JARDIN
époque les serres-chaudes ; mais l’art et le goût des jardins semblent ne s'être développés que beaucoup ples tard, Le plus ancien ouvrage connu sur Phorticukure alkAnande est le poème Hortulus du moine Strabon, de Constance, qui décrit un jardin fleuriste, Ce n’est ensuite que dans les poésies de Hans Sachs qu’on trouve quelques détails sur les jardins allemands. Les jardins des Fu gger, de Wallenstein, ceux de Hellbrunn près Salzbourg, sont d’ailleurs célèbres.
L’art de dessiner les jardins fut, en France et en Angleterre, une importation de l'Italie, et se borna d’abord à de grossières imitations. François K°* créa les parcs de Boulogne, de Saint-Germain et de Fontainebleau. Le cardinal Wolsey et Élisabeth favorisèrent en Angleterre la création de parcs immenses, Mais la direction qu’on suivait alors dans la disposition des jardins était tellement contraire à la nature que Bacon de Verulam l'attaqua (1620) dans un écrit ad hoc. Sous le règne de Henri IV, le célèbre jardinier Claude Mollet créa les jardins des Tuileries, du Luxembourg et de Saint-Cloud. Mais c'était toujours la tradition romaine et le style italien qui dominaient dans l’horticulture européenne. Ce fut seulement en 1680 qu’eut lieu dans cet art une révolution opérée par la plantation des jardins de” Versailles, où l’architecte Le N ôtre créa pour la première fois un style plus indépendant, qu’on appela dès lors celui des jardins français. Des plantations régulières d'arbres, des plans obliques au lieu des terrasses italiennes, une innombrable quantité d’ornements architectoniques, des ouvrages hydrauliques, des haies et des arbres bizarrement taillés, des Statues et des orangeries, formèrent le caractère propre de ces jardins, qui ne tardèrent pas à être imités partout en Europe. En Hollande, là corruption du goût en vint à ce point, qu’on finit par n’avoir plus que dés jardins de pierres et de coquillages, garnis de gros vases contenant des fleurs en porcelaine. Les plus célèbres jardins français, en Allemagne, étaient ceux de Schænbrunn près de Vienne, du Parc'et de Sans-Souci près de Berlin, de Schwetzingen près de Manheim, de Herrenhausen près de Hanovre, de Nymplenbourg et de Schleissheïm près de Munich, de Ludwisburg et de la Favorite près de Stuttgard.
Au commencement du dix-huitième siècle, une réaction violente s’opéra en Angleterre contre le style dés jardins français. Wise, lord Bathurst, Pope et Addison l'avaient déjà attaqué. Mais le véritable créateur du nouvel art des jardins fut le peintre Williani Kent, qui, par la création des magnifiques parcs de Carltonhouse, de Clarémont, d’Essex et de Rousham (1725-1730), donna une direction tout autre à l’art des jardins, pour lequel on adopta alors le principe de la peinture de paysage, sans avoir égard le moins du monde aux règles observées jusque alors. Toutefois, ce fut le jardinier Brown (1750) qui le premier perfectionna le système de Kent; en dessinant le parc de Blenheïm, il fit un chef-d'œuvre de Part de l’imitation, et fixa le caractère des jardins dits anglais. Vinrent après lui les professeurs de jardinage : Shenstone, Mason, Repton, Whateley, Alisom et Hilpin (1764-1790 ), et leurs antagonistes : Horace Wal pole (1780) et Uvedale Price. Ces derniers s’efforcèrent de bannir des jardins les bâtiments bizarres avec des scènes dites romantiques. En Allemagne les jardins anglais se pro pagèrent encore bien plus rapidement que les jardins français. Wilhelmshœhe près de Cassel, Harbke près de Helm- Stadt, Weærlitz près de Dessau, Charlottenburg près de Berlin, Schænhoven en Bohème, etc., furent les premières et les plus grandes créations en ce genre, Toutefois, la plu= part des imitations témoignaient déjà d'une corruption du goût; et vingt années après ie besoin d’un réformateur se faisait déjà sentir, Ce rôle fut rempli par Hirschfeldt, pro+ fesseur d'esthétique et de philosophie à Kiel, dont les excel lents écrits (1773-1782) ouvrirent des voies nouvelles à la pratique de l'ait des jardins, En France, le goût anglais, introduit à partir de 1763, dégénéra bientôt en goût chinois. Girardin, More! et 4-3, Rousseau combattirent cette direc tion, tant en (héorie qu'en pratique, par la création des jar=
JARDIN — JARDINIERE
dins d'Ermenonville. C’est vers cette époque que Delille composa son poëme didactique Les Jardins.
Malgré tant d'efforts et de si excellents modèles, Part des jardins ne parvint véritablement à être quelque chose de dibre et d'élevé qu'après qu’il eut encore subi une nouvelle et profonde réforme. Cette fois ce fut l’Allemagne qui en donna le signal, et le réformateur nouveau fut L. Sckell (né en 1757, à Weiburg, dans le duché de Nassau, et anobli plus tard). Il fut le fondateur du nouveau goût en matière de jardins, qui remplace les imitations de l’art par des effets naturels. Parmi les créations les plus considérables exécutées par Sckell de 1780 à 1820, les plus célèbres sont le jardin anglais à Munich, que le comte Rumfort avait commencé, Schœnbuseh près d’Aschaffenburg, Birkenau sur la Bergstrasse, Monbijou dans le Palatinat, etc. Le prince Puckler-Muskau, qu’on peut à bon droit compter au nombre des plus grands jardiniers des temps modernes, produisit encore en ce genre des créations plus grandioses et plus importantes. Ses magnifiques jardins à Muskau et à Branitz, ainsi que ses livres, sont la meilleure école à laquelle puisse étudier celui qui veut pratiquer l’art des jardins. Après lui, Lil faut citer A. de Hake à Hanovre, Weyhe à Dusseldorf, Lenné à Berlin, Siebeck à Leipzig, ete., pour l'introduction d’embellissements pittoresques bien entendus, pour l’art de composer un tout harmonieux et de grouper avec grâce. En Angleterre, où les pleasure-grounds (parcs à fleurs ) ont réalisé la nouvelle direction imprimée à Part des jardins, ceux qui, après Henri Repton, se sont le plus distingués par leurs heureuses créations, sont Nash et Paxton, le constructeur du Palais de cristal. En France on cite Thouin, Hardy, Viart, Lalos , etc. On peut dire en général que l’é-
poque actuelle est restée bien en arrière de l’époque précé- |
dente pour les créations de jardins grandioses, et s’est plutôt occupée de l’horticulture proprement dile, c’est-à-dire du jardinage immédiatement pratique et utile.
Ce genre de culture, qui très-certainement avant la créa-
tion de l’agriculture proprement dite constitua la principale |
ressource alimentaire des hommes, fut surtout pratiqué au moyen-âve par les Hollandais, qui l’introduisirent en Angleterre, où cependant la fondation de la première société d’horticulture ne date que de 1805. Dès 1809 la Caledonian horticultural Society se fondait en Écosse, tandis qu’en France
Ja Société d’'Horticulture, très-richement dotée d’ailleurs, |
ne fut créée qu’en 1827. En Allemagne on peut citer comme la plus ancienne société d’horticulture la Société Pomologique fondée en 1803 à Altenburg. Chaque pays et même chaque grande ville possède aujourd’hui sa société d’horticulture, et leurs expositions annuelles de fleurs contribuent beaucoup à l'amélioration des méthodes de jardinage ainsi qu’au perfectionnement des diverses espèces de fruits. La littérature horticole est déjà d’une richesse extrême ; on peut cependant. dans l’innombrable quantité d'ouvrages dont elle se coigpose, signaler plus particulièrement les suivants : Bacon de Verulam, Essay on Gardens (Londres, 1620); Temple, Upon the Gardens of Epicurees (Londres, 1685 ) ; Shenstone, Unconnected Thougts on landscape-gardening (Londres, 1764); Masson, An Essay on Design in Gardening (Londres, 1768); Whateley, Observations on modern Gardening (Londres, 1770);Chambers, Dissertations onoriental Gardening (1772); Price, Essais on the picturesque in gardening (1780 ) ; Hirschfeld, Anmerkungen über Landhæuser und Gartenkunst (Leipzig, 1773); Le même, Theorie der Gartenkunst (5 vol., Leipzig, 1775-1780); Morel, :l’Art de distribuer les Jardins suivant l'usage des Chinois (Paris, 1757); le même, Théorie des Jardins, etc. (Paris, 1776 ); Girardin, De la Composition des Paysages ( Paris, 1777 ); Silva, Arte de Giardini inglisi (Florence, 1703); Sckell, Beitræge zur bildenden Gartenkunst (Munich, 1818); Pindemonte, Su à Giardini inglisi (Rome, 1817); leprince Puckler-Muskau, Andeutungen über Landschaftsgærtnerei (Stuttgard, 1834); Hake, Ueber hœhere Garten-
” kunst (Slade, 1842); Downing, Treatise on the lands- |
cape gardening (4e édit., 1849); Decaisne et Naudin, l’4mateur des jardins (1861-70, 4 vol.); ete.
JARDINAGE, art de cultiver les Jardins, travail que l’on fait aux jardins.
JARDIN DES PLANTES, longtemps appelé Jardin du Roi, la plus belle promenade publique de Paris à notre avis. Elle comprend le vaste emplacement borné par les rues Cuvier, Geoffroy-Saint-Hilaire, Buffon et le quai d’Aus-
terlitz, et fait partie du Muséum d'histoire naturelle. Sa superficie est d'environ 81 hectares,
Le Jardin des Plantes se divise en haut et bas jardin. Le premier était jadis un monticule surmonté d’un moulin à vent, et qu'on nommait la bulle Copeau, d’où vint le nom de rue Copeau, porté il y a peu temps encore par la rue Lacépède, située dans le voisinage. Cette butte, plantée d’arbres verts et découpée en spirale, s'appelle maintenant les Labyrinlhes. Au sommet du Grand-Labyrinthe , sur le flanc duquel le cèdre du Liban, planté en 1734 par de Jussieu, étend l'ombre de ses branches gigantesques. est un élégant pavillon, entièrement fait en cuivre et d’où lon jouit d’une vue très-étendue. Non loin de là se trouvent ces belles serres chaudes qui n’étonnent plus nos yeux depuis qu'ils ont vu les prodiges récemment réalisés par l'emploi architectural de la fonte et du verre. De longues allées de marronniers coupent le jardin botanique, divisé en de nombreux carrés, contenant la plus riche collection de plantes alimentaires, médicinales, et de pur agrément qu'il y ait en Europe. Mais la plus grande curiosité du Jardin des Plantes, ce qui lui a valu son universelle popularité, c’est sa ménagerie, installée dans un magnifique jardin anglais.
Une belle grille en fer forgé borde le Jardin des Plantes tout le long de la rue de Buffon et du quai d’Austerli{z ; une terrasse ombragée et les bâtiments de la galerie zoologique le terminent du côté de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire ; des maisons affectées au logement du nombreux personnel de l'établissement forment enfin sa limite du côté de la rue Cuyier.
Le fondateur du Jardin des Plantes, c’est Louis XIIL, ou, pour mieux dire, c’est Richelieu, et l’homme qui en forma le projet est Guy de La Brosse. Le surintendant des finances Bullion eut également une part importante à cette création. Protégé par plusieurs ministres, cet établissement acquit une faveur qu’il perait bientôt, et qu’il reprit par le zèle de Valot et de Fagon, qui repeuplèrent ce jardin d’un grand nombre de plantes rapportées de leurs voyages par Fagon lui-même, Tournefort et le père Plumier.
La surintendance de ce jardin passa successivement à diverses personnes, parmi lesquelles on voit figurer Colbert en 1671. A partir de Chirac, cetétablissement n’eut plus que des intendants. En 1739 Louis XV ynomma l’illustre Buffon, sous les auspices duquel cet établissement s’éleva bientôt à un haut point de splendeur et d'utilité. Les Thouin, les de Jussieu, les Lemonnier, yapportèrent aussi le tribut de leur science et de leurs soins. Bernardin de Saint-Pierre fut le dernier intendant du jardin. La révolution, loin de nuire au Jardin des Plantes, concourut à son agrandissement : il reçut alors une extension considérable, grâce au conventionnel Lakanal. Enfin, sa prospérité n’avait jamais été telle qu’elle le devint après 1830.
Le Jardin des Plantes, outre les serres et la ménagerie, contient encore-l'amphithéâtre, l’école de botanique, l’6cole des arbres fruitiers, l’école de culture, l’orangerie, les galeries scientifiques. Sacrifié sous le second empire au Jardin d’Acclimatation, qui n’en devait être que la succursale, il a été cependant agrandi et amélioré. Pendant le siége de Paris, les Prussiens ont lancé sur le Jardin des Plantes un grand nombre d’obus, qui y ont causé beaucoup de dégâts.
J ARDINIERE, meuble d'ornement quisupporte une caisse dans laquelle on met les fleurs. On fait des jardinières en grume, en bois plaqué, etc.
En termes de cuisine on nomme jardiniére un mets
composé de différentes sortes de 1égumes, principalement de navets et de carottes : on le sert surtout comme entremets.
En termes de couture une jardinière est une petite broderie de fil, étroite et légère, faite au bord d’une manchette de chemise ou de quel jue vêtement semblable.
JARDINS BOTANIQUES, établissements dans lesquels on cultive des plantes de toutes les parties du monde et de tous les climats. Leur but est de servir aux progrès de la science et à l'instruction ; mais quelquefois aussi ce sont de purs objets de luxe, entretenus à grands frais par des amateurs. Quand un jardin botanique a une destination scientifique, il faut qu’on y cultive le plus grand nombre possible de plantes des familles les plus différentes. Pour cela il faut avoir des terres de diverses espèces, 11 est aussi nécessaire que le directeur d’un jardin botanique soit en correspondance continuelle non-seulement avec les premiers jardiniers de l’Europe, mais avec les botanistes de toutes les parties du monde; et il vaut mieux encore envoyer au loin des voyageurs faire des collections.
Au commencement du quatorzième siècle, Matthieu Silvaticus établit à Salerne le premier jardin botanique proprement dit. La République de Venise ne tarda pas à imiter cet exemple. En 1333 elle fit établir un jardin médicinal public, et en fit peindre les plantes par Amadei. Le duc Alfonse d’Este créa un magnifique établissement de ce genre à Ferrare; les jardins botaniques de Padoue, de Pise et de Pavie furent fondés peu après, le premier en 1533. Le jardin botanique de l’université de Leyde date de 1577, et les premiers jardins botaniques qu’aient eus l'Angleterre et VAllemagne, de 1620 à 1630. Paris eut un jardin bolaniqueen 1591 ; Houel établit, vers l’an 1600, celui des apothicaires de cette même ville; celui de Montpellier, établi par le médecin Richer de Belleval, date de l’an 1598 . Les deux plus fameux jardins botaniques sont sans contredit ceux de Suède et de Paris (voyez JARDIN DES PLANTES). Le célèbre botaniste suédois Olaüs Rudbeck fut le père et le fondateur de ceiui d’Upsal ; il y fit des démonstrations, et on accourut de toutes parts pour l'entendre. Le roi de Suède Charles-Gustave ayant noblement encouragé ces essais, ce jardin s'agrandit insensiblement, et devint bientôt un lieu de délices et de science sous la direction du grand Linné, dont il vit naître le système. Ces jardins ne sont devenus réellement importants que depuis le développement du commerce étranger, c’est-à-dire depuis le milieu du dix huitième siècle, et depuis la création de la botanique scientifique. Aujourd’hui il n’y a pas une grande ville qui ne possède un jardin botanique; on en trouve jusque dans les colonies, par exemple au Cap, à Maurice, à Ceylan, à Madras, Sérampore, Calcutta, Batavia, Sidney, comme à Sant-Jago, Rio-Janeiro, La Havane, Philadelphie, New-York, etc.
JARDINS PUBLICS. Ils sont de deux sortes : d’abord ceux qui sont ouverts le jour, à tous, sans aucune rétribution, où le citadin vient chercher le semblant de la campagne et un air plus pur que celui de la ville, où la première enfance essaye ses premiers pas, sous les yeux d’une mère, ou bien sous la tutelle moins attentive de la bonne, qui y trouve toujours tant de pays parmi les maréchaux en herbe; où l’écolier, enfin, vient oublier l’école et les retenues et les pensums avec les barres , les billes et le ballon. Il ÿ a aussi ceux où l'on n'entre qu’en payant, propriétés privées de spéculateurs qui y ont réuni différents genres de divertissements, jeux, bals, spectacles, concerts. Les premiers sont indispensables à la salubrité d’une grande ville et à la récréation de ses habitants. Tels sont à Paris : les jardins des Tuileries, du Luxembourg, du Palais-Royal, le Jardin des
Plantes, les Champs-Élysées ; à Londres : Hyde-Park, Regent’s Park, etc. Les squares de cette dernière capitale ne sont pas, à proprement parler, des jardins publics. Quant auxseconds, l'accroissement énorme de valeur qu'ont pris les terrains à Paris en a considérablement réduit le nombre. T ivoli, Marbeuf, Beaujon, Idalie, Paphos, le Jardin Turc,