JOANNY — JOB
où sa maison devini le rendez-vous de la bonne compagnie . du village. Le curé allait presque tous les soirs faire la partie de whist de l’ancien comédien ordinaire du roi; et il eut même la satisfaction de bénir dans son église un mariage qui datait de près de quarante ans, mais que, par suite de sa vie agitée, Joanny avait toujours oublié de faire enregistrer par M. le maire et valider par l’Église. 11 avait alors soixante-onze ans. Il mourut en 1849, entouré de l'estime de tous ceux qui le connaissaient.
JOAS, le plus jeune des enfants d'Ochosias, roi de Juda, devait être enveloppé dans le massacre si froidement ordonné par Athalie, à la mort de ce monarque. Par bonheur, Josabeth, sœur d’Ochosias et épouse du grandprêtre Joïada, instruite du projet qu’on méditait, parvint, au moment où les satellites de la princesse portaient sans crainte des coups assurés, à enlever et à déposer dans le temple le petit Joas, à peine âgé d’un an. Pendant six années elle veilla, de concert avec Joïada, à l'éducation de cet enfant. Quand il eut atteint sa septième année, le pontife, jugeant le moment favorable, assemblà les prêtres, leur révéla ce qu’il avait fait, et à l’instant même le jeune roi, sacré par lui, fut salué des plus vives acclamations. Joas fut d’abord docile aux conseils du grand-prêtre, à qui il devait la couronne et la vie, Mais la mort de Joïada permit aux courtisans d'exercer sur lui leur funeste influence, et bientôt on vit les autels des idoles s'élever de nouveau, leurs statues se dresser sur les hauts lieux, les bocages en honneur, et le temple de Jéhova indignement abandonné. Le fils de Joïada, Zacharie, son successeur dans le pontificat, voyant toutes ses remontrances inutiles , se rendit dans le temple, fit au peuple assemblé un effrayant tableau des suites inévitables de l’incrédulité générale. Il parlait encore quand, par ordre du roi, il fut publiquement mis à mort. Ce crime ne devait pas rester long-temps impuni : Hazael, roi de Syrie, pénètre dans Jérusalem à la tête d’une poignée de soldats, immole les principaux habitants, pille le temple, el ne regagne ses États que chargé de butin. Le peuple passe alors des manœuvres sourdes à une sédition violente, et deux des officiers du palais, pénétrant dans les appartements de Joas, l’assassinent dans son lit, où le retient une affreuse maladie, en 3169 du monde. Ses restes furent ensevelis dans la ville de David, mais non parmi ceux de ses ancêtres, l'horreur que causa l'infection du cadavre ayant empêché qu'on ne le miît dans le tombeau des rois de Juda. Il avait régné quarante ans sur Juda. Amasias, un de ses fils, lui succéda,
JOAS II, fils de Joachas, et 12° roi d’Israel, régna seize années, mourut en l’an 3183 du monde, et défit trois fois Bénadab, roi de Syrie, suivant la prédiction d’Élisée. Bientot Amasias, fier d’une vieloire qu'il avait remportée sur les Jduméens , osa défier Joas. La bataille eut lieu à Bethsamès, dans la tribu de Juda; au premier choc, les troupes d’Amasias plièrent et prirent la fuite ; lui-même tomba entre les mains de Joas, qui entra friomphant à Jérusalem, le faisant conduire devant son char, après que, pour lui frayer un passage, il eut forcé les habitants à abattre quatre cents coudées de leurs murailles, depuis la porte d'Éphraïm jusqu’à celle de lPAngle. Il dépouilla le temple de l'or, de l'argent, des vases précieux et de toutes Jes richesses qu'il y trouva, s’empara des trésors de Joram et emmena des otages à Samarie.
Un autre Joas, chef de la famille d’Esri, fort honoré par les habitants d'Éphra, était père de Gédéon. Par complaisance il avait consenti à devenir comme le dépositaire et le prêtre de l'idole de Baal. Quand, pendant la nuit, Gédéon eut mutilé et abattu cette statue, le peuple accourut furieux, demandant à Joas de lui livrer le coupable pour le mettre à mort. À cette exigence cruelle, il répondit : « Pourquoi vous faire les vengeurs de Baal? Ce dieu ne peut-il se défendre et se venger lui-même? S'il veut punir le téméraire qui a renversé son autel, a-t:il donc besoin de vous appeler à son secours? Laissez à ce dieu le soin de ses in-
térêts : s’il est tout-puissant, la vie de son ennemi est entre ses mains, et sa vengeance l'atteindra avant la fin du jour. » Ces sages observations apaisèrent le peuple, qui se retira sans insister. L'abbé J. DupLessis.
JOATHAN ; roi de Juda , fils d’Osias, exerça les fonctions de la royaaté lorsque son père fut frappé de la lèpre, et lui succéda en 752. Il fit fleurir le culte, battit les Ammonites et les Syriens, et fortifia Jérusalem. 11 mourut en 737.
JOB, patriarche illustre par ses immenses possessions , sa prospérité, ses insignes malheurs, sa patience, sa résignation , ses vertus, son amour et sa confiance en Dieu. Il demeurait en la terre de Huz, dans l’Idumée orientale, sur les frontières de l'Arabie. Les sentiments sont frès-partagés sur le temps où il a vécu; maïs il paraît probable qu’il fut contemporain de Moïse. Juif de nation et de cœur, son nom en hébreu signifie celui qui pleure. On lit à la fin des exemplaires grecs et arabes de son poëme, et dans l’ancienne Vulgate latine, ces mots sur sa vie : « Il épousa une femme arabe ; il régna dans l’Idumée sous le nom de Jolab ; le nom de sa ville était Jéthem. Pour lui, il était fils de Zara, des descendants d'Esaü et de Bozra, en sorte qu'il était le cinquième depuis Abraham. » Quant à ses richesses, voici le dénombrement qui en est fait dans le 3° verset du chapitre 1°* de son livre : « II possédait 7,000 moutons, 3,000 chameaux, 500 paires de bœufs et 500 ânesses. II avait de plus un très-grand nombre de domestiques ; il était grand et illustre parmi les Orientaux. »
Plusieurs modernes ont nié l’existence de ce personnage biblique ; ils ont regardé son histoire comme une allégorie, une fable, où tout le génie poétique de l’Orient s’est ma: gnifiquement déveroppé : alors un Juif iduméen l'aurait écrite dans son idiome mêlé de locutions arabes et de chaldaïsmes. Plus ridiculement encore on attribue cette œuvre à Moïse : ce ne saurait être le style de ce scribe de Dieu; pur hébreu, il n’a pu lavoir ainsi altéré pendant son exil dans la terre de Madian, où l’on prétend qu’il écrivit ce poème dramatique ou allégorie sacrée. Prophètes, apôtres, Pères de l’église, juifs et chrétiens, pour la plupart sont convaincus de l'existence du patriarche iduméen sous le nom de Job, qui aurait traduit, disent-ils, en magnifique poésie son histoire après ses malheurs. Toutefois, le livre de Job, original, singulier par le fond et la forme, est absolument en dehors de l’histoire des Israélites : regardé comme inspiré et par les juifs et par les chrétiens, il s’est fait place au milieu des annales de la Judée, alors province de Jéhovah, sous le sceptre des rois de Juda. Synagogue et conciles l'ont mis au rang des livres canoniques. C’est un véritable drame à la fois familier et sublime : ses personnages sont Dieu, Satan (l’aäversaire), Job, sa femme, trois faux amis, Éliphaz de Théman, Baldab de Suh, Sophar de Nuamath , un arbitre, Élihu, et trois serviteurs ou messagers. L'action de ce drame, une, simple, est Job livré en épreuve au démon par la volonté de Dieu : c’est le commencement: il en résulte d’ineffables malheurs qui fondent sur ce juste, la perte de ses biens, sept filles et trois fils écrasés sous les ruines de leur maison, une lèpre horrible, qui le couvre de la tête aux pieds; un fumier dégoûtant , seul lit qui lui reste ; ajoutez à ces indicibles douleurs les reproches amers d’une épouse irritée et les cruels dédains de ses faux amis : voilà le milieu , dont le dénouement est l’ami de Dieu et des hommes arraché aux persécutions de Satan, et sur la tête duquel le Seigneur double les richesses, les félicités terrestres et les années.
Ainsi ont été presque accomplies par un patriarche , un roi pasteur dans l’Idumée, les lois du drame grec voulues par Aristote. Quant au style de cette composition orientaie, il a tantôt la familiarité de la conversation, tantôt une sublimité dont l’analogue ne se trouve nulle part chez les écrivains sacrés. Mélancolie, cris de douleur, admirables préceptes, images si élevées qu’elles semblent avoir eu pour source la bouche même de Jéhovah ou Les lèvres des anges,
tel est le caractère de ce poëme, écrit en vers ou lignes libres, c’est-à-dire tantôt très-courts , tantôt très-longs, tantôt moyens. Ses périodes régulières , ses parallélismes non étudiés, l'absence des concelti hébraïques, figures favorites des écrivains sacrés juifs, après la captivité, semblent nous confirmer de plus en plus dans notre opinion sur la haute antiquité de ce beau poème, qui fait l’admiration des hommes lettrés et des poëtes de toutes les nations. Quant aux croyances ef au principal fondement de la religion chrétienne, le livre de Job est de plus un monument antique sur ce point de la philosophie des Orientaux. La spiritualité et l’immortalité de l’âme sont visiblement spécifiées dans ce verset: « 11 est écrit que le souffle (l’âme) du Tout-Puissant donne l'intelligence. » Quelle vive peinture de la résurrection dans cet autre verset! « Je sais que mon Rédempteur est vivant, et que je ressusciterai de la terre au dernier jour; que je serai de nouveau revêtu de ma dépouille mortelle, et que je verrai mon Dieu dans ma chair. » Il existe, dit-on, dans la Trachonite, vers les sources du Jourdain, une pyramide que les pèlerins assurent être le tombeau de Job. DENNE-BaroN.
JOBBEPS. Voyez Bourse, tome III, p. 606.
JOBITES. Voyez EvouBipes.
JOCASTE, Voyez Œprre.
JOCREY, mot anglais, passé aujourd’hui dans la plupart des langues de l’Europe, et qui au propre désigne le valet d’écurie chargé de monter et de faire courir les chevaux dans les courses, métier ou, si l’on veut, art qui a ses règles, et dans lequel on ne parvient point à exceller sans en avoir probablement fait une étude longue et toute spéciale,
On donne aussi le nom de jockeys aux sporting genllemen qui, des nombreuses branches dont se compose le sport, cette science du monde fashionable, cultivent de préférence les courses des chevaux!, et qui souvent ne dédaignent pas de figurer eux-mêmes dans ces luttes hippi-
ques, où ils montent tantôt leurs propres chevaux, tantôt ceux |
de leurs amis. Horsejockey est une qualification répondant à celle de maqguignon en français, et désigne chez celui à qui on l’applique des habitudes de fraude et de tromperie. Enfin, le verbe {0 jockey est synonyme de notre verbe surfaire.
JOCREY-CLUB, mot à mot club des jockeys. C’est
la dénomination sous laquelle est connue en Angleterre, depuis plus d’un siècle, une réunion d'amateurs de chevaux
qui a spécialement pour but l'amélioration de l’espèce chevaline. Les membres les plus distingués de l'aristocratie anglaise tiennent à honneur d’être affiliés à ce club, qui ne se recrute pas indistinctement de tous ceux qui aspirent à s’y faire admettre. Le titre de membre du Jockey- Club équivaut donc presque à des lettres de noblesse, et s’acquiert en tous cas beaucoup plus difficilement, C’est aux courses de chevaux, pour lesquelles le peuple anglais, depuis les sommités jusqu'aux degrés infimes de l'échelle sociale, montre un goût approchant de la passion, que les membres du Jockey-Club ont occasion de réclamer les priviléges attachés à cette qualité; c’est là qu’ils brilent de tout le luxe que peut projeter sur eux une institution fondée tout autant dans un but d'utilité réelle que dans des vues de vanité, vice qui se fourre partout, principalement en Angleterre.
A diverses époques, des satires violentes contre les membres de l'aristocratie anglaise ont été publiées sous le titre de Biographie des Membres du Jockey-Club; en 1796, Charles Pigott publia même, sous le titre de The Female Jockey-Club, une scandaleuse chronique, dans laquelle les plus grandes dames de l'Angleterre étaient représentées comme pouvant à tous égards aller de pair et faire compagnie avec les courtisanes les plus éhontées. A force de vouloir trop prouver, de pareils libelles ne prouvent rien, si ce n’est l'impudence de l'écrivain et la lâcheté des pères, des frères et des maris qui laissent impunément insulter de la sorte leurs filles, leurs sœurs et leurs femmes,