JEUNE ALLEMAGNE — JEUNE PREMIER
truire beaucoup de préjugés, grâce à la manière incisive et spirituelle dont ils attaquaient certaines questions; et on doit reconnaître que leurs efforts ont beaucoup contribué à donner au style allemand une qualité qui lui avait jusque alors manqué, l’élégance.
JEUNE ANGLETERRE. C’est la dénomination sous laquelle on désigne en Angleterre, et par antiphrase seulement, une petite coterie fort agissante, fort remuante du vieux parti tory, dont elle aspire à devenir la tête et le bras. Mais bien loin d’avoir rien de commun avec l’esprit qui dominait dans les associations politiques secrètes ou les coteries connues sous les noms de Jeune Allemagne, Jeune Europe, Jeune Italie, etc., la Jeune Angleterre ne se propose rien moins que de ramener ses concitoyens pervertis et égarés par les iumières , par le progrès, à cinq ou six siècles en arrière, afin de recommencer le bon temps de la vieille Angleterre, où, à en croire les romanciers et les chroniqueurs, régnaient dans toutes les classes de la société une abondance et un bien-être tels, que le paupérisme, cette plaie fatale à laquelle l'Angleterre succombera infailliblement quelque jour assez prochain, y était completement inconnu,
Assurément cette tactique de faire ainsi appel aux souvenirs assez vagues d’une époque où la vie matérielle des masses est représentée comme ayant été beaucoup plus confortable , beaucoup meilleure, que ne l’est de nos jours celle de la petite bourgeoisie elle-même, ne laisse pas que d’être assez adroite. C’est prendre l’Anglais par son faible que de lui promettre du roastbeef et de l'ale à discrition le jour où les idées de la Jeune Angleterre prévaudront et où ses hommes politiques dirigeront les affaires. Malheureusement pour cette très-petite coterie tory, il ya un obstacle dirimant à ce qu’elle fasse jamais de bien nombreix prosélytes; c’est que ses idées sont la négation plus ou moins directe du principe protestant, et ne vont par cohséquent à rien moins qu’à renverser l'Église as by law ?stablished (établie par la loi) avec tout le système politique dont elle est la base. IL est assez curieux toutefois que ce soit à Oxford et à Cambridye, dans ces deux citadellesde Vanglicanisme, que les doctrines révolutionnaires et prèsque catholiques de la Jeune Angleterre aient trouvé le plus de sympathie et d'écho. On remarque en effet depuis quelque temps dans une certaine partie du clergé anglican une tendance à s’approprier une foule de formes , de règles et d’idées qui indiqueraient une disposition secrète à s& réconcilier quelque jour avec Rome. Si jamais le successeur de saint Pierre venait à se prononcer d’une manière favorable sur la question tant débattue du mariage des prêtres, il semble dès à présent certain que l’Église anglicant n’hc-
siterait pas à le reconnaître pour son chef spirituel, tant |
en ce moment elle reconnaît la nécessité du principt d’autorité qu’elle combattait avec acharnement il y a trois siècles. La Jeune Angleterre compte des adeptes dans toutes les classes de la société anglaise, et M. Disraeli a té son représentant dans la chambre des communes. Mais ce terme a perdu aujourd’hui toute signification politique.
JEUNE FRANCE. Nous ne serions plus nous-mêmes si un ridicule pouvait poindre quelque part sans que nous ne nous empressassions pas de nous en affublèr. Il y à quinze ans, il était trop souvent question dans ls journaux des mystérieuses associations politiques désignées sous les noms de Jeune Allemagne, Jeune Europe, Jeune Italie, etc., et de leurs secrètes menées tendant à renouveler la face de ces diverses contrées, pour que l'idée ne vint pas che nous à quelques imbéciles de singer les novateurs, les apôtres de l'avenir, qui faisaient tant parler d’eux de l'autre côté du Rhin et des Alpes. La petile lillérature et les artistes ixcompris fournirent surtout de nombreux adhérents à cette idée, que les adeptes se mirent aussitôt à propager de kur mieux. La Jeune France, sans former précisément une association secrèe, se contenta d’être une Compagnie d'assurances mutuêlles sur la gloire, dont les membres
affichèrent le plus souverain mépris pour ce qui était de la littérature et de l’art d'hier, en même temps que la prétention
| d’inaugurer une ère nouvelle dans le domaine de l’intelli-
gence. Le romantisme le nlus exagéré fut le levier qu’elle crut propre à lui aider à soulever le monde, et elle en embrassa les doctrines avec un fanatisme dont heureusement le ridicule eut bientôt fait justice. Ces messieurs ne voyaient le beau et le bien que dans le moyen âge, et ils s’efforçaien de nous y ramener par leurs œuvres, consacrées toutes à la glorification des siècles que le commerce s’était habitué à considérer comme une époque d’ignorance et de misère, C’est alors qu’on nous prouva clairement que la décadence de l’art et de la littérature en France datent du siècle de Louis XIV, qu’il nous fallait brûler ou briser toutes les productions abâtardies qu’on nous avait appris à regarder comme la gloire de notre pays, et en revenir à la langue, aux mœurs, aux arts et à la littérature du seizième siècle. Toutes ces impertinences étaient débitées avec tant d’aplomb dans les revues et les journaux à la mode, nos différentes scènes avaient mis tant d’empressement à monter les diverses pièces écrites dans les idées de l’école nouvelle, que la vogue s’attacha un instant à ses doctrines.
JEUNE ITALIE (Giovine Italia). La tentative faite sans succès en 1831 et 1832 pour soulever l’Ilalie centrale avait conduit beaucoup de réfugiés italiens en Suisse, où Mazzini forma entre eux une société secrète, qui bientôt
| se répandit en Italie. Le journal paraissant à Rome sous le | titre de Notizie del Giorno parlait dès la fin de 1832 du plan
d’une association dite nationale pour l’affranchissement de l'Italie, et citait des fragments d’une correspondance secrète dont le but était de propager les idées républicaines et d’organiser dans toute la Péninsule des troupes de guerillas, Bientôt après on découvrit en Piémont une conspiration , qui fut suivie d’arrestations et d’exécutions nombreuses. A la même époque on venait d’être mis à Naples sur les traces @une conspiration militaire. En octobre 1832, à Rhodez, au dépôt des réfugiés italiens, deux d’entre eux, Emiliani ef Sturiati, furent assassinés par leurs compatriotes. Bientôt le bruit se répandit que ces meurtres n’avaient été commis que par suite d’arrêts de mort prononcés par la Jeune Italie. Mazzini protesta contre cette imputation dans Za Giovine Italia, journal qu’il publiait à Genève, et l’ins-
| truction judiciaire à laquelle ces meurtres donnèrent lieu
n'apprit rien sur la part qu’avaient pu y prendre soit la Giovine Italia, soit Mazzini. Ce dernier était alors membre de la Charbonnerie démocratique, dont le centre était à Paris, et à cette époque la Jeune Italie paraît même n’avoir été qu'une affiliation de cette société secrète. Cependant, las de livactivité et du despotisme neutralisateur du comité directeur de Paris, Mazzini se décida, en 1833, à détacher la Jeune Ilalie de la Charbonnerie démocratique. Elle déploya dès lors la plus grande activité, et tenta une expédition contre la Savoie, en même temps qu’elle tâcha de s'étendre dans la haute Italie, d’y propager des écrits révolutionnaires et de gagner les troupes. Les événements de 1847 et 1848 ont surabondamment démontré que l’action de cette société n'avait pas un seul instant été interrompue ; et, après les dénégations formelles de ses membres au sujet des accusations dont ils étaient l’objet de la part des défenseurs du principe d’autorité, on les a vus alors venir à l’envi déclarer que, convaincus de la sainteté du but de leur entreprise, ils n’avaient point hésité dans le temps à se parjurer, et que toujours ils avaient conspiré pour amener les bouleversements politiques dont ils étaient heureux et fiers de pouvoir revendiquer l'initiative. JEUNE PREMIER, JEUNE PREMIÈRE. L'emploi de jeune premier est le principal dans les rôles d’amoureux. C’est de tous les genres de rôles celui qui exige chez l’artiste dramatique le plus de qualités réunies : un beau visage une tournure élégante, de la jeunesse, du timbre dans la voix, de la tenue, de la distinction, de la grâce, et tout cela n’esf pas trop encore ! C’est le seu] où l’on ne peut tirer
parti d’un défaut physique, cette ressource des comédiens mal partagés de dame Nature. Et pourtant, en dépit de toutes ces perfections qu’il faut atteindre, l'emploi de jeune premier n’apparaît encore qu’au second plan; en toutes circonstances il est sacrifié aux premiers rôles ; que dis-je? il l’est souvent aux valets et aux soubrettes. Combien Scapin fait pâlir Léandre, etque Dorine efface Mariane !
L'amour même, le thème invariable de ces infortunés, ils r’en sauraient parcourir la gamme tout entière: la grande passion leur est interdite; ils doivent se tenir à perpétuité dans la région tempérée du sentiment. Se figure-t-on Oreste jeune premier, ou bien encore cette terrible figure de don Juan !
N’allez pas conclure, cependant, à l’insignifiance consfante de cet emploi. Siles jeunes premiers et jeunes premières du vaudeville moderne et des pièces de M. Scribe sont d’une, fadeur parfaite, l’ancien répertoire offre dans ce genre mille rôles charmants. De grands artistes s’y sont illustrés, Armand, Fleury, Menjaud, Firmin, M'° Mars, etc.
Aujourd’hui ces brillants acteurs ne sont plus et ceux qui leur ont succédé ne les ont pas remplacés. Ils s’attachent bien plus àla coupe de l’habit, au nœud de la cravate, à la finesse du linge, qu'à l'étude si diflicile de leur art; ils demandent leurs séductions et leurs succès à leur tailleur plutôt qu’à leur talent, Un autre travers qui est encore commun à ces messieurs et à ces dames, west que ni les uns ni les autres ne peuvent se résoudre à vieillir et à changer de rôles. La ride fait grimacer je front, la dent absente creuse la joue, le ventre arrive, les cheveux s'en vont, n'importe, ils restent jeunes premiers quand même, elles demeurent jeunes premières for ever , si bien qu’à
Paris ils sont une douzaine d’amoureux obstinés et d’amou- :
reuses incorrigibles dont les âges additionnés formeraient agréable total de six à sept cents ans. W.-A. Duckerr.