‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 349 sur 522 · ISTRIE — ITALIE · texte numérisé non relu

ISTRIE — ITALIE

La pêche constitue une des grandes ressources de la population des côtes. IL y a absence complète. de fabriques et de manufactures, toute l’activité se concentrant sur la construction des navires, la navigation, la pêche, l'extraction du sel marin, la culture de la vigne, de l'olivier et l'élève des moutons. On compte sur la côte et dans les îles quatre-vingts ports et trente rades. Les ports possèdent un grand nombre de bâtiments de long cours, sans compter les bâtiments moindres , employés au cabotage, et les barques pour la pêche; et les plus importants d’entre eux, tels que Rovigno, Capo d’Istria, Pirano, Quietto, sont les centres où viennent converger tous les intérêts de la population. Rovigno ou Lrevigno joue ce rôle à l'égard de tout le sud de PIstrie et des iles Quarneri; tandis que le nord de la province gravite dans la sphère de Trieste.

Le cercle d'Istrie forme sept capitaineries, à savoir . Capo d'Istria avec Pirano, Isola avec le village de Salvore, remarquable par son phare, haut de 35 mètres, Mantona avec Cita-Nova, Rovigno, Dignano avec le port milifaire de Lola, Pisino ou Mitlerburg avec Albona et Fianona, Volosca avec Castua et Lussinpicolo. Cette dernière capitainerie comprend les îles Zussinpicolo, Veglia, Cherso, Ossero, etc. Le gouverneur général de tout le Territoire de la Couronne (Æronland) formé de Goritz-Gradiska, de l'Istrie et de Trieste, réside à Trieste.

L'Istrie ou Histrie, ainsi appelée de la peuplade illyrienne des Istri ou Histri, qui au temps des Romains avaient la réputation d’être d’audacieux pirates, fut subjuguée par Rome au troisième siècle av. J.-C., et réunie sous Auguste à l'Italie jusqu’à l’Arsia (aujourd'hui l’4rsa), fleuve qui en forma la frontière à l’est. Au sixième siècle de notre ère les Goths s’emparèrent de ce pays; les empereurs de Byzance le leur reprirent plus tard, et ceux-ci à leur tour se virent contraints de le céder aux Carlovingiens. A partir du milieu du dixième siècle, l’Istrie constitua un margraviat particulier, qui plus tard appartint de nouveau au duché de Carinthie jusqu’en 1170, époque où elle passa sous la domination des comtes d’Andechs, ducs de Dalmatie. En 1204 le duc Henri de Dalmatie ayant été proscrit par le roi Philippe IX, l’Istrie échut aux patriarches d’Aquilée, qui plus tard s’en virent enlever la plus grande partie par les Vénitiens. C’est ainsi que jusqu’en 1797 presque foute la presqu'île d’Istrie faisait partie des possessions de la républiqne de Venise. Il n’y avait que la partie nord-est, dite Zsérie autrichienne, et composée du comté de Mitterburg, qui à l'extinction de la famille de ses derniers possesseurs, les comtes de Goritz, eût fait retour à l’Autriche, qui l’incorpora au duché de Carniole. Après la paix de Campo-Formio, l'Autriche occupa aussi la partie vénitienne du pays, à laquelle on ajouta encore diverses autres possessions ci-devant vénitiennes. En 1805, aux termes de la paix de Presbourg, l'Autriche ayant dû renoncer à tout ce qu'elle possédait de l’ancien territoire vénitien, l’Istrie passa sous la domination française. En 1808 Napoléon octroya le titre de duc d’Istrie au maréchal Bessières, en récompense des services qu'il venait de lui rendre en Espagne. Plus tard Napoléon réunit l’Istrie aux provinces Illyriennes, que l'Autriche reconquit en 1814. Depuis 1815 elle forme avec quelques îles du golfe de Quarnero le cercle d’Istrie où de Mitterburg (71 myriamètres carrés et 195,000 habitants) du royaume autrichien d'Illyrie, dont le chef-lieu est Mitterburg ou Pisino, ville dont la population est aujourd’hui d’environ 2,000 âmes. En 1857 l’'Istrie passa dans le Territoire maritime.

ISTRIE (Duc d'). Voyez Bessières.

ISTURITZ (Don XAVIER DE ), homme d’État espagnur!, est né en 1790, à Cadix, où son père, originaire du pays basque, avait fondé une grande maison de commerce. Xavier de Isturitz et son frère, Thomas, qui avait été député aux cortès de 1812 à 1814, se firent connaître dans le monde politique, après le rétablissement de la monarchie absolue,

central de réunion , leur maison de Cadix, où fut préparée l'insurrection qui éclata le 1° janvier 1820, sous la direction de Quiroga et de Rievo. La constitution une fois rétablie, Xavier de Isturitz se rendit à Madrid, où, d’accorà avec Alcala Galiano et autres libéraux, il ameuta l'opinion publique contre les ministres Arguelles, Martinez de la Rosa et leur parti. Nommé membre des cortès en 1822, et président de cette assemblée en 1823, il les suivit à Séville, où il vota la suspension du roi, et de là à Cadix. Condamné à mort après la Restauration, il s’enfuit en Angleterre , où il devint l’un des associés de la maison Zulueta. Amunistié en 1834 par la reine régente, il revint en Espagne, et fut élu par la province de Cadix procurador aux cortès. A Madrid, il se rattacha de nouveau au parti exalté, et avec Alcala Galiano, Calatrava, Caballero, Las Navas et autres, il provoqua, le 15 août 1835, le soulèvement de la milice qui avait pour but le renversement du ministère Toreno, mais qui fut comprimé par le genéral Quesada. A quelque temps de là, son ami Mendizabal ayant été mis à la tête du ministère, une brillante carrière s’ouvrit pour lui, L’un des confidents du nouveau président du conseil, il fut appelé à la présidence de la chambre des procuradores réunie en novembre 1835, puis dissoute par Mendizabal en janvier 1836. Cependant, il ne tarda pas alors àse brouiller avec Mendizabal, qui l’empêcha d’être élu président par la nouvelle chambre des procuradores; et de son côté il travailla alors de son mieux au renversemer£ de Mendizabal, l’objet tout particulier de la haïne des classes supérieures, de la cour et des grands, et apporta dans cette lutte tant de passion, que Mendizabal le provoqua en duel.

Après la chute-de Mendizabal , Isturitz fut nommé, le 15 mai 1836, ministre des affaires étrangères et président du conseil. Considéré comme un apostat en politique , son caractère arrogant le rendit odieux, non-seulement aux cortès, mais aux classes populaires; et à la suite de la révolution de la GranJa, force lui fut de se dérober par la fuite aux fureurs de la foule, et de gagner Lisbonne à la faveur d’un déguisement. De là il s’embarqua pour l’Angleterre. Peu de temps après il se rendit à Paris, où il se lia avec Toreno , Miratliores, le duc de Frias et autres aristocrates espagnols émigrés. Ayant prêté serment à la constitution de 1837, il fut élu par la province de Cadix député aux cortès de 1838, et président du congrès, fonctions qui lui furent encore confiées l’année suivante. Quoique ennemi personnel d’Espartero, il sut pendant la régence de celui-ci se maintenir en Espagne à force d'adresse; après le retour de cette princesse et l’expulsion d’Espartero, à laquelle il avait beaucoup contribué, il devint président du conseil des minisires et sénateur. C’est sous son ministère que se firent les fameux mariages espagnols. Envoyé en 1850 à Londres, il y resta jusqu’en 1854, y revint en 1858 et signa, en 1861, la convention relative au Mexique. En (863 il reçut l'ambassade de Paris et la résigna l’année suivante.

ITALIANISME , manière de parler propre à la langue italienne, tour italien, expression italienne transportée dans une autre langue,

ITALIE, contrée de l’Europe méridionale, en forme de presqu’ile, située entre 37° 50’ et 46° 40’ de lat. nord, et 3° 17/ ct 16° 9/ de long. est. Elle se rattache au continent dans sa partie nord, où elle est limitée à l’ouest par la France, au nord et à l’est par la Suisse et par l'Autriche; la Méditerranée la baigne aussi à l’ouest et au sud, de même que la mer Adriatique à l’est. Avec les îles qui s’y rattachent, sinon politiquement, du moins ethnographiquemerit parlant, comme la Sardaigne, la Sicile, la Corse et quelques autres de moindre étendue, elle comprend une superficie de 4,195, et sans ces îles, de 2,327 myriamètres carrés. Au nord, elle est séparée du reste de l’Europe par les Alpes, qui s'étendent dans sa partie septentrionale en forme de demi-cercle, depuis leur extrémité occidentale, appelée Atpes Maritimes, jusqu’à leur extrémité orientale, appelée

en imettant à la disposition des mécontents, comme point ! Apes Juliennes, et dont Le point le plus élevé du côté de

VItalie est le Mont-Blanc. Au sud de Ja chaîne des Alpes, qui s’abaisse abruplement vers l'Italie, s'étend la grande plain? de la Lombardie, qui va en s’inclinant toujours dans la direction de l’est, puis se relève insensiblement au sud-ouest jusqu'aux Apennins, qui déterminent la configuration de toute la péninsule. Indépendamment de la plaine de la Lombardie, on rencontre encore des contrées plates et unies à l'ouest de l'Italie, dans le bassin inférieur de PArno; plus loin au sud, la Campagna di Roma, avec les marais Pontins; et enfin près de Naples, la Campagna Felice, au sud de laquelle s'élève le Vésuve. A l’est, la plaine la plus considérable est celle de la Pouille, Le sol de l'Italie varie beaucoup à la vérité; mais il est presque partout susceptible d’être mis en culture, et sur un grand nombre de points, là surtout oùne manquent point les moyens d'irrigation, il est d'une extrême fécondité.

Le climat de l'Italie, à l’exception de la région des montagnes les plus élevées, est, en raison de sa douceur, l’un des plus beaux de l’Europe. En été le ciel reste presque constamment serein, et la chaleur est tempérée par les vents de mer; mais le pays souffre souvent pour cela même de la sécheresse, et subit l'influence délétère du sirocco. Les exhalaisons provenant du sol même, et connues sous le nom de malaria ou d’aria cattiva, sont encore plus nuisibles dans beaucoup d’endroits de la côte de Ftalie centrale et de la basse Italie. Cette dernière et la Sicile, où se trouve le mont Etna, sont sujettes à des tremblements de terre et à des éruptions volcaniques.

Parmi les lacs que renferme l'Italie, on remarque sur le versant sud des Alpes le lac Majeur, les lacs de Côme, de Lugano, de Chiavenna, d’Iseo et de Garda: dans tout le reste d2la Péninsule, on ne trouve que le lac de Cas tiglionc, en Toscane ; les lacs de Pérou:e, de Bolsena et de Bracciano, dans les anciens Etats de l’Église, et celui de Celano, dans les Abbruzes. L'Italie n’a que deux grands fleuves : le Pôetl’Adige. Il faut encore mentionner dans la haute Italie la Brenta, là Piave et le Tagliamento, qui se jettent dans la mer Adriatique; et dans le reste de l'Italie, lArno, le Tibre, le Garigliano, le Volturne et le Sele. Les nombreux cours d’eau qui ont leur source dans les Apennins et vont aboutir à la mer Adriatique, ne sont que de petites rivières non navigables. C’est seulement dans la Haute Italie que la navigation est f.vorisée par des canaux. On trouve dans le pays de nombreuses sources minérales, et quant aux produits du sol, les principaux sont : les céréales qu’on y cultive partout, mais cependant pas encore sur une assez grande échelle pour suffire à la consommation, le maïs, le riz, le millet, le vin, l'huile, les raisins secs, les châtaignes, les amandes, les fruits de toutes espèces, le tabac, la réglisse, le carouge, le liége, la noix de galle, le chanvre et le lin; le gros bétail, les moutons, les pores et les chevaux; le buflle, la chèvre, l'âne, le mulet, beaucoup de vers à soie et d’abeilles, de la volaille de toutes espèces; de l'or, de l'argent, du cuivre, du fer, du plomb, de la houille, du sel, du salpêtre, du soufre, de l’alun, du sel ammoniac, de belle pierre à bâtir, notamment du marbre, de la pouzzolane et du manganèse.

La superficie Lotale du royaume d'Italie est, d’après les derniers recensements, de 23,017,096 hectares, qui sont partagés comme suit : 11,003,061 en Lerres labourables; 1,173,476 en prés; 144,903 en rizières; 554,767 en plants d'oliviers; 585,132 en plants de noyers; 4,158,34) en bois et forêts; 5,397,448 en landes, pâlis et bruyères; et 3,997,057 en roches el marais; elc. On a calculé que les deux tiers seulement de la superficie susceptible de production sont mises en culture. De cette partie plus de la moitié est employée à l’ensemencement des céréales, dont le prolu't annuel est évalué de la façon suivante : blé, 3.397,168 hectolitres; maïs, 16,359,141; seigle, 2,799,951 ; orge et avoine, 7,467,289 ; riz, 1,433,308; au-

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tres céréales, 6,543,905: en tout, 68,993,802 hreclolitres.

La population de l'Italie était estimée, en 1788, d’après les meilleures sources, à 14 millions d'habitants, et em 1825, à 19 millions. Le recensement du 31 décembre 1871 a élevé ce chiffre à 25,944,543 Ames. L'église catholique y est, selon la constitution, la seule religion de l'État, et le pape, depuis 1870, en est déclaré le chef suprême, Néanmoins la liberté des cultes y est reconaue; on compte plus de 50,000 proteslants, et 25,000 juifs. La hiérarchie catholique se compose de 45 archevêchés et de 198 évêchés. Tous les dignitaires de l'Eglise sont nommés par le pape; mais leur installation n’a d'effet qu'après avoir été reconnue par le roi. Les immenses richesses du clergé italien ont singulièrement diminué depuis 1856, où la lor Siccardi, supprimant la juridiction ecclésiastique et les priviléges du clergé, fut votée par les chambres piémonlaises. Cette loi fut étendue, en 1861 et en 1870, au reste du pays, et eut pour conséquence la diminution rapide du nombre et des revenus du clergé, D’après un rapport fait, en mars 1869, au parlement , il fut établi qu’à cette époque la proportion des prêtres ou religieux à la population gén*rale était de 7 sur 1,000, proportion qui dans les autres contrées du monde catholique n'était que de & 1/2. En 1865 on fit un recensement du clergé régulier : il y avait alors (les États de l'Eglise exceptés) 2.382 couvents, renfermant 28,991 relixieux des deux sexes, dont 8,229 vivaient de la charité publique (ordres mendiants). L'année suivante la suppression des ordres monastiques fut votée, leurs maisons furent fermées et leurs biens firent retour à l'Etat.

Le nouveau gouvernement d'Italie a affecté une grande partie des biens ecclésiastiques au développement de l'instruction publique, pour laquelle, en outre, le parlement vote un crédit de 12 millions par an. Depuis le commencement de 1860 on a ouvert dans le royaume 33 écoles supérieures , à savoir 10 en Sardaigne, 6 en Lombardie, 4 dans l’Émilie, 6 dans les Marches et l'Ombrie, 2 en Toscane et 5 dans les provinces napolitaines.

Le commerce et l'industrie de l’Ilalie, après avoir été pendant toute la durée du moyen âge les plus importants de l'Europe, sont bien déchus auiourd’hui. On y trouve cependant encore d'immenses fabriques de soieries, de verreries, de faïence, de chapeaux de paille, de fleurs artificielles, de corail, de macaroni el de savon. Le commerce n’a conservé d'importance qu'à Gênes, à Livourne et à Venise, et consiste surtout en exportalion de produits naturels ou de produits de l’art. La navigation, qui au moyen âge l’emportait sur celle de toutes les autres nations, est aussi bien déchue de nos jours, et ne s’élend guère au-delà des limites de la Méditerranée. Cependant L: gouvernement fail d: louables efforts pour la ranimer, de même que le commerce et l’industrie,

Les géographes divisent toute l'Italie en trois parties principales : 10 la haute Italie (ancienne monarchie sarde, Lombardo-Vénitien, Parme et Modène); 2° l’/4alie centrale (Toscane, anciens Etats de l'Eglise, républi-

-que de San-Marino); 3° la basse Italie (ex-royaume des: Deux Siciles), à quoi il faut encore ajouter les îles de Sicile, de Malte, de Sardaigne et de Corse.

Histoire.

L'histoire ancienne de l'Italie jusqu’à la dissolution de l'empire Romain est trop intimement liée à celle de cet empire, pour que nous n’y renvoyions pas le lecteur (voy. Romaine |Histoire]).

La première période de l’histoire moderne de l'Italie comprend le temps qui s’écoula depuis la chute de Pancien empire Romain d'Occident jusqu'à la fondation du nouvel empire d'Occident, on jusqu'à la création de diffé rents États barbares, c'est-à-dire l'an 476 à l'an 77% après J.-C, En 476 Odoacre renversa l'empereur romaim Romulus Augustulus, et s'empara du trône, sous le

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nom de roi d'Italie, et la Péninsule se trouva de la sorte séparée pour la première fois de l’ensemble de territoires qui avaient jusque alors constitué l’Empire Romain. Cette séparation fut encore plus tranchée quand Théodorice le Grand, qui en 493 renversa l’empire d'Odoacre, eut conquis avec ses Goths toute l'Italie, depuis les Alpes jusqu’à la Sicile, et y régna comme roi. Plus son règne jeta d'éclat et plus rapide fut après sa mort la decadence du royaume qu'il avait fondé, parce que les Goths, peuple barbare, ne surent dans leur contact avec la civilisation romaine, si corrompue, s’assimiler que les vices des vaincus. Les victoires remportées par Bélisaire et par Narsès, généraux des armées byzantines, mirent fin, dès le milieu du sixième siècle, à la domination des Goths en Italie, et replacèrent la Péninsule sous l'autorité des empereurs de Bizance. Ceux-ci la firent gouverner en leur nom ‘par un gouverneur auquel ils donnèrent le titre d’'exarque, et qui établit sa résidence à Ravenne. Mais, pas plus que les anciens empereurs de Rome, ces gouverneurs ne purent repousser les invasions des conquérants germains. Dès l’an 568 les Zongobards ou Lombards envahissaient la Péninsule avec leur roi Alboin, et en peu de temps ils eurent conquis presque toute la haute Italie et des parties considérables tant de l’Italie centrale que de la basse Italie. La fondation du royaume des Lombards est pour l’Italie le moment de transition où se termine l’histoire ancienne et où commence celle du moyen âge. En effet, c’est alors seulement que le grand travail de rénovation provoqué dans la péninsule par l’invasion des barbares, par le mélange de ses populations avec des éléments germains!, eut pour résultat de substituer complétement à l'ancienne civilisation romaine, déjà bien modifiée par le christianisme, les formes politiques et l’état social du moyen âge germanique. C’est ainsi notamment que les Lombards firent dominer en Italie la féodalité, qui sous eux parvint à un haut degré de splendeur. A côté de ce nouveau royautue, et en quelque sorte en antagonisme politique avec lui, naquit et se développa vers la même époque la république de Venise, fondée par des réfugiés qui avaient fui devant le flot de l’invasion des barbares et élaient venus chercher dans les lagunes de Venise un dernier refuge pour leur liberté. Ce nouvel État fut le précurseur des républiques qui se constituèrent plus tard dans diverses villes d’Itaiie. Pendant ce temps-là, toutefois, les faibles empereurs de Byzance conservaient encore en Italle, mais bien précairement, l’exarchat, réduit par les victoires des Lombards à la possession de Ravenne, de la Romagne et de la Penfapole (les cinq villes maritimes Rimini, Pesaro, Fano, Sinigaglia et Ancône ), une partie des côtes de la basse Italie (où Amalf et Gaète avaient leurs ducs particuliers, grecs d’origine), ainsi que la Sicile et Rome avec son territoire (qu’adininistrait au nom des empereurs de Byzance un fonctionnaire qualifié de patrice). Mais la dépendance, le plus souvent nominale, dans laquelle se trouvaient ces divers États par rapport à la cour de Byzance, cessa complétement d'exister au huitième siècle , quand l’empereur Léon Psaurien s’aliéna les affections de l’orthodoxe Italie en ÿ prêtant main forte aux fureurs des iconoclastes. Beaucoup de villes chassèrent alors les fonctionnaires qui les administraient au nom de l’empereur de Byzance, se donnèrent des consuls et un sénat, à l'instar des anciens temps. En outre, Rome admit, non pas positivement Je droit de souveraineté, mais une cerlaine autorité paternelle exercée par ses évêques même en malières temporelles. Les papes ne fardèrent pas d’ailleurs à avoir des démélés avec les Lombards. L’accroissement incessant de leur domination, qui finit par comprendre même l’exarchat de Ravenne, et surtout cette circonstance que les Lombards partageaient l’hérésie d’Arius, suffisaient déjà pour provoquer entre eux et les papes une irrémédiable scission, Ceux-ci invoquèrent en conséquence contreles Lombmrds l’appui des rois francs, Qui se montraient favorableinent disposés pour leur cause.

Papin le Bref, en reconnaissanze de ce que le pape l'avait sacré comme roi des Francs et nommé patrice de Rone en même lemps que haut protecteur du saint-siége, fit la guerre aux Lombards, et donna au pape Étienne If l’exarchat qu’il leur avait enlevé. Charlemagne, enfin, détruisit le royaume des Lombards, et l’incorpora, en 754, à la monarchie franque.

A ce moment commence la seconde période de l’histoire d'Italie, de 774 à 961, comprenant le règne des Carlovingiens avec l’interrègne qui le suivit, c’est-à-dire l’époque où la puissance de la féodalité devint complétement prédominante. La transmission aux rois francs de la domination sur l'Italie, eut ceci d'important qu’elle amena le rétablissement en Occident de la dignité d’empereur romain, et qu’elle devint la base la plus solide de l’autorité spirituelle des papes. Quoiqu'il eût été sacré empereur romain, Charleiuagne ne put cependant réduire toute l'Italie sous ses lois; il échoua dans ses entreprises contre le duché de Bénévent et les républiques de la basse Italie, où notamment Naples, Amalfi et Gaète étaient parvenues à posséder de grandes richesses, grâce à l'extension qu’avaient prise leur navigation et leur commerce. Ces villes et d’autres cités indépendantes, Rome exceptée, se rattachèrent de nouveau et plus solidement que jamais à l’empire de Byzance, dont la puissance en Italie acquit ainsi de nouvelles forces. Le reste de l'Italie, au contraire, demeura une partie immédiate de la monarchie franque jusqu’au partage effectué en l’an 843 par le traité de Verdun, traité qui l’adjugea à Lothaire 1*', avec la dignité d’empereur et le pays appelé plus tard la Lorraine. Celui-ci abdiqua en 850 en faveur de son fils Louis I, le plus remarquable des princes italiens de la race carlovingienne. Après la mort de Louis II, arrivée en 875, l’Italie devint une cause de discorde pour toute sa maison, jusqu’à ce qu’elle échut, en 880, à Louis le Gros, qui pour la dernière fois réunit sous la même main tous les États composant la monarchie franque. Lors de sa déposition, en 887, commença pour l'Italie une époque d’anarchie et de guerres civiles. Le duc Bérenger de Frioul et le duc Guido de Spolète, ainsique le marquis d’Ivrée, se disputèrent la couronne. Guido fut enfin élu pour roi en 888, puis en 891 pour empereur d'Italie, et à sa mort, arrivée en 894, il eut pour successeur son fils Lambert, mort en 898. Le roi carlovingien des Allemands, Arnoul, fit bien valoir de nouveau en 896 son droit au titre de roi et d'empereur d'Italie; mais il ne put le faire triompher. Ala mort d’Arnoul (899), le duc Bérenger L‘’, de Frioul, qui dès 594 avait été couronné en qualité de roi d’Italie, le roi de Ja basse Bourgogne, Louis, que le pape sacra en 901 comme empereur d'Italie, et le roi de la haute Bourgogne, Rodolphe 1°", se disputèrent la souveraineté de la péninsule. Bérenger 1°" finit par en rester paisible possesseur et ful couronné empereur en 915. Toutefois, eu raison de l’état de dissolution dans lequel était tombé l'empire, il lui fut impossible, à partir de 890, de le protéger efficacement contre les irruptions réitérées des Sarrasins, et contre celles des Hongrois, qui inquiétèrent pour la première fois l'Italie en 899, Après l'assassinat de Berenger I°' (924), Rodolphe IT, de la haute Bourgogne, abandonna, en 930, au comte Hugues de Provence ses prétentions sur l'Italie moyennant la cession du royaume d’Arles. Hugues de Provence s’efforça de se maintenir en possession de l’Jtalie par la plus sanguinaire des tyrannies; mais il fut renversé en 945, par son neveu, le marquis Bérenger II d’Ivrée, qui en 940 était allé chercher en Allemagne auprès de l’empereur Othon le Grand un refuge contre les embûches de son oncle, et qui revint en Italie avec une armée composée d'émigrés et d’exilés italiens. Il eut pour successeur son fils Lothaire, objet de haines moins profondes, et dont Bérenger fut le premier conseiller. Lothaire étant mort en 950, empoisonné, dit-on, par Bérenger, celui-ci voulut marier malgré elle sa veuve, la belle Adélaïde, avec son fils AdeJbert. Échappant à ses mauvais traitements et à la prison où il ’avaitrenfermée,

sette princesse trouva abri et protection au château de Cauossa. Assiégée dans ce château par Bérenger II, elle implora ‘appui du roi des Allemands Othon I‘, qui franchit Jes Alpes, la délivra, s’'empara de Pavie, et se fit couronner en 951 comme roi des Lombards. Bérenger ayant aussitôt fait sa soumission et lui ayant cédé la clé de l'Italie, le marquisat de Frioul, dont Othon investit son frère Henri, Othon consentit à l’y laisser comme son vassal. Mais dix ans plus tard les seigneurs italiens ayant élevé des plaintes contre Bérenger, Othon repassa les Alpes en 961, le déposa, et se fit couronner en qualité de roi et d’empereur d’Italie, en 962. Pendant cette période, les républiques de Naples, de Gaète et d’Amalf, dans la basse Italie, maintinrent encore leur indépendance contre le duché lombard de Bénévent. Cela leur fut d'autant plus facile que le duché de Bénévent avait subi de nombreux partages, et que les républiques et les ducs avaient en outre à se défendre contre un ennemi commun, les Sarrasins, qu'ils avaient appelés eux-mêmes de Sicile, vers 830, pour leur servir d’auxiliaires dans leurs guerres intestines, et qui avaient fini par s'établir d’une manière permanente dans la Pouille. Alors même que l’empereur Louis II et Basile le Macédonien, devenu plus tard empereur de Byzance, en réunissant leurs forces, furent venus à bout d’exterminer les Sarrasins, en 866, il fut impossible au premier de se maintenir dans la basse Italie. Les Grecs, au contraire, s’y consolidèrent. Avec le territoire enlevé aux Sarrasins, ils constituèrent une province en propre, sous la dénomination de Thema de Lombardie, gouvernée par un calapan, ou gouverneur général, qui avait sa résidence à Bari; et elle demeura sous leur domination pendant encore plus d’un siècle. L'empereur Othon lui-même échoua dans ses efforts pour les expulser de la péninsule et pour soumettre toute la basse Italie à son autorité.

La troisième période de l'histoire d’Italie commence au moment où, par suite du couronnement d’Othon 1‘ la dignité impériale passa aux rois allemands ; c’est l’époque de la domination et de la prépondérance des empereurs allemands, pendant laquelle cependant l’élément communal et sacerdotal , bien que complétement dominé par la puissance impériale, commença à se développer; époque comprenant l'intervalle qui s'étend depuis le règne des empereurs de la maison de Saxe et de la maison de Franconie jusqu’à la mort de Henri II, c’est-à-dire de 961 à 1056. Othon I°* gratifia ses Allemands d’un grand nombre de fiefs en Italie, et concéda aux villes de la péninsule des priviléges qui devinrent plus tard la base de leurs institutions libres, de leur indépendance et de leur puissance, lesquelles se développèrent rapidement au milieu de l’état d’anarchie où se trouvait alors l’Italie, Pendant ce temps-là la cour pontificale était devenue le théâtre de désordres et de profanations de toutes espèces. Othon déposa en conséquence le pape Jean XII, qui d’ailleurs avait pris les armes contre lui, fit élire à sa place Léon VIII, châtia les Romains rebelles et plaça ainsi le pape sous sa complète dépendance, En 980, un généreux Romain, le consul Crescentius, luttant contre l'influence des comtes de Tusculum, qui en l’absence de l'empereur prétendaient le remplacer dans la ville éternelle, essaya de rétablir à Rome tout au moins l’apparerce de ses antiques libertés. Occupé de projets de conquêtes dans la basse Italie, qui se terminèrent assez mal, Othon n’apporta aucune entrave à la glorieuse administration de Crescentius, qui sut se rendre redoutable aux indignes papes Boniface VII et Jean XV. Maïs Othon III mit un terme à l’autorité de Crescentius, établit des papes de son choix, et tint les Romains en bride par l'emploi de la force. A la mort d'Othon IIL (1002), les Italiens considérèrent leur union avec l’Empire d'Allemagne comme dissoute, On élut pour roi le marquis Hardouin d’Ivrée, qui fut couronné à Pavie, tandis qu'un autre parti décernait le même titre à Henri 11, empereur d'Allemagne. 11 en résulta surtout entre les villes de Milan et de Pavie une guerre civile, qui se

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termina au profit de Henri II. Conrad IF, qui lui succéda en 1006, comme empereur et comme roi, s’efforça bien de rétablir de vive force l’ordre et la paix parmi ses vassaux et les villes, au nombre desquelles figurait déjà en première ligne celle de Milan, et par là de donner à l'État du calme et de la stabilité. Mais il n’y réussit point ; les guerres privées sévirent plus que jamais, d’une part entre les villes et les évêques, dont la puissance allait toujours en augmentant, puis de l’autre entre la noblesse et ses vassaux. Pas plus Henri IT et Conrad II que les papes ne parvinrent d’ailleurs à soumettre Rome, où dominait l’idée républicaine et où la famille Crescentius continuait à exercer une grande influence. Quand Henri II, fils et successeur de Conrad, arriva en Italie, en 1046, il y trouva trois papes. Après les avoir déposés tous trois, il plaça sur le trône pontifical un pape de son choix , et plus digne d’une telle dignité; cette réforme donna aux papes une nouvelle considération, qui plus tard devint fatale aux successeurs de ce prince. Henri IT mourut en 1056. Depuis Othon III, c'était l’empereur d'Allemagne qui avait exercé sur l'Italie la domination la plus énergique et la moins contestée.

La quatrième période de l’histoire d'Italie commence à la mort de Henri IIT, de 1056 à 1259 ; c’est l’époque de la grande lutte entre les empereurs et les papes pour l'exercice de la puissance suprême, et entre les empereurs et les villes italiennes pour la domination de l'Italie, époque où eut lieu la réaction de l'élément romano-italien contre élément germain et féodal. Pendant la longue minorité de Henri III, la politique des papes, dirigée surtout par le moine Hildebrand, devenu plus tard pape sous le nom de Grégoire VII, réussit à organiser contre la puissance temporelle une opposition qui ne tarda point à prendre les plus gigantesques proportions. Les Normands, qui s'étaient établis dans la basse Italie, et en qui les papes trouvèrent de puissants auxiliaires dans leur lutte contre les empereurs, y contribuèrent d’une manière toute particulière. Tandis qu'au sud de l’Italie beaucoup de pelits États se réunissaient pour n’en plus former qu’un grand, le royaume fondé au nord de la péninsule se démembrait pour constituer plusieurs petits États. Les villes lombardes jetaient les bases de leur puissance, devenue plus tard si considérable. Venise, Gênes et Pise étaient déjà de grandes et florissantes cités. En 1077 Grégoire VII humilia Henri IV ; Urbain II excita à la révolte les propres fils de l’empereur, Conrad, fils ainé de Henri IV, fut couronné roi d’Italie en 1093; et après la mort de Conrad (1101), son frère Henri enleva à son père le trône impérial. Henri V, créature du pape, ne tarda point à se trouver engagé avec son protecteur dans une lutte violente, au sujet notamment de l'héritage de la comtesse Mathilde de Toscane; lutte qui provoqua de perpétuels conflits dans tout le cours du douzième et du treizième siècles. Pendant ce temps-là, au sud de l'Italie, l'État normand se constituait sous Roger 1° (1130) en royaume, sur les débris des républiques, de la domination des Grecs et des Lombards. Dans les petites républiques du nord, la puissance était d'ordinaire aux mains de consuls, d’un petit conseil (credenza), d’un grand conseil, et d’une assemblée du peuple (parliamento) ; de petites guerres intestines développaient l'énergie juvénile de ces États. 11 faut mentionner entre autres celle que termina en 1111 la destruction de Lodi

. par les Milanais, et le siége de Côme par l’armée de toutes

les villes lombardes , siége qui dura dix années (1118-1128). La soumission de cette ville fit de Milan la plus puissante cité de l'Italie; et la plupart des villes qui l’avoisinaient se confédérèrent avec elle, tandis que quelques autres contractèrent des alliances semblables avec sa rivale, Pavie. Des querelles qui éclatèrent en 1129 entre les deux confédérations provoquèrent la première guerre, qui bientôt chan gea la nature de la lutte de Lothaire LI et de Conrad IF pour la couronne. C'est à ce propos que surgirent les partis connus dans l’histoire sous les noms de guelles et de gibelins. À Rome, l'esprit de liberté, comprimé par Gré-

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goire, se réveilla avec une torce telle, que ses successeurs n’y régnèrent plus qu'avec une puissance fort amoindrie ; et Arnaudde Brescia réussit à rétablir pour quelque temps le simulacre d’une république romaine, Toutefois, la lutte pour la souveraineté de l’Italie et pour l'autorité suprême en matières spirituelles et temporelles, en consolidant Les Hohenstaufensur le trône impérial, donna à toutes ces divisions intestines un caractère plus grandiose, et fut sou tenue de part el d’autre avec un vigueur encore inconnue jusque alors. Frédéric Ier de Hohenstaufen apporta dans lexécution de ses plans pour consolider la domination de la puissance impériale sur l'Italie, impatiente du joug, etsur le pouvoir sacerdotal, une opiniâtreté, un déploiement de ressources et une vigueur d'intelligence qui pendant longtemps promirent d’être couronnés par le succès le plus complet, mais qui échouèrent par suite des malheurs des temps et des obstacles invincibles qu’on lui opposa. | Sans doute pas plus les papes que les villes récalcitrantes, qui à partir de l’année 1167 organisèrent entre elles la ligne lombarde, ne remportèrent des avantages décisifs sur l’empereur ; mais celui-ci vit échouer, également ses projets, et une suite de revers qu'il éprouva après de brillants succès le contraignirent, vers la fin de sa carrière, à consentir à un compromis entre lui et ses principaux adversaires , les papes et les villes. Il n’y eut qu’un seul de ses projets qu’il lui fut donné de mener à bonne fin, le mariage de son fils avec Constance, l’héritière du royaume normand de Sicile. En acquérant le royaume des Deux-Siciles sa maison ne gagna pas seulement un héritage considérable, mais elle enleva en même temps au saint-siége l'appui du principal auxiliaire qu'il eut eu jusque alors dans ses luttes contre la puissance impériale, Henri VI, successeur de Frédéric I, régna trop peu de temps et fut trop occupé du soin de consolider sa puissance dans les Deux-Siciles pour pouvoir donner beaucoup d’attention aux autres affaires de l'Italie. C’est de la sorte que l’anarchie et les divisions des guelfes et des gibelins prirent de plus en plus d'extension dans le nord de l'Italie. Parmi les gentilshommes, les seigneurs da Romano et les marquis dEste se posèrent en chefs de parti, les premiers du côté des gibelins, et les seconds du côté des guelfes. Pendant la minorité de Frédéric II et la querelle pour la succession au trône qui éclata alors en Allemagne, le pape Junocent 111, en qualité de tuteur de Frédéric IL, réussit à rétablir l'autorité temporelle du saintsiége sur Rome et son territoire et à faire valoir ses prétentions sur les donation: de Pepin et de Mathilde. En 1197 il arracha aussi la plus grande partie de la Toscane au parti guelfe. Pise seule lui résista. C’étaient bien plutôt d’aveugles haines héréditaires que l'intérêt réel de leur cause qui animaient les partis; car lorsqu'on vit un guelfe par-

venir à la couroune impériale en Ja personne d’Othon IV, |

les guelfes pnrent fait et cause pour lui, tandis que les gibelins épousérent les futérêts du pape. Mais quand la dignité impéènale Nil retour à la maison de Hohenstaufen en la personne de Kreaénk 11 (1212), les anciens rapports de ces deux partis se rétablirent. À Florence cet esprit de parti politique servit de prétexte et d’aliment aux querelles des Buondelmonte et des Donati avec les Uberti et les Amidei ; querelles ayant pour origine des offenses toutes privées. Dans les villes, la population se trouva de la sorte divisée presque partout en guelfes et gibelins, En 1226 les villes guelfes de la Lombardie réorganisérent la ligue lombarde, Vers cette époque le domiucamn Jean de Vicente, esprit supérieur, s’éléva aVec 1orce dans la chaire contre ces guerres impies de frère à frère dans lesquelles il essaya le rôle de médiateur. L'assemblée tenue en 1233 à Piaquara parut un moment couronner ses efforts; mais il se perdit en voulant s'emparer de la puissance lemporelle à Vicence. C’est ainsi que le règne de Frédéric II ne fut qu’une lutte de vie et de mort contre le pouvoir sacerdotal et contre les républiques italiennes ; lutte soutenue de part et d'autre avec un Sauvage acharnement et avec une dépense énorme de force

et d'énergie. Assez heureux d’abord, l’empereur éprouva plus tard désastre sur désastre ; et au moment où ses affaires commençaient à prendre une meilleure tournure, la mort vint le frapper, en 1250, Les guelfes triomphèrent alors du parti gibelin, à qui d’ailleurs les rancunes des ordres mendiants avaient beaucoup nui. Parme, restée jusque alors fidèle aux gibelins, les abandonna. La supériorité que les gibelins obtinrent à Florence (1248) ne dura que deux années; et celle que leur valut plus tard la victoire remportée à Monte-Aperto (1260) n’eut non plus que six années de durée. Les Bolonais contraignirent toutes les villes de l’Italie à entrer dans une ligue guelfe, et eurent le bonheur, à la bataille livrée en 1249 près de Fossalta, de faire prisonnier le roi Enzi 0, qui jamais depuis ne recouvra sa liberté. C’est ce qui explique comment, pendant le séjour de trois années qu’il fit en Italie, Conrad IV obtint que des avantages négatifs, et comment à sa mort, arrivée en 1254, la chute de la domination des Hohenstaufen fut à peu près décidée, malgré la constance et la bravoure que Manfred déploya pour la défense des droits de sa maison. Ce fut seulement dans la Marche de Trévise que le parti gibelin, représenté par Ezzelino, l’emporta et conserva sa supériorité jusqu’au moment où ce chef succomba dans la croisade entreprise contre lui par tous les guelfes. La liberté, au milieu de ces luttes si ardentes, subit des restrictions de plus en plus fortes. La maison della Scala succéda alors à celle des Romano dans l'exercice de la domination suprême, et la ville de Milan elle-même ainsi qu’une grande partie de la Lombardie passèrent sous les lois de la maison della Torre (aujourd’hui Towr-et-Taxis). Des tyrans surgirent partout; et il n’y eut que les républiques maritimes et la république de Florence qui demeurèrent libres,

La cinquième période de l’histoire d'Italie comprend le temps qui s’écoula depuis la chute des Hohenstaufen jusqu’à la création de nouveaux États, de 1259 à 1530 environ. C’est l’époque du triomphe de l'élément romain, représenté par la prédominance de la puissance pontificale et par l'indépendance maintenant incontestée des républiques italiennes, de même que par l'éclat brillant que la vie italienne jeta alors sous tous les rapports, mais qui ne tarda point à dégénérer, par suite de la décadence intérieure de la papauté et de la domination que des tyrans parvinrent à exercer dans les républiques, et enfin par suite de la création de monarchies absolues. Du moment où Charles 1°, roi de Naples, par la grâce du pape, ambitionna ja couronne de roi d'Italie, les noms de guelfes et de gibelins prirent une autre signification. Le premier désigna les amis des Français, et le second leurs ennemis. À ces partis s’ajoutaient encore dans les républiques les factions de la noblesse et du peuple; or, presque partout ce fut la faction populaire qui l’emporta. Les efforts du pape Grégoire X pour rétablir la paix furent inutiles; mais son successeur, Nicolas IIT, qui redoutait que Charles ne devint tont-puissant, fut plus heureux. A partir de 1280, les gibelins furent persécutés avec. un redoublement de fureur par le pape Martin IV, à qui Charles 1°* était servilement dévoué. C’est un autre intérêt, l'intérêt de leur commerce et de leur navigation, qui porta les républiques maritimes à se faire mutuellement la guerre. En 1261, les Génois aidèrent l’empereur byzantin Michel VIIL Paléologue à reprendre Constantinople aux Vénitiens ; de même, à la bataille de Meloria, livrée en 1284, ils anéantirent la puissance maritime des Pisans, et achevèrent de se rendre les dominateurs souverains de la mer, par la victoire qu’ils remportèrent, en 1298, sur les Vénitiens à Curzola (voyez Gênes). En bannissant complétement de ses murs la noblesse (1282), Florence compléta son organisation essentiellement républicaine, et le parti guelfe s’y consolida par de sages institutions. Mais dès l’an 1300 une querelle nouvelle, qui eut son origine dans la ville de Pistoia, vint partager toute la Toscane et les guelfes eux-mêmes en deux factions, celle des noirs et celle des blancs; et ces

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longues discordes ne se terminèrent que par le bannisse- | sage, ne furent pas un moindre fléau ; et l'histoire a plus par-

ment des blancs (voyez ToscANE ). En Lombardie la liberté agonisante sembla jeter sa dernière flamme, de 1202 à 1306 ; le peuple, dans les diverses villes, fatigué des guerres incessantes que se faisaient ses différents tyrans, se souleva en 1nême temps contre eux, et les chassa, entre autres les Visconti, qui en 1277 avaient enlevé aux della Torre la souveraine puissance sur Milan. A ce moment, après un ong intervalle, apparut en Italie un empereur d'Allemagne, Henri VII, pour y rétablir l'autorité impériale. Il remporta d’abord , il est vrai, de notables avantages; mais en définitive tous ses plans échouèrent successivement, parce que depuis la chute des Hohenstaufen l'anarchie était teltement devenue en Italie la situation normale, qu'une monarchie tempérée y était impossible. Ce fut surtout Florence qui fit avorter ses projets. Cette ville, arrivée à jouer maintenant le même rôle qu’autrefois Milan, résista énergiquement à tous les efforts tentés pour faire de l’Italie une puissance unitaire; et par son esprit d'indépendance elle conserva longtemps son hégémonie, alors que le reste de l'Italie fourmillait de tyrans. A la mort de Henri, arrivée en 1314, Pise la gibeline passa sous l'autorité d'Uguccione della Faggiuola; et Lucques , où dominait le même tyran, après l’avoir chassé deses murs, en 1316, passa sous l'autorité de Castruccio Castracani. En 1318 Padoue échut à la maison de Carrara; les Visconti de Milan héritèrent d’Alexandrie, ainsi que de Tortone en 1315 et de Cremone en 1329; Mantoue, où les Bonacossi avaient régné depuis 1275, tomba, en 1328, sous l’autorité des Gonzaga; à Ferrare, la domination de la maison d’ Este, longtemps contestée, finit par se consolider ; les Polenta gouvernaient Ravenne dès année 1273; les Scala, Vérone et quelques autres villes depuis le commencement du treizième siècle; les Pepoli, Bologne à partir de 1335, etc. Dans les autres villes exisfaient de même des tyrans, dont le pouvoir était d'autant plus oppressif que les changements de maisons souveraines étaient plus fréquents. Ces petits princes contrebalançaient les projets d’agrandissement conçus par le roi Robert de Naples, nommé par le pape Clement V vicaire de l’Empire; et l'empereur Louis le Bavaroiïis, qui en 1327 descendit en italie pour en finir avec les princes de la maison d’Anjou et avec les guelfes, se vit obligé de lutter lui-même contre les gibelins ; en même temps que d’un autre côté la perversité du pape Jean XXII refroidissait tellement le zèle des guelfes, que les deux partis, reconnaissant l'intérêt qu’ils avaient également à être libres, se rapprochèrent. En 1330 le roi Jean de Bohême parut subitement en Ifalie. Appelé par les habitants de Brescia, favorisé par le pape, élu pour souverain par Lucques, jouant partout le rôle de médiateur et de pacificateur, il eût réussi à fonder la puissance qu'il avait er vue, si les Florentins ne s'étaient pas mis à la traverse œ es plans avec Azz0 Visconti, Mastino della Scala et Robert de Naples. Jean de Bohème n’eut pas plus tôt été renversé, que Mastino della Scala, maître souverain de la moilié de la Lombardie et de Lucques, menaça la liberté du reste de la Lombardie. Florence se mit également à la tête de la résistance organisée contre ses ambitieux projets, et lui suscita une guerre fédérale, dont le seul avantage pour elle fut de consolider sa liberté. A Rome, arrachée à la puissance de la noblese, Cola Rienzi domina pendant quelque temps, à partir de 1347. Les Génois, fatigués des éternelles querelles des Spinola et des Doria, gibelins, et des Grimaldi et des Fieschi, guelfes, expulsèrent ces diverses familles de leurs murs, et se donnèrent pour la première fois un doge en la personne de Simon Boccanegra. En 1247 une horrible famine régna sur tous les points de l'Itaie; en 1348 cette contrée fut ravagée par une peste plus éflroyable , la peste noire , qui enleva les deux tiers de la population. Les dévastations commises par les bandes mercenaires connues sous le nom de grandes compagnies, et qui au rétablissement de la paix continuèrent la guerre pour leur propre compte, pillant et incendiant tout sur leur pas-

ticulièrement conservé le souvenir des horreurs auxquelles se livrèrent les bandits commandés par le comte Werner en 1348 et par le chevalier Montréal en 1354. C’est ainsi qu'avec le déclin de la puissance impériale, au quatorzième et au quinzième siècle, l'Italie tomba dans une désorganisation politique de plus en plus complète, et présenta lespectacle d’une dissolution des liens moraux comme l'histoire en offre peu d’exempies; tandis que, chose bien digne de remarque, les arts, les sciences et la vie industrielle arrivaient en même temps à y jeter un éclat toujours plus vif. Au sein de cetfa anarchie générale, on voit dominer surtout cinq points autour desquels viennent se grouper tous les autres, et qui donnent le ton au reste de la Péninsule à savoir : la basse Italie, les États de l’Église, Florence à la tête de la Toscane, Milan sous l’autorité des Visconti, et Venise; les uns et les autres servant de centre commun à des efforts déterminés et particuliers. Charles IV essaya encore une fois de rendre à la puissance impériale son ancien prestige. 11 descendit en Italie en 1355, soumit aussitôt à ses lois toute la Tos- Cane, mais finit par échouer contre l'esprit de liberté des braves habitants de Sienne et de Pise. De 1354 à 1360 le pape Innocent VI réussit à reconquérir tous les États de l'Église. Mais, poussées au désespoir par les actes oppressifs des légats du saint-siége et soutenues par Florence, toutes les villes conquises abandonnèrent sa cause; après quoi la liberté de ces villes, ou plutôt la domination des tyrans qui les gouvernaieut, se trouva consolidée. Pendant ce tempslà, les Visconti, persistant toujours dans leurs plans de conquêtes, excitèrent tout ce que l'Italie avait d'énergie à la résistance, et en présence du danger imminent firent oublier les vieilles divisions des guelfes et des gibelins. Gènes se soumit en 1353 à Giovanni Visconti, qui en 1350 avait acheté Bologne aux Pepoli; mais l’entreprise qu’il tenta contre la Toscane échoua, par suite de la résistance qu’elle rencontra de la part des républiques toscanes confédérées. En 1354 les Vénitiens formèrent contre lui une autre ligue avec les petits tyrans de la Lombardie, jusqu’au moment où enfin, après avoir longtemps lutté contre les Visconti, tous ces petits {yrans, d’adversaires qu’ils étaient de leurs plans de conquêtes, devinrent leurs imitateurs. En 1395, Giangaleazzo Visconti obtint de l’empereur Wenceslas l'investiture du duché de Milan; en 1399 Sienne lui fit sa soummission, exemple suivi en 1400 par Perugia et en 1402 par Bologne; de sorte que Florence, sérieusement menacée’, se trouva seule pour défendre contre lui la cause de l'indépendance. Mais après sa mort, arrivée en 1402, et pendant la minorité de ses fils, on reperdit une grande partie de ces acquisitions. Lorsqu’en 1409 Ladislas de Naples, mettant le schisme à profit, s'empara de tous les États de l'Église, et menaça la malheureuse Italie d’une nouvelle tentative de conquête, ce fut encore Florence qui osa seule lui résister. Mais c'était là un danger passager ; et les Visconti ne tardèrent point à se relever. De 1416 à 1420 le duc Filippo Visconti reconquit toutes ses possessions de Lombardie, et en 1421 Gênes, elle aussi, se soumit à son autorité. Alors, en 1425, Florence se ligua de nouveau contre lui avec les Vénitiens, qui s'emparèrent de tout le ter= ritoire situé jusqu’à l’'Adda et le conservèrent jusqu’à la paix conclue à Ferrare, en 1428. À Perugia, Braccio de Mon: tone réussit, en 1416, à se rendre maître de cette ville ainsi que de toute l'Ombrie, et même de Rome pour quelque temps. En 1430 les Petrucci parvinrent à consolider leur puissance à Sienne,

Par suite de l’affaiblissement qui était résulté pour les Milanais des efforts tentés en commun par les Vénitiens et les Florentins, et en raison des inquiétudes continuelles causées à Naples au roi Alphonse d'Aragon par les partisans de la maison d'Anjou, il n'existait plus en Italie d'État qui par la supériorité de ses forces menaçât l'indépendance des autres, encore bien que leurs jalousies mutuelles provoquassent entre eux de fréquentes guerres, dans lesquelles on retrou,

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vait en lutte les deux vieux partis à. les mercenaires qu'ils prenaient à leurs soldes, les Bracheschi et les Sforzeschi, ainsi appelés, les premiers d’après Braccio de Montone, et les seconds d’après Sforza Attendolo. A l'extinction de la famille des Visconti, Francesco S fo rza réussit, en 1450, à s'emparer de tout le Milanais. Les Vénitiens s'étant ligués contre lui avec divers princes, il trouva un allié dans Florence, où à cette époque la maison de Médici s’éleva par ses richesses et son habileté au-dessus de toutes les autres. Milan , où les Sforza se consolidèrent ; Venise, qui possédait la moitié de la Lombardie; Florence, sagement gouvernée par Lorenzo Medici ; les États de l’Église, restitués en grande partie au saint-siége, et Naples, qui était hors d'état d’employer sa puissance à des attaques dangereuses pour les autres, constituaient au quinzième siècle l'équilibre politique de l'Italie; de sorte que dans les guerres privées que se faisaient continuellement ces divers États, il. n’y en avait pas un seul qui pût menacer l'indépendance des autres. C’est alors que, en 1494, le roi de France Charles VIII, en sa qualité d’héritier de la maison d'Anjou, envahit l'Italie et reconquit la Siciie enlevée aux Français par la journée des Yêpres Siciliennes. LodovicoSforza, surnommé Moro, d'abord son allié, se tourna ensuite, il est vrai, contre lui; mais le pape Alexandre VI, dans l'espoir d'assurer ainsi les grandeurs de son fils César Borgia, seconda les plans du roi de France. Charles VIIT, à la suite des sanglantes victoires remportées par son armée, eut bientôt conquis le royaume de Naples; mais la jalousie qu’il inspira alors aux autres grandes puissances permit bientôt à Alphonse d’Aragon de le lui reprendre. Le successeur de Charles VII, Louis X{1, fut également expulsé en 1504 par Ferdinand le Catholique du royaume de Naples dont il avait réussi à faire la conquête. Louis XIL avait été plus beureux dans son expédition contre le Milanais, qu’il soumit complétement en l'an 1500, après avoir invoqué en sa faveur des droits d'hérédité. Les plans que César Borgia avait formés pour s'assurer la domination de l'Italie furent déjoués par la mort de son père, survenue en 1503 ; après quoi le belkiqueux pape Jules [I acheva la complète soumission des États de l’Église, commencée avant lui. En 1508 il conclut avec l’empereur Maximilien 1°, Ferdinand le catholique et Louis XII la ligue de Cambrai, dirigée contre les plans d’agrandissement’des Vénitiens ; mais ceux-ci, par leur politique habile, réussirent bientôt à diviser cette ligue, qui menaçait d’anéantir leur puissance; et alors, en 1509, intervint entre les Vénitiens, les Espagnols et les Suisses la sainte ligue, dont le but était d’expulser les Français de l'Italie, mais qui n’y réussit pas. La querelle entre les Sforza, et plus tard entre l’empereur Charles-Quint, et les Français au projet du Milanais, se continua et ne se termina que par la déroute que le roi de France François 1% essuya en 1525 sous les murs de Pavie, Il en résulta que Milan resta à Francesco Sforza, à la mort duquel (1540) son fils Filippo Sforza hérita de sa puissance.

Les papes de la maison de Medici, Léon X (1513-1521) et Clément VIX (1525-1534), montrèrent un grand zèle pour l'agrandissement de leur famille. Charles-Quint, devenu depuis la bataille de Pavie l’arbitre suprême des destinées de l'Italie, déjoua, il est vrai, les projets conçus par Clément VII à l'effet de diminuer sa puissance. En 1527 il prit Rome d'assaut, et la livra au pillage; mais se réconciliant bientôt avec le pontife, il accorda le titre de prince aux Medici. Florence, à qui sa démoralisation intérieure avait coûté la perte de ses antiques libertés et qui en réalité ctait depuis longtemps gouvernée par les Medici, entra alors officiellement au nombre des principautés italiennes sous le règne du duc Alexandre I°'. A partir de ce moment Ja politique Italienne, dont Florence avait jusque alors été l’âme , manque d’un esprit homogène, de même que lhistoire de l'Italie manque d’un centre commun.

La sixième période de l’histoire de l’Italie comprend le temps qui s’écoula depuis la décadence de tout l'élément

DICT, LÉ LA CUNYERS, — T. XI

italien, manifestée en politique par le retour de la domination étrangère et de l'influence exclusive de l'étranger, qui détermina toutes les révolutions et changements intérieurs subis par les divers États italiens jusqu’à la révolution française. Lors de l'extinction de la ligne mäle des marquis de Montferrat, l’empereur Charles-Quint octroya, en 1536, ce pays à Gonzaga de Mantoue. En 1545 le pape Paul 111 érigea en duché Parme et Plaisance, conquis par Jules 11 au profit du saint-siége, et en investit son bâtard Pietro-Luigi Farnèse, dont le fils Octavio obtint , en 1556, l'investiture impériale. En 1523 Andrea Doria délivra Génes de la domination française, que la conspiration tramée en 1517 par Fiesque n'avait pu renverser. Dès 1553 Charles-Quint , indépendamment du Milanais, céda aussi Naples à son fils Philippe II d'Espagne; et c’est ainsi que, pour le très-grand malheur de toute l'existence politique et intellectuelle de la péninsule, l'influence austro-espagnole domina en Italie pendant un siècle et demi. Cependant la paix de Cateau-Cambrésis, conclue en 1559, restitua le Piémont au due Emanuel-Philibert de Savoie. Dans la seconde moitié du seizième siècle, la prospérité de l'Italie se releva autant que cela était possible après qu’elle eut perdu le monopole du commerce du monde, grâce à un long état de paix qui dura jusqu’à la querelle de successsion survenue au sujet de Mantoue et du Montferrat, laquelle entraîna l'Italie à avoir sa part dans les calamités de la guerre de trente ans. Par suite de l’état critique où il se trouvait réduit en Allemagne, l’empereur Ferdinand II se vit contraint, en 1631, d'accorder à titre de fiefs ces deux pays au protégé de la France, Charles de Nevers , dont la descendance en demeura en possession jusqu'à la guerre de la succession d’Espagne. Par suite de l'extinction de la maison della Povera, Urbino échut, en 1631, au saint-siége. Sauf les expéditions entreprises par Louis XIV en Savoie et en Piémont, la paix de l'Italie ne fut point troublée pendant la seconde moitié du dix-septième siècle; et le traité de neutralité signé à Turin en 1696 semblait la garantir pour longtemps, quand éclata la guerre de succession d’Espagne. En 1706 l’Autriche conquit le Milanaïis, Mantoue et le Montferrat ; ellegarda les deux premiers de cesterritoires, Mantoue ayant été confisquée sur le duc, mis au ban de l'Empire comme coupable de félonie, et donna le troisième à la Savoye. La paix d'Utrecht adjugea en outre à l’Autriche Pile de Sardaigne et le royaume de Naples, et la Sicile à la Savoye, qui l’échangea avec l'Autriche contre la Sardaigne. Quand, en 1731, la maison de Farnèse vint à s’éteindre, Parme et Plaisance furent attribués à l’infant d’Espagne Charles. Lors de la guerre qui éclata en 1733 pour la succession au trône de Pologne , Charles-Emanuel de Sav-ye, ligué avec la France et l'Espagne, conquit le Milanais, nais la paix de Vienne de 1738 ne lui en laissa que Novare et Tortone. L'Infant d'Espagne Charles devint roi des Deux- Siciles, et céda à l’Autriche Parme et Plaisance. La famille de Medici étant venue à s’éteindre en 1737, le duc François-Étienne de Lorraine reçut, aux termes des prélimipaires de paix de Vienne, la Toscane, qu'il érigea en apanage de la ligne cadette de la maison d’Autriche-Lorraine, lorsqu’il monta sur le trône impérial, en 1745. Dans la guerre de succession d'Autriche, les Espagnols s’emparèrent de Milan, en 1745; mais ils en furent chassés par Charles- Emanuel, à qui Marie-Thérèse témoigna sa reconnaissance en lui cédant quelquesdistricts du Milanais. Massa et Carrara devinrent dès 1743 l'héritage de Modène. L’infant d’Espagne don Philippe conquit Parme et Plaisance, qu’il reperdit bientôt, il est vrai, maïs que la paix d’Aix la Chapelle lui restitua en 1748; comme duché héréditaire. C'est ainsi que dans le cours du dix-huitième siècle les maisons de Lorraine, de Bourbon et de Savoye se partagèrent toute l'Italie, à l'exception des États de l’Église, de Modène et des Républiques, véritables sépulcres blanchis qui demeuraient témoins impassibles des événements de l’époque moderne, auxquels leur faiblesse extrême les empéchait de prendre

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part, tandis que l'Espagne et l’Autriche se disputaient la do- | pays une constitution nouvelle, calquée sur la constitution

mination de l'Italie.

La septième periode de l’histoire d'Italie comprend le

temps qui s’est écoulé depuis la révolution française de 1789 jusqu’à nos jours ; époque de tentatives malheureuses faites pour donner à lIlalie une nouvelle indépendance et une nouvelle vie nationales. C’est au mois de septembre 1792 que les troupes françaises entrèrent pour la première fois en Savoie ; en 1793 elles en furent, il est vrai, passagèrement expulsées, mais à la fin de cette même année elles en étaient de nouveau maîtresses. La Convention nationale avait aussi déclaré la guerre au roi de Naples dès le mois de février 1793. En avril 1794 les Français envahirentle Piémont et l'État génois; mais en juillet 1755 les Autrichiens, les Sardes et les Napolitains les chassèrent de nouveau du territoire de l’ftalie. Napoléon Bonaparte ayant reçu en 1796 le commandemeut en chef de l’armée française en Italie, contraignit d’abord le roi de Sardaigne à faire la paix et à céder à la France la Savoie avec le comté de Nice. Après avoir tout aussitôt après conquis la Lombardie autrichienne, imposé des contributions au duc de Parme et au pape, et causé au roi de Naples une frayeur telle que ce prince implora la paix, il fonda en 1797 la république cisalpine, qu’il forma avec le Milanais , le Mantouan, la partie du duché de Parme en deçà du P6 et Modène. Les États de l’Église devinrent en 1798 la république romaine, tandisque Gênes était transformée en république ligurienne. Venise, elle aussi, quand les troupes françaises traversèrent son territoire pour envahir l'Autriche, fut occupée par elles; et cette république aristocratique reçut d’autres bases. Le paix de Campo Formio abandonna à l'Autriche la partie du territoire vénitien limitée par lAdige, et en réunit le reste à la république cisalpine. Le roi de Sardaigne conclut, il est vrai, à la date du 27 octobre 1797 un traité d’allance et de subsides avec la France ; mais en 1798 le Directoire, attaqué à Rome par suite de la coalition nouvelle, jugea utile de forcer le roi de Sardaigne à céder à la France ses États de la terre ferme. Naples elle-même fut occupée en 1799 par le général Championnet et transformée en république Parthénopéenne, et la Toscane de même que le Piémont furent militairement administrés par les Français. Cependant, à la suite des avantages remportés par la la coalition, les troupes françaises furent encore une fois expulsées de Naples, de Rome etde tout le reste de l'Italie à l'exception de Gênes; et le roi de Sardaigne ainsi que le pape purent rentrer dans leurs capitales. Mais dans sa brillante campagne de 1800 Napoléon anéantit presque tous les avantages remportés par la coalition dans la haute Italie, dont il reconquit la plus grande partie. La paix conclue à Lunéville en 1800 confirma à l'Autriche la possession de Venise; et la Toscane fut érigée en royaume d'Étrurie au profit du duc de Parme. L’existence des républiques ligurienne et cisalpine fut garantie par la France et par l’Autriche, et on réunit aussi à la seconde les fiefs impériaux, Le roi de Naples se vit alors forcé de signer la paix à Florence (28 mars 1801) et de souscrire à un trailé en vertu duquel il abandonnait Piombino et le Séato degli presidi, réuni de nouveau par la France au royaume de lÉtrurie, ainsi que la moitié de l’île d’Elbe. Aux termes de la paix d'Amiens (1801), les Français durent évacuer Naples, Rome et l'ile d'Élbe. En 1801 le premier consul donna encore une nouvelle organisation aux républiques de Lucques et de Gênes. En janvier 1802 eut lieu la transformation de la république cisalpine en une république ilalienne d'après le modèle de la constitution française, et Bonaparte en fut nommé président. Gènes, elle aussi, subit une transformation nouvelle etreçut pour doge Girolamo Durazzo ; mais le Piémont fut complétement incorporé à la France. Cependant, dès 1805 l'empereur Napoléon transformait la république Halienne en royaume d'Italie, dont il se déclara le roi, en même temps qu'il y établissait son beau-fils, Eugène

française et y réunit Guastalla, en même temps qu’il octroyait à sa sœur, Elisa Bacciochi, Piombino et Lucques, érigés en principauté, qu’elle tint à titre de fief relevant de l'empire français. La paix signée en 1806 à Presbourg acheva de placer l'Italie sous la complète dépendance de la France. La partie des États vénitiens précédemment adjugée à l’Autriche fut avec l’Istrie et la Dalmatie réunie au royaume d’Italie, qui comprit alors une superfice de 1170 myriamètres carrés avec une population de 5,657,000 habitants. Guastaila, la république Ligurienne, Parme et Plaisance furent déclarées provinces françaises par une série de décrets en date des 24 et 25 mai et 21 juillet 1806. Dans la même année {806 une armée française occupa aussi Naples , que par un décret en date du 31 mars Napoléon adjugea comme royaume à son frère Joseph Bonaparte; celui-ci, malgré l'insurrection qui y éclata et un débarquement opéré par les Anglais, en prit effectivement possession. Mais deux ans après, en 1808, Joseph étant passé roi d'Espagne, le grand-duc de Berg, Murat, fut appelé à le remplacer sur le trône de Naples, tandis que les Anglais, maîtres des mers, assuraient au roi de Ferdinand la possession de la Sicile. En 1808 l’Étrurie fut encore incorporée à la France, et en 1809 l'empereur donna à sa sœur Élisa le gouvernement de la Toscane avec le titre de grande-duchesse. La même année eut lieu l’incorporation complète des États de l’Église au territoire de l’empire Français. Aux termes de la paix de Vienne, l’Istrie et la Dalmatie furent distraites du royaume d'Italie et incorporées au nouveau royaume d'Illyrie. La Bavière dut abandonner au royaume d’Italie la partie du Tyrol qu’on appelle le cercle de l’Adige, une partie du cercle de l’Eisack et l'arrondissement de Clausen.

La puissance de Napoléon paraissait donc consolidée en Italie; mais elle ne devait pas tarder à s’écrouler, à la suite de l'expédition de Russie. Murat déserta la cause de la France et conclut, le 11 janvier 1814, un traité d’alliance offensive et défensive avec l'Autriche, dont l’armée, aux ordres de Bellegarde, envahit le territoire italien; et malgré la résistance courageuse qu’il opposa à un ennemi supérieur en forces, le vice-roi Eugène Beauharnais fut contraint, aux termes de l'armistice signé le 23 avril 1814, d’évacuer toute l'Italie avec l’armée française placée sous ses ordres. Conformément aux stipulations du congrès de Vienne, Murat conserva Naples ; mais la malheureuse levée de boucliers qu’il tenta en 1815 eut pour suites la restauration de l’ancienne dynastie, l’expulsion et la mort du beau-frère de Napoléon. Pendant ce temps-là, l’acte du congrès de Vienne en date du 9 juin 1815 avait réglé le sort de l'Italie. Le roi de Sardaigne récupéra ses États, et la maison d'Autriche - Este rentraen possession de Modène, de Reggio, de Mirandola, de Massa et de Carrara; l’impératrice Marie - Louise reçut Parme, Plaisance et Guastalla; l’archiduc Ferdinand d’Autriche redevint grand-duc de Toscane ; l’infante Marie-Louise reçut Lucques ; les États de l'Église furent rétablis dans les limites qu’ils avaient en 1789, sauf la cession de la partie de territoire située sur la rive gauche du PÔ; enfin, le roi Ferdinand IV fut de nouveau reconnu en qualité de roi des Deux -Siciles. Les Anglais demeurèrent possession de l'ile de Malte. La république de San-Marino et le prince de Monaco n'avaient d’ailleurs presque pas été lésés au milieu des bouleversements politiques subis par l'Italie depuis la révolution française. La domination des Autrichiens sur l'Italie se trouva dès lors plus raffermie que jamais ; mais sur les côtes etdans les mers de l'Italie la suprématie appartint à l'Angleterre, Malgré tous ces arrangements, on n'était pas parvenu à étouffer parmi les populations de l°1talie l'aspiration à l'unité et à l'indépendance. Presque partout alors se manifesta le vœu d'obtenir des constitutons représentatives; et ce fut bien inutilement que les gouvernements sévirent, notamment à Naples, à Rome et à Turin, contre les sociétés sccrèles, comme les Unitaires,

Beauliarnais, comme vice-roi, 1 donna en même temps au | les Carbonari, etc., et même contre les francs-macons, en

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rétablissant en outre l’inquisition et les jésuites, et en s’entourant d’une armée d’espions. L'esprit du carbonarisme, gurexcité par la révolution d’Espagne de 1820, et dont le but était la création d’une confédération italienne soustraite à l’influence de l'étranger, de l’Autriche surtout, menaçait de houleverser l’état politique de l'Italie en général et l’ébranla en réalité partiellement, à Naples et en Sicile notamment, où le roi Ferdinand 1°* fut contraint, en 1820, de promettre une constitution libérale, semblable à celle que les cortès de 1812 avaient donnée à l'Espagne; et les mêmes faits se reproduisirent en Sardaigne, où en 1821 Victor-Emmanuel abdiqua en fa veur de son frère Charles-Félix. L’Autriche, qui déjà en 1815 s'était opposée à ce qu’on introduisit le système représentatif dans la péninsule, entreprit, daccord avc les autres puissances réunies en congrès à Laybach, de rétablir par la force les droits de l'autorité royale à Naples et en Sicile, de même qu’en Sardaigne, Quatre jours de lutte contre l’armée révolutionnaire de Naples (du 7 au 10 mars 1821), et trois jours contre le parti de la fédération en Piémont (du 7 au 9 avril 1821) suffirent aux Autrichiens pour rétablir l’ancien ordre de choses. Tandis que le pouvoir organisait systémaliquement la réaction, les jésuites et l’emploi de moyens analogues, d’un autre côté les sociétés secrètes y prenaient plus d'importance; et les divers gouvernements recoururent alors aux moyens les plus violents pour combattre leurs menées. La rigueur fut même poussée jusqu’à la cruauté à Naples eten Sicile contre les suspects politiques, mais surtout à Modène, dont le duc François IV s'était mis dès 1821 à la tête d’une police secrète embrassant toute l'Italie. Pie VIT, et après lui Léon XII et Pie VIII, se contentèrent d’excom munier les carbonari, sans exercer de poursuites. 11 en fut de même à Parme, ainsi qu’en Toscane, quand Léopold II eut succédé, en 1824, à son père Ferdinand III,

A la suite de l’agitation générale que la révolution de Juillet produisit en Europe, on crut en Italie que les circonstances étaient favorables pour un soulèvement dans Vintérêt de la lib erté politique et nationale, Avant que ce mouvement éclat ât, Ferdinand Il était monté sur le trône des Deux-Siciles, le 8 novembre 1830, et Grégoire XVI avait ceint la tiare le 2 février 1831. Ce fut à Modène que la tempête politique éclat a d’abord. Une première insurrection, qui eut lie u dans les journées des 3 et 4 février, fut, ilest vrai, comprimée par la force; mais un mouvement identique ayant eu lieu le même jour à Bologne, Modène se souleva de nouveau, et cette fois le duc fut obligé de se réfugier à Mantoue. Les troubles dont la ville de Parme fut le théâtre le 15 contraignirent Marie-Louise à prendre également la fuite. Dès le 8 février Ancône s'était prononcée en faveur de la révolution, et plus tard le pape se vit menacé dans Rome même. Le 26 février les députés des provinces italiennes qui s'étaient soulevées se réunirent: après avoir proclamé l'émancipation de ces provinces de l'autorité temporelle du pape, ils déclarèrent qu’elles formaient désormais un seul et même État, régi par un seul et même gouvernement, qui se composerait d’un président, d’un conseil des ministres et d’une consulta législative, dont les membres furent élus le 4 mars suivant. Mais les grandes puissances avaient résolu de mettre encore une fois en pr atique à l'égard de l'Italie le système de l'intervention, Le 9 nars, le duc de Modène rentrait sans résistance dans sa capitale avec ses troupes flanquées d’un corps autrichien. Le 5, les Autrichiens avaient occupé Ferrare, et le 13 ils entraient à Parme. Les patriotes élurent le général Zucchi pour commandant supérieur et transférèrent le gouv ernement de Bologne à Ancône. Mais après un engagement malheureux soutenu le 25 mars près de Rimini, ce gouvernement fut contraint de se dissoudre. Le 27 mars Ancône, à son tour, ouvrit ses portes aux Autrichiens ; et le 4 avril, après que les Italiens eurent déposé les armes, Spolète fut occupée par les pontificaux.

Les individus les plus compromis cherchèrent à se réfugier aux îles Ioniennes; mais ils furent faits prisonniers par les Autrichiens et livrés à lcurs gouvernements.

Depuis son retour dans ses États, le duc de Modène gouvernait avec une main de fer. Le gouvernement pontifical, lui aussi, organisa une vivlente réaction; mais nue fois que les Autrichiens eurent évacué Ancône et Bologne, il lui fut difficile de maintenir la tranquillité, De nouveaux troubles qui éclatèrent dans les États de l'É:lise amenèrent en 1832 une nouvelle invasion des Autrichiens, et donnèrent occasion à la France de faire occuper Ancône, le 22 fivrier 1832, par un corps expéditionnaire. En Sardaigne, Charles-Albert, monté sur le trône en 1831, sut d’abord préserver ses États de toute insurrection en adoptant un système libéral; mais ce prince changea de politique, et s’abandonna surtout à des influences jésuitiques, Des conspirations provoquèrent en 1833 dans les États sardes de sanglants conflits, suivis en 1834 d’une folle irruption en Savoie par une bande de réfugiés polonais et italiens.

A ces tentatives avortées d’insurrection, suivies d’une sanglante répression, succéda, il est vrai, en Italie un calme apparent; mais ce calme n’était que celui de l’épuisement. L’infatigable activité des sociétés secrèles, qui maintenant avec la Jeune Italie de Mazzini, prirent des tendances républicaines, s’étendit dans une grande partie de la Péninsule. Ancône fut évacuée (décembre 1838) par les Français; les troupes autrichiennes sortirent en même temps des Etats de l’Église. Mais le mécontentement couvait en secret, et les incessantes menées des bannis et des émigrés contribuaient à l’entretenir. Quelques troubles en Romagne (1843 et 1844), le soulèvement de Rimini (1845) étaient du moins des symptômes significatifs; et la manière dont le gouvernement pontifical agit dans ces circonstances ne pouvaient qu’aggraver le mécontentement. Un incident qui produisit la plus vive impression, ce fut le débarquement tenté sur la côte de Calabre par les fils de l'amiral autrichien Bandiera, qui furent fusillés avec plusieurs de leurs complices (juillet 1844). Dans la partie éclairée de la population se manifestait de plus en plus une aspiration à des réformes modérées. On en avait pu reconnaître les premiers indices dans les opinions émises au sein des congrès scientifiques italiens, où l’on n'avait pas craint de parler d'unité nationale, d’une union douanière italienne. Le gouvernement doux et éclairé de la Toscane, les progrès pacifiques que les idées libérales faisaient en Sardaigne, étaient le sujet de vives espérances d’un avenir meilleur. Dans ces circonstances, la mort de Grégoire XVI (1er juin 1846) et l’avènement du cardinal Mastaï-Ferretti au trône pontifical (sous le nom de Pie IX) firent époque en Italie. Pie IX ayant débuté par des mesures de conciliation, notamment par une large amnisfie, devint le symhole des tendances libérales, unitaires ct réformatrices. Tandis qu'à Rome, à Florence, à Turin, la population saluait avec enthousiasme le commencement d’une ère nouvelle, dans les petits États on persistait à s'appuyer sur la puissance autrichienne, qui toutefois se vit bientôt occupée et attaquée sur son propre territoire. En outre, le 12 janvier 1848, en Sicile, depuis plusieurs mois en proie à une violente fermentation, éclatait une 1nsurrection dont le triomphe arracha à Ferdinand JI les concessions si longtemps refusées ; mais elles venaient trop tard. Le mouvement de la Sicile se communiqua au royaume de Naples; et alors le roi ne crut pouvoir prévenir une insurrection générale qu’en appelant d’autres hommes à la direction des affaires (29 janvier 1848) et en promettant une constitution. La Sicile jugea ces concessions insuffisantes; on y réclama la constitution de 1812 et la séparation complète d’avec le continent. Naples ayant ainsi précédé tous les autres États de l'Italie dans Padoption du système représentalif, il était impossible d’hésiter plus longtemps là où le mouvement avait commencé plus tôt et sur des bases plus s0-

lides. Les institutions conslitu‘ionnelles se succédèrent alors rapidement en Sarilaiyne (8 février), en Toscane (17 février)et même dans la Rome des papes (14 mars). L'ordre des Jésuites, dans lequel l'opinion publique voyait l'appui de la réaction, fut forcé d’évacuer l'Italie.

C’est à cette époque de fermentation universelle et de réformes politiques qu’éclata en France la révolution de février 1848, laquelle ébranla jusqu'aux gouvernements absolus de l'est, et notamment l'Autriche. Le désaccord profond existant dans la Lombardo -Vénétie entre les populations et le gouvernement autrichien, s'était déjà traduit en sanglants conflits (janvier 1848) ; quand on y appril les événements de Paris et de Vienne, l'insurrection éclata le 22 mars à Milan, et fut appuyée par des mouvements ana : logues dans presque toute la haute Italie ; les troupes autrichiennes, commandées par Radetzky, furent contraintes de se replier sur Vérone, tandis que presque en même temps Venise devenait indépendante par suite d’une capitulation précipitée, et qu’à Parme et à Modène toutes les autorités étaient ren versées.

Le roi de Sardaigne, Charles-Albert, qui visait à la fondation d’une hégémonieitalienne, avait dans l'intervalle pris ses mesures pour commencer la lutte contre l’Autriche. Le jour même où Milan triomphait (25 mars), il franchissait les frontières de la Lombardie et déclarait la guerre à l’Autriche au nom de l'indépendance italienne. Les troupesautrichiennes se trouvèrent alors refoulées sur la ligne du Mincio et dans les places fortes de Vérone, de Mantoue, de Peschiera et de Legnano, tandis que toute l'Italie se préparait à les combattre. Les gouvernements de Florence, de Naples et de Rome reconnurent l’impossibilité de résister à l’élan national. En peu de temps la diplomatie autrichienne se trouva complétement battue sur ces divers points, et des troupes romaines, toscanes let napolitaines se mirent en marche pour aller grossir dans a haute Italie les rangs des défenseurs de l'indépendance nationale, S'il y avait eu parmi les Italiens de l'union et de la modération politique, il est extrêmement vraisembable qu’en raison de la situation des choses ils eussent pu gagner à la lutte des résultats réels; mais ils présumèrent trop de leurs forces et ne surent pas mettre à profit l'instant favorable. Les dissensions des libéraux et des radicaux, le défaut d'habitude militaire des Italiens, rendirent tout aussitôt la position du roi de Sardaigne des plus difficiles. On réussit bien à faire prononcer la réunion de la Lombardie à la Sardaigne (juin 1848); mais {out le poids de la lutte continua à peser sur Charles-Albert et sur son armée, attendu que les contingents napolitain et romain ne tardèrent point à être rappelés du théâtre des opérations actives. Le mouvement du 15 mai, que le roi de Naples parvint à comprimer, peut être considéré comme le début de la réaction intérieure; mais les victoires que les troupes autrichiennes remportèrent en juin et juillet, celle de Custozza (25 juillet) notamment, et qui amenèrent en peu de temps la retraite de l’armée sarde, la prise de Milan et l'armistice du 9 août, furent des événements autrement décisifs pour les destinées ultérieures de la péninsule, À cemoment où l'Autriche était parvenue à triompher de la force la plus importante de la révolution, et où on ne songeait plus à Vienne à tenir les conditions antérieurement posées pour la paix, le parti démocratique prit le dessus dans l'Italie centrale. En Toscane, on imposa au grand-duc le ministère radical Montanelli-Guerrazzi. Le comte Rossi, que Pie IX avait appelé à Rome à l'effet d'y prendre la direction du ministère, fut assassiné (15 novembre); après quoi le pouvoir se trouva complétement aux mains du parti républicain, et le pape se vit forcé d'appeler aux affaires le cabinet radical Mammiani- Sterbini, Le 24 novembre, le pape, à l'aide d'un déguisement, parvint à s'enfuir à Gaète, En Toscane, le grand-duc quitta Florence (7 février 1849), et acheva par là le triomphe complet des démocrates, A la même époque une as-

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semblée constituante se réunissait à Rome et y proclamait la république. En Sardaigne, on se laissa également entraîner de nouveau à faire la guerre à l'Autriche; mais la glorieuse campagne de trois jours de Radetzky (21-23 mars 1849), les victoires de Mortara, de Vigevano et de Novare achevèrent le triomphe de la politique de restauration en Italie. Charles-Albert abdiqua la couronne au profit de son fils Victor-Emmanuel, et se condamna à un exil volontaire, dans lequel il ne tarda point à des-

cendre au tombeau.

Le résultat immédiat de la défaite essuyée par les armes sardes fut la restauration de la puissanceautrichienne, non-seulement en Lombardie, où la révolution tenta encore d’inutiles efforts, mais encore à Modène, à Parme et en Toscane. L’occupalion de la Toscane par les Autrichiens eut lieu en avrilet en mai, en même temps qu’une armée française auxiliaire débarquait dans les États de l'Église à l'effet d'y rétablir, d’accord avec des troupes espagnoles et napolitaines, la souveraineté du pape. En Sicile la déchéance de la maison de Bourbon et l'élection d'un prince de la mai‘on de Savoie pour roi (1848) avaient étésuivies d’une lutte armée contre les forces napolitaines, et cette lutte se termina par la soumission absolue de l’île. En Lombardie, à Modène, à Parme et en Toscane, dans les légations romaines même, l'Autriche organisa un sévère gouvernement militaire, avec l’intenüon hautement annoncée de rétablir l’ancien ordre de choses dans toute sa rigueur. Ce fut en vain que dans les Etats de l'Église la France s’efforça d’arracher quelques concessions au pape, qui en août 1849 avait repris l’exercice de son pouvoir temporel confié par lui à une commission de gouvernement. La haine pour tout ce qui rappelait l'époque des troubles, la défiance pour toutes les améliorations, et l’impatience vindicative du parti de la réaction, qui avait pris bien vite une grande influence, l'emportèrent là comme partout ailleurs. Nulle part, toutefois, la reslauration n’affecta des formes plus violentes qu’à Naples, où toules les concessions furent retirées, toutes les promesses oubliées, où le règne du sabre se produisit dans toute sa sauvagerie. Venise, après une héroïque résistance, finit aussi par succomber; le 28 août 1849 Radetzky y fit son entrée, ei la dernière trace de la résistance révolutionnaire sur le sol ilalien se trouva effacée.

La Sardaigne seule fit une honorable exception à la précipitation passionnée avec laquelle on s’efforça partout de rétablir les choses sur l’ancien pied. Après avoir conclu la paix avec l'Autriche (août 1849), le gouvernement sarde porta toute son attention sur les améliorations à effectuer à l'intérieur. Le royaume Lombardo-Vénitien fut réduit à l’état de province de l'empire d'Autriche. Rome, où le pape était revenu résider en avril 1850, continua d'être occupée par des troupes françaises; et la réorganisation administrative qu’on y opéra alors rétablit le gouvernement sacerdotal comme par le passé, sans qu'il fût autrement question de la constitution accordée en 1848 par le saint-père à ses sujets. En Toscane, les garanties constilutionnelles, d’abord suspendues, furent définitivement abolies (mai 1851). L’accroissement des actes de brigandage, surtout dans l'Italie centrale, la persistance des sociélés secrètes, les incessantes explosions de la haine des populations contre les autorités constituées, en dépit de la rigueur des lois militaires, comme celle qui éclata à Milan le 6 f:vrier 1853, étaient autant de faits qui indiquaient suffisamment combien peu l'état social et politique de la péninsule offrait de sécurité.

En 1855, le gouvernement du roi Victor-Emmanuel, s’alliant par le traité du 10 avril à l'Angleterre et à Ja France contre la Russie, envoya 17,000 hommes en Crimée; le comte de Cavour, admis en conséquence à représenter la Sardaigne au congrès de Paris en 1856, mit cette circonstance à profit pour réclamer contre les em p'ètements de l'Autriche en Italie. L’Autriche était arrivée

ITALIE

en eflet à exercer sur l'Italie centrale une domination presque absolue. Déjà la Toscane, par la convention du 12 juin 1815, avait été associée à sa défense dass la péninsule et placée ainsi sous sa main. Les duchés de Modène et de Parme, le premier par un traité en date du 24 décembre 1848, le second par un traité conclu le 4 février 1849, étaient entrés dans la ligue militaire de l’Autriche, et avaient abandonné à cette puissance le droit d'intervenir à son gré et d'occuper les forteresses, « toutes les fois que pourrait l’exiger la prudence ». Ces duchés, en outre, s'étaient engagés à ne conclure aucune convention militaire sans l’assentiment préalable de leur puissante et redoutable alliée. Parme et Plaisance étaient occupées par des troupes autrichiennes. En Romagne, l’autorité militaire autrichienne s’était substituée à l’autorité pontificale. Les États du centre de l'Italie cbéissaient donc aux conseils et aux ordres envoyés de Vienne. Il en résultait que les populations avaient perdu tout respect pour leurs gouvernements, et que ceux-ci avaient perdu tout esprit national.

Après avoir soutenu contre l’Autriche une lutte diplomatique, de plus en plus vive et acerbe, le gouvernement de Sardaigne, assuré de l'appui de la France, ne recula pas devant la guerre. Les choses en vinrent au point que, le 23 avril 1859, un ultimatum fut remis au comte Cavour de la part du cabinet de Vienne, ultimatum réclamant la réduction des armements de la Sardaigne et le licenciement de ses volontaires, avec sommation de réponse précise sous trois jours. Les Autrichiens engagèrent les hos tilités en traversant le Tessin, le 29 avril, tandis que les Sardes attendaient prudemment l’arrivée des troupes fran çaises. Repoussés à Montebello, le 21 mai, battus à Palestro, les 30 et 31 mai, et à Magenta, le 5 juin, les Autrichiens se virent forcés d’évacuer Milan, où Victor-Emmanuel et Napoléon IL firent leur entrée le 7 juin. La bataille de Solférino (24 juin) rejeta les troupes autrichiennes au-delà du Mincio, que pissa l’armée française: mais l’empereur d'Autriche ayant proposé alors un armistice, sur l'ouverture faite par Napoléon III, ces souverains signèrent à Villafranca, le 11 juillet, les préliminaires de la paix, donnant la Lombardie à la Sardaigne, laissant à l'Autriche la Vénétie, aux ducs de Toscane et de Modène leurs États, et tendant à la création d’une confédération italienne sous la présidence honoraire du pape.

Cependant l'union de l'Italie centrale à la Sardaigne avait été préparée par les soins de Cavour qui, dans la crainte d’une paix prématurée, voulait y opposer des faits accomplis. Une révolution avait chassé Léopold JI de Florence et Francois V de Modène; la duchesse régente de Parme, voyant l'impossibilité de garder une situation neutre, avait quitté d'elle-même ses États. Les gouvernemenis provisoires, aussitôt établis, s'étaient rangés sous le protectorat de Victor-Emmanuel. Cavour, voyant la réussite de ses projets momentanément compromise par la paix de Villafranca, donna sa démission le 18 juillet, et fut remplacé par Ratlazzi. Néanmoins le mouvement commencé dans l'Italie centrale ne s’arrêta pas. Les assemblées de Florence et de Modène votèrent, les 20 et 21 août 1859, l’annexion à la Sardaigne; l’assemblée de Parme suivit cet exemple le 11 septembre; dans la Romagne , une assemblée convoquée par la junte provisoire émit le même vœu. Ces votes rendaient impossible l'exécution du plan conçu à Villafranca. Bientôt le gouvernement français se montra moins défavorable aux idées de Cavour, et celui-ci reprit la présidence du conseil le 20 janvier 1860, Les populations de la Toscane et de l’Émilie (Modène, Parme et Romagne) votèrent à la presque unanimité, les 11 et 12 mars, leur annexion à la monarchie de Victor-Emmanuel, En même temps, la Savoie et Nice étaient cédées à la France.

À Naples, le roi François II, qui avait succédé à son père Ferdinand IL, le 26 mai 1859, suivit la même politique. Une insurrection éclata en Sicile au mois d'avril 1860,

et Garibaldi, quittant Gênes le 6 mai avec un millier d'hommes, débarqua à Marsala, devint maître de Palerme et de Messine, puis, le 18 août, passa le détroit, s’empara le lendemain de Reggio, entra le7 septembre à Naples, que venait d'abandonner François II, et proclama Victor-Emmanuel roi d'Italie. De son côté, Cavour fit envahir, le 11 septembre, par les troupes piémontaises le territoire papal, sous le prétexte que les bataillons étrangers au service du souverain pontife, sous les ordres de La Moricière, comprimaient les manifestations de la pensée nationale; cette petite armée fut facilement vaineue et dissoute à Castelfidardo. Les populations du royaume de Naples ayant voté leur annexion le 21 octobre, les troupes de Victor Emmanuel allèrent s'emparer de Capoue, et ce roi fit son entrée à Naples le 7 novembre. La capitulation de Gaëte acheva, le 14 février 1861, la conquête des Deux-Siciles. Enfin une loi adoptée le 26 du même mois par le sénat, ef le 11 mars par la chambre des députés, donna à Victor- Emmanuel le titre de roi d’Italie.

Cavour mourut, le 6 juin suivant, après avoir revendiqué Rome comme capitale du nouveau royaume et avoir fait voter une résolution dans ce sens. Ricasoli, qui lui succéda, eut à lutter contre les impatiences du parli de l'action tendant à résoudre violemment la question romaine, et à prendre des mesures contre le brigandage politique organisé dans les provinces méridionales par des bandes à la solde de François II. Son caractère inflexible ne se pliant pas aux agissements {ortueux de la politique des Tuileries, il fut remplacé, le 2 mars 1862, par Rattazzi. Dans les premiers jours du mois d'août suivant, Garibaldi donna le signal de la guerre contre Rome, et, malgré une proclamation du roi, commença son expédition, que termina, le 28 août, sa défaite à Aspromonte per les troupes royales. 11 en résulta pour le cabinet Rattazzi une impopularité aux conséquences de laquelle il ne put se soustraire, malgré le décret d’amnistie signé par le roi; il donna sa démission le 1er décembre, et eut pour successeur Farini qui, bientôt éloigné des affaires par sa santé, fut remplacé le 24 mars 1863 par M. Minghetti. La situation était devenue si grave dans les provinces méridionales que le par:ement vota, au mois d'août, une loi donnant au ministre le pouvoir de faire fusiller dans les vingt-quatre heures les brigands pris les armes à la maïn, et d'interner les personnages suspects d’a{fliation au brigandage ou à la Camorra. Ces mesures furent aussitôt appliquées dans la plus grande partie de l’ancien royaume de Naples.

Une convention intervint le 15 septembre 1864, au sujet de Rome, entre les gouvernements français et ilalien. L'Italie s’engageait à ne rien entreprendre contre le territoire actuel du saint-siège, à le proléger même contre toute attaque extérieure, et à transporter sa capitale à Florence. Quant à la France, elle s’engageait à relirer ses troupes de Rome deux ans plus tard après cette translation. Aussitôt la nouvelle de la convention connue, des collisions sanglantes eurent lieu à Turin, et le roi jugeant qu'il fallait un nouveau ministère pour soutenir la responsabilité du projet de loi à présenter, appela le général de la Marmora à la présidence du conseil. La convention fut approuvée le 19 novembre à la chambre des députés, et le 9 décembre au sénat. C’est le 28 avril 1865 que le parlement tint sa dernière séance à Turin.La Gazette officielle parut pour la première fois à Florence le 4 juin suivant, et le parlement s’y réunit le 18 novembre.

L'année 1866 devait rendre Venise à l'Italie, A la suite d'une alliance contractée secrètement avec la Prusse, le gouvernement italien, prenant prétexte des armements de l'Italie, mit son armée sur le pied de guerre, dans les derniers jours d'avril, et un décret en date du 6 mai approuva la formation de bataillons de volontaires, sous les ordres de Garibaldi. Le 8 juin, la chambre, dans le but de trouver les ressources nécessaires, votait sans discussion la suppression des corporations religieuses. Un

nouveau ministère était constitué sous la présidence de Ricasoli, et le général de la Marmora, nommé chef d’étatmajor de l’armée, déclarait, le 20 juin, la guerre à l’Autriche. Les Italiens exécutèrent sans résistance, le 23 juin, le passage du Mincio ; mais le lendemain ils étaient battus à Custozza. Quoique battus encore dans le combat naval de Lissa (20 juillet), ils obtinrent de la guerre, par suite des triomphes de la Prusse, tout le bénéfice qu'ils en eussent retiré victorieux. Napoléon III rétrocéda, le 9 septembre, à l’Italie, la Vénétie qui lui avait été cédée par PAutriche; le 21 du même mois, les populations votèrent leur annexion au milieu d’un grand enthousiasme , et le 7 novembre Victor-Emmanuel fit son entrée à Venise.

La question financière devint alorsla principale préoccupation des hommes d’État italiens, et se confondit avec la question des biens du clergé, la liquidation de ces biens étant la source à laquelle tous les financiers proposaient de puiser la somme nécessaire pour combler le déficit. Divers projets furent émis. Celui du ministère ayant été repoussé, Ricasoli se retira; Raltazzi prit la présidence du conseil, le 10 avril 1867, et accepta le projet de la commission nommée par la Chambre. En conséquence, une taxe de 30 pour 100 fut établie sur les biens du clergé, et en outre 400 millions entrèrent directement dans les caisses de l’État. Cependant l'Italie paraissait vivre avec le saint-siége dans d’assez bons rapports, lorsqu'on apprit une nouvelle tentative des Garibaldiens. La France intervint ; le gouvernement italien, de son côté, fit occuper une partie du territoire pontifical, mais se hâta de lévacuer après la défaite de Garibaldi à Mentana (4 nov. 1867). Accusé par les cléricaux, comme par les hommes du parti de l’action, Rattazzi avait donné sa démission dès le milieu d'octobre ; Le général Menabrea avait remplacé. Celui-ci tenta de négocier pour remettre en vigueur la convention du 15 septembre , dont la tentative garibaldienne avait suspendu les effets, mais en protestant contre le pouvoir temporel du pape, et en demandant que les troupes françaises évacuassent le territoire romain; cette demande, renouvelée à plusieurs reprises, demeura sans effet. La convocation d’un conseil œcuménique à Rome pouvait être une nouvelle cause d’embarras; le président du conseil y échappa en laissant les prélats libres d’assister au concile, mais en réservant les droits du gouvernement vis-à-vis les décisions qui pourraient être prises. A l’intérieur, c’est principalement sur le ministre des finances, M. Cambray-Digny, que porta le poids des affaires, Il s'était trouvé en présence d’un déficit de 900 millions, dont 240 millions pour le budget de 1868. Malgré limpopularité de l'impôt sur la mouture, il en obtint le vote; il demanda ensuite que l'exploitation du monopole des tabacs fût mise en régie, espérant en augmenter Le produit, et obtint un vote également favorable. Le cabinet Menabrea-Cambray-Digny se retira au début d’une nouvelle législature, devant une majorité devenue insuffisante, et fit place, le 14 décembre 1869, à un cabinet présidé par M. Lana , qui représentait une nuance libérale plus marquée, mais qui, de même que le président, eut à s'occuper surtout de la question financière. M. Sella, qui fut appelé à tenir le portefeuille des finances, trouvait une situation d'autant plus difficile que, dans les campagnes, la perception des impôts était devenue presque impossible par les nombreux refus des paysans, et que le gouvernement se voyait dans la nécessité de ne pas poursuivre les contribuables récalcitrants.

Dans les derniers mois de l’année 1870, la question politiquereprit le premier rang, par suite de la guerre entre la France et la Prusse et de la chute de Napoléon III. Une agitation très-vive se manifesta à Rome dès le 9 septembre; des adresses furent envoyées à Victor -Emmanuel, qui donna l’ordre à ses troupes de pénétrer sur le territoire pontifical, Rome fut occupée le 20 septembre, et au commencement d'octobre un vote presque unanime vota l'an

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