‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 341 sur 522 · ISLAM · texte numérisé non relu

ISLAM

vicunent du verbe salama, qui signifie se résigner, se soumettre à la volonté de Dieu (voyez Dyx).

ISLANDE , ile située tout au nord de notre hémisphère, entre le 63° 23’ et le 66° 33’ de latitude septentrionale, le 15° 40’ et le 26° 51’ de longitude orientale, à 105 myriamètres des côtes de la Norvège, 24 de celles du Groënland, et appartenant au Danemark, est Pun des points les plus inté-

ressants du globe. Sa superficie est d'environ 984 myria- * mètres carrés ; mais elle n'est habitée que sur sa côte sudouest, et offre à l’intérieur l'aspect de la plus effrayante désolation. Enfourée de mers tempétueuses et le plus souvent hérissées de gigantesques glaçons, bordée de rochers et d’écueils, l'œil n’y aperçoit que des plaines de glace s’étageant en forme de terrasses et dominées par des montagnes couvertes de neige et de glaces éternelles; que des rochers confusément roulés les uns sur les autres; que d'immenses champs de lave; partout les traces d’effroyables tremblements de terre et des plus horribles cataclysmes; nulle part d’arbres, et presque point de traces de végétation, à l'exception de quelques vallées voisines des côtes. C’est là un spectacle qui frappe d'autant plus le voyageur de surprise et d’effroi qu’il sait que cette contrée était autrefois plus florissante et plus habilée que de nos jours, et que les sciences et la poésie y brillaient alors d’un vif éclat. La montagne, qui au glacier

d'Oræfa (Orxfajækul) atteint une élévation de 2,080 mè- | scorbut sont les maladies les plus communes parmi eux. La

tres au-dessus du niveau de la mer, est toute couverte de gigantesques glaciers (Zæhuls), des flancs desquels s’'échappent de temps à autre d’effroyables avalanches ou snæ/lods, qui vont sffondrer dans la plaine. Parmi les pics qui vomissent du feu, lHékla, situé sur la côte méridionale, est le plus connu ; on prétend qu’il était déjà en activité en 1104. En fait d’autres volcans, on peut encore citer le Ærabla, le Leirniukur, le Biarnaflag et le Hilzoo! sur la côte septentrionale, le Kæéligiau et l'Oræfajækul sur la côte méridionale, qui ne datent les uns et les autres que de 1724. Les innombrables sources d’eaux thermales qu’on rencontre, sur la côte sud-ouest surtout, sont en rapport intime avec les volcans. Onles divise en laugar, c’est-à-dire bains ( ce sont celles qui coulenttranquillement), et en Aver (sources jaillissantes) ou geiser (remous), qui sourdent sous forme de fontaines jaillissantes dont la température varie entre 20° et {00° centigr.,et dont les eaux sont tantôt potables et tantôt sulfureuses. Ces sources sont d’ailleurs sujettes à de grandes vicissitudes, et disparaissent avec la même vitesse qu’elles apparaissent.

En raison de la constitution physique de son sol, l’Islande est sujette à de fréquents tremblements de terre; les ravages qu’exercèrent ceux des années 1755 et 1783 furent épouvantables. Les orages y sont très-rares, et les aurores boréales fortcommunes. L'hiver y est d’une rigueur extrême, et le climat semble y devenir de plus en plus rude. Le règne animal présente de 30 à 40,000 pièces de gros bétail, géné ralement dépourvues de cornes ; environ 500,000 moutons, qui en revanche en ont souvent quatre et même cinq; des chevaux petits, mais vigoureux; des chiens, des rennes, espèce qui my a été introduite qu’en 1770; des chiens de mer, des faucons, des cygnes, et une innombrable quantité loiseaux aquatiques. Le règne végétal offre d’utiles lichens, entre autres la mousse d'Islande, et quelques baies ; et dans les jardins, des pommes de terre, des raves, des choux, des épinards, du persil, du chanvre, mais surtout du raifort, du sénevé et du cresson. Le règne minéral fournit du plâtre, du soufre, du fer et une espèce de houille appelée surturbrand ; qui, avec les longues pièces de bois que les courants jettent régulièrement chaque année sur les côtes septentrionales et orientales de l’île, ct provenant sans doute des grands flenves d'Europe, d’Asie et d'Amérique qui se déchargent dans la er Glaciale du Nord, y supplée le bois de chauffage. Grâce à ces envois tout providentiels de bois dans un pays où il ue peut en croître d'aucune espèce, l’Islandais possède les wätériaux nécessaires pour construire la hutte qui lui se t de demeure et la barque qui lui est nécessaire pour la pêche,

DICT, DE LA CUNVERS, — T, XI

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Les arbres et les céréales, que, d’après des témoignages authentiques, on y pouvait cultiver autrefois, n’y réussissent plus maintenant. Si la terre d'Islande est ingrate, la mer traite du moins les Islandais avec plus de largesse. Rarement ils s’en reviennent de la pêche sans que leurs bateaux soient remplis de poisson; et lorsqu'ils ne veulent pas aller si loin, plusieurs lacs et rivières, telles que la Thiorsa, la Kvita, le Lakelv, leur donnent en quantité des breules et deg saumons. Mais ils gardent et salent ou font sécher Ja plus grande partie de ces poissons pour les vendre.

D’après un recensement fait au commencement du dous zième siècle, le nombre des habitants de l’Islande était en viron 100,000; le dernier recensement, opéré en 1868 a donné le chiffre de 68,563 âmes. Les Islandais sont d’origine germanique, sérieux et probes ; leurs mœurs sont pures et leur instruction généralement fort étendue. Tous appartiennent à la religion protestante. Leur langue est l’ancienne

langue norvégienne, qui s’est conservée parmi eux dans | toute sa pureté primitive; sur la côte la population parle | généralement aussi le danois. Il est rare de rencontrer un

Islandais ne sachant ni lire ni écrire. La plupart sont très-

| versés dans la connaissance de l’histoire de leur pays, con-

servée dans des traditions et des poëmes. En général ils sont de taille moyenne et d’assez faible constitution ; aussi parviennent-ils rarement à un âge avancé. La goutte et le

fécondité des femmes est chose vraiment merveilleuse , et

| rien de plus ordinaire que de voir des mères élever douze | ef quinze enfants. Leurs habitations consistent en huttes | basses, construites avec des morceaux de tourbe ou bien de

lave, dont les interstices sont calfeutrés avec de la mousse, et recouvertes de gazon. Il n’existe pas, à bien dire, de villes ni de villages en Islande, parce que chacun construit sa demeure suivant ses besoins et la nature du terrain. Au printemps, les marchands danois abordent sur plusieurs points de l’île. Les habitants leur portent la laine, le suif, le poisson séché ou salé, les peaux de renard, et prennent en échange l’eau-de-vie, le sucre, le seigle et les autres denrées dont ils ont besoin. Quand la foire est finie, le paysan revient travailler à sa ferme, récolter l'herbe de son enclos, et lorsqu'il a une heure de loisir, il l’emploie à fabriquer les meubles qui lui sont nécessaires, à forger des instruments de travail ; car il est obligé toujours de se suffire à lui-même. Sa femme le seconde avec zèle dans tous ses travaux. C’est elle qui file la laine, qui prend soin des bestiaux. Ainsi vivent les Islandais; et malgré les rudes travaux auxquels ils sont condamnés, malgré l’aridité du sol et les rigueurs du climat, ils sont bons et hospitaliers, ils aiment leur pays, et ne peuvent se résoudre à le quitter.

La pêche, la chasse aux oiseaux, la fabrication des bas et des gants, le commerce de l’édredon, la laine, constituent :es principales sources de profit des Islandais. Le pain est une délicatesse que les riches seuls se permettent. On confectionne avec la mousse une farine qui se consomme d’une foule de manières. Le poisson de mer salé cst la pase de l'alimentation , et on consomme aussi beaucoup de lait. Pendant la mauvaise saison, on nourrit le bétail avec les arêtes de poisson. Quoique très-pauvre, l’Islandais, en raison de son extrême sobriété, ne manque jamais d’aliments. Il n'y a pour lui de disettes, mais alors elles sont affreuses, que lorsque quelque éruption volcanique fait disparaître les prairies, ou bien lorsque les glaces flottantes sont un obstacle à la pêche de même qu’à l’arrivée des navires d'Europe.

L'Islande est administrativement diviséeen quatre districts, empruntant leurs dénominations particulières aux quatre points cardinaux, et subdivisés en plusieurs cantons, dont le chef ou sysse/mand est à la fois juge de paix, percepteur et notaire. Faute de numéraire , les impôts sont perçus en nature. 11 n’y à dans l'ile ni milice ni gendarmerie. Le seul endroit qui ait quelque apparence de ville est Reykjavik ( baie de la fumée ), sur la côte occidentale, dans le Faxefjord. Les maisons ne sont pour la plupart que des huttes de

pêcheurs, comme dans le reste de l’île; mais celles des né: gociants danois sont bâties en bois. C'est là que résident le gouverneur, le bailli et l’évêque, et on y compte 1,400 habitants. On y trouve une b bliothèque riche de 8,000 volumes, une Société royale islandaise, un observatoire et trois journaux. Il faut encore citer Havnefjord, avec un bon port, Bessæstadir, où existe une école d’enseignement supérieur, et Leirar, au nord de Reykjavik, Les bas et les gants tricotés forment la principale occupation des familles ; cette industrie, jointe à la vente

des peaux, des lainages, des plumes, de l’édredon, de.

l'huile de poisson, donne aux indigènes les moyens d'obtenir en échange des articles de provenance étrangère. Les principales importations consistent en grains, orge, café, liqueurs, tabac, sucre, houille et fer. La valeur annuelle des exportations est estimée à 23 millions de fr. Depuis 1855, le libre échange est en vigueur ; il y a 32 endroits assignés pour les transactions. Pend ant l'été, Islande est en relations régulières avec Copenhague au moyen d’une ligne de paquebots à vapeur.

Dès le huitième siècle, des moines irlandais vinrent s'établir sur différents points de la côte d’Islande ; mais c’est de la Norvège qu’elle reçut la plus grande partie de sa population. Ce fut à la suite des expéditions qu'y entreprirent successivement de l'an 860 à l'an 870, leurs compatriotes Naddod, Gardar et Flokki, que les Norvégiens apprirent l'existence de cette île. Flokki la nomma Island (Terre de la glace), à cause des masses de glaces flottantes amoncelées dans les baies. Le premier Norvégien qui s’y établit d’une manière fixe (874) dans l’endroit qui depuis est devenu Reykjavik, fut Ingolf avec sa famille. Il y fut bientôt suivi par plusieurs autres de ses compatriotes. Vers celte même époque, le roi Harald Haarfager après avoir vaincu tous les autres rois de la Norvège, et s’en être constitué l’unique souverain,

ayant réduit à l'état de simples fermiers les propriétaires |

libres, en raison des taxes qu’il imposa sur les terres, tous ceux qui ne voulurent point accepter le nouvel ordre de choses abandonnèrent le pays et s’en allèrent les uns à l’est, en Suède ; les autres au sud, en France et dans les îles Britanniques. Mais le grand courant de l’émigration se dirigea vers l'Islande , et soixante ans plus tard toute la partie habitable des côtes était déjà occupée. Tels sont les documents que le Zandnama Bok, livre d'histoire écrit au dixième siècle par le prêtre Aræ, nous fournit sur l’occupation de l'Islande par les Norvégiens. 11 paraît bien démontré que l'ile de Thulé, wltima Thule, dont parlent tous les poëtes et les historiens latins, n’était pas l'Islande; et jamais la science géographique des anciens n’avait pénétré si avant dans le Nord.

Comme c’étaient surtout les personnages les plus importants et les plus considérés de la Norvège qui s’étaient retirés en Islande avec leurs ranulles et leurs serviteurs, il y eut pour eux besoin de continuer à mener dans leur nouvelle patrie le même genre de vie que dans l’ancienne ; circonstance qui n’exerça pas une médiocre influence sur le développement de l’organisation que l’ile reçut alors. Fondée à l’origine dans les diverses prises de possession du sol, toutes indépendantes les unes des autres, sur la puissance à la fois sacerdotale et judiciaire des chefs des temples (goden), cette organisation fut d’abord hiérarchique et aristocratique ; mais quand les diverses seigneuries , jusque alors isolées, arrivèrent à constituer un tout organique, elle devint aristocratique et républicaine. La législation commune donnée à toute l'ile par Ulfliot, et la création par le même de l’A/thing, assemblée composée des hommes les plus capables et les plus instruits de tous les districts de l'ile, en fut la base. Cette assemblée se réunissait tous les ans au mois de juillet, pendant l'espace de quinze jours, sous la présidence du logmadr (VYhomme de la loi), dans la grande plaine de Thingyalla, exerçait le droit de juridiction suprême et délibérait sur les affaires du pays Cet Althing unique parais-

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sant insuffisant, on établit, en 962, un nombre de things semblables dans les divers districts, et à cet effet l'ile fut divisée en quatre quartiers, Enfin, en l’an 1004, Njaly ajouta un tribunal suprême,

Le christianisme, déjà professé par un certain nombre &’habitants , fut légalement adopté en l’an 1000, mais non sans avoir à triompher de diverses résistances. En même temps on créa des écoles, et l’on établit deux évêchés, l’un à HoZlar et l’autre à Skalholt, La connaissance de l’écriture et de la

| languelatines, de la littérature et de l’érudition de l'Occident,

introduite en même temps que le christianisme en Islande, y trouva un terrain d’autant plus favorablement disposé, que la poésie et la narration historique y étaient déjà depuis longtemps l’objet d'une culture tonte particulière, et bien autrement avancées que dans toute autrecontrée du nord germanique (voyez SCANDINAYES | Langue et Littérature ].). Les fréquents voyages entrepris par les Islandais, qui précédemment avaient surtout pour but les pays du Nord, et qui amenèrent la découverte d’abord du Groënland (932), puis (934) d’une partie de l'Amérique (appelée par ces premiers navigateurs islandais Vinland), changèrent alors de direction, et eurent surtout pour but les régions du Sud. On visita maintenant l'Orient ainsi que l'Occident de l’Europe, pour satisfaire des besoins religieux ou scientifiques. Alors les jeunes gens de famille s’en allaient étudier en Allemagne, en France, en Italie, et revenaient fidèlement rapporter à leur terre natale ce qu’ils avaient appris. Les rapports politiques, de même que l'éclat de la vie intellectuelle et de l'actif commerce avec l'étranger, avaient atteint leur apogée au milieu du douzième et au commencement du treizième siècle ; époque qui forme, à bien dire, l’âge d’or de l'Islande et de sa civilisation. C’est alors que Sæmand recueille les chants mythologiques de l’£dda ; que Snorri Sturluson compose la seconde £dda et la Chronique des rois de Norvège (Heimskringla); que les skaldes chantent, et que les auteurs des Sagas rassemblent dans leurs naïfs récits les faits conservés par la tradition. Les éruptions de volcans, les guerres civiles, les épidémies, des fléaux de toutes sortes vinrent paralyser ce beau mouvement poétique. Toutes les grandes familles de l'ile, naturellement jalouses de leur puissance, se liguèrent les unes contre les autres. On vit alors des bandes de 1,200 hommes traverser le pays en armes, incendiant les églises , pillant les habitations et massacrant les paysans. L'Islande en avait donc assez de l’anarchie sanglante à laquelle la livraient en proie l’orgueil et l'ambition des divers seigneurs, quand, grâce aussi à la connivence secrète du traître Snorri Sturluson, le roi de Norvége Hakon V1 réussit à soumettre l’ile à son autorité 1264 ).

En 1380 l'Islande passa en même temps que la Norvège sous les lois du Danemark, dont elle a continué de faire partie jusqu’à ce jour, tandis que la Norvège en a été détachée en 1814 pour être réunie à la Suède, Longtemps encore après la réunion de l’Islande au Danemark , son commerce était demeuré libre; et les négociants des villes hanséatiques, de la Suède et de l'Angleterre venaient chaque année lui apporter les productions de leur sol, Il y avait là une concurrence qui ne pouvait qu'être très-avantageuse au pays. Mais plus tard les rois de Danemark réservèrent à leurs sujets le privilége exclusif de ce commerce. Plus tard encore le gouvernement danois afferma ce privilége à une compagnie, et ce fut un grand malheur pour l’Islande, car ceux qui avaient payé le droit de lui apporter leurs marchandises ne pensèrent qu’à en tirer le meilleur parti possible. Plusieurs fois d’énergiques réclamations s'élevèrent contre ce monopole, mais elles ne furent pas entendues. Le gouvernement renouvela son bail de commerce, puis il crut mieux faire en l'exploitant lui-même ; mais l'Islande ne s’en trouva pas mieux. Enfin, dans les dernières années du dixhuitième siècle, cette loi d'iniquité a été abolie, et le commerce de l'Islande est redevenu libre, sinon pour toutes les nations indifféremment, du moins pour les négociants danois:

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