‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 355 sur 522 · OA · texte numérisé non relu

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de deux stigmates plumeux. L’ivraie se distingue essen- : duites dans l'estomac agissent par une stimulation propre, tiellement du froment par la position de ses épillets, qui | qui se propage au cerveau par les rapports sympathiques regardent l'axe de l’épi par l’une de leurs faces, et non pas du système nerveux, avant que ces substances aient pu

par lun de leurs côtés. On en distingue environ une dixaine d'espèces : l’ivraie vivace (lolium perenne, L.) et l'ivraie enivrante (lolium temulentum, L.) sont surtout communes dans nos champs d'Europe : la première de ces deux espèces croît à l’état sauvage surle bord des chemins et dans les lieux incultes ; elle présente le double avantage d’être très-précoce, et de repousser promptement

sous la dent des bestiaux ; aussi fournit-elle d'excellents :

pâturages. Mais livraie enivrante (zisanie, herbe d’ivrogne), plante annuelle à tiges roides, droites et hautes

de 0", 60 à un mètre, croît d'habitude dans les champs :

ensemencés de froment, d’orge et d'avoine, et dans les étés humides elle se multiplie tellement dans les moissons qu’elle finit par dominer complétement les céréales, qu’elle étouffe :

Grandia sæpe quibus mandavimus horde sulcis,

Infelix lolium et steriles dominantur avenæ.

La tradition affirme qu’en certains cas la graine du froment dégénère et se transforme en ivraie.

La graine de la zisanie a une saveur âcre, acidule, nau-

séabonde ; mélangée avec le froment en quantités un peu |

notables, elle donne à la farine des qualités délétères, et détermine des nausées, des vertiges, des vomissements, en général tous les symptômes de l'ivresse portée à Vextrême. La dessiccation complète fait perdre à l’ivraie ses propriétés malfaisantes, ef Parmentier assure que l’on peut manger sans inconvénient du pain fait avec de la graine torréfiée du lolium arvense.

Dans la langue symbolique, l’ivraie désigne le mal, l’hérésie : « Séparer les bons des méchants, Segregare trilicum à zizania. » BELFIELD-LEFÈVRE.

IVRÉE (lancienne £poredia), ville furtifiée d'Italie, avec 9,252 hab. (1862) et une cathédrale, reliée à Chivasso par un chemin de fer, est le chef-lieu d’un arrondissement (159,338 hab.) de la province de Turin. Ce dis-

triet s’est formé du marquisal d'Tvrée, que Charlemagne y avait fondé après la conquête du pays des Lombards. Après la déposition de Charles le Gros , en 887, les marquis d'Ivrée figurèrent au premier rang des prétendants à la couronne d’Italie. Le marquis Bérenger IL réussit même, vers 950, às’emparer du trône; maisil dut y renoncer bientôt. Lui ef ses successeurs, qui portaient aussi en Bourgogne le titre de ducs, conservèrent le marquisat d’Ivrée jusqu’en 1018, époque où l’empereur Henri II l’enleva aux fils du turbulent marquis Ardouin, et l'incorpora à l’Empire, auquel il demeura uni jusqu’en 1248. A ce moment l’empereur Frédéric IL en accorda l'investiture à Thomas, comte de Savoie, dont les descendants s’en maintinrent en possession malgré les prétentions qu’y élevèrent pendant quelque temps les marquis de Montferrat.

IVRESSE , suspension instantanée des facultés rationhelles, qui va quelquefois jusqu’à les anéantir. Toute sensation ou émotion violente peut produire cet effet : on est ivre d'amour, de joie, de haine, de fureur. Il n’est point de passion qui ne puisse altérer la faculté d'examiner, de discerner, de choisir, et qui ne développe quelques-uns de ces instincts et besoins physiques de l’homme, réprimés habituellement par la conscience qu’il a du bien et du mal ; ou par la crainte des lois que s’est imposées la société, L’expression du visage, les mouvements du corps, semblent être dans ce cas indépendants de la volonté. L'homme paraît en cet état descendre bien au-dessous de la brute. Zuresse s’entend surtout du délire produit par l'usage immodéré du vin et des liqueurs fermentées , par les narcotiques, etc.

Ce pe Brani.

L’excitation du cerveau et le désordre de ses fonctions par suite des boissons fermentées, alcooliques, se fait quelquefois d'une manière très-prompte. Les substances intro-

avoir le temps de se mêler au sang par les voies digestives. Le premier effet des boissons spiritueuses est de réveiller l'activité des forces vitales et du cerveau en particulier; la physionomie s’anime, les mouvements sont plus faciles ; l'imagination est vive, la parole est plus prompte; on est plus libre ou plus indiscret, et les divers sentiments se manifestent avec plus de promptitude et d’aisance. Jusque là il n’y a pas de désordre dans les fonctions du cerveau ; mais si l’on continue à boire, les sensations commencent à se troubler, les yeux ne distinguent plus clairement les objets, on voit double; les oreilles n’entendent qu’imparfaitement; la langue ne se prête plus à la parole : on prononce mal, on balbutie, la langue est épaisse, on commence enfin à délirer. Successivement, l'ivresse gagne, le sang monte à la tête, les traits de la figure se décomposent, les mouvements du corps cessent d’être dirigés par la volonté ils sont incertains ou cessent entièrement. En même temp. que cela arrive, les idées se confondent : on s’exalle, on dispute, on estdans un délirecomplet. Quelquefois on passe du délire au sommeil, à l’assoupissement, à la stupeur. Ce genre de délire varie selon la nature de l'individu ou selon la qualité des substances enivrantes. Les enfants et les femmes tombent dans le délire de l'ivresse avec la plus grande facilité, en raison de la sensibilité et de l’irritabilité de leur système nerveux. Il y a des personnes qui peuvent supporter des quantités considérables de vin ou de liqueurs fortes sans en ressentir aucun mauvais effet. Le vin produit des effets différents selon la diversité des tempéraments, et spécialement selon la différente organi-

: sation cérébrale des buveurs. Aïnsi, les uns sont gais, aima-

bles, amoureux, les autres turbulents, querelleurs, téméraires, imprudents, cruels ou furieux. Il y en a d’autres qui sont tristes, maussades, silencieux et graves : celui-ci chante, un autre bavarde, et un troisième fait des vers ou

| des calembours. Comment expliquer une si grande variété

des phénomènes résultant d’une même cause? La pluralité des organes nous l'explique parfaitement. Selon qu'un individu a un organe cérébral plus ou moins développé, actif ou irritable, l'excitation générale causée par la boisson mettra en activité ces mêmes organes de préférence aux autres, et conséquemment nous aurons la manifestation et l’exaltation d’une ou de plusieurs qualités déterminées, de celles précisément qui sont les plus prédominantes ou les plus excitables dans l'individu. L'observation qui a donné lieu au proverbe in vino veritas est très-ancienne, mais l'explication est tout à fait moderne : elle est due aux connaissances précises de la physiologie du cerveau.

Le délire de l'ivresse cesse ordinairement au bout de quelques heures : il est rare qu'il faille avoir recours à des moyens médicinaux pour le faire cesser. Les vomissements naturels ou procurés soulagent promptement le patient. L’usage du café est un excellent moyen pour faire cesser l’ivresse : les boissons fraîches acidulées font à peu près le même effet. L'application de l’eau froide à la tête ou l’aspersion générale de tout le corps sont des moyens trèsutiles.

On ne peut pas attribuer à la seule présence de l'alcool la propriété qu'ont les substances spiritueuses de produire le délire de l'ivresse : il paraît que d’autres principes délétères y contribuent également. L’ivresse de la bière ne ressemble pas à celle du vin et de l’eau-de-vie : elle produit sur nos facultés un effet analogue à celui des narcotiques : elle assoupit, elle donne le sommeil plutôt qu’elle n’exalte les facultés.

Lesnarcotiques agissent puissamment sur le cerveau, et s'ils sont administrés à une dose trop forte, ils causent une sorte de délire qui ressemble à l’ivresse. Le règne végétal seul les fournit; il y en a un très-grand nombre, et ce sont des médicaments très-utiles quand ils sont donnés à

propos : tels sont l'opium, l’aconit, la belladone, la ciguë, le stramonium, etc. Il y a des champignons qui font naître un délire plus ou moins grave et rendent comme fous ceux qui en mangent. Le délire causé par les narcotiques est triste : il y a stupéfaction, étonnement, confusion d'idées plutôt que mouvement, vivacité, exaltation; et si la dose a été plus forte, l’engourdissement général, l’assoupissement et la stupeur se manifestent. Dans ce cas, le système sanguin cérébral est gorgé de sang. Les Orientaux, qui abusent assez souvent de l’opium, corrigent cet excès par le café, Il paraît donc que le café a une action sur notre organisme opposée à celle des liqueurs spiritueuses et de Popium. L'expérience nous a convaincu que le café a la propriété de dégager le cerveau de la trop grande quantité de gang qui s’y porte, soit par l’action des substances narcotiques ou spiritueuses, soit par un travail d'esprit trop prolongé, soit par toute autre cause. Si le vin et l’opium causent le sommeil, le café cause la veille. Tous les narcotiques n’agissent cependant pas sur l'organisme et sur le cerveau de la même manière que l’opium et les boissons alcooliques ; il y en a qui agissent d’une manière opposée, et leurs effets dangereux ne peuvent être détruits que par le vin, les alcooliques, et autres stimulants véritables : tels sont la bel- Jladone, les champignons, etc.

Le hachisch produit aussi, comme on sait, une ivresse particulière. D° Fossarr.

IVROGNE, celui qui se livre à l'ivrognerie.

IVROGNE (Herbe d’). Voyez IVRAIE.

IVROGNERIE, intempérance dans l’usage des boissons Spiritueuses, dont les vapeurs affectent le cerveau et troublent la raison. Ce vice annonce le défaut absolu d’éducation et les habitudes les plus grossières. Il engendre la misère parmi les paugxes et provoque tous les hommes au crime. Vainement onfoulu poétiser l’ivrognerie en lui donnant le nom d'ivresse, Quelle abstraction des sens ne faut-il pas faire pour chanter l’ivresse occasionnée par l’excès du vin? Que les anciens m’aient point partagé pour l'ivrognerie le dégoût des modernes, c’est ce que l’on pourrait discuter avec Montaigne; mais certes les Spartiates l’appréciaient, quand pour en préserver leurs enfants, ils se contentaient d'exposer à leurs yeux les ilotes pris de vin. Voyez l'essor immense donné en Angleterre et dans les États-Unis aux nombreuses sociétés de tempérance qui s'efforcent; avec plus ou moins de succès, d’arracher l'humanité à ce vice dégradant.…… C’est en raison de leur civilisation que les nations européennes se sont montrées sobres; et l’on ne pent s’enivrer aujourd’hui sans être exclu de cette portion de la société qui, bien qu’en minorité, decidera toujours des choses et classera les gens. Être ivrogne, c’est renoncer à exercer aucun droit dans sa patrie, c’est se démettre de la puissance paternelle, abjurer le respect filiai, insulter à toutes les affections que l’on peut inspirer ; cest dégrader la plus magnifique des créations du Tout- Puissant... Triste et affligeante dans le jeune homme, Pivrognerie devient hideuse dans les vieillards et dans les femmes. Quand, par une infirmité dont la cause peut demeurer inconnue, le goût des boissons enivrantes se manifeste avec quelque vivacité, il faut à l'instant s’en interdire l'usage, ce vice étant de ceux avec lesquels on ne transige point; autrement, il faut s'attendre à la démence et à Pi. diotisme, qui heureusement préservent quelquefois les ivrognes du crime et de l’échafaud. CS® pe Brant. L'alcool est si promptement absorbé dans l'estomac, et si grande est son affinité pour l'oxygène, que ce liquide peut occasionner la mort en quelques instants par une asphyxie comparable à celle qui a pour cause le charbon ou l'acide carbonique. L’alcool est aussitôt absorbé par les veines, et jamais on ne le trouve mêlé aux aliments ni au chyme, ce qui le mitigerait, L’oxygène de l'air ne ravitaille plus le sang, et celui-ci devient noir du moment où, au lieu de dé: carboniser le sang, l'oxygène se combine par préférence avec Vaicooi. Un animal qui, comme le chien, absorbe rapide-

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