JAPHET — JAPON
de son père, qui s’écria dans un enthousiasme prophétique : |
« Que la postérité de Japhet s’étende et occupe de grands pays; qu’il ait part à vos bénédictions, Seigneur! » Ce vœu fut réalisé, puisque les descendants de Japhet ont peuplé l’Europe et une grande partie de l'Asie. IL eut sept fils : Gomer, Magog, Madai, Javan , Thubal, Mosoch et Thiras. Suivant une opinion assez commune, Gomer serait père des Cimmériens ou Cimbres ; Magog des Scythes, on plutôt des Goths ou des Gètes ; Madaï, des Mèdes on , selon d’autres, des Macédoniens ; Javan, des Toniens ou Grecs ; Thiras, des peuples de la Thrace; Thubal et Mosoch, des nations qui habitent la Cappadoce et le Pont. Japhet est donc universellement regardé commela souche des nations occidentales. J.-C. CHAsSAGNOL.
JAPON, c’est-à-dire empire de l'est où du levant, nom dérivé de deux mots chinois, Dji-pen, que les Japonais prononcent Nypôn ou Nifon, et les Portugais Djapen, cf sous lequel on comprend un groupe d'îles et d’ilots au nombre total de 3,850 à ce que disent les indigènes, situé dans laser du Japon, mé orageuse entre toutes, remplie de remous et de bas-fonds, et présentant un inextricable labyrinthe de détroits, de rochers et d’écueils qui en rendent la navigation extrêmement dangereuse. Ce groupe, compris entre le 282-492 de latitude septentrionale et le 146°-170° de longitude orientale, est entouré à l’ouest par le Tong-hai (mer de l’est) de la Chine, par le détroit de Corée, la mer du Japon et le détroit de Tatarie, à l’est par le grand Océan; et on évalue sa superficie totale à environ 405,000 kilom, carrés. Les îles et les écueils sont pour la plus grande partie d’origine volcanique; les plus grandes sont couvertes de hautes montagnes, dont quelques-unes utilement hoisées et les autres admirablement cultivées de la base au sommet, atteignant sur certains points la limite des neiges éternelles et présentant sur d’autres points des volcans considérables : aussi les éruptions volcaniques et les tremblements de terre sont-ils fréquents au Japon. Par suite, le sol y est assez souvent maigre et rocailleux ; mais l’infatigable industrie des habitants a su partout le couvrir de la plus riche végétation, et convertir leurs îles arides en jardins magnifiques ; beaucoup des plus petites ne se composent même que d’écueils provenant de révolutions volcaniques et présentant la configuration la plus tourmentée. En raison des hautes montagnes dont nous venons de parler, et de la situation de ces îles à l’est de l’ancien continent, le climat en est plus rude qu’on ne serait porté à le penser d’après leur latitude, notamment au nord-est, par exemple à Jeso et dans les îles Kouriles. Dans les hivers, toujours accompagnés de rédoutables tempêtes, le froid devient parfois excessif; et il y a souvent plusieurs pouces de neige même dans l'ile de Nipon. Cette saison n’est douce que dans les îles situées le plus au sud ; en revanche l'été est partout beau et chaud. Les chaleurs seraient même intolérables si les brises de la mer n’y rafraîichissaient pas à tout instant l'atmosphère. En raison de leur configuration irrégulière et tourmentée, les îles Japonaises offrent un grand nombre de baies et de golfes ; et si elles n’onten général que de petits cours d’eau, par compensalion on y rencontre des lacs d’une certaine importance. La terre, quoique la plus grande partie n’en soit que d’une médiocre fertilité, fécondée, nous l'avons dit, par le travail opiniâtre de ses habitants et par les fertilisantes pluies de l'été, donne en abondance tous les produits végétaux particuliers à la zone tempérée. Les plus importants sont le riz, le blé, les fèves, dont le suc est employé en guise de beurre pour la préparation de la swya, le thé, d’une qualité inférieure, toutefois, à celui de la Chine, le coton, la soie, le camphre, les fruits de toutes espèces, le bambou, le mürier, en général tous les végétaux du nord de la Chine et du midi de l’Europe, et dans les îles situces le plus près du sud quelques plantes tropicales. Le règne animal n'offre point un grand nombre d'espèces. Sauf une énorme quantité de rats et de souris, de chiens et de chats, on n’y rencontrerque peu de chèvres, de porcs, de chevaux
petits de taille, et de gros bétail, mais plutôt des buffles, du gibier de toutes espèces, des ours, des loups, des singes, des oiseaux de tous genres, des vers à soie, des abeilles, des fourmis, des sauterelles, et une immense quantité de poissons particuliers à ces eaux, notamment des baleines, ainsi que des perles et des coraux. Le règne minéral fournit beaucoup d'or et du cuivre de première qualité, ainsi que presque tous les autres métaux ; des diamants, du soufre, du sel, de la houille, etc.
Le nombre des habitants est évalué (1870) à 34,785,000. Sauf un petit nombre d’Aïnos et de Mandchous dans les îles du nord, la population se compose de Japonais proprement dits, peuple issu du mélange des Aïnos ayec la race mongole.
Les Japonais, l’une des nations les plus civilisées de l'Asie, sont intelligents et polis, bienveillants et d’un caractère plus noble que les Chinois, d’ailleurs extrêmement propres, laborieux et industrieux. Il y a peu de pauyres parmi eux, point de mendiants, point d’ivrognes. La pauyreté, quand elle existe, n’est une cause ni de blâme ni de mépris, ni surtout d'abandon. Ils préfèrent de beaucoup les honneurs et la considération aux richesses, et aimeront mieux mille fois être blessés dans leurs intérêts que dans leur fierté. Leurs femmes, dont ils n’épousent d’ordinaire qu’une seule, jouissent aussi de bien plus ae liberté qui chez aucune autre nation de l'Asie. Elles ne contribuent pas peu à l’extrême proprété qui règne même dans les habitations les plus humbles. Il n’y en a pas de si pauvres où l’on ne puisse prendre un bain fous les jours. Mais les Japonais sont voluptueux, vindicatifs et adonnés à beaucoup de vices contre nature. Ils parlent une langue complétement différente de celle des Chinois et de celle des Mandchous et des habitants de la Corée, leurs voisins, ayant un grand nombre de mots communs avec la langue des Aïnos, et qui forme deux idiomes. Le plus ancien, le plus pur, appelé aussi langue Jamato, est la langue des savants; mais tout le monde la comprend, et elle est surtout employée pour la haute littérature, pour l’histoire, la poésie, et à la cour du souverain spirituel. Elle se divise en deux dialectes (le naïden et le gheden ), dont l’un est employé pour les ouvrages religieux et l’autre pour les ouvrages profanes. L’idiome moderne, ou langue vulgaire, en diffère beaucoup, est fortement mélangé de mots chinois, mais est plus harmonieux que le chinois. Les savants japonais n’emploient aussi quelquefois que le chinois, notamment pour des ouvrages relatifs à la morale. Ils ont pour leur langue trois espèces d'écriture chinoise, qu'ils reçurent jadis avec la civilisation de l'Empire du Milieu comme écriture d'images ou d'idées, et qu’ils transformèrent ensuite peu à peu en écritures phonétiques. Ces trois espèces d'écriture, qui s'écrivent de haut en bas, sont le firokana pour les ouvrages composés en langue vulgaire, le £atakana pour les commentaires et autres ouvrages du même genre, et les caractères chinois proprement dits, n'ayant qu'une valeur phonétique et employés comme signes phonétiques pour la haute littérature. Ils connaissent depuis le treizième siècle l'imprimerie, qu'ils pratiquent au moyen de planches en bois sur lesquelles les lettres sont gravées. D'ailleurs, comme les Chinois, ils se servent de pinceaux pour écrire. Consultez Klaproth, Mémoire sur l’introduction des caractères chinois au Japon (Paris, 1829). Abel Rémusat a donné, d’après celle de Rodriguez, la meilleure Grammaire Japonaise que nous ayons (Paris, 1825); le meilleur Dictionnaire Anglo-Japonais et Japono-Anglais est celui de Medhurst (Batavia, 1830); et il existe aussi un Dictionnaire Chinois et Japonais par Siebold (Leyde, 1841 ). Les missionnaires avaient fait imprimer au Japon plusieurs dictionnaires; mais ils sont aujourd'hui d’une rareté extrême en Europe,
Les Japonais se sont élevés dans les sciences et dans les arts au-dessus de tous les autres Asiatiques ; mais par suite de leur isolement ils sont demeurés au même degré inférieur de civilisation. Is sont aussi pour la plus grande
partie des notions humaines les élèves des Chinois, notamment pour les beaux-arts, la chronologie , l’astrologie et la médecine, encore bien que leurs relations avec les Européens aient pu leur donner des idées plus justes en beaucoup de matières. Les sciences qu’ils ont cultivées avec le plus d’ardeur sont l’histoire et la géographie, ensuite l'astronomie, la bolanique et la médecine, quoiqu’ils n’aient, à bien dire, sur cette dernière que des idées fort grossières. La poésie, la musique et la peinture, art dans lequel ils surpassent de beaucoup les Chinois, occupent un rang distingué parmi leurs plaisirs. 11s ont aussi dans les grandes villes des représentations théâtrales avec accompagnement de musique, dans lesquelles des femmes mêmes ont des rôles. Autant qu’on en peut juger, il y a peu d’art dans leurs drames, tantôt héroïques, et tantôt gais, qui n’admenttent jamais que deux personnes à la fois sur la scène. En revanche, les danses , les pantomimes s’exécutent avec infiniment d’ensemble et de magnificence. De belles décorations agrandissent et varient la scène. Ils ne manquent point non plus d'écoles. Il existe à Yeddo une espèce d'université, et à la cour du mikado une académie, chargée de la rédaction des annales de l’empire et de celle de l’almanach impérial. Les Japonais sont d’ailleurs désireux de s’instruire, et ne sont point infatués de leurs connaissances comme les Chinois. Beaucoup de savants japonais s’oc cupent de la littérature européenne, comprennent l’anglais et même le français; d’autres dressent des cartes gtographiques, à l'instar de celles qui sont en usage en Europe. Parmi les ouvrages de la littérature japonaise qui sont connus en Europe, figure au premier rang l'Encyclopédie chinoise et japonaise, dont la table des matières nous a été donnée par Rémusat dans le t. xr de ses Notices et Extraits. Hoffmann a donné aussi un très-riche catalogue d'ouvrages japonais dans le Catalogus librorum et manuscriptorum Japonicorum, etc. (Leyde, 1845).
L'année commence chez les Japonais dans les premiers jours de janvier ou dans la première quinzaine de février. Ils comptent par années lunaires, et comblent la différence entre l’année lunaire et l’année solaire par l’addition d’un treizième mois intercalaire.
Il existe trois religions au Japon. La plus ancienne, et de laquelle les autres sont dérivées, est la religion sinto ou sin-siou, qui a pour base l’adoration des esprits qui président à toutes les choses visibles ou invisibles, aux-
. quels on a donné en chinois le nom de Sin, ou en japonais celui de Kami (deux mots qui veulent dire esprit). Celui de ces esprits qui est l’objet de plus de vénération est la déesse Ten-so-daï-sin, c’est-à-dire grand esprit de la lumière céleste; son temple principal, appelé Naï-Kou ou Daï-fin-Kou, construit au quatrième siècle de notre ère, est situé dans la province d’Izé. Vient ensuite l’esprit Tajo-Keo-daï-sin, considéré comme l’ordonnateur du ciel et de la terre, et comme l'esprit protecteur du mikado, dont le principal temple, appelé Gékou, est silué également dans la province d’Izé, sur la montagne Nouki-noko-jama. Le troisième est l'esprit de la guerre et du destin, le frère de la déesse dont nous venons de parler, qui sous le nom de Fatsman-no-dni-sin rend des oracles, et dont le temple, situé à Ousa, fut construit en 570 de J.-C. Le chef de cette religion est le mikado.
L'âme des mikados, ainsi que celle des autres hommes, est immortelle, car les sintos admeltent une existence après la mort. Toutes les âmes sont jugées par des juges célestes : celles des hommes vertueux entrent dans le Taka-ama-ka-wara, ou le plateau élevé du ciel, où elles deviennent kami ou génies bienfaisants, tandis que celles des méchants partent pour l'enfer, Ne-no kouni, ou le royaume des racines. Pour honorer ici-bas les kami, on leur élève des miya, ou temples de différentes grandeurs, construits en bois. Au milieu est placé le symbole de la divinité, consistant en bandes de papier attachées à des bâtons de bois de l'arbre finohi (thuya japonica). Ces
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symboles, nommés gofeë, se trouvent dans toutes les maisons japonaises, où on les conserve sous le titre de miya. À chaque côté de ces chapelles sont placés des pots à fleurs avec des branches vertes de l'arbre sakoki (cleycria kæmpferiana), souvent aussi de myrte ou de sapin; puis deux lampes, une tasse de thé et plusieurs vases remplis de saki ou vin japonais. C’est devant ces chapelles que les Japonais adressent le matin et le soir leurs prières aux kamis. Les miya ou temples, quoiqu’en eux-mêmes fort simples, forment souvent, avecles habitations des prêtres et autres maisons, des édifices très-vastes et très-étendus, auxquels donnent entrée des portails magnifiques, nommés Lori-i ou lieux destinés aux oiseaux. On adresse journellement ou à de certaines époques des prières et des sacrifices au fondateur de l'empire, aux bons empereurs et autres personnages quiont bien mérité de la patrie, et dont les âmes sont devenues ami. On célèbre aussi leurs fêtes, appelées mafsouri. Cependant aucun homme ne peut s'adresser directement à la Ten-sio-daïsin : il doit lui faire parvenir ses prières par l'entremise des Siou-go-zin ou divinités tutélaires. A cette classe appartiennent tous les autres kamis ; et comme souvent des animaux servent aux kamis, ily en a aussi qu’on révère, principalement le renard (inari). Les sacrifices qu’on offre aux kamis se composent de comestibles, comme riz, gâteaux, poissons, œufs, etc. Il n’est pas défendu aux sectateurs du culte sinto de tuer des êtres vivants. Leurs prêtres laissent croître leurs cheveux comme les laïques et peuvent se marier. On enterre les morts dans une bière qui a la forme d’une miya.
La seconde religion en vigueur au Japon est le bouddhisme, qui y fut introduit de la Corée en 552, et quy est aujourd’hui professé par la grande majorité des haï bitants. Cette religion fit des progrès si rapides au Japon, qu'il en est résulté pour la masse du peuple une espèce de fusion du culte sinto avec le bouddhisme, de telle sorte que les dieux sinto sont adorés dans les temples bouddhas, et réciproquement. Les savants se gardent en effet de s'expliquer sur les différences existant entre les deux religions; on n’aime pas trop au Japon écrire sur la religion ou en parler. Un des lemples bouddhas les plus célèbres est celui de Miako. : ;
La troisième religion répandue au Japon est celle de Szouto ou Siza, émanation ou imitation des doctrines philosophiques de Confucius, qui furent transplantées de la Chine au Japon.
Le gouvernement est despotique au suprême degré, et le pays est parlagé en un grand nombre de fiefs, pour la plupart héréditaires. Jusqu’à ces derniers temps (1869), le pouvoir était, selon les apparences, partagé entre deux empereurs, qui étaient le mikado ou dairi, souverain spirituel, et le {aïkoun ou siogoun, souverain temporel: mais les Japonais, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, n'ont jamais reconnu qu’un seul maître, le mikado, qui résidait habituellement à Miako, la ville sainte, et voyaient en lui le seul monarque de droit et le descendant d’une longue lignée de rois. Quant au £aïkoun, c'était le chef du pouvoir exéculif, une sorte de maire du palais, et qui recevait l’invesliture du mikado ; jusqu’en 1868 il a été en réalité l’unique souverain du Japon et tenait sa cour à Yédo. Quand le {aïkoun mourait sans laisser d’héritiers, on choisissait son successeur dans l’une des trois familles qui descendent par des lignes collatérales du fondateur de la dynastie actuelle. Après lui venaient les daimios ou princes feudataires des différentes provinces. C’étaient autrefois des souverains presque complétément indépendants, ne relevant de l’empereur que par de minimes obligalions féodales ; peu à peu, sauf deux qui avaient réussi à conserver leurs anciens droits, ils n'étaient plus que les délégués du taikoun, que celui-ci déposait, exilait ou même punissait de mort quand bon lui semblait, mais qui dans leurs provinces respectives , investis des droits les plus
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arbitraires et les plus despotiques, présidaient à tous les détails de l'administration. Huit administrations centrales ou minstères expédiaient les affaires générales. Toutes les charges étaient hérédilaires. Le /aïkoun exercçait le despotisme le plus illimité. Le cultivateur était tenu de payer comme impôt souvent la moitié et même les deux tiers de son champ; les seigneurs et les princes investis de commandements provinciaux, devaient laisser leur famille en otage à Yédo, et tous les grands feudataires faire acte de présence à la cour à des époques déterminées. Les lois élaient d’une sévérité extrême, et on les exécutait sans acception de personne, chacun étant obligé d’être le surveillant et le gardien de son voisin, et restant le garant de la conduite de ce quil’entourait. La plupart des crimes emportaient la peine capitale ou celle de la déportation à l’ile Xatschio, où, à l’occasion, l’on envoyait les plus grands personnages. Pour les crimes graves, toute la famille du coupable, quelquefois même tous les habitants de la rue ou du village où il demeurait étaient enveloppés dans son châtiment. Tous les militaires ou tous les fonctionnaires du {aïkoun, quand ils avaient commis un crime ou un délit, devaient s'ouvrir le ventre au premier ordre qui leur en était donné. Une telle mort n’avail rien de déshonorant, et les fils n’en héritaient pas moins des titres et dignités de leurs pères.
Il existe au Japon huit classes, mais sans qu’elles forment des castes : les daïmios ou princes; la noblesse, qui est en possession de toutes les grandes charges civiles ou militaires; les prêtres, les guerriers, les marchands, classe très-nombreuse, mais qui n’est point honorée; les artisans ef artistes, les paysans, les marins et les esclaves. Les daïmios de première classe sont au nombre de 264 ; leur revenu ne s'élève pas à plus de 200,000 fr. par an. L'ouverture du Japon aux étrangers, le renversement du taïkoun en 1868 et la guerre qui, en 1869, brisa la ligue féodale des grands daimios, ont modifié déjà ou plutôt ébranlé cet état social.
Les revenus du mikado consistent partie en impôts en nature, provenant des provinces dites impériales ou domaines, et de quelques villes administrées directement par lui, et partie en tributs acquittés par les princes feudataires. Les forces militaires se composent de 100,000 hommes d'infanterie et de 20,000 cavaliers; les uns et les autres ont une armure flexible, qui leur recouvre le corps et les membres, comme les armures européennes da moyen âge. Les soldats, jadis armés d’arcs. de poignards et de sabres, sont maintenant pourvus de fusils, et traînent avec eux de lourds canons; mais ils savent bien moins s’en servir que les Chinois. En temps de guerre cette armée s’augmente des contingents fournis par les feudataires, et montant à 368,000 hommes d'infanterie et 33,000 cavaliers. A la guerre, les Japonais font preuve de courage et de bravoure ; mais jusqu’à présent leur pays a plulôt été défendu par sa position géographique que par VPhabileté militaire des habitants, restés à cet égard bien inférieurs aux Chinois eux-mêmes.
L'agriculture esttrès-florissante au Japon, le sol parfaitement cultivé là même où il est d’une nature moins favorable.
Dans une contrée que ne ravage point la guerre, et que la:
salubrité du climat protége contre les épidémies, la population va toujours croissant, La terre n’y suffirait pas à ses besoins, si le travail le plus persévérant ne multipliait pas ses produits. Patient, infatigable, le cultivateur, ne pouvant ajouter au sol par l'étendue, l'élève dans les airs au moyen de terrasses, et fait pour ainsi dire sa moisson dans les nues. Le pays est entrecoupé en tous sens par d’exce]llentes routes, sur lesquelles on trouve de distance en distance des auberges; et les maisons, quoique construites simplement, et, à cause des tremblements de terre, rien qu’en bambous et en terre, rarement à deux étages, sont partout propres et jolies. Quant aux maisons, aux palais des riches, on y voit des pièces fort élégantes, lambrissées
DICT. BL LA CONYERS. — T,. XI
tout à l'entour de planches peintes et dorées, ce qu leur donne un merveilleux éclat et surprend agréablement la vue. Il y à toujours au fond un tableau de quelque excellent peintre, et sur le plancher des vases remplis de plantes odorantes. Les murailles sont garnies de boîtes vernies, de porcelaines pour le thé, de sabres pendus en divers endroits, et qui en font les plus beaux ornements. Les toits ont jusqu’à 32,50 de saillie, à partir de l’entablement, et, pour abriter contre la pluie, une galerie règne tout le long du bâtiment et s'ouvre sur de beaux jardins.
L'industrie, notamment l'exploitation des mines et la préparation des métaux, sont aussi dans l’état le plus florissant. On y fabrique en toute perfection les étoffes les plus fines et les plus belles en soie et en coton, les poreelaines, les objets en laque, le papier, pour la fabrication duquel on emploie l'écorce d’un arbre dit arbre à papier, les articles en acier et en cuivre, comme sabres et armes du même genre.
L'empire du Japon se partage en Japon proprement dit, et en dépendances ; le premier contient 402,800 kilomètres carrés de superficie, avec 33,110,503 habitants (1873), et est divisé en 7 do, c’est-à-dire chemins, ou grandes contrées, et en 25 kokfs ou provinces, et, outre une foule de petites îles, se compose de trois grandes îles principales :
Nipôn ou Nifon, c’est-à-dire Terre du soleil, d’une superficie d’environ 3,500 myriam. carrés, parcourue dans sa longueur par une chaine de hautes montagnes, dont les sommets atteignent en plusieurs points la limite des neiges éternelles, qui la partagent en deux parties inégales, et où se trouvent situées les deux villes de Miako et de Yédo ;
Kiousiou ou Saïkokf, c'est-à-dire les Neuf contrées, de 940 myriam. carrés, avec la ville de Nangasaki;
Et Sikokf ou Sikok, c’est-à-dire les Quatre contrées, de 560 myriam. carrés.
Les dépendances du Japon se composent de l’île d’'Yeso, traversée par de hautes et âpres montagnes, et présentant avec les Kouriles japonaises une superficie d’environ 99,200 kilomètres carrés, et une très-minime population; et de la partie méridionale de l’île de Karafto ou Saghalin, de 1,500 myriamèlres carrés, habités par des A'înos et par quelques Mandchous. Jadis elles comprenaient aussi les îles Bonin, habitées de nos jours par des colons européens et autres.
L'histoire ancienne du Japon, qui a pour bases les annales du pays, n’est qu’un tissu de fables, et on y fait durer, pendant des nombres d’années qui pourraient effrayer l'imagination, les diverses dynasties de dieux dont il y est question, etc. Cette histoire a été introduite de la Chine au Japon avec la civilisation. Consultez Titsingh, Annales des empereurs du Japon (publiées par Klaproth ; Paris, 1834; le même, Mémoires sur la dynastie régnante des Djogouns (publiés par Abel Rémusat; Paris, 1820). La seule chose qu'il y ait de certaine, c’est que les Aïnos furent le; premiers habitants du Japon, qu'il y arriva de très-bonne heure des colonies chinoises, qui y apportèrent avec elles la civilisation et Pindustrie de la Chine, lesquelles, en raison des relations toujours plus fréquentes avec la Chine, se répandirent de plus en plus dans tout le pays et lui donnèrent une physionomie toute chinoise. L'histoire avérée et certaine du Japon, à en juger du moins par l'opinion même des annalistes japonais, ne commence qu'à Sin-Mou, le fondateur de l'empire du Japon, qui, vraisemblablement d’origine chinoise, fut déclaré vers l'an 660 de notre ère souverain de l'empire insulaire, avec la qualification de Teno ou naître céleste. C’est le héros national des Japonais, qui le font descendre des dieux, de même qu'ils considèrent leurs Dairis ou Mikados comme une continuation de sa dynastie et comme ses descendants. L'histoire de cette dynastie n’est d'ail- Jeurs que celle des diverses guerres soutenues contre le$
Chinois, les Coréens et les Mongols, qui au treizième siècle tentèrent à ditiérentes reprises de conquérir le Japon. Elle donne aussi des renseignements sur la fondation des diverses institutions au moyen desquelles la dynastie civilisa le pays, ou bien elle rapporte les incessantes querelles de successions auxquelles, à l'instar de toutes les autres dynasties asiatiques, celle-ci fut en proie. Il y est aussi beaucoup question des guerres intestines que se firent entre euxdes divers grands feudataires. Une époque décisive est celle où eut lieu l'établissement des gouverneurs, qui, par suite de l’état de confusion et d’anarchie où se trouvaient la dynastie et le pays, finirent par devenir à peu près indépendants, et qui, en raison de la faiblesse toujours plus grande des souverains , empiétèrent toujours davantage sur leur autorité. Rois fainéants, les souverains de cette dynastie, qu’on prétend exister maintenant depuis vingt-cinq siècles, avaient fini par s’endormir dans leur nullité, abandonnant touteinitiative, et par suite la réalité du pouvoir, à des espèces de maires du palais ou de chefs militaires. IL continua longtemps d’en être ainsi, jusqu'à ce que l’un de ces maires du palais, soldat de fortune appelé Joritomo, s'emparant franchement du pouvoir suprème, se füt fait proclamer, en 1192, 4wbo ou djogoun, et en celte qualité eut pris en main les rênes de l'Etat, en ayant grand soin d’ailleurs de conserver la fiction du mikado. Les djogouns, ses successeurs, ne tardèrent point à consolider et à éLendre de plus en plus leur puissance ; il en résulla entre eux, les souverains de fait, et les mikados, les souverains de nom, une longue lutte intérieure, par suite de laquelle leur autorité devint tellement prédominante au quatorzième siècle, qu'ils finirent par déposer et instituer les mikados suivant leur bon plaisir. A partir de ce moment, on peut les considérer comme aÿant été les véritables souverains du pays, et pour les distinguer des mikados, on leur donna la qualification d’empereurs temporels. Mais alors des querel'es de succession éclatèrent également dans la dynast:e des djogouns, à laquelle en succéda une autre dès 1334, renversée à son tour en 1585 par la révolution qui enleva aux mikados les derniers débris de leur puissance temporelle, un homme de basse extraction, appelé Fidé-Iosi, s'étant fait alors proclamer djogoun, après s'être emparé de la toute-puissance temporelle et s'être fait décerner le titre de taïko-sama, qui veut dire maître absolu. Son successeur, Jéjé-Jasou ou Gonghin, renditen 1617 la puissance héréditaire dans sa famille, et devint ainsi le fondateur dela dynastie actuelle, laquelle est parvenue à restreindre complétement, jusqu’en 1868, la puissance jadis si grande des princes feudataires, et à les réduire à l’état de simples vassaux.
En ce qui touche les relations du Japon avec les peuples occidentaux , il n’est pas démontré que les anciens aient connu. Les Arabes furent les premiers qui en eurent connaissance. En Europe on entendit pour la première fois parler à la fin du quinzième siècle par Marco Polo, qui le nomme avec raison Zipangou ou Jipankour, c'est-à-dire empire de l’est. C’est en Chine que Marco Polo avait obtenu ses renseignements sur l'empire du Japon; c’est par la même source aussi que les écrivains persans, et notamment Raschid-ed-din, avaient acquis les notions très-détaillées consignées à ce sujet dans leurs ouvrages. En 1542 trois bâtiments portugais faisant le commerce de la Chine furent jetés par la tempête sur la côte du Japon, et y nouèrent aussitôt des relations commerciales; après quoi le jésuite François Xavier, qui fut canonisé plus tard, y vint précher le christianisme. Quoique les prêtres du pays combattissent de toute leur influence la propagation de la foi en Jésus-Christ, elle y fit bientôt de rapides progrès, protégée qu’elle était par les grands feudataires de Vouest, à cause des profits importants dont le commerce avec les chrétiens était devenu pour eux la source, Ils envoyèrent même deux ambassades au pape, à Rome, Mais
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la dynastie de djogouns qui s'établit à la suite de la révolution de 1585 était hostile aux Portugais et aux mission naires, qui Jui semblaient également dangereux, attendu qu’en embrassant la religion chrétienne les Japonais re connaissaient l'autorité suprême du pape. D’aillurs, la conduite des Portugais au Japon fut aussi imprévoyante qu'insolente. Humbles et modestes d’abord, vêtus de bure comme saint François Xavier, leurs missionnaires ne se montrèrent plus qu’en magnifiques livrées, et prétendirent avoir le pas sur les ministres. Ils essayèrent même de s'emparer de l’empire au moyen de. conspirations ourdies parmi les indigènes convertis au christianisme; aussi finirent-ils par se faire chasser, en 1637, en même temps que tous les Japonais qui avaient embrassé le christianisme périssaient victimes d’un massacre gégéral, et qu’on interdisait désormais l'accès des ports de l'empire à tous les navires élrangers, à l’exception de ceux des Chinois et des Hollandaïis, qui pour cela durent se soumettre aux plus humiliantes conditions. Admis dès 1616 à faire le commerce au Japon, les Hollandais obtinrent l’exception faite en leur faveur comme récompense de l'appui qu'ils avaient prêté pour expulser leurs rivaux, et aussi parce qu'ils assurèrent être d’une autre religion que les jésuites et les Portugais. En 1634, pourtant, il ne leur fut plus permis de séjourner que dans l’île de Desima (voyez Nancasaki), d'où il leur fut défendu de sortir sans avoir été préalablement visités par des inspecteurs spéciaux. Au commencement du dix-septième siècle les Anglais avaient bien fondé un établissement à Ferando, et avaient obtenu de grands avantages commerciaux ; mais cette petite colonie ne tarda point à décliner et à périr. Des efforts tentés par les Espagnols, dans le même but et à peu près vers la même époque, en 1611, ne furent pas plus heureux. Un vaisseau à trois ponts, {a Madre de Dios, qu'ils avaient envoyé à Nangasaki avec des négociateurs qui affectèrent des airs
‘de conquérants, fut incendié dans la rade par les Japonais.
Dès 1792 les Japonais témoignèrent d’une répulsion profonde pour les Russes, en refusant absolument d'entrer avec eux en relations commerciales; et toutes les tentatives faites dans ce but depuis lors, par exemple en 1804, ont complétement échoué.
La paix de Nanking (voyez Cine), qui eut pour résultat d'ouvrir en partie l’Empire du Milieu au commerce eu ropéen, la découverte des gisements aurifères de la Californie, et les nombreuses expéditions maritimes parties de l’ouest de l'Amérique pour se rendre sur les côtes orientales de l’Asie, et forcées ainsi de passer à plus où moins de distance du Japon, changèrent cependant les rapports du Japon avec le reste du monde. Les gouvernements anglais, français et américain avaient toujours tenté en pure perte d'obtenir au Japon des points de relâche ei d'établir des rapports de commerce avec cet empire; leurs plénipotentiaires s'étaient toujours vu honteusement repousser et quelquefois même traiter en pirates. Les efforts faits par le gouvernement hollandais lui-même, à l'effet de concilier les intérêts en présence, avaient également échoué. Le gouvernement américain ne se laissa pourtant pas décourager par l’insuccès des démarches précédentes, En 1851, alléguant la nécessité de rapatrier quelques matelots naufragés, il envoyait au Japon une petite expédition commandée par le commodore Biddle, et chargée en outre de demander la conclusion d’un traité qui permit aux b4timents américains d'établir sur certains points du littoral japonais des dépôts de charbon, de s’y ravitailler, etc. La réponse se faisant trop attendre, les États-Unis résolurent, en 1853, d’armer pour le Japon une soi-disant ex pédition pacifique aux ordres du commodore Perry, la plus formidable qui eût encore navigué dans ces parages, car elle se composait de huit bâtiments de haut bord, dont un vaisseau de ligne, trois frégates à vapeur, et quatre corvettes, portant ensemble 209 bouches à feu et 3 à 4,000 hommes de troupes de débarquement, Il était difficile que
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la cour de Yédo ne comprit pas la valeur de la portée des arguments que le comnodore Perry était chargé de faire valoir auprès d'elle. La négociation ne laissa pourtant pas d'entraîner de longs délais, plus d’une année, avant que de pouvoir être menée à terme. Enfin, le 31 mars 1854, intervint un traité qui accordait aux Américains l'entrée des ports de Simoda et d'Hakodadi.
Les nations européennes ne tardèrent pas à suivre au Japon les traces des États-Unis. L’Angleterre, la Russie, la Hollande obtinrent successivement du gouvernement de Yédo des traités qui leur ouvrirent d’abord le port de Yokohama, puis, le 1er juillet 1858, celui de Kanagawa. C’est le 9 octobre suivant que la France signa à son tour avec le Japon un traité, dont lesratifications furent échangées le 22 septembre 1859, et qui autorisa les Français à s'établir immédiatement dans les ports de Yokohama, Nagasaki et Hakodadi. L'arrivée des étrangers dans l’empire japonais y produisit des troubles qui ne peuvent être compris, si l’on n’envisage pas sous son véritable point de vue la constitution de cet empire, constitution fort mal connue des Européens avant que leur intérêt les eût forcés à l’étudier. Ils croyaient jusque-là que le taïkoun était le véritable chef du gouvernement japonais, et fs le désignaient sous le nom d’ « empereur temporel. »
Or, le taïkoun n’est, à l'égard du mikado, empereur légitime du Japon, qu’une sorte de maire du palais, chargé de l'administration de l'empire, sans avoir le pouvoir législatif. « Quoique sa puissance réelle, dit M. R. Lindau, soit plus grande que celle du mikado, il se trouve cependant placé, dans la hiérarchie politique, non-seulement au-dessous de lui, mais encore au dessous de plusieurs hauts fonctionnaires que le mikado a le droit de nommer, et de dix-huit princes, pairs du Japon, et que l’on nomme grands daïmios. Originairement les daïmios étaient des gouverneurs ou des préfets que le mikado envoyait dans les différentes provinces de son empire pour en être les administrateurs responsables. Leur puissance, dans ces positions, a fini par grandir de telle sorte que leur maître n’a plus sur eux une influence suffisante pour les destituer, et que la dignité préfectorale est devenue héréditaire dans leurs familles. A partir de cette époque, ils ont considéré les provinces qu’ils gouvernaient comme leur propriété, et ont conquis vis-à-vis du mikado une situation tout à fait indépendante. Ils ont guerroyé les uns contre les autres pour étendre leurs principautés ; souvent aussi plusieurs d’entre eux se sont ligués ensemble afin de résister aux tentalives réitérées du mikado pour les réduire à l’obéissance. De longues et sanglantes guerres civiles ont alors désolé le Japon. De ces guerres est née la puissance des chiogouns ou taïkouns, généraux que le mikado employait contre ses sujets révoltés. Ceux-ci, abusant à leur tour du pouvoir dont ils étaient investis, firent la guerre pour leur propre compte... Hiéas, qui parvint en 1598 à la dignité du taïkounat, se trouvait maître de six provinces; mais il ne tenait du mikado, par son père, que la principauté de Mikana, de fort peu d importance, et donnant à son gouverneur une position trèsinférieure à celle des daïmios qui occupaient de grandes provinces comme celles de Kanga, de Satzouma, de Fossokava. » Les daïmios refusèrent de voir dans Hiéas leur égal. Hiéas leur fit la guerre pendant seize ans et en chassa plusieurs de leurs provinces. Ceux qu’il n'avait pas soumis, au nombre de dix-huit, se liguèrent pour lui résister; il leur proposa d’entrer en pourparlers, ce qu’ils acceptèrent, et alors fut signé le pacte connu sous le nom de Lois de Gongensama. Ces lois ne portaient pas alteinte à la majesté extérieure du mikado; elles le laissaient en possession indiscutée de son litre, et lui conservaient les apparences de la puissance royale. Il perdait à la vérité le droit de deslituer ses feudataires, mais il gardait celui d'accorder à chaque daïmio l’investilure de son fief, et jamais taikoun n’entrait en fonctions avant d’avoir obteuu
confirmation de son pouvoir, La cour du Japon resta à Kioto, appelé par les étrangers Wiako (capitale). Quant au gouvernement il fut transféré à Yédo, et le taïkoun en tint les rênes en qualité de chef du pouvoir exécutif. Le mikado y fut représenté par le corps réuni des dix-huit daïmios, gardiens de la constitution. Sujets du mikado, et non du taïkoun, s'ils avaient des obligations à remplir envers celui-ci, il était, de son côté, responsable envers eux de toute mesure touchant à l'intérêt général.
L'erreur des étrangers, qui voyaient dans le gouvernement de Yédo le véritable gouvernement du Japon, de vint le germe de graves difficultés. En concluant des {rai tés avec les puissances occidentales, le taikoun avait usurpé le pouvoir du maître suprême, et s’était placé dans une situation illégale. Le mikado en profita pour tenter de reprendre sa pleine autorité, et se mit à la tête du parti qui voulait fermer aux étrangers le territoire japonais. Une guerre civile paraissait imminente. Des actes de violence vinrentirriter encore les esprits. En octobre 1860, le prince de Mito, l’un des principaux soutiens du mikado, fut assassiné. D'un autre côté, au mois de janvier 1861, l'interprète de la légation américaine, et, au mois dejuillet suivant, le premier secrétaire du consulat anglais, périrent, également assassinés. Une ambassade, envoyée par le taikoun auprès des diverses cours européennes, vers la fin de mars 1862, fut chargée de leur faire connaître la situation difficile dans laquelle il se trouvait. Cette position ne tarda pas à devenir encore plus embarrassée. Plusieurs daïmios se réunirent à Kioto et déposèrent, le 26 mai, une plainte contre le taïkoun, l’accusant d’avoir violé la conslitution en concluant des traités avec les étrangers; le mikado lui enjoignit de se rendre à Kioto pour se justifier. À la même époque (juin 1862), deux marins anglais furent assassinés à la légation anglaise d'Yédo par un officier japonais, qui se donna ensuite la mort; trois mois plus tard, quatre sujets anglaïs furent attaqués, sur la grande route de Yokohama à Yédo, par l’escorte d’un haut fonctionnaire japonais, et l’un d’entre eux, Lennox Richardson, fut tué. Une escadre anglaise, à laquelle s’unit l’escadre française, vint, en 1863, dans la baie d'Yédo, réclamer une satisfaction qui ne lui fut accordée qu'après des menaces énergiques.
Le taïkoun se présenta ,.en 1864, à Kioto, devant le mikado et l’assemblée des daïmios. Sa conduite fut pleine d’habileté, et il sut montrer à ses adversaires les dangereuses complications qu’amènerait la rupture des traités conclus avec les nations étrangères. Ceux même qui lui étaient les plus opposés se virent contraints de se ranger à son avis. Néanmoins le prince de Nagato entreprit d’interdire aux navires étrangers le détroit de Simo-no-Seki, ouvrant l’entrée de la mer intérieure du Japon. Les représentants européens engagèrent à ce sujet des négociations; elles n’aboutirent pas, et l’on résolut d’avoir recours à la force. Une escadre, composée de 9 vaisseaux anglais, 3 français et 4 hollandais, força le passage, le 5 seplembre 1864, malgré le feu des batteries établies sur les deux rives par le prince de Nagato. Celui-ci, obligé de souscrire aux conditions qui lui furent imposées, et de payer une indemnité de guerre, voulut ensuile se soustraire à ces obligations. L'affaire fut déférée au tribuna] criminel d’Yédo, qui condamna le prince, et décida que ses palais seraient rasés et ses serviteurs mis à mort. Cette étrange sentence fut exécutée, après avoir reçu l’appro bation du taïkoun et du mikado : 420 hommes et 215 femmes ou enfants, appartenant a service du prince, furent mis à mort. ”
Les puissances étrangères, reconnaissant enfin le véritable état des choses au Japon, sollicitèrent du mikato la ratification des traités conclus avec le taïkoun ; ils obtinrent de lui, le 24 novembre 1865, l'ouverture du pont d'Osakka. On vit alors le mikado s’efforcer d'affirmer son pouvoir sur {out l'empire, et Les étrangers purent se con-
vaincre de plus en plus que le Japon était une confédération de princes souverains, que le taïkoun, l’un de ces princes, élait sans autorité sur les daïmios, dont il ne se trouvait pas être le supérieur, mais légal. Ainsi, à l'exposition universelle de Paris, en 1867, les produits japonais envoyés par le taïkoun et ceux qu'avait envoyés le prince de Satsouma formaient deux expositions distinctes, ayant chacune son pavillon, ses couleurs particulières; mas au-dessus de l’une et de l’autre flottait le drapeau du mikado, bannière commune de la Confédération japonaise. "
Le taïkoun Minamoto Yemotschi, qui avait conelu les divers trailés avec les puissances étrangères, mourut le 27 août 1867. Son successeur, Stotabashi, annonça, en acceptant le taïkounat, qu’il résignerait les fonctions taïkounales dès qu'il n'aurait plus l’assentiment unanime des daïmios. C’est ce qu'il fit au mois de novembre suivant, dans la conviction qu'une assemblée générale des daïmios approuverait la politique suivie par le gouvernement d'Yédo à l'égard des étrangers. Le mikado, qui était alors un enfant de neuf ans, son prédécesseur étant mort en janvier, demanda à Stotabashi de conserver le com-
-mandement de l'armée jusqu’à la réunion de l'assemblée :
mais le prince de Satsouma et ses alliés, les princes de Kichiou et de Tosa, voulant prévenir une solution favorable au taïkoun, s’introduisirent dans Je palais du mikado, s’emparèrent de sa personne et gouvernèrent en son nom. Ils déclarèrent le taïkoun déchu de tous ses pouvoirs, et envoyèrent leurs troupes l’attaquer jusque dans la ville de Yédo qui, pendant plusieurs jours du mois de janvier 1868, fut désolée par des combats continuels et par l'incendie. Les soldats de Stotabashi résistèrent et contraignirent l’ennemi à la fuite. Néanmoins le Japon restait divisé entre deux grands partis : celui du triumvirat du sud, comprenant les trois daïmios qui, maîtres du mikado, parlaient et agissaient en son nom; celui des princes confédérés du nord, partisans du taikoun. Le représentant de l'Angleterre penchait vers le premier parti, tandis que les Français inclinaient vers le régime du taïikoun, sous lequel ils avaient été en grande faveur. L'influence française était effectivement prépondérante à la cour d’Yédo : c'étaient des instructeurs français qui avaient été chargés d’y réorganiser l’armée sur le modèle des armées européennes; c'etait également par des ingénieurs français qu’avaient été créés l'arsenal maritime de Yokoska, près de Yokohama, les docks maritimes, des fabriques de machines, des usines, etc.
Les adversaires du pouvoir taïkounal l’emportèrent; le pouvoir du mikado reprit toute son importance. Dès le 23 mars 1868, ce souverain recevait en audience publique les représentants des nations étrangères, et, le 9 mai 1869, il présidait à Yédo l'ouverture de l’assemblée des daimios, qui prenait l’apparence d'une sorte de parlement, Cette révolution porta d'abord un coup sensible à l’influence française. Le gouvernement du mikado, voulant au début détruire tout ce qui avait été institaé par les taïkouns, congédia les officiers français. En 1871, toutefois, reconnaissant lui-même la nécessité de réorganiser son armée il manda des instructeurs prussiens ; à peine ceux-ci étaient-ils arrivés au Japon que le gouvernement, changeant d'avis, les congédia, et demanda de nouveau des instructeurs à la France. Par suite de cette demande une représentation militaire française, composée d’officiers et de sous-officiers de toutes armes, alla résider en 1872 à Yédo, avec la mission d'organiser l’armée japonaise. Le gouvernement du mikado s'adressa également à des jurisconsultes français, pour l’aider dans l’élaboration d’un Code japonais sur le modèle du Code civil.
En 1873, le mikado envoya une ambassade en Europe, surtout dans le but de s'entendre sur une révision des traités. Tous les résidents européens et américains au Japon étaient alors indépendants des lois de ce pays, et
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n'étaient régis que par les statuts de leurs pays respectifs. Si un différend s’élevait entre eux, ils le soumettaient à leur ministre ou à leur consul, qui le jugeait en cour consulaire. Le Japon voulait supprimer ces sortes de tribunaux, et rendre tous les étrangers justiciables de la loi japonaise. A cette condition, l’on consentait à ouvrir le pays tout entier aux étrangers, pour y résider, y voyager et y exploiter leur commerce ou leur industrie. Selon les traités qu’il s'agissait de réviser, les étrangers étaient admis seulement à habiter l’un des poris de Hakodadi, Yokohama, Nagato, Kobé, Nagasaki, et certaines parties de ceux d’Osakka et de Yédo; il leur était permis de voyager dans un rayon de 25 milles de ces ports; au-delà un passeport était nécessaire, et il était fort difficile de se procurer ce passeport. Les membres attachés aux corps diplomatiques avaient seuls la permission de voyager dans toute l’étendue de l'empire. Du reste, sur l'ouverture du pays tout entier aux étrangers, les opinions étaient fort partagées. Parmi les indigènes, les classes agricoles y étaient énergiquement opposées; les marchands au contraire demandaient que tous les ports fussent ouverts, et que tout le pays fût accessible au trafic entre vendeurset acheteurs. Du côté des étrangers, les fortes maisons d’affaires, les gros exportateurs de thé et de soie étaient unanimement opposés à l'ouverture d’un plus grand nombre de ports et surtout à l’ouverture du pays tout entier, prétendant que l'ouverture de nouvelles voies ne ferait qu’augmenter leurs frais d'exploitation, sans rien ajouter à l'étendue de leurs affaires. Les petits marchands cependant et la jeunesse entreprenante désiraient vivement que le pays fût ouvert, afin de pouvoir s’y établir pour leur propre comple. Quant au gouvernement japonais, comme nous l'avons vu, il demandait d’abord que les étrangers renonçassent à leurs droits d’extra-terrilorialité, et se soumissent à la loi du pays.
JAQUÈYZLTE, sorte d’habillement qui descend jusqu'aux genoux ou plus bas, et qui était autrefois à l’usage des paysans et du peuple. On donne encore ce nom à la robe que portent les petits enfants.
JAQUIER , nom donné à diverses espèces du genre artocarpus, de la famille des urticées. Ce sont de grands arbres, indigènes sous la zone équatoriale, L'espèce qui a donné son nom à ce groupe est le jaquier à feuilles entières ( artocarpus integrifolia , L. ), le tjaca des habitants de Malabar, vulgairement appelé jaque ou jack, indigène de linde. Son fruit, oblong, jaunâtre, atteint de 30 à 80 centimètres de long sur un diamètre de 16 à 30 centimètres, et pese de 5 à 40 kilogrammes. Certaines variétés de ce fruit sont comestibles, ainsi que les graines réniformes et de la grosseur d’une muscade, que l’on compare aux châtaignes. Exposé à l'air, le bois de cet arbre finit par prendre la couleur de lacajou, et on l’emploie ‘dans l’ébénisterie. Mais l'espèce la plus importante du genre est l'arbre à pain ou rimier( arltocurpus incisa, L.), dont la hauteur atteint de 13 à 17 mètres. Le tronc de cet arbre est très-gros; ses branches, nombreuses, horizontales, fras giles , forment une tête très-ample et touffue; les feuilles ont de 65 centimètres à 1 mètre de long, sur 30 à 50 centimètres de large. Le fruit de l’arbre à pain, jaune verdâtre à l'extérieur, et blanc en dedans, est plus où moins gros suivant les variétés; mais son diamètre excède rarement 2{ centimètres. Avant la maturité, sa chair est blanche, ferme et un peu farineuse. C’est dans cet élat qu'on le mange, soit cuit au four en guise de pain, soit bouiili ou accommodé de diverses manières. Il a une saveur comparable à celle du pain de farine de blé avec un léger goùt d’artichaut, Lorsqu'il est arrivé à maturité, ce fruit devient pulpeux, d’une saveur douceâtre; il est alors malsain et purgatif, Les amandes que contient ce fruit sont du volume des châtaignes, et servent aussi d’aliment. L'arbre à pain croit spontanément aux Moluques, aux iles de la Sonde et aux archipels de la Polynésie, et fournit une
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nourriture aussi safne qu’agréable aux habitants de ces gontrées. Une variété, originaire de Taïti, et très-répandue aux Anti#s et dans d’autres contrées de l'Amérique équatoriale, à ses fruits dépourvus d'amandes. On assure que deux ou trois de ces arbres remarquables suffisent pour donner la nourriture d’un homme durant toute l’année. L. Louver.
JAQUOTOT (M"° Mane-Vicrome), célèbre comme peintre sur porcelaine, naquit à Paris, le 15 janvier 1772. La manufacture de Sèvres lui dut un grand nombre de peintures du premier ordre, entre autres un service de dessert donné par Napoléon à l'empereur Alexandre après la paix de Tilsitt. En 1808 M°° Jaquotot exposa des portraits et des camées qui lui valurent une médaille d’or, la première qui ait été accordée au genre qu’elle cultivait. Ce genre, très-difficile quand on veut atteindre à une certaine hauteur, offre l'avantage de donner à ses productions une durée presque sans limites. Mais cette durée même deviendrait un fardeau pour des productions médiocres ou des chefs-d’œuvre mal rendus. C’est ce que comprit fort bien M° Jaquotot, et, n’épargnant rien pour son travail, elle se mit à reproduire les chefs-d'œuvre de nos musées, qui lui devront peut-être une immortalité nouvelle. Douée d’une véritable âme d’artiste, elle ne se borna pas à copier les tableaux qu’elle voyait ; elle s’étudia à leur rendre leurs qualités primitives, consultant les gravures et les copies qui en avaient été faites, et restaurant avec intelligence les parties maltraitées et effacées, sans rien changer aux originaux. Raphael fut son maître de prédilection ; elle reproduisit d’après lui la Belle Jardinière, qui lui valut les compliments de Louis XVIII, la Vierge à la chaise, la Vierge aux poissons, la grande Sainte Famille, qui lui demanda trois ans de travail, et encore, en 1866, elle exposa la Vierge au voile. Elle peignit aussi La Belle Ferronnière, d’après Léonard de Vinci; La Maîtresse du Titien ; Anne de Boulen, d’après Holbeïin ; Anne de Clèves, d’après Van Dyck; l’Afala et la Danaé de Girodet ; la Psyché et une Corinne de Gérard; ainsi qu'un grand nombre de portraits, parmi lesquels nous citerons Corvisart, d’après Gérard, Frédéric le Grand, d’après Vanloo, le duc de Wellington, lady Darnley, la comtesse de Worontzof, la duchesse de Berry, la comtesse de Lorges. Quelquesuns de ces portraits sont faits d’après nature, et l'artiste sut prouver ainsi qu’elle se dévouait en consacrant son pinceau à la reproduction des grands maîtres. Mais lorsqu’elle interprétait un peintre, chacun de ses ouvrages était empreint du caractère même du maître qu’elle reproduisait. L’extrême suavité de la couleur , la finesse et la précision du modelé, la pureté du dessin, l’heureuse harmonie de ses productions la placèrent au premier rang parmi les artistes de son genre. En 1828, son beau talent fut récompensé par le titre de premier peintre du roi sur porcelaine, titre que la révolution de Juillet devait bientôt rendre illusoire. Dans un voyage qu'elle fit encore en Italie, elle copia la Sainée Cécile de Raphael, et le portrait de ce grand peintre que l’on voit à Florence. Elle est morte subitement, à Toulouse, le 27 avril 1855. M€ Jaquotot était bonne musicienne ; en ce geifre, on lui doit quelques compositions agréables. L. LouveEr.
JARDIN. C’est un terrain ordinairement enclos et destiné à des cultures spéciales pour lesquelles la charrue et les animaux de labourage ne sont pas employés : ainsi, Vart du jardinier est plus simple, à quelques égards, que celui de l’agriculteur,; il ne comprend point la connaissance des machines agricoles , ni la partie de l’économie rurale qui concerne les animaux dont le travail seconde celui de l’homme. Mais cette simplification apparente est compensée par un Si grand nombre de détails dont le jardicier doit être instruit, que l'étude complète de l'agriculture ne peut être plus longue que celle de lhorticulture, considérée aussi dans toutes ses attributions. En effet, pour diriger un jardin botanique, il faut joindre au
savoir du botaniste celui du cultivateur : s’il n’est question que d’un jardin fruitier, l'instruction hotanique dont on pourra se contenter sera plus limitée; mais d’autres connaissances, un autre apprentissage seront nécessaires. Le jardin potager est moins exigeant, si on ne lui demande point des productions exotiques ou hors de saison; le jardin fleuriste a toutes les prétentions d’une culture de luxe, et pour lui procurer tout ce qu'il ambitionne , il ne faut pas moins de savoir et d’habileté que pour le jardin fruitier, recommandé par la beauté, l'abondance et la variété. Quant aux jardins qui tiennent à un palais, à un grand édifice public, à une demeure somptueuse, soit de ville, soit de campagne , l'architecture les a compris dans son domaine pour en diriger le plan et la distribution générale, présider aux ornements, donner quelques préceptes relatifs aux plantations, etc. On ne peut lui refuser un droit d'inspection sur tous ces objets, car ils sont destinés à former un ensemble avec l'édifice auquel ils sont subordonnés ; mais le goût qui peut apprécier les convenances de cet ordre, saisir les rapports entre des objets si disparates, n’est pas une faculté acquise par l’enseignement. Tout ce que l’on peut faire pour la guider et lui épargner de mauvais choix, c'est de lui offrir quelques résultats d'observations bien constatées, quelques modèles généra- , lement approuvés.
Afin d'éviter que les amours-propres nationaux n'intervinssent dans les débats entre les partisans des jardins français ou anglais, on est convenu de désigner les premiers par le nom de jardins ornés, et les seconds par celui de jardins paysagistes, quoique ces dénominations fussent presque toujours inexactes; la plupart des jardins ornés n'avaient pour embellissements que des vases ou des statues de mauvais goût et de pitoyable exécution ; et dans les jardins dits paysagistes, on entassait dans un petit espace des rochers artificiels, des ruines où tout révélait une construction récente, des ruisseaux à sec, et, ce qui déplaisait encore.plus, des allées étroites et sinueuses, où la promenade fatiguait au lieu de distraire. On a remarqué depuis longtemps qu’une marche un peu rapide dans une allée large et droite, sous des arbres de même espèce, plantés à des distances égales, était favorable à la pensée , et secondait puissamment les méditations solitaires, aussi bien que les discussions sur des matières importantes entre des hommes capables de s’éclairer mutuellement : en faveur de cette utile propriété des allées rectilignes, qu'on em laisse au moins une dans tout jardin de quelque étendue; les sentiers tortueux à travers des bosquets variés , et les imitations telles quelles d’objets et de sites pittoresques, seront laissés à ceux qui n’ont pour but que de revenir de la promenade avec unetêteet un cœur également vides. Faut-il donc proscrire sans retour les jardins qui n’ont que la prétention d’être paysagistes, et revenir à ceux dont les Tuileries , le Luxémbourg, etc., nous offrent des modèles les plus vantés? Non certes; en usant avec intelligence des ressources que l’horticulture possède aujourd’hui, le cita— din trouve une décoration très-convenable pour le jardin de ses fenêtres, et l’heureux propriétaire d’une habitation rurale ou d’un jardin de quelque étendue dans une ville peut y réunir des végétaux propres à l’embellissement de chaque saison, même sans trop favoriser l’agréable aux dépens de l’utile.
Le nombre des plantes indigènes ou naturalisées qui méritent une place dans les jardins s’est accru au point qu’on éprouve aujourd’hui les embarras du choix, et qu'it serait impossible de placer ici la liste des arbres , arbustes, etc., qui semblent le plus dignes de préférence lorsqu’on ne peut disposer que d'un terrain peu spacieux. La Quintinie , l’un de nos auteurs classiques en fait de jardinage, a consacré plusieurs pages à discuter les droits de préséance entre les poires, et de son temps on ne connaissait pas la moitié des variétés de ce fruit que l’on cultive actuellement : des recherches analogues sur les plantes d'ornement
seraient beaucoup plus embarrassantes, interminables , à cause de la multitude de celles qui s’offriraient à la fois avec des titres à peu près égaux. Surtout, que les ordonvateurs de jardins paysagistes, anglais ou chinois, n’enreprennent point de changer la figure du terrain, d'élever des montagnes de deux ou trois toises de hauteur , de créer des vallées en plaine; qu’ils s’abstiennent de ces constructions mésquines , puériles, que la manie d’imiter nos voisins d'outre-mer a beaucoup trop multipliées chez nous.
On a déjà vu que l’un des sens du mot jardinage est léquivalent de celui d’horticulture. Le même mot désigne aussi les produits du potager. L’art d’exploiter les forêts s’est emparé du mot jardiner pour exprimer une manière d'opérer, qui est effectivement celle des jardiniers en circonstances semblables : on coupe les arbres mal venus, quelques-uns de ceux qui sont trop serrés, et ceux qui, étant arrivés à la maturité de leur espèce , c’est-àdire ayant acquis les dimensions dont on peut tirer le parti le plus avantageux, doivent faire place à de jeunes successeurs. Ce sont principalement les forêts de pins et de sapins que l’on soumet à ce mode d’exploitation, quoique toutes les futaies puissent l’admettre. FERRY.
On ne peut guère, pour l’histoire des jardins, du jardinage
ou de l’horticulture , remonter avec quelque certitude au’
delà de l’époque des Romains. Les jardins des He spérides et ceux de Calypso ne sont que des fables. On voit cepen-
dant par l'Odyssée que les Grécs possédaient déjà à cette
époque des jardins fruitiers, régulièrement plantés, comme il appert visiblement de la description des jardins d’Alcinoûs et de Laerte. Les célèbres jardins suspendus de Sémiramis, à Babylone, semblent n'avoir été que des terrasses plantées et arrosées artificiellement. Parmi les autres jardins fameux dans la haute antiquité, il faut aussi citer le jardin de Chanon en Médie, qui fut encore visité par Alexandre le Grand, les jardins situés sur les rives de l'Oronte en Syrie, qui ont été décrits par Strabon, et les jardins de Cléopâtre. Nous ne possédons que bien peu de renseignements sur l’art du jardinage chez les Grecs. Sauf quelques données éparses çà et là, il ne nous est parvenu que deux descriptions de leurs jardins. Celle du jardin de Phryné, l'hétaire (an 364 av. J.-C.), et celle du jardin public d'Athènes, créé par Cimon. C’est seulement chez les Romains que nous commençons à avoir des idées un peu plus arrêtées sur ce qu'étaient les jardins de l’antiquité. Au temps de la république les propriétés rurales n'étaient que des domaines agricoles. Tite-Live fait mention des jardins de Tarquin ; Lucullus possédait à Bayes un parc magnifique. Matius, sous le règne d’Auguste, introduisit le premier l'usage de tailler les arbres. Pline le jeune (an 62 ap. J.-C.) nous donne les renseignements les plus précis sur les jardins de son temps en nous décrivant ceux de ses deux villas, appelées Laurentium et Tuscum. On yÿ voit que les jardins romains servirent de modèle aux jardins réguliers créés plus tard par les Français; ce qui se trouve encore confirmé par les peintures murales qu’on voit à Pompéi. Il se peut, toutefois, que les jardins de Néron, d’Adrien et des empereurs qui régnèrent après eux se soient plus rapprochés de la représentation des paysages naturels. La décadence de ’horticulture coïncida en Italie avec la décadence de l’empire, et elle semble n'avoir fleuri dé nouveau qu’à partir du treizième siècle. Boccace décrit déjà des jardins qui ressemblent fort à des parcs. Sous les Médicis, le goût pour les grands et beaux jardins devint de nouveau très-répandu. Les magniliques jardins de Boboli au palais Pitti (1549), Tivoli, Borghèse, Aldobrandini et {sola-Bella (1675) témoigaent encore aujourd’hui des préceptes qu'on suivait autrefois en Italie pour l'arrangement des jardins.
En Allemagne, il se passa beaucoup de temps avant que Part du jardinage ft quelques progrès. On dit bien que Charlemagne possédait de superbes jardins à Ingellieim et à Aix-la-Chäpelle ; et la célèbre tradition du jardin d'Albert le Grand (1249) indique qu'on connaissait déja à cette