‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 350 sur 522 · ITALIE — ITALIENNE · texte numérisé non relu

ITALIE — ITALIENNE

nexion des provinces romaines au royaume d'Italie. Le parlement adopta, le 23 décembre, un projet de loi qui décidait le transfert de la capitale à Rome dans le délai de six mois, et le gouvernement s’installa officiellement dans cette ville le 2 juillet 1871. Ainsi dépossédé de son pouvoir temporel, le pape fut représenté aux yeux du monde catholique comme un captif en butte à d’extrêmes vexations, quoique le gouvernement du roi lui eût expressément réservé « la dignité et l’inviolabilité attachées à toutes les prérogatives personnelles d’un souverain ». Cette situation du pape et la suppression des couvents, votée le 14 décembre 1872, causèrent au gouvernement italien de nombreuses difficultés. Pourtant la question financière restait encore plus grave que toutes les autres; elle amena la chute du ministère Lanza; le ministère Minghetti, qui lui succéda le 10 juillet 1873, se trouva aux prises avec les mêmes difficultés. Sous le rapport des relations avec les autres puissances, l’Italie, attribuant à l'influence du cléricalisme l’évolution parlementaire qui avait amené, le 24 mai, la démission de M, Thiers, témoignaitune froideur marquée à la France et prenait envers elle une attitude pleine de défiance; d’un autre côté, le voyage de Victor- Emmanuel à Berlin amena une union encore plus intime avec le gouvernement prussien, et on crut à un traité formel contre les tentatives des cléricaux français.

ITALIENNE (Langue). La langue italienne, l’une des langues romanes, n’est point immédiatement dérivée du latin classique parlé par les classes élégantes et polies, mais bien de la langue vulgaire, devenue dan: les derniers siècles de l'empire de plus en plus dégénérée, que, en opposition à la langue plus pure, on nommait Zingua romana rustica, où latin des paysans, et dont il existe encore de frappants spécimens dans des milliers d’iascriptions et de pierres tumulaires. Ce qui caractérise surtout ce latin rustique, c’est que les désinences de mots déterminées par les cas y sont toujours de plus en plus négligées; c’est l'emploi impropre des prépositions avec des régimes autres que ceux dont elles doivent être suivies; c’est l’omission, puis la suppression complète de certaines formes du verbe et l’emploi fréquent des pronoms démonstratifs, d’où proviennent les articles de la langue moderne, De même il était naturel qu’un grand nombre de mots du style noble, dont les gens du commun faisaient peu usage, fassent remplacés par les expressions plébéiennes, comme bellus, caballus, casa, bucca, testa, au lieu de putcher, equus, domus , os, caput, etc. Toutefois la transformation de la romana ruslica en italien s’effectua si lentement et d’une manière si imperceptible à travers les siècles, que le peuple n’en eut même pas la conscience et qu’il continua pendant longtemps encore à donner à Ja langue qu'il parlait le nom de lingua latina on romana. Plus tard on employa pour la langue nouvelle le nom de lingua vulgaris ou vulgaire, par opposilion au latin désigné sous le nom de Zingua grammatica.

Il s’en faut d’ailleurs que cette langue nouvelle fût la même dans toutes les parties de l'Italie et si déjà aux plus beaux temps de Rome le latin avait été parlé par le peuple d’une manière autre dans lApulie, par exemple, qu'au nord de l’Ilalie, de même il y surgit un grand nombre de dialectes, qui ont persisté partout jusqu’à nos jours. Au treizième siècle, Dante, dans son livre De Vulgari eloquio, compte déjà au moins quatorze dialectes, qu'il dé clare (ous, sans en excepter le florentin, impropres pour des œuvres littéraires; aussi recommande-t-il à ceux qui veulent écrire de n’employer que la langue élevée, nappartenant en propre à aucune partie de l'Italie, mais com mune à toutes les classes instruites et polies. L'histoire a confirmé la justesse de son opinion; car la langue que nous appelons l'italien n'est sur aucun point de l'Italie la véritable langue du peuple. On voit dès lors combien est mal fondée la prétention des Florentins, qui parce que leur dialecte est celui qui incontestablement se rapproche

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plus de la langue élevée que tout autre dialecte italien, voudraient que cette langue élevée ne fût pas appelée lingua italiana, mais fiorentina ou tout au moins {oscana. Sans doute les dialectes aujourd’hui en usage en Italie ont éprouvé d'importantes modifications depuis l’époque du Dante; la plupart ont cependant conservé les principaux traits caractéristiques qu'y signalait déjà l'illustre poëte il a six cents ans. Il faut d’abord remarquer la dissemblance existant entre les dialectes du nord et ceux du sud. Dans les premiers, les consonnes dominent, même dans les désinences de mots, comme aussi les intonations romaines primitives sont fortement tronquées ; tandis que les voyelles dominent dans les dialectes du sud, et notamment les sons sourds de l'u et de lo. C’est au centre de l'Italie, en Toscane et dans les États de l'Église, où l'influence des étrangers futrelativement moindre, que la langue a conservé le plus de formes et d’intonations romaines : aussi ne doit-on pas s'étonner que ce soient les classes élevées, en Toscane et à Rome, qui parlent incontestablement l'italien le plus pur. Le nord de l'Italie, à son tour, se divise en trois langues bien distinctes. C’est au centre que dominent la rudesse et les mutations de la prononciation germaine. A l’est, dans la ville de Venise, où la vie était toute maritime, il se forma un dialecte d’une nature toute particulière, portant le caractère de la mollesse et même de l’enfantillage, qui est de tous les dialectes italiens celui qui se propagea le plus et qui reçut aussi la forme la plus littéraire. A l’ouest, on remarque l'influence du français ; elle devient moindre dans le pays de Gènes, mais elle est prédominante en Piémont, de telle sorte qu’on pourrait jusqu’à un certain point nier que le dialecte piémontais soit un dialecte italien, et le considérer comme une langue à part. Indépendamment de ces dialectes, il exista déjà de trèsbonne heure, à partir du douzième siècle, comme le Dante le fait observer avec raison, une langue plus noble, c’est-àdire plus rapprochée des formes romaines primitives et par conséquent mieux faite, qui fut d’abord en usage en Sicile, à la cour de Frédéric II, mais qu'employèrent ensuite la plupart des poëtes de toutes les parties de l'Italie. Au quatorzième siècle disparaissent, en poésie tout au moins, les traces tant de la diversité des dialectes que des formes et des expressions françaises et provinciales, qu’on rencontre encore très-fréquemment chez les plus anciens écrivains. La langue de la poésie, qui n’est plus aujourd'hui qu’une langue de convention, mais consacrée par plusieurs siècles d'usage, fut formée et, on doitle croire, fixée à jamais, d’abord par le Dante, qui avait la pleine conscience de ce qu’il faisait, et ensuite par Pétrarque. A l'égard de cette langue, il n’y a pas de discussion ; elle est demeurée essentiellement la même depuis l’époque du Dante jusqu’à nos jours. Il n’en est pas fout à fäit ainsi pour la prose. Là aussi les plus anciens écrivains furent des Toscans ou Florentins, et parmi eux Boccace prend à bon droit le premier rang ; seulement, dirigé en cela par l'étude des anciens classiques, il s’efforça de donner à sa langue une abondance peu nafurelle et une construction embarrassée de la période qui dépara pendant longtemps la prose italienne et qui aujourd’hui encore trouve des admirateurs et des imitateurs. L'Italie n’a jamais formé un empire unitaire ; il n’y surgit jamais une capitale devenant, comme Paris par exemple, le foyer des lumières et des sciences ; et avcun prosateur n’y acquit une influence tellement prépondérante qu'il pût être généralement considéré comme un modèle, Il en est résulté que de nos jours même il ne paraît pas d'ouvrage nouveau sans qu’on n’en discutela valeur au point de vue du style, que les uns raillent et tournent en ridicule, alors que d’autres critiques le portent aux nues, L'influence exercée au dix-septième siècle et jusque pardelà le milieu du dixhuitième siècle par la littérature française sur la langue italienne fut déplorable. Aveuglés par leur prédilection pour les ouvrages des Français et ce qu’on appelait leur philosophie, beaucoup d'Italiens en vinrent jusqu’à nier l’originalité de leur belle langue et à n'écrire en réalité qu’en français tout

en se servant de mots italiens, Ce n’est que vers la fin du dix-huitième siècle et au commencement du nôtre que des hommes aussi instruits qu’animés de sentiments patriotiques, tels que les Monti, les Perticari, etc., mirent un terme à ce désordre en prêchant d'exemple, Ainsi la langue italienne n'est point parvenue à une forme constante et uniformément progressive, mais à subi alternativement des périodes de progrès et de décadence; et l’époque du Dante, de Pétrarque, le quatorzième siècle, considéré à bon droit par les Italiens comme le premier âge d’or de leur langue, est appelée par eux &{ gran secolo, ou encore il trecento. Après avoir été négligée pendant quelque temps au quinzième siècle, époque où tous les savants se préoccupèrent beaucoup de létude des langues classiques, elle parvint au seizième siècle, avec l’Arioste, Guarini et Le Tasse, à l’apogée de sa perfection, pour subir aux dix-septième et dixhuitième l'influence pernicieuse du gallicisme ; mais depuis une cinquante d’années elle est en voie de régénération,

Les Italiens ne peuvent, à bien dire, se flatter d’avoir fait de leur grammaire l’objet de travaux approfondis. Le premier'qui recueillit des observations sur la langue fut le cardinal Bembo, dont le travail, commencé peut-être déjà en 1500, ne vit le jour qu’en 1525, sous le titre de Prose; divers autres ouvrages de moindre importance sur ce sujet, tels que ceux de Fortunio, de Liburnio, de Flaminio, etc., ne parurent que plus tard encore. Les Prose de Bembo sont en forme de dialogue; et ce livre, où il n’est question que de Boccace et de Pétrarque, n’est ni complet ni solide. Les efforts de Giangiorgio Trissino, pour régler l’orthographe et la fixer par l’emploi de nouveaux signes, eurent pour résultat, après de longues discussions, d'introduire les lettres v et j comme consonnes. Parmi les aufres essais granimaticaux qui exercèrent une influence durable sur l'étude de l'italien, il faut citer : l &rcolano de Varchi ( Florence, 1570), dont le but unique était de faire prévaloir la suprématie absolue des Florentins en ce qui est de la langue; les Avvertimenti della Lingua de Salviati, où il n’est question, et avec une insupportable prolixité, que des lettres, des noms et de l’article ; Della Lingua Toscana de Buommattei ( Florence, 1648), la première grammaire à peu près complète, que l’Accademia della Crusca adopta comme sienne, et qu’elle réimprima à diverses reprises. Les Osservazioni della Linqua de Cinonio dern. édit. Milan 1809 ), où il est traité par ordre alphabétique du verbe et des particules, sont une riche mine d'observations et d'exemples. L'ouvrage un peu hardi de Bartoli, ZZ torlo el diritto del non si pud (Rome, 1655), n’est pas moins instructif. La première grammaire systématique complète et appuyée de bons exemples, et où tous les grammairiens postérieurs ont largement puisé, est celle que Corticelli publia sous le titre de Regoleed Osservazioni (Bologne, 1785). Parmi les ouvrages modernes, on peut citer comme un véritable chef-d'œuvre celui de Mastrosini, Teoria e Prospetlo de? Verbi Italiani (2 vol., Rome, 1814). Une mention non moins honorable est due aux travaux de Gherardini, d’Antolini, et surtout de Raïnucci, qui à partir de 1813 publia plusieurs ouvrages sur les temps et les substantifs, où il démontre surtout l’affinité des langues provençale et italienne. Les grammaires récemment publiées par Ambrosoli, Ponza, Biagioli, Valentini, Rebello, etc., sont aussi, à fout prendre, de bons ouvrages; mais la plupart n’ont été composés que pour les besoins ordinaires et ont pour base les travaux de Corticelli.

La lexicographie, comme la grammaire, ne date en Italie que du seizième siècle, Les dictionnaires de Minerbi (1535), de Fabricio de Luna (1536) et d’Accarisio (1543) ne sont guère que la collection des mots employés par Boccace et par Pétrarque. Il y a déjà un peu plus de richesse dans les ouvrages de Francesco Alunno, Le Richezze della Lingua Volgare (Venise, 1543) et Della Fabrica del Mondo (1546). Le premier lexique un peu complet est le Memoriale della Lingua de Pergamini (Venise, 1568). Enfin parut, d'abord à Venise (1612), le Vocabolario degli Accademici della

citer presque exclusivement que les écrivains du Zrecento et des écrivans florentins, et où <e trouvaient recdeillis avec un soin extrême toutes les mutilations, toutes les expressions ordurières et toutes les façons de parler du peuple, mais qui passait complétement sous silence la langue de la conversation ainsi que la langue des sciences et des beauxarts. Il en parut encore une seconde édition, peu modifiée, à Venise (1623); la troisième, considérablement augmentée (3 vol., 1691), et la quatrième (6 vol, 1729-1738) furent imprimées à Florence. Depuis, en 1743, l’Académie en publia une cinquième édition , qui est sans doute d’une richesse extrême en formes de mots et en exemples, mais conçue dans le même esprit que les précédentes. Cet ouvrage a été d’ailleurs l’objet de nombreuses imitations et de non moins nombreux abrégés. L'édition qu’en a donnée Cesari (6 vol. Vérone, 1806) est un trésor de soties antiquités, de mutilations et d'expressions ordurières. Le premier véritable dictionnaire, non pas florentin, mais ifalien, est le Dizionario Enciclopedico de Francesco Alberti (6 vol. Lucques, 1806), dans lequel sont admis aussi les termes d’arts et desciences. Le Dizionario della Lingua Italiana (17 vol., Bologne, 1819-1826) est d’une utilité toute partiticulière. Depuis lors il a paru une foule d'ouvrages du même genre; mais tous n’ont point été terminés. Le plus considérable est le Vocabolario Universale Ilaliano (Naples, 1829-1840, 7 vol.).

ITALIENNE (Littérature). Si l’on a depuis longtemps cessé de regarder les Italiens comme les descendants directs des anciens Romains, et leur littérature comme la continuation de. la littérature romaine, opinion que partageait encore Pétrarque, on ne saurait nier cependant que le souvenir de la langue, des chefs-d’œuvre et du génie de l’ancienne Rome, n'ait exercé à toutes les époques sur la littérature italienne une influence plus importante que ce n’a été le cas chez les autres nations romanes. Habitant le pays et les villes des anciens Romains, les Italiens s’efforcèrent toujours de prendre ie génie romain pour modèle et pour guide. Mais bien avant qu’ils en eussent même la conscience, les Provençaux avaient déjà exercé une influence consi-

dérable sur Italie, où leurs poëêtes ambulants étaient l’objet |

de l’hospitalité la plus empressée à la cour des petits souverains de ce pays, notamment au nord, et où ils eurent de nombreux imitateurs. Beaucoup plus tard, quand la civilisation française en vint à dominer l’Europe, les ouvrages des potes français excitèrent en Italie une admiration universelle, et provoquèrent une foule d’imitations, jusqu’à ce que des idées plus saines prévaluèrent enfin, à la suite de grandes révolutions politiques, et ratiachassent les esprits à ce que l’antique génie national avait de grandeur, de puissance et d'originalité. Nous venons indiquer, en ce peu de mots, les limites extrêmes des cinq grandes époques principales qu’on doit distinguer dans l’histoire de la littérature ilalienne. La première comprend le réveil de la poésie en Italie, d’abord sous l'influence de la poésie provençale, et l'apparition des premiers grands poëtes et grands écrivains italiens ; la seconde est déterminée par la prééminence des études classiques ; la £roisième présente l’heureuse fusion de la véritable civilisation italienne avec l’antique; la quatrième, l’époque de la décadence sous l'influence française ; la cinquième, enfin, c’est l’époque actuelle.

PREMIÈRE PÉrionE. La connaissance de la poésie provencale, car il n'y eut guère que cette poésie là qui pénétra en lialie, porta plusieurs Italiens à essayer de composer des poèmes analogues dans leur langue, et même à employer d’abord à cet effet la langue provençale, notamment Folco de Marseille, le marquis Alberto Malaspina et le plus cé-

lébre de tous, Sordello de Mantoue. Mais bientôt, c'est-à-dire | À partir de la fin du douzième et au commencement du |

treizième siècle, il surgit dans toutes les parties de l'Italie, d'abord.en Sicile, puis en Toscane et dans l’État de l'Église,

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Crusca, qui se bornaïit, avec une pédantesque sévérité, à ne |

la forme des Provençaux, mais qui du moins se servirent de la langue nationale. La cour de Frédéric I, à Palerme, fut le premier foyer d’où la poésie et les lumières se répandirent dans le reste de lltalie. Frédéric II lui-même, son chancelier Petrus de Vineis, et son fils naturel le roi Enzio de Sardaigne, étaient poètes ; leur exemple fut suivi par les deux Colonna, Guido et Odo, par Jacopo da Lentino, Ranieri et Ruggiere de Palerme, et par beaucoup d’autres encore. Le poëme le plus ancien, composé au commencement du treizième siècle, est un dialogue d'amour par Ciullo d’Alcamo, Alors parurent en Italie même Guittone d’Arezzo, Buonagiunta da Lucca, Guido Giudicelli de Bologne, Guido Ghislieri, Fabrizio et Onesto de Bologne, Guido Lapo de Mantoue, Folcalchiero de’ Folcalchieri de Sienne, Dante da Majano et sa maîtresse Nina, etc. Tous furent surpassés en génie et en profondeur de sentiment par l’ami du Dante, Guido Cavalcanti de Florence, mort en 1300. Les œuvres de ces différents poëtes et de quelques autres encore ont été recueillies dans diverses collections, tant anciennes que modernes, faites d’ailleurs sans critique. Nous citerons surtout, parmi les anciennes collections, les Rime antiche (Venise, 1518) ainsi que les Poeti antiche d’Alacci (Naples, 1661); et parmi les modernes, le Manuale della Litteratura del primo Secolo de Rannucci (Florence, 1837). Presque tous ces poëtes se livrent à de subtiles et dès lors à de froides et insipides lamentations d'amour, où ne se produit jamais une idée, soit politique, soit réligieuse, de quelque élévation. Ils n'offrent, par conséquent, d'intérêt qu’au point de vue de la langue. Les poëmes du moine Jacopone da Todi, mort en 1306, et à qui on va jusqu'à attribuer le S{abat Mater, en diffèrent complétement, malgré leur forme encore rude et grossière, parce qu’on y trouve du moins quelques pensées vives et ingénieuses. Le chancelier de Florence, Brunetto Latini, mort en 1294, et qu’on prétend avoir été le maître du Dante, se distingue par plus de connaissances politiques et scientifiques. ù

Au-dessus de tous ces poëtes, au total peu importants, s'élève solitaire, sans prédécesseurs ni successeurs, le gigantesque génie de Dante Allighieri. Sans parler de son immortelle Divina Commedia, il dépassa de cent coudées dans ses poësies lyriques, notamment dans sa Viia Nuova et dans son Convilo, tous les poëtes venus avant lui, en même temps que dans le Convito il offrit le premier exemple qu'on eût encore eu en Italie d’une prose savante et harmonieuse. Le ton qu’il avait pris dans sa Divina Commedia ne pouvait manquer de provoquer des imitateurs; mais si le Quadriregio ou Quadriregno de Federigo Frezzi n’est pas tout à fait sans valeur poétique, la confusion penible et fatigante qui y règne d’un bout à l’autre le met bien au-dessous de l'ordre admirable qui règne dans la Divina Commedia ; et le Dita Mondo ( Dicla Mundi) de Fazio degli Uberti (mort en 1366 ) n’est d’un bout à l’autre qu'une lourde et ennuyèuse production. On ne peut citer comme rival du Dante que le malheureux Francesco Cecco d’Ascoli, brûlé vif en 1327, comme hérétique, dont le singulier poème, Acerba, est un mélange d’érudition, de sagacité et de superstition. Les Documenti d'Amore et le Del Reggimento, e de’ Costumi delle Donne de Francesco Bai berino (mort en 1248) appartiennent plutôt à la poésie populaire qu’à la poésie d’art,

Dans cette période brille encore entre tous Pétrarque, dont le génie poétique dominetous les siècles de la littérature italienne, mais à qui, à la différence du Dante, les prédécesseurs ni les successeurs ne manquèrent point. Parmi les premiers il faut surtout citer le célèbre jurisconsulte Cino de Pistoja (mort en 1536). On n’admire d'ordinaire dans Pétrarque que le chantre de Laure, et à vrai dire c'est lui qui est devenu pour toujours le modèle de la poésie consacrée à célébrer l'amour ; mais pour aller à l’immortalité il comptait lui-même bien davantage sur ses œuvres latines. Parmi les

! contemporains et les imitateurs de Pétrarque, nous citerons,

des potes, qui écrivirent encore, il est vrai, dans l'esprit st ,

outre Boccace, Antonio da Ferrara, Francesco degli Albizai,

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Sennuccio del Bene, Zenone de’ Zenoni et le fondeur de cloches Florentin Antonio Pucci, qui donna le premier modèle de poésie burlesque.

Le troisième grand écrivain de cette époque fut Boccace de Certaldo, qui ne mérita pas moins de la prose que le Dante et Pétrarque de la langue de la poésie. Nous le citons ici comme celui qui le premier traita la langue d’une manière savante ; cet éloge ne s'applique d’ailleurs qu’à son célèbre Decamerone, ouvrage dans jequel il sait avec un admirable talent modifier la langue suivant les différents personnages et les différentes classes qu'il y fait figurer; car dans ses autres écrits, et le nombre en est considérable, il s’est malheureusement attaché à reproduire la construction de la phrase romaine, imitation qui rend son style fatigant. C’est lui qui a fait de la nouvelle l’un des genres de poésie favoris des Italiens. Sans doute il existait longtemps avant lui une collection anonyme de nouvelles et de facéties, connue sous le titre de Cento Novelle antiche; mais la gloire d’avoir le premier traité ce genre d’une manière vraiment littéraire appartient à Boccace, Parmi ses successeurs, on ne peut citer dans cette période que Franco Sacchetti (mort après 1400) et ses Novelle, et que le Pecorone de Ser Giovanni. En raison de ce que depuis longtemps les romans de chevalerie provençaux et français étaient connus et aimés des Italiens, il est naturel que ces sortes d'ouvrages aient souvent été traduits en italien et en aient même fait naître d’autres. Parmi les ouvrages analogues, partie traduits et partie originaux, nous mentionnerons les Reali di Francia, histoire de la jeunesse de Charlemagne, source à laquelle puisèrent bon nombre de poëtes postérieurs : le Guerino il Meschino, les romans de Lancelot, de Tristan, du roi Meliade, etc. Le Fortunatus Siculus, ossia l'avventuroso Siciliano, de Bosone da Gubbio, contemporain du Dante, semble être une composition originale. Le Trattato dell Agricoltura de Piero de’ Crescenzi, les œuvres du dominicain Jacopo Passavanti (mort en 1357), de Dominico Cavalca (mort en 1342), les Ammaestrameati degli Anfichi de Bartolommeo da San- Concordio, et enfin le Trattato del Governo della Famiglia dAngelo Pandolfini (mort en 1446), sont d’un genre plus grave, presque scientifique ou ascétique.

Cette époque, si riche en changements politiques, fit naître de bonne heure le désir de fixer par écrit le souvenir des événements contemporains. Le plus ancien onvrage de ce genre, ce sont les Diurnali (Giornali) de Matteo Spinelli, en dialecte napolitain, qui racontent la chute du roi Manfred. Les œuvres historiques ou plutôt les chroniques de Francesco Malespini (mort après 1286), le court mais intéressant fragment d'histoire de Florence (de 1280 à 1312) de Dino Compagni, et plus particulièrement le grand et célèbre ouvrage de Villani de Florence (mort en 1348), continué jusqu’à 1364 par son frère Matteo Villani et le fils de ce dernier, Filippo Villani, sont écrits d’un style plus noble et plus pur, quoique la langue en soit encore informe. Indépendamment de ces grands et célèbres ouvrages, nous pourrions en citer bien d’autres encore, dont une partie restés inédits jusqu’à ce jour, par exemple ceux de Pace da Certaldo, de Donato Velluti, de Paolino Pieri, de Coppo Stefani, de Monaldi, etc. N'oublions pas non plus un écrivain latin, Albertinus Mussatus (mort en 1330), dont l'Historia Augusta est en partie écrite en hexamètres, et le célèbre voyageur vénitien Marco-Polo.

SECONDE PéRiong. Le quinzième siècle est l’époque où la philologie fleurit en Italie. Les efforts de Boccace et de Petrarque pour réveiller l'étude de lantiquité et surtout celle de la langue grecque, secondés par les savants Grecs qui vinrent s'établir en Italie avant la chute même de Constantinople, produisirent dans ce siècle de remarquables résul- {ats. Tous les hommes de quelque intelligence cherchèrent alors à se faire un nom en composant des ouvrages en latin, ën lraduisant du grec en latin, ou encore en faisant des vers Ms. vette ardeur philoiogique fut même portée si loin,

DICT, DE LA CONVERS, — T. XI

qu’on négligea l'étude de la langue nationale, et on poussa l'amour de l'antiquité jusqu’à prendre le christianisme en haine. Nous nous bornerons à citer ici les noms des plus célèbres philologues de ce siècle, Jean de Ravenne, Guarino de Verone, Jean Aurispa, Barzizza, Vittorino da Feltro, Merula et surtout Poggio Bracciolini, Laurentius Valla, Leonardo Bruni, Ambrogio Traversari, Christophorus Laudinus, Ange Politien, Marsile Ficin, Pic de la Mirandole; les Grecs Chrysoloras, Bessarion, Constantin Lascaris, Chalcondyle, Gemisthus Pletho ; les antiquaires Flavio Biondio, Pomponus Lætus, Platina, ainsi que les poëtes latins Matteo Veggio, Vespasiano Strozzi, Battista Mantovano, Antonio Beccadelli, plus connu sous le nom de Panormita, Giovio Pontano et Marullus Tarchaniota. Déjà plusieurs sociétés savantes ou académies s'étaient fondées pour favoriser les études philologiques. Par contre, cette époque, dans ses commencements du moins, est fort pauvreen ouvrages écrits en italien ; car le plus grand nombre des écrivains méprisaient alors leur langue maternelle. Nous ne pouvons mentionner ici qu’un pâle imitateur de Pétrarque, Giusto de’ Conti (mort en 1449), dont les poésies parurent sous le titre de La bella Mano et par leur esprit appartiennent encore complétement au siècle précédent, et le joyeux barbier de Florence, Burchiello (mort en 1448), dont les sonnets burlesques abondent en locutions et en plaisanteries florentines, de sorte qu’ils sont aujourd’hui presque inintelligibles pour les Florentins eux-mêmes. C’est seulement vers la fin de cette période, au moment où ce beau zèle pour les études philologiques commence à se refroïdir, que la poésie nationale se relève de nouveau pour atteindre ensuite son apogée au siècle suivant, grâce à l’influence de l'excellent Lorenzo de’ Medici (mort en 1492). Lui-même, quoique accablé sous le poids des plus importantes affaires d’État, il trouva encore le temps nécessaire pour composer de petites et gracieuses pièces de vers. Les stances d’Ange Politien (mort en 1494), qui le premier fit voir de quelle grâce l’Otfave est susceptible, sont encore plus célèbres. C’est lui aussi qui composa le premier ouvrage dramatique original, la Favola d’Orfeo. Précédemment on avait essayé de représenter des pièces de Plauteet de Térence, d’abord en latin, puis traduites; les représentations de sujets tirés de l’histoire sainte, ce qu’on appelait des Mystères, espèces de compositions dejà en usage en Italie depuis plus d’un siècle, nenrichirent en rien la littérature. Parmi les amis etles commensaux de Lorenzo de’ Medici on cite surtout, outre Angelo Poliziano, les frères Pulci, Bernardo, Luca et Luigi, dont le dernier seul {mort en 1487) s’est fait un nom durable,

Le cycle des légendes de Charlemagne et de ses paladins avait déjà fourni en France et en Provence des sujets de poésies romantiques, dont lesunes étaientdevenues des livres populaires eu Italie au moyen de traductions, et dont les autres avaient été imitées par plusieurs poëtes dont les noms se sont perdus. C’est ainsi qu’il existait déjà un grand nombre de ces épopées chevaleresques, datant peut-être de la fin du treizième siècle, et dont nous ne citerons que les plus connues : Buovo d’Antona, La Spagna, La regina Ancroja, Allobelloe re Trojano, Innamnoramento di re Carlo, Leandra par Durante da Gualdo. Toutes, il est vrai, sont éclipsées par le Morgante Maggiore de Luigi Pulci, quiouvre la brillante série des poëmes romantiques de chevalerie italiens. L’Orlando innamorato de Bojardo, dont l’Arioste, son successeur, tira un si grand parti, l'emporte sur toutes les épopées que nous venons de mentionner. Ce magnifique ouvrage eût sans doute fait grand tort à la gloire de l’Arioste, sil n’était pas écrit dans une langue encore rude et qui en outre a vieilh. C’est pour cela que l'original est devenu rare, même en Italie, et qu’on n’en lit plus guère que les imitations postérieures. La première, par Domenichi, se borne presque à la correction de la langue; l’autre, celle de Berni, a travesti en burlesque le ton général de ce noble poënre, et c’est cependant la seule qu'on lise aujourd’hui. Outre ces

deux grandes épopées du quinzième siècle, il faut encore mentionner le Mambriano de Francesco Cieco de Ferrare (mort en 1495), moins connu qu’il ne le mérite. En opposition à cettetendanceirréligieuse de l’époque, nous ne pouvons nous dispenser de nommer l’excellent disciple de Savon arola, Girolamo Benivieni (mort en 1542), dont les poésies sont le miroir fidèle de son esprit vraiment religieux. La Città di Vita de Matteo Palmieri (mort en 1475) est moins connue, parce que l’inquisition en interdit Pimpréssion; c’est en quelque sorte un dernier écho de la poésie du Dante. Cette époque , sur la fin notamment, compté aussi un cerfain nombre de poëtes lyriques ; mais il n’en est pas un seul qui ait obtenu une gloire durable , quoique beaucoup d’enire eux aient été fort admirés de leur temps. Dans. le genre surlesque, Burchiello eut pour imitateurs Bernardo Bellincioni (mort en (491), Feo Belcari, Antonio Alamanni, Giovanni Acquietini, etc. La manière de Pétrarque fut imitée par Francesco Cei de Florence, Gasparo Visconti de Milan, et surtout Serafino Aquilano d’Aquilée, qui se servit'du dialecte napolitain, Antonio Tebaldeo de Ferrare (mort en 1537), Bernardo Accolti d’Arezzo , surnommé comme improvisateur l’Unico.

La prose dut encore plus souffrir que la poésie de la prédilection de cette époque pour les langues classiques et de l’état de négligence dans lequel était tombée la langue natiopale; car du moins pour la poésie il existait depuis Pétrarque des règle fixes et un style généralement convenu. Aussi ne pourrait-on dans cette période citer’ un seul prosateur de quelque distinction; on n’y trouve’que quelques auteurs de nouvelles en vers et un petit nombre d’historiens. Les plus importants, parmi les premiers, sont Gentile Sermini de Sienne, Giovanni Sabadino de Bologne, auteur des Novelle Porretane, et le plus remarquable de tous, Masuccio Salernitano, dont on possède cinquante Nouvellessous letitrede Novellino. Les historiens de cette ‘époque sont : Pandolfo Collenuccio (mort en 1504), auteur d’une histoire de Naples, Bernardino Corio (mort en 1519), auteur d’une histoire de Milan , véridique, mais mal écrite. Un bien plus grand nombre d’historiens seservirent de la langue latine, et quelques-uns de leurs ouvrages sontà tout prendre de bonslivres, par exemple l’histoirede son temps et du concile de Bâle par Sylvius P ic c olomini (PieIl), la première histoire un peu considérablede Venise par Marcantonius Sabellinus (mort en 1506 ); l’histoire ancienne de Venise par Bern. Giustinianus (mort en 1489); l’histoire de Gênes par Giorgius Stella ( né en 1480). Deux artistes, dont Pun fut un des plus grands artistes de tous les siècles, se distinguèrent également comme écrivains : on a de Léon Battista Alber ti (mort en 1472), outre quelques poëmes, un dialogue Della Famiglia, et de Leornardo da Vinci(mort en 1519) un Traltato della Pittura.

TROISIÈME PÉRIODE. Le seizième siècle nous présente l’apogée de la poésie et de la civilisation. italiennes en général, époque que d’autres considèrent comme le commencement de la décadence. Avec les luttes pour la liberté, qui remplissent les siècles précédents, disparaît aussi l'esprit de liberté ; le pouvoir absolu des princes s’est partout consolidé, et laréaction de l'Église contre l'invasion de la réformation étouffe en même temps la liberté d’examen et en général toute instruction supérieure. L'épuisement, l’exagération , l’effémination des mœurs et des sentiments , l'esprit servile se reflètent dans ies productions postérieures de cette époque. Les études classiques fleurissaient encore au comméncement de ce siècle, et beaucoup d'hommes distingués rougissaient encore d'employer leur langue maternelle. L’admiration pour l'antiquité séduisit même à ce point quelques-uns d’entre eux, qu'ils essayèrent d’imiter la manière des anciens dans leurs vers italiens. Beaucoup des meilleurs poëtes latins modernés, tels que Sadoletus, Sannazar, Vida, Navagerus, Faernus, Marcantonius Flaminius, Marcellus Palingenius Stellatus, Aonius Paleanus, brûlé vif comme hérétique en 1570, enfin le médecin naturaliste Girolamo Fracastor, et beaucoup d’autres encore, appar-

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tiennent à cette époque. Un poëme épique, la Syrias d’Angilio da Barga, parut presque en même temps que la Gerusalemme liberata de Tasso. Le comte Giangiorgio Trissino écrivit son Italia liberata da’ Goti tout à fait à la manière, si non dans l'esprit des anciens. L’Avarchide de Luigi Alamanni, calquée sur l’Iliade , et plus encore son Girone il cortese, emprunté au cycle de légendes du roi Arthur, fut un essai autrement heureux et poétique, C’est à Lodovico Arrosto qu’appartient la gloire immortelle d’avoir doté son pays de la première épopée romantique répondant véritablement au génie national. Dans son Orlando furioso, il suivit sans doute les traces de l'excellent Bojardo, mais il le surpassa de beaucoup , sinon pour le don de Pinvention, du moins pour la grâce, la finesse ingénieuse et la délicatesse du style. Quoique la plupart des Italiens lui préfèrent encore le Tasse, tout homme sans préventions et doué du véritable sens poétique n’hésitera pas à donner la palme à l’Arioste. Une foule d’imitateurs sans esprit, tels que Lodovico Dolce, qui écrivit un grand nombre de poëmes épiques, dont les sujets sont empruntés, les uns à l'antiquité, les autres aux légendes du moyen âge; Vincenzo Brusantini de Ferrare, le fameux Pierre Aretin, Dragoncino da Fano, etc., ne méritent d’être mentionnés ici qu’en passant. Le nombre des poëmes de chevalerie devint si considérable, qu’il n’y eut pour,ainsi dire pas un seul des personnages dont il est question dans la cycle des légendes de Charlemagne qui ne devint le sujet d’une épopée spéciale. Parmi les meilleurs poëtes de cette époque, il faut incontestablement compter le père du Tasse, Bernardo Tasso (mort en 1569), dont le grand poëme héroïque Amadigi n’a été éclipsé que par la gloire de son fils. Torquato T asso passe généralement aujourd'hui pour le poëte favori de son pays; et on ne saurait évidemment lui contester de hautes facultés poétiques. Personne n’a su comme lui donner des sons

. doux et harmonieux à la langue nationale, et des milliers

de passages de son grand poëme seront éternellement con-

| sidérés comme les plus belles fleurs du Parnasse italien. | Mais ce qui lui manque, c’est la réflexion, la puissance

d'invention, la confiance que le génie doit avoir en luimême; etpartout son œuvre est déparée par limitation servile des modèles étrangers, par l'absence de pensée, par ce qu'il y a de pénible et de tourmenté dans l'exposition, par la pauvreté de l'exécution. Ses perpétuelles hésitations entre son admiration pour l'antiquité et ce qu’il y a de romantique dans sa propre nature, son caractère inquiet et inconstant , qui empoisonna son existence, se reflètent dans son meilleur ouvrage, dans sa Gerusalemme liberala, et davantage encore dans la malencontreuse suite qu'il donna plus tard à ce poème sous le titre de Gerusalemme conquistata. Évidemment, il était né poëte lyrique ; et c’est en vain qu'il voulut suppléer par l'étude à ce que la nature lui avait refusé. Ses Setée Giornate en vers blancs, le dernier ouvrage qu’il ait écrit en vers, sont presqueillisibles, par suite de l’érudition scolastique qu’il y déploie. Son exemple encouragea une foule de poëtes obscurs à s’essayer, eux aussi, dans la poésie épique; leurs œuvres, comme le Fido amante de Curzio Gonzaga, 14 Mondo Nuovo de Giov. Giorgini, La Malleide, de Giovanni Fratta, La Gerusalemme distrulla de Francesco Potenzano, L Universo de Rafäele Gualterotti, et beaucoup d’autres, sont depuis longtèmps complétement oubliées.

Si dans l’œuvre du Tasse se manifeste toute la gravité du sens moral et d’une religiosité poussée jusqu'à l’enthousiasme et à l’ascétisme, en revanche on remarque dans celles de beaucoup d’autres la frivolité qui donnait bien plus de licence aux hommes instruits de cette époque et qui leur permettait de tourner en raillerie toutes les choses saintes. Cette direction d'idées fit maitre les poèmes moitié épiques et moitié satiriques de ce siècle et du siècle suivant. A cette catégorie appartiennent les ouvrages du moine libertin Tevflo Folengo, plus connu sous le nom de Merlino Coccajo, sinon celui qui inventa, du moins celui qui per

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fectionna singulièrement la poésie dite maccaronique. On à de lui,entreautres, le Maccaronicorum opus, le Caos del triper uno, et son Orlandino, poëme vraiment gracieux. Il faut y rattacher encore toute une suite de petits poëmes épiques se rapportant les uns aux autres, comme la Gigantea de Benedetto Arrighi, La Nanea d’un auteur inconnu, et La Guerra de' Mostri du spirituel Antonio Francesco Grazzini, surnommé 1 Lasca, Vun des meilleurs romanciers de litalie. Ce qu'il y à dans le caractère italien de tendances naturelles à la moquerie, à la satire et à l’obscénité, a le plus souvent trouvé son expression dans une foule de poëmes burlesques en éerza rima, ordinairement appelés vapitoli. Presque tous les poëles de cette époque, et un grand nombre de graves savants où hommes d’État s’exercèrent dans ce genre, et plus particulièrement Francesco Berni, d'après qui cette poésie railleuse a été nommée poesia Berniesca. Après lui on peut encore citer son ami Giovanni Mauro et Cesare Caporali. Le plus ordurier de tous les écrivains italiens, Pietro Aretino, s’y est aussi distingué. Les tentatives assez fréquentes faites dans le domaine de la véritable satire romaine n’ont laissé que peu de traces. En ce genre les meilleures productions sont les satires d’Antonio Vinciguerra et surtout celles d'Ercole B entivoglio (mort en 1573). La poésie didactique, espèce de poésie plutôt savante que véritablement nationale, pour la-s quelle Virgile servit toujours de modèle, peut cependant citer quelques ouvrages remarquables, entre autres Za Coltivazione de Luigi Alamanni, dont il a déjà été question plus haut, et l’Api de Giovanni Ruccellai (mort en 1526). En seconde ligne viennent deux poëmes sur la chasse, La Caccia, lun de Giovanni Scandianese, et l’autre, le meilleur, d’Erasmo da Valvasone; Za Naulica de Bernardino Baldi (mort en 1617), dont on possède en outre quelques jolies idylles, et la Fisica de Paolo del Rosso (mort en 1569). Citons encore Luigi Tansillo (mort en 1570), connu surtout par un ouvrage qui obtint de son temps un immense succès, Le Lagrime di San-Piero, et dont on a le Podere et la Balia.

Dans ce siècle même, il ne manqua pas de gens qui essayèrent encore de composer en latin des œuvres dramatiques. La meilleure de toutes est l’Zmber aureus d’Antonio Tilesio et le Christus d'Angelo Martirano (mort en 1551). L’admiration générale pour les anciens semble avoir depuis longtemps déjà nui à la poésie dramatique des Italiens, et nolamment à leur tragédie. Sous ce rapport, tout ce qu’on pourrait citer de productions du seizième siècle se réduit à des imitations plus ou moins froides et décolorées des anciens, par exemple la Sofonisba de Trissino, la Rosmunda de Ruccellai, le Torrismondo du Tasse, la Canace de Speron Speroni, l’Orazia de Pietro Aretino, la Merope, sujet traité avec fort peu de bonheur par trois poètes différents, Antonio Cavallerino, Liviera et Pompeo Torelli. Il y a plus d'originalité mais moins de vigueur dramatique dans la Sofonisba de Galeotto del Caretto et dans les tragédies de Giambaltista Giraldi, le premier qui mit en œuvre des sujets imaginés par lui-même ou bien empruntés à ses propres Nouvelles. La comédie, elle aussi, eut une origine savante; elle provint de limitation des anciens, et servit dès lors uniquement à l’'amusement des cours et des cercles élevés, le peuple ayant sa comédie à lui. La comédie savante (Commedia erudita) fut traitée presque en même temps par Bernard Dovizio da Bibiena, par PArioste, par Machiavel; toutefois, les prétentions de PArioste à la priorité sont celles qui paraisssent les mieux fondées. On a de lui cinq comédies dont les deux premières avaient d’abord été écrites en prose. On n’a qu'une pièce de Bibiena, Calandra, deux de Macchiavel, La Clizsiaet La Mandragola. Ces trois comédies sont aussi en prose. Les pièces de l’Arioste ont plutôt trait aux mœurs des anciens ou bien à celles du peuple ; quant aux comédies des deux autres, elles sont, comme la plupart des productions analogues de cette époque, pleines d’équivoques et d'obscénités. Les Si-

5t9 millimi de Trissino, les comédies de P. Arelin, de Grazzini, de Lodovico Dolci, de Firenzuola, de Parabosco, d’Ercole Bentivoglio, de Gelli et de beaucoup d’autres, ont bien moins d'importance. Les comédies de Giammaria Cecchi et de Fancesco d’Ambra ont plus de mérite. On a aussi conservé une petite pièce en prose, et appartenant au bas comique, composée par le philosophe Giordano Bruno, Z Candelajo. Tandis que les cours et les gens du beau monde prenaient goût à ces imitations de l’antiquité, le peuple, nous l'avons dit, avait aussi sa comédie à lui, la Commedia del arte, où le poëte se bornaït à tracer le plan et à indiquer les principales situations, tandis que le dialogue était abandonné à la verve des acteurs eux-mêmes. Ainsi naquirent les véritables masques italiens, personnages comiques qui ne changent point, qui reviennent dans toutes les pièces, Pantalone, Brighella, Arlecchinno, Tartaglia, Scapino et beaucoup d’autres, qui se sont maintenus jusqu’à nos jours en possession de la scène. Parmi les poêles qui composèrent ces sortes d'ouvrages, pour la plupart perdus aujourd’hui, on remarque Flaminio Scala, Angelo Beolco, surnommé il ruzzante, et Andrea Colmo. Ce dernier a écrit en dialecte vénitien. La pastorale, qui fut toujours en possession de charmer d'autant plus les cours qu’elles étaient plus élégantes et plus raffinées, atteignit aussi dans ce siècle son point extrême de perfection. On peut considérer comme les premières tentatives faites dans ce genre l’Amelo de Boccace et l’Arcadia de Sannazar.

Mais il ne prit pour la première fois une forme dramatique que dans la Favola di Cefalo ou L'Aurora de Niccoloda Correggio Visconti (mort en 1506). A ce poête en succédèrent bientôt beaucoup d’autres, par exemple Giraldi avec son Ægle, Beccari avec son I! Sucrificio, Luigi Groto avec son Calisto et son Il Pentimento amoroso, Argenti avec son Lo Sfortunato, etc., etc.; toutes ces productions furent éclipsées par l’Aminta du Tasse, œuvre très-faible comme drame, mais ravissante par les charmes enchanteurs du style. Cependant le Pastor fido de Giambattista Guarini (mort en 1612) demeurera toujours le chef-d'œuvre de ce genre. L’A4/ceo d’Antonio Ongaro, La Danza di Venere d’Angelo Ingeoneri, et les Filli di Sciro du comte Guido bello de’ Bonarelli (mort en 1607), n’en sent que de pâles imitations. Les chœurs qui sont joints à ces pastorales se chantaient d'ordinaire; de là vint l’idée d’accompagner de musique des pièces entières , el les premiers essais en eurent lieu dans ce même siècle. Ottavio Rinuccini (mort en 1621) et le musicien Jacopo Peri s’associèrent à cet effet; le premier écrivit sa Dane, et le second yadapta la musique. Telle fut l’origine première de l'opéra (opera per musica), genre que les poëtes exploitèrent depuis à l’envi, et qui obtint un succès si immense que l’opéra est jusqu’à nos jours demeuré le drame favori des Italiens et a singulièrement nui aux progrès de la tragédie,

J1 serait difficile, parmi tous les écrivains de ce siècle, d’en citer un seul dont on ne possède pas au moins quelques Rime, c’est-à-dire quelques poésies lyriques. Après les grands poëtes précédemment nommés, l’Arioste, le Tasse, Gua:rini, il n’y à guère de distingués, parmi ceux qu’on peut de préférence appeler des poëtes lyriques, que le cardinal Pietro Bembo, imitateur quelque peu pédantesque de Pétrarque ; puis Francesco Maria Molza; Giovanni Guidiccioni; Giovanni della Casa (célèbre aussi par un ouvrage finement écrit sur le commerce du monde, I Galateo); Annibale Caro , dont la traduction de l'Énéide ést fort estimée; Angelo Costanzo (mort en 1591) et le grand Michel-Ange Buonarotti (mort en 1564). Force nous est de passer sons silence une foule d'auteurs d’un ordre iñférienr. Quelques femmes acquirent aussi dans ce genre assez de célebrité, notamment Vittoria Colonna, dont tous les poëtes du temps chantérent les vertus, Veronica Gambara (morte en 1550) ct Gaspara Stampa (morte en 1554). N'oublions pas non plus Tullia d’Aragona, plutôt fameuse que célèbre.

Le roman fut à peu près remplacé jusqu’à nos jours par

la nouvelle et par l'épopée romantique. Le seizième siècle compée un grand nombre d’auteurs de nouvelles, dont aucun cependant n’atteignit la grâce et la fraîcheur de Boccace. Les plus célèbres sont Matteo Ban dello, dont les nouvelles, au nombre de &eux cent quatorze, racontent pour la plupart des événements réels, mais écrites d’un stylenégligé, quoique ne manquant pas d’une certaine grâce. Les nouvelles du moine Angelo Firenzuolo (mort en 1548) sont lubriques et ordurières, de même que sa traduction de L'Ane d’Or d’Apulée : et on en peut dire à peu près autant de la Cene de Lasca, poëte dont nous avons déjà parlé, quoique cet ouvrage soit d’ailleurs parfaitement écrit. Les Piacevolissime Notti de Gianfrancesco Straparola, qui puisa en partie ses sujets dans les poëtes antérieurs, notamment dans Girolamo Morlino, sont du même genre. Ses nouvelles furent défendues par Pinquisition, à cause de leur obscénité, et dès lors sont devenues fort rares. Les Diporti de Girolamo Parabosco, et les Æscatommiti de Giraldi sont plus intéressants ; les Sei Giornate de Sebastiano Erizzo sont sans importance, quoique moins impudiques. Outre ces grandes collections, on a encore quelques nouvelles détachées, dont quelques-unes sont des morceaux d’un grand mérite, comme celles de Macchiavelli, dontle Belfagor est un véritable chef-d'œuvre, de Giovanni Brevio et de Luigi de Porta. On préférait traiter des sujets plus sérieux, à la manière des anciens, sous forme de dialogues. On peut citer en ce‘genre les Asolani de Bembo, plusieurs des dialogues de Torquato Tasso, bien que la prolixité soit un peu leur défaut, les Dialogues de Speron Speroni, ceux de Lodovico Dolci, de Muzio et de beaucoup d’autres. Ce qu’a écrit en ce genre Giambattista Gelli de Florence est extrêmement ingénieux; sa Circe et surtout ses Capriccj del bottajo, maintes fois défendus par l’inquisition, peuvent être cités comme des modèles. Le Cortigiano du comte Baldassare Castiglione (mort en 1529), qui y trace le portrait du parfait courtisan , jouit de son temps d’une grande réputation.

Iln’y a pas de pays au monde qui à cette époque présente un aussi grand nombre d’écrivains politiques et d’historiens que l'Italie. Parmi les écrivains politiques et les hommes d’État proprement dits Niccolo Macchiavelli occupe incontestablement le premier rang. Il se montre grand et profond politique dans ses Discorsi sopra la prima deca di T. Livio, dans les livres Dell Arte della Guerra, et surtout dans son Principe; sa Storia Fiorentina est un chef-d'œuvre. Sans pouvoir lui être comparés, les Discorsi sopra C. Tacilo de Scipione Ammirato (mort en 1601) n’en sont pas moins un ouvrage remarquable; on en peut dire autant de l'Histoire de Florence du même, des Discorsi politici de Paolo Paruta et de l'ouvrage, beaucoup moins connu, de Giov. Bottero (mort en 1617), qui est intitulé Della Ragione di Slato e relazioni universati. Paolo Giovio (mort en 1552), Bern. Rucellai, Galeazzo Capra et Giorgio Florio ont écrit l’histoire de leur temps en latin. Le célèbre Guicciardini, dont le témoignage ne mérite cependant pas toujours toute confiance, écrivit en italien, de même que Pier-Francesco Giambullari, Giambattista Adriani et Patrizio de’ Rossi. Florence est particulièrement riche en histoires spéciales de certaines villes et de certaines époques; et c’est surtout l’histoire de la ruine de ses libertés au commencement du seizième siècle dont s’occupèrent un grand nombre de ses écrivains, le plus souvent tout à la fois acteurs et témoins dans les faits qu’ils rapportent. Les principaux sont Jacopo Nardi (mort en1555), Filippo Nerli, Giovanni Cavalcanti (mort en 1556), Benedetto Barchi (mort en 1565), Bernardo Segni (mort en 1558 ). Il faut mentionner encore les petits ouvrages de Cino Capponi et de son fils Neri. Un Vénitien, Michele Bruto (mort en 1594), est aussi l’auteur d'une histoire de Florence en latin, Le premier qui ait consacré un grand ouvrage à l’histoire de Venise est le cardinal Pietro Bembo ; de même que Paolo Paruta, il écrivit par ordre de la république. Gênes a en des historiens distingués dans Jacopo Bonfadio et Uberto

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Foglietta ; Ferrare, dans Giraldi Cinzio et Giambattista Pigna. Pour Naples, on n’a quel’ouvrage, assez peu digne de foi d’Angelo de Costanzo et celui de Gianantonio Summonte (mort en 1602), qui mérite autrement créance, L'histoire des pays étrangers a élé aussi maintes fois écrite par des Italiens, qui y avaient occupé des fonctions publiques; mais le plus grand nombre employèrent la langue latine. Parmi les ouvrages de cette espèce écrits en italien, on doit mentionner : Lo Scisma d’Inghilterra par Bernardo Davanzati, célèbre comme puriste, et les Commentarj delle Cose d'Europa de Lodovico Guicciardini. Ce furent seulement les travaux des réformateurs allemands qui forcèrent l’Église catholique de songer à faire de son côté une exposition de l’histoire ecclésiastique; et c’est ainsi que parurent dans ce siècle les Annales ecclesiastici de Baronius (mort en 1607). Le haut degré de perfection que l’art atteignit pendant ce siècle porta à réfléchir et à écrire aussi bien sur l’histoire de l’art que sur sa théorie et sa pratique. Ainsi furent publiés les excellents ouvrages intitulés Vife de più eccellenti Pittori, Scultori ed Architetti, par Georgio Vasari, et Z/ Riposo, dialogue sur la peinture et la sculpture par Rafaello Borghini. L'architecture , en particulier, fut traitée avec un remarquable talent par Andrea Palladio et Vincenzo Scammozzi. L’autobiographie de l’orfèvre Benvenuto Cellini (mort en 1570), aventurier plein de talent, et quelques-uns de ses ouvrages relatifs à l’orfévrerie, à la sculpture, etc., ne sont pas non plus sans mérite. L'histoire littéraire, qui est une des gloires de lItalie, commence seulement dans ce siècle, par les ouvrages, assez peu importants d’ailleurs, de Giammaria Barbieri et de Francesco Doni. La philosophie, qui jusque alors n'avait presque fait que végéter au service du système ecclésiastique dominant, commença pour la première fois dans ce siècle à témoigner d’une vie indépendante, mais le plus souvent, il est vrai, pour le malheur de ceux qui osèrent sortir des ornières de la routine. Cependant les ouvrages d’un Girolamo Cardan, d’un Giordano Bruno et d’un Giulio Cesare Vanini sont pour la plupart écrits en latin. La plupart et les plus considérables des académies qui avaient surgi dans le cours du quinzième siècle disparurent au seizième, étouffées par l’inquisition , et furent remplacées dans toutes les villes d'Italie par une foule de sociélés n’ayant d'autre but que la poésie, la langue ou les plaisirs de la conversation. On ne peut guère citer dans le nombre que l’académie des Rozzi à Sienne qui s’occupa surtout de composer ef de faire représenter des poëmes dramatiques écrits dans le patois des campagnes environnantes, et l'Accademia della Crusca, qui existe encore aujour d’hui à Florence. Ses membres s'étaient d’abord désignés sous le nom de Gli Umidi ; plus tard ils prirent le nom d’Accademia Fiorentina, et ce ne fut qu’en 1587 qu’ils adoptèrent définitivement celui d’Accademia della Crusca. QuaTRIÈME PÉRIODE. Le dix-septième siècle, à seicento, marque la décadence des études classiques et de la poésie, et sa pernicieuse influence s’étendit sur la plus grande partie du dix-huitième siècle, à la fin duquel nous saluons la venue de la régénération de l'Italie. En dépit de tous les obstacles que leur opposaient les inquiètes défiances et les persécutions de l'Église, les sciences naturelles, après un long sommeil, se réveillèrent et produisirent dès le commence ment de cette période tout une série d'hommes remarquables. Ilse forma des associations savantes, comme celle des Zincei à Rome dès 1605, qui a péri plusieurs fois, il est vrai, mais que de nos jours encore Pie IX a de nouveau rappelée à la vie, A Rome l’Accademia del Cimento jeta même encore plus d'éclat, mais pour bientôt disparaître à jamais, Parmi les hommes qui ont acquis un nom immortel en astronomie et dans les autres sciences physiques, Galileo Galilei occupe incontestablement le premier rang. Après lui nous distin- | guons Vincento Viviani, Evangelista Torricelli, les Cassini, père, fils et petit-fils; les astronomes Giambattista Riccioli et Francesco Grimaldi; les naturalistes Malpighi, Lorenzo Bellini et surtout le médecin poëte Francesco Redi

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d’Arezzo (mort en 1697), auteur du célèbre dithyrambe Bacon en Toscagne. Les sciences philosophiques, elles aussi, furent cultivées à cette époque par un grand nombre d’hommes remarquables, comme cet infortuné Tommaso Ca mpanella (mort en 1659), qui a laissé de fort intéressantes poesie filosofiche. Giambattista Vico (mort en 1744), dont les Principj di Scienza Nuova ont fait vraiment époque; les jurisconsultes Cesare Beccaria, Gaetano Filangieri, appartiennent déjà à une époque plus rapprochée de la nôtre. Nous ne devons pas non plus omettre les noms d’Antonio Genovesi (mort en 1769), de Ferdinando Galiani (mort en 1787), de Maria Pagano (fusillé en 1799), et les frères Verri, dont l’un, Alessandro, estsurtout connu par ses Nofti Romani. L'histoire, dont la mission consistant à retracer fidèlement les événements fut rendue singulièrement difficile par les malheurs des temps, a été cultivée par un grand nombre d'écrivains; mais il n’en est qu’un petit nombre qui aient décrit les événements auxquels ils avaient assisté. Tels furent , par exemple, Arrigo Caterino Davila, assassiné en 1631, auteur de l’histoire Delle Guerre Civile di Francia ; ot Guido Bentivoglio (mort en 1644), auteur d’une S{oria delle Guerre di Fiandra, écrite avec autant d’impartialité que le lui permettait le point de vue où il était placé.

Les autres ouvrages historiques de cette époque sont tous sans exception uniquement le fruit de savantes et laborieuses investigations. De ce nombre sont les ouvrages latins du jésuite Famiano Strada (mort en 1649 ), l’histoire de Naples par Francesco Capecelatro (mort en 1670), de Venise par Battista Nani (mort en 1678), l’histoire de son temps par Pietro Giovanni Capriata de Gênes, et les nombreux mais peu solides ouvrages de Gregorio Leti. Parmi les historiens postérieurs, on doit honorablement citer : Pietro Giannone (mort en 1748), dont le principal ouvrage est la Storia Civile del Regno di Napoli; et la Storia di Milano de Pietro Verri (mort en 1797) continuée par Pietro Custodi et Stefano Ticozzi. Les nombreux ouvrages de Carlo Maria Denina (mort en 1813) sont trop superficiels, et la plupart écrits en français. Le don de patiente investigation qui de tous temps distingua les Italiens produisit encore dans cette période deux hommes distingués : Lodovico Antonio Muratori (mort en 1750), dont les nombreux ouvrages sont pour la plupart écrits en latin; et le marquis Scipion Maffei (mort en 1755), qui ne lui cède en rien pour la patience et la profondeur des recherches. Dans le domaine de l’histoire ecclésiastique, il n°y a, à la vérité, qu’un seul grand ouvrage à citer, mais d’un mérite immense, l’histoire du Concile de Trente par Fra Paolo Sarpi (mort en 1623). L'histoire des beaux-arts a été l’objet de recherches nombreuses, les unes ayant trait à l’ensemble même des arts, les autres bornées à telle ou telle branche spéciale. Parmi les plus anciens ouvrages de ce genre, nous mentionnerons ceux de Filippo Baldinucci (mort en 1696), qui essaya de compléter et de rectifier Vasari; de Carlo Dati (mort en 1675); et les biographies spéciales d'artistes de Giovanni Baglione. En fait d'ouvrages nouveaux, il faut citer la Sforia Pitlorica de Luigi Lanzi, qui a publié un savant Saggio di Lingua Etrusca, et la Storia della Scultura de Leopoldo Cicognara. On a une histoire spéciale de l'opéra par Pietro Signorelli (mort en 1815).

C’est surtout dans le domaine de leur propre histoire littéraire que les Italiens ont déployé une remarquable activité ; à cet égard on peut citer les noms de Gianvittorio Rossi et de Giovanni Cinelli (mort en 1706), de Giusto Fontanini, de Giacinto Gimma, de Giovanni Maria de Crescimbeni , de Saverio Quadrio, de Giovanni Mazzucchelli (mort en 1768), mais surtout celui de Girolamo Tiraboschi, Giambattista Corniauni et le bien plus ingénieux Camillo Ugoni traitèrent d’un certain nombre d'écrivains éminents, mais uniquement au point de vue biographique. A ces richesses littéraires il faut ajouter les nombreux ouvrages relatifs à l’histoire de la littérature et des savants dans les divers États et villes d'Italie. S'il n’a pas manquéen Italie de patients collectionneurs, par

contre c’est la critique et l'instruction générale qui y font défaut. Ce qu’on pourrait citer à cet égard est devenu aujourd’hui le plus souvent hors d’usage en raison de sa vétusté ; par exemple, les Proginnasmati de Benedetto Fioretti, connu sous le nom d’Udeno Nisieli; le Trattato della Bellesza della Volgar Poesia de Crescimbeni; Della regione Poetica de Vincenzo Gravina, et Della perfetta Poesia de Muratori. 11 y a beaucoup plus d'esprit dans les Ragguagli di Parnasso de Trojano Boccalini, et surtout dans la Frusta letteraria, espèce de journal critique, de Giuseppe Baretti (mort en 1789). Le premier journal critique qu’ait eu l’Italie fut le Giornale de’ Letterati, fondé par Francesco Nazari, en 1668, continué par divers jusqu’en 1689. Vint ensuite la Galleria di Minerva, le Giornale de’ Letterati d'Italia, fondé par Apostolo Zeno, les Novelle letterarie de Lami; la Sloria letteraria d'Italia de Zaccaria, et le Giornale Pisano de Fabbroni. Parmi les journaux modernes, et exis- {ant encore aujourd’hui pour la plupart, on peut citer comme les plus importants : le Giornale Arcadico, à Rome ; l’Antologia di Firenze de Vieusseux , supprimé en 1833 par ordre de l'autorité supérieure; le Giornale de’ Letterati, à Pise; les Zffemeri romane de D. Rossi; le Poligrafo; le Conciliatore de Milan, supprimé depuis longtemps; le Giornale enciclopedico de Naples; la Biblioteca italiana de Milan, réunie depuis 1841 avec le Giornale dell’ I.-R. Istituto Lombardo; la Revista Europea, etc., etc. Un fait bien remarquable assurément , c’est que la nouvelle, autrefois le genre de poésie favori des Italiens, disparut presque complétement au dix-septième siècle ; et depuis lors on n’a plus rien vu publier de bien important en ce genre. En effet, les Novelle Morali de Francesco Soav sont d’une platitude extrême; les contes d’un maitre d’école, de Cesare Balbo, ont infiniment plus de mérite; et en fait d'écrivains contemporains on ne peut guère citer que les Nouvelles de Gaetano Parolini et les Novelle Morali de Scarabelli. ,

Nous avons déjà dit plus haut que vers le milieu du dixhuitième siècle l'Italie avait été travaillée par une véritable gallomanie, dont l'influence s'était aussi fait sentir sur la langue. Les hommes qui suivirent cette direction pensaient sans doute réveiller ainsi leur nation de la paresse et de l’engourdissement d'esprit dans lequel elle était tombée. Ils abandonnèrent doncla voie du véritable développement national, et leurs succès ne pouvaient être que de courte durée, Les principaux furent : le comte Francesco Algarotti (mort en 1764), l’un des favoris de Frédéric le Grand, mais qui n’a laissé qu’un fort petit nombre d'ouvrages; Saverio Bettinelli (mort en 1808), qui dans ses Lettere Virgiliane, dirigées surtout contre le Dante, prouva qu'il était complétement incapable de comprendre un véritable poëte ; et surtout Melchiore Cesarotti (mort en 1808). Les poëtes de cette période portent encore plus que les autres écrivains la triste empreinte de leur temps. L’engourdissement, l'absence de sentiment, le goût pour de vains jeux de mots, pour les antithèses, les métaphores asburdes ou les concetti, comme on dit d'ordinaire, une certaine sensiblerie pastorale, un vain cliquetis de mots au lieu de pensées fortes et viriles, et une lubricité effrontée caractérisent la plupart des productions poétiques de cette période. Le petit nombre d’écrivains qui cherchèrent à s'élever au-dessus de ce vulgaire niveau tombèrent dans l’enflure et l’exagération, signes évidents de l'absence de force véritable. Tous ces indices de la décadence de la nation, plus encore que des poëtes eux-mêmes, apparaissent de la manière la plus saillante dans les innombrables poésies lyriques de cette époque. Il faut placer en tête de fous ces poëtes du dix-septième siècle Giambattista Marini (mort en 1625), lequel, tout en participant de leurs défauts, les domine néanmoins presque tous par l’ima-

*gination et par l’harmonieuse richesse de l'expression. Sauf

le genre dramatique, il s’essaya à peu près dans tous les genres. Le plus important de ses ouvrages est son grand poëme épique et mythologique, Adone. Son talent a immortalisé

son nom ; et par l’épithète de marinistes on désigne aujourd’hui ies poëtes qui ont exagéré et reproduit sa manière et ses défauts, sans lui ressembler dans ce qu'il a de véritablement bon. Nous citerons comme les plus mauvais entre les malheureux imitateurs de Marini, Claudio Achilini etGirolamo Preti. Ce mauvais goût, dont il ne serait pas difficile d’ailleurs de montrer déjà les premières traces dans Pétrarque, et auquel sacrifia souvent Torquato Tasso, dura jusqu’à la fin du dix-huitième siècle ; et l'Académie de l’Arcadie, à Rome, qui dès 1690 s’efforça de remédier à ce désordre en introduisant l'innocence ou plutôt la fadeur pastorale dans la poésie, n’avait. assurément pas choisi le moyen convenable, C’est en vain qu’on chercherait de la sensibilité véritable et des pensées viriles chez les lyriques les plus célèbres de cette époque, chez Benedetto Menzini, Alessandro Guidi, Giambattista Zappi, Francesco de Lemene, Carlo Maria Maggi, Laurenzio Frugoni. Legrave Gabriello Chiabrera (morten 1687), qui a plutôt quelque chose d’antique dans sa manière, évite, il est vrai, ce qu’il y a de mou et d’efféminé dans le faire de ses contemporains, mais arrive ainsi à tomber dans l’'emphase et un prétentieux pathos. Fulvio Testi (mort en 1646) et Vincenzo Filicaja (mort en 1707) lni ressemblent à tous égards. Dans le petit nombre de poëtes distingués de cette époque on peut citer Eustachio Manfredi (mort en 1738 ), Paolo Rolli (mort en 1767 ), et même ajouter à leurs noms ceux de Ludovico Savioli (mort en 1804) et d’Onofrio Minzoni (mort en 1817).

A une époque où la politique et les sciences étaient tombées si bas, on n’a pas le droit de s’attendre à trouver de grands ouvrages épiques ; et en effet, des nombreuses tentatives faites dans cette voie, il n’en est pas une seule qui se soit élevée au-dessus du médiocre. Le plus intéressant ouvrage à citer en ce genre, c’est peut-être bien encore le Ricciardetto de Niccolo Forteguerra (1735), qui essaya avec assez de bonheur de ressusciter le poème héroïque et romantique, autrefois si aimé du public. Il n’y a gaère que les hommes faisant de l’histoire littéraire l’objet d’une étude spéciale qui aient entendu parler du Mondo Nuovo de Tommaso Stigliani, et du Mondo Crealo de Gasparo Martola, l’un et l’autre datant des premières années du dixseptième siècle. La meilleure production de celte époque est encore 11 Conquislo di Granata de Girolamo Grazziani ( mort en 1675); le Boemondo de Semproni et l’?mperio vendicato d'Ant. Carraccio sont bien plus faibles. Il y a beaucoup d'originalité dans Adamo de Tommaso Campailla et dans les Wisioni sacre e morali d’Alponso Varano (mort en 1788). L'époque moderne ma rien produit non plus de bien remarquable en ce genre : les seuls poëmes qu’on cite sont /Z! Cadmo de Pietro Bagnoli, La Gerusalemme distrutta de Cesare Acici; La Colombiade de Bernardo Bellini, Za Russiade ®Orti, et Camillo o Veja conquistata de Carlo Botta. Une époque qui avait la conscience d’être incapable de rien produire de grand devait être naturellement portée à déprécier et à tourner en ridicule la grandeur des temps anciens ; de là l'énorme quantité de poëmes héroï-comiques et de parodies à laquelle elle donna le jour. Et cependant il n’y à, à vrai dire, qu’un seul poëte qui se soit fait un nom durable en ce genre, Alessandro Tassoni (morten 1625 ), dont la Secchia rapita se lit bien encore de nos jours , mais n'offre plus de véritable intérêt. Ce que nous disons là est encore plus vrai du

poërne de Francesco Bracciolini(morten 1645) quia pour,

titre Lo Scherno degli Dei. Le Malmantile racquistato ï

du peintre Lorenzo Lippi (mort en 1664), poème essentiellement florentin, mais presque inintelligible aujourd’hui, obtint de son temps un grand succès. Les autres poëmes de ce genre : JL Torrachione desolato de Corsini, L’'Asino de Carlo de’ Dottori, 11 Lamento di Cecco da Varlunga de Baldovino, La Cicceide de Lazzarelli, La Moscheide et La Franceide de Lalli, La Bucchereide de Bellini, La Presa di san. Miniato de Neri, sont depuis longtemps oubliés. En revanche, on lit encore aujourd’hui le Cicerone, grand

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poëme en cent un chants de Passeroni (mort en 1803) à cause de sa bonne et franche gaieté vraiment italienne. Les poésies, assez spirituelles sans doute, mais ordurières et composées tout à fait dans le goût français, de Giambattista Casti: Gi Annimali parlanti, et ses Novelle, obtinrent un grand succès à une époque aussi frivole que celle où elles parurent. La plus récente production en ce genre est le Poeta di Teatro, de Filippo Pananti (mort en 1837). On a aussi à cette époque revêtu de formes poétiques les anciens livres populaires , tels que les Astuzie di Bertoldo et les Facéties de Gonella. En fait de fabulistes, nous mentionnerons Bertola, Pignotti, Luigi Clasio (Fiacchi) et Gaetano Perego.

La satire romaine ne fit pas fortune pendant cette période. C’est tout au plus si on doit citer les satires de Chiabreri et de Soldani, et plus tard celle de Gasparo Gozzi (mort en 1786), que le purisme de son style a rendu célèbre. Les satires du célèbre peintre Salvator Rosa (mort en 1675), qui le plus sonvent avaient pour point de départ des improvisations préalables, ont une incontestable originalité. En fait de satiriques modernes, il faut nommer Giuseppe Zanoja (mort en 1817), Gianantonio de Lucca et Angelo d’Elci. Ce que la poésie didactique offre de mieux, c’est La Riseide de Giambattista Spolverini (mort en 1767 }; on peut mentionner encore le Sfato rustico d’Imperiali, la Coltivazione de Morti de Bartolommeo Lorenzi (mort en 1820), les Bachi da Seta de Betti, la Coltivazsione degli ulivi, I coralli et La Pastorizia, poèmes fort estimés de Cesare Arici (mort en 1820), ainsi que la Coltivazione de C'edi de Giuseppe Niccolini.

L'intérêt de plus en plus grand que le public prenait à l'opéra er1pêcha que rien d’important se produisit à cette époque dans le genre dramatique. Les tragédies de Giovalini Delphino et d’Antonio Carroccio sont aujourd'hui complétement oubliées; et ce ne fut que vers la fin de ce siècle, et même plus tard encore, alors seulement qu’on connut le théâtre français, que quelques écrivains s’essayèrent dans ce genre. Le plus célèbre de son temps fut Pier Jacopo Martelli (mort en 1727), qui employa même une forme de vers imitée du français, et appelée d’après lui martellienne, mais à laquelle on ne tarda point à renoncer, du moins pour la tragédie. En revanche, il faut honorablement citer la Merope de Scipione Maffei ; après cette tragédie, il n’y a plus guère que les pièces du mathématicien Antonio Conti (mort en 1749) dont il soit permis de parler, tandis que les ouvrages de Pietro Chiari sont depuis longtemps tombés dans l'oubli. Les efforts des Italiens dans la comédie furent plus heureux et empreints de plus d'originalité, La commedia dell arte continua à faire les délices du peuple; et Flaminio Scala (mort en 1620), Tiberio Fiorillo (mort en 1694), noms auxquels on peut encore ajouter celui du peintre Salvator Rosa, obtinrent de grands succès en ce genre. Plusieurs poëtes de talent, comme Giambattista Porta, le duc de Sermonetta, Filippo Gaetano, Scipione Errico, etc., travaillèrent surtout pour le théâtre, à Naples, avec le plus grand succès. Les deux pièces de Michel-Ange Buonarotti le jeune (mort en 1646), La Tancia et La Fiera, lune dans la langue en usage à la ville, et l’autre dans le patois des paysans, sont des productions fort originales, et furent composées par l’auteur à l'effet de fournir à l'Accademia de la Crusca pour son dictionnaire des exemples de la langue populaire. Sous ce rapport le dix-huitième siècle fut plus riche. Sans doute Girolamo Gig li (mort en 1722) ne fit que copier Racine et Molière, et les pièces de Liveri de Naples et de Chiari (celui dont il a déjà été question) sont tombées dans un profond oubli; mais enfin parut le plus grand poëte comique de l'Italie, Carlo Goldoni, de Venise (mort en 1792). 11 s’efforça d'égrire à la manière de Melière et surtout de remplacer la cormedia dell arte par la comédie de caractère. S'il n’y réussit point, du moins les tableaux fidèles qu'il a tracés des caractères et des mœurs

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des Italiens , et la facilité ainsi que le naturel de son style l'ont rendu l’auteur comique favori de ses compatriotes. IL régna seul sur la scène de Venise pendant dix années , jusqu’au moment où, avec ses créations vraiment originales, le comte Carlo Gozzi parvint à l’éclipser. Gozzi entreprit de dramatiser toute une suite de contes de grand’mères, Fiabe, et obtint ainsi de son temps d'immenses succès. Les autres ouvrages ne valent pas la peine qn’on en parle. Dans les dernières années du dix-huitième siècle , [le goût du public italien hésita entre les modèles français et les modèles allemands (Iffland, Kotsebue); et Camillo Federici, Gherardo de Rossi, Capacelli, Signorelli, le comte Giraud, Alberto Nota et Augusto Bon sont incontestablement des écrivains de mérite. L'opéra, genre qui jusque alors n'avait encore été traité que par des écrivains tout à fait inférieurs, atteignit pendant le cours du dix-huitième siècle le plus haut degré de sa splendeur et de son éclat, grâce anx pr ductions de deux poëtes que les Italiens tiennent encore aujourd’hui en grande estime, le savant et grave Apostolo Zeno (mort en 1750) et le favori de ses compatriotes, Pietro Trapassi, plus connu sous le nom de Mefastase (mort en 1782). La plupart de ses contemporains, Frugoni, Rolli, Rezzonico , Calsabigi, etc., n’ont rien produit d’important. Dans ces derniers temps le public a accueilli assez favorablement les opéras de Cristoforis et de Felice Romani.

CiNQuièME Périone. Un esprit meilleur commença à se manifester vers la fin du dix-huitième siècle et au commencement du siècle actuel. La révolution française, les guerres et les bouleversements qu’elle entraîna à sa suite pour l’Italie, l'esprit militaire qu’elle réveilla, de même que les aspirations à l'unité politique de l'Italie qu’elle provoqua de toutes parts, illuminèrent les esprits , et engagèrent une foule d'hommes distingués à abandonner, même en littérature, les sentiers jusque alors frayés et battus pour revenir aux voies anciennes et nafionales, avec le Dante pour guide. Dans la langue, ce mouvement de rénovation semanifesta par une tendance visible à l’expurger du gallicisme, qui menaçait de corrompre et d’étouffer le noble langage de l'Italie; dans la poésie, par la lutte qui s'établit entre les classiques et les romantiques, c’est-à-dire entre ceux qui suivaient l’ancienne direction mythologique, et ceux à qui la connaissance des littératures anglaise et allemande avaient fait entrevoir de nouveaux horizons dans le domaine de l'intelligence. En ce qui est de la langue, les puristes ont incontestablement triomphé ; mais il seraïtencore difficile de dire ce qui résultera en définitive de la lutte des romantiques et des classiques; car dans l’état d’oppression et de surexcitation où se trouve aujourdhui l'opinion publique en Italie, elle se préoccupe de progrès tout autres que ceux qui se rattachent à une simple question littéraire. Le parti des puristes reconnaissait sans conteste pour chef Antonio Cesari (mort en 1898). Dans tous ses ouvrages, cet écrivain a poussé jusqu’à l’afféetation sa prédilection pour la langue du Trecento. Il eut un digne successeur en Pellegrino Farini (mort en 1848 } Vincenzo Monti (mort en 1828) défendit la même cause , comme aussi celle des classiques, avec plus de goût et d’esprit ; et il fut fidèlement secondé dans tous ses efforts par son gendre, le comte Giulio Perticari en (mort 1822),

écrivain profondément versé dans la connaissance des an- |

tiquités italiennes. Plusieurs poëtes distingués, ne se rattachant en rien à ces hommes engagés dans les luttes des partis politiques, avaient déjà adopté un style meilleuret plus énergique. C’est un mérite qu’eut surtout Giuseppe Parini (mort en 1799), qui dans son gracieux poême Z/ Giorno avait employé l'élégance la plus extrême de la langue à flageller la misérable nullité de la vie des hautes classes de la société de son siècle. Après lui il faut surtout citer ippolito Pindemo n te (mort en 1828). Un homme de talent et d’un caractère bizarre, mais d’une éducation défectueuse, uont plus tard il s’efforça de combler les lacunes au moyen ‘études opiniâtres, le comte Vittorio Alfieri, se crut ap-

pelé à devenir le réformateur du théâtre italien. Son aver sion pour la fadeur des drames alors au répertoire, qui les faisait ressembler à autant d’opéras, le fit tomber dans l’extrème opposé. Au lieu d’être simple et naturel, il ne réussit qu'à être rude et abstrait, sans savoir donner de la couleur à ses sujets non plus que de la vérité à ses caractères. Au fond, son système est tout à fait celui de la tragédie française, avec cette seule différence qu’il écartait tout ce qui lui paraissait superflu, ne conservant dans son action que trois ou au plus quatre personnages, qui luttent alors entre eux de fiévreuse passion, Cette innovation n’en fut pas moins accueillie avec enthousiasme. Ses autres ouvrages sont assez insignifiants et trahissent plus d’aigreur et d'emportement de caractère qu’ils ne témoignent de pénétration et d'instruction. Ugo Fosco Lo (mort à Londres, en 1827), plus célèbre par ses Ultime Letere di Jacopo Ordis, imitation de Werther, et par ses travaux sur le Dante, Pétrarque et Boccace, que par ses tragédies, imitées de celles d’Alfieri, offre certaines analogies de caractère avec lui. Les écrivains dramatiques plus récents se sont sagement éloignés de la rudesse ét du laconisme contre nature d’Alfieri, et déjà Monti leur avait à cet égard indiqué une voie meilleure. Le premier de tous est sans conteste Giambattista Niccolini de Florence, qui d’abord, il est vrai, emprunta ses sujets à la mythologie et à l’antiquité, mais qui plus tara s’est avec bonheur rapproché du moyen âge. Les œuvres dramatiques de Sylvio P elli co et celles de son compagnon d’infortune Carlo Maroncelli (aujourd’hui fixé en Amérique) sont beaucoup plus faibles. La réputation de quelques autres poëtes modernes, tels que Luïgi Scevola, Cesare della Valle, Francesco delle Valle, Cosenza , etc., n’a point dépassé les frontières de l'Italie.

Ce n’est pas Alfieri qu’il faut considérer comme le véritable réformateur du théâtre italien, mais bien Alexandre Manzoni. Ses deux pièces Z/ Conte di Carmagnola et Adelchi sont les ouvrages qui les premiers ouvrirent en Italie des voies nouvelles à l’art dramatique, de même que dans ses Inni sacri il a pris un ton jusque alors inconnu dansson pays. Il faut mentionner comme de faibles imitateurs Tebaldo Fores, De Cristoforis, Rosini et Carlo Marenco, qui ont traité dramatiquement tous les grands événements arrivés au moyen âge dans leur patrie. Quelques poëtes modernes ont modestement donné le nom de dramumi à leurs tragédies, par exemple Giuseppe Revere, Antonio Gigliani, Felice Turatti et Giacinto Battaglia, qui ont essayé, sans obtenir des succès bien remarquables, de mettre en scène la plupart des romans qui ont fait du bruit de nos jours. On vante d’ailleurs beaucoup les travaux de Giovanni Sabattini de Modène, auteur de plusieurs drammi storici, qui sont moins des œuvres dramatiques que des scènes historiques, etle Fornaretto de Francesco dell’ Ongaro de Trieste. Le même a aussi imprimé une Danae, et un tableau de mœurs nationales ? Dalmati. Dans ces derniers temps, à côté du répertoire de Goldoni et de Nota, toujours en possession d'attirer la foule, Gherardo del Testa n’a pas laissé que de réussir à se faire une place honorable au théâtre. Si de temps à autre on voit représenter sur la scène italienne quelques traductions des tragédies de Schiller ou des drames de Kotzebue, il faut reconnaître qu’elle est littéralement envahie de plus en plus par des traductions de pièces françaises. Le théâtre tout entier de M. Scribe y a passé.

L’épopée, dans le sens antique attaché à ce mot, après avoir été maintes fois essayée en Italie, semble de nos jours complétement abandonnée. En revanche les petits récits épiques, qu’on pourrait à bon droit qualifier tout simplement de romans ou de nouvelles, sont toujours accueillis avec beaucoup de faveur. L'ouvrage le plus important sous ce rapport est celui de Tommaso Grossi, qui a pour titre Lombardi alla prima crociata etse compose de quinze chants. Production remarquable à tous égards, ce poëme donne lieu à d’intéressants rapprochements avec celui du fasse. Le même auteur avait déjà donné quelques nouvelles : £a

Fuggitiva et Ildegonda, et plus tard Urico e Lida. On a encore remarqué La Pia, épisode du Dante, par Benedetto Sestini; un Torguito Tasso, de Jacopo Cabianca, plusieurs petits poëmes épiques de Ricci, et les poésies publiées par Silvio Pelliso sous le titre d’Antiche. L'avocat Costa a donné une découverte de l’Amérique en versi sciolti. L'affranchissement de la Grèce a aussi inspiré deux poëmes : La Pace d'Adrianopoli par Domenico Biorci, et La Grecia rigenerata de Giovani de Martino.

& L'état d’excitation politique où se trouve l'Italie, n’est guère favorable à la poésie lyrique. Beaucoup d’entre les poëtes que nous avons déjà mentionnés, tels que Parini, Pindemonte, Alferi, Monti, Silvio Pellico et surtout Manzoni ont, il est vrai, composé des poëmes lyriques, dont quelques-uns sont des morceaux remarquables; mais au totalon ne peut nommer aujourd’hui qu’un très-petit nombre de poëtes lyriques importants. Le premier de tous fut incontestablement le comte Giacomo Leopard i(morten 1837); après lui on ne peut guère citer que Luigi Carrer, Giovanni Berchet, Agostino Cagnoli (mort en 1846) et Giovanni Prati, qui vit encore aujourd’hui à Turin. On a de Giuseppe Giusti (mort en 1850) quelques intéressants poëmes patriotiques en dialecte populaire toscan. Les troubles qui ont agité l'Italie dans ces derniers temps ont sans doute donné naissance à une foule d’odes, d’hymnes patrio= tiques, etc.; mais il n’y a guère que les chants de Brofferio de Turin et les canti di un Menestrello Italiano par un anonyme, qui méritent d’être cités dans cette rapide énumération. Giuseppe Vedova a publié depuis 1836 le choix des meilleures morceaux de poésie composés de nos jours par des femmes.

Le roman, qui, par les causes que nous avons déjà indiquées plus haut, fit presque complétement défaut à lItalie, y est devenu de nos jours, comme dans le reste de l’Europe, la lecture favorite du public, le roman historique surtout; résultat qu’il faut sans doute attribuer à l’immense succès des romans de Walter Scott. Nous ne citerons ici que pour mémoire les nombreux et au total assez peu importants travaux de Bertolotti. En revanche, ici comme au théâtre, ce fut Alexandro Manzoni qui donna l'impulsion première avec ses Promessi Sposi; ouvrage où il traça de la manière la plus brillante le tableau des mœurs et de l’histoire du dixseptième siècle au nord de l'Italie. Une foule d'écrivains ont depuis suivi les mêmes voies avec plus ou moins de succès; en tête de tous on doit placer Giovianni Rosini, l’auteur de La Monaca di Monza et de Luisa Strozzi ; tout ce que l’on peut lui reprocher, c’est de laisser la partie politique et littéraire de ses ouvrages trop empiéter sur leur partie poétique. L’£ttore Fieramosca et le Niccolo de’ Lappi de Massimo d’Azeglio, ainsi que le Marco Visconti de Tommaso Grossi, sont des œuvres beaucoup plus remarquables. En fait de romanciers , il faut encore citer Varese, Bazzoni, Falconetti, Lanzetti, Guerazzi, Defendente Sacchi, Marocco, Zorzi, Luigi Vigna, le prince de Santa-Rosa, Giacinto Battaglia, Cesare Cantù, Tommaseo et Ranieri, L'£breo di Verona, par |le jésuite Bresciani, est un roman à tendances bien arrêtées.

L'histoire a aussi été cultivée dans ces derniers femps, avec autant de soin que de succès. En fait de travaux d’investigation savante, il faut mentionner en première ligne ceux de Giuseppe Micali et de Garzetti. Le plus remarquable ouvrage historique de notre époque est l’histoire universelle de Cesare Cantü. Cesare Balbo, Luigi Barti, Giuseppe Compagnoni et Ant. Coppi se sont occupés de l'histoire générale de l'Italie. Les révolutions politiques de notre époque ont engagé plusieurs écrivains à écrire l’histoire de leur temps, et quelques-uns celle des événements dont ils avaient eux-mêmes été témoins. Dans le nombre, il faut citer la S{oria della Guerra dell’ Impedenza degli Stati Unili d'America de Carlo Botta (mort en 1837) et sa Storia d'Italia; l’histoire de la révolution de Naples par Vincenzo Cuoco; l’histoire de la guerre des Français en

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Espagne par Camillo Vacani, qui fut acteur dans les évé. nements qu’il raconte; l’histoire moderne de Naples, par Pietro Colletta ; celle de Sicile, par Pietro Lanza, prince de Scordia. Gualterio et Ferdinando Ranalli ont publié ce que l’on a de mieux sur l’histoire des derniers événements dont la pénensule a été le théâtre. L'histoire spéciale des provinces et des villes a également été l’objet de nombreux travaux; nous citerons plus particulièrement l’histoire de Naples par Pagano; les Vêpres Siciliennes de Michele Amari ; les Tavole cronologiche della Storia fiorentia d’Altr. Reumont; l’histoire de Toscane par Lorenzo Pignotti (mort en 1812 ); celle de Pise par Bonaini; celle de Milan par Pietro Custodi; celles de Gênes par Carlo Varese et par Girolamo Serra; celle de Sicile par Giuseppe Alessi, et celle de Venise par un anonyme. En fait d’historiens modernes, il faut encore mentionner Luigi Cibrario à Turin; Citadella, à Padoue; Tullio Dandolo, à Venise; et Troya à Naples. Les Famiglie celebri d'Italia du comte Pompeo Litta sont un ouvrage de vastes proportions, et qui a exigé d’immenses travaux. Dans ces tout derniers temps les ouvrages politiques de Gioberti, de Balbo et de Mazzini, ont produit une sensation extrême. Le parti de la réaction jésuitico-catholique a pour principaux organes les journaux Scienza e Fede à Naples, La Voce della Veritaà Modène, et la Civitla catolica rédigée à Rome depuis 1850 par des ésuites ; tandis que Gioberti l’a combattue dans son Gesuila moderno, etRosini dans ses Cinque Piaghe della Chiesa. La plupart des journaux politiques que firent naître les derniers événements ne purent avoir qu’une existence éphémère. Dès 1835 l’excellente Antologia di Firenze avait été snpprimée; et il ne subsiste plus aujourd’hui à Turin que le Risorgimento, qui a pris depuis 1853 le titre de Parlamento. La Biblioteca Italiana de Milan elle-même, quoiexclusivement littéraire, a été absorbée par le Giornale dell Istituto Lombardo. L'histoire des beaux-arts a été cultivée avec un remarquable succès par Lanzi, que nous avons déjà eu occasion de nommer, par Cigognara, et dans ces derniers temps par Giuseppe Bossi, Fumigalli, Giulio Ferrario, Inghirami, Rosini et Ennio Quirinio Visconti. Malgré tout ce que nous venons de dire, on peut considérer comme déplorable l’état actuel de la littérature en général, et plus particulièrement celui des belles-lettres en Italie. 11 manque d’esprits créateurs et novateurs capables de devenir les chefs et les guides d’un mouvement complet de rénovation et de régénération; il y a absence absolue de direction commune, anarchie et confusion dans les esprits ; les Italiens les plus considérés eux-mêmes ont perdu tout espoir dans l'avenir, du moins dans un avenir prochain. Ajoutez à cela le contre-coup d’une époque de révolution, les amères déceptions qui s’en sont suivies, l’apathie morale qui d'ordinaire succède aux grandes crises politiques, pèse alors comme du plomb sur toutes les intelligences, et met obstacle à tout libre essor du génie.

En fait d'ouvrages relatifs à l’histoire de la littérature italienne, nous mentionnerons surtout : Crescimbeni, Storia della Volgar Poesia (Rome, 1698 ); Quadrio, S/oria e regione d’ogni Poesia (Bologne, 1739); Mazzuchelli, Gli Scriltori d'Italia (Brescia, 1753); Tiraboschi, Storia della Letteratura Italiana (14 vol., Modène, 1772- 1782), ouvrage souvent réimprimé, et dans lequel ont largement puisé les écrivains qui depuis lors se sont occupés de l’histoire littéraire de l'Italie; Ugoni, Della Letteratura Ilaliana (Brescia, 1822); Maffei, Storia della Lettera-

tura Italiana (Milan, 1834); Cimorelli, Origine € Pro- |

gressi delle Belle Lettere Italiane (Milan, 1845); Giudici, Compendio della Storia della Letteratura Italania (Florence, 1851). Consultez aussi Ginguené, ÆHistoire littéraire d'Italie (9 vol., Paris, 1811), continuée par Salfi (4 vol., 1823-1835).

ITALIENNE (Musique). A la différence de l'élément profond et harmonique de la musique allemande et de l’élément déclamatoire de la musique française, la musique

ITALIENNE

italienne moderne a pour base essentielle l'harmonie pure, comme l'indique la prééminence d’une belle mélodie sensuelle, dont un rhythme vif, et cependant simple et clair, réhausse le charme, mais qui ne se confond nullement avec l'harmonie, et lui reste, au contraire, tout à fait subordonnée; d’où il résulte qu’on la traite assez souvent d’une manière fort indifférente et que même on la néglige quelquefois complétement. De même, dans la nouvelle musique italienne, l'accord caractéristique de la mélodie avec les situations ou avec les dispositions de l’esprit reste constamment surbordonné et même est parfois complétement sacrifié à l’effet harmonique. Cette musique moderne italienne est arrivée à l’apogée de sa perfection avec Rossini; et elle conserve encore son empreinte originelle dans Bellini et Donizetti, bien que déjà ils l’aient beaucoup modifiée. Il en est tout autrement de l’ancienne musique italienne, qui, développée et perfectionnée sans doute en Italie, où Palestrina est le plus illustre de ses représentants, n’en fut pas moins à l’origine transplantée des Pays-Bas dans ce pays par des maîtres flamands, lesquels furent aussi ceux qui l’y cultivèrent avec le plus de soin. Sa base fondamentale, c’est l'harmonie, ou pour parler plus exactement, l'emploi des masses vocales. Mais ce qu’on entend aujourd’hui par mélodie, c’est-à-dire la prééminence d’une pensée caractéristique, une suite de tons d’un caractère décidément rhythmique et mélodieux, pouvant être relevés, soutenus ef plus clairement exprimés par l'harmonie, et cependant compréhensibles déjà en eux-mêmes, avec un sens précis et déterminé, ne s’y rencontre qu’à un degré presque imperceptible ou même ne s’y trouve pas du tout. En effet, quant à ce canto fermo dont on faisait la base d’une foule de motifs, en employant souvent des mélodies populaires déjà bien connues, étant admis même qu’il restât reconnaissable dans les tons démesurément longs et dans la monotonie rhythmique , il était tellement dominé par les voix de contre-point qu’il ne pouvait jamais avoir d’effet caractéristique sur le morceau; sans importance réelle pour l'auditeur, ce n'était guère pour le compositeur qu’unemanière de préluder. 11 faut en outre observer que l’harmonie, dans l’acception rigoureuse de ce mot, c’est-à-dire une simple suite d’accords, était bien plutôt le produit de la conduite des voix, que basée sur les rapports d’affinité des accords entre eux; mais que c’est aussi là précisément, et dans le maintien des tons dits ecclésiastiques ou grecs, qu’il faut chercher la base de ces modulations toutes particulières qui nous parlent dans ces auciens chants d’une manière si étrange, et cependant si merveilleusement saisissante.

Ce fait si remarquable, que ces deux extrêmes apparents aient pu se rencontrer dans la musique d’un seul et même peuple, explique toute l’histoire du développement de la musique italienne. De même que tout art nouveau, la musique trouva dans l'Église chrétienne le point d’appui qui devait servir de base à son développement. Il est impos- Sible de déterminer la proportion dans laquelle la musique grecque ou hébraïque se transforma en musique chrétienne. On attribue, il est vrai, à l’évêque de Milan saint Ambroise l'introduction en Occident du chant en usage en Orient pour les hymnes et les psaumes; et il est prouvé aussi que plus tard on s’efforça pendant longtemps encore d'ériger un système de musique d’après les principes des Grecs. Mais il n’est pas moins certain non plus que la musique nouvelle ne se perfectionna qu’autant qu’elle s’affranchit des liens du système qui lui avait été imposé contrairement à sa nature. Sa première phase de développement date du pontificat de Grégoire I°* dit le Grand, mort en 604. Il augmenta le système des tons, améliora la notation et introduisit une méthode de chant lente et solennelle, pour établir une différence entre le sacré et le profane. Mais de longtemps encore il ne fut pas question d'harmonie. Ce fut seulement au dixième siècle que le bénédictin flamand Hucbald tenta le premier de faire résonner plusieurs tons

posait que d’une série de quartes ascendantes et descendantes avec ou sans redoublement d’'octaves; et ce fut précisément en Italie qu’on y fit le moins attention. Après même que d'importants perfectionnements eussent été essayés dans la musique mensurable et dans l'harmonie par Guido d’Arezzo, vers l’an 1020 ou 1040, par Franco de Cologne, au commencement du treizième siècle, et plus tard par Marchettus de Padoue, Jean de Muris à Paris, au quatorzième siècle, il fallut que des étrangers, des Flamands notamment, les fissent connaître à l'Italie. Mais avec Palestrina (1560-1600) commence l’époque brillante du savant contre-point de la direction purement religieuse de la musique. Cependant le maître de Palestrina lui-même, Goudimel, était encore un Flamand. On fonda alors des écoles préparatoires, et l’Italie, Rome et Venise surtout payèrent avec usure à l'étranger ce qu’elles en avaient reçu. Les noms les plus illustres de cette époque sont, outre Palestrina, Felice Anerio, Andrea et Giovanni Gabriel, L. Marezio, Nanini, Zarlino, l’Allemand, L. Hassler et le Flamand Orlando Lasso.

Mais dès cette époque même, c’est-à-dire à la fin du seizième et au commencement du dix-septième siècle, se préparait un essor qui, favorisé par le concours de beaucoup de circonstances heureuses, donna à la musique une direction qui la moûifia essentiellement. C’est alors en effet qu'on tenta les premiers essais de style dramatique. Que si les premières tentatives d’un Orazio Vecchià Modène, de Giulio Caccini et d’Emilio del Cavaliere à Rome, de Peri à Florence, etc., ne sauraient prétendre à la qualification d’opéras, il y avait toujours là le début d’une direction nouvelle, dont la condition première, à savoir l'originalité de la mélodie, se trouva enfin réalisée. Après les heureux essais de Vincenzo Galilei, on cessa de mépriser plus longtemps le chant solo avec accompagnement d’un instrument, comme r’étant bon que pour le peuple. Les fêtes ecclésiastiques, les mystères, les oratorios, les concerts religieux, de même que l’exécution instrumentale successivement perfectionnée par Scarlatti, Tartini, Nardini et Pugnani, contribuèrent à la propagation de la nouvelle manière, qui, en raison même du caractère des populations méridionales, devait exciter de vives sympathies. Le chant artistique se forma en même temps que l'exécution instrumentale et que la musique de chambre et de concert, résultat auquel ne contribua pas peu l’école de chant fondée à Bologne par Bernacchi. Venise et Naples devinrent les pépinières de la direction nouvelle que favorisèrent successivement A. Scarlatti, Leonardo Leo, Durante, Jomelli,Pergolese, Sacchini, Piccini, Carissimi, Cimarosa, Paisiello,Zingarelli, etc., etc. Ainsi grandit le nouvel enfant de l'Italie, l'opéra, objet des soins et des prédilections des artistes tant nationaux qu’étrangers. L’introduction des airs de bravoure eut surtout pour résultat d'imposer des entraves à la vérité dramatique et d’éléver le chanteur au-dessus du personnage représenté. Le chanteur dès lors fut l'unique objet de la préoccupation des auditeurs, qui ne virent plus dans l’œuvre dramatique qu’un remplissage de convention pendant lequel ils causaient librement entre eux lorsque le chanteur n’oceupait pas la scène avec le morceau à effet. Enfin vint Rossini, génie hors ligne, débordant de mélodie, connaissant bien son époque, familier avec les perfectionnements opérés à l'étranger dans la musique instrumentale, qui sut admirablement amalgamer les trésors de son propre fonds avec ceux du passé; et ses opéras obtinrent un succès européen, universel, comme pas un compositeur n’en avait obtenu avant lui, non plus qu’en aussi peu de temps. Dans la foule de ses successeurs, on cite Bellini, Donizetti et Verdi. Le premier, notamment, fit preuve d’une vigueur toute particulière, et mourut à la fleur de l’âge, laissant au second la suprématie incontestée. Il nous faut encore mentionner ici plusieurs maîtres qui, italiens de naissance

à a fois. Mais ce qu’on appelle son organon ne 5e com- } mais fixés à l'étranger, suivirent dans leur musigne mme

'DICT. DE LA CONVERS, —— T+ XI

ITALIENNE

direction n'ayant que de bien faibles rapports avec celle de | rangées de colonnes superposées, avec des cintres. San»

leur patrie; ce sont Cherubini et Spontini, qui se rattachèrent à l’école française, Salieri etRighini, qui inclinèrent davantage vers l'école allemande, Peu de mots nous suffiront pour ce qu'il y a à dire de l'Italie en fait de musique, quand on fait abstraction de l'opéra. Pour la musique religieuse, les chants qu’on entend pendant la semaine sainte dans la chapelle du pape sont les seuls débris traditionnels de l'antique splendeur du genre; et quant à la

musique instrumentale, ce pays est resté fort en arrière |

de PAllemagne et de la France, aussi bien pour la composition que pour l'exécution. Il a produit cependant quelques-uns des violonistes les plus éminents, par exemple, Tartini, Corelli, Paganini; de même qu'Amati et Stradi varius de Crémone portèrent la fabrication du violon à un degré de perfection que personne n’a atteint depuis. .

ITALIENNE (architecture ). Quand les barbares envabirent lItalie, ils trouvèrent ce pays couvert de monuments magnifiques, consacrés aux usages les plus divers, et en même temps de ruines. Chrétiens déjà ou convertis bientôt après au christianisme, et inspirés par le génie de la civilisation, ils prirent soin de conserver pour les besoins de leur culte les basiliques, dont la forme leur servit ensuite de modèle quand ils construisirent de nouvelles églises. 11 est assez vraisemblable que le roi Théodoric fit élever un grand nombre d'édifices et d’un genre tout particulier; mais en fait de monuments authentiques on n’a plus de lui que son tombeau, aujourd’hui l’église de San{a- Maria della Rotonda à Ravenne, très-certainement le plus important de tous , la basilique de San-Apollinare, le baptistère de Santa-Maria à Cosmedin, et quelques débris d’une résidence royale , le tout à Ravenne. Certains détails de ces divers édifices, qui appartiennent encore au style de Ja décadence de l'empire romain, sont aussi bien et aussi vigoureusement exécutés que cela était possible à une pareille époque. Plus tard , d'ailleurs, les historiens de l’art italien comprirent à tort, sous la dénomination de s{yle gothique, tout ce qui ne répondait point à leurs idées sur le style classique, et par suite tous les monuments du moyen âge jusqu’au quinzième siècle. Les constructions de l’exarchat byzantin de Ravenne, par exemple la coupole octogone de l’église San-Vitale, forment un ordre particulier, bien que par leur style et leurs dispositions elles s’accordent dans leurs parties les plus essentielles avec les constructions de l'empire romain d'Orient. Les Lombards succédèrent aux Goths dans la domination de la haute Italie. Le petit nombre de leurs monumgts, par exemple ce qui subsiste encore aujourd’hui des fondations de l'aqueduc de Spoleto, sont remarquables par le fini du travail, par la solidité de la bâtisse et par l'absence absolue de toute espèce d'ornement. Un genre qui à cette époque demeura tout particulièrement stationnaire à Rome, ce fut celui des basiliques, où l'on n’aperçoit nulle part d'innovation essentielle. L'époque du règne de Charlemagne, après la destruction du royaume lombard, aurait été favorable à l'architecture, sans l'appauvrissement général qui fut bientôt après le résultat des nouvelles irruptions de barbares. Ce fut seulement au dixième siècle que commença dans les diverses contrées de l'Italie une nouvelle ère pour l'architecture. Un esprit particulier à chaque province pénétra dans les antiques formes traditionnelles provenant soit de Rome, soit de Byzance, en ies modifiant et en leur communiquant comme une vie nouvelle. Ce fut la Toscane qui en fait demeura le plus fidèle à l’ancienne basilique, tout en la traitant avec une élégance nouvelle et originale et en lui donnant un extérieur plus orné, alors que dans les vieilles basiliques chrétiennes des murailles latérales nues et grossières étaient en désaccord avec la riche mosaïque de la façade. Si à Florence on s'efforçait de prêter aux façades quelque chose de gai en y aceumulant les détails d'ornementation, à Lucques et à Pise on alla plus loin encore ; et on leur donna, ainsi qu'aux Totondes, une apparence plus brillante en y ajoutant plusieurs

Frediano à Lucques, mais surtout la cathédrale, le baptistère, la tour penchée, et diverses églises à Pise, tous édifices appartenant aux onzième et douzième siècles, et offrant à l’intérieur de riches colonnades, représentent ce système dans toute sa richesse; cependant on remarque aéjà dans la cathédrale l'introduction de la coupole, qui joue un si grand rôle dans l'architecture vénitienne. Byzance , qui de l'ancienne architecture romaine s’était moins approprié le style et le système de colonnes des Grecs que les voûtes et les coupoles étrusques , exerça une influence directe sur Venise, comme précédemment sur Ravenne. C'est ainsi que l'église de Saint-Marc, construite de 976 à 1071, forme une croix grecque surmontée de cinq grandes coupoles. Les bascôtés sont, comme à Sainte-Sophie de Constantinople, séparés par des arcades des vaisseaux principaux qui se croisent; et à la manière d’Orient un porche surmonté de

| petites coupoles se prolonge sur les trois côtés. Quand on | eut arraché la Sicile aux Arabes, on y conserva bien la ba-

silique, mais avec les ares à pointe des Arabes, et quelquefois surmontée de trois coupoles, avec la plus riche ornementation en mosaïque, comme la chapelle de Roger à Palerme et la cathédrale de Montreale en sont des exemples. L'architecture lombarde en diffère en ce qu’elle offre l'emploi de voûtes et de piliers élancés, en usage peut-être plutôt là que partout ailleurs, sauf l'Allemagne. Mais on y retrouve toujours le plan de la basilique. Toutefois la façade se com pose d’une muraille de parade ornée d’un portail et de galeries.

Pendant ce temps-là, le style ogival s'était successivement développé au nord de l'Europe, et’ était arrivé à y dominer complétement dans la première moitié du treizième

| siècle. Ce mode de construction offrait des avantages si évi-

dents et répondait si bien sous tant de rapports aux besoins

du culte, qu'on l’appliqua aussi en Italie, quoiqu'il y ait

plus influé sur lextérieur que sur l’ensemble des édifices, comme le prouvent le clocher de Giotto à Florence, les | églises d’Assisi et d’Orvieto et la Loggia de Florence. Mais la persévérance des Italiens à conserver les formes traditionnelles du style classique et romain eut ce résultat que dans les plus magnifiques constructions de ce genre , par exemple les cathédrales de Milan (1386) et de Florence (1300), la ligne horizontale domina toujours dans l’entablement, malgré les détails gothiques qu’on y intercala; ce qui prouve parfaitement que ce style demeura toujours pour l'Italien quelque chose d’emprunté à l'étranger. L'architecture ilalienne brilla de son plus vif éclat au quinzième siècle, moment où le réveil de la littérature classique coïncida avec l'emploi nouveau des anciennes formes de construction et où commença ce qu'on appelle le cinguecento, l’une des plus grandes époques de l'histoire des arts. La transition de l’arbitraire à la règle, la réunion de la fantaisie du moyen âge avecla gravité de l'antique, caractérisa cette période. Tandis que Fra Giocondo et Leo Battista Alberti s'efforçaient de trouver et de fixer les anciennes formes, Filippo Brunelleschi (1375-1444) arrivait à l'application la plus large des nouveaux principes. Dans sa gigantesque coupole de la cathédrale de Florence, il se tenait encore à l'are à pointe; mais il fut plus libre et plus pur dans le plan des deux églises de San-Lorenzo et de Santo-Spirito, Son plus bel ouvrage, toutefois, est le palais Pitti à Florence, composé de simples murailles rustiques avéc des fenêtres à moitié rondes, mais d'une grande beauté de proportions et de puissantes dimensions. L'ensemble a le caractère grave d'un château, caractère qu'ont aussi conservé les palais construits par les élèves de Brunelleschi; avec celte différence, cependant, que dans ces palais les détails, notamment les fe nôtres et les corniches, paraissent encore plus délicatement ornés. Leo Battista Alberti, le premier théoricien qui suiv cette direction, est l'auteur de deux palais à Florence , la rotonde du chœur de l’église de Santa-Annunciata de même ville, des églises de San-Andrea à Mantoue, et

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San-Francesco à Rimini; et cette dernière, dont la façade ressernble à un arc de triomphe, passe pour son chef-d'œuvre, A Venise, cette direction nouvelle de Parchitecture fat représentée par la famille Lombardi, qui y construisit un grand nombre de palais avec d'élégants ornements en mosaique et de riches loggie. Leurs églises ont moins de mérite. D'ailleurs, sous le rapport de la gracieuse transformation de l'antique, cette période répondit au style plus coquet de la renaissance française.

Avec le seizième siècle s’introduisit une sévérité plus grande relativement aux formes antiques de l'architecture. Le style devint ainsi plus pur, mais plus sec, là où les règles furent péniblement déduites des anciens monuments et des livres de Vitruve, plus animé en revanche la où l’on init la forme traditionnelle au service de l'esprit nouveau qui visait à produire avec des masses de grands effets pittoresques et ne reculait pas devant l’accouplement des choses les plus disparates, A cet égard la transition fut opérée par l’illustre Braman‘e (1444-1514), lui dont les monuments, pour la-plupart situés dans la haute Italie, ont encore toute la grâce du style cinquecento. Plus tard, à Rome , il s’appropria un style plus sévère, plus sec, par exemple dans le palais de la Cancellaria de cette ville. Ce fut sur ses plans, abandonnés plus tard, il est vrai, qu’on commença la construction de la nouvelle église Saint-Pierre à Rome. P eruzzi (1481-1536) est l'architecte qui 8e rapprocha le plus de Bramante; Rome lui est redevable de quelques-uns de ses plus beaux palais, entre autres du palais Massimi et de la Farnesina. Son élève, Seb. Serlio, qui habita longtemps la France, où il prit part aux travaux du Louvre et du chàteau de Fontainebleau, est l’auteur d’un excellent Manuel d'Architecture. Le neveu de Bramante, Rafael Sanzio, fut aussi un architecte de premier ordre. Les principaux édi-

fices dont on lui est redevable sont le palais Cafarelli à Rome ,

et le charmant petit palais Pandolfini à Florence. Comn l'un des architectes employés à la construction de l’éolise Saint-Pierre de Rome, il a aussi laissé un plan forf ingé-

nieux, mais qui ne fut point exécuté, d’après lequel un |

vaisseau colossal devait se rattacher à la coupole de Bramante. Son élève en peinture Jules Romain (1492-1546) suivit son style dans l'architecture. Les viflas Madama et Lante à Rome sont de lui. Plus tard toute son activité eut pour théâtre la ville de Mantoue, où le palais Te, d’une composition un peu sèche, et la cathédrale sont de lui. Antonio Sangallo de Florence (mort en 1546) construisit à Rome ce grandiose palais Farnèse, où la dignité et la majesté du style des palais de Florence s’unit admirablement à la richesse de ceux de Rome. Michel-Ange Buonarotti (1474-1564) exerça sur l'architecture italienne une grande influence, sans qu’on puisse dire précisément qu’elle ait été favorable; la cékbre corniche du palais Farnèse est de lui. Les maîtres que nous ayons nommés jusqu’à présent concilièrent dans, l’ensemble de leurs œuvres les exigences les plus essentielles de l’art antique en même temps qu’ils y firent prévaloir le sentiment pittoresque, de leur époque par la naïve délicatesse des détails. Michel-Ange, au contraire, basa sa composition sur Peffet pittoresque, et, malgré tout le grandiose de l’ensemble, introduisit beaucoup de caprices dans ies détails. La sacristie de San-Lorenzo, la reconstruction du Capitole, la cour du couvent de Santa-Maria degii Angeli, surtout l'achèvement des principales parties de l’église de Saint-Pierre de Rome, notamment de Ja coupole, à partir de 1546, sont reÿardés comme les plus importantes de ses œuvres originales. Mais la Porta Pig, qui date de l'année même de sa mort, témoigne déjà d’une profonde corruption de son style. Parmi ses contemporains qui réagirent avec succès contre arbitraire du grand maître, il faut surtout citer Giacomo Barozzio, dit Vignole (1507-1573), qui, par son Manuel d’Architecture, préserva d'une grossière corruption les formes de détail de l'art pendant deux siècles et demi tout au moins. A l’école romaine appartient également Galeazzo Alessi (1500-1572 ), qui

plus tard consacra toute son activité à la ville de Gênes, et y construisit un grand nombre de palais, de villas et d’églises. Andrea Palladio de Vicence (1518-1580) donna une physionomie encore plus remarquable à sa ville natale et à Venise par la foule de palais et d'églises qu'il y construisit, S'il ne fut pas l'artiste le plus grand en son genre, ü fut du moins le plus habile. I se tint loin du caprice et de la hardiesse de Michel-Ange; et s’il n’est nulle part grandiose, en revanche il n'est jamais bizarre, et reste toujours l'observateur scrupuleux des règles dans l’ensemble et dans les détails. Cormme son successeur Scamozzi, il s’est rendu célèbre également par un Manuel d'Architecture, A la même époque florissait le dernier des grands architectes florentins, Bartolommeo Ammanati (1510-1592), qui termina le palais Pitti en colossales dispositions rustiques et exécuta le Pont de la Trinité, composé de trois belles arches, projélées avec une légèreté extrême. |

A partir du dix-septième siècle, le caprice se fit de plus en plus sentir dans la composition et dans la forme; et en visant à l'effet on perdit tellement de vue la signification de la forme, qu'on se laissa aller aux accouplements les plus monstrueux. L’ornement, pauyre intérieurement en dépit de la prodigalité déployée dans l’ensemble et dans la matière, et un détail des masses poussé à l'infini, rendirent presque méconnaissables les formes fondamentales. Le nombre des palais et des églises datant de cette époque est immense, et il en est beaucoup où l’on ne saurait méconnaître une conception grandiose. Parmi les meilleurs architectes de ce temps-là, il faut citer Domenico Fontana (1543-1603), Carlo Madérno (1556-1629), qui termina l’église Saint- Pierre et y ajouta une façade triviale, et Lorenzo Bernini (1598-1682). Francesco Borromini (1599-1667), dans les édifices duquel toutes les lignes paraissent se terminer en courbes et en volutes, représente le mauvais goût parvenu à son point suprême. Depuis le commencement du dix-huitième slècle larchitecture se montra, il est vrai, plus modérée dans la forme, mais aussi encore plus épuisée, s’il est possible, quant à linvention. Les jésuites et les Français devinrent les régulateurs suprêmes de Part, et quoïque l’on eût sous les yeux de si admirables modèles, on continua en Italie, jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, à construire d’une façon d’autaut plus déplorable qu’elle fut irnitée dans les pays étrangers. Ce fut seulement lorsque des étrangers eurent rappelé à observation des règles posées par les anciens, lorsque Piranesi et d’autres eurent mesuré et examiné d’une manière plus exacte les monuments existants, lorsque Milizia eut attaqué sans relâche la foi aveugle en l'autorité, qu’on en revint aux principes ; retour d’où date la création d’une meilleure école, à laquelle appartiennent le marquis Cagnola, Simonetti, Campesi et Stern, architectes à qui on est redevable de la construction des édifices les plus importants dont les villes de Milan, de Rome et de Naples se soient enrichies dans ces derniers temps.

ITALIENNE (Gravure). Les Italiens sont aussi arrivés dans la gravure à un haut degré de perfection. Tommaso Finiguerra, le premier maître qui se soit fait un nom dans cet art, eut pour élève, vers le milieu du quinzième siècle, Baccio Bandini. Il eut pour successeur Montégna; mais ce fut Marc-Antoine Raimondi qui, vers l’an 1500, introduisit plus de liberté dans ses gravures ; et ses travaux d’après Raphael conservent toujours aujourd'hui une grande valeur, à cause de la correction du dessin, Bonasone, Marco di Ravenna, les Ghisi, travaillerent de la mème maniere que

| Jui, Dans un autre genre, Agostino Carracci, Parmegianno,

Carlo Marotti et Pietro Testa produisirent d'excellentes choses au pointillé. Stefano della Bella se distingua par des planches élégantes et spirituelles. Parmi les artistes In0dernes qui ont introduit une manière inconnue avant eux et extrèmement soignée, il faut citer Bartolozzi, Cunezo

Volpato et Beltelini, mais au-dessus de {ous le Florentin Rafael Morghen, qui porta la'gravure à un degré de per fection qu’on ne soupçonnait pas avant lui, Le besoin qu'é-

prouvèrent les graveurs de se fixer aux grands modèles des anciens maîtres donna à cet art un caractère indépendant. Naguère servante soumise de la peinture, la gravure s’éleva aussi à une dignité qui lui est propre; et les œuvres de Morghen ainsi que celles de Longhi, peut-être les deux plus remarquables graveurs des temps modernes, celles de Toschi, d'Anderloni, de Folo, de Palmerini, les esquisses de Lasinio , les planches terminées de Garavaglia,de Lapi, de Schiavonetta prouvent une activité à laquelle le goût des riches voyageurs et la foule d'ouvrages de luxe publiés sur d’importants édifices assurent toujours denouveaux éléments, en même temps qu’ils poussent dans la voie des perfectionnements. Consultez Lanzi, Histoire dé la Gravure en Italie; et Young Ottley, Italian School of Design (Londres, 1893; avec 84 planches).

ITALIENNE (Peinture). La peinture italienne, dans ses origines, remonte, d’une part à l’antique tradition romaine, et de l’autre à l'influence byzantine (voyez Écoe BYZANTINE). Une brûlante imagination, une vie douce el facile, le sentiment inné du beau, une piété enthousiaste, la contemplation continuelle d’une belle nature et des chefsd'œuvre de l’art antique rendirent la peinture plus florissante et plus féconde en Italie que dans tout autre pays ; et les Italiens sont restés dans le style idéal de la peinture aussi supérieurs à tous les autres que les Grecs dans la statuaire. D'ordinaire on fait dater du douzième siècle les débuts de la peinture en Italie; mais on y peignit bien plus tôt encore à fresque sur des tablettes, sur parchemin et sur émail, L’extase spirituelle qui sert de base à ces tableaux est souvent encore le résultat de la symbolique de l’antiquité; les fleuves y sont réprésentés par des génies aquatiques, les montagnes par des divinités de la montagne, la nuit par une femme voilée. On en possède encore un grand nombre, provenant pour la plupart des catacombes. Sous le pontificat de Léon I’ ou le Grand, on exécuta en 441 dans la basilique de Saint-Paul, sur la route d’Ostie, détruite par un incendie en 1824, un grand tableau en mosaïque; et les portraits de quarante-deux évêques, qu’on voyait aussi dans cette église, dataient, à ce qu’on prétend, de la même époque. Les mosaïques et les tableaux à l’encaustique étaient alors chose ordinaire; plus tard on se mit à peindre avec une espèce de couleur en détrempe, qu’on appela a {empera. Vers la fin du sixième siècle, on montrait beaucoup de tableaux qu’on prétendait avoir été peints, non par des hommes, mais par des anges et des bienheureux. A cette classe appartient un des plus célèbres portraits du Sauveur, peint sur bois, appelé Acheropila, et qu'on voit à Rome. On a beaucoup discuté sur la question de savoir si saint Luc l'Évangéliste, pris plus tard pour patron par toutes les eorporations de peintres, était ou non peintre lui-même; quoi qu'il en soit, on lui attribue à Rome plusieurs Madones. Au huitième siècle la peinture en mosaïque sur fond d’oret la peinture sur émail étaient déjà fort en usage en Italie et pratiqués par des artistes tant indigènes que byzantins. L'un des plus anciens parmi ces vénérables monuments de l’art est le Christ en croix qu’on voit dans léglise de la Trinité à Florence, laquelle le possédait déjà en Pan 1003. Vers l’an 1200, un artiste grec, Théophane, fondait une école de peinture à Venise.

Le véritable style italien fleurit d’abord à Florence, et sera considéré ici dans ses trois principales périodes, à savoir depuis Cimabue jusqu’à Raphael, depuis Raphael jusqu'aux Carrache; et depuis les Carrache jusqu’à nos jours.

Dans la première période, la peinture fut complétement la servante de l'Église. Avec des moyens d'exécution encore peu développés, lous ses efforts se concentrèrent sur une belle et riche symbolique, en même temps que la pureté de pensée des artistes se reflétait dans la dignité et dans l’expression pieuse des figures. Un style limité d’un côté par les exigences architectoniques et de l’autre par l'exiguité des moyens, borné en outre à un pelit nombre de types, se maintint depuis Giotto, pendant près d’un siècle, jusqu’au

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moment où, au quinzième siècle, commença à se manifester, sous Masaccio, la tendance à reproduire la nature dans toute sa vérité ; tendance qui aboutit avec Léonard de Vinci à une pénétration complète de la nature. 11 en résulta pour la peinture une richesse de moyens d’exposition, qui atteignit son apogée au commencement de la seconde période, sous Raphael et Michel-Ange, Titien et le Corrége. Par suite de lopinion du siècle et de sa propre direction, la peinture se sépara bientôt de l’Église. Abandonnée à un arbitraire complet, elle embrassa alors avec une liberté illimitée les sujets profanes comme les sujets religieux, mais perdit ainsi la profondeur et la noblesse de la conception, et dégénéra en exposition légère et susperficielle. Polidoro Caldara, dit le Caravage, chercha ensuite, par une imitation directe de la nature, à se créer un genre à lui; mais il tomba ainsi dans la vulgarité, défaut dont l'école éclectique des Carrache, qui ouvre la {roisième période, fut impuissante à préserver l'art, en dépit de toute sa science et de ses efforts pour atteindre partout la correction, parce qu’il n’existait plus de point de repère intérieur pour la pensée artistique. Apartir de cette époque la peinture continua d’être exercée en Italie pardes artistes habilessans doute, mais avec un arbilraire maniéré et sans la chaleur et l'inspiration de Ja grande époque. Dans ces derniers temps, l’école de David avec ses exagérations a trouvé de nombreux partisans parmi les peintres italiens demeurés rebelles à l'influence et à la direction de l’école de Dusseldorf, représentée par Overbeck Cornelius et Roch.

Voici les écoles et les artistes qui dans lapremière périoce furent les représentatants de la direction que nous venons de signaler dans l'art, En tête se place la Toscane (voyez ÉCOLE FLORENTINE ), où l’on remarque l'existence de deux écoles principales : l’école de Florence et l’école de Sienne. Le cachet de la première, c’est un sentiment vif, s’attachant surtout aux manifestations extérieures de la vie et uni à une grande richesse d'idées ; chez les peintres de l’école de Sienne, au contraire, il y a pour ainsi dire plus de recueillement joint à une douceur d'expression qui va à l'âme. L'école de Florence commence avec Cimabue ( 1240- 1300), qui le premier observa avec plus d’exactitude les rapports de forme, donna à ses figures plus de vie et d’expression qu’il n’était d'usage avant lui. Son élève Giottole surpassa pour la grâce; c'est lui‘qui hasarda le premier des raccourcis et qui sut draper d’une manière naturelle et gracieuse. Cependant, son style estencore sec et roide. La vie du Sauveuret célle de sa mère, la sainte Vierge Marie, furent ex-

“clusivement les sujets que traitèrent les chefs de cette école. A leurs œuvres se rattache, comme important monument de la peinture au quatorzième siècle, le Cam po S anto de Pise, d'Orcagna, avecses peintures murales représentant le cielet l'enfer. L'École de Sienne, qu’on pourrait appeler l’£cole lyrique, eut pour chef Simone de Martino, que Pétrarque célèbre dans ses sonnets comme le Dante dans ses terzine célèbre Giotto. La douceur et l'attachement aux sujets antiques sont ce qui caractérise les artistes de cette école pendant tout le quatorzième siècle; mais ces qualités ne laissent pas que de dégénérer en épuisement et en faiblesse, La plus extrémesuavité, quelque chose de saint ; on pourrait même dire de divin, domine dans les ouvrages du Florentin Fiesole (1387-1455), qui subit l'influence de l’école de Sienne, el qu’en peut,considérer comme le représentant de la pein ture spécialement’ religieuse. 11 persévéra avec un saint respect dans la méthode traditionnelle, et n'eut point de rivaux pour la représentation des saints; mais il est défectueux, faible et timide quand il s’agit de représenter des hommes ou bien des passions terrestres. A Bologne, Franco Bolognese, dont parle le Dante, forme le point de transition

“de l'école byzantine à une exposition conforme à la nature, Il en est de même, à Padoue, des toilesimportantes de d’Ac vanzo. Ce fut peut-être l'écolevé itienne qui resta Ja plus longtemps fidèle aux procédés de l'art byzantin, dont on y peut suivre la trace jusqu’* la fin du quinzième siècle,

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D'ailleurs, la peinture du quinzième siècle semble avoir eu surtout pour mission d’opposer son réalisme à l’idéalisme qui avait animé les types du quatorzième siècle; réalisme qui seul fraya la voie à la beauté et à la liberté véritable de la forme. Dans l’école florentine, Masaccio s’appropria cette liberté dont Leonardo da Vinci atteignit lapogée, Dansl'écoledeMantoue, dontAndreaMantegna fut le fondateur, on adopta, au contraire, les formes de la nature même, et la sculpture antique servit à cet égard de modèle, D’autres écoles de peinture eurent pour centres les villes de Vérone, de Bassano et de Brescia. En Lombardie on distingua de bonne heure plusieurs écoles (voyez EcoLes LOMBARDES), notamment une ancienne école milanaise et une ancienne école de Modène. Appelé à Milan (1482), Léonard de Vinci y apporta une vie nouvelle et féconde. L'école de Venise, sur laquelle celle de Padoue exerça d’abord une grande influence, se proposa surtout l'élément de la couleur (Giorgione, le Titien), tandis que l’école d'Ombrie formait une espèce d'opposition à la direction et aux besoins du siècle.

C’est dans la seconde période de l’histoire de la peinture en Italie que vécurent les plus grands maîtres de tous les âges ; chefs des quatre principales écoles, ils portèrent presqu'en même temps toutes les branches de l’art au point extrême de la perfection. On les désigne, eux et leurs élèves, sous le nom de Cinquecentisti, dérivé du chiffremême de leur siècle. Léonard de Vinci avait fixé dans l'école florentine aussi bien les règles relatives de la figure que celles de la perspective et de la lumière. Le génie de Michel-Ange Buonarotti (1474-1564) embrassa avec autant de vigueur que de profondeur la sculpture, Parchitecture et la peinture. Sa chaleur de compusition, sa connaissance profonde de l’anatomie, la hardiesse de ses contours et de ses raccourcis lui frayèrent une voie neuve et indépendante, Mais à tout prendre il n’en fut pas moins pour l'art un modèle pernicieux : ses imitateurs devaient finir par tomber dans lexagération et mépriser le style simple et pur. Ils négligèrent trop souvent le coloris pour des dispositions extérieures violentes. En 1580 Lodovico Cigoliet Gregorio Pagani, en revenant à la nature et à un goût meilleur dans l'emploi du clair-obscur, introduisirent un esprit nouveau dans la peinture. A la tête de l'école romaine se place le premier de tous les peintres, Rafael Sanzio d’Urbino (1483-1520). Sa grandeur consiste dans la plus sublime conception de la noblesse intellectuelle de la nature humaine qu’artiste ait jamais eue, et dans un falent d'exposition qui jamais, dans lemploi de ses gigantesques moyens, ne viola les lois du style. Son génie ne faillit jamais, et apparaît dans chacun de ses tableaux avec la même beauté chaste et solennelle. Ses élèves furent des maîtres habiles; mais ils ne tardèrent point à abandonner les voies de leur illustre modèle pour tomber dans la manière. Les deux excellents coloristes Giorgione (1477- 1511) et le Titien (1477-1576) sont les chefs de l’école vénitienne. Les portraits du premier sont célèbres par leur chaleur et leur vérité. Le second fut grand dans tous les genres de l’art, inimitable dans la manière de fondre les teintes de la chair, admirable comme peintre d'histoire et de portraits, et en outre le premier grand maître que le vaysage ait compté. Le Titien fut aussi le premier qui représenta la carnation du corps humain avecune complète vérité. L'école vénitienne arriva avec lui à son apogée, surtout pour la noble conception de la vie humaine considérée deson côté joyeux et magnifique. Il nous montre moins l’homme dans son suprême développement religieux que dans son suprème développement temporel. Paul Véronèse(1530-1588), artiste plein d’imagination et grand admirateur du luxe et de la magnificence, possédant au plus haut degré toutes les ressources techniques de son art et toute la richesse d'exposition de son école, représenta ses convives avec les costumes des époques les plus diverses, et fut avec Carlo Cagliari de Vérone la gloire de

l'école vénitienne. Mais eite dégénvra à son four, encore bien que moins que toute autre elle ait sacrifié à la manière. Le sentimental et gracieux Corrège fut le chef de l’école lombarde postérieure.

La troisième période de l’histoire de la peinture italienne commence à l’époque des trois Carrache, dont un maguifique succès couronna les efforts pour rétablir la pureté du style et redonner, par l'étude combinée des anciens maitres de la nature et de la science, un nouvel éclat à Part tombé partout en décadence. A partir de ce moment les différences qui séparaient auparavant les diverses écoles s’effacent toujours de plus en plus ; et on ne distingue plus que deux grandes classes d'artistes : les successeurs des Carrache, autrement appelés éclectiques, et ceux de Michel- Ange Morighi, dit le Caravage, autrement dits les naturalistes.

Cette division qu'il ne faudrait peut-être pas rigoureusement adopter dans les détails, était tout à fait conforme à la nature. Deux routes pouvaient conduire à sortir du désordre dans lequel les maniéristes avaient jeté l’art; et on les prit toutes deux. En adoptant ce qu’il y avait de bon dans chaque école les éclectiques espérèrent créer un style nouveau, fondé sur des règles précises ; ils s’efforcèrent de prendre leur dessin de l’antique, leur couleur du Titien, leur clair-obscur du Corrége, etc., et de produire de la sorte des ouvrages semblables aux anciennes créations pour lesquelles la nature avait servi de règle et de base. Comme ce résultat ne fut que très-imparfaitement obtenu, les naturalistes nous intéressent davantage, malgré ce qu'il y a de violent et de rude dans leur manière, car on retrouve même dans leurs plus grandes extravagances la réalité comme base. Annibale Caracci peut aussi être regardé comme le créateur du paysage italien. Parmi les innombrables élèves des Ca rrache, les plus célèbres s’efforcèrent d’unir la grâce du Corrége à la grandeur sévère des maîtres romains. Il faut citer, entre autres, Gu id o Reni (1571-1642), remarquable surtout par la beauté idéale de ses têtes, par l'expression aimable de ses têtes d'enfant et par l’extrême facilité avec laquelle son pinceau pouvait également traiter tous les sujets ; Francesco Albani (1578-1660), qui pendant toute sa vie fut le rival de Guido; Domenico Zampieri (1581-1641) ; Guercino, dit ie Guerchin (1590-1666). En tête des naturalistes qui n’imitèrent que la nature, sans choix et sans sentiment épuré de la beauté, avec un pinceau hardi et souveut même effronté, se place Michel Angelo Caravage (1579-1609). Son rival principal fut à Rome le chevalier d’Alpino, chef des idéalistes ou plutôt des maniéristes de cette école, Caravagio et ses successeurs prirent souvent pour modèle la nature la plus vulgaire, qu’ils imitèrent servilement, en abaissant ainsi la dignité de l’art, bien qu’on ne puisse leur denier ni la vigueur ni le génie. Au commencement du dix-septième siècle Peter Laar flt prévaloir à Rome le tableau de genre sous la forme à laquelle on à donné le nom de bambochades; et beaucoup d'artistes, notamment Michel Angelo Cerquozzi, se conformèrent à cette modeavec plus ou moins de gaieté et de grâce, tandis que l’éclectique Andrea Sacchi désertait quelquefois le genre héroïque pour exploiter le genre à la mode , malgré l’incompatibilité d'humeur de la peinture historique et de la peinture de genre. Parmi ses élèves, il faut nommer Carlo Maratti (1625-1713), Antonio Canaletto, Carlo Cignani (1628 1719). Pompeo Battoni (1708-1787 brilla surtout parmi les peintres romains, quoique sa grâce sans prétention nait pu soutenir la lutte contre le nouvel et vigoureux éclectisme d’un Rafael Mengs. Angélica Kaufmann mérite d’être mentionnée comme ayant excellé à peindre avec grâce. Les écoles napolitaine et génoise ne furent que des écoles accessoires de la peinture italienne.

Le plus célèbre de tous les peintres italiens modernes fut Camuccini (mort en 1844). Son style est grand et véritablement historique; mais ses toiles laissent le spectateur froid. Landi se distingua à Rome comme portraitiste, bien

qu’on trouve également son coloris froid. Parmi les jeunes artistes il faut citer Agricola. L'artiste le plus remarquable

qu'il y ait aujourd’hui à Florence est incontestablement,

Benvenuli, qui a récemment décoré le palais Pitti de peintures à fresque, Il a pour rival le peintre français Fabre, fixé à Florence, et dont les paysages ne sont pas moins remarquables que ses tableaux historiques. Le Florentin Sabbatini jouit a Milan d’une grande réputation pour ses dessins à la plume. Hayez et Pelagio Palage passent pour les plus célèbres peintres d’histoire qu'il y ait dans cette ville. Migliara (mort en 1337) s'était fait un nom comme peintre d'architecture. Ermini, à Florence, a exécuté de jolies miniatures dans le genre de celles d'Isabey. La plupart des artistes que nous venons de nommer en dernier lieu furent ou sont encore sous l'influence de l'école française de David, comme le prouvent bien les belles maïs froides fresques du Milanais Appiani.

ITALIENNE (Plastique). A la suite de linvasion des peuples germains, la plastique italienne se corrompit toujours de plus en plus, jusqu’à ce qu’elle eut fini par perdre toute indépendance et ne plus recev@îr d’inspirations que de Byzance. Beaucoup d’ouvrages importants furent même expédiés directement de Byzance eñ/ltalie, par exemple lautel doré de San-Marco à Venise (976) et les portes de bronze de l’église Saint-Paul à Rome, sur lesquelles les contours des figures sont exprimés au moyen de fils d’or et d'argent et remplis d’émail. Le nom de l’un des plus anciens artistes italiens en ce genre, Bonnanus de Pise, se trouvait inscrit sur deux portes en bronze, d’un travail assez grossier d’ailleurs, de l’an 1186 et l'an 1186, qu'on voit dans les cathédrales de Montreale et de Pise. Une porte en bronze, de 1203, qui se {trouve dans le baptistère de Saint-Jean de Latran à Rome, est déjà d'un travail meilleur, et porte les noms de Hubert etde Petrus de Plaisance. Les sculptures sur pierre du onzième siècle, notamment dans les églises de la haute Italie, par exemple à Modène, à Vérone, à Ferrare, à Parme et à Lucques, s'élèvent rarement au-dessus de Ja barbarie. Ce fut Nicola Pisano qui le premier éleva tout à coup la plastique à un haut degré de perfectionnement, et qui laffranchit de la sèche roideur qu’elle avait eue jusque alors. La sculpture allemande brillait à ce moment de son plus vif éclat, et il est vraisemblable que le génie de Nicola Pisano fut excité par la vue des ouvrages du Nord, ou par les artistes du Nord qui venaient voyager en Italie, en même temps que les modèles antiques qu’il avait sous la main lui étaient utiles pour ses travaux. En effet, ses figures en portent plutôt le caräctère que celui de l'expression particulièrement bienveillante qu’offrent toutes les sculptures allemandes à cette époque. Après Nicola de Pisano la plénitude de formes et la mollesse antiques se perdirent de nouveau ; et les artistes qui lui succédèrent se rapprochèrent du style plus sévère qui régnait de leur temps en Allemagne; par exemplela famille des Cosmates, artistes qui habitaient Rome ( vers l'an 1300), et Giovanni Pisano, fils de Nicola, auteur de la fontaine ornée de bas-réliefs qui se trouve sur la place de la cathédrale de Perugia, d’une belle Madone, admirable de simplicité, qui se trouve dans la cathédrale de Pise, et de l’église San-Andrea à Pistoja. Beaucoup d'artistes allemands vivaient à cette époque en Italie, et on en peut citer quelques-nns comme ayant travaillé aux sculptures de la cathédrale d’Orviéto. Pendant presque toute la durée du quatorzième siècle, ils n'exercèrent pas seulement une grande influence sur Ja sculpture en Italie, mais encore ce furent eux qui y introduisirent l'architecture gothique. Gio tto paraît aussi avoir influé comme peintre et comme architecte sur la sculpture; du moins les reliefs symboliques qu'Andrea Pisano (1280-1345 ) exécuta sur la tour du clocher de Florence à partir de 1334 doivent avoir été tout à fait de son invention, Andrea Pisano est également l’auteur d’une belle porte plus ancienne, en bronze, dans le baptistère situé en face. Le peintre et. architecte Andrea Orcagna ne se distingua pas moins comme sculpteur; mais

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H y a'déjà dans les sculptures dont il a orné le tabernacle

‘d'Or San-Michele à Florence quelque chose du naturalisme

qui au quinzième siècle domina dans l’école de peinture de Florence. Quelques monuments de la haute Italie sont magnifiques comme effet d'ensemble, mais moins purs de formes ; par exemple le monument de San-Eustorgio à Milan, fait en 1339 par Giovanni Balduccio de Pise, et à Vérone celui du Can della Scala, ainsi que le tombeau de saint Augustin dans la cathédrale de Pavie, œuvre de Borino da Campione, élève de Balduccio. Venise et Naples possèdent également d'importants ouvrages’de cette époque.

Le quinzième siècle fut aussi pour la sculpture une époque riche en développements grandioses. Ce que Nicola Pisano avait tenté -isolément, la résurrection de lart antique, redevint deux cents ans plus tard le principe de vie de l’art s’efforçant d’atteindre lPexpression suprême de la grandeur extérieure et intellectuelle , de la profondeur et de la beauté. En Toscane, cette époque de transition fut marquée par Jacopo della Quercia (mort en 1424), dont les principales œuvres se trouvent à Lucques. Maïs à cet égard il faut surtout citer le Florentin Lorenzo Ghiberti, qui représenta la nature avec une grâce extrême et dans un style noble et purifié par l'étude de l'antique. Dans ses célèbres portes de bronze du baptistère de Florence ,ila renoncé, ilest vrai, à la sévérilé de l'antique style de relief, ét a suivi une disposition pittoresque basée sur la perspective; mais la purété des formes , la noblesse de la conception et de la décoration, ainsi que la perfection de la fonte, font oublier ce défaut. Vers la même époque Lucca della Robbia (entre 1400 et 1480) créait un nouveau procédé d’art, à savoir la terre cuite revêtue d’émail, dans lequel il exécuta une innombrable quantité de reliefs, principalement des figures blanches sur un fond bleu avec de riches ornements. Della Robbia occupe aussi une place importante parmi les sculpteurs et les fondeurs en bronze; mais ses œuvres en terre cuite, imitées et propagées par de nombreux élèves, lui firent bien plus de réputation. Donatello de Florence (1383- 1466), dans ses nombreux reliefs et statues, paraît plus puissant dans l'expression de la passion, et en même temps plus adonné à la conception de l’antique. Andrea Verocchio de Florence (1432-1488), dans ses statues d'Or

: San-Michele et de l'Académie de Florence, semble avoir eu

plus de propension au naturalisme. Ce fut, dit-on, lui qui le premier fit mouler en plâtre des parties du corps humain, et prit le premier les masques de morts, à l'effet de faciliter l’étude du dessin. 11 était dans l’habitude de revêtir ses sculptures de couleurs naturelles , et il existe aussi de cette école d'excellents bustes-portraits en cire revêlue de couleurs. Les artistes contemporains qui habitaient alors les États Vénitiens, la Lombardie ou le royaume de Naples, ontexécuté aussi un grand nombre d'ouvrages importants. Mais le Napolitain Angelo-Aniello Fiore (mort vers 1500) est le seul généralement connu, à cause de ses beaux monuments! funéraires. L'art du médailleur seréveilla aussi au quinzième siècle; et une énorme quantité de grandes médailles fondues, devenuus aujourd’hui d’une immense valeur pour les collectionneurs, datent de cette époque. Vittore P isa no, dont les principaux ouvrages furent exécutés de 1429 à 1459, est celui à qui Pon doit le plus grand nombre et les plus belles de ces médailles.

C’est au commencement du seizième siècle que la sculpture italienne brilla de son plus vif éclat, «Par une étude opiniâtre de la nature et de l'antique, on m'était pas seulement parvenu à posséder parfaitement les élements d'exposition et les procédés techniques, mais encore à dominer complétement l'expression idéale, intellectuelle et corporelle, Le goût des princes pour la magnificence et un immense travail qui s’opérait alors dans tous les domaines de lintelligence ne contribuèrent pas peu non plus aux développements pris à cette époque par d'art, On n’a malheureusement conservé des illustres élèves de Verochio, Giovanni-Francesco Rusticiet Leonardo da Vinci, qu'un magnifique groupe de bronze du premier et que des

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délails pleins d'enthousiasme sur une statue équestre qu'avait exécutée le premier, Andrea Sanso vino Pancien

(mort en 1529 y produisit aussi des ouvrages d’une simpli-

cité grandiose. Lui et ses élèves sont les auteurs du magnifique revêtement donné à la sainte maison de Notre-Dame de Lorette. Michel-Ange Buonarotti (1474-1564), qui d’abord s'était voué à la sculpture, la porta à son point culminant, mais en même temps l’entraina vers sa décadence, parce qu’il s’attacha moins à la représentation de la beauté calme et simple qu'aux expressions grandioses de la vie; tendance par suite de laquelle ses imitateurs s’arrêtèrent à l'effet violent de la forme. Ceux de ses ouvrages qu’il composa à Florence présentent ce défaut à un degré bien moindre, mais n’ont pas toute la grâce délicate de cette école. On en peut dire autant de sa magnifique statue de la Piété à Rome, de son Bacchus et de son David à Florence. Un Amour, qu’il avait fait enfouir à Florence, puis qu’il fit déterrer, fut généralement tenu pour

un antique ; et pour faire cesser l'erreur, il fallut que l’ar- |

tiste produisit le bras de cette statue qu’il avait mutilée lui même. Appelé à Rome en 1503 par le pape Jules JT, il y commença le grand tombeau de ce pontife. Mais, continuellement distrait de ce travail par le pape, qui lui commandait tantôt des fresques et tantôt de grands édifices, il ne put exécuter, des nombreuses statues destinées à ce tombeau, que le Moïse, la Rachelet la Lia, ainsi que les deux hommes

enchaînés qu’on voit de lui au Louvre, et qui déjà partici- |

pentde cette grandeur sauvage et titanique qui est comme le cachet particulier de ses ouvrages ultérieurs. Ce n’est qu'après ces travaux qu’il exécuta son chef-d'œuvre, les

monuments de Julien et de Laurent de Médicis dans l’é- |

glise San-Lorenzo à Florence. Son rival, Baccio Ban dinelli

(1487-1559), était déjà tout à fait sous l'influence de son

style, et s’en appropria ce qu’il avait de violent et d’extérieurement imposant, comme en témoignent son Herculeet Cacus , ses reliefs sur les monuments de Léon X et de Clément VII et ses statues pour l’enclôture du chœur de la cathédrale de Florence. Benvenuto Cellini, contemporain et ennemi du grand homme, a déposé dans son inappréciable autobiographie une foule d’éclaircissements sur ce qui constituait alors la vie d'artiste. Comme orfèvre et médailleur il a une importance toute particulière pour l’histoire de l’art.

A Venise florissaient vers la même époque Pietro Tullio et Antonio Lombardi, ainsi que Jacopo Sansovino le jeune, dont le véritable nom était J. Tatti de Florence (1479-1570), l'élève de Sansovino l’ancien. Après avoir suivi pendant quelque terps la direction de Michel-Ange, il l’'introduisit à partir de 1527 à Venise, mais d’une manière plus délicaté et plus libre, et fit école. La Lombardie vit encore briller Pancien Bambaja, qui se consacra plus particulièrement à l'art de la décoration, et Marco Agrate. Ce dernier est j’auteur de la statue de saint Barthélemy écorché, qu’on voit dans la cathédrale de Milan. Valerio Vicentino se distingua surtout comme graveur sur pierres fines et graÿeur sur poinçons , après Benvenuto Cellini. La plupart’ des travaux de la seconde moitié du seizième siècle suivirent Ja direction donnée par Michel-Ange, jusqu’à en devenir maniérés. Il faut mentionner sous ee rapport les œuvres du Milanais Guglielmo della Porta, qui restaura si Bien les jambes de l’Hercule Farnèse, que Michel-Ange ne les jugea point inférieures aux véritables, qu’on retrouva plus tard. 11 est l’auteur du grandiose tombeau du pape Pie JIX qu'on voit à Saint-Pierre de Rome, ainsi que des quatfe grands prophètes placés dans les niches des piliers de là première arcade. Bartolommeo Ammanati, qui était en même temps architecte, travailla dans la manière de son mâitre Bandinelli, et exécuta, entre autres, la grande fontaine qui décore la Piazza del Gran-Duca à Florence. C’est Alors aussi que le Flamand Jean de Bologne, natif de Douai (1524-1608), exécuta dans le même style ses portes defronze de la cathédrale de Pise, la. statue équestre de Cosme I‘, et le célébre enlèvement des Sabines à Florénce.

Une période de dégénérescence complète commença avec Lorenzo Bernini (1598-1680), et ses nombreux élèves loutrèrent encore. Bernini lui-même, qui prit une position analogue en architecture, tout en négligeant complétement les lois sévères du style plastique, imposa encore par un vigoureux naturalisme et par une expression souvent exagérée de la passion, tandis que ses élèves ne tardèrent point à tomber dans le faux, le tourmenté et l’affecté. Les étrangers qui travaillèrent alors en Italie firent preuve de plus de rectitude d’idées et de sagesse de jugement que les successeurs de Bernini, dont les travaux encombrèrent bientôt toutes les églises d'Italie et y remplacèrent maints chefsd'œuvre du cinquecento. On peut citer notamment le Flamand François Duquesnois, dit IL Fiamingo (1594-1644), Arthur Quellinus, et le Français Pierre Puget, qui toujours resta fidèle à la nature.

Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, l’influence de Rafaël Mengs et de Winkelmann eut pour résultat de provoquer jusqu’à un certain point l’abandon de la manière et le retour à la pureté antique. Le représentant de cette direction fut Canova (1757-1822), qui, dans des ouvrages extrêmement nombreux, fraya les voies à une conception nouvelle de la nature. Son style est souvent mou, mais d’une pureté à laquelle on n’était plus habitué depuis les grands maîtres du seizième siècle. L'influence qu’il exerça sur l’art moderne, et surtout sur l’arf français, est incalculable. Parmi ses élèves on peut citer : Antonio d’Este , célèbre par ses bustes et ses reliefs; Giuseppe Fabri, dont les ouvrages, par exemple les monuments du Tasse et de Léon X, manquent quelque peu de style; C. Tadolini, G. Finelli, les deux Ferrari, L. Bartolini à Florence, celui de tous qu’on doit peut-être considérer comme le seul héritier direct de Canova, et Pompeo Marchesi, de Milän (né en 1796), l’un des premiers sculpteurs aujourd’hui vivants. En fait d’autres célèbres artistes milanais, on peüt encore mentionner Gaelano Monti, B. Comolli, Sangiorgio et Putti. L. Pampaloni à Florence et L. Persico à Naples jouissent d'une grande réputation. De nos jours enfin le Danois Thorwaldsen a exercé une influence considérable sur la sculpture italienne. Indépendamment de L. Bienaimé, de Galli, de Benzoni, etc., il a aussi pour élève Pietro Tenerani, de Carrare, le premier sculpteur qu'il y ait aujourd’hui en Jtalie. Toutefois l’art français et l’art allemand ont pris de nos jours un essor tel, que pendant longtemps ils influeront plus sur la sculpture italienne qu’ils ne s’inspireront d’elle.

ITALINSEHY (Anpré), diplomate russe, dont le véritable nom était Andrej IarowievirscH, descendait d’une famille de Cosaques Zaporogues, qui, à la suite des troubles causés par Mazeppa, s'était établie non loin de Kiew, où il naquit, en 1743. Durant son séjour à Saint-Pétersbourg , où il étudia à partir de 1761 la médecine et la chirurgie, il fut, à ce qu'il paraît, témoin de très-près de la révolution qui plaça Catherine II sur le trône. Il se rendit, pour se perfectionner dans la science à l'étude de laqueïie il s'était voué, à Londres, puis à Édimbourg, où il séjourna plusieurs années. A Paris, il fit la connaissance de Grimm ; et celuici, en 1780, le présenta au grand-duc Paul, qui voyageait alors sous le nom de comte du Nord. Dès l’année suivante il fut nommé secrétaire d’ambassade à Naples. La liaison intime qu’il contracta dans cette ville avec sir Willam H amilton le conduisit à étudier l’archéologie et à se créer, lui aussi, une riche collection d’antiquités. L'empereur Paul étant monté sur le trône, il fut nommé conseiller d’État en service ordinaire, chambellan et ambassadeur à Naples. Dans les premières années de son règne, l’empereur Alexandre l’envoya avec le même titre à Constantinople, où il resta jusqu’au moment où éclata la guerre entre les Russes et les Turcs, à laquelle mit fin, en 1819, la paix de Bucharest. Il négocia et signa ce traité en commun avec le général Kutusow ; après quoi il retourna à Constantinople, en qualité de ministre plénipotentiaire. En 1817 il passa avec le

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même titre à Rome, où il séjourna jusqu’à sa mort, arrivée le 27 janvier 1827.

ITALIQUE. Dans l’usage actuel, on emploie cet adiectif pour désigner ce qui se rapporte à l'Italie antique , à ses populations, etc.; tandis qu’on réserve le mot ifalien au moyen âge ou à l’ère nouvelle de l'Italie. C’est ainsi qu’on dit les divinités, les médailles, les langues, les peuples i{aliques, et que dans l’histoire de la philosophie l’école de Pythagore est souvent désignée sous le nom d’école italique.

Par langues ilaliques la philologie moderne désigne un groupe de la famille greco-italique des langues in do-germaniques, indigène en Italie et ayant les plus grandes affinités avec celui des langues greco-pélasgiques. Sans Compter la langue latine, d’où sont provenues les lan- £ues romaines, les langues qui font partie de ce groupe sont celles des Ombriens, des Osques, des Volsques et des peuplades sabelliques. Il existe encore de ces diverses langues des monumments plus ou moins nombreux et considérables, qui, sauf un petit nombre de mots rapportés par les écrivains latins, ne consistent plus qu’en inscriptions et en legendes mortuaires. Ce n'est guère que dans ces derniers temps qu’on s’est occupé de leur interprétation scientifique : et l’on doit surtout mentionner à cet égard les travaux des érudits allemands, notamment ceux de Kirckhoff ( Monuments de la Langue Ombrique ; 2 vol. Berlin, 1849-1851) et de Lepsius (Znscripliones Linguæ Umbricæ et Oscæ ; Leipzig, 1841). Dans une acception plus générale on comprend aussi sous la dénomination de langues ilaliques les langues des Ménapieus, des Étrusques, et des peuplades gauloises, rhétiques et liguriennes qui habitaient le nord de l’Italie.

ITALIQUE ( Typographie). Le caractère de ce nom tire son origine de l'écriture de la chancellerie romaine désignée par les mots cursivetus seu cancellarius , d’où lui vint le nom de cursive. Ce caractère a aussi été connu sous le nom de lettres véniliennes, parce que les premiers poinçons ont été faits à Venise, ou sous celui de Lettres aldines, parce que Alde Manuce s’en est servi le premier; enfin, le nom d’ifalique lui a été donné en France, parce qu'il vient d’Italie, et ce nom a prévalu. C’est Colines qui le premier s’en est servi dans notre pays. On en a fait des livres entiers, puisdes préfaces, des dédicaces, des titres, etc. Son usage le plus habituel aujourd’hui est de servir à faire ressortir les mots, les phrases, sur lesquels on veut appeler l'attention dulecteur. Aussi les imprimeurs doivent-ils avoir pour chaque corps de caractères romains qu'ils emploient un italique qui y corresponde, L. Louver.

ITHAQUE (aujourdhui Teaki ou Thiaki), après Paros la plus petite des sept îles Ioniennes, de 2 myriamètres carrés de superficie, en face de la province du royaume de Grèce appelée l’Acarnanie, au sud de Leucade ou Sainte-Maure, au nord-est de Céphalonie, dont la sépare le canal de Guiscard , était célèbre dans l’antiquité comme ayant éfé la patrie et le royaume d'Ulysse. D’après la description qu’en fait Homère dans l'Odyssée, description qui du reste provoque bien des doutes, en raison de la nature actuelle du sol, cette île, quoique hérissée de montagnes et de rochers, produisait une grande quantité de vin et de blé; et indépendamment de la capitale, qui portait le même nom et où était situé le palais d'Ulysse, le poële cite comme localités remarquables les monts Meritos ou Nerilon (aujourd’hui Saint-Hlias ), et Neïon (aujourd'hui Stefano), qui formaient le port appelé Rheithron, et le cap Corax, ou rocher des corbeaux, où se trouvait la fontaine Aréthuse.

Th'aki compte (en 1866) 11,926 habitants, dont un cinquième dans le chet-lieu, Vathi, petit port de mer. Ses principaux produits sont l'huile, le vin et surtout les raisins secs, dits'raisins de Corinthe.

ITINÉRAIRE (du latin ilinerarium, descriptio ilineris, description du chemin), on appelle ainsi une liste des stations, des é/apes en quelque sorte, situées entre deux

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