IONIE — IONIENNES
nie, le royaume de Grèce et la côte orientale de la Cal2bre, elle le doit incontestablement aux Ioniens, qui habitaient la côte occidentale du Péloponnèse. Cette mer forme le golfe de Tarente, entre la Calabre, la Basilicate et la Terre d’Otrante ; plus loin, le golfe de Patras, et au delà du détroit de Lépante, celui de Corinthe ou de Lépante, tous deux situés entre le Péloponnèse et la terre ferme de la Grèce; puis celui de lArcadie (le golfe de Chypre des anciens ) ; à l’occident du Péloponnèse; et enfin celui d’Arta (le golfe Ambracique des anciens), sur la côte de l’Épire, entre la Grèce et l’Albanie.
IONIENNES (Iles). On désigne sous ce nom générique les îles de Cor fou ,de Paxo (la plus petite de toutes, avec 5,500 habitants, sur une surface d’un myriamètre carré, environ), de Sainte-Maure, de Céphalonie, Zante, Théaki (Ithaque), situées dans la mer Jonienne, près de la côte occidentale de Albanie et du royaume de Grèce, ainsi que l’île de Cerigo, voisine de l'extrémité méridionale du Péloponnèse, et les divers flots qui en dépendent. Eiles sont une grande importance en raison de leur position, qui de= mine les mers du Levant, et ont formé une république grecque particulière, placée sous le protectorat de l’Angleterre, jusqu’en 1863, où elles ont été réunies à la Grèce. Ces îles ont ensemble une superlhcie d'environ 36 myriamètres carrés, et sont très-montagneuses. Fertiles dans les vallées et sur les côtes, elles sont d’une stérilité extrême sur les crètes dénudées des montagnes, dont l’une atteint à Céphalonie 1,700 mètres d’élévation. On y jouit d'un climat délicieux, bien que très-chaud en été; mais elles sont sujettes aux ouragans et aux tremblements de terre, et l'eau y fait défaut sur plusieurs points. Sous le rapport physique, du reste, elles participent complétement de la nature du sol de la Grèce, et notamment de la Grèce insulaire. On n'y trouve pas de forêts ; et en fait de céréales , elles produisent à peine
| le tiers de leur consommation ; en revanche, le vin, les fruits
de toutes espèces, les raisins secs, l'huile et le sel forment avec le coton et le chanvre ieurs principaux articles d’ex-
| portation. On y élève peu de gros bétail, un peu plus de
moutons, de chèvres; mais l'éducation des pigeons, des abeilles, des vers à soie, la chasse aux cailles et la pêche y donnent d'importants produits. Le règne minéral y fournit du sel, de la houille, du soufre, du marbre et du bitume.
Le nombre des habitants, après avoir pendant quelque temps beaucoup diminué, par suite de fortes émigrations en Grèce et de la décadence du commerce, atteignait en 1871 le chiffre de 218,879 habitanis, Sauf environ un millier d’Anglais, s'occupant surtout de commerce, 5 à 6,000 juifs et 10,000 Italiens , tout le reste de cette population est dr, race grecque ou albanaise, Sauf les juifs et les protestants anglais, un sixième professe la religion catholique ; et les cinq autres sixièmes appartiennent à la religion grecque. Le plus haut dignitaire de l’Église grecque est l’éparque, dont les fonctions sont tour à tour exercées par les quatre métropolitains de Corfou, de Zante, de Sainte-Maure et de Céphalonie. Le haut clergé est salarié par l'Etat, mème celui de l'Église catholique, qui n’y jouit pas de toute son indépendance et à la tête de laquelle sont placés un archevêque et deux évêques. Le clergé ne peut correspondre que par l’intermédiaire du sénat avec des prêtres ou des autorités temporelles étrangères. Il a été amplement pourvu aux besoins de l'instruction publique par des écoles particulières et centrales , par deux gymnases et par une université à Corfou ; aussi les Grecs des îles Ioniennes l’emportent-ils en ce qui est des lumières et de l'instruction sur tous les autres Grecs. La population est divisée en nobles (avec des titres italiens), propriétaires de la plus grande partie du sol, en bourgeois et en paysans, qui ne sont que fermiers ou métayèrs.
La culture des terres, avec les industries qui s’y rattachent, la pêche, la navigation et le commerce, sont les principales occupations de la population qui devient parfois trop nombreuse et dont l'excédant va gagrer sa vie sur l: continent, Le commerce, qui de même que la prospérité
IUNIENNES
générale du pays, est aujourd'hui ex voie de progrès, s’élève à près de trente milliens de francs pour l'importation (en 1864 l'importation pour les provenances de tous pays était de 28,774,500 fr.; et, en 1863, de 30,804,260 fr.) et à plus de vingt millions pour l'exportation (en 1565, 23,263,910 fr.). Du côté des importations, la différence en moins porte à peu près sur toutes les marchandises. La cessation du protectorat britannique a nécessairement contribué à cette diminution par suite d’une moindre consommation des substances alimentaires, des vins et des esprits. Le départ des Anglais a aussi donné lieu à l’émigration de beaucoup d'artisans maltais et étrangers, qui se sont trouvés tout à coup privés de travail. Du côté des exportations, la différence en moins porte principalement sur l'huile d'olive et le raisin de Corinthe. Le défaut d'égalité dans le rendement qui, pour lhuile surtout, se produit très-souvent, porte une grave atteinte tant aux ressources des particuliers qu’à celles du fisc. Les principaux débouchés des articles exportés ont été jusqu’à présent la haute et la basse Albanie et une partie de la Grèce. Les produits ioniens sont, par rang d'importance, l'huile d’olive, les raisins de Corinthe, le vin et le froment. Le blé récolté ne fournit cependant qu’un faible contingent à la consommation locale ; aussi les récoltes sont-elles le principal article d'importation (blé, maïs, orge et avoine, pour 10 à 11 millions de fr. par an). Quant aux existences des animaux domestiques, voici quel en était le nombre en 1863 : 13,000 chevaux, 11,000 bêtes à cornes, 132,000 moutons, 113,000 chèvres.
Les seize ports qu'on trouve dans ces îles, et entre lesquels celui de Corfou occupe le premier rang, sont tous des ports francs. La marine marchande ne lai-se pas que d’avoir une certaine importance. Céphalonie, à elle seule, possède au delà de quatre cents navire:. Le mouvement maritime des îles Ioniennes, en 1864, s’est effectué aïusi : entrce, 758 navires, ja! geant ensemble 109,995 tonneaux; sortic, 785 navires, de 111,359 tonneaux. La Turquie, VAutriche, la Grèce , l'Angleterre et l'Italie tiennent le premier rans. Des services réguliers de bateaux à vapeur relient l’archipel aux principales places de commerce de l'Italie et du Levant,
Les revenus publics, qui consistent en grande partie dans le produit des taxes indirectes, s’élevaient, en 1860, à 3,521,375 fr., et les dépenses à 3,77 9,675 fr., non compris l'entretien de l’armée anglaise, qui ne coûtait pas moins de 3,250,000 fr. par an, et accroissait dès lors notablement le déficit. La dette publique était évaluée à 7 millions et demi. Il y avait en outre un budget comm'nal, dont les recettes, très-variables, étaient toujours inférieures aux dépenses, La garnison anglaise se composait de 3,000 hommes. à quoi il fallait ajouter quatre régiments de milice indigène, forts chacun de 800 hommes.
Aux termes de la constitution demeurée jnsquà la fin de 1863 en vigueur, l’assemblée législative ou parlement, ayant mission de régler les dépenses publiques ordinaires, se composait de 40 membres, y compris le président. Sur ce nombre, {1 étaient nommés par le lord haut commissaire, et constituaient le conseil primaire; les 29 autres étaient élus parmi les nobles propriétaires du sol, par les électeurs de chaque île, dans la proportion de leur population respective, mais sur une liste dressée par le conseil primaire. Le pouvoir exécutif et l'initiative étaient confiés à un sénat composé de 6 membres, L'administration, confiée au sénat, était divisée en trois départements : le département général, le département politique et le département des finances. Le lord haut commissaire était investi de pouvoirs extrémement étendus : il dressait les listes électorales; il convoquait extraordinairement l’assemblée législative; il confirmait ou rejetait toutes les lois et ordonnances rendues par le sénat. En outre, il 1ommait la plupart des fonctionnaires de l'administration civile et financière, et même jusqu’à un certain point de l’ordre ju-
diciaire; et il avait la direction supérieure de tout ce qui avait trait aux finances, à la police et à la sûreté jublique. Les îles Ioniennes, depuis leur réunion à la Grèce. sont régies par la constitution de ce pays, adoptée le 29 oct. 1864. Elles sont divisées en 3 préfectures, Céphalonie, Zante et Corfou, ayant pour chefs-lieux les villes du même nom pour ces dernières, el Argostoli pour la première.
Histoire.
Dès les temps héroïques de l'antiquité grecque, on trouve ces iles habitées par des populations helléniques, obéissant à des rois indigènes, que remplacèrent plus tard des institutions républicaines. Après l'époque florissante de la Grèce, elles passèrent toutes sous la domination.des rois de Macédoine, et ensuite sous celle des Romains. Lors du partage de l’'Empire Romain, elles échurent à l'empire de Byzance. Dans les guerres soutenues contre cet empire par les Normands de Naples et par les Vénitiens, elles furent tantôt conquises et tantôt reprises, jusqu'à ce qu’au quinzième siècle les Vénitiens finirent par s’en rendre complétement les maîtres ; et ceux-ci, tout en leur laissant leur crganisation civile et ecclésiastique, les firent gouverner par des provédileurs, en même temps qu’ils réussissaient à en conserver la possession, en dépit de tous les efforts tentés par les Turcs pour lés leur eniever. Lorsque la république de Venise disparut en 1797, elles passèrent sous la domination française; mais dès 1799 elles tombaient au pouvoir des Turcs et des Russes, et en 1800 l’empereur de Russie, Paul I‘, en constitua une République des Sepé Iles-Unies, placée sous la suzeraineté de la Porte. Elle ne se maintint, au milieu de violentes commotions intérieures, et encore grâce seulement à la présence d’une garnison russe, que jusqu’en 1807, époque où les Français s’en emparèrent. Mais à leur tour ceux-ci ne purent en conserver longtemps la possession. En 1811 des forces anglaises vinrent occuper les Iles Ioniennes, à l'exception de Corfou, que la paix de Paris, en 1814, adjugea seule à l’Angleterre.
Aux termes du traité conclu à Paris, le 5 novembre 1815. entre l’Angleterre, l'Autriche, la Prusee et la Russie, ces îles furent alors constituées en un Ééat-Uni des Iles loniennes, placé comme État libre et particulier sous la protection immédiate et exclusive de la couronne d’Angleterre. Le traité conférait à cette puissance le droit d’y entretenir garnison et le commandement supérieur des troupes indigènes. Elle devait exercer son protectorat par un lord haut commissaire chargé de présider à l'administration intérieure , et de réglémenter, d'accord avec un conseil seconde par une assemblée législative, les rapports de l'État-Uni avec la puissance protectrice. Une constitution, à la discussion de laquelle ne prirent part que onze indigènes notables, publiée le 26 août 1817, régularisa ce nouvel ordre de choses ; mais elle accordait à la puissance protectrice des pouvoirs tels qu’ils équivalaient à une souveraineté absolue. Il en résulta des plaintes continuelles, qui, agravées encore par la conduite altière de la plupart des lords hauts commissaires et fonctionnaires anglais, se transformèrent bientôt d’abord en une résistance passive et en conspirations occultes, puis en opposition ouverte et même en insurrection déclarée, à l’époque de la guerre entreprise par les Grecs du continent pour leur indépendance, lorsque le lord haut commissaire Maitland prétendit faire observer la plus stricte neutralité. Cette insurrection, bien que comprimée, n’en couva pas moins sous la cendre pendant longtemps encore, quoique le gouvernement anglais fit beaucoup pour le bienêtre matériel du pays, en y fondant des écoles, en y construisant de bonnes routes, etc., etc.
Les mesures de violence adoptées en 1839, 1841 et 1843 par le lord haut commissaire Howard-Douglas provoquèrent l'opposition la plus vive; et depuis lors il s’est manifesté dans la population une tendance de plus en plus prononcée
, à s'affranchir du protectorat de l’Angleterre pour se réunir | à la Grèce. Sous l'administration du successeur de Douglas,
de lord Seaton, qui partageait de tous points sa manière de voir, des économies furent bien proposées au parlement ; mais, d'un autre côté, on projeta de nouvelles dépenses pour création de ports, de jetées, etc., toutes dépenses bien plus utiles à l'Angleterre qu'aux Iles Ioniénnes elles-mêmes. Par suite de l’attitude franchement hostile que l'Angleterre en vint à prendre alors vis-à-vis de la Grèce, la situation des Iles Ioniennes alla toujours en empirant; et les mesures
rigoureuses auxquelles eut recours le gouvernement anglais
n? fit qu'augmenter encore le mécontentement général.
Les habitants des Iles Ioniennes participèrent aussi à la commotion générale produite en Europe per la révolution de février 1848. Par une pétition en date du 27 mars, on réclama de l'Angleterre la liberté de la presse, l'élection directe des mandataires du peuple, le scrutin secret, la création d'une armée nationale ;'mais l’Angleterre refusa de donner satisfaction à ces vœux si légitimes. Il en résulta, le 27 septembre 1848, à Céphalonie, une insurrection qui gagna bientôt toutes les autres îles et dont le mot d'ordre fut Liberté et réunion à la Grèce. Le gouvernement anglais employa des moyens vigoureux contre ce mouvement, auquel il eut l’habileté de prêter des tendances communistes, et réussit de la sorte à le comprimer. Le Jord haut commissaire actuel, en fonctions depuis le mois de mai 1849, rendit une amnistie dont furent cependant exelus tous les individus qui avaient eu la précaution de se réfugier à l'étranger. Cependant on n’était en réalité parvenu à rétablir le calme qu’à la surface : dès le 30 et le 31 août 1849 éclatait à Céphalonie une insurrection nouvelle, organisée par un parti en relations étroites avec le parti républicain de la Grèce, qui, sous le nom de Jeune Ionie, poursuit la réalisation des utopies socialistes du radicalisme. Après quelques engagements, les troupes anglaises parvinrent complétement à réprimer ce mouvement, dont les résultats les plus appréciables furent des exécutions capitales ordonnées par des conseils de guerre, des persécutions, des arrestations et des condamnations judiciaires; et l’amnistie qu’on publia ensuite contint de nombreuses exceptions.
Le parlement qui s'ouvritle 10novembre dela même année, et duquel on attendait beaucoup, notamment une révision de la constitution dans le sens libéral, ne valut guère au peuple ionien qu’une réglementation meilleure et une extension du droitélectoral. Le nouveau parlement élu en 1850, et dont la session commença le 30 mars, fut prorogé dès le 17 juin, en raison de l'attitude hostile qu’il avait prise visà-vis du gouvernement. Les prétentions que l'Angleterre éleva la même année, au nom des Iles Joniennes, à la possession desfles d'Élaphonisi et Sapienza sur la côte occidenfale du Péloponnèse, n'avaient d'autre but que de vexer la Grèce. Le parlement convoqué vers la fin de 1850, et à l'ouverture duquel sir G. Ward annonça le rétablissement prochain des restrictions auxquelles étaient précédemment soumis le droit d'élection et le droit d'éligibilité, en même temps qu’il détruisait tout espoir de voir jamais l'Angleterre renoncer volontairement à la possession des Iles Joniennes, fut subitement prorogé à six mois, sous le prétexte de collisions nouvelles entre les représentants du peuple et le sénat, mais en réalité parce que le lord haut commissaire “raignait de voir l'assemblée adopter un décret ( 8 décembre 1850) par lequel les Iles loniennes déclaraient leur indépendance ainsi que leur réunion à la Grèce, et qui devait être adressée à la puissance protectrice pour être communiqué
aux autres grandes puissances. Cependant le gouvernement anglais se montra de plus en plus disposé à faire des concessions, et l'opinion publique s'étant encore hautement manifestée dans le sens du parlement, il finit par renoncer, de lui-même, à son droit de protectorat. En verlu du traité de Londres (14 novembre 1863), la répu blique des îles Ioniennes cessa d’avoir une existence Indépendante et fut réunie au royaume hellénique.
IONIQUE ( Ecole ). On comprend sous cette dénomtnation les plus anciens philosophes grecs, tels que Tha-