IVRESSE — IVROGNERIE
ment l'alcool, peut mourir asphyxié en quelques instants, and même la dose de ce dangereux liquide seraît peu considérable ; et de même pour l’homme. Plus l'estomac est spacieux , si en même temps il est vide, et plus l'animal qui prend alcool court risque de s’enivrer; or l'ivresse est un commencement d’asphyxie. Ceux qui font abus de l'alcool ont moins d’urines, moins d’urée, mais beaucoup plus d’acide urique, principal élément des calculs ét de la gravelle, dans les vingt-quatre heures qui suivent de tels excès. L’ivrognerie expose donc à la gravelle, aux calculs de même qu’à la paralysie, qu'aux tremblements et à l’oppression. D' Isidore Bourvon.
En 1852, le révérend J.-B. Owen, de Bilston, faisait le tableau suivant des résultats de l’ivrognerie en Angleterre : « L’ivrognerie, disait-il, est le mauvais démon de la Grande-Bretagne. Depuis le commencement än Mècle, le peuple a dépensé pour boissons enivrantes deux fois autant d'argent qu'il en aurait fallu pour payer toute notre énorme dette nationale. A Londres seul il y a 180,000 buveurs d’eau-de-vie, et dans cette ville on en consomme par an pour trois millions de livres sterling (75 millions de francs). Pendant les treize dernières années, 249,000 hommes et 183,921 femmes y ont été arrêtés pour ivrognerie. A Manchester, les classes laborieuses dépensent plus d'un million de liv. sterl. (25 millions de fr.) par an en eaude-vie. A Edimbourg, il y a 1,000 débits d’eau-de-vie, tandis que l’on y compte seulement 200 boutiques de boulangers. Sur 27,000 cas de paupérisme , 20,000 au moins doivent être attribués à l’ivrognerie. A Glasgow, la taxe des pauvres s’élève à 100,000 liv. sterl. ( 2,500,000 fr.) par an, et, au dire d’Alison, 10,000 individus s’enivrent tous les, samedis soirs, et restent dans cet état les dimanches etles lundis, au point qu’ils ne peuvent retourner à leur travail que le mardi et même le mercredi. Dans la même ville de Glasgow, on dépense tous les ans pour boissons alcooliques 1,200,000 liv. sterl. (30 millions de francs), et on arrêts par an 20,000 femmes ivres-mortes.
« Et quels sont les résultats moraux de ces effrayantes statistiques? C’est l’aliénation mentale, la misère, la prostitution et le crime. Quant à l’aliénation mentale causée par l’ivrognerie, l’évêque de Londres a constaté que sur 1,271 maniaques dont on a pu découvrir les antécédents, 649 , c’est-à-dire plus de la moitié, ont eu la raison altérée par les boissons alcooliques. Quant au paupérisme, tout le monde sait que les deux tiers de nos pauvres sont directement ou indirectement victimes du même vice. Pour se convaincre combien l’ivrognerie contribue à provoquer à la prostitu tion, il suffit de se rappeler qu’il y a plus de 80,000 femmes publiques à Londres, et que toutes nos autres grandes villes sont également infestées d'énormes essaims de ces malheureuses. Personne n’ignore que l'ivresse mène au crime. Dans la prison de Parkhunt, sur 500 jeunes détenus, il y en a toujours au moins 400 qui dès leur enfance-nt pris la funeste habitude de boire. Le chapelain de la geôle de Northampton m'a assuré que sur 302 individus qui pendant le dernier semestre y étaient détenus , 176 avaient été conduits au crime par l’ivrognerie. Parmi ces 176 individus , ily en avait 64 qui avaient dépensé par semaine de 2 shellings 6 derniers jusqu’à 10 shellings (3 fr. 15 ce. à 12 fr. 50 c. pour boissons alcooliques; 15, de 10 shellings à 17 shellings (12 fr. 50 c. à 21 fr. 25 c.), et 10 avaient dépensé en eau-de-vie tout ce qu’ils avaient gagné. » t
Dans l'espoir de réprimer ce fâcheux penchant, des économistes ont conseillé l'élévation des droits sur l'alcool et sur les boissons fermentées. Les gouvernements sont volontiers entrés dans cette voie; mais il est permis de douter de l'efficacité de ce moyen. D'abord la contrebande supplée en partie aux vides Es par les exigences du fisc; puis les falsifications multiplient, au grand détriment de la santé publique, les boissons que l'on voulait éloigner de la consommation; enfin, l’appât du fruit défendu s’y joint : s’il est plus cher, on s’en donne moins souvent, mais on s’en donne