JODELLE — JOHANNOT
les novateurs. Il n’en poursuivit pas moins son but; composa, avec des prologues et des chœurs, Cléopâtre captive, Didon se sacrifiant, tragédies; l'£ugène où La Rencontre, comédies. Cette dernière n’a point été imprimée, ce qui à fait penser à quelques biographes que l'Zugène et La Rencontre ne faisaient qu'une seule et même pièce; mais Étienne Pasquier nous apprend dans ses Recherches que La Rencontre portait ce titre « parce que au gros de la meslange touts les personnages s’estoient trouvés pesle mesle casuelement dedans une maison, fuseau qui fust fort bien démeslé par la clusture du jeu ». Or, cette comédie et la Cléopatre furent représentées devant le roi Henri IT, en 1552, à Paris, dans Yhôtel de Reims. Pasquier rapporte les détails de cette réprésentation, comme y ayant assisté avec son ami le savant Turnèbe ; l'analyse rapide qu’il donne de Za Rencontre ne saurait s'appliquer à l'Zugène qui nous reste. Les acteurs principaux de cette représenfation étaient : Jodelle, Remy Belleau et Jean de la Péruse, qui plus tard suivirent l'exemple de Jodelle, en composant l’un £a Reconnue, comédie, l’autre la tragédie de Médée. Il est à remarquer que Jodelle, en s'inspirant de l'exemple des anciens, composait cependant ses ouvrages, tandisque ses imitateurs, au nombre desquels il faut compter Baïf, se contentaient de traduire des pièces du théâtre latin.
Jodelle recueillit gloire et profit de sa tragédie de Cléopätre, jouée une seconde fois au collége de Bonvourt, et pour laquelle il reçut de Henri IT une gratification de cinq cent écus; il fut moins heureux à la représentation de Didon. À son talent d'écrivain Jodelle réunissait des connaissances en architecture, en peinture et même en mécanique, dont il voulut se faire honneur tout à la fois. Il se construisit donc un théâtre provisoire , peignit ou ordonna les décorations, établit des machines : ces divers travaux l’empêchèrent de porter aux répétitions de sa tragédie toute l'attention désirable; ses amis les acteurs ne surent point leurs rôles ; des entrées manquèrent, et, pour ajouter au mécontentement du public assemblé, l’ouvrier chargé par Jodelle de peindre un rocher sur lequel Didon devait se sacrifier fit avancer, à grand renfort de poulies, un énorme clocher, sur lequel il n'y avait pas moyen d'exécuter le dénouement! Soil que ce malheur, dont ses envieux profñtèrent, lui fit perdre les faveurs de la cour, soit plutôt que la gravité des événements politiques qui survinrent donnât un autre cours aux esprits , il tomba dans la misère et le découragement ; jaloux de la réputation de Ronsard, il osa jouter avec lui en chantant la contre-partie de quelques odes de son rival, qui s’en vengea en faisant en vingt endroits l'éloge de Jodelle. Il n’a que trop vérifié la prédiction d’Étienne Pasquier : « Je me doute qu’il ne demourera que la mémoire de son nom en l’air comme de ses poésies, » ce que le critique attribuait à l'ignorance des lettres antiques. Ses œuvres ont été incomplétement réunies après sa mort en un fort beau vol, in-4°, imprimé par Mamert Palisson, en 1574. Il en existe une autre édition, in-12, de 1597.
ViOLLET-LE-Duc.
JOEL (Ichthyologie). Voyez Capassou.
JOEL, fils de Péthuel, prophète hébreux, le second de ceux qui sont contenus dans le canon de l'Ancien Testament sous la dénomination des Douze Petits Prophètes, prophétisait dans le royaume de Juda, et paraît avoir été contemporain Amos. On manque de toute espèce de renseignements sur sa vie. Dans son livre il décrit la désolation et les ravages causés dans le pays par les sauterelles, exhorte vivement les Hébreux à faire pénitence, prédit la glorification du peuple juif par Dieu, et exprime l'espoir qu'il anéantira ses ennemis. Recommandant à ses compatriotes de se tenir prêts pour la lutte, il leur conseille de se faire des épées avec les socs de leurs charrues et des lances avec leurs faux.
JOHANNEAU (Écor), un des hommes les plus érudits de ce temps, né à Contres, près de Blois, le 1% octobre 1770, mort à Pans, en juillet 1851, fut d’abord professeur
au collége de Blois, puis conservateur de la bibliothèque de cette ville, où il fonda un jardin botanique, dont il fut nommé démonstrateur. Admis à l’École Normale, il continua quelque temps encore de se dévouer au ministère de l'instruction En 1797 il se lia avec l'illustre Latour d'Auvergne, qui lut légua sa bibliothèque peu de temps avant sa mort. En 1805 il fonda, de concert avec le savant préfet de l'Oise M. de Chambry, et avec M. Mangourit, après en avoir seul conçu le projet et dressé le plan, l’Académie Celtique, qui le choisit pour secrétaire perpétuel et dont il a publié les Mémoires avec dévouement pendant plusieurs années. En 1811 il devint censeur impérial, place qu’il perdit en 1814. Plus tard il fut nommé conservateur des monuments d’art des résidences royales, place modeste qu’il occupa durant tout le règne de Louis-Philippe, mais que lui retira le gouvernement du 24 février 1848. :
Outre sa Glossotomie, ouvrage resté inédit, et qui est une méthode pratique de traduction des langues par leur décomposition et leur analyse, sans étude préalable de leur grammaire respective, Johanneau a composé une multitude d'ouvrages, dont le plus grand nombre sont restés manuscrits; nous citerons seulement : Mélanges d'origines étymologiques et de questions grammaticales (Paris, 1818); Les Fastes de Montreuil-les-Péches, épitre en vers; Nouvel Examen du Dictionnaire de l’Académie Française (in-8°); Note sur les cinq livres d'Histoire du Tacite de Panchoucke (in-8°, 1845); Œuvres de Rabelais, édition variorum, augmentée des pièces inédites, des songes drôlatiques de Pantagruel, ouvrage posthume, avec l'explication en regard ; des remarques de Le Duchat, de Bernier, de Le Motteux, de l’abbé de Marsy, de Voltaire, de Guinguené, etc.; et d’un nonveau commentaire historique et philologique (Paris, 1823 1826 ; 9 vol. in-8°); Novæ Lucubrationes, in novam scriptor. Latinor. Bibliothecam, in Jul. Cæsar., Cornel. Nepot., el Justin. (in-8°, 1830); Traduction en vers de l’'Antigone de Sophocle, avec des chœurs lyriques (in-8°, 1844); Lettres sur la Géographie numismatique (in-8°, 1844).
JOHANNISBERG où BISCHOFSBERG, beau château bâti sur une montagne du Rheïngau, dans le duché de Nassau, situé au-dessus de Rüdesheim, diagonalement en face de Bingen, doit sa célébrité à l’excellent vin du Rhin que produit la terre rougeâtre de la montagne et aux entrevues diplomatiques qui ont eu lieu plus d’une fois dans cette résidence aristocratique. Le château, bâti de 1722 à 1732, sur les ruines d’un ancien couvent de bénédictins, appartenait jadis, avec ses dépendances , à l'évêché de Fulde..Il fut attribué, en 1807, à titre de dotation, par Napoléon, au maréchal Kellermann, duc de Valmy, et en 1816 donné en fief par l’empereur François IL au prince de Metternich. Ce n’est guère aussi que de cette époque que les vins de Johannisberg acquirent une grande célébrité. On raconte que MM. de Rothschild frères cherchant un moyen honnète de faire agréer un poé de vin au premier et tout-puissant ministre d'Autriche, imaginèrent de lui acheter à forfait et de lui payer d'avance toute la récolte des vins du Johannisberg pendant quinze années à raison de 5 ou 6 florins la bouteille ; tandis que c’est à grand’peine si auparavant ces vins trouvaient preneurs à 1{ florin. On ne pouvait évidemment payer si cher que d’excellent vins; et MM. de Rothschild, ajouta-t-on, trouvèrent bientôt à rétrocéder leur marché avec 15 et 20 pour 100 de bénéfice.
Les revenus de la terre de Johannisberg s'élèvent aujourd’hui à 80,000 florins.
JOHANNITES,. Voyez CHRÉTIENS DE SAINT-JEAN.
JOHANNITES (Ordre des). Voyéz JEAN-DE-JÉRUSALEM (Ordre de Sainte).
JOHANNOT (CuarLEs-HENRI-ALFRED), qu’une mort prématurée enleva à la peinture, était né en 1800, à Offenbach , dans le grand-duché de Hesse, d’une famille française réfugiée en Allemagne après la révocation de l’édit de Nantes. Il s’essaya d’abord dans la gravure, et l’on a vu-de sa
nain d’assez bonnes planches, par exemple les Enfants perdus dans les bois. Comme peintre, son succès date du salon de 1831, où il exposa une scène tirée de Cing-Mars et Le Naufrage de don Juan. Une certaine délicatesse de dessin, une coloration élégante recommandaient ces premiers ouvrages. Za duchesse d'Orléans annonçant la victoire d'Hastenbeck etl'Entrée de Mademoiselle à Orléans (1833) confirmèrent la réputation d’Alfred Johannot. Le premier de ces tableaux faisait partie de la galerie historique du Palais-Royal, qui a presque complétement péri au 24 février 1848. Le second, composition spirituelle et charmante, a longtemps figuré au musée du Luxembourg. C’est le chef-d'œuvre d'Alfred Johannot, Il faut ajouter à ces intéressantes productions : François 1° et Charles-Quint (1834); le Courrier Verner; Henri II et Catherine de Médicis (1835); Le duc de Guise à la bataille de Dreux et Marie Stuart quittant l'Écosse (1836). La Bataille de Brattelen, qu’Alfred Johannot peignit peu après pour les galeries de Versailles , fut son dernier tableau , et ne fut exposée qu'après sa mort, arrivée le 7 décembre 1837. Versailles possède aussi de lui les Funérailles des victimes de l'attentat de Fieschài et la Balaille de Rosbeck. Dessinateur spirituel , il a fait un nombre considérable de vignettes pour les éditions de Walter Scott, de Byron et de Cooper, Si sa mort n’eût été si prompte, Alfred Johannot aurait pu donner plus et mieux qu’il n’a donné. Très-adroit, très-rapide dans l’exécution, il était plein de négligence, mais aussi de coquetterie. Le coloris de ses tableaux est d’un charmesingulier. On trouvera une notice de J. Janin sur e regrettable artiste dans l’Aré en province en 1837 (tome INT, p. 88).
JOHANNOT (Tony), frère et élève du précédent, naquit comme lui à Offenbach , le 9 novembre 1803. Après s'être essayé dans la gravure, il exposa au salon de 1831 : Un soldat buvant à la porte d'une hôtellerie et des scènes empruntées à Walter Scott, entre autres Minna et Brenda, les deux belles héroïnes du Pirate. Mais dans la peinture Tony Johannot fut toujours moins heureux que son frère. Ses meilleurs tableaux, Za Chanson de Douglus (1835), La Sieste (1841 ), Andréet Valentine ( 1844), ont paru manquer de finesse et de légèreté. La Balaille de Fontenoy (musée de Versailles) est une composition sans valeur, et dans ses Petits Braconniers (1848) et sa Scène de pillage (1852) on ne peut guère louer que les faciles mérites d’une exécution pittoresque. C’est que le talent de Tony Johannot n’était pas là : il ne tarda pas lui-même à le reconnaître, et lorsque, il y a dix ans, la mode vint d'illustrer les livres , Johannot fut bientôt l’un des plus habiles parmi nos faiseurs de vignettes. Depuis lors son crayon n’a pas eu un jour de repos : Manon Lescaul ; Molière; Werther ; le Voyagesentimental; Le Vicaire de Wakefield, le Voyage où il vous plaira, servirent tour à tour de prétextes à mille croquis improvisés et souvent remplis de sentiment et de grâce. En 1844 il grava à l’eau forte, d’après ses propres dessins, les illustrations de Werther ; et c’est peut-être là son chef-d'œuvre. Le style des vignettes de Tony Johannot n’est assurément ni sérieux ni correct; mais il est empreint d’une poésie séduisante et douce. Plus tard, Tony Johannot a tenté dans un domaine qui n’est pas le sien une excursion malheureuse, Dans l'illustration de Jérôme Paturot , il s’est essayé à faire de la caricature; mais il n’a nullement réussi. Mieux éclairé sur ses instincts réels et sur les véritables conditions de son talent, Tony Johannot venait d'abandonner ces folles exagérations ; il revenait à la grâce, au sentiment, à la gentillesse; il achevait les viguettes de l'édition des romans de George Sand, lorsqu'une attaque d’apoplexie l’emporta en quelques heures, le 4 août 1852. Paul ManrTz.
JOHN BULL, littéralégment Jean Taureau. C'est, commetout le monde sait, l'expression symbolique qui caractérise la nation anglaise. Elle indique à la fois la violence et la brusquerie des mouvements, l’indomptable obstination et