JAUCOURT — JAUGEAGE
septembre 1704, mourut en 1779. Ce qui fera vivre longtemps sa mémoire, c’est la part active qu’il prit à la rédaction de la grande En cyclo pédie de D’Alembert et de Diderot, dont il a fait un grand nombre d’articles. Le jeune de Jaucourt, élevé à Genève, perfectionna, par des voyages d’instruction en Allemagne, en Hollande et en Angleterre, les études solides et substantielles qu’il avait faites au chef-lieu du protestantisme, religion professée par la branche de sa famille à laquelle il appartenait. La connaissance intime qu'il avait acquise des langues et des littératures des principales nations de l’Europe lui fut d’un grand secours dans les vastes travaux de linguistique et d'analyse qu’il entreprit en dehors de sa collaboration assidue à l'Encyclopédie de ses illustres amis. Sans doute, dans l’érudition qu'il y déploie ilya souvent plus que de la mémoire; mais si les critiques du dixhuitième siècle le lui reprochèrent avec aigreur , il ne faut pas oublier que c’était bien moins le laborieux et savant compilateur qu'on attaquait en lui, que l’un des plus ardents propagateurs de l’idée de progrès et de liberté dont la grande encyclopédie était au siècle dernier à la fois l’expression et l'instrument. Vers la fin de sa vie, il se retira à Compiègne, où il expira subitement, le 3 février 1779.
JAUCOURT (ARNaIL-FRaANÇoIs, marquis DE), neveu du précédent, naquit à Paris, le 14 novembre 1757. Volontaire à seize ans , sous le prince de Condé, colonel, en 1789, du régiment de Condé-dragons, député en 1797 à l’Assemblée législative par le département de Seine-et-Marne, il y siégea au côté droit, et s’y fit remarquer par la fermeté et la constance de son opposition aux doctrines de la démagogie. Emprisonné à la suite de la journée du 10 août, il eut le bonheur d’être rendu à la liberté, par l'intervention de Manuel, agissant à l'incitation de M de Staël, la veille même des massacres de septembre. 11 put alors s'éloigner du sol natal en compagnie de Talleyrand, comme attaché à la mission française à Londres. Après la mort de Louis XVI, il reçut du gouvernement anglais, comme tous les autres membres de la légation, ses passeports, et rentra en France, mais pour s’en éloigner bientôt de nouveau et aller se fixer en Suisse , sur les bords du lac de Bienne. Après le {8 brumaire, il rentra dans sa patrie, recommandé par son ami Talleyrand au premier consul, qui le fit nommer membre du Tribusat : aussi lui voua-t-il, en échange, un zèle ardent et sans bornes, qui ne se démentit qu’en 1814, ou peut-être même en 1813, c’est-à-dire lorsque la fortune parut se déclarer ouvertement contre l’homme du destin, qui pourtant l'avait fait sénateur, mais qui avait eu le tort ifipardonnable de lui refuser a sénatorerie de Florence, à laquelle était jointe une dotation de 30,000 francs de rente. Le marquis prit alors une part active à toutes les intrigues dont l’hôtel Talleyrand devint le centre; la récompense de ce nouveau dévoûment ne se fit pas attendre : en avril 1814 il était nommé membre du gouvernement provisoire établi à Paris à la suite de l'entrée des alliés. On sait le rôle joué par ce gouvernement provisoire; on comprend dès lors facilement que Jaucourt ait été nommé membre de la chambre des pairs créée par la charte de Louis XVIII. Pendant que Talleyrand allait représenter ia France au congrès de Vienne, Jaucourt exerça l’intérim du ministère des affaires étrangères ; puis il fut compris, pendant les Cent Jours, au nombre des cinq individus que Napoléon mit hors la loi. Heureusement qu’il n'avait pas attendu la rentrée de l’empereur à Paris pour s’éloigner de France : il avait accompagné Louis XVIII à Gand. A la seconde restauration, il obtint le ministère de la marine, qu’il ne garda pas longtemps, parce que le refus du cabinet dont il faisait partie de consentir à la cession de Landau amena la formation du ministère Richelieu. Depuis lors membre du conseil privé, il observa à la chambre des pairs la même tactique que Talleyrand, et salua comine lui la révolution de Juillet de ses acclainations. La révolution de Février le condamna à la retraite, fl se retira dans son domaine de Presles, près de Tournans {Seine-et Marne ), où il mourut, le 5 février 1852, non sans
avoir salué de son vote, quelques semaines auparavant, le nouveau gouvernement qui venait de s’introniser en France.
JAUGEAGE (de jaculum, javelot, batreau pointu ), opération par laquelle on s'assure de la quantité de liquide que contient un vase, tel qu’un tonneau, sans le dépoter: La géométrie enseigne des moyens fort simples pour évaluer la capacité d’un tonneau; mais les calculs que cette opération exige sont un peu longs, car d’abord il faut trouver le diamètre moyeu de la pièce, ce qui ne présenterait aucune difficulté si les tonneaux étaient des cylindres réguliers : on sait qu’ils sont plus gros vers le milieu qu'aux extrémités. Pour trouver leur diamètre moyen, la méthode la plus ordinaire consiste à prendre le diaraètre de l’un des fonds compris entre deux douves opposées : on mesure ensuite le diamètre intérieur du bouge ou du milieu de la pièce; après quoi on ajoute les deux résultats , et la moitié de la somme exprime la longueur du diamètre moyen. D'autres conseillent de prendre, au moyen d’un cordon, la circonférence du tonneau, mesurée sur la zone qui est à égale distance de la bonde et de l’intérieur de l’un des fonds. Le diamètre de cette circonférence est à peu près égal au diamètre moyen. Le cordon dont on fait usage dans cette opération est un ruban presque inextensible, divisé en parties égales, telles que des millimètres. Lorsqu'on connaît la hauteur du tonneau, ce qui est toujours facile, on calcule la surface du cercle, dont la circonférence est celle du diamètre moyen et l’on multiplie le résultat par la hauteur.
On abrége de beaucoup toutes ces opérations au moyen d'instruments appelés jauges ; il y en à de deux sortes, la jauge brisée et la jauge à crochet. La première de ces jauges est ainsi appelée parce qu’elle se compose de plusieurs mo;ceaux de fer carrés qui s’ajustent les uns au bout des autres, et qui se démontent à volonté, afin que l'instrument soit plus facile à transporter. Toutes les pièces étant assemblées forment une canne d'environ 12 décimètres de long. Voici les divisions qu’on a pratiquées sur la totalité de sa longueur. Sur l’une des faces on a tracé les divisions du mètre ; la face opposée porte une échelle dont les divisions vont graduellement en décroissant depuis le n° 2 jusqu’au n° 100, qui se trouve au-dessous d’un bouton qui sert de pomme à la canne. Cette échelle est construite sur les dimensions que la loi a déterminées pour les futailles construites suivant le système métrique, et combinée de telle sorte que la longueur de la pièce, le diamètre de son bouge et celui de l’un de ses fonds soient toujours entre eux comme les nombres 21, 18, 16.
La jauge à crochet est, comme la précédente, formée d’une verge de fer carrée. Elle porte trois échelles : sur l’une de ses faces sont gravées les divisions du mètre, sur une autre l'échelle des diamètres, sur une troisième face l’échelle des hauteurs. L’échelle des diamètres est construite sur le principe du carré de l'hypoténuse. Les cylindres de même hauteur étant entre eux comme les carrés des diamètres de leurs bases, il est évident qu'un eylindre qui aurait l’hypoténuse pour diamètre serait équivalent en volume à deux autres cylindres, dont les diamètres seraient jes côtés qui comprennent l’angle droit. Pour former l’échelle des diamètres , on a calculé une série de cylindres de même hauteur, dontles bases croissent en surface comme les nombres 1, 2, 3, 4,... 10. Le plus petit de ces cylindres, que l’on a pris pour unité, et dont le diamètre, égal à la hauteur, est de 0",185312, ainsi que la loi l’a fixé, équivaut en volume à cinq décimètres cubes ; et s’il était creux , sa capacité serait de cinq litres. Pour calculer le second cylindre, dont le volume soit le double du précédent , on a supposé un triangle rectangle isucèle, dont les côtés ont 0",185312 : il est évident que le volume du cylindre, construit sur l'hypoténuse de ce triangle, est le double de celui dont le diamètre est de 0”,185312. On a trouvé le cylindre n° 3 en calculant l’hypoténuse d’un triangle rectangle, dont les côtés, qui comprennent l’angle droit, sont égaux aux diamètres n° 1 et n° 2; car le cylindre qui a cette hypoténuse
ü14 pour diamètre équivaut à la somme des deux précédents. On a trouvé le cylindre n° 4 en. calculant l’hypoténuse d’un triangle dont l'angle droit est compris entre des côtés égaux aux diamètres des cylindres n° 1 et n° 3, et ainsi de suite; tous ces cylindres ayant la même hauteur, leurs volumes, ou mieux, leurs capacités sont : n° 1, 5 litres; n° 2, 10 litres ; n°3, 15 litres; etc. On a formé l'échelle des longueurs des futailles en multipliant la quantité 0",185312, qui exprime les hauteurs des cylindres de l'échelle des diamètres. Les divisions de cette échelle sont subdivisées en dix parties égales, valant chacune 0”,0185312. Les divisions des trois échelles partent d’une même ligne transversale, tracée vers l'extrémité inférieure de la jauge. Pour s’éviter la peine de porter avec soi une règle de fer, on fait usage de rubans qui se roulent dans de petites boîtes circulaires, et qui sont divisés suivant le même système que les jauges ordinaires.
L'usage de la jauge à crochet est facile. En effet, dès qu’on a le diamètre moyen d’un tonneau, l'échelle des diamètres donne sa capacité relativement à sa longueur, que l'on mesure avec l’échelle des hauteurs. TEYSSÈDRE.
On donne aussi le nom de jaugeage aux opérations à l’aide desquelles on évalue le produit constant ou variable des cours d'eau (voyez ÉCouLEMENT Des LiQuipes ). On a inventé dans ce but de nombreux appareils qui laissent généralement beaucoup à désirer pour la précision du résultat,
Le jaugeage d'un navire à pour but de déterminer exactement son tonnage.
JAUNE. Voyez CovrEur.
JAUNE (Fièvre). Voyez FIÈVRE JAUNE.
JAUNE (Fleuve). Voyez HoaNc-10.
JAUNE (Mer). On appelle ainsi un grand golfe de l’océan Pacifique, situé sur Ja côte orientale de ia Chine, entre la presqu'île de Corée, la province chinoise de Chantoung , le Petchi-li, et la presqu’ile mandchoue-chinoise de Liao-Toung, qui y fait une saillie très-avancée. Dans la partie méridionale de ce golfe se trouve un groupe de dixhuit îles jusqu’à ce jour peu connues. La Chine possède quelques bons ports sur la mer Jaune, notamment Ten- Tchéou et Lay-Tchéou. C’est sur les bords de la mer Jaune que vient aboutir la grande muraille de la Chine, construite pour arrêter les invasions fatares.
JAUNISSE, Voyez IcrÈre.
JAUREGUI Y AGUILAR ( Juan ne), poële et peintre espagnol, naquif, en 1570, à Séville, et vivait vers 1697 à Rome, où cette année-là il fit paraïtre sa traduction de L'Aminta du Tasse, Il est vraisemblable qu’il y était venu se perfectionner dans l’art de la peinture, où il se fit bientt un nom. A son retour en Espagne, il fut nommé écuyer de la reine Isabelle, première femme de Philippe IV; et contraint par là de résider désormais à la cour, il y passa le reste de sa vie, et mourut en 1641. Sa traduction de L'Aminta du Tasse ( publiée avec ses Rimas, à Séville, en 1618), estrestée un des modèles les plus parfaits du genre, et l’emporte de beaucoup sur son imitation de la Pharsale de Lucain (Madrid, 1684); car, après avoir d’abord suivi les modèles classiques italiens , il a dans ce dernier travail sacrifié au gongorisme. On lui attribue, en outre, un poëme original plus considérable encore, intitulé Orfeo (Madrid, 1624), bien qu’on le trouve presque toujours imprimé parmi les œuvres de don Augustin de Salazar y Torrès, Jauregui était plutôt un versificateur qu’un poëte. Tous ses ouvrages ont été réimprimés dans la Collection de Fernandez (tomes VI-VIIT, Madrid, 1789 et 1819). Comme peintre, il appartient à l’école florentine; et ses portraits, parmi lesquels se trouvait celui de Cervantès, étaient, dit-on, particulièrement estimés.
JAVA, la plus belle des îles de la Sonde et l’une des plus riches contrées de la terre, située par 103° 20’ et 112° 30’ de longitude orientale, et 5° 59’ et 8° 46’ de latitude méridionale, est séparée de Soumatra à l'ouest par le détroit de la Sonde, et de Bali ou la Petite-Java à l’est par le détroit de Bali, et présente une superficie totale de