 sous le règne de Darius, et chassèrent leurs tyrans. Pendant six ans, les Joniens opposèrent une résistance héroïque aux forces du grand roi. Milet, assiégé par terre et par mer, succomba enfin, et avec elle l'ionie. La victoire fut cruelle : les femmes et les enfants furent em-

menés captifs, les hommes faits passés au fil de l'épée. Plusieurs autres cités eurent le même sort; une foule d’Ioniens allèrent au loin, en Italie, en Sicile, en Afrique, chercher un asile et la liberté, Mais comme une nation ne meurt pas facilement, l’Ionie ne tarda pas à redevenir florissante.

Durant les guerres médiques , les rois de Perse se servirent contre les Grecs des forces de l’Ionie; mais à Salamine, mal en prit à Xerxès d’avoir compté sur leur flotte : au milieu du combat, ils firent défection, et ce mouvement entraina la déroute des Perses. Au promontoire ionien de Mycale, les Perses, vaincus par les Grecs, auraient pu encore opérer leur retraite; mais les Milésiens, qu'ils avaient chargés de garder les défilés de ce promontoire, arrêtèrent leur fuite, au lieu de la favoriser; et les Spartiates, qui combattaient de ce côté, purent à loisir égorger les fuyards. Les vaisseaux des Perses, leur camp, la liberté de l’Ionie, furent le prix de cette mémorable journée de Mycale, éclairée du même soleil que la victoire de Platée( 27 septembre 479), remportée sur les Perses au sein de la mère-patrie. Depuis lors, l'influence d’Athènes fut assurée en lonie. L’Athénien Cimon (449), après une suite de victoires éclatantes, dicte aux Perses le traité par lequel ils reconnaissent la liberté des villes grecques de l’Asie.

La guerre du Péloponnèse, qui éclate en 431, et qui doit

durer près d’un demi-siècle, donne une nouvelle importance politique aux cités ioniennes, éoliennes et doriennes de PAsie Mineure. Les parties belligérantes, Athènes et Sparte, reconnaissent que de leur concours ou de leur possession dépendra le triomphe. Les Grecs d'Asie, entraînés par les Ioniens, embrassent naturellement d’abord le parti d’Athènes ; mais plus tard les efforts de Sparte réussirent à faire passer sous sa loi Joniens, Éoliens et Doriens. Enfin, par le traité d’Antalcidas (387), Sparte, détruisant le noble ouvrage d'Athènes et de Cimon, livra au grand roi l’indépendance des villes grecques de l’Asie Mineure. Il ne paraît pas que le joug des Perses ait été bien écrasant pour elles; car elles ne cessèrent pas d’être riches et florissantes , de jouir de la liberté de leur commerce, comme de leuxs institutions intérieures. Surpassés depuis le siècle de Périclès par les Athéniens dans les plus nobles productions de la poésie, la sculpture et l'architecture, les Ioniens n’en demeurèrent pas moins les maîtres en l’art d’embellir Pexistence, par tous les prestiges des arts et de la mollesse, et par tous les plus doux loisirs de la science et de la volupté. Enfin, à cet égard ils reprirent leur supériorité lorsque la Grèce dégénérée se laissa subjuguer par la mollesse. Philosophes, courtisanes , poëtes, courtiers , peintres, ouvriers, prosateurs, cuisiniers, tout ce qui donnait tant de charmes à la vie, dès lors si gaie et si efféminée, des Grecs, se trouvait à Milet, à Smyrne, à Colophon. Charles Du Rozor.

IONIEN (| Dialecte ). Voyez Jonie.

IONIEN (Mode). Dans la voluptueuse Ionie, la musique dut nécessairement suivre les intonations, les inflexions molles de la langue : aussi son mode musical était le plus efféminé de tous. D’abord, la musique des Grecs s’échelonnait sur trois principaux modes : le plus grave s'appelait le dorien ; le phrygien tenait le milieu; le plus aigu était le lydien. Les fondamentales de ces trois modes étaient à un tan de distance l’une de l’autre : on partagea chacun de ces tons en deux intervalles, et l’on fit ainsi place à deux autres modes, l’ionien et l’éolien, dont le premier fut inséré entre le dorien et le phrygien. Dans la suite, le système s'étant étendu à l’aigu et au grave, on eut, parmi les nouvelles dénominations que l’on donna à ces innovations dans le système musical, l’a7per-ionien (le dessus-ionien ou l’ionien aigu). Le mode dorien était le centre de tous ces modes, Le mode ionien convenait aux fêtes et aux danses voluptueuses de l’Asie, cette belle contrée aujourd’hui des almas et des bayadères, DENNE-BARON.

IONIENNE (École). Voyez Ionique ( École).

IONIENNE (Mer). On donne ce nom à la partie de la

mer Méditerranée située entre la côte occidentale de l’Alba- |

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